‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 53 sur 95 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Ia mère Siinte-Perpétae

Le couvent de Sainte-Marie, où avaient été conduites les filles au ni-»réchal Simon, était un ancien et grand hôtel dont !e vaste jardin donna 't sur le boulevard de l'Hôpital, l’im des endroits 4 à cette époque surtout} les plus déserts de Paris

Les scènes qui vont suivre se passaient le 12 février, veille du jour fatal où tes membres de b famille Uenneponl, les derniers descendant* de la sœur du Juif errant, devaient se trouver rassemblés nn* ÿaiut- François. Le couvent de Sainte-Marie était tenu avec line régularité parfaite, l'n conseil supérieur, composé d'ecclésiastiques iulluents présidés par le pere d'Aigrigny. et de femmes d'une grande dévotion, à b tête desquelles se trouvait 1a princesse de Saint- Dizier. s’asr-emblait fréquemment, alin d'aviser aux moyens d'éteudre et d'assurer l inllueme occulte et puissante de cet établissement, qui prenait une exteuston remarquable. lira combinaisons 1 res- habiles, très- profondément calculée*, avaient présidé à la fondation de l'œuvre de Mainte -Marie, (lui, par suite de nombreuses donations, possédait rie trrs-rirhra immeubles et d'autres hieus donl le nombre augmentait chaque joui

La communauté religieuse n’était qu’un prétexte; mats, grâce à de nombreuses intelligences nouée* avec b province par l'intermédiaire des membres les plus exaltés du parti ultramontain, on attirait dans celle maison un assez grand nombre d’orphelines richement dotées, oui devaient recevoir au couvent une éducation solide, austère, religieuse, bien préférable, disait-on, à l'éducation frivole qu'elle* auraient reçue dans les pensionnats à la mode, infectés de b corruption du siècle; aux femme» veuve» ou isolées, mai* riches aussi, l’œuvre de Sainte-Mat ie offrait un asile assuré contre les danger» et les tentations du monde : dans cette paisible retraite on goûtait un calme adorable, on faisait doucement son salut, et l'oti était entouré des soins les plus tendres, les plus affectueux. Ce n’était pas tout . la mère Saiiile-Pcrpétue, supérieure du couvent, se chargeait aussi, au nom de l’œuvre, «e procurer aux vrais

fidèles qui d&iralcnl préserver l'intérieur de leurs maisons de b corruption du siècle, soit des demoiselles de compagnie pour les femmes seules «u âgées, soit des servantes pour les ménages, soit enfin des minières â b journée, toutes personnes dont b pieuse moralité était garantie par ram.

Rien ne semblerait plus digne d'intérêt, de sympathie et d'enconragebhH qu'un pareil élablisscjiieiil ; mais tout a I heure sc dévoilera le nsic et dangereux réseau d'intrigues de toutes sortes que cachaient ccs charitables et saintes apparences, l-a supérieure du couvent, mère Sahite-Perpctue, était une grande femme «!e quarante ans environ, velue 4c bure couleur carmélite, et portant un long rosaire à sa ceinture ; un bonnet blanc à mentonnière accompagné d'un voile noir cmbèguiiiail étroitement son visage maigre et blême ; une grande quantité de rides profiwk's et transversales sillonnaient son front couleur d'ivoire jauni ; sou nés, à arête tranchante, se recourbait quclqûe peu en becd'oiseat* de proie : son mil noir était sagace et perçant ; sa physionomie à la fois intelligente, froide et ferme.

Pour l'entente et la conduite des intérêts matériels de La communanlé, b more Sainlc-Ferpéluc eu eût remontré au procureur le plus retors et le plus rusé. Lorsque les femmes sont possédées de ce qu’on appelle l'esprit des affaires, et qu elles y appliquent leur finesse de pénétration, leur persévérance infatigable, leur prudente dissimulation, et surtout cette justesse et celte rapidité de coup d mil qui leur sont naturelles, elles arrivant à des résultats prodigieux. Pour la mère Sainle-IVrpétue, femme de léte solide et forte, la vaste comptabilité de la communauté n'était qu'un jeu ; personne mieux qu’elle ne savait acheter des propriétés dépréciées, les remettre en valeur et les revendre avec avantage, l e cours de L note, le change, la valeur courante des actions de différentes entreprises lui étaient aussi très-familiers : jamais elle n'avait commandé à ses «termédiaiies une fausse spéculation lorsqu'il s'était agi de placer les fonds dont de bonnes faites faisaient journellement don à l'iruvre de Sainte-Marie, hile avait établi dans la maison un ordre, une discipline, et mrtout une économie extrêmes ; le but constant de ses eiforts étant d’enrichir, non pas elle, mais la coTnmunaiité qu’elle dirigeait ; car l'es* prit d'association, lorsqu'il est dirigé dans un but d'égoïsme collectif, donne aux corporations les défauts et les vices de l’individu.

Ainsi, une congrégation aimera le pouvoir et l'argent, comme un ambitieux aime le pouvoir pour le pouvoir, comme le cupide aime l'argent pour l'argent... Mais c'est surtout à l'endroit des immeubles que lescougrigatious agissent comme un seul homme. I.' immeuble est leur rêve, leur idée fixe, leur fructueuse monomatiie ; elles le poursuivent de leurs nm les plus sincères, les plus tendres, les plus chauds... Le premier immeuble est, pour une pauvre petite communauté naissante, ce que t pour une jeune mariée sa corbeille de noces : pour un adolescent, son premier cheval de course ; pour un poète, son premier succès ; pour nue lorctle, son premier chiée do cachemire; parce qu 'après tout, dans «siècle matériel, un immeuble pose, classe, cote une communauté pour une certaine voleur à cette espece de bourse religieuse, et donne une dée d'autant meilleure de son crédit sur les simples, que toutes ces asttxiatious de salut en commandite, qui ftuisseul par posséder des biens immenses, sc fondent toujours modestement avec la pauvreté pour apport social et la charité du prochain comme garantie et éventualité. Aussi. Ion peut se figurer tout ce qu’il y a d'ârrc et d'ardente rivalité cotre les différentes congrégations d'hommes et de femmes à propos des ranjfiihles que chacun peut compter au soleil, avec quelle ineffable comfMa ace une opulente congrégation écrase sous P inventaire de ses maisons, de fermes, de ses valeurs de portefeuille une coqgrégalion OoiiK riche. L’envie, b jalousie haineuse, rendue plus irritante encore par l'oisiveté claustrale, naissent forcément de telles comparaisons ; et pourtant rien n’est moins chrétien dans l'adorable acception de ce mot divin, rien n'est moins selon le véritable esprit évaugéhque, esprit si estmbHleinent, si religieusement communia. te, que celle âpre, que celle instable ardeur d'acquérir cl d'accaparer par tous les moyens possibles ; avidité dangereuse, qui est loin d'être excusée aux yeux de l'opinion publique par quelques maigres aumônes auxquelles préside un inexorable esprit d'exclusion et d'intolérance.

Mère Sainte- Perpétue était assise devant un grand bureau à cylindre, placé an milieu a un cabinet très-simplement, mais très-coolortableow«t meublé ; un exrellenl feu brillait dans b cheminée de marbre, un tnodfeux tapis recouvrait le plancher. La supérieure, à qui on remettait daque jour toutes les lettres adressées soit aux sœurs, soit aux peo- MÉH du couvent, venait d'ouvrir les lettres des sœurs, selon son dmit. et de décacheter très-dextiement les lettres des pensionnaires, selon le droit nu'clle s'attribuait à leur insu, mais toujours, birn entendu, dans le seul intérêt du salut de ces cheres tilles, et aussi un peu pour se fenir au courant de leur correspondance; car la supérieure s'imposait encore le devoir de prendre connaissance de toutes les lettres qu’on écrirait du couveul, avant de les faire mettre â b poste. Les tracts de tcüe pieuse et innocente inquisition disparaissaient très-facilcmeut, la “tote, et bonne mère possédant tout mi arsenal de charmants petits ou- Üfo d'acier : les uns, très-affilés, servaient à découper imperceptible» ft le papier autour du cachet : puis, la lettre ouverte, lue et replacée dans kOD enveloppe, ou preuait un autre gentil mslrumenl arrondi, on l« chauffait légèrement, et on le promenait sur le contour de la cire du cachet, qui, en fondant et s'élabnt mi peu, recouvrait la primitive Inci-

sion ; enfin, par uu sentiment de justice et d'égalité très-louable, Q y avait daus l'arsenal de h bonne inerc jusqu'à uu petit fumigutoirc on lie peut plus ingéiii<iix, à la vapeur humide et dissolvante duquel on soumettait les feurcs tnodesU meut cl liuiiibleinenl fermées avec des pains à cacheter ; ainsi détrempés, ils cédaient sous le moindre cITort cl saus occasionner la moindre déchirure.

Selon l'importance des « indiscrétions » qu’elle faisait ainsi commettre aux signataires des lettres, la supérieure prenait des notes plus ou moins étendues, t Ile fut interrompue dans celle intéressante invastigatkm pur deux coups doucenieutlrappés à la porte verrouillée. Mère Sainte-I’eri'étuo abaissa aussitôt le vaste cylindre de son secrétaire sur son arsenal. >e leva et alla ouvrir d'uu air grave et solennel. Une sœur converse venait lui annoncer que madame la princesse do Saint-Dizier attendait dans le salon, et que mademoiselle Florinc, accompagnée d'une jeune lille contrefaite et mal vêtue, arrivée peu de temps apres la princesse, attendait i la porte du [Krtit corridor.

« Introduisez d'abord madame la princesse, i dit la mère Sa'mle-Perpétuc. El, avec uue prévenance charmante, elle approcha un fauteuil du feu. Madame de Saim-lHzier entra. Quoique sans prétentions coquettes et juvéniles, b princesse était habillée avec goût et élégance : t Ue portait un chapeau de velours noir de la meilleure faiseur, un grand châle de cachemire bleu, une robe de satin noir garni oe martre pareille à la fourrure de son manchou.

« Quelle bonne fortune me vaut encore aujourd'hui l'honneur de votre visite, ma chère lille?... — lui dit gracieusement b supérieure. — Une recommandation ires-importante, ma chère mère, car je suis trèspressée : on m’attend chez Son Eminence, et je u'ai malheureusement que quelques minutes A vous donner. Il s'agit eucore de ces deux orphelines au sujet dc-quelles nous- avons longuement causé hier. — Elles commuent à être séparées, selon votre désir... et cette séparation leur a porté uu coup si sein-ible... que j'ai été obligée d'envoyer ce malin... prévenir le docteur Baleinier... à sa maison de santé... Il a trouvé de b lièvre jointe à un grand abattement , et, chose singulière, absolument 1rs mêmes symptômes de maladie chez l'une que citez l'autre des deux sœur*... J'ai interrogé de nouveau ccs deux malheureuses créatures... je suis restée confondue... épouvantée... ce sont des idolâtres. — Aussi était-il bien urgent de vous les conlier... Mais voici le sujet de ma visite. Ma chère mère, on vient d'apprendre le retour imprév u du soldat qui a amené ces jeunes filles en France, et que l'on croyait absent pour quelques jours; il est donc à Paris. Malgré son âge, c'est un homme audacieux. entreprenant et d'une rare énergie; s'il découvrait que ces jeunes filles sont ici... ce qui est d'mllcurs heureusement presque impossible, (Lins >a rage de les voir à I abri de son influence impie, il serait capable de tout... Ainsi, à compter d aujoui d'hui, ma chère mère, redoublez de surveillance... que personne ne puisse s'introduire ici nuitamment... Le quartier est désert!...— Soyez tranquille, ma chère lille... nous sommes suffisamment gardées : notre concierge et no* jardiniers, bien armés, font une ronde chaque nuit du côté du boulevard «le l'Uôpilal ; les murailles sont hautes et hiirissées de pointes de fer aux eudroils d'uu accès plus facile... Mais je vous remercie toujours, ma chère lille, de m’avoir piévemie, on redoublera de précautions. — Il faudra surtout en redoubler « elle nuit, ma chcre mèrel — Et pourquoi ? — Parce que si cet infernal soldat avait l’audace inouïe de tenter quelque chose... il le tenterait cette nuit**. — El commcul le savez-vous, ma chère fille? — Nos renseignements nous donnent celte certitude, — répondit la princesse avec un léger embarras qui n'écltappa pas à b supérieure. mais elle était trop fine et trop réservée pour paraître s'en apercevoir; seulement elle soupçonna qu'on lui cachait plusieurs choses. — Telle nuit donc, — répondit merc Sainte-Perpélue, — ou redoublera de survcilbuce... Mais, puisque j’ai le pbisirde vous voir, nu chère fille, j'en profiterai pour vous dire deux mots du mariage eu question. — Parlonsen, chère mère, — dit vivement la princesse, — car cela est Ires-in»portant. l.e jeune baron de Brtsville est un homme rempli dardeule dévotion dans ce temps d'impiété révolutionnaire; U pratique ouvertement, il peut nous rendre les plus grands services. Il est, à b chambre, assez écouté ; il ne manque pas d une sorte d éloquence agressive et provocante, et je ne sais personne qui donue à sa croyance un tour plu* effronté. à sa foi une allure plus insolente. Son calcul est juste, car cette manière cavalière et débraillée de parler des choses saiules pique et réveille b curiosité des indifférents. heureusement, les circonstances sont telles qu'il peut sc montrer d'une audacieuse violence contre nos ennemis sans le moindre danger, ce qui redouble nalureliemeul sou ardeur de martyr postulant ; en un mot, il est à nous, et, eu retour, nous lui devons ce mariage : il faut qu’il se fasse. Vous savez d'ailleurs, chère mère, qu'il sc propose d'offrir une «looatmn de ecnl mille francs à l’œuvre de Sainte-Marie, le jour où il sera > u possession de l.i fortune ife mademoiselle Buudricourl. — Je n ai jamais douté des excellentes intentions de M. de BrLsvilJ au sujet d'une œuvre qui mérite b sympathie de toutes les personnes pieuses, — répondit discrètement la supérieure, — mais je oe croyais pas rencontrer laul d'obstacles de la part de la jeune personne. — comment donc? — Celle jeune lille, «pic j avais crue jusqu'il') b soumission, b timidité, la nullité, tram bous le mot, l'idiotisme même... au lieu d'être, comme je le pensais, ravie de celle proposition de mariage... demande du temps pour réfléchir. — Ceh fait pitié. — Elle m'oppose uue résistance d'inertie. J'ai beau lui dire sévèrement qn'élaut

mus parents, sans ami», et confiée absolument à mes soin», elle doit voir par mes yeux, écouter pur mes oreille», et que lorsque je lui affirme que cette union lui convient de tout point, elle doit y donner sou adhésion sans b moindre objection ou réflexion. — Sans doute... on ne peut parler d'une manière plus sensée. — Kilo me répond qu elle voudrait voir M. de Brisville et connaître sen caractère avant de s'engager. . — CW absurde... puisque vous lui répondez de sa moralité et que vous trouvez ce mariage convenable. — bu reste, ce malin, j'ai Eait remarquer à mademoiselle Baudricourt que, jusqu'à présent, je n'avais employé envers elle que des moyens de douceur et de persuasion ; mais que si elle m'y forçait, je serais obligée, malgré moi et dans son intérêt même... d’agir avec rigueur pour vaincre sou opiniâtreté, de b séparer I de ses compagnes, de b mettre en cellule, au secret le plus rigoureux... jusqu'à ce qu elle se décide, après tout, à être heureuse... et à épouser un homme honorable. — ht ces menaces, ma chère mère... — Auront, je l'espère, un boa résultat... Elle avait, dans sa province, uue correspondance avec une ancienne amie de. pension... j'ai supprimé cette correspondance, qui m‘a paru dangereuse. Elle est donc maintenant sons ma seule iullucnce... et j’espère que nous arriverons à nos fins. Mais, vous le voyez, ma chère fille, ce o’est jamais sans peine, sans traverses, que Tou par neul à frire le bien. — Aussi je suis certaine que M. de Brisville ne s en tiendra pas à sa première promesse, et je me porte caution pour lui, que s'il épouse mademoiselle. Baudricourt... — Vous savez, ma chère fille, — dit 1a supérieure en interrompant b princesse, — que, s’il s'agissait de moi, je refuserais : trais donner à l’œuvre, c'est donner à Ifieu, cl je ne puis empêcher M . de Brisville d’augmenter la somme de ses bonnes œuvres ; et puis, il nous arrive quelque chose de déplorable... — De quoi s'agiUi) donc, ma chère mère? — Le Sacré-Cœur nous dispute cl surenchérit un immeuble tout à fait l notre convenance... En vérité, il y a des gens insatiables. Je m'en suis, dn reste, expliquée tresvertement avec b supérieure. — Elle me l’a dit, en effet, et a rejeté b bute sur l'économe, — répondit madame de Saiul-Hizier. — Ah!... vous la voyez donc, ma chère fille? — demanda b supérieure, qui parut assez vivement surprise. — Je l'ai reucouirée chez Monseigneur, » répondit madame de Samt-Uizier avec une légère hésitation que 1a mère Sainlc-lVrpcluc ne parut pas remarquer.

Blïe reprit : « Je ne sais en vérité pourquoi notre établissement excite si violemment la jalousù* du Sacré-Cœur il n’y a pas de bruits fâcheux qu'il n’ait répandus sur l’œuvre de Sainte-Marie. Mais certaines personnes se sentent toujours blessées des succès du prochain. — Allons, ma chère mère, — dit b princesse d'un ton conciliant, — il faut espcriT que b donation de M. de Brisville vous mettra à même de couvrir la surenchère du Sacré-CÆur; ce mariage aurait donc un double avantage, ma chère meee... car il placerait une grande fortune entre les mains d'un homme à nous, qui l'emploierait comme il coovieot... Avec environ cent mille francs de rente, b position de notre ardeut défenseur triplera d importance. Flous .urous enfin un organe digne de notre cause, et nous ne serons plus obligés de nous laisser défendre par des gens comme M. Dumoulin. — Il y a pourtaul bien de la verve et bien du savoir dans ses écrits. Selon moi, c’est le style d'on saint Bernard en courroux contre l'impiété du siècle. — Hélas ! nu» chère mère, si vous saviez quel élraogc saint Bernard c'est que ce M. Dumoulin !... ma» je ne veux pas souiller vos oreilles... Tout ce mie je puis vous dire, c’est que de tels défenseurs compromettent les plus saintes causes... Adieu, ma chère mère... au revoir... et surtout redoublez de précautions cette nuit... le retour de ce soldai est inquiétant!... — Soyez tranquille, ma chère fille... Ah ! j 'oubliais... mademoiselle Florine m’a priée de vous demander une grâce : cW d’entrer à votre service... vous connaissez b fidelité qu elle vous a montrée dans ta surveillance de votre malheureuse nièce... Je crois qu’en la récompensant ainsi, vous vous l'attacheriez complètement, et je vons serais très-reconnaissante pour elle.

— Des que vous vous intéressez le moins du monde à Florine, ma chère mère... c'est chose laite, je la prendrai chez moi .. Et maintenant, j’y songe, elle pourra m’être plus utile que je ne pensais d'abord — Mille grâces, ma chère tille, de votre obligeance. A bientôt, je l'espère... Nous avons, après-demain à deux heures, une longue conférence avec Sou Eminence et Monseigneur, ne l’oubliez pas. — Non, ma chère mère, je serai exacte... Mais redoublez de précautions celle nuit, de crainte d’un gruud scandale. »

Après avoir respectueusement baisé b main de la supérieure, b princesse sortit par b grande porte du cabinet qui donnait dans un salon conduisant au grand escalier.

Quelques minutes après, Florine entrait chez la supérieure par une porte latérale, la supérieure était assise ; Florine s'approcha d'elle avec une humilité craintive.

« Vons n'avez pas rencontré madame la princesse do Saint-DUer?

— lui demanda b mère Sainte- IV rpétuo. — Non, ma mère, j’étais à attendre dans le couloir dont les fenêtres donnent sur le jardin. — l-a princ.-s-e vous prend à son service à compter d'aujourd'hui, » dit la supérieure.

Florine fit un mouvement de surprise chagrine et dit :

■ Moi!... ma mère... mais.,. — Je le lui ai demandé en votre nom... vous acceptez, — répondit impérieusement la supérieure. — Pourtant... ma mère... je vous avais priée de ne pas... — Je vons dis que vous acceptes, — dit b supérieur d’un ton si ferme, si positif, que Florine

baissa les yeux et dit à voix basse : — J’accepte... — C’est au nom de M. Rodiu... que je vous donne cet ordre. - Je mVn doutais... ma mère,

— répondit tristement Florine; — et à quelles conditions enlré-je... cbes b princesse ? — Aux mêmes conditions que chez sa niece. »

Florine tressaillit et dit :

• Ainsi, je devrai faire des rapports fréquents, secrets, sur b princesse?— Vous observerez, vous vous souviendrez cl von remirez compte... — Oui, ma mère... — Vous porterez surtout votre atleulion sur les visites que b pi in cesse pourrait recevoir désormais de la supérieure du Sacré-Cœur ; vous les noterez et tâcherez d'entendre -- Il s'agit de préserver la princesse de fâcheuses influences. — J’obéirai, ma mère.

— Vous lâcherez aussi de savoir pour quelle raison deux jeunes orphelines ont été amenées ici et recommandées avec b plus grande sévérité par madame Grivois, femme de confiance de b princesse. — Oui, n a irère. — Ce qui ne vous empêchera pas de graver dans votre souven r l»« choses qui vous paraîtraient dignes de remarque. Demain, d'ailleurs je vous donnerai des instructions particulières sur un autre sujet. — Il suffit, ma mère. — Si, du reste, vous vous conduisez d’une manière satisfaisante, si vons exécutez fidèlement les instructions dont je vois parle, vous sortirez de chez la princesse pour être femme de charge chez uue jeune mariée : ce sera pour vous une position excellente et durable... toujours aux mêmes conditions. Ainsi il est bien entendu que vous entrez chez madame de Saint-Dizier après m’eu avoir fait la demande. — Oui. ma mère... je m’en souviendrai — Quelle est celte jeune fille contrefaite qui vous accompagne ? — Une pauvre créature sans aucune ressource, Irès-iuielligenle, aune éducation au-dessus de son état ; elle est ouvrière en lingerie ; le travail lui manque, elle est réduite a la dermerc extrémité. J'ai pris sur elle des renseignements ce matin en allant b chercher, ils sont excellents. — Elle est laide et contrefaite ? — Sa figure est intéressante, mais elle est contrefaite. »

U supérieure parut satisfaite de savoir que b personne dont on lui pariait était douce, d’un extérieur disgracieux, et elle ajouta après un moment de réllcxion ;

« El elle parait intelligente? — Très-intelligente. — Et elle est absolument sans ressource ? — Sans aucune ressource. — Est-elle pieuse ?

— Elle ne pratique pas. — Peu importe, — se dit mentalement la supérieure, — si elle est ircs-mtelligcnie. cela suffira. — Puis elle reprit tout haut : — Savez-vous si elle est aJroitc ouvrière ? — Je le crut», ma mère »

La supérieure se leva, alb â un casier, y prit un registre, y parut chercher pendant quelque temps avec attention, pu» elle dit en replaçant le registre :

« Faites entrer cette jeune fille .. et allez m’attendre dans la lingerie. Contrefaite... intelligente... adroite ouvrière, — dit b supérieure en réfléchissant, — elle n'inspirerait aucun soupçon... Ü faut voir. »

Au bout d'uh instant, Florine rentra avec b Ma y eux, qu’elle introduisit auprès de b supérieure, après quoi elle se retira discrètement La jeune ouvrière éiril émue, tremblante et profondément troublée, car elle ne pouvait pour ainsi dire croire â la découverte qu'dit venait de faire pendant l’absence de FloridB. Ce ne fut pas sans une vague frayeur que fa Mayeux resta seule avec b supérieure du couvent de Saime-

CHAFITRE III.

La tentation.

Telle avait été b cause de b profonde émotion de b Mayeux : Florine, en se rendant auprès de b supérieure, avait bissé b jeune ouvrière dans un couloir garni de banquettes et formant une sorte d’aulichamhre située au premier étage Se trouvant seule, b Mayeux s’était approche* machinalement d’une fenêtre ouvrant sur le jardin du couvent, borne de ce côté par un mur à moitié démoli, et terminé à l'une de >es exlr<mités par une clôture de planches à claire-voie. Ce mur, aboutissant a une chapelle en construction, était mitoyen avec le jardin d’une maison voisine.

la Mayeux avait tout à coup vu apparaître une jeune fille à l’une des croisées du rez-de-chaussée de celle maison, croisée grillée, d'ailleurs remarquable par un e sorte d’auvent eu forme de tente qui b surmontait- Cette jeune fille, les yeux fixés sur un des bâtiments du couvent, faisait de b main des signes qui semblaient à b fois encourageant!, et affectueux. De b fenêtre où elle était placée, b Mayeux, oc pouvant voir à qui s'adressaient ces signes d'intelligence, admirait b rare beauté de celle jeune fille, l’écbl de son teint, le noir brilhnt de ses grands y eux, le doux et bienveillant sourire qui effleurait ses lèvres. On répondit sans doute à sa pantomime à la fois gracieuse et expressive, car, par un monvciiHuit rempli de grâce, celte jeune fille, posant b main gau*:)* sur son cœur, lit de sa main droite un geste qui semblait dire que son Cœur s’en allait vers cet endroit qu’cUe ne quittait pas des yeux.

Un pâle rayon tic solcfl, perçant les nuages, vint se jouer a cc moment : sur les cheveux de celte jeune fille, dont la blanche figure, alors presque collée aux barreaux de là croisée, sembla, pour ainsi dire, tout à coup

LP- Jl’IF ERRAîNT.

ittimiinée par 1 rs AdottiwaMt reflets il»* sa sptcudùle cbevelm couleur d'or liruui. A l'aspect de celle rn\ isv.mte figure, encadrée de longues born-lrs d'admirable* chev«nix d'un roux doré. Li Mayeux tressaillit... involontairement ; Li pensée «le mademoiselle de Lanbnille lui vint .iu«- Alôl ii l’esprit, et elle se persuada telle ne se trompait pasi qu’elle avait devant le» yeux la prot«;*tri«-e d'Agiirol. En retrouvant IA, dans cette ministre maison d'aliénés, cette jeune fille si merveilleusement belle, et» se souvenant de h bonté délicate avec laquelle elle avait, quelque* jours auparavant, accueilli Agrieol dans son petit p ilais éblouis», ml de luxe, In Mayeux sentit son .cœur se briser, fille croyait Adrienne folle... et (ourlant, en l'examinant plus Nlleiitivetnent encore, il lui semblait que ! intelligence et la grâce an lorr il eut toujours cet adorable visage, lotit à coup mademoiselle de ( '.si rdo ville lit nu geste expressif, mit son doigl tur sa bourbe, envoya deux baisers dans la dilution de m s regards, et disparut subitement.

Songeant aux révélations si importantes qu’ Agrieol avait à faire îi mademoiselle deLurdoville, la Mayeux regrettait d’.iut mt plus a nié renient dp n'avoir aucun moyeu, aucune possibilité de parvenir juMpi’a elle < nr il lui semblait que si celle tonne tille était folle, elle se trouvnll du moins dans un moment lucide. La jeune ouvrière était plongée dans ees réflexions remplies d'inquiet ude, lorsqu'elle vit revenir l'ioiine i * pignee d une des religieuses du couvent. La Mayeux dut donc garderie Mlt-nce su/h découverte qu’elle venait de faire, et se trouva bientôt en j resence de la supérieure.

La supérieure, apres un rapide et pénétrant examen de la physionomie de fci Jeune ouvrière, lui trouva l’air si timide, si doux, si bômiéle, (quelle cnit pouvoir ajouter complètement foi aux renseignements donnes par Florme.

« Ma cbere lille, — dit la mère Saiute-Perpétue d’une voix aflccloemc, — Fluriue m'a dit dans quelle cruelle situation vous vous trouviez. U est d"&c vrai... vous manquez absolument de travail? — Hélas ! oui, mariédw.— A iipelez-moi votre mère... ma « herc fille; ce gotn est plus doux... d c'est la réglé de cette maison... Je n’ai pas besoin de vous demander quels sont vus principes? —J’ai toujours vécu honiuVmcni de mon Unv ail .. ma mère, — répondit la Mayeux avec une simplicité à la foisriffite « modeste. — Je vous crois, ma chère fille, et j'ai de bonnes rarovns tour tous croire... Il faut remercier le Seign. m de vous avoir mise ?i l'abri de bien des tentations : mais dîles-nmi, êfes-vnn» habile dans Votre tüt? —Je fais d«î mon mieux, ma mm: ; l'on a toujours été satisf it ri«wju travail... Si vous dé-Jrez d'ailleurs me Uv/tlie û IHuivrc, vous eu iqp’rez.— Votre aflirmu tion me subit, ma chère tille .. Nous jwéérez, ■ObCepu, aller travailler CO journée T — Madvm. i-> lh- Llorine m'a dit, na raere, que je ne pouvais espérer avoir rie travail cite* moi. I in Haut, non, ma fille; si plus lard l’occasion se pré^ntail... j'y pongera». (•unit à présent, voici ce que je peux vous otV* h* : une \MH- liante tvesnspectablc m'a fait demander une ouvrière à la journée présentée par ®w, vous lui conviendrez ; l'ouvre se chargera de t ous vêtir comme il tHit. peu à p< ii l'on retomba ce débohisé- sut* Vi'lrè silaire, car c’eut 2 hy nous que vous compterez : ce salaire est de deux francs jy-r jont ... tous put ait-il subi-aut? — Ah ! nia mere... c est Wén an «Ma de <*e qu* it pouvais espérer. — Vous ne serez dailhw* occUltée que de hwff heures du matin à six heures du soir... il vo«i restera noue «Hicore qui ». (lues heures dont vous pourrez disposer. Voua b 1 vnyet, dite cümlitimi fct assez douce, n’est-ce pas? — Oh ! bien douce, mi mère... — Je dois, avant tout, vous dire chez qui l'œuvre anvnk I’hu union 'de vous empieyer... c'est chez uue veuve nommée madame «b* Hréutont, nciumno' traiplie de solide piété;... vous n’aurez, je le^pere, dsitiv vv n\n:5on,qii( u^uvllents exemples ;... l’il en était aoPnwcut, vous vienmicz ni eh [révetiir. — Commeut cela, ma mère? — dit la Mayeux avec surprise.— feoatez-moi bien, ina chere lille,— dit la hiève Salutç-TVrp étire d im tou

( lus et» plus alVeciueiix, — l’œuvre de Satate-Mînie a un saint cl «'«iiUe but... Vous comprenez, n'est -ce pas, que, s il est de notre devoir de donner aux maîtres toutes les garanties .Vsicablcs sur la moralité < 1 * personnes que noua plaçons dans l'intéricm dr Unir famille, nous «lewns ^■dotmer aux personnes que nous plaignis toutes ks gn ramies do ntol*je désirables *ur le» maîtres à qui nous les adressons? — bien n’e-t plus juste et d'une plus sage prévoyance, mameré. — N est -ce pas, ma riirre fille ? car de même qu nne si+\antc de mauvaise conduire p- nl Porter iiq trouble ûcbeux dans une familK? respectable... de même aussi wi maître ou une maîtresse de mauvaises mœurs peuvent avoir une dangereuse influence sur les personnes qvri lès servent ou qui vont travail- * r dans leur maison... Ur, c'est pour offrir une mutuelle garantie aux maîtres et aux serviteurs vertueux que notre œuvre est fondée... — Ah! madame... — dit naïvement la Mayeux, — ceux qui ont en cette pensée “•entent la bénédiction de tous... — Et les bénédictions ne leur man- '{l'cui pas, ma clicre lille, parce que l'œuvre tient ses promesses. Ainsi...

intéress-uite ouvrière... comme vous, par exemple... est placée au- P*«de personnes irréproi bablcs, selon nous; aperçoit-elle, soit chez «s maîtres, soit chez les gens qui les fréquentent habituellement, qnel- !î!îa mœurs, quelque tendance irréligieuse qui hlissesa

puifi-iir ou qui choque ses» principes religieux, elle vient aussitôt nous aire une confidence détaillée de ce «pii a pu l’alarmer... lUeo de. plus jj te ... n est-il pas vrai ? — Oui, ma in«'re... — répondit timidement la «ayeux, qui cvinunocçaU à trouver ces prévisions singulières. — Alors, •cpnl la supérieure, — si le cas nous paraît grave, noos engageons

notre (irotégée à observer plus attentivement encore, afin de blet» se convaincre qu elle avait raison de s'alarmer... Elle nous fait de nouvelles confidences, et si elles confirment uos premières craintes, fidèles à notre pieuse tutelle, nous retirons aussitôt notre protégée «le cette maison peu convenable... I>u reste, comme le plus grau«l nombre d'entre elles, maigre leur candeur ef leur vertu, n’ont pas les lumières sufttsauifs pour distinguer ce qui peut nuire à leur âme, nom. préférons, dans leur intérêt, que ton» les boit jours elles nous confient, comme une lille le confierait à sa mère, soit de vive voix, soit par écrit, tout ce «pii s’est passé durant U semaine dans les nuisons où elles sont placées; alors nou» avisons (miuc elles, soit en les y laissnut, soit en les retiraiif. Nous avons déjà environ ceut personnes, demoiselles de compagnie, de magasin, servantes ou ouvrières à b journée, placées selon ces conditions «Lins un grand uombre de familles; et, dans l'intérêt de tous, nous nous applaudissons chaque jour de celte manière «le procéder... vol» nu* comprenez, u’esl-ce pas, ma chère fille? — Oui... oui... ma m,nv... dit la Mayeux «le plus en plus embarrassée; elle avait trop de droiture et «le sagacité pour ne pas trouver que celte manière d a*.suriwre mutuelle sur b» moralité des maîtres «ït d« s serviteurs ressemblait à iiuc^iiiedes^nnnnage iaiime.d espionnage du foyer domestique, organisé sur une vj»te êi belle et exécuté par les protégée-, de l'œuvre presque a lent •‘•'U, earil éfxft en effet difficile de dtigniser plus liabilemeul à leurs y eux et tte habitude rie délation à laquelle ou les dresi-ait sans qu'elles s'en duut «*:cnt. — Jd|è ?nîs entrée dans ei*s loups détails, nia clicre fille, — i> I rit la mèi-e S>bdc-['erj>é{ue, prenant le silenrede la Mayeux pour un a sentiment . — « 'est afin que vous ne vous croyiez pas obligée de rester malgré vtms «ïam «ne maison où, contre votre attente, je vous le répété, V«m> ne trouve--, ht pas continuellement de saints et pieux exemples... '•nsi, la mai'ivn «le madame «le firemonl, à laquelle je vous destine, est une mmvon tout « n Pieu. . Seulement on dit, et je ne veux pas le croire, que la jiltç de madame de Brémunt, madame «Je noisy, qui depuis peu de h mps est venue habiter avec elle, n’est pas d'uu«* conduite parf iitcmrut exemplaire, qu elle ne reinplit pus exactement sc* dcvoirsrciigieux, et qn en l' absence de son mari, à cette heur** en Amérique, elle reçoit des Visites m riheimMYreiueut trop assidues d'un monsieur Hardy, riche m.inwtoiinrier. »

An nom du patron «l’Agricol, la Mayeux ne put retenir un mouvement «le surprise, et rougit légèrement.

l.a snpêi icure prit naturellement ecthî rougeur cl ce mouvement pour «me preuve de la pudibonde susceptibilité de fa jeune ouv riere, et ajouta : •i J ai «m t«)ul vous dire, ma chere fille, afin que vous fussiez sur vos enrdes. J'ai dû même vous entretenir de bruits «jueje crois complètement ci totiés, caria fille de madame du Bréinout a eu sans cesse de lmp bous exemples sous les yeux pour les oublier jamais... bailleurs, élaut d m - b maison du matin au soir, mieux que personne vous serez à même 'k* vous niHT« e>oir si les bru.ts dont je vous parle sont faux ou fondés ; *■’ P 1 "' malheur ils rétaieut, sebm vous, alor>, ma chère lille, vous vienderez me ciMificr toutes les circonstances qui vous autorisent à lu croire, 'M,sl je partageais votre opinion, j«î vous retirerais à l iustaiil de « eue vMsim, i»aree que la sainteté de la mère ue compenserait pas suflisainr -nt le déplorable exemple que vous offrirait l« conduite de L fille... car,

! -s que voua faites partie de l'œuvre, je suis responsable de votre m- ' •! ; et bien plus, dans le cas où votre susceptibilité vous obligerait à

Hiv di: « het mriniiK! «le Bréinout, comme vous p«jurricz être «piclque t ; uqv« &ms nfrplol. f œuvre, si elle est s.i(isf.nte de votre zèle cl de voire ' omfuih», voir riomiei a un franc par jour jusqu’au moment où elle vous re(ria«œr!»...V<i!R voyez, ma chère bile, qu i! y a tout à gagner avec mu». . Il est donc convenu que vous entrerez après-demain chez madame do wéttmnt. »

IA ütaypuS sc trouvait dans nno position Irt^-difiicil** : tnntêkt elle > royail ge* premier*, soupçons confirmés, et, malgré >a timidité, sa fierté re révoltAit en songeant «iu<*, parce qu'm» b savait misérable, ou la croyait r^pabL- d«* se vendre comme une espionne, moyennant un sa- 1.10-0 ék'é : hsnïôt, an contraire, sa délicatesse naturelle répugnant à croire ou mro tomme do I âge et de la condition de la supérieure pût <i*-srendre » lui adresser nnc rie ces propositions aussi infamantes |Kiur nrini «ml racccpte qne pour celui qui la bit, die se reprochait ses pre*miris ibmlcs, se *j»maurlant si la supérieure, avant «le remployer, ue voulait pas, jiRjyna «h certain point, réprouver, et voir si sa droiture s élèverait au-dessus d'une ofii c relativement tres-brilbnte. U Mavcnx était si àabircllement portée à croire au bien, qu elle s’arrêta à c«:lte dernière pensaje, se di ant qu’apres tout, si die sc trompait, ce serait pour b supérieure la manière la moins blessante de refuser ses offres indignes, l'ar un mouvement qui n'avait rien de hautain, niais qui disait b conscience qu’elle avait de sa dignité, la jeune ouvrb re relevant b tête, qu «die avait jusqu'abir- tonne hunibltineiil baissée, regarda h supérieure bien en lace, afin que celle-ci pût lire sur scs traits b sin- é« ité «!«* ses p;.r«des, et lui dit d'une voix légèrement énrae, çl oubliant ceUe fois rie dire Ma mère : «t Ah! madame... je ne puis vous reprocher «le tue faire subir une pareille épreuve... vous me voyez bien tmsérairie, et je n'ai rien fait qui puisse me mériter Votre eoi i liant e: niais, eroVezmoi, si pauvre «file je sois, jamais je ne m'abaisserai h faire une action aus 'i méprisable que « elle que vous «*t«*s sans doute obligée de me pcopwr. afin de vous assurer par mon refus que je suis digne rie v«rtns

LE JUIF ER RA INT

intérêt. Non, non, madame, jamais, et à aucun prix, je ne serai capable d'une délation. »

La Mayeux prononça ces derniers mois avec tant d’animation, que son visage se colora légèrement.

La supérieure avait trop de tact et d’exjtérience popr ne pas reconnaître la sincérité des paroles de la Mayeux; s'estimant henreosede voir la jeune lille prendre ainsi le change, elle lui sourit affectueusement et lui lendit les bras eu di&aul : « Bien, bien, ma ebère tille... venex m’embrasser. . - Ma mère... je suis confuse... de tant de Isonlé. — Non. car vos paroles sont remplies de droiture;... seulement persuadez-vous que je ne vous ai pas tait subir d’épreuve... parce qu'il n'y a rien qui ressemble moins à une délation (pie les marques de confiance filiale que nous demandons à nos protégées dans I intérêt même de la moralité de leur condition:... mais certaines personnes, et, je le vois, vous êtes du nombre ma chère fille, ont des principes assez arrêtés, une intelligence assez avancée pour pouvoir si passer de nos conseils, et apprécier par ellesmêmes ce qui |»eut nuire à leur salut;... c'est donc une responsabilité que je vous laisserai tout entière, ne vous de manda ni d’autres contUlences que celles que vous croirez devoir me faire volontairement.

— Ab! madame... que de boutés! — dit b pauvre Mayeux , ignorant les mille ressources, les mille détours de l'esprit monacal, et se croyant déjà certaine de gagner honorablement uu salaire équitable.

— Ce n’ttl pas de la boulé... c’est de la justice , — reprit la mère Sainte - Perpétue . dont f accent devenait de plus en plus affectueux : — on ne saurait trop avoir de confiance et do tendresse envers de saintes filles comme vous, que In pauvreté a encore épurées, si cria peut se dire, parce qu’elles ont toujours fidèlement nlw servé la loi du Seigneur.

— Ma mère...

— Une dernière nueslion . ma chere tille :

combien de fois par mois approchez-vous de la saiutc table?

— Madame, reprit b Mayeux, — je ne m’en suis pas approchée depuis ma première communion. que j'ai faite il y a huit an». L'est à peine si en Irnvailbiil chaque jour et tout le jour je puis suffire à gagner ma vie : il uc me reste donc pas de loisir pour...

— Grand Dieu! — s’éerb b supérieure en interrompant b Mayeux et joignant les mains avec tous les signes d’un douloureux étonnement, — il serait vrai... vous ne pratiquez pas...

— Hélas ! madame... je vous l'ai dit, le temps me manque, * reprit b Mayeux en regardant b mere Sainle-I'crpétue d'unair interdit.

Après un moment de silenre, celle-ci lui dit tristement : « Vous me voyez désolée, ma chère fille... je vous l’ài dit : de même que nous ne plaçons nos protégées que dans les maisons pieuses, de même on nous demande des personnes pieuses et qui pratiquent ; c’est une des cundi tious indispensables de l’œuvre... Ainsi, à mou grand regret, il m'est

b suite, vous renonciez à une si grande indifférence à propos de vos devoirs religieux... alors nous verrions..

— Madame, — dit b Mayeux le cœur gonflé de larmes, car elle était obligée de renoncer à une heureuse espérance, — je vous demande pardon de vous avoir retenue si longtemps... pour rien.

— L'est moi. ma chère fille, qui regrette vivement de ne pouvoir vous attacher à I œuvre;... mais je ne perds pas tout espoir... surtout parce que je désire voir une personne déjà digne d'intérêt mériter un jour par sa piété l'appui durable dis, personnes religieuses... Adieu, ina chere fille... Allez eti paix, et que Dieu vous soit miséricordieux, en attendant que vous soyez tout à fait revenue à lui...»

Le disant, la supérieure se leva et conduisit b Mayeux jusqu'à b porte, toujours avec les formes les plus douces et les plus maternelles;

puis, au moment où b Mayeux dépassait le seuil, elle lui dit : « Suivez le corridor. descendes quelques marcltes, frappez à la seconde porte à droite : c'est b lingerie :

vous y trouvera: Florine : . . . elle vous reconduira... Adietf, ma chère lille...»

Dès (tue la Mayeux (ut sortie de chez b supérieure, scs larmes, jusqu’alors contenues, coulèrent a bouda minent ; n 'osant ps paraître ain si éplorée devant FJortne et quelques religieuses sans doute rassemblées dans la lingerie, elle s’arrêta un moment auprès d'une des fenêtres du corridor pour essuyer ses yeux noyés de pleurs. '

Flic n -gardait machinalement la croisée de b maison voisine du couvent ou elle avait cm reconnaître Adrienne d< Cnrdoville , lorsqu’elb vit celle-ci sortir d'un porte et s’avancer rapidement vers Li clôture à claire-voie qui sépa rail les deux jardins...

Au même m-Unt. à sa profonde stupeur, la Mayeux vit une des deux sœurs dont b disparition désespérait Dagobert, llosc Simon, pale, chancelante . abattue .

s'appi ocher avec craint* cl inquiétude de la claire-voie qui la séparait d ma demoiselle de Cardoville . comme si l'orpheline (.Ai redouté <fétr-aperçoe.

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