CHAPITRE X
BÉTIETIOS*.
— Allons, tout ceci me plaît; et si crin rciMMl, ni moins pmirrona-nou* aller enfui en avint.
Senau». — - Piecofomim', acte in, sc. 1.
On doit maintenant raconter par quelle succession d'événements, fart simples d’ailleurs, Latréaumont. ayant quitté maître Van -den-Emieo à Amsterdam au mois de jauvicr, #c trouvait alors à Fontainebleau. En revenant en France, l’ancien partisan comptait surtout, ou le répète, y découvrir un grand seigneur mécontent qui pût prêter son nom au «Wlévenient que le colonel espérait fomenter on Normandie avec l’aide du baron d'Isola. Quant aux moyens de s’introduire auprès de ce futur seigneur mécontent, cl de le décider à s’engager (tins une aussi téméraire entreprise, ils auraient pu embarrasser tout autre que l’effronté pariknn, qui, grâce à son audace, avait assez d’antécédents pour uc douter de rien; aussi, ne songea-t-il pas un moment aux difficultés que sombtiit présenter ce dessein. S'arrêtant seulement quelques jours à la frontière, Latréaumont écrivit à M. de Brissac, qui l'avait déjà sauvé do courroux de Louvois, et dans sa lettre lui protesta de sa détermination de vins en paix, si le ministre voulait l'aatoriser à rentrer en France, et lui promettre de ne pas l'inquiéter. M. de Brissac sollicita vivement celle Uveur, qui, après de nombreuses hésitations fut accordée pr UmvoH* l’ancien compagnon d'armes du major des gardes.
Le colonel, grâce au secours de Van-den-Endcn, arriva donc à Paris alla voir M. de Brissac, qui lui prêta quelque argent, et lui recommanda de nouveau cl fort expressément de demeurer en repos, s'il ne voulait pas cette fois être bien et dû ment enfermé à la Bastille pour le restant de ses jours. Une fois dans la Orand’vîlie, ainsi nu’il l avait dit à maître Van-den-Endcn, le colonel s'inquiétait fort peu de son avenir, carwa imperturbable indiscrétion et son adresse au jeu lui assuraient une cxi>- Icnec, sinon honorable, au moins selon scs habitudes de débauche et d'oisiveté. En effet, des gains assez nombreux, dus en grande partie i l’efficace intercession de sainte Friponne, la patronne des joueurs de bassette et de pharaon, comme il disait, lüi permirent d’acheter uu rieval, de prendre un laquais et de quitter les grosses hottes de basane, le buffle et le vieux feutre gris pour la perruque éhalée, les bas de miw. le plumet et le justaucorps de drap d'Espagne ; puis d’aller enlln faire admirer scs airs de capiUn sous les arceaux de la place Royale, ou s «livrer parfois au jardio de /frnard(t). Souvent aussi il visitait HA- Brissac, auquel il rendit fidèlement l'argent qu’il en avait reçu, afin A? lui en emprunter sans doute impunément davantage à la première occasion; d'ailleurs, l'esprit cynique et moqueur de Lalréaumonl, sesinepoisables qualités de bon et jovial convive, amusaient fort le brave dos gardes, qui, connaissant de longue date l'entreprenante familiarité du compagnon, tout en lui interdisant aucune habituelle et indiscrète privance, le retenait néanmoins assez souvent à souper an cabaret, pour causer avec lui de leurs anciennes guerres, et deviser gaiement en doit soldats.
Cependant Latréaumont ne perdait pas de vue son projet de compW- Aussi, dés qu'il sut le voyage ac la cour à Fontainebleau, loua-t-il A*** chambres chez un journalier de Moret, afin de pouvoir suivre les chttre* du roi, étant, comme autrefois, passionne pour cet exercice, et aussi JJJJ être à même duliliser les renseignements que lui donnait indilféroiiinrtf çâ et là M. de Brissac sur le personnel de la cour, et sur les grandi 50gtteurs mécontents. Or, ces derniers étalent assez nombreux, àcnjxger du moins par h froideur ou l'aversion avec laquelle le roi eo cueillait plusieurs, et, entre autres (sans compter M. de Robau)." * prince de Conli, M. le dn<? de Bourbon, M. de Vendôme, M. le coiurè* Louvigny I second fils de M. le duc de Grammont ), M. le chevalier dtJ* fiat, M. de Soissons. etc. ; mais enfin, aucune disgrâce nette et trancnrè n'avait encore paru devoir donner le moindre espoir à Latreaunwotlorsque l’éclatante aventure de M. de Rohan vint, par le hasard le p |Bl fatal, ouvrir un vaste chnmp aux imaginations du colonel.
En effet, connaissant â l'étranger l'iuflucnce et le relcnliMal* , n , *■ certains noms, le partisan aurait pu choisir pour chef, ou reprêsreW* de sédition, un des seigneurs mécontents qu’on vient de citer. fût sans doute arrêté à M. de Rohan. C'est qtt’aussi ce vieux et nom avait brillé d'une magnifique splendeur de révolte, alors qnlh'^ mx de R on au (2), onde du chevalier, et l'un des plus grands capiuwdes temps modernes, chef indomptable du parti protestant, se déc»* nuit en insurrection ouverte contre Marie de Médicis, Lot» Xlll « p ehclieu, combattait partout et toujours, pour le maintien de I W* 1 v
(1) Cabaret depuis lonclcmpi en vogue. , „ ■
(2) Né au chlhceo de Btein, en Bretagne, te 2 août 1579, fil* de comte de Itolian. Arrièrc-pctil-lils du maréchal de Gié. U épou», le 7 fénaff Marguerite de llélluuie, fille de Sullj.
LATHEAUMONT.
celle garantie des droits de ses coreligionnaires! Ainsi, après h mort de Henri IV, son maître et son ami, le duc de Rohan promet lovaiemtiu fidélité à la reine, mais sous la condition expresse que les traités eu faveur des calvinistes seront scrupuleusement exécutés. Aussi, voyant, en IRIS, que l'on ne tenait déjà plus compte des promesses jurées. Rohan ne tient pas davantage compte de son serment, lire l’é|»éc untre sa souveraine, et se joint au parti du prince de Coudé. Pois, la reine, effrayée partes premiers symptômes de guerre civile, se ravisant, jure au duc que les protestants ne seront point inquiètes. Aussitôt le duc d t remettre et de garder son épée dans le fourreau jusqu'au moment où I ■■Mi' MU, monté sur le trône, veut rétablir l’unité de la religion callioliqneen Béarn, et y écraser les calvinistes.
Alors, conséquent à ce principe de toute sa vie, d’èlrc fidèle à la fol jurée, quand on était fidèle à la foi promise, sinoff, nos, Rohan, abandonnant le calme des champs, ses habitudes studieuses et paisibles, reprend le casque, vient de nuuveau se charger des intérêts du parti protestant, et faire peser sur lui la terrible responsabilité d'une révolte à nuin armée. Au seul nom de Rohan, La Uiiycune, le Languedoc, le Dauphiné, se soulevcut, et le doc, puissamment aidé de sou frère, M. le prince de Soulève, organise et discipline les troupes de milice avec une tocroiable activité: puis, par l’habileté vaillante de sa stratégie, repoussant I armée royale de Tarbes à Montauban, il refuse d'écouter les projhmiwhis de Lesdiguiêres; et, retranché dans Montpellier, parait enfin •n chef de parti si puissant et si furmidable, que Louis XIII lui offre, non sou pardon, mais lu paix, que le due, iraitnut de puissance à puissance, de Rohan à roi, ainsi qu'il disait, accepte, et scelle des armes de sa maison, le ‘29 lévrier 1622. Comme toujours, la principale, la seule condition de ce traité, imposé par Rohau, qui ne voulut jamais entendre à aucune proposition particulière ou personnelle, et s'isoler en rien de ms coreligionnaires la seule condition de ce traité fut le maintien de rélit de Nantes. Puis, par un mouvement d'une grandeur toute féodale, le duc, ayant ainsi reconquis les droits des siens, s'agenouille aux pieds du roi son maître pour lui demander pardon de sa rébellion, et le supplier humblement de « ne plus rcx|>oscr au chagrin d'avoir encore à dwisir entre sou roi cl sa foi. »
l'ourlant, quatre années après, Louis XIII, malgré le traité, recommence de persécuter les calvinistes ; cl Rohan, aussi infatigable à vouloir l'exécution des promesses faites aux siens que la cour se montre opimàtre à les parjurer, recommence aussi la guerre civile. En vain Richelieu lui fait les offres les plus considérables s'il veut abandonner les «h imites; Rohan ne répond même pas à ces ouvertures, se remet de ouuveau en armes sans faillir ni faiblir, combat avec avantage le maréchal de Thomiucs eu Languedoc, et le refoule victorieusement dans le étalé de Foix, peodaui que sa femme, lliéroique duchesse de Rohan, défend Castres contre les troupes du roi. Enfin Richelieu, tremblant défaut ce grand révolté, respectant malgré lui cette tête si fiérc et si indépendante. qui n'avait pas voulu se courtier sous son sanglant niveau, ''inclut un second traité de paix avec le duc, le ti février 10 * 26 , toujours aux mêmes conditions.
due dire de plus? Ce qui était déjà arrivé deux fois se renouvela, le parti protestant est cncoie inquiété. Aussi, pendant qu'il résiste inlré- , ' i iiii-iii à la Rochelle, faiblement soutenu par la flotte anglaise, si imodenimenl confiée au duc de Buckingham, Rohan soulève de nouveau Wvarais, reprend le commandement des révoltés, et, tenant la campagne dans ces rochers impraticables, fait une guerre aussi savante qu’achiruée, tout en liant les plus habites négociations avec l'Espagne. rAnglelcrre cl les protestants de l'empire; enfin, confiant dans l’appui étranger, il organise déjà les plans tes plus vastes et les mieux ourdis,
- |uc soudainement tout lui manque et tout l’accable à lu lois; car, atai qu’il le dit dans ses admirables mémoires : « Dieu, qui en avait autrement disposé, soufila sur tous ses projets. » En efTet, Louis XIII, au retour de 1 heureuse expédition de Savoie, met aussitôt sou armée victorieuse en marche contre l’intrépide Rohau, et joint à ces troupes d'autres forces si imposantes, que les calvinistes, plutôt lassés d ‘être défendus que Rohan n’est lassé de les défendre, l'abandonnent peu à peu.
Alors, dit-il dans ses mémoires déjà cités : < Six armées qui taisaient plus de cinquante mille hommes, fondent sur nous en même temps, avec cinquante canons ; ce fut dans ce lemps-là que les émissaires du la cour reprirent courage, cl proposèrent des accommodements séparés, alto d'empêcher une paix géuérale. Plusieurs consentirent et ne songèrent qu'à sauver leurs personnes et leurs biens, aucun ne se mil en peine de l'intérêt général de l'Eglise. »
Enfin, le duc, réduit aux dernières extrémités, obligé de se tenir caché dans les retraites les plus inaccessibles du Vivants, à la tête dune poignée de gens fidèles et déterminés, refuse néanmoins tout arrangement particulier. Si Richelieu lui fait dire que la majorité de ses coreligionnaires se sont soumis, le sublime opiniâtre répond ; t Qu'ils ont c«Jé à la terreur, et que leur soumission u'a pas plus de valeur morale qu'un aveu arraché par la torture, et que, quant à lui, il veut, connue toujours, une paix générale, lu rétablissement de l’édit de Nantes, et b restitution des temples aux réformés. »
Enfin, telle était pourtant la terreur que le duc de Rohan, désarmé. : tapira il encore à Richelieu, qu'un troisième traité de paix fut conclu le 30 juillet 1650 à ces conditions... Seulement M. de Rohau demanda de plus et obtint une iutkmailé de cent mille écus, dont deux cent quarante
mille livres furent généreusement distribuées par lui à ceux de son parti qui avaient le plus souffert, de sorte qu'il lui resta environ soixante mille livres pour rétablir ses châteaux dévastés, cl le dédommager de l'abandon où étaient demeurés ses domaines pendant les trouilles civils. Après celle, troisième et terrible lutte, il se retira à Venise, craignant davantage, disait-il, le cardinal comme ami que comme ennemi. Alors le duc de Rohan reprit ses habitudes laborieuses et ses occupations littéraires : H termina scs mémoires, ses Discours politiques sur les affaires d'Kiat, le Parfait Caviininc, suivi de longues et solides annotations sur les Commentaires de César, et enfin son excellent traité do la Milice ancienne.
Pendant son séjour à Venise. M. de Rohan eut aussi un noble et gramt projet, c’était d’accepter les offres du Millau, qui, moyennant une redevance anuuclk', lui offrait la souveraineté de l'ile de Chypre. Or, en agréant celle proposition, le duc de Rohan pensait attirer dans ce royaume les familles calvinistes de France, si de nouvelles persécutions le* venaient menacer. MaUteurettscmont ce grand homme, engagé à défendre les droits de la république helvétique, ne donna pas de suite à ce vaste plan, dont les conséquences pouvaient être immenses. Enfin, après les longues guerres de la Valleliiie. dans lesquelles il avait si glorieusement combattu contre l’empire, le duc de Rohan vivait paisiblement à Genève lorsque Louis XIII, eraiguaut qu'il n'y fomentât quelque intelligence avec les protestants, que l'on allait inquiéter de nouveau, lui ordonna de quitter la Suisse: llolum obéit, et alla demander a-ilc au duc de Saxe-Vcimar son ami. Ce prince était alors en armes contre l'empire, et assiégeait Rhinfi kl. Rohan lui offre son épée, digne prix de celte hospitalité guerrière. Le héros saxon accepte, niais veut lui remettre le commandement de ses troupes; Rohan refuse, demandant de combattre comme volontaire dans le ri giment de Nassau, « las, dit-il gaiement, d ordonner eu général, et délirant un peu servir eu soldat, » Eu effet, il servit en soldat dans ce régiment : et si fort en soldat, que, lu 2N février de l’année 1658, il reçut une blessure dont il mourut quelques joura après.
On ne s’est étendu aussi longuement, quoique d’une manière imparfaite, sur l une des existences les plus brillantes cl les plus extraordinaires nu dix-septième siècle, que pour faire comprendre l'extrême importance que l.atréaumont attachait justement à pouvoir donner un Ici nom pour drapeau à la révolte qu’il espérait voir appuyer à l’étranger , Sans doute il eût été hors de sens de comparer le chevalier de Rohau, brave, et même doué de quelques louables qualités, mais glorieux, faible, indécis, débauclié, frivole et n’ayant aucune racine, aucune clientèle, aucune influence, de le comparer, dis-je, au duc Henri de Rohau, à celte grave et imposante figure toujours couverte de Imflle et d'acier, à cet homme de Plutarque, à b fois grand capitaine, habile publicise cl profond poliliqne, qui pouvait disposer d’un parti considérable, riche, nombreux et aveuglément dévoué à son chef, doul la renommée était européenne.
Mais euliu le chevalier de Rohan était Rohan, et alors surtout le prestige d'un nom si glorieusement famé dans b révolte ne nnmquail pas à l'étranger d’une certaine créance, et devait être avidement accepté par l'hofa. Aussi Lalréaumout, qui ne connaissait pas le graud veneur, crut sans doute, malgré les bruits contradictoires qui couraicul sur lui, qu'il y aurait toujours assez d 'étoffe dans le chevalier pour être l'enseigne d une sédition, dont lui, Lalréaumout, entendait bien être le bras et la tête. Seulement, dès que le colonel eut jugé par lui-même b position du chevalier de Rohan . ses imaginations relatives à h révolte de Normandie furent, sinon changées, du moins indéfiniment ajournées ; car ce que voulait avant tout et surlout Lalréaumout, c'était vivre le plus sensuellement possible ; or, il n avail songé à cette rébellion qu'en désespoir de cause, et afiu de trouver dans une aussi hasardeuse entreprise le moyen de subvenir plus amplement à ses gortis de débauche et de prodigalités, les agitations de b vie de séditieux n'étant pour lui qu'un pis-aller auquel il se résignait faute de mieux.
Aussi, après sa liaison fortuite avec M. de Rohau, fit-il ce calcul odieux mais logique : « li restera au chevalier quatre ou cinq cent mille livres après la vente de sa charge de grand veneur; je dois donc d’abord encourager et aider le chevalier à dissiper celte somme, profiter ainsi de sa ruine et le mettre au plus vite dans la nécessité de conspirer, afin de m'assurer de sou nom pour le soulèvement de la Normandie, qui alors deviendra ma seconde ressource, a
Certes il falbil que Latréaumont eût, comine toujours, une étrange confiance dans son étoile et (Lins son audace pour croire à la réussite de pareils projets; et pourtant cette fois encore son détestable instinct ne le trompa pas. lorsqu'il pensa que M. de Rohan lui serait une proie facile et sdre. On avouera d'ailleurs que la singulière réunion de cii^constances imprévues qui rapprochèrent le chevalier du colonel explique assez le sort de celte liaison. Ainsi, Lalréaumout sauve la vie de M. de Rohan... Cette action sam doute mérite déjà une étemelle gratitude; mais ce ne fut pas h ce trait seulement que le colonel dot l’iufluence presque subite qu'il prit sur son nouvel ami, ce fut surtout au solitaire abandon dans lequel il trouva M. de nohan apres b scène de Fontainebleau ; car b réaction des ressentiments du roi était alors si puissante sur l’esprit des courtisans, qu'ils recherchaient ou repoussaient avec une égale fureur celui qu'ik savaient l’objet de l'affection ou de la haine du mailre; aussi le peu d am» que la splendeur et b galan-
LATRËAUMOOT.
teric enviées «L* M. de Rohan lui avaient laissé s'éloignereni-ils de lui < presque saisis de terreur, des qu'ils le virent tombé dan» une aussi profonde disgrâce. Une femme même, dont on doit taire le grand nom, une femme , alors sa mailressc, imiumt ses lâcheté», rompit aussitôt avec lui.
Or, dans de telles circonstances, te rôle de Latréaumoal n'élnil-il pas . merveilleusement tracé? Quel immense avantage le partisan ne pouvait- • il pas tirer du délaissement gémirai et houleux où demeurait M. do Ho» lion, si cruellement sacrifié au courroux du roi par sa maîtresse, par ses ! amis, par sa famille ? Avec quelle couüancc hardie le colonel venait ] alors offrir au chevalier une amitié solide, frauche et apparemment irré- 1 prochable de tout motif bas ou cupide, puisqu'elle se montrait au jour ! du malheur, et que, de plus, celui qui tendait si généreusement la main à M. de Rohan ne lui devait rieu, taudis qu'au contraire M. de Hohan lui devait déjà la vie !
On le répète, Latréaumoul émit trop habile pour no pas profiler trèsheure usemeiu d'une telle chance, pouvaul, grâce aux hasards du jeu, vivre quelque temps saus meure à l'épreuve la facilité de son nouvel ami. Il sembla donc vouer à ce dernier un attachement soudain et bru- • lai, mais vrai, pur cl déoutéressé, allant même jusqu'à gourmumlcr le ] rhcvalier sur l'indécUiou de sou caractère, tout eu exaltant b noble I lici te de sa rupture avec Loui» XIV. Il s'insinua ainsi peu à peu dans j sou esprit, tantôt par la flatterie, tantôt par la rudesse ou la raillerie. Que dire de plus ? Tout culin servit à souhait le partisau ; depuis celle bizarre mais irrécusable puissance des contraires, qui veut et faitqu'uue nature timide et irrésolue recherche presque toujours lafteciion ou l'ap- i pui d'uu caractère éuergique et décidé ; tout le servit, dis-je, jusqu'aux idées superstitieuses de M. de Hohan, qui, saus croire positivement Latréaumuul dans une étroite et intime familiarité avec Satan, ne pouvait cependant se détendre d'uu certain saisissement eu rapprochant les circonstances étranges qui avaient amené ou précédé leur liuisou.
Ainsi, ta veille de celte chasse fatale, dont le reudez-vou» avait été fixé à la Veu(e-uu-Diahlc, l'infernal Chasseur Noir s'ctail fait voir dans la forêt (latréaumoul n'ayant pas dit que lui-mèine, égaré pendant b nuit, avait, le malin, cause une si horrible peur au pauvre Lorrain). Enfin, c'est au milieu des étbls de b foudre cl d'un épouvantable ouragan que pour la première fois Latréaumoul avait apparu au chevalier. Eu nu mot, on le répété, jusqu'à ces folles vidons, tout servit singulièrement l'cfli onlé coloucl, qui, encuurageaul fort les peucliants superstitieux de M. du Hohan, saus paraître vouloir cependant laisser planer sur soi-mêiuc aucun soupçon diabolique, afin niait néanmoins icligiciiscuient qu'un sien ami avait vu le diable dans un vieux château de iioogrie . de là des suppositions tans lin de b part du chevalier, qui, grâce aux adroites réticences de Latréaumoul, en vint plus tard à croire parfois que ce dernier était beaucoup plu» instruit qu'il ue voulait le paraître mu les rapports directs et possibles entre Satan et l'humaine espece. Imaginations absurdes, mats qui ne fureul que trop puissantes, ainsi qu’ou le verra dans la suite, sur l’esprit bible et nerveux de M. de Hohan.
.Maintenant que. d'après Ica caractères connus de Latréaumoul et de M. de Ituluii, en s'attend avec raison à voir le colonel, prenant chaque jour un empire plus assuré dans l'c^rit et dans la maison du chevalier, finir par le traiter en maître et eu despote; ou doit présenter au lecteur deux autres personnages : le chevalier Auguste des Préaux et madame la marquise de Vilars, (loi, avec l-alréaumout, Yun-den-liidcti, M. de noli.ui et mademoiselle Maurice d'Û, complotent le nombre de» principaux acteurs de ce drame étrange et terrible.