LATR BAI) MONT
celle chambre, et toui en elle offrait un étrange contraste avec ses compagnes. Elle ne s'éult endormie sans du«t« qu après avoir longtemps réfléchi et pleuré... car ses jones pâles portaient l'empreinte «Je larmes séchées, et sa télé semblait s’appuyer encore sur b main qui l’avait dû soutenir pendant ses méditations, mais d'une rare beauté, dont les doigts effilés rappelaient l’exquis et pur dessin de Raphaël. Sa ligure, sans être extrêmement jolie, possédait néanmoins un grand charme, dû à son indéfinissable expression de bonté, de tristesse et de résolution; sur son front saUtanl et bien uni, mais presque démesuré, se de&siuaicnl des sourcils châtain foncé, extrêmement écartés l’un de l'autre, et si étroits qu’on les eût dits tracés par le pinceau d’un Indien, tandis que les cils soyeux qui voilaieot ses paupières fermées étaient si longs, si longs... qu’ils semblaient les entourer d'une brune auréole: chose rare enfin, cette physionomie expressive n’avait pas un trait qui ue fût frappain, ci, dè 6 nii'on l’avait vue, il devenait impossible de l'oublier jamais. Ainsi, son teint, d'une blancheur mate, mais éblouissante, contrastait encore étrangement avec le noir foncé de scs prunelles, qui, lorsqu'elle ouvrait les veux, donnait à son regard quelque chose de fixe et de saisissant. El puis, c'étaient te% cheveux d’une tinesse extrême, mais à peine bouclés, dont l«^ longues mérites ondoyantes tombaient tristement comme un t oile noir sur ses épaules et 6ur son sein, que l'agitation constante de son sommeil avait découvert ! Sommeil douloureux, convulsif, aux brusques tressaillements, qui trahissaient les émotions poignantes de celle àtne, déjà profondément ulcérée par le chagrin ; car on terra par la suite de ce récit quelle fut la Miblime résignation de cette jeune fille, dont la grande cl fatale passion pour M. de Rohan semble digne des temps héroupies !
Mais le paisible silence qui régnait dans cet appartement ue dura pas; car le jour parut bieuiôl, et, de même que sou éclat éveille les oiseaux nichés sous les feuilles, dés aue les premiers rayons du soleil eurent inondé celle chambre d’une lumière dorée, toutes ccs paupières appesanties s’ouvrimit d'abord joyeuses, tristes ou indifférentes, el se refermèrent aussitôt, éblouies dé cette vive clarté ; car le réveil a ses prouostic* comme le sommeil. Ainsi, parmi ces jeunes filles, l’une semblait sourire aux espérances qu'une nouvelle journée lui apportait ; l'autre paraissait regretter amèrement la solitude et le silence de la nuit, si chère aux affligés ! tandis que celles-ci accueillaient avec insouciance ce jour ajouté aux autres jours. La première qui s éveilla fut la joyeuse Olympe de Mon (brun. Voyant scs compagnes encore endormies, elle ne voulut pas sans doute jouir seule du spectacle d'une belle matinée «Je printemps ; car à peine ses grands yeux bleus, gais et brillants, furent-ils ouverts, que d’une voix argentine et fraîche elle appela les autres filles d honneur.
— Allons, Diane b glorieuse ! Marie l'indotenic ! Thérèse la timide ! cl toi, taciturne et sauvage Maurice ; assez dormi, mes belles ! éveillezvous, éveillez-vous! Voyez, jamais plus joli soleil de mai n'a prédit plus charmante journée de printemps ! aus-i la chasse d’aujourd'hui sera-t-elle magnifique avec uo temps pareil ! Heureuse» fuies que nous sommes de ce que notre gouvernante n'ait pas couché ici celle nuit, car elle eût sûrement effarouché ce beau jour ! >
En satisfaisant eu liu l'impatiente curiosité de Louis XIV, reclus dans sa cachette depuis une demi-heure, les doux éclat» de cette voix jeune cl sonore eurent bientôt éveillé tout à fait les jeunes filles, qui purent alors répondre diversement aux folies d’OIympe.
— Oh ! n iOi, dit U blonde Thérèse d une voix suave, en regardant timidement D'anc de Saint-André, sa brune et hardie compagne, j'espère bien, si l a a chasse, voir ce divertissement eu calèche, car ainsi ou a tout le pbisir sans fatigue et sans crainte. — Voulez-vous bien vous taire, petite pu rcuse ! s'écria Diane en faisant à Tliérese une gracieuse menace; qu« vous êtes efféminée ! préférer un lourd carrosse au plaisir de monter u i vaillant cheval et de vous sentir emportée par l'élan d'une course rapide ! — Oh ! quant à moi, dit Marie de Gourville en étendant pare&seu Minent ses jolis bras, la cavalcade n'est pas mon fait; j’aime bien mieux une promenade sur l’eau, dans la belle galère dorée qui est ici sur le canal. Est-il rien de préiérable à ce délicieux habucctnent ! Vous allez aussi vite qu'à cheval, et vous n'avez ni les secousses de b baqueuée ni le roulement insupportable du carrosse. — Oh ! que patiezvous, dit k son tour Olympe, que pariez-vous de calèche, de chevaux, de galeres, mon Dieu !... Ce qui vaut mieux, selon moi, que tout cela... c'est une amoureuse sérénade de violons et de hautbois, qu'un entend bien à son aise, étendue à l’ombre sur de moelleux coussins, tandis que les airs les plus galants et les plus tendres viennent vous plonger dans une adorable rêverie ! Aussi, moi je dis : Les sérénades avant tout ! — Avant tout, b promenade sur l'eau, dit Marie de Gourville. — U promenade en carrosse, dit Thérèse. - La promenade à cheval, dit b brune Diane.
Ces goûts divers donnèrent lieu à mille folles discussions qu'OIympe résuma de la sorte :
— Tenez, mes smics, convenons d'une chose : on assure que tous les
S oûl» sont dans la nature ; moi, je prétends plutôt que notre amant est ans tous no6 goût» : ainsi, je l'avoue, j’aime le» sérénades avec passion, parce que le chevalier de Saint-Paul «liante et joue du téorbe à ravir les anges. Toi, chère Marie, lu aimes la promeuade sur l'eau, parce qu’uu jeune capitaine que je sais conduit celle belle galère du caual dans les promenades du roi. Toi, douce Thérèse, lu atums b promenade en ca-
lèche, parce que certain petit pige de la grande écurie de Sa Majesté, aussi leste que joli, cavalcade aux portière» en le regardant. Enfin, loi, Diane, ma lougueuse amazone, tu aimes à monter à cheval, parce que personne n’y a meilleur air que M. de Sommer ville, le bel écuyer du roi.
Du fond «le sa logelte, Louis XIV commençait a trouver nu on parlait, il est vrai, souvent de lai, mais furieusement en manière o accessoire; néanmoins il patienta.
— Et Maurice ! et Maurice ! dirent les jeune» tilles qui. demi-nues, vinrent se grouper gracieusement sur le lit d Olympe, pour témoigner sans doute oe ce qu elles ne lui gardaient pas rancune de b vérité de observations. Malgré le regard triste et suppliaut de Maurice, Ulvmpe continua :
— Ob ! le véritable nom de b passion de Maurice est un mystère que nul n’a pu péuétrer encore. On sait bien qu’dle aime b chasse à b folie... mais quel est l’heureux chasseur? voilà ce qu'on ignore-, or, comme il v a une foule de diarmants cavaliers dans la véuerie de Sa Majesté, depuis le grand veneur de France, M. le chevalier de Rohan,
, l’homme le mieux bit, le plu» galant et le plus maeuifique de la cour, jusqu'à mon joli cousin, le petit de Ligncrotlcs, qui sort de page, il c«t bien difficile de porter quelque jugement certain, d'autant plus que Maurice est très-secrele. Ires-sauvage, et vit toujours fort esseulée.
Si b joyeuse Olympe eût attentivement observé Maurice, et que son regard eût aussi pu pénétrer derrière le miroir qui cachait le roi, le double effet produit par ses paroles l aurait vivement frappée. Au uom du chevalier de Rohan, Louis XIV n’avait pu réprimer un mouvement d'impérieuse colère ; mais lorsque Olympe continua de parler de b passion cachée de Maurice, l'expression fâcheuse des traits du roi s'adoucit, car II pensa sans doute trouver au moins parmi ccs jeunes filles un coeur occupé de sa majestueuse personne. Quant à Maurice, ses jouci pâles &e colorèrent légèrement lorsque le nom du chevalier de Huluo fut prononcé. Mais, paraissent aussitôt refouler celte impression en dlemênie avec une nere indignation, son visage reprit son caractère habituel de mébncoiie taciturne ; alors elle se replongea dans une profonde rêverie, où elle sembla demeurer absorbée pendant toute la sceoe suivante, bien que, de temps à autre, un tressaillement involontaire promit qu'elle n'était nas indifférente au sujet de la conversation.
— Pauvre Maurice, reprit Diane en riant, veille bien aujourd'hui sur tes moindres actions; car, je le l’avoue courtoisement d’avance, je m’attache à tes pas «Jurant la chasse, et, par le nom païen de Diane ma patronne, je découvrirai ce mystère !
Maurice ne répondit rien, et sourit doucement en faisant un signe de tête négatif.
— Puisqu'on parle de chasse, reprit Olympe, on dit le grand veneur de plu» eu plus mal avec le roi, et si mal, que je liens du poli Lavardin, pour parler à la mode des contre-vérités (I), que M. de Rohan u’avjit pas même été prévenu de ce voyage de Fontainebleau, bien eue u charge lui fit un devoir d’y assister. — Ilélas ! sans doute, M. de Rohan est en disgrâce, reprit Dune... Aussi, l'avais-je Wcn prévu! — Mon Dieu F ma belle amazone, dit Olympe, voudrais-tu donc rivaliser avec les centuries de Noslnuiamus, le dévia par excellence ? — Moque-toi d tu veux, Olympe ; mais ranpdle-lot bien ce que je l’ai dit l'ao pané, lors de l’horrible écbt de 1 enlèvement de madame b duchesse Je M.izarin par M. de Rohan, et dont le roi se montra si furieux. — Ou si jaloux ! reprit Olympe en riant. — Jaloux, soit... Mais ue te disais-ie pas alors : Ce qui a perdu M. de Guiche. M. de Grammont, M. de fabula, M. de Lorratue, et surtout l’inforluiié Fouquet, perdra M de Rohan !... — Mais sans doute, reprit Olympe, et, comme ail le noël de M. Saulx- Tavannes :
lu ! il blâmait, le compère,
Sun» raison,
Ce qu’il ne pouvait faire.
Nous dit- on.
— Or, telle est, k mon avis comme au lieu, b cause de b colère «le Sa Majesté contre ccs aimables cavaliers ... ou plutôt, ajouta b jeune fille eu sc croisant les mains d'un air rnaticicuscmeul hypocrite, ou plu; tôt non... c’est un clfcl de b 6ràce d'en haut ; car le. roi sTulërcssc • fort au salut de ses sujets, qu'il veut sc charger de commettre pour m tous le plus charmaul cl le plus couru des sept péchés capitaux... Aussi, tout gentilhomme qui, jaloux de sa pauvre part de faiblesse buniaioo,
II) Ob fouit • U cour beaucoup de chanson» en contre-vérité*, e'e*t-i-dt«
3 u on louait ou blâmait au reLours de ce qui était. En voici un couplet ci'rut es chaînon* manuscrites dont on a parlé; on est obtigé d’en supprimer quelques mois trop cyniques :
Marrillac est tendre,
Mena monsieur d 'Ambra,
Coati des dîmes mal traité.
Pour le vieux la Ferlé,
• U n’a point de. ... .
Marsan est
Hoannès v t ; a l'eapnl un peu morne.
Bctwon est lettré.
<() M. le dac de U FeoilUée.
LATRÊAUMONT.
préien Jra ahter Sa Majesté à porter celte douce croix, sera-t-il certain d’encourir son indiguatiou ! Kl, malheureusement pour M. de Bolian...
I est furieusement de ces opiniâtres la. — (.lue j aune t elle penstfo ! reprit Diane en riant de la plaisanterie d'OIympe sur la charité du roi. C'est absolument comme le gr«*> Louvois, qui semble vouloir aussi commettre à lui seul tous les pochés d orgueil du royaume. Mais à propos, Olympe, sais-tu pourquoi la haute de M. de Louvois est si violcitle contre M. de Rohan ? — ftou. mais je plains le chevalier, car >1. de ton vois est tout-puissant sur b volonté du roi. — Kl d'où lui vient donc celte liaiuc que lu dis ? — Du motif le plus puéril et le plus misérable du monde ; en un mot, M. de Louvois exècre M. de Rohan, parce que, étudiant avec lui an collège des Qualrc-Nalioiis, je crois, le chevalier, aussi leste, aussi hardi, que Louvois était lourd et peureux, le battit plus d une fois bel et bieu. De là celle haine opiniâtre et envenimée du ministre, oui a percé dans tout, puisque c'est M. de Louvois qui jusqu'ici a empêché, dit-on, II. de Rolian d’obtenir aucun emploi militaire proportionné à sa naissance. — Voyez pourtant à quoi liennêut les destinées ! s’écria la blonde Thérèse en ouvrant ses grands yeux bleus étonné*. Fuis elle ajouta d'un air naïf, mais plein de Ünessc : Il faut donc alors que nia graud mere ait été, au couveut, compagne de madame de Valable, notre gouvernante, et l’ait battue bieu souvent, puisque la bonne dame me hait si fort !...
Cette moquerie (U d'autant plu* rire ces jeunes tilles, que madame de Valable affichait surtout de grandes' el inadmissibles prétentions à la jeunesse ; aus-i Diane, embrassant la jolie Thérèse pour la payer de sa malice, continua de la sorte :
— Mais, liélas ! ce n’est pas tout ; car, en vérité, ce pauvre chevalier semble avoir à combattre le présent cl le passé, et devoir être b victime de ses plus nobles qualités : ne savez-vous pas, mes amies, ce qui lui arriva autrefois au jeu avec le roi ?
En entendant ccs mots, Louis XIV mugit d'indignation ; car cette aventure rappelait à son souvenir une scène lâcheuse cl humilianlc, dans laquelle M. de Rohan avait eu sur lui tout l'avantage ; mais, ne pouvant alors qu’écouter, le roi se résigna.
— Raconte donc cette histoire, dirent Thérèse et Marie. — Je le veux bien, mes amies, car je licus ceci de b pauvre ducliessc de Mazarin ellemême, qui tue le coulait comme un trait du plus merveilleux à-propos. Cela se passait un peu avant b mort de feu M. le cardinal, dans le salon <h; b reine mère. Le roi jouait à b bassctlc avec M. de Rolian, el Sa Majesté avait mis pour condition du jeu qu'on se payerait eu or d'E-paguc el non de France, l'or d'Espagne etaut alors, disait-on, d un meilleur alliage. 31. de Rohan perdit mille louis contre h' roi, cl. le lendemain, envoya Li somme à Sa Majesté daus une bourse de brocart d’or, brodée aux armes de France, et merveilleusement enrichie tic perles fines. Madame de Mazarin me disait que celle bourse avait dû coûter ail moins cinquante louis. — Mon Dieu ! que cela est donc délicat ! dit Marie en joignant les mains avec admiration ; quelle charmante recherche ! au In u d’envoyer cet or dans un sac ou daus un cofTrc grossier. — Le fait est que cela sent extrêmement son grand seigneur, ajouta Olympe. — Assurément ; mais voilà qui ne sent pas autant son grand roi, ajouta Diane eu baissant b voix, el regardant autour d’elle avec uue sorte de crainte involontaire. Sa Majesté reçoit donc b bourse, et l’envoie' à son épargne. Mais, sur ce que le bonhomme Rose(1} lui fil observer que, des mille louis qu'elle couteuail, quatre cents étaient d'or de France, Sa Majesté dit le lendemain à M. de Itohau, qni venait lui frire b révérence dans son cabiuet : « Monsieur de Rohan, ccs quatre ceuls louis sont en or de France ; veuillez me renvoyer de For d'Espagne, car, vous le savez, c’est une coudition de notre jeu. » — Est-ce donc bien possible ? s'écrièrent les jeunes filles. — J’avais, en effet, entendu parler de ce trait, dit Oivmpe ; mais, bien que différemment raCnuté. je n’avais pu y croire. — Je le liens, te «lis-je, de b pauvre duchesse de Mazariu elle— mémo, qui assistait à cette scène, ainsi que M. le cardinal, reprit Diaue. . Mais ce n’est pas tout : le chevalier de Rolian, saluant alors le roi, avec relie grâce charmante el cet air à b fois respectueux el fier qui «appartient qu'à lui, prit les quatre cents louis, et, s'approchant «l une fenêtre ouverte sur le fossé (cela se passait à Vincenncs), il les y jeta, puis dit au roi : « Sire, puisque Votre Majesté a refusé cet or, il n'est
« plus bon à rien, a Une heure après, le roi reçut, «bus une autre bourse magnifique, la somme en or d'Espagne, qu'il garda bel cl bien. — Qu’il garda? demanda Marie. — Qu'il garda, reprit Diane. Néanmoins, Sa Majesté sc plaignit fort à feu M. le cardinal de b conduite irrévérence de M. de Rolian daus cette occasion ; mais M. le cardinal répondit : « Sire, que voulez-vous ! M. de Rohan a perdu en roi, et vous « avez gagné en cadet de famille ! » frisant allusion à ce que M. de Rohan était puîné de la maison de (lue menée.
Maintenant , qu'on souge à l'exaspération qui dut transporter Louis XIV, lorsque, du fond de sa cachette, il euiemlil faire le récit de celle aventure, à propos de bquclle Mazariu lui avait donné une si juste leçon, cl où M. de Rolian s'était montré si fièrement magnifique; mais malheureusement pour le chevalier le roi devait s'eutendre encore plus d’une fois comparer au grand veneur, el ne pas avoir l'avantage dans ce parallèle; aussi, bénissant, pour le succès de sa vengeance, le
(1) Trésorier particulier du rot.
singulier hasard qui le niellait à même d'entendre de telles choses, le roi voulut demeurer b jusqu'au bout.
— J'avoue que b réponse de l'eu M. le cardinal est foui à fait pleine de sens el de justesse, reprit Olympe ; et puisque uous parloas de M. de Rohan, moi aussi j’ai une histoire à vous coûter; mais, à mon avis, le trait est encore jilus beau, parce qu’à b magnificence el à b galanterie sc joint je ne sais quel élan de boulé louchante, qui honore à b fois la femme qui l'inspire et l’homme qui l’éprouve. — Mais, mon Dieu ! dis doue vite, s'écrièrent les jeunes fille*, dont b curiosité était vivement excitée par cet exortie. — Eli bien! il y a de ecb... quelque temps, M. de Hohan s'occupait alors... Mais, au fait, je ne sais si je dois... — Olympe... chère... lionne... gentille... gracieuse Olympe! dirent les jeunes filles suppliantes en se rapprochait! de leur compagne avec des càlincries toutes féminines. — Apres tout, reprit Olynqie ensuite d'un moment de réflexion, personne au monde ne nous peut entendre, cl celle qui répéterai! ceci serait aussi Icrrihlcineut disgraciée el chassée que si elle avait «‘ile-mémc inventé l’aveulure. Or, je continue : M. de Rohan s'occupait doue alors de certaine belle inarauise, blanche comme la neige, ayant b gorge et les bras admirables, les plus beaux yeux noirs qui se puissent voir, avec cela les cheveux d'un blond cendre maguilique, ut douée cnfiii de l'esprit le plus moqueur et le plus plaisant du monde; seulement un peu trop grasse, et beaucoup trop mariée au plus fâcheux des marquis. N'y êtes- vous pas? — J’y suis fout à fa il, dit Diane.
— J’y suis! s'écria Marie; c'était b belle Allumais... — De Montc*pan! ajouta vilement Thérèse.
A ce nom, les jeunes filles sc regardèrent presque avec effroi, et se serrèrent encore plus urès les unes des autre*.
Aux premiers mots du récit d'OIympe. Louis XIV avait eu comme un secret prcsseuliment du nom qu'elle albil citer. Après quelques mois, il n'en douta plus. On l'a dit, lelrangc fatuité de ce piincc jalousait cruellement lu préseut, aussi bieu que l'avenir el le passé ; eu sorte que toute alta’ion à un sentimeut qui n'avait pas été inspiré par lui le mettait en fureur. Or, jusque-b, madame de Montespan avait été assez adroite, ou b (erreur des courtisans assez discrète, pour que le bruit de cette liaison de la marquise el du chevalier ne fût arrivé aux ureilles du roi <|ue comme uo de ces vagues propos du monde, sans fondement et sans vérité. Mais le récit d'OIympe semblant devoir préciser le frit, et lui donner uo grand air d'évidence et de réalité, on pense si le roi coiitiuua d'écouter avec une horrible anxiété d'orgueil.
Olympe reprit ; — M. «le Rohan s'occupait donc alors de madame de Montespan ; disons vite le nom pour n’y plus reveuir. Le roi, qui commençait à posséder b doucereuse, pleureuse, boiteuse et bayeuse Lavallière, ne trouvant pas en elle ce qui lui inatujuail totalement à soimême, s'ennuyait nécessairement à périr. Uu jour, il eoteudit ia belle marquise dire un mal horrible de tous les gens de b cour, et cela avec cette gaieté &aliri«|ue, celte moquerie acérée qui distinguera toujours l'esprit des Mortemart... Ccs médisances réjouirent fort le roi ; d'ailleurs b médisante était belle, accorte, d'une merveilleuse recherche de propreté : aussi Sa Majesté, désirant toujours naturellement chez les autres ce qu'il ne possédait pas, fil dire à b marquise que si elle voulait lui frire quelques avances, il les aurait pour agréables. M. de Ifolian, sachant cette rivalité royale, s'en piqua fièrement, se montra plus épris, plus passionne que jamais, enfui redouhb de soins et de belle galanterie; «Je soa côté, la marquise tint teudremeut compte au clievalier d'une persistauee aussi amoureuse que hardie, qui foi frisait ainsi braver le , courroux d'uu mailre si implacable «m de telles rcucoutres. — Oh ! que je conçois ce seutiment ! s'écria Dune; et nue j’aurais méprisé l'amant qui se serait bellement éloigné par terreur «Je celte rivalité redoutable.
— Eu un mol, le chevalier lut four à tour si triste el si tendre, si impérieux et si tremblant, si timide cl surtout si pressant, qu'un soir, dans une promenade qui suivit un inédiauoche donné par la reine à Saint- Germain, b nui qui-" fa à M. de Rohan le plus décisif et le plus charmant aveu... Alors le chevalier, ivre de joie, prenant une magoiiiqiie chaîne de diamants qu'il portail au cou, b rompit en morceaux, et, jetant cette poignée de pierreries dans le parc, il s’écrb : « Qu’aojourd’hui, du moins, ne soit pas pour moi seul un jour de bonheur! > — Ah! que cela est «fonc passionné ! s'écria Diane, et que j'a«lmirc cette ivresse de l’àme après uii aveu, oui, gonflant le cœur d'une joie ineffable, le frit déborder ainsi de tendresse el de bonté! Aussi, après avoir eu uu pareil amant, comment encore aimer quelque chose au monde!
Ccs détails avaient un cachet de vérité trop évident pour que le roi, déjà prévenu d'ailleurs par de vagues soupçous. pût douter un instant de b réalité de cette aventure; aussi s'écria-t-il d'une voix étouffée pur les mille émotions de b haine, de b colère et de l'orgueil outragé :
— Allumais! Rohan !... Oh ! Rolian.'... je me vengerai !
Puis, sou abatleraeiil fut tel, qu'il s'appuya sur uu des côté* de b loeltc, et pendant quelque temps, abîme dans scs pensées, à peine U coula la suite de cette conversation.
— Mais peusez donc au bonheur des pauvres jardiniers, qoi, le lendemain au point du jour, trouvèrent foules ces pierreries daus le rare ! reprit Marie. — El par qui donc a-l-on connu cette délicieuse galante, rie? demanda Thérèse. — La marquise n'y tint pas, reprit Olympe; ravie, enchantée, clic rapporta ce Irait charmant à sa sœur, madame de Thiangcs. Aussitôt voiià madame «le TUianges qui se met à mourir d’auiour pour M. de Hohan, tant el si bien, quelle vécut depuis avec lut
LATRÊAUMONT.
dm» b pÎüs étroite intimité, au grand rof rei jaloux de madame de Monicspan. A son lour, madame de Tliiangcs coula b merveille à madame de Oeuvres, son amie intime. Or, la plus nue fort tendre madame de Cœuvrcs, qui « avait rien de caché pour l’épée, la robe et l égiisc, et rincipalemcnl pour MM. de Béthune, le président Tambonneau et l’abbé élu, qui représentaient, à vrai dire, les états généraux de son peuple d'amants ; madame de Cœuvrcs, donc, leur conta l'histoire ; aussi, le moins discret des trois ordres, M. de Béthune confia le tout au chevalier de Saint-Paul, qui me le dit à moi, bien conOdemment, comme vous voyez. — Mais pourtant la marquise se montre, à cette heure, tout à fait des ennemies de M. de Rohan I dit Marie avec étonnement. — Sans doute, reprit Olympe, d’abord par rage d'avoir été sacrifiée à sa sœur par le beau chevalier, et puis ensuite parce qu'elle sait l'effroyable jalousie du maître, et combien, en amour, il déteste les précédents; aussi \ eut-elle tout le mal possible à M. de Itoliao, pour ôter de l'imagination du roi la pensée qu'elle ait jamais aimé le chevalier; de sorte que s’il fallait, comme on dit, tendre une paille à M. de Roliau pour l'empêcher de se noyer, la marquise donnerait plutôt ce fétu à Lavallière pour faire des bulles de savon (IL passe-temps favori de celle sotte et maigre beauté. — Pauvre chevalier de Rohan! dit tristement Tbérese; être ainsi liai par le roi et par la maîtresse cl le ministre du roi ! — El par sa mère, donc ! voilà ce qu’il y a de plus terrible ! reprit Diane. — Il est vrai, dit Olympe, que madame la princesse de Guémcuée (2) se montre bien cruelle pour 6on fils, et qu’elle le traite en véritable marâtre, lui retenant, dit -on, ses bleus, cl animant cuuire Inl, sans pitié, le* créanciers que sa magnificence lui fait. — On dit d'ailleurs, ajouta Diane, que le chevalier s’endette fort. Quel dommage ! si grand ! si généreux ! Ah ! voila de ces cavaliers qui devraient bien trouver le secret du grand œuvre! la pierre philosophale! — M. de Rohan s’en est occupé en efict, dit Olympe ; niais il a laissé là tout l’attirail de la magie et de la souille* rie, par peur du diable, qui lui est, dit-on, véritablement apparu. — Ab ! s’il eût découvert ce beau trésor, dit Thérèse, quelles merveilles on aurait vues à la court — A propos, reprit Marie, avez-vous, l'autre jour, remarqué M . de Rohan à ce gala chez madame la comtesse de Soissons? comme il était merveilleusement bien ajusté ! avec cette garniture de rubis d’Oricut et de perles fines sur son justaucorps de labb j vert-tendre, orné de rubans couleur de feu! Mon Dieu! que cela était donc galant et éblouissaut ! Rien que son nœud d'épée valait, dit-on,
t ilus de dix mille écus! Et avez-vous admiré, reprit Olympe, le merveileux point de ses dentelles? — 8t sa canne d ivoire ! entourée d’une vigne, dont le ceo est en corail, 1rs feuilles en émeraudes, et les grappes en saphirs! dit Marie. — Ce qui est certain, ajouta Diane, c’est qu'en entrant dans la galerie de l'hôte! du Soissons il avait un port si fier et si majestueux, que tout le monde lui trouva un air véritablement royal! — Comment, royal? Tu trouves qu’il ressemble à Sa Majesté? demanda Olympe. — Oh! non. Je dis royal pour exprimer tout ce qu’il y a au monde d’imposant et de gracieux. Le rot est beau, sans doute; mais d’une beauté bien différente de cdlc de M. de Rohan.
Ces mots tirèrent le roi de l’espèce de rêverie où il s’était plongé, en songeant aux moyens de se venger de M. de Huhau. Entendant sou nom encore accolé à celui du chevalier, il prêta de uouveau une attention inquh'te et colère aux causeries des jeunes filles.
— Voyons, mesdemoiselles, serons franches. Qui préféreriez -vous, du chevalier ou du roi? demanda Oiym|>e. — Voilà de ccs questions bien embarrassantes ! répondirent avec lenteur Thérèse et Marie. — Enfin, dites tou) 0 * 1 ™* — Me demandes-tu si je préférerais avoir pour amant un roi ou un beau gentilhomme? reprit Diane. — Sans doute. — Eli bien! chère Olympe, le gentilhomme fût-il un Adonis et le roi un monstre, vous allez, mes amies, me trouver la plus effrontée du monde, mais je préférerais d’abord le mi. — Par vanité, par orgueil, ma belle amazone? — Eli! mais, sans doute; pas pour autre chose. — Tu as raison, reprit Olympe. — Quelle horreur! s'écria Marie. — Voulez-vous bien vous taire,' petite ignorante ! lui dit Olympe. Apprenez que. sur ccm femmes, il y en aura toujours au moins... au moins cent qui sacrifieront, avec raison, tous les gentilshommes Adonis du inonde au plaisir de voir à leurs pieds celui aux pieds duquel lont le monde se prosterne.
Louis XIV croyait sa qualité de roi tellement liée, identifiée à luimême. qu’elle ressortait enfin si évidemment de son propre mérite, qu’il ne vil pas tout d'abord ce que celte préférence avait d'offensant, en cela que c’était seulement adorer la couronne, sans s’occuper du front qui la portait; mais la suite de la conversation lui en apprit davantage.
— Voyez un peu l'intéressée, reprit Diane en répondant à Olympe. J'avais cru d'abord, moi, que tu me demandais lequel je préférerais, de M. de Rohan ou de Sa Majesté, tous deux gentilshommes et sans couronne. — Oh ! ceci, Diane, est une autre question : et, pour y répondre franchement, je l'avouerai que je préférerais alors mille lois M. de Rohan ; mais toujours bien à condition que ni hiini le roi, devenu simple gentilhomme, ne pourraient meure dans la balance la moindre pauvre petite couronne, fût-ce même celle de Pologne ou de Portugal ! — Sans couronne? reprit Diane; mais je dirais aussi à l'instant que je préfère
(1) On tait nue mademoiselle Lavallière aimait fort cette innocente distraction. (? M. de Rohan était fil» de fx>uis de Rohan, prince de Guémeoéc, duc de
Uoulbaaon,
M. de Rohan I — Moi aussi, M. de Rohan, dît Morte. — Moi aussi, ajouta Thérèse.
Louis XIV venait d'être cruellement éclairé par celte seconde plu* de la question ; alors, comprenant mieux la distinction de l'homme et du roi, sa rage s’en augmenta d’autant contre M. de Robau et contre cts pauvres filles, qui payèrent plus tard et chèrement l'indiscrétion de leurs communes confidences (I).
— Tenez, reprit Olympe, le roi est beau de figure ; sa taille, quoique petite, est bien prise; il a même une allure impérieuse, si l’on veut,
; mais que je trouve, moi, roide à l’excès. — Et pub, ajouta Diane, Sa , Majesté mange tant, et si gloutonnement!.,. Aussi, vous direz peut-être que je suis précieuse ; mais je hais cette voracité, qui n’est pas du bel air, et qui fait que le roi est toujours si liorribiemepl rouge et pesant après dîner. — Mol, dit Marie, ce que je n’aime pas dans Sa Majesté, c'est quelle ne monte guère plus à cheval pourchasser; suivre la cWssedaos une petite calèche, comme le bonhomme Saint-Rémi, cela n'ait pas de i l'Age du roi, et sent trop la timidité. — Moi, dit Olympe, ce que je me permettrai de reprocitcr à la royale personne de Sa Majesté, c’est qu’elle ne prend pas d 'elle -même, ainsi que M. de Rohan, par exemple (en ceb I plus raffiné, plut coquet que la femme la {dus difficile), loua ces soins délicats et recherchés, sans lesquels un amant ne saurait nie plaire. Ainsi, entre autres choses, le roi ne se rase que tous les deux ou trois jours ; or. je l'avoue, celte insouciance de b propreté me choque tort! Que d'honnêtes citadins, fidcles à leurs femmes, aient de ces mank’ret de cynique, soit... ils achètent, par leur maritale constance, tous les droits possibles à se fort négliger. Mais cela sent trop son Diogène pour un prince amoureux ! — Pour un roi galant, dit Thérèse. Un monarque qui a pris le diviu i'hoebus pour emblème, ajouta Diane, devrait toujours, ce me semble, reluire et rayonner d'élégance. Mais à propos du soleil, dit tout à coup la brune jeune fille, ne-savez-vous pas iu nouveau noci sur Y Attelage du Soleil y — Non! non! s'écrièrent toutes les vols. — Eb bien! je vais vous le dire; M. de Noailles me l'apprit hier, pendant le sermon du R. P. Mascaron : il est du dernier joli... Tenez, écoulei k; U se chante sur le noovel air du Traquenard \2) :
L'attelage d'aujourd'hui Qui mène ce dieu qui luit,
Mail n'eit pas mené par lui.
Est de ouatre vieux chevaux Précédé» de deux cavale*,
De deux cavales royales ;
Est de quatre vieux chevaux,
Bien meilleur» qu’ils ne sont beaux.
— C’est charmant, dit Olympe; les auatre secrétaires d’Etat et loi deux maîtresses... rien de plus clair. — Voyons maintenant si vous reconnaîtrez les portraits, reprit Diane.
On sait bien que le premier Est un certain vieux millier,
Qui, connaissant son métier,
S en va toujours par compas,
Et d’aimèirr a la manière (3);
Qui, fournissant sa carrière.
S'en va toujours par compas,
Et ne fait point de faux pat.
— Il est évident que c'est le vieux Lctellier, dit Olympe après une minute de réflexion. Il rampe beaucoup trop près de terre pour jamais broncher.
Diane fit un signe affirmatif, et continua ;
Le second, quoique son fila.
Gros, courtaud, ragot, bouffi,
Hat emporté comme ait.
Visant au cheval de guerre,
Au Soleil qui vitupère Le rétif n’obéit guère;
Et colère, furibond.
Va toujours par nul, par bond I
— C'est le gros Louvois, à n’en pas douter, dit Marie. U fait est qii'3 se rcbccque plus que grossièrement envers Sa Majesté, qui, dit-on, * bisse intimider par les emportements de ce fier Artabau.
Diane continua ;
Le troisième, cheval fin,
Dont ou ne neul voir la fin.
Torts plus d un faux dauphin (4);
Et quoiqu’il toit fort goutteux,
II) Elles furent supprimées, et la reine n'eut plus que de* dame* d'boonear. (2} Cotte chanson eal extraite du Recueil déjà cité, vol. ti (1CG'.»i. — iliMME royale, mannacrita.
lî) AmbUr, aller l'amble; imbtcr, emporter, enlever.
(4> Allusion à ce que Colbert (ut chargé des cotants du mademoiselle de b Val liera.
LATRÊAUMONT.
Ne penunt qu'à la pitance,
Presse de boire, il s'avance (t) :
Et quoiqu'il soit fort goutteux,
11 passe les autres deux '
— C’est M. de Lyonne, dit Marie. — Mais non, c’cst Colliert, l'homme de marbre, reprit Olympe ; ne le reconnaissez-vous pas à celle ardeur de boire, bien que maintenant, dil-on, ce furieux goût d’ivroguerie lui soit passé?
Diane continua :
Le quatrième est félon,
Sournois et cornard, dit- on;
Furieux comme uu lion.
Ou sait que d'un coup de piod Il a renversé Bricnne 12}
Au grand dam de U ou Ficnnet On ssii que d’un coup de pied,
Il l'a tout estropié.
— Voici, pour celte fois, M. de Lyonne, dit Thérèse; je le reconnais i madame de Fietme. Mai* par quel hasard ne parle-t-on pas de celle pauvre madame de Lyonne, si habituée à figurer duos ces noëls? — Parce qu’un fait maintenant toutes les chaosuns nouvelles sur l’air du Traqueuard, petite fille, dit Olympe; et que ec n’est pas en huit vers qu'uii pourrait nommer tous les amants de « b grande louve, a comme ou appelle cette clièrc dame.
Diane reprit : — Maintenant, écoulez, voici qui est du dentier intérêt :
Les jumeau sont de bon traio,
Et connaissent le terrain, *
Fouquct, Rohan. dans tout chemin l.ea menaient à Saint-Germain;
L une boite et marche en cane (5),
L’autre est forte et rubirane (4);
L'une eit maigre au dernier point,
L’autre crève d embonpoint.
— Ceci n’a pas besoin de commentaire, dit Olymtie, et vous voyez qae mon aventure de Saint-Germain s’y trouve confirmée. — Quant à ce qui suit, petites filles, bouchez bien vos oreilles, dit Dbne en s’adresuni a T hcr esc et à Marie, qui les ouvrirent au contraire de toutes leurs
forces;
Mai* le soleil radieux.
Vain, trompé, disait : O Dieu I Mes niaitreiaei mo
A ce moment, madame de Valable, sous-gouvernante, entrant dans l'appartement, interrompit Diane, qui, de la sorte, ne put terminer le dernier couplet de sa chanson. Peu de temps après l’arrivée de la souspevernante, les femmes des filles d’honneur vinrent les habiller ; aussi, les confidences intimes cessèrent-elles bientôt, et ces jeunes personnes ne forent plus occupées que de leur toilette
Lorsque Diane de Saint-André cul chanté le couplet dans lequel les noms abhorrés de Fouquet cl de Rohan vinrent encore si dangereusement irriter les poignants souvenirs de Louis XIV, ce roi se contenait A peine. Aussi ces imprudentes fille» ne surent jamais quel ardent foyer de vengeance et de haine elles avaient allumé dans le cœur de ce prince. Mais l’arrivée de la sous-gouvernante, en mettant fin A la conversation des jeunes personnes, rappela le roi à soi-même, et, sortant enfin de sa logoiie, il regagna son cabinet. LA, il se jeta sur un sofa pour se reposer de tant d’horribles agitations, et mûrir plus sûrement son projet de vengeance.
Après une heure de méditation, Louis XIV se leva rayonnant ; on eût dit ta haine déjà satisfaite. Aussi regagna-t-il sa chambre A coucher et te mit au lit, afin que le service cérémonieux de son lever pût se faire comme d habitude. Seulement, lorsque le valet intérieur entra, le roi donna des ordres pour que son lever fût strictement le même qu’il était lors de ses jours de médecine, afin d’éviter sans doute la présence de N de Rohan, qui, bien que pourvu d’une grande charge de la couronne, n’avait pas l'honneur de jouir des entrées particulières à ce jour et abtolumcnt réservées aux princes du sang et aux ambassadeurs.
Puis le roi, réitérant lui-mêmo au premier gentilhomme de sa chambre en service f assurance qu’il chasserait ce jour-là, ordonna expressément d'en aller prévenir de nouveau le grand veneur, et fixa l'heure de rassemblée pour midi précis, au carrefour de la Vcnle-au-Dbble.
Maintenant, dans les haineuses et menaçantes dispositions où se trouvait Louis XIV contre M. de Bolian, pourquoi donnait-il des ordres aussi formels pour celle chasse, dans laquelle, par ses fonctions obligées, le
(I) On lui reprochait «on ÎTiognerie.
,1*1 M. de Lyonne mit évincé M. de Urieoot du mioiilt-re de* a foire» étran-
ftrei.
(3} Mademoiselle de lavallière boitait.
(4} Madame de Monteapan était blonde.
grand veneur de France, H. de Holuin, devait nécessairement avoir do fréquents et inévitables rapports avec le roi sou maître?
Ou lAchera, dans le chapitre suivant, d'expliquer le motif de celte 1 apparente contradiction.
CUAP1TRE VI.
u mcdti vu retire imtM mi Cireur.
— Spumantrinquc dan, pccora inter inerlia, votia Optât aprum, aut fulvum drarendere monte lco<M-in.
Vivien. — Æn , iv, 458.
Dédaignant les animaux timide», il vnudrul qu'un •anglier écumant vint s’uttrir à lui, ou qu'un huit fauve descendit de U montagne
Vers la partie méridionale de b forêt de Bière ou Fontainebleau, du côté de Thumery, est un large carrefour, auquel viennent aboutir six routes, formant le* rayons d'une étoile, dont ce point fait le centre. Ou appelait alurs ce carrefour b Ventc-au-Diable, une ancienne tradiiioit voulant que le dbblc eût choisi cette partie de b forêt afin d'y app. mitre plus particulièrement, et d'y recevoir, pour ainsi dire, ceux qu’un mystérieux et infernal commerce melluil en rapport avec lui. Du rosie, le site paraissait terriblement bien approprie A ces diaboliques rendezvous; rien de plus solitaire, de plus sauvage, de plus Apre : à l'boii/ou, on voyait les immenses rochers gris et nus de b Male-Monlagne, d'où s’élançaient quelques sapin» au sombre et triste feuillage : cl puis, tout autour de b Ventc-au-Diable, c'étaient des cliéncs séculaires, A l'ombrage impénétrable, entourés de grands massifs de houx, d'où s’é lançaient çà et là d énorme* bloc» de grès bizarrement taillés par b nature, qui, vus de loin, se détachant en blanc sur ces voûte* de sombre verdure, semblaient les statue* gigantesques de quelques mauvais esprits. Malgré son infernale réputation, b Ventc-au-Diable avait doue été désinée pour le rendez-vous de la chasse qui se devait Lire ce jour-là, 'apres les ordres réitérés et apparemment si contradictoires et si inexplicables de Louis XIV.
Il était huit heures du matin. Assis au pied d'un poteau vert A six bras, sur cliacuu desquels se lisait le nom d une route, un hormne et un chien semblaient foire l’accueil le plus empressé à un panier de provisions pbeé prés d'eux. L'homme paraissait âgé d'euviron cinquante ans ; sa figure brune et halée respirait b santé, b foi ce et b bonne humeur, jointes à celte espèce de gravité, presque mélancolique, particulière aux gens qui ont vécu longtemps dans la contemplation habituelle de» grandes solitudes de b nature. Cet homme, revêtu, par dessus son justaucorps, d une casaque de peau de chèvre, dout les poils étaient tournés en dehors, portait des chausses de daim ; et ses grande» guêtres de basane, encore toutes trempées de b rosée du malin, se laçaicul étroitement sur ses soulier* ferrés, son feutre A larges bords laissait échapper quelques mèches de cheveux gris, et U avait déposé près de lui son couteau de chasse à manche de corne, ainsi que la laisse ( ou trait ) garnie de son collier (ou boue) de cuir, qui lui servait à conduire sou limier. En un mot, cct humme était Ivon Cloarec, dit la Fanfare ( selon l'habitude des veneurs de ce temps-là, qui empruntaient généralement, un surnom au vocabulaire de leur profession), maître valet de limier A l'équipage du cerf de b vénerie du roi, et venu des bruyère* de Léon, à la suite de feu M. le prince de Gucmeuée, qui s'était fort iuléressé à cet homme, fils d'un de ses forestiers de Bretagne.
Quant au chien, compagnon fidèle de ce veneur, il se nommait fièrement Rudomont ; son pelage Usée cl bboc se marquait çà cl b de larges taches orangées, qui, déjà mélangées de gria, annonçaient que cet cx- I cellcnl limier commençait à vieillir; il était dfl taille moyeimc, tuai* ses j reins hauts et larges, ses hanches grandement développée», son jarret court, sa tête carrée, ses yeux vifo, pleins de feu et bicu sortis, aunon- | çaient une vigueur et une intelligence peu communes. D’ailleurs, par les caresses et les attentions délicates que maître la Fanfare prodiguait à Budomont, on jugeait qu'il en faisait grand cas; or. ou conçoit l'af- ! fcelueuse et haute estime de tout veneur pour b sagacité de son limier, lorsqu’on songe que, selon cette sagacité, on chasse ou on bit buisson creux, en ceb que le Umler doit d'abord chercher et trouver l’animal destiné à être ensuite couru et forcé par b meute. A ce propos ou doit entrer dans quelques détails de vénerie, extrêmement sommaires, mais ! indispensables à l'intelligence de b scène qui va suivre.
On sait que, pendant le printemps et l'éte surtout, les cerf» ne sortent des forêts que la nuit ; alors ils vont paître en plaine, pub, à l'aube nais, santé, après avoir ainsi viande, ils rentrent au tond des grand* bois, dans l'épais taillis qu’ils oui choisi, pour se mettre à l'abri de b chaleur, et dormir durant le jour. Les forêts bien disposées pour la rhasse, étant entourées de champs, et intérieurement divisée* eu une foule d'enceintes (ou massif» de futaie) coupées à angles droits ou aigus, par de larges routes, on conçoit qu'un cerf ne peut rentrer en forêt sans bisser b
LATRÊAUMONT,
trace de ses pas dans la plaine : et, une fois rembuché en forêt, sortir ! et changer dViicdntev sans laisser les mêmes trares de son passage sur le sol îles clicmins nui séparent les enceintes. Or, la chasse repose alisnliunenl sur l'empreinte de celte trace, qu’on appelle voie, puisque les valets de limier, chargés d'explorer eu tous sens la forêt au point du jour, doivent sûrement juger, seulement d'après celte voie, de la sorte. île l'Age, du sexe cl de l'allure des animaux qui peuvent être ren* 1 res dans les bob : tandis que les limiers, par la subtile et merveilleuse délicatesse de leur nez, démêlent si cette voie est de la nuit ou de la veille, selon l'odeur plus ou moins chaude et forte quelle exhale, le pied des bêles fauves et noiies, telles que cerfs, daims, chevreuils, sangliers, etc., laissant après eux une seuleur particulière.
(.est donc instruit par celle vole, et après dus fatigues sans nombre, oblige de suivre pas à pas. de chemin eu chemin, d'enceinte en enceinte, les mille rusés détours faits par l'animal en se renibuchant, que le valet de limier, guidé par son chien, qu’il lient en laisse, arrive enfin à l'endroit de la forêt choisi par un cerf (je suppose) pour se retirer durant le jour. Une fois bien assuré, par des observations qu’il serait trop long de détailler ici, que cet animal repose dans l'enceintc, le valet de limier y brise «ne brandie d’arbre, afin de signaler et de reconnaître l’endroit où le cerf demeure. Fuis, revenant à rassemblée faire son rapport, ce veneur dit au premier piqueux : qu’il croit avoir connaissance d’un cerf de tel Age, et séparé, car il est de règle en vénerie de ne rien affirmer, qu'apres avoir vu par corps, selon le vocabulaire de celte langue si expressive et si imagée. U maître de l'équipage se décide alors à laisser courre (ou chasser) ce cerf. On envoie les relais de chevaux cl de chiens aux points reconnus pour être la passée habituelle dus animaux, et les veneurs se rendent à la brisée que le valet du limier leur a indiquée comme désignant b retraite du cerf.
Arrivés à cet endroit, et laissaul la meute d’attaque couplée proche de cette encciule qu’ils vont fouler en tous sens, les piqueux pénètrent à cheval au plus épais du taillis, suivis du cinq ou six vieux chiens expérimeolés destinés a biner l'animal, et qui, animés par les veneurs et les sons éclatants de la lrom|»e, empaument presque à l’instant la voie du cerf. D'abord ils se récrient isolément, çA et là. sans accord, d’une voix brève, inquiété, eulrccoupéc ; puis, à mesure qu'ils rapprochent davantage l'animal, leurs cris deviennent de plus en plus fréquents, sonores et prolongés : bientôt enfin tons ces cris sc mctlcnl à un farouche uuissou : ce n’csl plus qu'un seul bruit acharné, retentissant, lorsque tout à coup le cerf surpris bondit d’efTroi devant les chiens, vide I enceinte, saule une route, rentre dans une autre enceinte, et s’en va fuyant, ainsi éperdu, à travers la forêt. S’il est vieux, il va trouver des biches ou de jeunes animaux pour s'en faire accompagner, et les laisser à sa place devaut les chiens; mais, si les chiens expérimentés ne prennent pas ce change cl continuent de le chasser, comptant sur sa vigueur, souvent il débouche en plaine cl gagne d’autres bois : s'il est Irèsjctinc. il ne quitte guère la forêt, s’y fait liallre, cl revient généralement sc faire prendre vers l'endroit ou il a été attaqué.
t.e courre commence donc aussitôt que le cerf a fui de l'enceinte où il s’était retiré, et c'csl à l'endroit de la route où il a sauté d’abord qu’on découplé la vieille meule, des que les chiens qui les premiers ont lancé l’animal sont [tassés après lui. Cette meule, plus lard renforcée des rebis qui donnent à mesure que l'animal chassé parait à leur portée, poursuit donc incessamment le cerf, collée, acharnée à sa voie, en forêt, sur les monts, dans les eaux, dans les plaines, gravissant où il a gravi, sautant où il a sauté, nageant où il a nagé, et cela pendant douze ou quinze lieues, jusqu'à ce qu'entin, après trois ou quatre heures (I) de celte terrible agonie, le cerf forcé tombe mort de fatigue, se fasse noyer dans nu étang, ou furieux, et tenant tête à b meute, se défende à coups d'andouillers, funestes abois qui presque toujours coûtent la vie aux meilleurs chiens, et dans lesquels souvent même des hommes et des chevaux sont cruellement blessés.
Quant aux cavaliers, les plus hardis ou les mieux montés, suivant de près la meule et les piqueux, s’enfoncent avec eux dans les taillis, franchissent les obstacles qui sc présentent, afin de jouir pleinement de riutclligenl cl admirable travail des chiens, d'écouter la sauvage et puissante harmonie de leur voix retentir sous les futaies, et surtout d’arriver les premiers à l’hallali ou mort du cerf. Telle est l'analyse sommaire de l'oflice de valet de limier et des diverses phases qui suivent le laisser-courre. Ceci entendu, et pour simplifier l'explication par un exemple, on donnera maintenant le détail des préparatifs de b chasse que Louis XIV devait faire ce jour à Fontainebleau. Celle forêt était divisée en sept grands cantons, dans lesquels le roi chassait alternativement. Louis XlV voulant doue, ainsi qu'on a dit, chasser dans le canton dit de Thomery, le grand veneur avait b veille désigné le rendez-vous ù b Veute-au-Diable, carrefour central de ce quartier de la forêt.
Des le malin, la Fanfare avait confié à chacun des valets de limier lacés sous ses ordres une quête à faire, c’est-à-dire le parcours et examen d'un certain nombre d'cnceintcs; aussi, à neuf heures du matin, le maître valet devait-il savoir exactement, d’après le rapport de ses veneurs et le résultat de sa propre quête, le nombre, l ige et la demi ure des animaux alors rembui liés dans le canton de Thomery, puis
(1) A part le» hasarde do la chasse, le temps que l'on met il prendre un cerf dépend je h plus ou moins grande vitesse des citions et des chevaux.
en donner avis à qui de droit. Or, maître la Fanfare, ayant fini sa quête, s'était trouvé le premier au lieu de l'assemblée, cl fêlait, ainsi qu'un l a vu, certain pauicr de provisions en compagnie de Rudoinoul.
Peu à peu les autres valets de limier se réunirent au carrefour : les uns joyeux, les autres mécontents du succès de leur quête : joie cl mécontentement qui se révélaient surtout par la façon doul ils traitaient leurs chiens en arrivant au rendez-vous. Pour les uus, c’élaieul des compliments sans cesse ; c’était : « Mon beau, mon brave, mon fin limier !» épillieles flatteuses, accompagnées de quelques caresses’, tandis que d’autres prodiguaient à leurs cliieus d’oulragcuses injures, telles que carogne, maudit inuloticr(l) ! reproches navrauls qu'un coup de houssine ou une rude secousse du trait qui lui servait de laisse rendaient surtout sensibles au pauvre animal. Néanmoins, grâce à de nouveaux paniers de provisions, heureux ou non, les veneur» imitèrent bientôt à l'cnvi maître la Fanfare. Il était neuf heures et demie du matin environ, et il y avait plaisir à voir ces hommes généralement robustes, agiles et de joyeuse humeur, assis à l'ombre sur une herbe fleurie, partager avec leurs chiens intelligents, qui ne les quittaient pas du regard, quelque pièce de venaison froide, et faire preuve d'une de cet faims monstrueuses, de ces soifs desséchantes, ducs à un vigoureux exercice cl à l’air vif et pur des furets. Aussi qui n'a partagé un do ces repas, dans de pareilles conditions, ne saura jamais, hélas ! jusqu'à quelle extase de plaisir sensuel peut s'élever l'appétit, bien qu’il n'ait peur s'assouvir que les mets les plus vulgaires. Avant le déjeuner, les valets de limier avaient fait leur rapimrt a maître la Fanfare, cl on nalleudaii plus que Jean Cloarec, dit FAndouiller, chargé de b quête de la Vculeau-Diahlc, et fils aîné du vieux la Faubre, qui l'avait élevé lui-même avec amour dans sa rude profession, qu'il faut embrasser dès l'enfance pour s'y plaire et b noblement exercer. Mais bientôt une voix sonore annonça l’arrivée du jeûne veneur, dont la gaieté jouissait d’une réputation proverbiale dans la vénerie de Sa Majesté.
Que la royale tonne,
Ceal un dix-cors!
Que riiallali résonne,
Le cerr eit mort ! !
Tel était le refrain de la vieille cbauson de chasse que chantait l’Andouillcr: aussi, lorsqu’il parut dans le carrefour, ce fut un murmure de joie générale, (l’était un agile ut vigoureux garçon de vingt-ciuq ans environ, à b large poitrine, aux membres lestement découplés, aux traits francs et hardis, au teint brun et coloré, coiflé d’un feutre noir, et velu, comme ses compagnons, d un juslaucorjis bleu, doublé d'écarlate, à galons d'or cl d'argent, ainsi que de chausses et de guêtres de daim bien serrées : enfin, au lieu de garder son couteau de coasse à sa ceiulure, il le portait en sautoir, afin de ne pas en être embarrassé dans sa marche, et il tenait en laisse sou beau limier, d un noir vif et luisant, marqué de leux.
— Eh bien ! garçon? lui dit la Fanfare d'un air interrogatil du plus loin qu'il l'aperçut. — Eh bieu ! mon père, le proverbe a encore uuc fois raison : « Si vous rencoutrez un prêtre en allant à votre quête, vous ne connaîtrez pas de cerf. » Tu n’as ricu détourné ? — Far saint Hubert d saint Euslache, nos patrons! attendez donc, mon père, la lin du proverbe : • mais si vous rencontrez une fille, comptez sur un dix-cors. » Aussi ce malin, au petit jour, en m'en allant faire le bois, j'ai eu connaissance de Guillemetle Goghi, qui débuchait lestement de la demeure du révérend père ermite de b Madeleine, qui l'avait daguée, c est sûr, en ITioiineur de la patronne de sa chapelle. Aussi, en rapprochant GuillemeUe, Met-à-Mori a-t-il donné un tout petit coup de voix, comme s’il s'était déjà senti sûr de son dix-cors! le brave limier qu’il eti, ajouta l’Andouiller eu flattant son chien. — Tu as un grand cerf daus ta quête ' dit la Fanfare avee une expression de jalousie involontaire: est-il réparé ? est-il bien dix-cors ? ajouta le vieux veneur avec une ioquh-ie curiosité. — Je le donne au moins pour dix-cors-jeunctneut (i), bieu qu'entre nous, mon père, je le croie beaucoup plus cerf que cela ; d’ailleurs, tenez, voilà ce qu’il a bissé à mon adresse, dit rAndouiller en ôtant son feutre et montrant à son père les fumées de son cerf soigneusement enveloppées de deux couches d'berbe.
La Fanfare prit les fumées, les examina, les pesa, les analysa, les supputa, et répondit : — Je crois aussi que ce cerf-là est plus que dix-corijeuoement ; mats il en est, mes garçons, de l'âge des cerfs au rebours de l’Age que les femmes se donnent : il but toujours au juger donner à ceux-ci un ou deux ans de moins, pour être sûr de ne pas se tromper. — C’est ce que j'ai fait, mon père, bieu qu’en travaillant mon cerf avec Met-à-Mort, qui sifflait sur b voie, tarit il jouissait, j’en aie revu (I) co vingt endroits sur le sable, aussi bellement que sur la neige : c'est un fier ipied, allez ! la sole est brge comme la bouche de Jean llotmlé, que voilà ; les côtés sont gros et usés comme les dents de Grégoire
(1) On appelle mubtirr on limier qui met è chaque instant le net à terre dans le* roulée* où il n'a pané aucun animal, ce qui perd ainsi un temps précieut (4) la; cerf dix-rors-jeunemcntesl celui qui entre dans la sixième année do son fige; dans b septième, il devient dix-cor*, et conserve toujours ce nom, ou prend celui de grand vieux cerf.
(3) An revoir signifie revoir U trac* <*w» pas de l'animal.