‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue LatreaumontChapitre 15 sur 30 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

U CAZCTTE M HOU. ASM.

Ocior et cœli flummi* et tigri<lc fri*.

Leçon, v. 40-*>.

Plus rapide que l'éclair, plus prompt que le tigre à qui ou vient d enlever sc» petits.

En effet, un garçon entra.

— Eh bien, mordieu! et cette gazelle? dit Latréaumonl.

Mais le garçon, pâle comme un mort, tenant son bonnet à la main, et initiant les bras d'un air suppliant, répondit au colonel d'une voit Ireinbljiilc :

—Par le martyre des Saints-Innocents, mon gentilhomme, ce n’est pas faute de lui avoir répété vingt fois, je vous le jure ! — Répété quoi ? demanda bnir-quement Latréaumont. — Mon gentilhomme, lui avoir bien réj-été que vous l'attendiez, cl que c’était pour vous! — Mais quoi, triple butor? — La gazette, inou gentilhomme... — La gazette est ici, et je ne l'ai pas! s'écria le colonel furieux; et, saisissant le malheureux par sa cravate, il le secoua rudement. — Grâce, mon gentilhomme ! disait ccloi-ci, ce n’est pas ma faute, c’est monseigneur le marquis de Ghàicauvillam qui l'a prise, bien malgré moi. je vous le jure ! — Misérable! continua latréaumont exaspéré. — Compère! compère! s’écria Nazellcs, songez donc que cet imbécile ne s'appelle pas le marquis de Château villain ! — C'est juste... mon épée!... mon épée!... dit le colosse eu repoussant vigoureusement Je pauvre valet, qui courut à la muraille décrocher l'épec de Latréaumonl, et b lui présenta, encore tout

tremblant, mais fort aise de voir une aussi terrible colère prendre un autre cours.

Le colonel, sifflant entre ses dents, sans dire un mol, saisit sa rapière, la tira du lôurrcau, examina sa lame, la fit ployer en appuyant son extrémité sur le bout de son soulier, craignant sans doute qu'en se servant du carreau pour cet essai la pointe du fer ne s’émoussât; pub, maniant son arme par b poignée pour sentir si elle lui était bien en main, il la remit au fourreau, toujours dans le plus grand silence, pendant que Nazclles, qui s'attendait probablement à être le second du colonel. sc livrait aux mêmes expériences sur Li souplesse et l'acuité de Sa lame.

— Maintenant, dit Latréaumonl en s'adressant au laquais, parle vite, dis cc oui est arrivé, cl n'aie pas peur, car il lie s'agit pas ici de la maigre échiné? — Mon gentilhomme, vous allez tout savoir, reprit le pauvre hère, qui, b gorge desséchée par la crainte, semblait, après chaque mot. avaler une gorgée de breuvage. Mon gentilhomme, le messager a donc apporté b gazette... lVtit-Pierre, que j’avais placé là exprès, la prend, la donne a Jacques en lui disant : Va tout de suite porter cette gazette à M. de Latréaumont ail numéro 0... tu sais? le grand gentilhomme qui n’aime pas à attendre... Mais alors, Dieu du paradis... Voilà que M. le marquis deCbàteaiivillain, entendant ccb, arrache la gazette à Pclil-Picrre et lui dit : « Maintenant va dire à ce mon- « sieur qui n’aime pas à attendre, et qui veut qu'on le nomme, que lu « las nommé, et que malgré ça, moi, j'ai gardé la gazelle. » Alors, par les saints martyrs, je... — Assez!... mène-moi vile à ce marquis, dit Latréaumonleu interrompant le garçon , puis il ajouta ; Nazellcs, vous en êtes?

Tels forent les seuls mots que prononça Latréaumont en se. précipitant vers b porte, avec une rage froide, plus terrible à voir qu'aucun emportement. Nazcllcs, qui avait répondu d'un signe affirmatif a la ucstion de Lalréaumout, le suivit, et tous deux descendirent précédés u garçon, qui, ne se souciant pas sans doute de servir d'introducteur à Latréaumont, fit un détour eu arrivant au bas de l'csealier, et disparut par un obscur passage. Mais Latréaumont, qui connaissait parfaitement b maison, traversant un couloir, arriva bientôt à b porte de h grand'sallc des Trois-Cuillcrs, où sc tenaient alors M. de Châtrai» illain et sesainis. Le colonel ouvrit violemment cette porte, et, suivi de Nazclles, entra, tenant sr.n épée sous son bras.

— Où est le marquis de Château villniii ? demanda Latréaumont de sa grosse voix, en jetant un regard circulaire et hautain autour de b salle.

A cette interrogation, faite d'un ton si provoquant, et eu prévoyant «ans doute les suites, la Guerbois, vieille hôtesse depuis longtemps habituée à de pareilles scènes, courut d abord Icrmer au verrou la t»orte du cabaret qui s’ouvrait sur b cour, puis disparut, bissant le champ clos et libre aux acteurs et aux spectateurs de ce démêlé.

Alors aussi les tranquilles citadins, qui, attirés par le renom des Trot-- Cuillers, y étaient venus faire paisiblement une petite débauche, commencèrent à sc regarder tristement, et à regretter de n’avoir pas suivi le prudent exemple de l'hôtesse ; mais, craignant de paraître trop timides, ils se résignèrent à demeurer témoins de b querelle qui menaçait : tandis qu'au contraire b majorité des convives, composée de mft d'épée cl de jennes courtisans, prêtaient un vif et ardent intérêt à ce qui s'allait passer.

— Ah çâ! mordieu ! et ce marquis de Châteauvlllain, où est-il donc? est-ce qu'il se cache parce que Duhamel de Latréaumont le cliercbe ? répéta le géant de sa grosse voix retentissante.

A ces mots, un beau jeune homme à vaste perruque blonde, vciu d'un justaucorps bleu de ciel, brodé d'argent et garni d'une profusion de mbans et d'aiguillettes de satin rose, croisant sur son genou une de ses jambes chaussées de bas de soie à coins d'or, se balança sur sa chaise, aspira bruyamment une forte prise de tabac d’Espagne, et, secouant la dentelle de sa cravate, dit eu grasseyant à un de scs compagnons ;

— Eh bien ! qu’est-ce que ceb, vicomte? quel est le rustre ((ni ose ici beugler mon nom de b sorte ! quelque porteur de chaise ou de falot, j’imagine, qui vient réebmer un écn pour des coups de bâton que je lui aurai donnés hier étant ivre? ilolà ! le Basque, Lorrain, Bourguignon! qu'on me débarrasse de cet étourdissant maraud à grands coups d etrivières !

En prononçant ces mots, M. de Chàleanviibio, assis sur une chaise, tournait le dos à la porte, et conséquemment ne pouvait apercevoir La- Iréaumont, bien qu’il l'eût reconnu à sa voix et à son interrogation.

U* colonel ne répondit pas un mot; mais, usant de sa force athlétique. de sa main droite il saisit par son dossier b chaise où était assis le marquis, cl, avant que cc dernier n'eùt eu le temps de b quitter, il b souleva et lui imprima un mouvement de rotation IcJ, que M. de ChâleauvilLiin sc trouva face à face avec lui. Ce revirement fut d’ailleurs exécuté avec tant île promptitude et d'adresse, que le marquis ne s’eo trouva pas déplace : aussi demeura-t-il assis avec le plus merveilleux sang-froid du monde, et dit à l'abbé : — Le drôle a le poignet vigoureux, aussi le ferai-je vigoureusement étriller. — Moi, j’aime a voir avec qui je parle, dit Latréaumont an marqnis, en le parcourant des pieds à Lx tête d'un air insolent, puis il ajouta : Kl j'y gagne, car on ne peut, triple-Dieu ! rencontrer un mnguct plus galamment troussé! C'est senikmcnl dommage que j'aille tout à l'heure rudement tracasser ces dentcl-

LATREAUMONT.

les H ces rubaus-l& ; car, mon joli plumet, vous êtes le marquis de CUiiejuvillain. je suppose ?

El Lalréaumonl, debout, dominant et regardant du haut de sa taille éaorme sou adversaire toujours imperturbablement assis, s'approcha près de lui à le toucher, eu balançant avec arrogance ses larges épaules.

Nais le marquis, conservant son sang-froid, croisant ses bras et penchant sa (été en arriéré, regarda fixement le colonel, et lui répondit d an air aussi dédaigneux qu'insultant : — El vous, vous êtes l'homme j b gazelle, je suppose?

Depuis le commencement de cette scène, les spectateurs, de plus en plus inquiets, s'étaient rapprochés, taudis que l'abbé, le vicomte de Mre n et les autres amis de Lhâtrauvilbin, s'étaient levés; mais comme rien jusqu'alors n'avait outre-passé les limites de l’attaque et de la dé- I, i. -r, le plus profond silence liguait dans la salle, et ou attendait avec nue muette anxiété le dénomment de cet étrange dialogue.

—Je ue me nomme pas l'homme à la gazelle! entendez-vous, l'homme aux rubans roses ! s’écria le colonel qui perdait patience, je m'appefle Duhamel de Ijdréuumont, je vous l’ai dit.

M. de Château villaiu se tourna vers le vicomte et lui dit avec une rare «pression de mépris, en moutrant Lalréaumonl d'un geste de télé des jJib impertinents : — Et ça ose se nommer encore! se nommer tout bout ! devant une compagnie d’honuêles gentilshommes! Puis, reçar- Jjrit Lalré.iumout eu Lice : — Puisque vous avez eu vous-même I impotence de vous nommer, que voulez-vous, monsieur Duhamel de Lairéaumout? il n’y a pas ici de joueurs friponués à intimider par ces furbaleiiesdà.

Ce dernier sarcasme fit perdre à Lalréaumonl le calme (pi’il avait conservé jusque-là ; ses yeux étincelèrent, il frappa violemment du pied, et, s'approchant plus près eiu ore du marquis, il lui dit d’une voix terrible ei éclatante : — D'abord, monsieur de Châleauvillain, quand je ine >tn> nommé, et que je parle debout, je veux qu'on me réponde debout !

— Il dit ; Je veux ! répéta le marquis en haussant les épaules cl s'adressant à l'abbé. - Oui, et je veux ce que je dis! Allous, debout, mordieu. debout! s'écria Lalréaumonl exaspéré! Et ce disant, U saisit le nurquis par les épaules, et de force le piaula sur ses deux pieds.

lors de l’espèce de lui te oui se passa avant que le marquis ne fût levé, â celte voie de fait de Lalréaumonl enfin, plusieurs amis de M. de CLiieanvillain, se jetant entre lui et son adversaire, l'arrachèrent des mains du colonel, auquel ils reprochèrent sa brutalité. Cependant le marquis s'écria au milieu d'épouvantables emportements : — Et ce misérable a osé me toucher ! être obligé de croiser mon épée avec un pveil drùle !

De son côté, Lalréamnont répondait en le bravant du poing :

— Il a bien fallu du temps pour le décider à le meure debout, impertinent faquin ! — Oui... et vous allez payer cher celte offense! dit le gentilhomme, pâle de colère. — Payer? payer? j’y serai pour mon écot et vous pour le vôtre,., mais, comme je liens fort à la peau dont mauun m'a Lit cadeau le jour de ma naissance, je ferai de mon mieux, wort-et-diable! pour que vous n’y Lisiez pas d'accroc! vu que je n’ai pas de quoi en changer ! dit le colonel de son air fanfaron et moqueur. Mai» as uni tout, ajouta-t-il, j’ai une réclamation à faire, et j’espère que l lxkiiorable compagnie m’approuvera. Il s’agit d'abord d une gazette de HulUude que vous m’avez retenue, monsieur le marquis de Cliâteauvilbiu... roulez-vous me la rendre, oui ou non? — Il s'agit bien ici de gazelle!... s'écria le marquis furieux; il s’agit, puisque je veux bien y tumiebcendre, d’aller à l'instant ici près, derrière le cimetière Suint- Jean, nous couper la gorge, et là, morbleu ! j’espère bien prouver que w le loiéador ne lutte pas de force brutale avec le taureau sauvage, il peut du moins l'abaitre à ses pieds ! — Tudieu ! mon jeune Cid, c'est du Rodrigue tout pur ; mais avant tout, la gazette ! la gazette ! — Encore une rois, monsieur, sortons ! s'écria le marquis ; il ne s'agit nas de ga/ette, entendez-vous ! — Comment, mordieu ! il ne s'agit pas de gazette ! mais c'est justement l'objet de la querelle. Or, je vous demanda encore une fois, à la face des témoins que voici, monsieur le marquis de Châtcaovilbin, si vous voulez, oui ou non, me rendre la gazette de Hollande que vous avez?... j’ai des raisons particulières pour fort Insister à ce sujet. — Eh bien ! puisque vous voulez continuer relie insomnie cl misérable raillerie, dit le marquis avec rage, eu prenant la gazelle qui était demeurée sur la table, et la montrant au colonel, qui ue l'avait pas vue : cette gazette, la voici ! maintenant venez la prendre!

El, cachant la gazette dans son pourpoint, le marquis mil l'épée à la ■tin,

— Ici dans cette salle?... soit, dit Lalréaumonl, qui dégaina pareilfeutent; puis il ajouta d'un air grave : Pour la dernière fois, monsieur le marquis, vous ne voulez pas me rendre celte gazette ? — Encore ! s’écria le marquis exaspéré, car il prenait l'insistance du colonel à ce sujet pour une iusuliaote plaisanterie ; non, non, mille fols non... défendezvous! — Ah çà, bien décidément ici, dans cette salle? — Oui. oui; au plus vite et au plus près !... — Allons, allons, bel impatient, on va vous servir, dit Latr éauiuont en ôtant sa perruque pour se trouver plus à Taise.

Et le colonel et te marquis se préparèrent au combat.

I-m trois fenêtres qui éclairaient la grand’salle du cabaret étant assez i près du sol pour qu'on pût voir du dehors ce qui se passait à l'intérieur, un des assistants alla prudemment tirer les rideaux de serge cra- I

niohie; de sorte que le jour traversant cette étoffe, chaudement colorée, jetait sur la salle, cl sur toutes les figures émues qui la remplissaient, un rouge et sombre reflet, parfaitement en bai uiouie avec b scène sanglante qui allait se passer.

Enfin, témoins et spectateurs se plaçant sur les Laides et les sièges rangés le long des murs, chacun attendait avec anxiété le commencement du duel. Lalréaumonl tomba pesammeut en garde; son torse A soulever un monde était si carrémcut assis sur ses reins larges et cambrés, il semblait si inébranlable, si solidement étayé sur ses jambes d Hercule, qu'on eût dit une tour sur une arche de pont! Aussi tes assistants ne purent s’empêcher d’admirer la mâle et puissante altitude du partisan, qui eût fait l’envie ou la terreur du spadassin le plus raffiné. Le marquis, au contraire, mince, frète, élégant, ayant des poignets de femme et une taille A laquelle une jarretière do Latiéuumonl eût servi de ceinture, paraissait aussi svelte qu'agile; et la bizarre position qu'il prit sous les armes sembla d'abord déconcerter le colonel, qui, rigoureux et parfait académistc, s’était mis sévèrement en garde, dans toute l'excellente pureté des principes pratiqués à Paris, à Venise ou à Tolède.

En un inol, M. de Chaleauvillaio, voyant que la force et la stature colossale de Lalréaumonl, habilement employées, devaient toujours donner à ce dernier un immense avantage, en cela qu’il pouvait atteindre son adversaire de beaucoup plus loin, le tenir à uoe plus grande distance, ou maîtriser impérieusement son épée par sa vigueur extraordinaire ; M. de Chàteauvillaio, voulant donc égaliser les chances de ce duel, en opposant la vitesse et la légèreté de sa main au bras de fer de Lalréauraont, et, par la mobilité de son jeu, neutraliser Davantage que trouvait son ennemi dans une taille gigantesque, se mil en garde, la tête basse, accroupi, ramassé sur lui-même et rasant de si près le sul enlin, qu’il eût pu y appuyer le pommeau de son épée... Puis... d'un bond il s’éloignait ou se rapprochait de Lalréaumonl.

De cette manière, le colonel, au lieu de se trouver Lee A Lee avec sou ennemi, au lieu de pouvoir, en croisant le fer avec lui, pressentir, prévenir, on parer le coup qu'ou lui allait porter, grâce à ce tact exquis, à ce sentiment si lin, si inexplicable... (électrique peut-être), qui fait qu’à une pression insensible de lepée, l'épée semble tressaillir cl répoud instinctivement à l'épée ! au lieu de pouvoir essayer enfin sur son adversaire, par un regard fixe et continu, cette espece de fascination magnélique qui souvent interdit ou décourage les faibles, Latréaumoat était donc obligé de baisser tes yeux à terre pour y cherclier un ennemi dont il ne voyait le plus souvent que b nuque, qui tantôt s’avançait en rampant comme un reptile, tantôt bondissait en arrière comme un chat sauvage, et qui jamais ne lui livrait son fer!

Au bout de quelques minutes, le colonel, avec sa haute expérience des armes, vil qu’il avait à combattre uu homme aussi adroit qu’intrépide, rempli de prudence et de sang-froid, qui pouvait Lire preuve ainsi que lui d’une extrême régularité d’escrime, mais qui espérait davantage de ce jeu hasardé, bizarre, et terriblement dangereux pour lui surtout, Lalréaumonl, qui brilbit moins par b vivacité de l’attaque que par une riposte prompte comme la foudre cl fournie à fond, avec une irrésistible impétuosité. Aussi, était-ce un spectacle d’un intérêt terrible et saisissant, que ce duel, où b force et l'adresse se livraient un combat si acharné ; les assistants respiraient à peine, et, dans le plus profond silence, chacun en attendait l'issue !

Ce silence, qui depuis quelques Instants n'avait été interrompu que par de rares froissements d'épées, déplut sans doute au colonel, qui sentait toujours te besoin de se griser, pour ainsi dire, par ses propres paroles. Or, tout en restant sur la défensive, pour étudier le jeu de M. de Chàteauvilbin... suivant des yeux tous ses mouvements avec une infatigable présence d'esprit, parant ou ripostant avec calme, mais ne se livrant pas encore, ne voulant attaquer qu’avec une chance certaine, Latréaumont dit au marquis d'un ton moqueur :

— Ah ! notre infant ! quelle vaillante méthode d'escrime ! elle vous a été enseignée, mordieu, dans une académie tenue par ua lézard et on crapand! car vous rampez comme l’un et vous sautez comme l'autre!... Ab ! bien fourni ce coup droit, s’il m’eût atteint! ajouta 1e colonel en rompant et parant une rude attaque de son adversaire, qui d un bond fut hors de portée. — Allous. allons, mille diables ! vous voilà encore à iiiic lieue de moi, beau papillon doré ! continua Lairéaumoul en marchant contre son ennemi . Prenez garde ! car si je mets le pied sur vous, sang-Dieu !... à peine restera-t-il de la poussière de vos ailes! — Bien poussé, éléphant criard ! dit à son tour le marquis en évitant un dégagement du colonel : vrai coup de bélier contre le plumet d'une toque! Mais, ce disant, M. de Ch&teauvillaiu froissa vivement l'épée de Lalréaumonl. et se fendit sur lui avec b rapidité de b foudre.

Le coup hit terrible, aussi franchement porté qu’adroitemenl paré par Lalréaumonl, qui riposta aussitôt à fond avec une telle impétuosité, que les assistants ne purent retenir un cri d'effroi ! Mais le marquis, se courbant avec une incroyable agilité, le fer passa au-dessus de lui; puis, se redressant prostjue corps à corps avec le colonel, M. de CliAleauvilbin lâcha de lui Lire une dangereuse remise d'épée, i laquelle Latréaumont, opposant vivement une parade de quarte basse, riposta dans celle ligne par un coup si furieusement fourni, que le macula : tomba à b renverse. Heureusement le fer s'élail arrêté sur les dernières I fausses côtes; ainsi, 1a blessure était légère; une ligne plus bas, elle I était mortelle I

Puis, uatréaumoul ajouta d'on air moins rayonnant : — El plus bas, compare, écoute* : ■ On écrit de Bruxelles : qu’il arrive un courrier « extraordinaire d’Espagne. »

( f, était l'adhésion formelle de Monlerry à la révolte de Normandie.)

Mais lalréaumont, pour douner une feinte explication de cette joie inopportune, s'approcha du marquis déjà pile, et dont le sang coulait en abondance.

— Je vous demande pardon, monsieur, lui dit-il.de m’être aiosi réjoui devant vous qui êtes blessé... mais c'est que l’un des maréchaux de France qu'on doit nommer est l'oncle d’un de mes meilleurs amis, et le courrier d'Espagne, dont on parle, a dû apporter la nouvelle qu'un galion des Indes, dans lequel je suis intéressé, était arrivé à bon port : aussi vous m'excuserez, monsieur, si de pareilles nouvelles in’ont fait oublier ce que je devais i votre état, qui, mordieu! je l'espère, uc sera pas le moins du monde inquiétant.

Puis. Lalréauinont. saluant le marquis, et serrant précieusement la gazelle dans sou pourpoint, se rébabilla et sortit avec Nazellcs. Une fois dehors du cabaret, le colonel s'écria : — A cheval, à cheval! Adieu, compère, je vais vile à Saiul-.M.indé retrouver Rohan à b Logeltc-au- DiaUe.

imimmé par IL D»dot. Mctnil [Eure], wr ,<-* cliché* de* Éditeur.

M. Lhuillicr, conseiller au parlement de Rouen, s’était-il trouvé to* heureux de la louer à vil prix à Lalréauinout. Ce dernier, loin d'rtrt effrayé de cette diabolique réputation, avait au contraire, pour |l»sieurs raisons, conclu le marché, au grand regret de M. de Rohan, *v JI on l’a dit, croyait quelquefois aux événements surnaturels. Mais, conu»' toujours, l’impérieuse volonté de Latréaumonl remportant sur les crainte du chevalier, il se résigna, reconnaissant d'ailleurs qu’un logis au»

—A mol celte fois. J’espère, la Gattile de Hotlande ! s’écria Lalréaumont en se remettant en garde de surprise. — C’est trop juste, dit le marquis soutenu par plusieurs des assistants : vous l’avez gagnée, monsieur, la voilà: et il la lui donna. — Mordieu! nous allons donc savoir ce qu'il faut savoir s'écria le colonel en jetant son épée ; puis, déployant ce journal, il le parcourut avec une curiosité avide, qui indigna les témoins de ce malltcureux combat.

Mais tout à coup il s'écria, ne pouvant maîtriser sa joie, et s’adressant à Nazclles : — Compère, écoulez doue les nouvelles de Hollande ! et il lut : « Ou écrit de Paris, le 6 avril 1674 : que Sa Majesté partira « pour se rendre à Coinpiègnc avec la cour le 19 ou le 20, et qu'elle « y fera deux maréchaux de France. »

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