I.ATRÉAUMONT
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BonlcviLaiii. que voici ; et enfui les pinces sont aussi rudement émous* Kts «pic le nez de Cilles Legras, imm compère.
Après avoir ainsi épuisé aux dé|>cus de scs camarades les points de comparaison qu’il trouvait eu rapport avec la description du pied do tua cerf, le joyeux forestier se mil à déjeuner en compagnie de Mel-à- Mort.
— S'il en est ainsi, dit la Fanfare après un moment de réflexion, déoditaicnt je croirais ton cerf vraiment un vieux dix-cors. Mais voilà, mes garçons, ajouta le vieillard eu moulraulsou fils avec un mouvement d'oigueil, voilà comme doit faire un liravc et modeste valet de limier, imi/mrs dire moins un rapport, pour donner plus au laisser-courre (<), ci non pas assurer impudemment des choses qui se découvrent meuteries au lancer ; car rappelez-vous liicn de ceci, mes garçons, il faut toujours donU r à la chasse tant qu’on n'a pas vu de scs yeux, et par corps. Ati»si j'ai toujours eu une très-grande et très-respectueuse estime pour saint Thomas, parce que, liicn qu'il ne soit pas un des patrons de la téoeric, il montrait à mon avis l'une des belles qualités du véritable veneur, lorsque pour croire il voulait toucher et voir par corps les blessures de .Noire-Seigneur. — fch bien! mon père, dit l’Aiidiiuillcr, toi» pouvez m’accorder aussi votre très-respectueuse et très-grande rsitnie , car les filles de Morel disent que je suis, pour voir et loucher p.ir corps, mille fois plus saint Thomas, que saint Thomas lui-même.
Celle sttill le Gl rire les valets de limier, et la Faufarc, prenant dans son panier une espèce de portefeuille, en tira du papier, une plume cl de leurre afin d'écrire sou rapport.
— Mtÿs vous, mon pere, dit l'Andouiller, cst-ce que vous auriez rencouiré un prêtre, que vous ne parlez pas de votre quête ?
Le vieux veneur lit un sourire malicieux, et, débouchant son eucricr, (Mil à son Gis : — Tu verras tout à l’heure ma quête au bout de mon nom. Fuis, s'adressant aox valets de limier : — Bépotidez chacun, cl dites ce que vous avez. Quête du buisson des Sables, Claude Dupré, <|ti‘as-lu? — Rien. J’ai rencontré un prêtre, dit Claude Dupré en poussant un profond soupir et donnant un coup de pied à son chien, la Fanfare écrivit néant, et continua sou procès-verbal.
— Qtiêlc du fort de Thomcry, Jean llourdé, qu’as-tu? — Un hairc, MCMnpagné de bii baille (ï). — Ce qui fait uu hairc cl rieu de plus, dit fci Fanfare, la biehaillc ne pouvant compter au rapport. — Ali ! si j ctai», comme ce hairc, au milieu de la jolie fillaille de Morel, je vous jure, moi, par les qualités de saint Thomas, que cela compterait au rapport, dit l’Andouiller avec un vigoureux soupir d envie cl de regret.
La Fanfare continua :
— Quête du Bois-Gautier cl de la bulle de .Monceaux, Gilles Legras, qu'as- tu? — Une seconde-lélc (3), accompagnée d'une biche cl de son bon.
La Fanfare inscrivit, et continua, en regardant son fils ;
— Quête de la Vcnlc-au-Dinblc, l’Aiulonillcr. qu'as- tu? — Un cerf div-cors-jcnnemcnt, séparé, dit le veneur avec orgueil : et veus mettrez, s’il vous plaît, mon père, au bout de ceci, celle petite croix qui veut dire : Bon à laisser courre devant Sa Majesté — Nous verrons cela (ont à l’heure, répondit la Fanfare d un certain air mystérieux qui étonna son fils.
butin, apres quelques autres interrogations et réponses, la liste des quêtes étant épuisée, il ne restait à inscrire au rapport que la quête de naître la Fanfare.
— Kl vous, et vous..., maître? dirent les veneurs avec curiosité, qu'avez-vous donc dans votre quête? — Et pourquoi, mou père, vous mettez-vous toujours ainsi le «entier sur le rapport, vous qui êtes le premier de nous? — Mou rds, est-ce que, dans une harde (4), le plus 'ieux cerf ne reste pas ainsi toujours le dernier derrière les autres, faisant passer les plus jeunes devant lui? Mais écoutez bien. El la Fanhre inscrivit sa quête en disant tout haut :
— Quête de la fontaine Nation, lu Fuufare, maître valet de limiers, uue troisième tête séparée (5). — Vive Dieu! à moi, Mct-à-morl; t est nous qui ferons courre pour le roi ! — s’écria l’AndouilScr en apprenant que le cerf détourne par son père était moins âgé que le sien, et conséquemment moins avantageux à chasser ; aussi, dans l’ivresse d«‘ sa joie, prenant son limier par les deux pattes de devant, et lui outrant la gueule (qu’on excuse cette horrible vulgarité traditionnelle dans b vénerie d'alors), il lui cracha dedans, sans que Mct-à-Murt, il faut le dire, panât ajouter un très-grand prix à celte superlative preuve de satisfaction «le sou maître.
Mais le pauvre l'Andouiller s'était trop hâté de prodiguer celle rare faveur à son chien, car maître la Fanfare lui dit gravement : — Jean, tu
(i, On considère en vénerie, le cerf dix-cor* comme étant le plus beau, mais "«fl le plus vigoureux, à hisser- courre; or, plus un aumial approche de cct âge, t«M. il est honorable à donner aux chiens. Au*si. pour ne pas faire éprouver de déception, le valet de limier doit-il, dans le doute, généralement dire lige Mtas avancé,
2} Comme on ne chasse jamais le* biches, de li vient l'épithète méprisante de hiMait/t; un Maire est un cerf d'un an révolu ; jusque-là il est faon. Après deux ani. d est daguet, puis eeconde-Uu, etc., de.
(3) Cerf qui est «Ion* sa troisième année.
(V Harde, rassemblement de plusieurs animanx.
(o; L'ne Iroitième-Uie est un cerf qui entre dans sa quatrième année On a dit qu un dix-cors -jeunement était un cerf qui entrait daus sa sixième annéa.
as dans la quête un dix-cors et moi une troisième-tête ; or, ù quelle époque le grand cerf aura-t-il mis sa tête bas (I)? — Au commencement d avril au plus tard, l'hiver n avant pas été rude cette année. — A quelle époque les seconde et troisième-tête mcllcol-ils bas ? — Vers la mi-mai. — Eli bien! dit la Fanfare d'un air triomphant, nous sommes aujourd'hui le I" mai, ma iroisièmc-létc a donc encore son bois, et ton dix-cors ne l’a plus; or, maiuteu.mt, qui doit avoir l'honneur de courre devant le roi, si ce n'est mon cerf, encore paré «le sa noble couronne, cl non pas le lien, qui, dépouillé de son plus bel ornemcot, ressemble dans cette saison à une biche brehaigne de grand corsage (2)? — Far saint Hubert, saint Eusiachc et saiul Thomas même, si vous voulez, mon père!!... qu’importe le bots ! c’est toujours te cerf le plus âgé qu’on doit laisser courre : or, selon la règle de la vénerie royale, je soutiens, s'écria l'Andouiller, je soulieus que c’est mon cerf qu’on doit donner aux clmms ! — Non, c’est le mieu! reprit la Faufare; c'est le mien! qui par sa tête est autant au-dessus du tien à cette heure, qu’un noble étalon est au-dessus d’un hongre honteux.
La discussion allait devenir des plus animées, lorsqu'on aperçut, dans une des allées qui aboulissaieul au carrefour, un cavalier arrivant à toute bride.
—Tenez, dit maître la Fanfare, voici un de MM. les gentilshommes de la vénerie qui vient chercher tuon rapport ; il jugera, et je gage qu il décide en ma faveur !
En effet , dans l'ordre des chasses du rot, le plus jeune des gentilshommes de sa vénerie venait à cheval recevoir le rapport du maître valet de limier, puis allait transmettre ce renseignement au commandant de l'équipage sur pied, qui eu faisait part au grand veneur. Enfin, ce dernier niellait ce rapport sous les yeux du rm an moment de son arrivée à rassemblée, pour «pie Sa Majesté pût désigner l'animal qu elle voulait voir courre. Mais à mesure que le cavalier s'approcha, cl ouc scs habits se purent distinguer, les veneur» réunis semblèrent de plus eu plus étonné».
— Que diable est-ce là? dit la Fanfare. — Par saint Eusiachc, mou père, rien... ce u'esl rien... rien du tout ; nu un de ces méchants justaucorps à galons de soie « des petits chiens du cabinet, » dit l’Audmiil- Icr d’iiu air de dignité méprisante, après avoir ntlculivcmeut examiné le nouvel arrivait!.
Pour comprendre ceci, il faut savoir qu'en outre du service du grand veneur de France, Louis XIV avait encore ce qu’on appelait la meute des petits chiens dp cabinet, sorte d’équipage particulier pour le lièvre et le chevreuil, composé de soixante chiens, commandés par M. le marquis de Villarccaux-Moruay, qui prétendait ne relever en rieu de l’autoiité du grand veneur, comme étant chef de l’équipage particulier du roi. Celle rivalité donnait coutiuucllcmcnt lieu aux plus irritantes contestations entre le grand veneur cl M. de Viltarccaux, contestations qui se. terminèrent d’ailleurs dix ans après (en lüfcO) par la suppression de la meule du cabinet, mais nui alors étaient daus toute leur lurieu&c aigreur. Aussi celle rivalité haiucusc, qui divisait M. de Villarceaux ci Si.dc Rohan, descendant jusque dans les classes les plus infimes des deux équipages, exaspérait de La même sorte officiers, gentilshommes, pages, piqueux, valets, et quelquefois même, hélas! jusqu’aux chiens, qui, excités par les veneurs, prirent souvent une part des plus actives à ces disse usions. On conçoit donc le dédain avec lequel maître la Fanfare cl son fils accueillirent la venue du gentilhomme de la meute des petits chiens du cabinet, et on comprendra de reste la colère des veneurs lorsqu'ils apprirent l'étrange mission de cet officier.
— Où est le maître valet de limier de Sa Majesté ? demanda donc le gentilhomme en arrêtant son cheval, blanc d'ecume, et s’adressant au grotqie rassemblé près du poteau.
Personne ne répondit.
— Est-ce que je parle à des sourds? reprit le cavalier surpris «le ce silence impertinent.
Alors fAudouiÜer, s'avançant, dit à l'officier d'un air passablemeul narquois : — ûi vous avez perdu votre chasse, mou gentilhomme, je nuis vous aider à la retrouver, car j'ai vu là-bas, daus les bruyères de la Male-Moutagne, ciuq rats qui chassaicul une belette de lier corsage, ma foi! Mais, par saiut Eusiachc, votre équipage est roule ei du même picil. mou gentilhomme! aussi, menait-il si rudement la belette, quelle avait tout au plusciiiii miuulcs d’avance sur la meute; prenez dune ce faux-fuyant à droite; donnez uu temps de galop, et, en arrivant au premier carrefour, vous aurez fait les grands devants, cl vous serez à b queue des chiens... je voulais dire des rais...
Celle facétie fut accompagnée dos éclats de rire dra autres valets de limier; mais le gentilhomme, qui avait écouté ces impertinences avec assez de sang-froid, poussaul son cheval, s'approcha de l'Andouiller d’uti air menaçant, et lui dit . — Sais-tu bicu à qui tu parles? sais-tu que je suis gentilhomme de lequipagc du cabinet commandé par M. le marquis de Villarceaux, drôle que tu es? sais-tu enfin que je le ferai frotter les épaules avec de bonnes gaules de bois vert à chaque carre-
(1) On sait qu'à chaque printemps les bois du cerf tombent, et sont tout à frit repoussé» *crs U fin de juillet. Cette sorte de végétation animale s’augmente à chaque reproduction, jusqu'à ce que le cerf ait atteint aa septième année révolue. Le bois s’appelle uu daus cette acception.
(2) Vieille birhe qui ne porte plus.
LATRÉAÜMOWT.
four de la forêt par le prévôt des archers, si lu oe me réponds pas avec respect et obéissance? — Avec respect et obéissance ! répélcreotles valets de limier en murmurant, est-ce que nous avons quelque chose à voir avec les pelits chiens du cabinet, nous autres? — La veoene na rien de commun avec le cabinet, eu le niiez- vous, mon gentilhomme, reprit PAndotiiller, pas plus que le brave lévrier qui coiffe un loup n'a quelque chose de commun avec le barbet qui grelotte dans le manchon aune femme ! — Le cabinet ressemble à 1a vénerie, ditun autre, comme un écolier nui chasse aux papillons ressemble au hardi veneur qui attaque, avec l'épieu on le couteau, le solitaire (I) qui tient aux chiens. — Je vous demande le maître valet de limier : répondez, misérables ! au nom du roi, répondez ! s'écria le gentilhomme, de plus en plus irrité de ces insolences.
Ces mots : « au nom du roi, » avaient toujours un effet puissant et presque irrésistible; aussi maître la Fanfare s’avança-t-il en disant avec
une sorte de hautaine résolution
— Eh bien ! le maître valet de limier, c’est moi. — Alors, donne-moi ton rapport, dit le cavalier.
La Fanfare ouvrit des yeux stupéfaits, regarda fixement l'officier, et répéta machinalement : — Mon rapport? — Oui, ton rapport... — Mon rapport à vous ! répéta la Fanfare au milieu des marques de l’étonnement général. — Ah! que de lenteur! s’écria le cavalier impatienté. Ton rapport! ou sinon, mordieu!... — Mon rapport à vous, mon gentilhomme ? dit encore la Fanfare. Puis, haussant les épaules, il ajouta : Ah çà ! vous me prenez donc pour un faon, mon gentilhomme, de me sonner de ce» requêtes-fa ? - Tu oses te reluser à exécuter mes ordres ? — Assurément oui, par saint Hubert, je Pose ! Je ne dois mon rapport qu’à un gentilhomme de la vénerie du roi, entendez-vous, monsieur ; et si je reconnais et respecte le justaucorps bleu à galons d’or et d’argent, je n’ai rien à démêler avec les galons de soie rouges et blancs (2).
I je cavalier sembla faire un effort sur lui-même pour réprimer sa colère, et dit avec un calme apparent : — Tu es, maître la Fanfare, un brave et digne homme, je le sais ; ainsi, éconle-moi bien : songe que, par ton opiniâtreté, tu peux te mettre dans une terrible position : songe oien que je viens par ordre du roi., entends-tu bien... par ordre du roi, prendre ton rapport, parce que Sa Majesté a ordonne à ML de Villarceoux de frapper à vos brisées avec nos chiens du cabinet, ne voulant pas chasser avec les chiens du grand veneur... entends-tu bien ? Allons, maintenant, donne-moi ton rapport ; ne le conduis pas comme un vieux fou, cl finissons-co !
L’officier avait pris pour une espèce de consentement tacite l’effet écrasant produit sur la Fanfare par celle étrange nouvelle , mais il vit qu’il s’etait singulièrement abusé lorsqu’il entendit les violents murmures qui éclatèrent aussitôt parmi les veneurs.
— Frapper à nos brisée»!... le» chieus du cabinet!... vous autres chasser tantôt les animaux que nous nous sommes échinés à travailler el à détourner le matin ! laisser faire celte injure A monseigneur le chevalier de Rohan, lorsque moi et mes enfants avons toujours mauge le pain de sa famille !... Nous laisser traiter de la sorte ! Ah çà, mais dites donc, vous voulez plaisanter, mon gentilhomme? ne vous gênez pas, allez ! nous sonnerons en partie avec vous, car il y a de quoi, jarnibleu ! faire rire aux éclats un vieux sanglier dans sa bauge, dit la Fanfare. — Ali ! de façon que les valets de limier de la vénerie iront en bons enfants faire le bois le malin, pour donner à courre à messieurs du cabinet, qui eux autres dormiront en vrais chanoines pour s’éveiller à midi, et venir manger, sous notre nez, la soupe que nous aurons trempée? dit un valet de limier. — La rosée du matin est sans doute trop froide pour ces fins veneurs do cabinet? dit un autre. — Mais est-ce que ça ne se voit pas rien qu’au nom ! reprit l’Andouiller, les chiens du cabinet! Mais ça chasse avec des chaussons aux pattes, un masque et un justaucorps, de peur des ronces ! Et puis, celte belle meule mignarde vient en carrosse à l’assemblée, vit de biscuit et de lait sucré, et il v a même au chenil des chiens savants pour lui donner le bal et la comédie. — Insolent ! dit le gentilhomme. — Insolent tout de même : on ne dit pas non, reprit rAiidooiller avec Impertinence; et il continua : Ah ! de façon que nous autres, pauvres chiens de vénerie, nous chasserons au froid da matin, à l’ardeur du soleil; et pots, lorsque, au risque de nous faire évcnlrcr, nous aurons bravement pris le cerf, lorsque I hallali sera sonné, b curée faite el chaude, on nous fouillera, el on nous dira : Arrière ! pour laisser ripailler à leur aise messieurs du cabinet ! — Frapper à nos brisées ! attaquer nos animaux ! s’écria b Fanfare, exaspéré et pâle de colère. Mais le p renier qui oserait, vove*-vous, décoopk-r sur mon cerf d’autres chions que ceux de la vénerie, c’est que je lui enverrais un coup de carabine dans le corsage, ni plus ni moins qu’à un braconnier, entendezvous ? — Ali ! marauds que vous êtes, vous vous rebellez ! dit le gentilhomme. — Oui ! et je vous dis, moi, pour la dernière fois, que vous n’aurez pas mon rapport ! ajouta la Fanfare en s’avançant intrépidement vers le gentilhomme. — Pas un mot de plus, ou je le coupe la figure ! dit le cavalier en sc dressant sur ses étriers, el levant sa houssinc sur le vieillard. — Ne touchez pas mon père! s'écria l’Andouiller en saisissant
le gentilhomme par sa botte. — Ah! que de bruit, dit impétueusement le cavalier. Et d'un revers il fouetta b ligure de l'AndouiDer.
Aussitôt l'officier, désarçonné, roula sur l’herbe ; et les valets de limier allaient peut-être se porter sur lui à de graves violences, lorsque maître la Fanfare, se jetant au-devant deux, les arrêta.
— Ah ! vous payerez cher celte insulte ! dit le cavalier en se relevant. Je ne puis ni Intlêr ni me commettre avec vous; mais vous serez châtiés, mordieu ! vous le serez !... Çà, mon cheval, misérables, mon cheval!.,,
— Votre cheval? dit b Fanfare qui s'en était emparé, vous le trouvera au chenil : je m’en va» l'enjamber pour aller au plus tôt trouver monseigneur le grand veneur et lui dire tout, vu que j’aime mieux prcitdre les grands devants afin de n’être pas prévenu. — Comment, tu oserais?
— Oui, oui, j’oserai... Monseigneur le chevalier de Rohan se chargera du reste ; aussi bien, c’est son honneur que je défends ; après, ce sera à lui de défendre ma peau, el H n’j manquera pas, j’en suis sûr! — Tu te saisis de mon cheval! prends bien prde ! dit le gentilhomme d'un air
menaçant. — Je ne le saisis pas, je I enjambe ; et, d’ailleurs, je l'ai éperonoé plus d'une fois, allez! il connaît le fer de mes molettes ; c'est le
Petit-Bon ! qui, si le ciel était juste, devrait s'appeler le Grand-Mauvais, car c’est uoc rosse, une vraie carne, un rebut, un dégoût de la véucric, mais encore trop fameux pour suivre les chiens du cabinet !
Après ce dernier sarcasme, b Fanfare se mit lestement en selle, tandis que le gentilhomme, qui de fait ne pouvait opposer aucune résistance, disparut promptement par un des sentiers de la forêt.
— Quant à vous, mes enfants, si d'ici à une heure vous ne me revoyez pas, rendez-vous chacun à votre quête, cl à sou de trompe, à foncée voix ci à Irait de limier, mettez-moî tous nos animaux sur pied! car, par saint Hubert! si les chiens du cabinet chassent aujourd'hui, cc w sera pas sur nos brisées !
Et ce disant, la Fanfare, excitant vigoureusement rtoforitn:c l'etil-lU du fouet et du talon, partit au galop pour aller rendre coinnlc h M ik Rohan de celte prétention injurieuse des chiens du cabinet, offense home dans les fastes de b vénerie. Mais avant de raconter l'cnlrcvuc du vient valet de limier avec le grand veneur, on doit faire connaître davantage M. de Rohan, dont on a su déjà quelque chose par la conversation iH filles d'honneur de la reine, conversation qui mil Louis XIV en uuefareur si menaçante.