I.ei naufragés
Pendant que I • régisseur était ailé sur le bord de la u mt pour portrr secours à ceux des passagers qui auraient pu échapper à un naufrage iné> iLihlc, M. Rodin, conduit tur Catherine à In chambre verte, y avait
pris les objets mi'il devait rapporter a Paris.
Après deux heures passées daus celte chambre, fort indilfércnl au sauvetage qui préoccupait les habitants du château, Rodin revint dans la piece occupée par le régisseur, pièce qui aboutissait â une longue galerie. lorsqu il y entra, il n'y trouva personne; il tenait sons son liras une petite cassette de bois des Iles garnie de fermoirs en argent noircis par les années. Sa redingote à demi boutonnée laissait voir la partie supérieure d'un grand portefeuille de maroquin rouge placé daus sa poche de côté.
M. Rodin demeura pensif pendant quelques minutes; Centrée de madame Dupont, qui s'occupait avec zèle de Unis les préparatifs de secours, l'interrompit dans scs réllexions.
« Maintenant. — dit madame Dupont à une servante, — faites du feu daus la pièce voisine, mettez b c- 'in chaud ; monsieur Dupont peut
Rose et niinche.
femme de tête et d’excellent conseil... J'ai mis votre mari â même de garder, s'U le veut, b place . de régisseur de celle terre... — Il serait possible .'...Que de reconnaissance! Sans cette place...
vieux comme nous sommes , nous ne saurions que devenir ! — J ai seulement mis à cette promesse... deux conditions...
des misères... Il vous expliquera cela... — Ah!
monsieur, vous êtes notre sauveur... — Vous êtes trop bonne... Mais à deux petites conditions... — Il y en aurait cent, monsieur, que nous les accepterions. Jugez doue, monsieur... sansressow ces... si nous n'avious pas cette place... sam ressources... — Je compu donc sur vous... Danl’intérêt de votre mari...
tâchez de le décider. — Madame... madame, voiL monsieur qui arrive.. . — dit une servante en »rcourant dans b chambre. — Y a-t-il beaucoup de monde avec lui ? —
Non. madame il est
seul — Seul com-
ment, seul? — Oui, madame. •
Quelques moment -
après, M. Dupont en Iran dans b salle ; ses habit' ruisselaient d'eau ; pour maintenir son chapeau, malgré la tourmente', il l'avait fixé sur sa au moyen de sa cra\ nouée en forme de mci:
tonnicrc ; ses guétn-î étaient couvertes d'un.:
boue crayeuse. «
« Enfin, mon ami, uj voilà ! j'étais si inquiété !
— s’écria sa femme co l'embrassant tendrement.
—Jusqu'à présent... trou de sauvés. — Dieu soit loué... mon cher monsieur Dupont, — dit Rodin, — au moins vos effort < n'auront pas été vains... — Trois... seulement trois, mon Dieu ! — dit Catherine. — Je ne te parle que de ceux que j’ai vus... près <l.j la petite anse aux Goélands. Il faut espérer que dans les autres endroits de b côte un peu accessibles il y a eu d'autres sauvetages. — Tu as raison... car heureusement la côte n'est pas partout également mauvaise.— Et où sont ces intéressants naufrages, nmn cIht mouleur • — demanda Rndin, qui ne pouvait s’empêcher de rester quelques instants de plus. — Ils montent la falaise... soutenus par nos gens. Cornu: • ils ne marchent guère vite, je suis accouru en avant pour rassurer un femme et pour prendre*quelques mesures nécessaires ; d'abord il faut tout «le suite préparer rie» vêtements de femmes... — Il y a donc uns
|>ean .
te. ilj féutj ■a \ j lui moi.- |
LF. Jl'lF ERRANT.
femme pana! les personnes sauvées ? — Il y a deux jeunes filles... quinze 1 essayait de b gravir en s’y cramponnant d'une main : on rourt A lui, on M'izc ans, tout au plus... des enfants... et si jolie»'... — Pauvre» et bien heureusement encore! car ses forces étaient a bout : il est tombé petites !... — dit fl. Bodin avec componction. — Celui a qui elles doi- épuisé entre les bras de nos hommes. C'est de lui que je te disais : C’est vent la vie est avec elles... Oh ! pour celui-là, on peut le dire, c’est un un héros; car, non content d’avoir sauvé les deux jeunes filles avec un
héros?.. Un héros ? — Oui. Figure-toi... — Tu me diras cela tout à courage admirable, il avait encore voulu tenter de sauver uue troisième
l'heure... passe donc au inouïs cette robe de chambre, qui est bien se- personne, et il était retourné au milieu des rocher» battus par b mer... ; che. car tu es trempé d’eau... bois un peu de ce viu chaud... tiens. — mais ses forces étaient à bout, et sans uos homme» il aurait été bien Ce n’est pas de refus, car je suis gelé... Je le disais doue que celui qui certainement enlevé des roches auxquelles il se cramponnait. — Tu as avait sauvé ces jeunes filles était uu héros ;... le courage qu’il a montré raison, c’est un fier courage... »
est au-devais de ce qu’ou peut imaginer... Nous partons d'ici avec les M. Rodin, b télé baissée sur sa poitrine, semblait étranger à b couhuinmes de b ferme, nous descendons le petit sentier à pic, et nous ar- versalion ; sa consternation, sa stupeur, augmentaient avec la réOexion : rivons enfin au pied de b falaise... à b petite anse des Goélands, hcn- les deux jeunes filles qu’on venait de sauver avaient quinze ans; clics rcu ement un pou abritée des lames par riuq ou six énormes bloc» de étaient vélin» de deuil ; elles se ressemblaient à s'y méprendre ; l'une roches assez avancés dans b mer Au fond de l'anse... qu'cst-ce que portait au cou uue médaille de bronze : U n’en pouvait plus douter, il nous trouvons? les s'agivsait de» fille» du
deux jeunes filles dont t géoéral Simon. Com-
je te parle, évauouie*. i & i ttj||v ment les deux sœur»
le» pied» trempant I *' ' ‘ I ! étaient-elles ; , u nom-
dans Vmu, mai, ajo». . ! M f” “!****?
seesaimeroehe.com-- * r*. r. ,1 t. , i. Uimmcnt etaient-elles
l'angle de son mil droit pour y essuyer uue larme qui s’y montrait rarement. — Ce qui m'afrap|ié, e.’cstqu elles se ressemblaient t.lb-raenl, — dit le rcyNseur, — qu'il faut ccitainéirtenl l'habitude de le» voir pour le» reconnaître... —
ftçux ju Iles, sans
docte, — dit madame Dupont. — L'une de evs |«avre» filles, reprit le régisseur, — tenait entre se> deux main» jointes une petite médaillé de brou*
Sa trame, laborieusement ourdie, était anéantie.
« Quand je le parle du sauveur de ces deu x jeunes biles, — reprit le régisseur en s'adossant à sa femme et sans remarquer b préoccupa lion de M. Rodin, — tu t’attends peut-être, d'après cela. à voir uu Hercule; eh bien ! lu n’y es pas. ..c’est presque un cnbnt, tant il a l'air jeune, avec sa figure douce cl ses grand»
cheveux blonds... Lutin je lui ai Lii»*é un manteau, car il u'avait que su chemise et une culotte courte noire avec des bas de laine noirs aussi... ce qui m’a semblé singulier.
— C’est vrai, les marin» ne sont guère habillés de b sorte. — Dn reste, quoique le navire où il était frtl anglais, je crois que mou héros est Français, car il parle notre langue comme toi cl
lille de bronze. qui était suspendue à son cou par une cha incite de même métal. »
M. Rodin se tenait ordinairement trèsvotllé. A ce» dernier* mots du régisseur, B se redressa brusquement, une légère rougeur colora sc» joues
fit ides Pour tout
autre, ces symptômes » eussent paru assez in- ' signifiant* ; mais chez M. Rodin. habitué depuis longues années a contraindre, à dissimuler toutes ses émotions, Us annonçaient une profonde stupeur; s’approchant du régisseur, il loi dit d’une voix légèrement alté-
moi... Ce qui m'a fait venir les larmes aux yeux, c'est quand les jeu ue» fille» sont revenues à elles... Eu le voyant, elles se sont jetées à ses genoux; elles avaient l'air de le regarder avec religion et de le remercier comme on prie Dieu... Puis apres , elles oui jeté les yeux autour d'elles comme si elle» avaient cherché quelqu’un, elle* se sont dit quelquc-s mot», cl ont écbté en Sanglots en se jetant dans les bra* l um- de l'autre. — Quel sinistre, mou Dieu! combien de victimes il doit y avoir ! — Quand nous avons quitté les fabises , la mer avait déjà rejeté sept cadavres... de* débris, des disses.. J'ai bit prévenir le» douaniers gardes-cote»., il» resteront là toute b journée pour veiller ; et si, comme je l’espère, d autres naufragés échapj nt, on les enverrait ici... Mai», écoute doue, on
J Le» orpheline» et Gabriel »u ciiitcau de CirdoviUc
plu* indifférent du monde :
■ C’était sans doute uue pieuse relique... Vous n’avez pas vu ce qu'il y avait sur relie médaille? — Non, monsieur... je n’y ai pas songé. — m ces deux jeunes filles se ressemblaient... beaucoup... dites-vous? —
Oui, monsieur... à s’y méprendre... Probablement elles soûl orphelines, car elle» sont vêtues de deuil... — Ah !... elles sont vêtues de deuil... — dit M. Rodin avec un nouveau mouvement. — Hélas! si jeunes et orphelines. — reprit madame Dupont en essuyant scs lames. — Comme elles étaient évanouies... uous les transportions plus loin, dans un endroit où le sable était bien sec... Pendant que uou* nous occupions de ce soin, anus voyons paraître b tète d'un nomma M-tlrma d'itnc roche; il
dirait un brait de voit... Oui, ce sont nos naufragés.» El fc* régisseur et sa femme coururent à h port»' de fa xafle, qui «ouvrait sur nue longue galerît-, pendant que 31. ilodiu, rongea ut convulsivement xts ongte# plats. attendait avec une inqiiiêiiule cnuiTOqôé» l’arrivée di s naufragés; un laMc.ni louchant s'offrit bi«*ul«>t à su vue.
Pu fond de « elle galerie, assez sombre el soufr-meot percée d'qu cfoé de plusieurs fenêtre» eu ogive, trois (wr-sonnef conduites jur un (Nissan s'avaiM.aient lentement.
Ce groupe se eoropOS*H de «fr-ux jeunes filles et de l'homme intrépide à qui « lie» devaient b vie... B«»se cl uLmclte . . . étaient a droite «i à gam Inde leur sauveur, qui, marchant avec iHMUcuup de peine, s'appuyait légrremenl sur fait» bras.
Quoiqa il eût viugl-ctnq ans accomplis, b figure juvénile «b* cet homme u'anuou^il pas cet Age: »e» longs cheveux hhmd-rciwlré. xéparés au milieu «le sou front. lorohaicut lisse» et liumhle» sur le coDct d’un ample ui.inte.iu bran dont ou l'avait rouvert. Il serait diAirik: de rendre I adorable bouté de cette pâle et douce figure, aussi pure que ee que le pinceau de Raphaël « produit de plu» idéal; car sêd ce divin artiste aurait ptt rendre b grifce mébnn.rupie de ce visage enüuoieur, Li sérénité de -ou regard eiifesie, limpide et bleu comme celui d’uu archange ... ou d'un inartv r monté au dtl.
Oui. d'un martyr, car uue sanglante auréole ceignait «iéjà cette tête
charmante. ..
Chu*- «wdonreaaeà voir.. au-dessus de se» sourdis blonds. et rendus par le froid d un coloris plus vif. mu: étroite cicatrice, qui datait de plulienrs moi», semblait entourer son beau Iront d un cordon de pourpre: chose plus triste encore, se» main» avaient été Irudlemetil transpercées par un crucifiement ; se» pieds avaient subi b même mutiblion...; et s'il mardiail avec tant de peine, c'est qu«* ses blessure» venait ut de se rouvrir sur les rodn-r» aigus où il avait couru [tendant le sauvetage. .
Ce jeune homme était Gabriel, prêtre attache aux missions étrangères* et fils adoptif de la femme de Dagobert.
Gabriel était prêtre et martyr... car. de no» jours, B y a encore des martyrs... comme du temps «mi les Césars livraient b* premiers ebré- Ih'iis aiiv lions et aux tigres du cirque.
Car de nos jours, des CuLqils du peuple, c'est presque toujours cher lui que se regrütenl les dévouements héroïques cl dndnlénpMé», des enfant- du peuple, mmssés par une vocation rcspeclnlde, cuoime ce qui e»l courageux et smccre, s'en vont dans toutes les parties «fri monde tenter «le propag'T leur foi, et braver b toiture, b mo;t. avec une bienveillance ingénue.
Combien d'eux, vi< limes des barbares, ont péri, obscure et ignorés au tudieu de» solitude» des deux mondes!... Kl pour ces simples soldat* delà croix, qui u’out que leur croyant e et que leur inliépiuilé, jamais au retour (et ils revient» n! rarmnemkpmals.de fructueuse» et xouiptueuse dignités mkSbvJiqtir». Jamais b pourpre ou la mitre ne cachent leur front cii atrisé. leu:» membre» mutilés : comme le plu» grand uombre «les Militât» du drapeau, ils meurent oubliés (l).
Dans leur rcronuaissau e ingénue, les filles du général Simon, une fois revenues à elles après le naufrage, et se trouvant en «Hat de gravir les rocher», n’. iraient voulu l.iiwr à prrxrmiK le soin de soutenir Ta démarche chancelante de celui qui venait de les arracher à une mort certaine
Lm vêlement» noire de Rose et «le Rhinite ruis-elaicnt d’eau ; leur figure, d'une grande p.Mcur, exprimait une douleur profoude; de» larmes re. eûtes sillonnalrut leurs Jones . les yeux morue», baissé», trembbuu-id'emotiou et d«: froid, U-s «u phHtnes songeaient avec déx-spuir qu'elles ne reverraient plus Dagobert. leur guidr, leur ami... cv c 'était a loi que Gabriel avait tendu en vain une main sctourable .pour l’aider a gravir lé» rpcltere ; malhcumiseufent l<*s force» leur avaient ntauqué a tous deux... e! le MdJats'élail vu emporter par le retrait d'une lame.
Ln vue (h* Gabriel fut uu nouveau sujet de surpris» pour Bodin, qui s'éLiil retiré A l'écart, afin de tout examiner: tuais cele surprit* «hait si beuretwï... U éprouva tant de joie de voir le tiii.- tm ire sauvé d'uue m««rt certaine, que b cruelle impression qu'il avait rrmaitie a b vue des filles du général Siniou s'adoutil un peu (un n'a pas oublie qu'il bil.«it pour 1er, projets de M. de Bndin que Gabtiqj fût à Paris le 13 février).
l.e régisseur et sa feue ne, (rnd remplit étnu» A l'aspect des* orpheline», t'approi hen-ut d'elle» avec emprewmcul.
« Monsieur... tnuu-ieur... bonne nenveQe. — «’éerb un garçon de ferme en entrioL — Encore deux naufragé-, «le sauvé*! — llicu soitloué. Dieu toit béni ! — dit le missionnaire. — 04 M>ni-iU? — Bernaud. le régbceur en te dirigeant ver» b porte. — U y en a uu qui peut marcher...
10 Bout nom rappellerons toujours «tcc émotion ts fin «J’nne lettre éersf*. ü y I «leu* oo irai soi, par un «le ce* jeunes et valeurem muo -nnaire*. t«|* «lt nuihcurcot payuos U Bcnire; il écrit» il à m u«ire, du *«ad du Japon, Ct l»-rtnin*it ainsi «a IcUr» :
« Adiss, nts chère mire ; on dit qn'ü y a beaucoup de dinger U où l'on m'eoc soie .. Pria» l»ieu pour moi. et dites i tous mes hou» voisin* que je les sbne. « et que je pense bien souvent b eut •
Cette mtve rerouiaiMilatiou, s'adressant du milieu dé l'Asie à do psovres payaatts J un b* moi u de Francs, n'cst-eUa pas très- lotit h vote dans ta sim-
i! n*ï Miit avec Ja-tin. qui l’amène.. . L'autre» t;té Mené contre les rocher». on le transporte iri sur un brancard fait d«* bru tu Ik-v il'arlint
— Je cours le faiir placer dan» b salle basw, — dit le régisseur eu i . tant: — loi, ma femme, oerupe-toi de ccs ieuneH demui*eUi-\. — Kilt itaufragt: «vu» peut marcher... où evt-fiï — detnauda b femme du ré|' M-ur... — l e voilà, — dit le paysan di montranl quelqu'un qui s'avi assex ppblemcirt du fond de la gpkriu. — Dès qu'il a mi que l«s jeûnes oemui-ellre tiue I on a sauvées étairnt ki... quoiqtnl soit et blessé à b L ie... il a fan de si grandes enjambées... que c’est tout j phi» si J’ai pu le devant er... »
1æ paysan avait à peine prononcé rcs parole», que Bosc et Bburbe, se levant par uu mouvement 'tyontaiiié , s’étaient précfpUée* vers ’ porte...
Elles y arrivèrent eu même temps que Dagobert.
U* soldai, incapable de prononcer une parole, tondu à geuotix i seuil en tendant w*s l«ra» aux filles du général Ninon... pendant quel bal -Joie. « ourant à elle», leur K •«•liait les mains...
Mai- l'émotion était trop violente pour Ilaçobert... lorsqu’il eut i entre ses bras les orphelines, sa tête se pencha «n arrière, ct H fût K ù h r. nver.ii sam ms soins de» payaaus. Malgré 1rs obamàtkms de | femme du «ég toeur sur leur faiblesse et sur leur «Uotiou, h*s deox Jd filles vouhtreut accompagner Dagobert évanoui, que l'ou tran>porta< une ebambir voisine.
A U vue «lu soldat, la figure de M. Bodin s’était yiokanmeut «< i té*, car jusqu’alors il avait cru à b mort du guide des fille» du gé Simon.
Le mifcdoimairc, accablé de fatigue, s'appuyait sur une chaise vatt pas encore aperçu Rodin.
Un nouveau prfsotinage. «m homrue au teint jattne et mat. cuira d ccttc chambre, accompagné d'uu paysau qui lut ioiliqua Gabriel.
L bointiK* an teint jaune, à qui ou avait prêté une blouse et un pa lou «le paysan, s approcha du oibsloPBtlre, ct lui dit en français, : avec on aiTrul étranger :
& le prince Dj.ilma vient d'être transporté tout à l'heure Ici.. premier mot a été pour vous aiqx'ler. — Uue «fit cel homme?.*. • cria Bodin eu s'avançant vers Gabriel. — Mominir RcMlin! — su misskmnairv en reculant «le surp'tMi- — Monsieur Bodin!... — s'ô l'autre naufragé : et, de ce moment, sou œil ne quitta plus le corr*-* danldeJosué. — Vous iri... monaftor... — dit Gabriid en de. IG 'dm avec une déférence mêlée de crainte. — One vous a « homme? — réjiéla Rodin d une voix altérée. — .Ta-t-tl |W5 prono nom du prime Djalma? — Oui... itumstour, le prim e Djaima est um pasiCtgeredu vaisseau anglais «pii vrnak d'Alexandrie rt sur lequel ‘ avons naufragé... Gc nav «travail relarlié au» A çon», où je me um r le bitumiil qui m'amenait de Oliarlestown ayant été obligé de ; dan# relit* Ile n cause de grandes avarie», je me «dis embarqué sur où te trouT.'iit le piincû Dj.«Una Nous eRiOt» à Tort ntouih; dt* là, mon intention était de revenir en France. *
Bodin ne songeait pas A interrompre Gabriel; cette nouvelle t paralysait sa oensée. Enfin, comme un homme qui tente un deiuterl fort, quoiqu'il en xac.be d'àvanrr b vanité, il dît a Gabriel : ■ Ltwvf vou» quel est co prince Djalma? — lia jeune homme aussi but j" brave.. . le (ib d'un roi indien dcj«oxsédé de son territoire par I ai gtais. . »
Puis, sc tournant vers l'autre naufragé, le missionnaire lui oit #** intérêt : • Comment va le prince ? se» blessures sont-elles danger
— Ce .sout d>> umt usions tiw violentes, mais qui ne sont pas les, — dit l‘ autre. — Dieu soit buté! — dit le mis-iomwiiv eu s’af tout à Bo«bn, — voi« i, vous le voyez, encore un naufragé de l:oil mieux, — réjioudit Bodffl d'un tou impérieux ct bref. — J» aller approi de lui , — dit Gabriel avec «ounitssinn. •— A’«>u» cuit ordre A me donner? — .‘•’erez-vous rn état «Je partir... d> ,L * ou Irai» heures malgré vos fatigue»? — S'il le fitht... «nii. — Il r P vous partirez avec moi. »
Gahrid s'inclina devant Rodin. qui tomba anéanti sur une cbatsé P data que le niissiounuu e Mtrtail avec le payMn.
L’homme au temt jaune était resté dans un coin de la cbainM*« perçu de Rodin.
Ct< homme était Faringhua , le métis , «n de» trob chefs de- « glcure, qui avait -écbapjxî aux poursuite* de- soldat» dan* Ira r ^ l ‘î «Je Tihandi: après avoir tué Maltâ) l«: cmitn bnudier, d lui avait ' «**dépêches écrite* par 31. Jo-ué Van Daél A Itodin, et la lettre .
Î uellc le « «•nlremmdto' devait être reçu comme passager a bom Uiyier. Faringbea s'éunt échappé de b cabane dis ruines de Tcoj sans être vu de Djalma, colui-cJ le retrouvant a bord a|trè» son c»* (que l'on explitpicra ploi Lard ). ignora ai qu'il appartfot à “ ^xîlte. t'l«Miî-g.»r», l'avait trait, pendant la traversée couune un pdl up*^ .
Bodin, l’œil fixe, hagard, le teint livide de rage mu«‘ttc. ongles jusqu'au vif. u apercevait pax le ntéti» mii. après s'étn* ' M*ment apptorbé «U* lui, lui mit familier«*jnent ta tuaiu sur 1 j
dit : « Vous vous appelez Rodin? — (Ju cst-ce? — deirund-t fe ll> tressaillant et m ndrrséaiii bnisqoemeul la tête. — Vou» 1f0W * *g-j Rodin 'I — répéta Faringbca... — Oui... que voulez-vOtJ»? — g iiK-urcz rue du 3lilicu-dcs-Ureiiis, A Pari»/... — Oui... niais entore
LE JUIF
fois, que voulez-vous? — Rien... maintenant... frère... — plu» tard... beaucoup. » „ ,
Et Fariughea, s'éloignant à pas lents, laissa Rodm effraye: car cet homme, qui ne tremblait devant rien, avait été frappé du siuiâlre regard et de la sombre physionomie de l'Etrangleur.
CUAPITBB IV.
Le départ pour Paria.
Le plus grand silence règne daus le château de Cardovillc ; la tempête s'est peu à peu calmée, l'on n’eutend plus au luin que le sourd ressac des vagues qui s’abattent pesamment sur la côte.
Dagobert et les orphelines ont été établis dans des chambres chaudes et confortables au premier étage du château.
Djalma, trou grièvement blessé pour être transporté à l'étage supérieur, est resté dans une salle basse.
Au moment du naufrage, une mère éplorée lui avait remis son enfant entre les bras. En vain il voulut tenter d'arracher cet infortuné à une mort certaine; ce dévouement a gêné ses mouvements, et le jeune Indieu a été presque brisé sur les roches.
Farinehea, qui a su le convaincre de son affection, est resté auprès de lui à le veiller.
Gabriel, après avoir donné quelques consolations à Djalma, est remonté dans Li chambre qui lui était destinée; fidèle à la promesse qu'il a faite à Bodin d’être prêt à partir au bout de deux heures, il n’a pas voulu se coucher : ses habits séchés, il s’est endormi dans un grand fauteuil à haut dossier, placé devant une cheminée où brûle un ardent brasier.
Cet appartement est situé auprès de ceux qui sont occupés par Dagobert et les deux sœurs.
Rabat-Joie, probablement sans aucune méfiance dans un si honnête château, a quitté la porte de Rose et de Blanche pour venir se réchauffer et s’étendre devant le foyer au coin duquel le missionnaire est endormi.
Rabat-Joie, son museau appuyé sur scs pattes allongées, jouit avec délices d'un parfait bien-être, après tant de traverses terrestres et maritimes! nous ne saurions affirmer qu'il pense habituellement beaucoup au pauvre Jovial ; à moins qu’on ne prenne pour une marque de souvenir de sa part son irrésistible besoin de morurc tous les chevaux blancs qu’il avait rencontrés depuis b mort de son vénérable compagnon, lui jusqu’alors le plus inoffensif des chiens à l'endroit des chevaux de toute robe.
Au bout de quelques instants, une des portes qui donnaient dans cette chambre s'ouvrit, et les deux sœurs entrèrent timidement. Depuis quelques instants, éveillées, reposées et habillées , elles ressentaient eocore de l’inquiétude au sujet de Dagobert : quoique la femme du régisseur, après les avoir conduites daus leur chambre, fût ensuite revenue leur apprendre que le médecin du vilbge ne trouvait aucune gravité dans l'état et dans b blessure du soldat, neanmoins elles sortaient de chez elles, opérant s’informer de lui auprès de quelqu'un du château. -
Le haut dossier de l'antique fauteuil ou donnait Gabriel le cachait complètement . mais les orphelines, voyant Rabat-Joie tranquillement couché au pied de ce buteuil, crurent que Dagobert y sommeillait ; elles s’avancèreut donc vert ce siège sur la pointe du pied.
A leur grand étonnement, elles virent Gabriel endormi. Interdites, elfes s'arrêtèrent immobiles, n'osant ni reculer ni avancer de peur de l’éveiller.
Les longs cheveux blonds du missionnaire, n'étant plus mouillés, frisaient naturellement autour de son cou et de ses épaules; la pâleur de son teint ressortait sur le pourpre foncé du damas qui recouvrait le dossier du fauteuil. Le beau visage de Gabriel exprimait alors uue mélancolie amère, soit qu'il fût sous l’impression d’un songe pénible, soit qu’il eût l'habitude Je cacher de douloureux ressentiments dont l'expression se révélait à 6on insu pendant son sommeil; malgré celte apparence de tristesse navrante . ses traits conservaient leur caractère d’angélique douceur, d'un aurait inexprimable... car rien n'est plus touchant que b beauté qui souffre.
Les aeux jeunes filles baissèrent les yeux, rougirent spontanément, et échangèrent un coup d'œil un peu inquiet eu se montrant du regard le missionnaire endormi.
« Il dort, ma sœur, — dit Rose à voix basse. — Taut mieux... — répondit Blanche aussi à voix basse en faisant à Rose un signe d'intelligence, — nous pourrons le bien regarder... — En venant de b mer Ici avec lui, nous n’osions pas... — Vois donc comme sa figure est douce! — Il me semble que c'est bien lui que nous avons vu dans nos rêves. — Disant qu'il nous protégerait. — Et cette fois encore... il n’y a pas manqué. — Mais du moins, nous le voyons... — Ce n’est pas comme «bus 1a prison de Lejnsick... pendant cette nuit si noire. — Il nous a encore sauvées, cette fois. — Sans lui... ce matin... nous périssions... — Pourtant, nia 34 Eur. dans nos rêves, U me semble que sou visage était comme éclairé
ERRANT
par une douce I mière. — Oui... tu sais, il nous éblouissait presque. —
Et puis il n'avait pas Pair si triste. — C’est ciu’alors, vois-tu, il venait du ciel, et mainlcuaul il est sur terre... — Ma sœur... est-ce qu’il avait alors autour du froul cette cicatrice d’un rose vif? — Oh ! non., nous nous en serions bien aperçues. — Et à ses mains... vois donc aussi ces cicatrices. . . — Mais s’il a été blessé... ce n'est donc pas un archange?— Pourquoi, ma sœur! s’il a reçu ces blessures on voulant empêcher le mal, ou en secourant des personnes qui, comme nous, allaient mourir?
Tu as raison... s’il ne courait pas de dangers en venant au secours
de ceux qu’il protège, ce serait moins beau... — Comme c’est dommage qu’il n’ouvre pas les yeux... — Leur regard est si bon, si tendre! — Pourquoi ne nous a-t-il rien dit de notre mère pendant b roule ?— Nous n’étions pas seules avec lui... il n’aura pas voulu... — Maintenant nous sommes seules... — Si nous le priions pour quH nous en parle... «
Et les orphelines s’interrogèrent du regard avec une naïveté charmante: leurs ravissantes figures se coloraient d’uu vif incarnat, et leur sein virginal palpitait doucement sous leur robe uoire.
« Tu as raison prions-le. — Mon Dieu, ma sœur, comme notre
cœur bat, — dit Blanche ms doutant pas avec raison que Rose ne ressentit tout ce qu’elle ressentait elle-même, — et comme ce battement lait du bien! On dirait qu'il va nous arriver quelque chose d’bcurcux. » Les deux sœurs, après s'être rapprochées du fauteuil sur b pointe du ied, s’agenouillèrent les mains jointes, l’nne à droite, l’autre à gauche u jeune prêtre. Ce fut un tableau charmant. Levant leurs adorables figures vers Gabriel, elles dirent tout bas, bien bas, d’une voix suave et fraîche comme leurs visages de quinze ans :
« Gabriel ! parlez-nous de notre mère... »
A cette appel, le missionnaire fit ud léger mouvement, ouvrit à demi les yeux, et, grâce à cet état de vague somnolence qui précède le réveil complet, se rendant à peine compte de ce qu'il voyait, il eut un ravissement à l’apparition de ces deux gracieuses figures qui, tournées vers lui, l'appelaient doucement.
« Oui m’appelle? — dit-il en se réveillant tout à fait et en redressant b tête. — C'est nous ! — Nous, Blanche et Hose ! >
Ce fût au tour de Gabriel & rougir, car il reconnaissait les jeunes filles qu’il avait sauvées.
« Relevez-vous, mes sœurs , dil-il. — on ne s'agenouille que devant Dieu... »
Les orphelines obéirent cl furent bientôt à ses côtés, se tenant par U main.
t Vous savez donc mon nom?... — leur demanda-t-il en souriant. — • Oh ! nous ne l’avons pas oublié. — Qui vous l’a dit ! — Vous.. . — Moi !
— Quand vous êtes venu de b part de notre mère... — Nous dire qu’elle vous envoyait vers nous et que vous nous protégeriez toujours. — Moi, mes sœurs... — dit le missionnaire, ne comprenant rien aux paroles dji's orphelines. — Vous vous trompez... Aujourd’hui seulement je vous ai vues... — Et dans nos rêves? — Oui, rappelez-vous donc! dans nos rêves? — En Allemagne... il y a trois mois pour b première fois... Regardez-nous donc bien ! »
Gabriel ne put s’empêcher de sourire de la naïveté de Rose et de Rbncbe, qui lui demandaient de sc souvenir d’un rêve qu elles avaient fait ; puis, de plus en plus surpris, il reprit : « Dans vos rêves ! — Mais certainement quand vous nous donniez de si bons conseils. — Aussi,
quand nous avons eu du chagrin depuis... en prison... vos paroles, dont nous nous souvenions, nous ont consolées, nous ont donne du courage.
— N’est-ce donc pas vous qui nous avez bit sortir de prison, à Leinsick, pendant celte nuit si noire... que nous ne pouvions vous voir? — Moi..
— Quel autre que vous serait venu à notre secours et à celui de notre vieil ami !... — Nous lui dirons bien que vous l’aimeriez parce qu’il nous aimait, lui qui ne voulait pas croire aux anges. — Aussi, ce malin, pendant b tempête, nous n’avions presque pas peur. — Nous vous attendions. — Ce malin, oui, mes sœurs, Dieu m a accordé b grâce de m’envoyer A votre secours : j'arrivais d'Amérique, mais je n’ai jamais été A
Leipsick... Ce n’est donc pas moi qui vous ai bit sortir de prison
Dius-mol, mes sœurs, — ajouta-t-il en souriant avec bonté, — pour qui me prenez-vous? — Pour un bon ange que nous avons déjà vu en rêve et que notre mère a envoyé du ciel pour nous protéger. — Mes chères Meurt, je ne suis qu’un pauvre prêtre... Le hasard fait que je ressemble sans doute à l’ange que vous avez vu en songe et que vous ne pouviez voir qu’en rêve... car il n’y a pas d’anges visibles pour nous. — Il n’y a pas d anges visibles! — dirent les orphelines en se regardant avec tristesse. — 11 n’iniporle, mes chères sœurs, — dit Gabriel en prenant affectueusement les mains des jeunes tilles entre les siennes, — les rêves... comme toute chose... viennent de Dieu:... puisque le souvenir de votre mère était mêlé à ce rêve... béntssez-le doublement. >
A ce moment une porte s’oovril et Dagobert parut.
Jusqu’alors, les orphelines, dans leur ambition naïve d’être protégées par un archange, ne s'étaient pas rappelé que La femme de Dagobert avait adopté nu enfant abandonné qui bap|rebit Gabriel et qui était prêtre et missionnaire.
Le soldat, quoiqu’il se fût opiniâtré à soutenir que sa blessure était une blessure blanche (pour se servir des termes du général Simon), avait été soigneusement pansé par le chirurgien du village; un h.-mdcau unir lui cachait à moitié le front et augmentait encore son air naturellement rébarbatif. Kn entrant dans le salon, il fut très-surpris de voir un
LF. JUIF ERRANT.
inconnu tenir familièrement entre ses mains les mains Je Blanche et de Rose. Cet élounemcut K conçoit ; Dagobert ignorait que le missionnaire eâl sauvé les orphelines, et teolé de lie secourir lui-mciue.
Le matin, pendant la tempête, tourbillonnant au milieu des vagues, tâchant enfin de se cramponner à un rocher, le soldat n’avait que très* imparfaitement vu Gabriel au moment où celui-ci, après avoir arraché les deux sœurs à une mort certaine, avait en vain lâché de lui venir en aide. Lorsque après le naufrage Dagobert avait retrouvé les orphcliues dans b salle basse du château, il était tombé, on l'a dit, dans un complet évanouissement, causé par la fatigue, par rémoliuu. par les .suites de sa Mesure ; à Ce moment, uou plus, il n’avait pu apercevoir le missionnaire.
Le vétéran commençait à froncer ses épais sourcils gris sous son bandeau noir, en voyant uu inconnu si familier avec Rose et Blanche, lorsque celles-ci courureut se jeter dans ses bras et le couvrirent de caresses liliales : son ressentiment se dissipa bientôt devant ces preuves d'affection, quoiqu’il jetât de temps à autre un regard assez sournois du côté du missionnaire, qui s’était levé cl dont il ne distinguait pas parfaitement la ligure.
« Et ta blessure, — lai dit Rose avec iutérét, — on nous a dit qa'heureusemenl elle n'était pas dangereuse? — En souffres-tu encore ?
— ajouta Blanche. — Non, mes enfants... c’est le major du vidage qui a voulu m'entortiller de ce bandage; j’aurais sur b trie une resiUc de coups de sabre que ie ne serais pa» autrement embéguiné ; on nie prendra pour un vieux délicat; ce n’est qu’une blessure biarxbe, et j’ai envie de... »
Le soldat porta une de ses mains à son bandeau.
c Veux-tu bisser Ctk ! — dit Rose en arrêtant le bras de Dagobert.
— Es lu peu raisonuabb... à tou âge! — Rien, bien ! ne me grondez pas, je ferai ce nue vous voulez... je garderai ce bandeau. »
Vois, attirant les orphelines dans un angle du salon, il leur dit à voix basse en leur montrant le jeune prêtre du coin de l'tril : « Qud est ce monsieur... qui vous prenait les mains... quand je suis entré?... ça m’a l'air d’un curé... Voyez-vous, mes enfants... il but prendre gafde... parce que... — Lui! !! — s'écrièrent Rose et Biauche eu se retournant vers Gabriel, — mais pense donc que sans loi,., uou* ne t’embrasserions pas à celte bcurc... — Comment ? — s'écria le soldat en redressant brusquement sa grande taille et regardant le missionnaire. — C'est uolre ange gardien... — reprit Bbucbe. — Sans lui,— dit Rose, nous mourions ce malin dans le naufrage... — Lui!... c'est lui... qui... •
Dagobert n'en put dire davantage. Le cœur gonflé, les yeux humides, jl courut au missionnaire et s'écria avec uu accent de reconnaissance impossible à rendre, en lui tendant les deux mains ; « Monsieur, je vous dois b vie de ces deux enfants... je safc. à quoi ça m'engage... je ne vou' dis rien de plus... parce que ça dit tout... — Mais, frappé d’un souvenir soudain, il s'écria ; — Mais, attendez donc... est-ce que, lorsque je tâchais de me cramponner â une roche... pour n’étre pas entra fbé par les vagues, ce n'csl pas vous qui... m'avez tendu la main?... oui... vos cheveux blonds... votre ligure jeune 1... mais certainement... c’est vous... maintenant... je vous reconnais. — Malheureusement... monsieur... les forces m’ont mauqué ... et j'ai eu la douleur de vous voir retomber dans la mer. — Je n’ai rien de plus à vous dire pour vous remercier... que ce que je vous ai dit tout à 1 heure, — reprit Dagobert avec une ‘-Implicite touchante. — Eu me conservant ces enbuts, vous aviez déjà plus fait pour moi que si vous m'aviez conservé b vie... mais quel courage!... quel cueur !... — dit le soit! it avec admiration. — Et si jeune!... 1 air d’une Lille. — Comment! s'écria Blanche avec joie, — notre Gabriel est aussi venu à toi ! — Gabriel ! — dit Dagobert eu interrompant Blanche, et s’adressant au prêtre : — Vous vous appelez Gabriel? — Oui. monsieur. — Gsbiiel 1 — répéta le soldat île plus en plus surpris. — Et vous êtes prêtre? — ajouta-t-il. — Prêtre tics missions étrangères. — Et... qui vous a élevé? — demanda le soldat avec une surprise croissante. — Une excellente et gcuérèuse femme, que je vénère comme la ntienre des mères*., car elle a eu pitié de moi... enfant abandonné, et m’a traité comme miu lils... — Françoise... Baudoin... n'est-ce pas? — dit le soldat profoudemeut ému. — Oui... monsieur, répondit Gabriel, à son tour tres-étnnué. — Mais comment savezvous?...— La femme d nn soldat. — reprit Dagobert. — Oui. d'un brave soldat... (pii, par le phis .ulmirable dévouement... passe a celte heure sa vie dans I exil... loin de sa femme... loin de son fils... de mou bon frere... car je saisficrdcluidonnercc Mm... — Mon... Agricwl... ma femme... Quand les avez-vous... quittés?... — Ce seraitvous... le père d'Agricol ?... Oh ! je ne savais pas encore toute b reconnaissance que je devais à Dieu! — dit Gabriel en joignant les mains. — Et ma fenune... et mou fils? — dit Dagobert d'une voix tremblaule, — comment vont-ils? avezvous de leur* nouvelles? — Celles que j’ai reçues il y a trois mois étaient excellentes... — Non, c'esi trop ae joie, — s’écria Dagobert, — c’est trojp... »
El le vétéran ne put continuer; le saisissement étouffait ses paroles,
3 retomba assis sur une chaise.
Rose et Bbnche se rappelèrent alors seulement la lettre de leur père relativement à l'enfant trouvé, nommé Gabriel, et adopté par la fenune de Dagobert; elles laissèrent alors éclater leurs transports ingénus...
« Notre Gabriel est le tien... c'est le même... quel bonheur! — s'écria Rose. — Ou» ues chères petites, il est à vous comme à moi ; noua I
en avons chacun notre part... — Puis, s’adressant à Gabriel, le soldat ajouta avec effusioo : — Ta main... encore ta main, mon intrépide enbut .. nia foi, Unit pis, je te dis toi... puisque mon Agricol est ton frère...
— Ab !... monsieur... que de bouté!— C'est ça. . lu vas me remercier... après tout ce que nous le devons ! — Et ma mère adoptive est-dle instruite de votre arrivée? — dit Gabriel pour échapper aux louanges du soldat.
— Je lui ai écrit il y a cinq mois, mais que je venais seul... et pour cause... Je te dirai cela plus lard. — bile demeure toujours rue Brise- Miche ? c'est là que mon Agricol est lié ! — Elle y demeure toujours. — En ce cas elle aura reçu ma lettre; j'aurais voulu lui écrire de la prisoo de (eipsick, mais impossible. — De prison... vous sortez de prison ? — Oui. j’arrive d’Allemagne par l'Elbe et par Hambourg, et je serais encore à LeRisick sans un événement qui me ferait croire au diable... mais aa bon diable... — Que voulez-vous dire 9 expliquez-vous. — Ça me serait diflicile, car je ne puis pas me l'expliquer à moi-mème. . Ces petites filles, — et il montra Rose et Blanche eu souriant, — se prétendaient plus avancées que moi ; elles me ré|>éiaicul toujours : < Mais c’est l'archange « qui est venu à notre secours... Dagobert e’est l'archange, vois-tu, i loi qui disais que tu aimais autant Rabat-Joie pour nous défendre... »
— Gabriel... je vous attends... — dit une voix brève qui fit tressaillir le missionnaire.
Lui, Dagobert et les orphelines tournèrent vivement b tête . Rabat- Joie rail sourdement.
C'elail M. Rodin : il se tenait debout à l'entrée d’une porte ouvrant sur uu corridor. Ses traits étaient calme». Impassibles; U jeta un regard rapide et perçant sur le soldat et les deux sueurs.
« Qu’est-ce que cet homme-b ? — dit Dagobert tout d'abord trô-peu prévenu en faveur de M* Bodin, auquel il trouvait, avec raison, une phvsiouomie singulièrement repoussante ; — que diable te veut-il? — Je pars avec lui, — dit Gabriel avec une expression de regret et de contrainte. Buis, se tournant vers Rodin : — Mille pardons, me voici dans l'instant. — Comment ! tu pars. — dit Dagobert stupéfait, — au moment où nous nous retrouvons... Non, pardieu !... lu ne partiras pas .. J'ai trop de choses à te dire... et à le demander. Nous ferons roule ensemble.. je m'en fais une fête. — C’tol impossible ., c'est mon supérieur... je dois obéir. — Too supérieur?... il est habillé en bourgeois.
— Il n'est pas obligé de porter I habit ecclésiastique... — Ab bah ! puisqu'il u'est pas eu uniforme, et que daus ion état il n’y a pas de salir de police, envoie-le... — ' royez-moi, je u 'hésiterais pas une minute, s’il était possible de rester. — J'avais raison de trouver à cet homme-U une mauvaise figure, dit Dagobert entre ses dents. Puis il ajouta avec uue impatience chagrine . — Veux-tu que je lui dise, — ajouta-t-il plu» bas, — qu'il nous satisferait beaucoup en filant tout seul ? — Je vous en prie, n'en faites rien, — dit Gabriel ; ce serait inutile.... je — cou ri i* mes devoirs... ma volonté est celle de mon supérieur. A votre arrivée à Paris j irai vous voir, vous, ainsi que ma mère adoptive et mon bon frère Agricol. — Allons... soit. J’ai été soldat, je sais ce que c’est que la subordination, — dit Dagobert vivement contrarié ; 1 — il faut faire contre fortune bon cœur. Ainsi, à après-demain matin... rue Brise- Miche, mon garçon; car je serai à Paris demain soir, m’assure- t-on, et nous partons tout à l'heure. Dis donc, il parait qu'il y a aussi une crâne discipline chez vous? — Oui... elle est grande, elle est sévère, — tépondil Gabriel en tressaillant et en étoufbut uu soupir. — Allons, embrassemoi.... et bientôt... Après tout, vingt-quatre heures sont bientôt passées. — Adieu... Adieu... — répondit le missionnaire d’une voix émue en répoudaiit à l'étreinte du vétéran. — Adieu, Gabriel... — ajoutèrent les orphelines eu soupirant aussi et les larmes aux yeux. — Adieu, tues sœurs... » dit Gabriel.
Et il sortit avec Rodin, qui n’avait perdu ni un mot ni un incident de cette scène.
Deux heures après, Dagobert et les deux orphelines avaient quitté le château pour sc rendre à Paris, ignorant que Pjalma restait à Gardoville, trop blessé pour pouvoir partir encore.
Le métis Faringbea demeura auprès du jeune prince, ne voulant pas, disait- il, abandonner son compatriote
Nous conduirons maintenant le lecteur rue Brise-Miche, chez la femme de Dagobert.