‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 17 sur 95 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Le Utouav'fl.

Le ciel, jusqu’alors d'un bleu transparent, devint peu à peu d'un Ion glauque, et le soleil se voila d'une vapeur rougeâtre et sinistre, (.elle lumière étrange donnait à tous les objets des reflets bizarres: on pourrait en avoir une idée en imaginant l’aspect d'un passage que l’on regarderait à travers un vitrail couvert de cuivre.

Dans ccs climats, ce phénomène, joint au redoublement d'une elinleur torride, annonce toujours l'approche d'un orage.

On ‘entait de temps à autre une fugitive odeur sulfureuse... Alors les feuilles, légèrement agitées parties «mirants électriques, frissonna ienl sur leurs tiges... pub tout retombait dans on silence, dans une immobilité montes.

La pesanteur de cette atmosphère brûlante, saturée d'Acrv» parfums, devenait presque ininlér.ihhî; de gmt*M gflflltet de sin ur perlaient le front de l)j.ilina, toujours plongé d ans un «mimeil énervant... Tour lui, ce n’était plus du repos, c'était un accablement pénible.

L'Etrangleur se glissa comme un reptile le. long de» parois de l’ajoupn, et, en rampant à plat ventre, arriva ju -qu’à la ualtc de Djalma, auprès duquel il se blottit d’abord en s'apla lisant , afin d'occuper le moins de plat e po-sible.

Alors commença une scène efTrayante , en raison du mystère et du profond silence qui l'eutotiraient.

La vie de Djalma était, à la merci de l'Etrangleur...

Celui-ci. ramassé sur lui-même, appuyé sur «’S mains et sur ses genoux , le mu tendu, la prunelle fixe . dilatée, restait immobile connue une bête féroce en arrêt... Un léger tremblement convulsif dA mâchoire» agitait icul son tuastpie de bronze.

Mais bientôt se» traits hideux révélèrent la lutte violente nui se passait dans son âme entre La soif... la jouissance du meurtre que le récent assassinat de l'esclave venait encore de surexciter... et l’ordre qu’il avait reçu de ne pas attenter aux jours de Djalma, quoique le motif qui l'amenait dans l'ajoupa fût peut-être , pour le jeune Indien , plus redoutable que h mort même...

Par deux foi», l'Etrangtear , dont le regard s'enflammait de férocité, ne s'appuyant plus que sur sa main gauche , porta vivement la droite à l'extrémité de son lacet...

Mais par deux fois sa main l’abandonna... l'instinct du meurtre céda 4 mm une volonté luulc-puUsanlctlonl le Malais subissait I il ré>isliM«

empire.

Il fallait que sa rage homicide fût poussée jusqu'à I» folie, car, dans se» hésitations, il perdait un temps précieux... D'un moment à l'autre, Djalma, dont la vigueur, I adresse et |r murage étaient connus et redoutes. pouvait se réveiller... et, quoiqu'il fût sans armes, il eût été, pour l'btrauglcur. un terrible adversaire. ,

Enfin celui-ci se résigna... il comprima nu profond soupir de regret, et se mit eo devoir d’accomplir s.» lâche... bette tâche eût paru impossible à tout autre... (Ju’on en juge'

Djalma, le visage tourné vers la gambe. appuyait sa tête sur son hr.it plié : il fallait d'abord, mus le rév.iller, le Imeér de tourner sa ligure vers la droite, e esl-j-ilirc vers la pnrle, afin que, «Luis le cas où il s'éveillerait à d mi, son regard ne pût tomber sur l'Etrangleur. f’elu'Mi, pour accomplir ses projels, devait rester plu icurs minutes dans la ca- Laue.

Le ciel Malte bit de plus en plus... La chaleur arrivait â son dernier degré d'intensité: tout concourait à jeter I jalma daus-la torpeur et favorisail krsdcsseins «k* l'Etrangleur... S ag. iiouill ant .alors près de bjalma, il commença, du bout de scs «luigis «mpl s et frottés d huile, d'vftleuier le front, les tempes et les paupiiTrs du j<Mine Indien, mais avec une si extrême délicatesse , que le cuuiact des deux épiderme» était à peine seusibkr...

Apres qih tqiie» fécondes de ictlc espèce d’incantation magnétique, la sueur qui baignait Te front de Djalma devint plus abondante; il poussa un soupir cîotill»*. puis, deux ou li ois lois, 1»*$ nuist les de son visage tressaillirent : car ce* attniirhements, Irop légers pour l'éveiller, lui causj'ieiit un sentiment de matai -e indéllnèMnbfc...

Le < mvant d'un iril inquiet, ard«-ut. l'Etrangleur commua sa inawntvre avec finit de paücuee, uni de «le Mérité, que Djalma, toujours endormi. mais ne pouvant supporter davantage cette sensation vague et agaçante. «I «ut il ne. sc rendait pas compte, porta macliin.ik*ineiit sa main droite à sa ligure, comme s’il eût voulu sc débarrasser du frôlcment importun d'im insecte...

Mai» la force lui manqua : pr- «pie aussitôt sa main inerte et appesantie retomba »ur sa poitrine...

Vofttd, à ce sVirq iiijne. flti'il tombait au but disiré, l'Etrangleur r«'iléia «» ut fou* brnient s sur I « paupkies, sur le front, sur les tempes, avec h itv i ? i* adresse...

Alors Dj ibna, «le plus en plu» amhlé, anéanti bous une lourde somnolence, n ayant pi» sans doutr in Dire» ou la volonté de porter sa main à son visage, détourna machinalement »m tête, qui retomba languissante sur son épaule droite , cherchant, parce changement d'altitude, à -au soustraire à I impression «le ‘agréable qui U* poursuivait.

Ce premier té-ult.u obtenu, l' Etrangleur put agir librement.

Vuwl ml remlie alors aussi profond que possible I«: sommeil qu'il venait d interrompre à «J mi, il t.Vlia d'imiter le vampire, et, simulant le jeu d'un éventail, il agita rapidemaii te» deux mains étendues autour do vfcige brûlant du jeune Indien...

A celle sensation «Je fraîcheur h.aitejulne et si délicieuse au milieu d'une chaleur snfbnnule. le» (rails dn Djalma s'épanouirent machinalemeut: sa poitrine se dilata, s*^ lèvre» «mtr ‘ou ver U*» aspirèrent cette brise bienfai- antr. et il t<«inhj dans tm sommeil d'autant plus invincible qu'il avait é «'* contrarié, et qu'il s'y livrait alors sous l'influence d'une sensation «le bien-être.

l’n rapide éclair illumina «le. sa lueur Oamboyaute la voûte ombreuse qui abritait l'ajoupa ; craignant qu'au premier coup de tomuTre k* jeune Indien ne s’éveillât bruv^uement, l Etrangli'ur se hâta d’accomplir sou pr.«j«'t.

Djalma, couché sur 1<* <lo», avait la t*'ie penchée sur son épaule droite cl s«»n bras gauclic élemhi ; l'Ltrang! nr. blotti à sa gain! «• . « «*»sa p> u à peu de l'éventer; puis il parvint .« relever, avec une incroyable dextérité, jusqu'à la saignée. L« large et lougue in.inclie de.moiuscltnc blanche qui cachait le bras gam be «!•■ Djalma. •

Tirant alors de la poche d.- son ctliçon une petite boîte «le cuivre, il y prit une aiguille d'uue lines«», d'une acuité extraordinaires, ci nn tronçon «le rariiK* noirâtre. H piqua plusieurs fois cette racine avec l'aiguille.

A chaque piqûre, il en «niait une liqueur blanche «*l visqueuse.

Lorsque I I Irangli ur cnit I fugitille suffisamment imprégnée de ee sue ■ il se courba et souilla «loin -< tneut sur la partie inienM* dubrasiic l'j dîna afin d v «anser aine nouvelle « iisalion «le fnileheur; alors, à l'akle «le son aiguille, il traça presque hn|ivr«'«-plililcmeut. sur la peau du jeune homme «ïiidormi, qn< Ique» signes mystérieux <-t symboliques

Ceci fut exéciilü a\w Lun de pr«‘»lcsse, la poule de l aignille était si fini*, si acérée» «pic Djalma ne ressentit pas L« légère érosion qui eiTleura son épiderme.

Hi. i lùt les «igné» que l'Ffrangleur venait d«î tracer op ps n irent d'abord en trait» d'un nme p.vf«' à peine sensible, et aussi dwié» qu'un cheveu : mais telle était la poissant e corrosive et kente dn «u. dont l'aiguille était imprégnée, qu'en siulibranl et R'extravasant peu sou* la

peau, il d> vail, au Luut de quidriiics lieun*», d venir d'un rouge violet, cl rendre ainsi très-apparent» ces caractère» alors tres-iovisible».

L'Ltrangleur, aprer, avoir si liem eusenuMit accompli son projet, jeta un dernier regard de féroce conv«iiii«e sur l 'Indien endormi...

Puis, s'éloignant «le la natte en rampant, il regagna l'ouverture par laquelle il s'était introduit dans la cabane, rijoigiirtéiituiéthpuMncnl les deux lèvres de cette in«'i>ion , afin d oter tout soupçon, et disparut au moment où le tounerre eiHiunençait à gronder sourdement dans le lo : ntain i l).

(Il On lit d»n<t le» lottrcü de fr-ii Victor J.v*qiien««>nt mr l’Inde, 1 propos Je l’incroyable dcxb’rité de ces homme»:

* Ils nmpent â terre dsns le* dan* le» filions des champ», imitent

ecnl voix diverses, réparent, en friant le rri «l’un chacal ou d’un oiseau, un num- «n menl miladmit qui aura c*n«é quelque bruit, puis »e tabenl. et un autre, i quelque distance. Imite le Elapi<<emeet de l’animal dans le loilain lia tour-

oogle

LF. Jl!IK ERRANT.

U Maycux

Abrités sous celle épaisse vodte de verdure, mille oiseaux saluaient, par leurs ga/ouillemeuis cl parleurs jrux, celte resplendissante soirée . des pcrrooucts verts et rouges grimpaient, à l’aide de leur bec crochu.

un fait. Les mouvement* du bAttl *onl ceux d’un serpent : dormez-vous «fan* votre tente, avec un domestique courbé en travers de chaque porter le bhrtl viendra s'accroupir en dehors, à l'ombre et dana un coin où il pourra entendre In respiration de chacun. Dès qucTCuropé-?n s’cndoit, il est aûr de aon Tait . l'Asiatique ne résistera pas longtemps à l'attrait du sommeil. Le moment venu, il (ail, à I endroit même où U sc trouve, une coupure verticale dans la toile de le lente; clic lui suHît pour s'introduire. Il passe comme un fantôme, sans faire crier le moindre grain de subie, il est parfaitement nu, et tout son corps est huilé ; un couteau» poignard est suspendu à son cou. Il se blottira près de votre couche, et, avec un sang-froid et une dextérité incroyables, pliera lo drap en très-petits plis tout près du corps, de manière à occuper la moindre surface possible; cela fait, il passe de l'autre côté, et chatouille légèrement le dormeur, qu'il semble masncliser, de manière qu’il se retire instinctivement et finit par se retourner en laissant le drap plié derrière lui S'il se réveille el qu'il veuille saisir le voleur, il trouve un corps glissant qui lui échappe comme une anguille ; si pourtant il parvient à le saisir, malheur à lui, le poignard le frappe au cœur ; il tombe baigné dans son sang, et l'unssin disparait, s

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