CHAPITRE III
Agricol Baudoin.
U poète forgeron était un grand garçon de vingt-quatre ans environ, alerte et robuste, au teint liâlé, aux cheveux et aux yeux noirs, au ne/
LF. JTITF KRRAVT.
aqoilin, à la physionomie hardie, expressive et ouverte : sa ressemblance I avec Itogolwri était d'autant plus frappante qu'il portait, selon la mode d'alors, une épaisse moustache brune, et que sa berbe, taillée en pointe, ! lui couvrait seulement le menton : ses joues étaient d’ailleurs rasées de puis l'angle de la mâchoire jusqu'aux tempes ; un pantalon de velours olive, une blouse bleue bronzée à la fumée de la forge, nue cravate noire négligemment nouée autour de son cou uerveux, une casquette de drap à courte visière , tel était le costume d’Agricol ; la seule chose qui contrastât singulièrement avec ces habits de travail était une magnifique et large fleur d’un pourpre foncé , à pistils d’un blanc d’argent , que le forgeron tenait a la inam.
« Bonsoir, bonne mère... — dit-il en entrant et en allant aussitôt embrasser Francise; — puis, faisant un signe de tôle amical à ta jeune fille, il ajouta : — Bonsoir, ma petite Mayeux. — Il lue semble que tu *e* bien en retard, mon enfant...— dit Françoise en se dirigeant vers le petit poêle où étui le modeste repas de sou fils; — je commençais à m'inquiéter... — A t’inquiéter pour moi... ou pour mon souper, chère mère?— dit gaiement Agricol. — Diable... c’est que lu ne me pardonnerais pas de (aire attendre le bon petit repas que tu me prépares, et cela dans la crainte qu'il fût moins bon... Gourmande... va! >
Et ce disaul le forgeron voulut encore embrasser sa mère.
« Mais finis donc. .. vilain enfant... tu vas me faire renverser le poêlon.
— Ça serait dommage, bonne mère, car ça embaume... LaU&ez-moi voir ce que c'est... — Mais uon... attends donc... — Je parie qu'il s’agit de certaines pommes de terre au lard que j’adore. — Un samedi, nesl-ce pas?
— dit Françoise d’uu fou de doux reproche. — C’est vrai, — dit Agricol en échangeant avec la Mayeux un sourire d'innocente malice*, — mais à propos de samedi, — ajouta-t-il, — tenez, ma mère, voilà ma pave.
— Merci, mon enfant, iMCLs-la dans l’armoire. — Oui, ma mère. — Ali ! mon Dieu ! — dit tout à coup la jeune ouvrière au moment où Agricol allait mettre son argent dans l'armoire, — quelle belle Heur lu as à la main, Agricol !. . je n’en ai jamais vu de pareille... et en plein hiver encore... Regardez doue, madame Françoise. — Hein, ma mere! — dit Agricol en s’approchant de sa mère pour lui montrer la fleur de plus près. — Regardez, admire?, et surtout sentez... car il est impossible de trouver une odeur pies douce, plu- agréable... c’cst un mélange de vanille et de fleur d'oranger (1). — C’est vrai, mon eufaul, ça embaume.
— Mon Hicu! que c’est donc beau! — dit Françoise en joignant les mains avec admiration. — où as-tu trouvé cela? — Trouve, ma bonne mère T — dit Agricol en riant. — Diable ! vous croyez que l’un fait de ces trouvailles-la en venant de la barrière du Maine a la rue Brise-Miche?
— Et comment donc l'as-tu, alors? — dit la Mayeux, qui partageait b curiosité de François. — Ah! voilà... vous voudriez bien le savoir... eh bien ! je vais vous sate bire. .. cela t’expliquera pourquoi je rentre si tard, ma bonne mere... car autre chose encore m’a attardé : c’est vraiment b soirée aux aventures... Je m’en revenais, donc d’un bon pas; j’étais déjà au coin de b nie de Babylone, lorsque j'entends un petit
ppeincut doux et plaintif; il faisait encore un peu jour... je regarde... c'était b plus jolie petite chienne qn’on puisse* voir, grosse comme le poing, noire et feu, avec des soies et des oreilles traînant jusque sur Ses pattes. — Celait un chien perdu, bien sûr, — dit Françoise. — Justement. Je prends doue b pauvre petite bêle, qui se met à me lécher ks mains: elle avait autour du cou un large ruban de salin rouge, noué avec une grosse bouflette : ça ne me disait p:ts le nom de son maître ; je regarde sous le ruhan, et je vois un petit collier fait de charnelles d'or ou de vermeil, avec une petite plaque;... je prends une allumette chimique dans ma botte à tabac : je frotte, j*ai assez de clarté pour lire, et je lis : « Leroi : appartient à mademoiselle Adricnuc de Cardorillc, rue de Babylone, numéro 7. — Heureusement tu te trouvais dans b rue, t
— dit la Mayeux. — Gomme tu dis: je prend» b peli e bête sous mon bras, je m'oriente, j'arrive le long d’un grand mur de jardin qui n’en i finissait pas, et je trouve enfin b porte don petit pavillon qui dépend j sans doute d’uu grand hôleJ situé à I autre bout du mur du parc, car ce jardin a l’air d’un parc ; je regarde en l’air et je vois le numéro 7, frai- ' f bernent peint au-dessus d’une petite porte a guichet; je sonne; au i bout de quelques instants passés sans doute à m'examiner, car il me semble avoir vu deux yeux a travers le grillage : du guichet, on m'ouvre...
À partir de maintenant... vous n’allez plus me croire. — Pourquoi donc, mon enfant? — Parce que j'aurai Fuir de vous faire un coule de fée*. — Un route de fées? — dit b Mayeux. — Absolument, car je suis encore tout ébloui, tout émerveillé de ce que j'ai vu... c'est comme le vague souvenir d'un rêve. — Voyons donc, voyons donc, — dit b bonne mère, si intéressée qu elle ue s’apercevait pas que le souper de son fils commençait à répandre une légère odeur de brûlé. — D'abord. — reprit le forgi-ron eu souriant de l'impatiente curiosité qu’il inspirait, — c’est une jeune demoiselle qui m’ouvre, mais si jolie, mais si coquettement et si gracieusement habillée, qu on eût dit nu charmant portrait des temps passés: je n’avais pas dit un mot qu elle s’écrie ; — An ! mou Dieu, monsieur, c’est Lutine vous l'avez trouvée, vous la rapportez; j combien mademoiselle Adrienur va être heureuse . Venez tout de suite*, j venez; elle regrettera il trop de n'avoir pas eu le plaisir de vous renier- '
(1) Fleur il a m mm* amutk ib. admirable plante bvlhtriian de terre
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cier elle-même. Et, sans me bisser le temps de répondre, celte jeune (ilk* me fait signe de b suivre... Dame, ma bonne mère, vous raconter ee que j’ai pu voir de magnificence en traversant un petit falou à di*tni éclairé qui embaumait, ça me serait impossible : h jeune tille marchait trop vile. — Une porte s’ouvre : ah! c’était bien autre chose! C’est alors que j’ai eu un tel éblouissement, que je ne me rappelle rieu qu’une espece de rniroit. ment d’or, de lumière, de cristal et de fleurs, et, au milieu de ee scintillement, une jeune demoiselle d’une beauté, oh ! d une beauté idéale... mais elle avau les cheveux roux ou plutôt brillants comme de l’or... ('.'était charmant; je n'ai de ma vie vu de cheveux pareils!... Avec ça, des yeux noirs, des lèvres rouges et une blanclieur éclatante, c’est tout ce que je aie rappelle... car je vous le répète, j’étais si surpris, si ébloui, que je voyais comme a travers un voile... — Mademoiselle, — dit la jeune fille, q ue ie n’aurais jamais prise pour une femme de chambre, tant clic était élégamment vêtue, — voila Lutine, monsieur l'a trouvée, il b rapporte. — Ah! monsieur, — me dit d’une voix douce et argentine la demoiselle aux cheveux dorés, — que de remerc fineuts j’ai à vous faire!... Je suis follement attachée à Lutine... — Puis, jugeant sans doute à mon costume qu elle pouvait ou qu'elle devait peut-être me remercier autrement qoe par des paroles, elle prit une petite bourse de soie à côté d’elle cl me dit, je dois l'avouer avec hésitation : — Sans doute, monsieur, cela vous a beaucoup dérangé de me rapporter Lutine; peut-être avez-vou- perdu un temps précieux pour VMS... permeltez-rooi... — et elle avança la bourse. — An ! Agricol dit tristement b Mayeux. — comme on se méprenait ! — Attends La fin... et lu lui pardonneras, à cette demoiselle. Noyant sans doute d'un clin d’œB à ma mine que l’offre de la bourse m’avait vivement blessé, elle prend dans un magnifique vase de porcelaine placé à côté d'elle cette superbe fleur, et. s'adressant à moi avec uq accent rempli de grâce et de bonté, qui laissait deviner qu'elle regrettait de m’avoir choqué, elle me dit ; — Au moins, monsieur, vous accepterez cette fleur... — Tu ai raison, Agricol, — dit la Mayeux en souriant avec mélancolie, — il est impossible de mieux réparer une erreur iuvoloutairc. — Cette digne demoiselle, — dit Françoise en essuyant ses yeux, — comme elle devinait bien mou Agricol! — N est-ce pas, nia mère? mais au moment où je prenais la fleur sans oser lever les yeux, car, quoique je ne sois pas timide, il y avait dans cette demoiselle, malgré sa bonté, quelque chose qui m'imposait, une porte s'ouire, et une autre belle jcuue fille, grandi* et brune, mise d'une façon bizarre et élégante, dit à b demoiselle rousse.
— Mademoiselle, il est là... Aussitôt elle se love et me dit : — Mille panions, monsieur, je n'oublierai jamais que je vous ai dû uu moment de vif pbirir... Veuillez, je vous en prie, en toute circonstance, vous rappeler mou adresse et mon nom. Aerienne de Cardovifle. — Là-dessus elle disparaît. Je ne trouve pas un mot a répondre; b jeune fille roc reconduit, rue fait une jolie petite révérence à b porte, et tue voilà dans la me de Babylone, aussi ébloui, aussi étonué, je vous le répète, que si je sortais d'un pabis enchanté... — C’est vrai, mon -enfanl, ça a l’air d'un coule de fées; n'est-ce pas, ma pauvre Mayeux? — Oui, madame Françoise, dit la jeuuc fille a un ton distrait et rêveur qu' Agricol u<- remarqua pas — Ge qui m’a touché, — reprit-il, — c’est que celte demoiselle, toute ravie quelle était de revoir sa petite bête, et loin de m'oublier pour elle comme tant d'autres l'auraient fait à sa place, ne s’en est pas occupée devant moi ; ceb annonce du coeur et de la délicatesse, n’estce pa-., Mayeux? Enfin, je crois celle demoiselle ?i bonne, si généreuse, que dans une circonstance importante je n’hésitei -.iis pas à m’adresser i elle... — Oui... tu us raison, » — répondit la Mayeux de plus eu plu* distraite.
La pauvre fille souifrait amèrement... Elle n éprouvait aucune haine, aucune jalousie contre cette jeune personne inconnue, qui, par sa 1 km u té, par son opulence, par b délicatesse de scs procédés semblait appartenir à une sphère tellement haute et éblouissante qoe la vue de b Mayeux ne pouvait pas seulement y atteindre .. mai*,, faisant involontairement un douloureux retour sur elle-même, jamais peut-être F infortuné.* n’avait pins eruelletncut ressenti le poim, de b laideur cl de b misère...
Et pourtant, telle était l'humble et douce résignation de celle noble créature, que b seule chose qui l’eût un instant indisposée contre Adricnuc de Gardoville avait eié l'offre d'une bourse à Agricol ; nui* b façon * burinante dont la jeune fille avait réparé cette erreur tout luit profondément la Mayeux.
Cependant son cœur se brisait; cependant clic ne pouvait retenir se? larmes en rontempbnt celle magnifique fleur si brillante, si parfume*, qui, donnée par une main charmante, devait être si précieuse à Agrird.
« Maiuti-iiarit, ma mère, — reprit en riant le jeune forgeron, qui ue s'était pas aperçu de la pénible émotion de b Mayeux, — vous avez mangé votre pain blanc le premier en fait d histoires. Je viens de vou? dire une des causes de mou retard... voici l'autre... Tout à I heure... es entrant, j’ai rencontré le teinturier au bas de l'escalier; il avait U> bras d'un vert lézard superbe ; il m’arrête, et il me dit d’uu air tout effari qu’il avait cru voir un homme assez, bien mis rôder autour de b muisoc comme s il espionnait,.. — l.hbien! qu'est-ce que ça voua fait, père Loriot ? — lui al je dit. — Est-ce que vous avez peur qu’. n surnreuoe votre secret de Lire ce beau vert dont vous êtes ganté jusqu'au coude?
— Ol’esl-ce que ça peut être, en effet, que cet homme, Agricol? — dit Françoise. — Ma foi. ma mère, je n’en sais rien, e* V ne m’en occupe
LE JUIF ERRA.YT
guère; j’ai engagé te père Loriot, qui est bavard comme un geai, à retourner à sa cave, vu que d'étrc espionné devait lui importer aussi peu qu'à moi... »
En disant ces mots, Agrieol alla déposer te petit sac de cuir qui contenait sa paye dans le tiroir du milieu de l'armoire.
Au moment où Françoise |>osaU sou poêlon sur un coin de la table, la Mayeux, sortant de sa rêverie, remplit une cuvette d'eau et vint l’apporter au jeune forgeron, en lui disaut d une voix douce et timide :
« Agrieol, pour les mains. — Merci., nia petite Mayeux... Es-tu gentille!... — Puis, avec l’accent et le mouvement les plus naturels du monde, il ajouta ; — Tiens, voilà ma belle fleur pour La peine... — Tu me ta donnes!... — s'écria l'ouvrière d’une voix altérée, pendant qu'un vif incarnat colorait son pale et intéressant visage, — lu me la donnes... cette superbe lleur... que celte demoiselle si belle, si riche, si bonne, si gracieuse, l’a donnée... — Et la pauvre Ma yeux répéta avec une stupeur croissante: — Tu me b donnes!!... — (tee diable veux- tu que j’en fisse ?... que je la mette sur mon cœur?... que je la fosse monter en épingle? — dit Agrieol en riant. — J'ai été très-sensible, il est vrai, à b manière charmante dont celte demoiselle m’a remercié. Je suis ravi de lui avoir retrouvé sa petite chienne, et Ires-heureux de te donner celto fleur, puisqu’elle te fait plaisir... Tu vois que b journée a été bonne... »
Et ce disant, pendant que la Mayetix recevait b fleur en tremblant de bonheur, d émotion, de surprise, le jeune lorgeron s’occupa de laver ses mains, si noircies de limaille de fer et de fumée de charbon, qu’en un instant l’eau limpide devint noire. Agrieol, montrant du coin de l'œil cette métamorphose à b Mayeux, lui dit tout bas en riant : « Voilà do l'encre économique pour nous autres baritouilleurs de papier... Hier, j’ai fini des vers aont je ne suis pas trop mécontent : je te lirai ça. a En parlant ainsi, Agrieol essuya naïvement ses mains au devant do sa blouse, pendant que b Mayeux reportait 1a cuvette sur b commode, et posait religieusement sa belle fleur sur un des eûtes de b cuvette.
« Tu ne peux pas me demander une serviette? — dit Françoise à son fils en haussant les épaules. — Essuyer les mains à ta hlou>e ! — Elle est incendiée toute la journée par le feu de la forge... Ça ne lui fait pas de mai d’ètre rafraîchie 1e soir. Ilein ! suis-je désobéira ut, ma bonne mère!... Gronde-moi donc... si lu I oses... Voyons... »
Four foule réponse, Françoise prit entre ses mains b tête de son fils, celle tête si belle de franchise, de résolution et d'intelligence, te regarda un moment avec un orgueil maternel, et le baisa vivement au front à plusieurs reprises.
« Voyons, assieds-toi.... tu restes debout toute b journée à ta forge... et il est tard. — Rien... ton fauteuil... notre querelle de tous les soiis va recommencer ; ûte-Je de là, je serai aussi bien sur une chaise... — Pas du tout, c'est bien le moins que lu te délasses uprès un travail si rude. — Ah ! quelle tyranuie, ma pauvre Mayeux... — dit gaiement Agrieol en s'asseyant ; — du reste... je fais le bon apûlre, mais je m’y trouve parfaitement bien (Lins ton fauteuil ; depuis que je me suis gobergé sur le trûne des Tuileries, je n’ai jamais été mieux assis de ma vie. »
Françoise Baudoin, debout d'un c6lé de b table, coupait un morceau de pain pour son (ils ; de l'autre coté, la Mayeux prit b bouteille et lui versa à boire dans le gob> let d'argent :*il y avait quelque chose de touchant dans l'empressement attentif de ces deux excellentes créatures pour celui qu’elles aimaient si teudrenient.
lu neveux pas souper avec moi? — dit Agrieol à b Mayeux. — Merci, Agrieol, — - dit la couturière en baissant les yeux ; — j’ai dîné tout à l'heure. — Oh l ce que je t’en disais, c’était pour b forme, car tu as tes manies, et pour rien au monde tu ne mangerais avec nous... C’est comme mu mère, elle préfère diner toute sente... de celte maniere-là elle se prive sans que je le sache... — Mais, mon Dieu, non, mon cher enfoui... c’est que cela convient mieux à mu santé... de dîner de très-bonne heure... Eh bien ! trouves-tu cela hou? — Bon ?... mais dites donc eicelleut... c’est de b merluche aux navets... et je suis fou de b merluche; j 'étais né poui être pécheur il Terre-Neuve. » l.r digne garçon trouvait au contraire assez peu restaurant, après une rude journee de travail, ce fade ragoût, qui avait même quelque peu brillé pendant 6on récit ; mais il savait rendre sa mère si contente en faisant maigre, sans trop se plaindre, qu'il eut l'air de savourer ce pois- Son avec sensualité ; aussi la bonne femme ajouta d'un air satisfait ;
« Üb !... on voit bien que tu t’en régale», mou cher enfant : vendredi Cl samedi prochains je l'en ferai encore. — Bien, merci, ma more... seulement n'en faites pas deux jours de suite, je me blaserais A Ah çà ! maintenant, parlons de ce que nous ferons demain pour notre dimanche. Il faut nous amuser beaucoup ; depuis quelques jours, je le trouve triste, chère mère... et je n'entends (mis cela... Je me figure alors que tu n’es as contenir de moi. — 01» ! mon cher enfant ... toi., te modelé des... — icn... bien ! Alors prouve-moi que tu es heureuse en prenant un pen de distraction. Peut-être aussi mademoiselle... nous fera-t-elle l’homicur de nous accompagner comme la dernière fois, dit Agrieol en s'inclinant devant la Mayeux.
Celle-ci rougit, baissa les yeux-, sa figure prit une expression de douloureuse ainermine, et elle ne ré|»ondii pas.
* Mon enlànl, j'ai mes office* toute b journée... tu sais bien, — dit Françoise à son ub. — A ta bonne heure I eh bien, te soir !... Je ne te
proposerai pas d'aller an spectacle ; mais on dit qu’il y a un foisnir «le tours de gobelets très-amusaut. — .Merci, mon enfant ; c’est toujours un spectacle... — Ab ! ma bonne mère, ceci est de I exagération. — Mon pauvre enfant, est-ce que j'empêche jamais tes autres de foire ce qu'il mur pl: i fl ?.. . — C’est juste... pardon, ma mère; eh bien, s’il fait beau, nous irons tout bonnement nous promener sur les boulevards avec eetle pauvre Mayeux ; voilà près de trois mois qu'elle n'est pas sortie avec nous., car sans nous... elle ne sort pas. — Non, sors seul, mon enfant... Tais ton dimanche, c’est hieii te moins. — Voyons, tna lionne Mayeux, aide-moi donc à décider ma mère. — Tu sais, Agrieol, — dit la couturière en rougissant et en babsaut tes yeux, — tu sais que je ne dois pins sortir avec toi... et ta inère... — lit pourquoi, mademoiselle?... Pourrait» ou sans indiscrétion vous dcnpinder la raison de ce refus? » dit gaiement Agrieol.
La jeune fille souri: tristement, et lui répondit : « Farce que. je ne veux plus jamais l'exposer à avoir une marelle à cause de moi, Agrieol... — Ah!... pardon... pardon, » dit te forgeron d’un air sincèrement peiné: et il se Jrappa le front avec impatience.
Voici â quoi la Mayeux faisait allusion :
Quelquefois, bien rarement, car elle y mettait la plus excessive di*» c ré lion, b parure fille avait <lé se promener avec Agrieol et sa mère; onr b couturière ç’avail été des fêtes sans pareilles ; elle avait veillé teii des nuits, jeûné bien des jours pour pouvoir s'acheter un bonnet passable et un p' iit châle, afin de ne pas foire bonté à Agrieol et à sa roere; ces cinq ou six promenades, faites au bras de celui qu’elle Idolâtrait en secret, avaient été tes seuls jours de bonheur qu'elle eût jamais connus.
Lors de leur dernière promenade, un homme brutal et grossier l'avait coudoyée si rudement que b pauvre fille n’avait pu retenir un léger cri de douteur... auquel cri cet homme avait répondu...—' Tant pis pour toi, mauvaise bossue !
Agrieol était, comme son père, doué de cette bonté patie nte que le force cl le courage donnent aux cœurs généreux ; mais il était d’une extrême violence lorsqu’il s'agissait de châtier une lâche insulte. Irrité de la méchanceté, de la grossièreté de cet homme, Agrieol avait quitté la bris de sa mère pour appliquer à ce brutal, qui était de sim âge, de sa taille et de sa forer-, les deux meilleurs soufflets que jamais large et robuste main de forgeron ait appliqués sur une face humaine ; le brutal voulut riposter. Agrieol redoubla ta correction, â b grande satisfaction de la foule ; et l’autre disparut au milieu des huées.
C est cette aventure que b pauvre Mayeux venait de rappeler en disant quelle ne voulait plus sortir avec Agrieol, afin de lui épargner toute querelle à son sujet.
On conçoit te regret du forgeron d’avoir involontairement réveillé 1e souvenir de cette pénible circonstance.... hélas! plus pénible encore pour b Mayeux que ne pouvait le supposer Agrieol, car elle l'aimait pnssiounétocul... CI élle avait été cause de cette querelle par nue infirmité ridicule.
Agrieol, malgré sa forée et sa résolution, avait une sensibilité d'enbut ; en songeant à ce que ce &ouvcuir devait avoir de douloureux pour b jeune fille, une grosse larme lui vint aux yeux, et, lui tendant fralerneltemeut les bras , il lui dit : « Pardoune-moi ma sottise , virus m'embrasser... »
Kl il appuya deux bons baisers sur les joues pâtes et amaigries de U Mayeux.
A cette cordiale étreinte, les lèvres de la jeune fille blanchirent, et son pauvre cœur battit si violemment qu'elle fut obligée de s’appuyer â l'angle de la table.
« Voyous, tu me pardonnes, n’est-ee pas? — lui dit Agrieol. — Oui, oui, — dit-elle en cnercb.mt à vaincre son émotion, — pardon, à mon tour, de ma faiblesse... mais le souvenir de celte querelle me fait mal,., j’étais si effrayée pour toi... Si b foute avait pris le parti de cet homme...
— Hélas! mon Dieu! — dit Françoise en venant en aide à b Mayeux sans le savoir, — de ma vie je n’ai eu si grand’peur ! — Oh ! quant à ça... ma chère mère... — reprit Agrieol. afin de changer le sujet ae celle conversation désagréable pour lui et pour b couturière, — toi, la femme d'un soldat.... d’un ancien grenadier à cheval de la garde impériale... tu n'es guère crâne .. Oh ! brave père!... Non... liens... vois-lu... je ne
veux pas penser qu'il arrive ça nie met trop sens dessus des-
■ou*... — Il arrive... — dit Françoise eu soupirant. — Dieu le veuille!...
— Comment, ma mère, IHivo le veuille?... il faudra bien, pardieu, qu'il le veuille... tu a* fait dire assez de messes pour ça... — Agrieol... mon eufanl. — dit Françoise en inlerronqant son fils et eu secouant la tête avec tristesse, — ne parie pas ainsi... et pub il s'agit de ton père... — Allons... bien... j’ai de b chance es soir. A ton tour maintenant. Ah çà, je deviens décidément bête ou fou... Pardon, ma mère... je n'ai que ce mot-là à b bouche ce soir; pardon... vous savez b eu que quand je m’échappe à propos de certaines choses... c’est malgré moi, car je sais b peine que je vous cause. — Ce n'est pas moi... que lu offenses... mou pauvre dwr enfant. — Ça revient au même, car je ne sais rien do pis que d'offenser sa mère... Mais quant à ce que je te disais de b prochaine arrivée de mon pèie... fl n’y a pas à en douter... — Mais depuis quatre mois... nous n’avons pas reçu de lettres... — Rappclle-loi, ma mère } dans ceUc lettre qu’il dictait, parce que, nous disait-H avec sa franchise de oldat, s’il lisait passablement, il n en allait pas de même de l'écriture:
dans celle lettre il nous disait de ne pas nous inquiéter de lui, qu’il serait à Taris à U lin de janvier, et que trois ou quatre jours avant sou arrivée il nous ferait savoir par quelle barrière il arriverait, ali n que 'aille l'y cltercber. — C’est vrai, mon eufaut... et pourtant nous voici au mois de février, et rien encore... — Raison de plus pour que nous ne l'attendions pas longtemps : je vais même plus loin, je ne serais pas étonné que ce bon Gabriel arrivât à peu près à celte époque-ci... Sa dernière lettre d'Amérique me le faisait espérer. Quel bonheur. . ma mère, si toute a famille était réunie ! — Que Dira t'entende, mon enfant !... ce serait un beau jour pour moi...— Et ce jour-là arrivera bientôt, croyez-moi. Avec mou père... pas de nouvelles... bonnes nouvelles... — Te rappelles-tu bien tou père, Agricol? — dit la Mayeux. — Ma foi, pour être juste, ce que je me rappelle surtout, c’est son grand bonnet à poil et ses moustaches qui me taisaient une peur du diable. Il n'y avait que le ruban rouge de sa croix sur les revers blancs de son onil forme et la brillante poignée de son sabre qui me raccommodassent un peu avec lui, n’est-ce pas ma mere?.,. Mais qu'as-lu donc' tu pleures. — Hélas ! pauvre Baudoin... il a «lit uni souffrir... depuis qu’il est séparé de nous ! A son âge, soixante ans passés... Ah ! mou cher enfant... mon cœur se fend quand je pense qu'il va ne faire peut-être que changer de misère. — Que ditesvous 7 ,.. — Hélas ! je ne gagne plus rien... — Eh bien ! et moi, doue? Est-ce que ne voilà pas uue chaihbre pour lui et pour loi, une table pour lui et pour toi ?... Seulement, ma bonne mère, puisque nous parlons ménage, — ajouta le forgeron en donnant à sa voix ooe nouvelle expression de tendresse a tin de ne pas choquer sa mère... — laisse-moi te dire une chose : lorsque mon père sera revenu ainsi que Gabriel, tu u 'auras pas besoin de taire dire a es messes ni de faire briller des cierges pour eux, n’ est-ce pas? Eh bien ! grâce à celle ëconoinie-là... le brave père pourra avoir sa bouteille de viu tous les jours et du tabac pour fumer sa pipe... Puis, les dimanches, nous lui ferons faire un bon petit dîner cher, le traiteur. »
Quelques coups frappés à la porte interrompirent Agricol.
« Entrez ! » dit-il.
Mais, au lieu d'entrer, la personne qui venait de frapper ne fit qu'entrebâiller la porte, et l'on vit un bras et une main d'un vert splendide faire des signes d intelligence au forgeron.
« Tiens, c'est le père Loriot... le modèle des teinturiers, — dit Anncol ; — entrez doue, ne faites pas de façous, père Loriot. — Impossible, mon garçon, je ruisselle de teinture de la tête aux pieds... Je mettrais au vert tout le carreau de madame Françoise. — Tant mieux, ça aura l'air d'un pré, moi qui adore la campugue! — Sans plaisanterie, Agricol, il faut que je vous parle tdut de suite. — Est-ce à pro|>o$ de lTioiume qui espionne? Hassurez- vous donc, qu’est-ce que ça nous fait? — Non, il me semble qu'il est parti, ou plutôt le brouillard est ai épais que je ne vois plus... mais ce n est pas ça... venez donc vile... c'est... c'est pour une affaire importante, — ajouta le teinturier d'un air mystérieux, — une affaire qui ne regarde que vous seul. — Que moi 6eul ? — dit Agricol en se levant assez surpris; — qu'est-ce que ça peut être? — Va donc voir, mon eufaut, — dit Françoise. — Oui, ma mère ; niait que le diable m'emporte si j'y comprends quelque choM*. »
El le forgeron sortit, laissant sa mère seule avec la Mayeux.
Cinq minutes après être sorti, Agricol rentra; ses traits étaient pâles, bouleversés, ses yeux remplis de larmes, ses mains tremblantes : mais sa ligure exprimait un bonheur, un attendrissement extraordinaires. Il resta un moment devant ht porte, comme si l'émotion l'eût empêché de s’approcher de sa mère...
Lu vue de Françoise était si affaiblie , qu’elle ne s'aperçut pas d'abord du changement de physionomie de son fils.
c Eb bien ! mon entant, qu est-ce que c’est? » lui demanda -t-elle.
Avant que le forgeron eût répondu, b Mayeux, plus clairvoyante, s'écria : « Moii Pieu!... Agrici I... qu'y a-t-il? comme tu es paie! Ma
mère, — dit alors l’artisan d'une voix altérée, en allant précipitamment auprès de Françoise, sans répondre à b Mayeux, — ma mere, il faut vous attendre à quelque chose qui va bien vous étonner ; promc ttez-moi d’être rahounable. — Que veux-tu dire? Comme tu trembles!... regarde-moi... mais b Mayeux a raison... tu es bien pâle!... — Ma nonne mère... — cl Agricol, se mettant à genoux devant Françoise, prit ses deux mains dans les siennes, — il faut... vous ne savez pas... mais... »
U forgeron ne put achever; des pleurs de joie entrecoupaient sa voix.
« Tu pleures, mon cher enfant. Mais, mon Dieu! qu’y a-t-il donc? tu me fais peur... — Peur... oh ! non... au contraire, — dit Agricol en essuyant ses yeux, — vous allez être bien heureuse... Mais, encore une > fois, il faut être raisonnable, parce que la trou grande joie fait autant de mal que le trop grand chagrin. — Comment ? — Je vous le disais bien, moi, qu’il arriverait... — Ton père!... * s'écria Françoise.
Elle se leva de son fauteuil. Mais sa surprise , son émotion . furent si vives, qu elle mit une main sur son cœur pour en comprimer les luttemeuts.,. puis elle sc sentit faiblir. Son lils b soutint, et l’aida à se rasseoir. La Mayeux s’était jusqu’alors discrètement lenoe à l'écart pendant celte scène, qui absorbait complètement Agricol et sa mère ; mais elle s'ajiprocha timidement, pensant qu elle |K>uvait être utile, car les traits de Françoise s'altéraient de plus en plus.
« Voyons, du courage, ma mère, — reprit le forgeron ; — maintenant le coup est porté : U ne vous rçste plus qu'à jouir du bonheur de revoir mon père. — Mon pauvre Baudoin... apres dïx- huit ans d'absence... je ue peux pas y croire, — reprit Françoise en fondant en larmes ; — est-ce bien vrai, mon Dieu, est-ce bien vrai?... — Cela est si vrai que, si vous me promettiez de ne pas trop vous émouvoir, je vous dirais quand vous le verrez. — Oh! bientôt... n'est-ce nas? — Oui... bientôt. — Man quand arrivera-t-il? — Il peut arriver d’un moment à l'autre... demain... aujourd'hui peut être... — Aujourd'hui?... — Eb bien! oui, nu mère, il faut enbn vous le dire... il arrive... il est arrivé... — Il est... il est... a
Et Françoise, balbutiant, ne put achever.
« Tout à l’heure il était en bas ; avant de monter, il a prié le teinturier de venir m'avertir, afin que je te prépare à le voir... car ce bravr père craignait qu’une surprise trop brusque ne te fil mal. — Ob ! mon Dieu!... — Et maintenant, — s'écria le forgeron avec une explosion de bonheur indicible, — il est b... il attend... Ali! ma mère, je n'y tiens plus... depuis dix minutes, le cœur me bat à me briser La poitrine... »
Et, s'élançant vers b porte, il ouvrit.
Dagobert, tenant Rose et Blanche par b main, parut sur le seuil...
Au lîeu’de se jeter dans les bras de son mari , Françoise tomba à genoux, et pria. Elevant son âme à Dieu , elle le remerciait avec une profonde gratitude d avoir exaucé scs vœux, ses prières , et ainsi récompensé ses offrandes.
Tendant une seconde , les acteurs de cette scène demeurèrent silencieux, immobiles.
Agricol, par un sentiment de respect et de délicatesse qui luttait à graud'peioe contre l'impétueux ébn de sa tendresse, n'osait pas se jeter au cou de Dagobert : il attendait avec une impatience à peine contenue que sa mer»* eût terminé sa prière.
Le soldat éprouvait le même sentiment que I« forgeron , tous deux se comprirent : le premier regard que le père et le liis échangèrent exprima leur tendresse , leur vénération pour cette excellente femme, qui , dans b préoccupation de sa religieuse ferveur, oubliait un peu trop la créature pour le Créateur.
Rose et Blanche, interdites, émues, regardaient avec intérêt cette femme agenouillée, tandis que b Mayeux, versant silencieusement des larmes de joie â b pensée du bonheur d'Agricol, se retirait dans le coin le plus obscur de U ctiambrc, se sentant étrangère et nécessairement oubliée au milieu de celle réunion de famille.
Françoise se releva, et fit un pas vers son mari, qui la reçut dans ses bras. Il y eut nu moment de silence solennel. Dagobert et Françoise ne *e dirent pas uq mot ; on entendit quelques soupirs entrecoupés de sanglots, d’aspirations de joie... Et lorsque les deux vieilbrds redressèrent la tête, leur physionomie était calme, radieuse, sereine, car la satisfaction complète des sentiments simples et purs ne bisse jamais après soi une agitation fébrile et violente.
« Mes cotants, — dit le soldat d’une voix émue, en montrant aux orphelines Françoise, qui, sa première émotion passée, les regardait avec étonnement,— c’est ma bonne et digne femme... elle sera pour les fûtes du général Simon ce que j'ai été moi-même... — Alors, madame, vous nous traiterez comme vos enfants, — dit Rose en s'approchant de Françoise avec sa sœur. — l.cs filles du maréchal Simon !... — s'écria la femme de Dagobert, de plus en plus surprise. — Oui, ma bonne Françoise, ce sont elles... et je les amène de loin... non sans peine... Je te conterai tout ccb [dus lard. — Pauvres petites... on dirait deux anges tout pareils, — iHt Françoise en contemplant les orphelines avec autant d 'intérêt que d’admiration. — Maintenant... à nous deux... — dit Dagobert en se retournant vers son fils. — Enfin ! » s'écria celui-ci.
U faut renoncer à peindre b folle joie de Dagobert et de son fils, la tendre fureur de leurs embrassements, que le soldat interrompait pour regarder Agricol bien en lace, en appuyant ses mains sur les larges épaules du jeune forgeron pour mieux admirer soa male et franc visage, sa taille svelte et robuste; apres quoi il l’étreignit de nouveau contre sa noitrine«o disant : ■ Est-il beau garçon!... est-il bien bâti! a-t-il l'air bon !... »
l-i Mayeux, toujours retirée dans un coin de la chambre, jouissait do bonheur d'Agricol . mais elle craignait que sa présence, jusqu'alors inaperçue, ne foi indiscrète. Elle eût bien aésirc s'en aller sans être remarquée ; mais elle ne le pouvait pas. Dagobert et son fils cachaient presque entièrement b porte ; elle resl^donc, ne pouvant délai hcr ses yeux des
bonheur d'Agricol. mais elle craignait que sa présence, jusqu'alors inaperçue, ne fut indiscrète. Elle eût bien aésirc s'en aller sans être remarquée ; mais elle ne le pouvait pas. Dagobert et son fils cachaient presque entièrement b porte ; elle resl^donc, ne pouvant délai hcr ses yeux des deux charmants visages de Rose et de Blanche. Elle n'avait jamais ri. n vu de plus joli au inonde, et b ressemblance extraordinaire des jeunes fille» entre elles augmentait encore sa surpris* ; puis enfin leurs mod*^ tes vêtements de deuB seinhbient annoncer qu’elles étaient pauvres cl involontairement b Mayeux se sentait encore plus de sympathie pour
i.e juif fou iàm \
■ Chères enfants! elles ont froid, li*urs petiti*** nuius xml toutes glacée», vi malhron-UMincul If poêle e»t éteint... » dit Françoise.
Et elfe cherchai! à réchauffer d.uts k*s rivums tes maint des orpheliiM-s; pendant que Dagobert et sou (Us se livraient à un épan. lii*nu*m dû leiidfosM* si longtemps contenu...
Aussitôt que Françoise «ut dit q»i£ le poêle était «‘(élut, b Mayenx, Émprefeé.* de se rendre utile jxnir turc excuser s:» préseüci*, peut-être inopportune, courut au petit «v.hitict où étafaut n nf iuié» le èfraiboii i l le boi», en prit quelques rtietw* morceaux. revint »'.igvnouiU. r pies du pu. le ni fonte, et. A l'aide de que lime peu de braise cachée Sous la cendre, parvint a rallumer le fai, qui hienltM tira et grondu, pou. se tenir des expressions consacrée*: puis, reu>pti»snnl une cafetière d eau, clic lu plaça dans la cavité du poêle, peusani à In néeevité de quelque breuvage « luml p.mr les jeunes hiles.
Lu Mjjcux s'occupa de ce» soins avec si peu de brait, avec tant de Celer Ui, on pensait lutu.cllrmeiil si peu a elle au milieu des vives émettions de celle soirée, que François, tout occupée de Rose et do Rfauche, ne s’il perçut du Uaiiilwiieinent du poêle qu'j b douce ih.detir qu'il rendit, et hicnttU apres au frémissement ‘b l’eau boudlaufi* «fan» b ca-
, fetiere.
Ce phénomène, d'uu feo qtti s»* rallumait de lui-même n'étonna pas en ' ce moment b femme de Dagobert, complètement ab»orbée par In pensée de s.»>oir comment elle loferait !•*» deux jcmn*.$ filles, car, on le sait, le soldai n avait pus oni devoir la prévenir de leur armée.
Tcuit à coup trois ou quatre aboiements sonores retentirent derrière la porte.
« Tiens ... c’eut nwxi vieux Rabat-Joie, — dit Dagobert en allant ouvrir à »nu chien, — il demande à entrer pour comialtre aussi la famille. •
Rabat-Joie entra en bondissant ; au bout d’one tecnmfe, il fut, aimé qu’un le dit vulgairement, rpttmt'ehn lui. Après avoir frotté Son louu museau sur b main de Dagobert, il alla tour à tour faire fête à Rom* ,-t!i Rbudbo. A Françoise, à tgricol; puis, voyant qu'on faisait pm d atteu- (iou ,i lui. H avisa b Maycnx, qui st* tenait liin’kfaiiieul dans un coin ul»cur delà chambre; mettant alors en action cri antre dicton populaire : le* <i >nt de nos ami t $ot>l no# umu t Rabat-Joie vint lécher Ica mains de la jeune ouvrière oubliée de tous en ce moment.
I*ar un ressentiment singulier, cette caret» émut b Ma y eut jusqu’aux larme*.. . elle passa plusieurs fois sa maiu longue, maigre et bbm he. Sur b tête intelligente du chien: et pub, ne se vovant plus bonne a Heu, Car Hic avait rendu mus le» petits itère ires qu elle croyait pouvoir rendre, elle prit b belle lleor qii' vgrieol lui avait donnée, ouvrit doucement la porte, et sortit si discrètement que personne ne t’aperçut de son ■
Apres ces épanchements rl’une. affectUm mutuelle, Dagobert, Kl feronirrt -on fil* vinrent à penser aux réalité» de b vie.
■ Pauvre Fiànçobe, — dît le soldat eu montrant Rose et Blanche d’un rcgml, — tu ne t'attendais pas à une si jolie surprise ? — Je sub seulement fichée, mou ami, — répondit Frjnçni», — que les derooiseffax du gérn r.d Simon n'ah-nt pas un meilJeur logis que celle pauvre chambre... car avec b mansarde d’ Agrirol...— Ça e «mrpov* notre iWiteU et il y eu a de Pli»" beaux : nuis, rassuie-toî, b s pan viraetifant» sont habituée* à oc pa» être difficiles ;. M demain matin je polirai avee mou g.irçon, bras dessu» bras dessous, et fa te répond» qui! ne ter* pas < • loi qui marchera le plus droit et le plus lier de uou- doux. .Noos Imiis trouver k* père du gé néral niiun à b fabrique de M. Hardy pour causer affaires.. . — Ik rnaiii, nmn pen*,— dit Agrieul a Dagobert.’— vous ue trouverez à la fabr ique ni > 1 . Itordy ul le pere de M. b* maréchal -Minou... — Çlu’est-ee que tu dit U. mnn garçon ? — dit vivement Ibgaterrt, — le maréchal .' — <„ns doute, depuis IH3Q, de» ami* du géuéml Simon oui fait reronttiRre le litre et le grade «pie f Empereur lui avait conférés apres la bataille de 1.1g„> •— Vniimiuit 1 — s écria Ihiguln rt avec émotion,-- ça ue devrait pat m i tonner... parce que, ajuês i«hu, c’rttjutiii c. . . et quand I L’uiperâtir a dit uue chose, c’est bien le moins qà’tffl dise comme lui;... mais c’est* ég d .. ça me va U . .. droit an cumr.ça me remue.— Puis s'adressant oint jeunes filles : — Entcndez-vou», me» eofauts... vous arrivez a Paris till« * d'uu duc i td'im triaré. liai...' ^ Il est viai qu'on ne le. dirait guère à vont voir dans cette iimdirste < h.imbie, mes pauvres petites duchesses .. mai», pntience, tout s’amiugera. b* pere Simon a dû être bien joyeux tTappremlre que son fils était rentré dans son grade.... hdn. mon garç,„i » — 1 | non* * dit qu’il donnerait tous les gr-des et tous les titres pussilile* pour revoir son fils... car c'est pendant l’abseoea* du général que ses .unis ont sollicité et obtenu pour hii celte justice... du reste, on aiieud iueissjiiimeni le maiéciul, car ses demiere* ternes île l'tudu an* nuiiçaient son arrivée. *
A ces mots. Rose et Blanche se regardèrent; leurs yeux s'étaient remplis «le douces larmes.
• Dieu merci ! moi et ces ènfinte nous comptons mit ce retour; mais pourquoi ne lr«mveron»-tious demain à Li fabrique ni H. Hardy ul lo pere Simon ? — 11» soûl parti» depuis dix jour* pour aller exauum r et étudier une usine angbU établie dans le Midi : tn.it» il» scKitit de rc-tour d’un jour a 1 autre.— Diable... ed . me çootrsrie tsiei... Jecotup- Ijus SW le pere du general pour causer d’afiaires importantes. Du reste, oo doit savoir où lui écrire. Tu lui feras donc, des demain, savmr, mon |
garçon, que .s** pctitcs-lllle» sont- arrivée'» ici. En attendant, ini*s cn- ; unis. — ajouta le «uliht en se retournant verè Rose et idanche, — la bonne fanmi* vou- dotmera son lit, et, à b guerre comme à la guerre, i P*W«i Vpn* ne sen*x pas du moins plus mal Ici qu'eu rouie.—*
I Tu KUS que nous nous trouverons toujours bien auprès de toi et de ma- «tune, — dit «**.— El puis, nous ne pensons qu’au honla>ur d • lie en- ; bu i Paris... puisque c’est ici que unu* retrouverons bientôt notre pere, — •dpùw Rbnebe. — Et avec cet «polr-b, on patiente, je le s.i»s bien, f *- dit Dagoliert; — mais c’esi égal, d'après .ce que vous attendit» de I 1 .iris., vous devez être Oercrneul êlotmc.s me enfant». Dame! jnsqu a pre*eni, vous ne trouvez pas tout à bit b trille d’or que vou» aviez rêvé-, tant s’en f.ut; mai* paiicnMv.. patience...' vous verrez que ce l'-rrs OUSt pa» >i vilain qu'il eu a l'air...— El puis,— dit gaiement Agricul — je su » sûr que, pour ces demoiselle*, ce sera l’armée du marc- « liai Ninon qm changera Paris eu une véritable ville d «*r. — V«»u» avez riis«m. inoimitmr Agi- it ol. — dit Rote c» souriant ; — vous nous avez devin, a-s. — Comimiit ! mademoiselle... vous savez mou nom? — Certaine, meni. Kioiisieur Agrieul* uoos parlions souvent de vous avec Dagobert, et tbfuièr «nient eo. on: avec Qabriel,— ajout.» Bfaiu lie.— b'abricl!... » éc lièrent en inénie temps Acin ol et sa nbt avec surprise.
■ Eh ! mou Dieu, oni. — reprit Dagobt*r t ta faisant un signe d'inirlü-
P mce aux orpticlinea. — tiu us en aurons A vous recopier pour quinze urs et, entre autres, cotniin m nous avons rencontré Gabriel. Tout ce que je j»*ux vous dire, cVst que, dans sou gcure, il vaut mon garçon... (ii* ne peux pas me baser de dire mon garçon), et qu’il» soûl bien •I gnes de sauner comme .les frères . . Brave., brave femme, — ajouta Ibgobert avec crootfun.— <• est beau, v». ce nue lu :ih fait (à ; lui, déjà m pauvre, re* uei!lir ce malheureux enfant, l'élever avec lo lied... — - Mon ami, ne purloti» donc pas ainsi, c’est xi simple. — Tu as raton mais je te revaudrai ça plus tard : c’est nr ton compte. Eu attrodant lu le verra» cei laiiii niciii demaiu dau» b matinée. — Bou Irerc, auv»i armé... — sérrb le forgeron. — Et que l'on dise âpre» ccb qu i) u’v a lus de jours m-ir«jué» p**ur le bonheur! Et comment lavea-vous rencouire, mou père? — Comment, vous! toujours vous!... Ah ç.*:... dis d«UM*. mon garçon, csl-cr que parce que tu fais di*s chansons tu te . rois trop gro» seigneur pour nie tuldÿhr?— Mon pore... — G’cst qu'il va CliJoir que tu m’en dis*'* fièrement «fax tu et de» r»», pour que je rattrape tous ceux que tu m'aurais du* pendant dix-huit an». Çhwul à •âtinel, je te coulerai tdlit à I heure où et comitu ut nous l'avons rencontre, car »i tu crois dortuir. lu te trompes : tu me donnera» b moitié «fa ta chambre, et nous causerons. Ibtui-Joie restera eu dehors de h
C rie de rellre-d; cV»l une vfadle hahim.le à lui d être pr«a de ces euiUs. Mon Dieu, mon umi. je ne pense ù rien; mal» ua us un tel mofnrni... Enfin, si ce*i «l. nmiselle» «*i toi vous voulez souper, 'gré ol irait chercher qrn lqoe rbo»e tout de suite chez le trêhenr. — la* camr vous en dR-H, mes enfants f — Non. merci, DtÉbbri, uoqs n’svmH p.»» iuim non» saiiiim s trop eomenteS. — Vues prendrez bien toujours d.* l'eau »ücre«* b n- ù chaude avec un peu «fa vin, pour vous réchauffer, mes chère» demoiselle*, — dil Françoise; — nialneureiivcmrui, jt*. n’ai pas autre chose. — E est ça, tu as ntbdn, Françoise, tes .-hères eu buis *, m t fatkguce* r tu vax lc« c «mener, l'eiidaut ce temps la jt? moulerai chez nmi» garçon arec lui. et demain matin, avant que llose eLlUan. he soient réveiti x^, je ifeju «rudr .i causer avec loi, pour bisser un peu de renli à Agricol.» 1
A ce moment on fmppj 'assez fort Ji la porte.
« (. est u bonite Mayettx «pii vient dentinder si l’on a besoin d'elle.
dit Agnrol. — me semble quVlfa «ait ici quand mou ntart est
entré, - répondit Fiançoiv. — Tu as raton, mn mere: pauvre fille! elle » en 8**ra allée san» qu on b voie, de crainte «le gêner ; elle est ri . . , rSl f*'» «|«i frappe ri fart. — Vois donc ce que
ee»t alors, Agnt-ol, • dit Françoise. *
Avant que le forgeron eût eu fa temps d’arriver auprès de b porte elle s ouvrit, et un homme ronven.dil. m«*m vêtu, d une. figure respectab fa, avança ipielqm-s pas d.ms b < lumbre eu y jetant un coup d’uil rapide qui » arrêta un instant sur Ro»e et sur Rfam üe.
« l’eniicttez-mui «fa vous faire observer, inoarienr, — lui dit Aerb-ol en allant a sa rencontre, — qu'apres avoir frappé... vous eussiez pu attendre qu ou vous dil d’cxitrer... Eufin... que désirez -vou.» > — Je von* UeuiainK* pardon, monsieur, — dit foit poliincnl cet homme, qui parlait tro-Ientemeol , ptut-*Uiv pour »e mémigcr fa dr fit de rester plu» longtemps dans la chambre,*- Je vous fais un milliou d'excuMS... je toi» dejolé de mon mdba retion... je suis coufus de... — Soit, monsieur, — dit AgrictH impatienté ; — «pie vonh-z-vous? — Monsieur... n'esl-ce pas ici que demeure ma«L iiM»lse fa Soliveau, uue ouvrière bossue? — ffo n iiHiuswur, CW! ao-dess.fi, - dit Agrlc«»l. — Ob ! mou Dieu, motufauri
* écria I homme poli, et nrcommençjnt ses profmidex saluLi lions,
Je mus coulai «fa ni.» maladresse... je croyais entrer chez cette jeune ouvn«?re, ù qui je venais pr«H>o$<T «fa l’ouvrage ifa b part d une persoiine tres-rwpe« table... — Rca bien tard , moosieur , — dit \urieol surpris; — au reste, «*Uc jeune ouvrière est connue ,fa noire famille; revenez «frmaiti : vous ne nouvez b v«iir ce soir, dfa »*>| couchée. — Alors, nnuuieur, fa vous «éliere mes excuses... — Trw-lmm. monsieur,
— «lit Agrkol m falxant un pus ver» b porte. — Je prie madame et tes «fatootolle». ainsi que monsieur... d'être persuadés... — Si vous continuez uiom longtemps, monsieur, — dil Agricol, — il faudra que vous