‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 52 sur 95 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Florin*.

l endant que la reine Bacchanal et Concbe-lout-Nu terminaient si tristement la pl us Joyeuse phase de leur existence, la Mayeux arrivait a la W* «• P” 11 "»” f» h rue d» Babylone. Avani do sonner, la j?C o,Ü vrière essuya ses larmes : un nouveau chagrin l'accablait. Lu quittant la nnlson du traiteur. elle était alto ebuxî, paonne qui lui JonnaU

habituellement du travail ; mais celle— ci lui eu avait refusé, pouvaul, disait-elle faire confectionner la meme besogne dans les prisons de femmes avec un tiers d'économie, l a Mayeux, plutôt que de perdre celle dernière ressource, offrit de subir cette dimiuulion, mais les pièces de lîugerte étaient déjà livrées, Cl U jeune ouvrière he pouvait esperer d'occupation avant une quinzaine de jours, même en accédant a cette réduction de salaire. On conçoit les angoisses de la pauvre créature; car, ru présence d'un chômage forcé, il faut mendier, mourir de faim ou roter.

(juaut à sa visite au pavillou de la rue de Babylone, elle s'expliquera tout à l’heure.

La Ma veux souna timidement à la petite porte; peu d'instants après, Florine vint lui ouvrir. Lu camériste u était plus habillée selon le goût charmant d Adrtenue; elle était au contraire vêtue avec une affectation de simplicité austère ; elle portait une robe moulante de couleur sombre, as»cz large pour cacher la svelte élégaucc de sa taille ; ses bandeaux de cheveux, u un uoir de jais, s’apercevaient à peine sous la garniture 'laie d’un petit bonnet blanc empesé, assex pareil aux (.omettes des reigieuses; mais, Malgré ce costume si modeste, b ligure brune et pâle do Florine paraissait toujours admirablement belle.

Ou l'a dit : placée par un passé criminel dans la dépendance absolue de Rodin et de M. d'Aigrigny, Florine leur avait jusqu'alors servi despionne auprès d'Adrien ne. malgré les marques de confiance et de bonté dont celle-ci b comblait. Florme n'étiil pas complètement pervertie ; aossi éprouvait-elle souvent de douloureux mais valus remords, en sougeant au métier infâme qu'on l'obligeait à Caire auprès de sa maîtresse. A la vue de la Mayeux, qu'elle reconnut (Florine lui avait appris la veille l'arrestation d’Agricol et le soudain accès de folie de mademoiselle de Cardoville), elle recula d'un pas, tant la phrsionomic de b jeune ouvrière lui inspira d'intérêt et de pitié. En effet, launonce d'uu chômage forcé, au milieu de circonstances déjà si pénibles, portait un terrible coup à b jeune ouvrière; les traces de larmes récentes sillonnaient ses joues; ses traits exprimaient à son insu une désobtion profonde, et elle paraissait si épuisée, si faible, si accablée, que Florine s avança vivement vers elle, lui offrit son bras, et lui dit avec bonté en b soutenant ; « Luirez, ma • demoiselle, entrez... Reposez-vous un instant, car vous êtes bieu pâle... et vous paraissez bien souffrante et bien (alignée! o

Ce disant, Florine introduisit b Mayeux dans un petit vestibule à cheminée, garni de tapis, et b (U asseoir auprès d'un bou feu, dans uu bUeui] de tapisserie ; Georgctte et llébé avaient été renvoyées, Florine était restée jusqu’alors seule gardienue du pavillon.

Lorsque la Mayeux fut assise, Florine lui dit avec intérêt : « Mademoiselle, ne voulez-vous rien prendre? un peu d'eau sucrée, chaude, et de Heur d'oranger? — Je vous remercie, mademoiselle, — dit b Mayeux avec émotion, tant b moindre preuve de bicuveilbncc b remplissait de gratitude ; puis elle voyait avec une douce surprise que ses pauvres vêtements n'étaient pas un sujet d'éloignement ou de dédain pour Florine. — Je n’ai besoin que d'un peu de repos, car je viens de trcs-loin, — reprit-elle, — et si vous le permettez... — Reposez-vous tant que vous voudrez, mademoiselle... je suis seule daus ce pavillon depuis le départ de ma pauvre maîtresse.... — Ici Florine rouçit et soupira .. — Ainsi doue ne vous gênez en rien.. . approchez-vous du fen... je vous en prie ; tenez.... mettez-vous là.... vous serez mieux.... Mon Dieu! comme vos pieds sont mouillés... Posez-lcs... sur ce tabouret. »

L'accueil cordial de Florine, sa belle figure, l'agrément de ses manières, qui u'étaieiH pas celles d'une femme de chambre ordinaire, frappèrent vivement la Mayeux, sensible plus que personne, malgré son humble condition, à tout ce qui était gracieux, délicat et distingué: aussi, cédant à cet attrait, b jeune ouvrière, ordinairement d une sensibilité inquiète, d'une timidité ombrageuse, se sentit presque en confiance avec Florine.

« Combien vous êtes obligeante, mademoiselle! —lui dit-elle d’un ton pénétré : — je suis tonte confuse de vos bons soins! — Je vous l’assere, mademoiselle, je voudrais faire autre chose pour vous que de vous offrir une pbee à ce foyer... vous avez l'air si doux, si intéressant! — Ah ! mademoiselle.... que cela fait de bien, de se réchauffer à un bon feu ! • — dit naïvement la Mayeux, et presque malgré clic. Puis craignant, tait était grande sa délicatesse, qu'on ne la crût capable de chercher, <n prolongeant sa visite, à abuser de l'hospitalité, elle ajouta : — Voici, mademoiselle, nourquoi je reviens ici... Hier vous m'avez appris qu'un jeûne ouvrier forgeron < M. Agricol Itaudoin , avait été arrêté dans ce pavillon... — Hélas! oui, mademoiselle, et cela au moment où ma pauvre maîtresse s'occupait de lui venir en aide... — M. Agricol..,. je suis ta soeur adoptive, — reprit la Mayeux en rougissant légèrement, — m’a ërrii hier soir, de sa prison... il me priait de aire à son père de se rendre ici le plus tôt possible, afin de prévenir mademoiselle de Cardoville qu’il avait, lui Agncol, les choses les plus imj^ortantes à communiquer à cette demoiselle, ou à b personne qu'on lui enverrait... mais qu'il n'ofxit les coufier à uue lettre, ignorant si b correspondance des prisonniers n’élail pas lue par le directeur de b prison. — Comment ! c'est à ma maîtresse qoe M. Agricol veut faire une révébtioa importante ! — dit Florine très-surprise. — Oui, mademoiselle, car, à celle heure, Agricol ignore encore 1 affreux malheur oui a frappé mademoiselle de Cai doviiJe. —C’est juste... et cet accès de folie s’est, hélas ! déebré d une maiù«v \si brusque, — dit Florine en baissant les yeux, — mie rien ne pou-

vait le faire prévoir. — Il faut bien que cela soit ainsi, — reprit b Ma* yeux, — car, lorsque Agricol a vu mademoiselle de Cardoville pour la première fois... il est reveuu frappé de sa grâce, de sa délicatesse et de sa boulé. — Comme tous ceux qui approchent de ma maltresse... — dît tristement Florine. — Ce malin , — reprit b Mayeux , — lorsque, d'apres la recuniinambliou d'Agricol, je nie suis présentée chez son père, il était déjà sorti, car il est en proie à de grandes inquiétudes.... mais la lettre de mon frère adoptif m'a paru si pressante et devoir être d'un si puissant intérêt pour mademoiselle de Cardoville, qui s’était montrée remplie de générosité pour lui... que je suis venue — Malheureusement mademoiselle n'est plus ici, vous le savez. — Mais n’y a-t-il personne de sa famille à qui je puisse, sinon parler, du moins faire savoir par vous, mademoiselle, qu’ Agricol désire faire connaître des choses très importantes pour celte demoiselle? — Cela est étrange, reprit Florine en rélléchls&antet sans répondre à b Mayeux puis, se tournant vers elle :

— lit vous en ignorez complètement le sujet, de ces révélations? — Complètement. mademoiselle; mais je tonnai^ Agricol : c’est l’honneur, la loyauté même; U a l'esprit très-juste, très-droit; Ion peut croire à ce qu'il afiinne... D'ailleurs, quel intérêt aurait-il à... — Mon Dieu! — s’écria tout à coup Florine, frappée d’un trait de lumière soudaine et en interrompant la Mayeux, — je me souviens de cela maintenant : lorsqu'il a cte arrêté dans une cachette où mademoiselle l'avait fai* conduire, je me trouvais b par hasard, M. Agricol m'a dit rapidement et tout bus :

— Prévenez votre généreuse maîtresse que sa bonté pour moi aura sa récompense, et que mon séjour dans cette cachette n'aura peut-être pas été inutile... — C’est tout ce qu'il a pu me dire, car un la emmené à l'instant. Je l'avoue, dans ces mots je n'avais vu que l'expression de sa reconnaissance et l'espoir de b prouver un jour à mademoiselle... mais en rapprochant ces paroles de la lettre qu’il vous a écrite... — dit Florinc eu réfléchissant... — Lit effet, — reprit la Mayeux, — il y a cerlalnemeut quelque rapport entre sou séjour duos cette cachette et les choses importantes qu il demande à révéler à votre maitresse ou à quelqu'un do sa famille. — Cette cachette n'avait été ni habitée, ni visitée depuis très- longtemps, — dit Floriue d’un air pensif, — peut-être M. Agricol y aura trouvé ou vu quelque chose qui doit intéresser ma maîtresse.— Si b lettre d'Agricol ne m'eût pas paru si pressante, reprit la Mayeux, — je ne serais pas venue, et il se serait présenté ici lui-même lors de sa sortie de prison, qui maintenant, grâce à la géuérosilé d’un de ses anciens camarades, ne peut larder longtemps.... mais ignorant si, même moyennant caution, on le bisserait libre aujourd'hui.... j'ai voulu a vaut tout accomplir fidèlement sa recommandation ; la généreuse bonté que voire maîtresse lui avait témoignée m’eu faisait un devoir. >

Comme tontes les personnes dont les bous insliucls se réveillent encore parfois, Florine éprouvait une sorte de consolation à faire le bien lorsqu'elle le pouvait faire impunément , c’esl-à-dire sans s'exposer aux inexorables ressentiments de ceux dont elle dépendait. Grâce à la Maveux, die trouvait l'occasion de rendre probablement un grand service a sa maîtresse ; connu bsaut assez b haine de b princesse de Sainl-Dizicr contre sa nièce pour être certaine du danger qu'il y aurait à ce que la révébtion d’Agricol, en raison même de son importance, fût faite a une autre qu'à mademoiselle de Cardoville. Florine dit à la Mayeux d’un ton grave et pénétré : « Ecoulez, mademoiselle. . . je vais vous donner un conseil profitable, je crois, à ma pauvre maîtresse: mais cette démarche de ma part pourrait m'éirc très-funeste si vous n’aviez pas égard à mes recommandations.— Comment cela, mademoiselle? dit la Mayeux en regardant Florine avec une profonde surprise. -Dans l'intérêt de ma maltresse, M. Agricol ne doit confier à personne, si ce n'est à elle-même, les choses importantes qu'il désire lui communiquer. — Mais, ne pouvant voir mademoiselle Adrieunc, pourquoi ne s'adresserait-il pas à sa famille? — C’est surtout à b famille de ma maîtresse qu’il doit taire tout ce qu’il sait.... Mademoiselle Adricnne peut guérir... Alors M. Agricol lui parlera; bien plus, ne dût-elle jamais guérir, dites à votre frère adoptif qu'il vaut encore mieux qu’il garde sou secret que de le voir servir aux ennemis de ma ma. tresse... ce qui arriverait infailliblement, croyez-moi. — Je vous comprends, mademoiselle, — dit tristement b Mayeux. — La famille de votre généreuse maîtresse ne l’aime pas et la persécuterait peut-être? — Je ne peux rien vous dire de plus à ce sujet, maintenant; quant à ce qui nie regarde, je vous en conjure, promeUcz-moi d’obtenir de >1. Agricol qu’il ne parle à personne au mondé de la démarche que vous avez tentée près de moi... à ce stÿet. et du conseil que je vous donne... le honbr ur.. . non pas le bonheur, — reprit Florine avec amertume, comme si depuis longtemps elle avait renoncé à l’espoir d être heureuse, — • non pas le bouucur, mais te repos de ma vie dépend de votre discrétion. — Ah ! soyez tranquille, — ait b M.ivcux, aussi attendrie que surprise de l'expression douloureuse dni traits de Florine, — je ne serai pas ingrate ; pcr>otme au monde, sauf Agricol, ne saura que je vous ai vue. — Merci, oli ! merci, mademoiselle, — d't Floriue avec effusion. — Vous me remerciez?— dit la Mayeux, étonnée de voir de grosses larmes rouler dans les yeux de Florine.— Oui... je vous dois uu moment de bonheur... pur et sans mélange; car j’aurai peut-être rendu un service à ma chère maîtresse sans risquer d'augmeuler les chagrins qui m'accablent déjà... — Vous, malheureuse! - Cela vous étonne ; pourtant, croyez-moi : quel que soit votre sort, je le c hangerais pour le mien,— s’écria Florine presque involontairement. — Hélas! mademoiselle , dit la Mayeux, vous paraissez avoir un trop bou cœur pour que je vous laisse former un pareil

ne

LE JUIF EURAJNT.

t opu, sortent aujourd'hui. — Que KMdeMOQt dire ? — Ah ! je l'espère bien sincèrement pour vous, mademoiselle, — reprit la Mayeux avec amerluine, — jamais toi» ne saurez ce qu'il y a d affreux à se voir privé de travail lorsque le travail est votre unique ressource. — Bu êtes-vous réduite là, mou Dieu?... » s’écria Flortne en regardant la Mayenx avec •nxiété. j

jeune ouvrière baissa la tête et ne répondit rien: son excessive 1 fierté se reproduit presque cette confidence, qui ressemblait à une nia in te. et qui lui était échappée rn songeant à l'horreur de sa position.

a S’il en est ainsi, — reprit Florine, — je yods plains du plus profoud de mon cœur... et cependant je ne sais si mon infortune n’est pas plus grande encore que la vôtre. »

|*uis, après on moment de réflexion, Florine s’écria tout à eonp : a Mais, j’y songe. .*si vous manquez de travail... si vous êtes à bout de ressources... je pourrai, je l’espère, vous pnwnnrr de l’ouvrage.. . — Serait-il possible, mademoiselle ! — s'écria la Maveux, — jamais je n'aurais

osé \OLts demander un pareil service,... qui pourtant me sauverait;

mais maintenant votre offre généreuse commande presque ma confiance.... aussi je dois vous avouer que ce matin mémo on m'a retiré nn travail bien modeste, puisqu’il me rapportait quatre francs par semaine... — Quatre francs par semaine ! s'écria Florine, pouvant a peine croire ce qu elle entendait. — (Tétait bien peu, sans doute, — reprit la Mayeux, — eda me suffisait... Malheureusement, la personne qui m’employait trouve à faire faire cet ouvrage moyennant un prix encore plus miuime. — v/nalre franc» par semaine! répéta Florine. protondëment touchée de tant de misère et de tant de résignatiou,-^eh bieu ! moi, je vous adresserai à des personnes qui vous assureront un gain d’au moins deux francs par jour. — Je pourrai* gagner deux francs par jour... estce possible?... — Oui, sans doute;... seulement, H faudrait aller travailler en journée... à moins que vous ne préfériez vous metiroservaote.— Dans ina position, — dit la Mayeux avec une timidité fiere, — on n’a pas le droit, je le sais, d'éc outer ses susceptibilités; pourtant je préférerais travailler à la journée, et, en gagnant moins, avoir la faculté de travailler chez moi.— La condition d'aller en journée est malheureusement indispensable, — dit Florine. — Alors, je dois renoncer à cet espoir, — répondit timidement la Mayenx... — Non que je refuse d aller en journée; avant tout il faut vivre... mais... oo exige des ouvrières une mi^c, sinon élégante, du moins convenable... et, je vous I avoue sans honte, parce que ma pauvreté est boonète... je ne puis être mieux vêtue que je ne le suis. — Qu'à cela ne tienne... — dit vivement Florine,— on vous donnera les moyens de vous vêtir convenablement. »

La Mayeux regarda florine avec une surprise croissante. Ces offres étaient si fort au délit de ce qu'elle pouvait espérer et de ce que les ouvrières gagnent généralement, que la Mayeux pouvait à peine y croire.

« Mais... — reprit-elle avec hésitation, — pour quel motif : ait-on si généreux envers moi, mademoiselle? de quelle façon pourrais-je donc mériter un sataire si élevé? »

Florine tressaillit. l)n élan de cœur et de bon naturel, le désir d’être utile à la Mayeux, dont la douceur et la résignation l'intéressaient vivement, l avaient entraînée à une proposition irréfléchie ; elle savait à quel prix b Maveux pourrait obtenir les avantages qu'ellcqlni proposait, et seulement alors elle se demanda si la jeune ouvrière consentirait jamais à accepter une pareille condition. Malheureusement, Florine s’était trop avancée, elle ne put se résoudre à oser tout dire à la Mayeux. Elle résolut d'abandonner l'avenir aux scrupules de la jeune ouvrière; puis enfin, comme ceux qni ont failli sont ordinairement peu disposés à croire à l'infaillibilité des autres, Hlorine se dit que peut-être la Mayeux, dans b position désespérée oh elle se trouvait, aurait moins de délicatesse qn elle lie lui eu supposait...

Elle reprit donc : « Je le conçois, mademoiselle, «les offres si supérieures à ce que vous gagnez habituellement vous étonnent ; mak je dois vous dire qu'il s’agit d'une institution pieuse, desliuée à procurer de l’ouvrage ou de l’emploi aux femmes méritantes et (Lins le besoin... Cet établissement, qui s'aptielle de Sainte-Marie, se charge de placer soit des domestiques, «oit des ouvrières h la journée... Or, l’œuvre est dirigée par des personnes si charitables, qu'elles fournissent mémo une espèce de trousseau lorsque les ouvrières qu'elles prennent îàMis leur protection ne sont pas assez convenablement vêtue* pour aller remplir tes fonctions auxquelles on les destine, b

Cette explication fort plausible des offres magnifiques de Florine devait satisfaire b Mayeux, puisque après tout il s’agissait d'une œuvre de bienfaisance.

« Ainsi, je comprends le taux élevé du salaire dont vo»» me parlez, mademoiselle, — reprit b Mayeux; — seulement je n'ai aucune recommandation pour être protégée 'par les personnes charitables qui dirigent tes établissements. — Vous souffrez, vous êtes laborieuse, honnête, ce sont des droits suffisants;... seulement je do» vous prévenir que l'on vous demandera si vous remplissez exactement vos devoirs religieux. — Personne pins que moi, ftiadrmoisofle, n'aime et ne bénit Dieu, — dit b Mayenx avec une fermeté douce, — mais les pratiques de certain» devoirs sont une affaire de conscience; et je préférerai* renoncer au patronage dont vous ine pariez, s’il devait avoir quelque exigence a ce Kjet... — l’as te moins du monde. Seulement, je vous l'ai dit, comme ce sont des personnes très-pieuses qui dirigent celle œuvre, vous ne vou* donnerez point de leur» questions... Et pub enfin... essayez; que

risquez-vous? Si les propositions qu'on vous fait vous conviennent, vous les accepterez:... si. au contraire, elles tous semblent choquer votre liberté de conscience, vous les refuserez... votre position ne sera pas empir e. »

La Mayeux n'avait rieni répondre à cette conclusion, qui, toi bis&iui b plus parfaite latitude, devait éloigner d’elle toute défiance ; elle reprit donc : « J'accepte votre offre, mademoiselle, et je vous en remerde du fond du cœur; mais qui me présentera? — Moi... demain, si vous le voulez. — Mais les renseignements que l’on désirera prendre sur moi. peut-être?... i.a respectable mère Sainte- Perpétue, supérieure du couvent de Sainte-Marie, où est établie l’œuvre, vous appréciera, f en suis sûre, sans qu'H lui soit besoin de se renseigner: sinon elle vous le dira, et il vous sera facile de la satisfaire. Ainsi, c'est convenu... à demain. — Viendrai-je vous prendre ici, mademoiselle? — Noti, ainsi que je vous l'ai dit, il faut qu’on ignore que vous êtes veuue de b part de M . Agrirol : et une nouvelle visite ici pourrait être connue et donner l'éveil... J’irai vous prendre en fiacre... Où demeurez- vous? — Mue Brise- Miche, n° S... Puisque vous prenez cette peine, mademoiselle, vous n’aurez qu'à prier le teinturier qui sert de portier de venir m'avertir... de venir avertir b Mayeux. — La Mayeux ! — dit Florine avec surprise — Oui, mademoiselle, — répondit l'ouvrière avec un triste sourire. — c’est le sobriquet que tout le monde me donne... et tenez, — ajouta b Mayeux, ne pouvant retenir une larme, — c’est aussi à cause de mou infirmité ridicule, à laquelle ce sobriquet fait allusion, que je crains d'aller en journée chez des étrangers... il y a Umt de gens qui vous raillent. . sans savoir combien fis vous blesséul!... — Mais, reprit b Mayeux en essuyant une larme, — je n'ai pas à choisir, je me résignerai... •

Florine, péniblement émue, prit la main de b Mayeux. et lui dit : Rassurez-vous, il est (tes infortunes si touchantes qu elles inspirent b compassion et non b raillerie. Je ne puis donc vous demander sous votre véritable nom? — Je me nomme Madeleine Soliveau : mais, je vous le répète, mademoiselle, demandez b Mayeux, car on ne me connaît guère que sousce imm-l.i. — Je serai donc demain à midi rue Prise- Miche. — Ah! mademoiselle, comment jamais reconnaître vos bontés? — Ne parlons pas de cela; tout mou désir est que mon entremise puisse vous être utile... ce dont vous seule jugerez. Quant à M. êgricol. ne lu! répondez pas ; attendez qu’il soit sorti de prison, et dites-lui alors, je vous le répète, que ses révélations doivent être secrètes jusqu'au moment où il pourra voir raa pauvre maîtresse... — Et où est-elle à celte heure, celle cbere demoiselle? — Je l'ignore. . Je ne sais pas où on l'a conduite lorsque son accès s’est déclaré. Ainsi, à demain, attendez-moi. — A demain. » dit ia Mayeux.

U lecteur n’a pas oublie que le couvent de Sainte-Marie, où Florine devait conduire la Mayenx, renfermait les filles du général Simon, et était voisin de b maison de santé du docteur Baleinier, où se trouvait alors Aérienne de Cnrdoville.

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