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pensées mauvaises, ou projeter de commettre des fautes ; or, ai vous aimez vos camarades, il faut m'avertir de leurs fâcheuses tendances, alla
que mes remontrances paternelles leur épargnent ta punition en prévenant les fautes;... il vaut mieux prévenir le mal que de le punir.» — Tels sont, en effet, mou cher fils. — dit le père d'Aigrigny, la règle de nos
maisons et le langage que l'on tient à tous les élevé* qui s'y présentent.
— Je le sais, mon pere... — répondit Gabriel avec amertume ; — aussi trois jours après, pauvre enfant soumis et crédule, j enbis naïvement mes camarades, écoutant, retenant leurs entretiens, cl allant les rapporter au supérieur, qui me félicitait de mon zele... Ce que l'on me faisait faire était indigne... et pourtant. Dieu le sait, je crovais accomplir un devoir charitable; j'étais heureux d'obéir aux ordres a’un supérieur que je respectais, et dont j’écoutais, dans ma foi enfantine, les paroles connue j’aurais écoulé colles de Dieu... dus tard... un jour que je m'étais rendu coupable d'une infraction à la règle de la maison , le supérieur me dit :
« Non enfant, vous avez mérité une puuilion sévère ; mais elle vous sera « remise si vous parvenez à surprendre aiu de vos camarades dans la « même faute que vous avez commise (I)... » El de peur que malgré ma foi et mon obéi-sance
aveugles cet encouragement à b débtion basée sur l'intérêt personnel ne me parût odieux , le supérieur ajouta : a Je • vous parle, mon en-
■ Cuit, dans l'intérêt du « salut de votre camara-
■ de; car s’il échappait « à la puuilion, il s na- « bilucrail au mal par
■ l'impunité ; or, en le « surprenant en faute et « on attirant sur lui un « châtiment salutaire ,
« vousaurezdonclcdou- « ble avantage d'aider à « son salut, et de vous « soustraire, vous, â une « punition méritée, mais « dont v olre zèle envers •» le prochain vous ga- « gnera b rémission. »
— Sans doute, — reprit le père d'Aigrigny «le plus eu plus effrayé du langage de Gabriel.
— cl en vérité, mou cher fils, tout ceci est conforme â b règle suivie dans nos collèges et aux habitudes des personnes de notre compagnie : —
« QUI SK DÉNONCENT MU- TUELLEMENT SANS PRÉJUDICE DI l'aMOCR CT DE LA CHA- RITÉ itcir coq u«s, cr roc»
Lion PLUS CH AND AVANCE- MC NT SPIRITUEL , SURTOUT QUAND U SUPERIEUR L*A ORDONNÉ 00 DI MAN DÉ POUt LA PLUS CRANDI CLOIRE Di
duo (i). » — Je le sais...
— s’éc ria Gabriel ; — je le sa» ; c’est au nom de ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré parmi les hommes, qu’ainsi l'on m’encourageait au mal.
— Mou cher fils, — dit m
le père d'Aigrigny en tâchant de cacher sous une
apparence de dignité blessée sa terreur toujours croissante, — de vous à moi... ces paroles sont au moins ctrauge*. »
A ce moment, Rodin, quittant b cheminée où il s’était accoudé, commença de sc promener de long eu brge dans la chambre d'uu air més ai
ditatif, sans discontinuer de ronger ses ongles.
« Il m’est cruel, — ajouta le perc d'Aigrigny, — ■ mv w rappeler, mon cher fils, que vous nous devez l'éducation que vousavci reçue. — Tels étaient ses fruits, mon pere, — reprit Gabriel. — Jusqu'alors... j'avais épié les autres enfants avec une sorte de désinléres-
(1) Ce* •bligattooa d'espionnage et cet Abominable* incitation* à U délation •ont la base de l'éduaation donnée par les révérend* père*.
(i) Tout ceci est textuellement extrait de* CosATmmofca au Jianms, Bman in» ' *
seinent... mais les ordres du supérieur m’avaient fait faire un pas de plus dans celte voie indigne... J'étais devenu délateur pour échapper a une punition méritée. Et telles étaient ma foi, mon humilité, ma confiance, que je m’accoutumai à remplir avec innoceucc et candeur un rôle doublement odieux; une fois, cependant, je l'avoue, tourmenté par de vagues scrupules, derniers élans des aspirations généreuses qu'ou étoulEiit en moi, je me demaudai si le but charitable et religieux que l'on attribuait â ces délations, à cet espionnage continuel, sufUsait pour m’absoudre: je fis part de mes craintes au supérieur; il me répondit que je n'avais pas à discerner, mais à obéir, et qu’à lui seul appartenait la responsabilité de mes actes. — Continuez, mon cher fils, — dit le père d'Aigrigny cédant malgré lui à un profond accablement ;— hélas! j’avais raison de vouloir m'opposer à votre voyage en Amérique. — Et la Providence a voulu que ce fût dans ce pays neuf, fécond et libre, qu 'éclairé par un hasard singulier sur le présent et sur le passé, mes yeux se soient enfin ouverts, — s'écria Gabriel. — Oui, c’est en Amérique aue, sortant de b sombre maison où j'avais passé tant d'uunées de ma jeunesse, et me trouvant pour la première fois face à face avec la majesté
divine, au milieu des immenses solitudes que je parcourais... c'est là.
3 u accablé devant tant e magnificence et tant de grandeur, j'ai fait serment... — mais Gabriel s’interrompant, reprit :
— Tout à l’heure, mon père, je m'expliquerai sur ce serment ; mus, croyez-moi, — ajouta le missionnaire avec un accent profondément douloureux , — ce fut tm jour bien fatal, bien funeste, que celui où j’ai dû redouter et accuser ce que j'avais béni et révéré pendant si longtemps... Oh ! je vous l’assure, mon père. — ajouta Gabriel ks yeux humides, — ce u'est pas sur moi seul qu'a lors j'ai pleuré. — Je connais la bonté de votre cœur, mon cher fils, — reprit le père d'Aigrigny renaissant à uue lueur d'espoir en voyant l'émotion de Gabriel, — je crains que vous n'avez été égaré ; mai* coniicz-vous â nous comme à vos père* spirituels, et, je l'espère, nous raflèni liions votre foi malheureusement ébranlée, nous dissijierous les ténèbres qui sont venue»
obscurcir votre vue...
car, hélas t mon cher fils, dans votre illusion, vous aurez pris quelques lueurs trompeuses pour le pur écbl du jour...
Continuez...»
Pendant que le père d'Aigrigny parlait ainsi, Rodiù s'arrêta, prit uu in, portefeuille dans sa po-
che, et écrivit quelques notes.
Gabriel était de plus en plus pâle et ému; il lui fallait un grand courage pour parler ainsi qu'il pariait, car depuis son voyage en Amérique fi avait appris à connaître le redoutable pouvoir de b compagnie; mai* cette révélation du passé, envisagée au point de vue d'un présent plus éclairé, étant pour le jeune prêtre l’excuse ou plutôt b cause de la détermination qu'il venait signifier à son supérieur, il voulait loyalement exposer toute chose, malgré le danger qu’il affrontait sciemment. Il continua donc d'une voix altérée : ■ Vous le savez, mon père, la liu de mon enfance, cet heureux âge de franchise et de joie innocente, affectueuse, se passa dans une atmosphère de crainte, de compression et de soupçonneux espionnage. Gomment, hélas ! aurais-je pu me laisser aller au moindre mouvement de confiance et d'abandon, lorsqu'on me recommandait à chaque instant d'éviter les regards de celui qui me par- ! lait, afin de rievx cacher l'impression qu'il pouvait me causer par scs
Typ. <W M a * V* Do«Jr;-U>'|'r^, rnr Suai- Lan ,, ié, au Matai*.
parole, de dh'imnïer tout ce que je ressentais, de f«iut observer, lotit écouler autour de mol? J'atteignis ainsi l ige de quinze ans l'eu à peu les très-rares visites nue l’on permettait de me rendre, mais lumnors en présence de l'un ne nos pères, à tna mère adomivc et à mon frère, furent supprimées, dans le h.it de fermer cooipléretnent mon cœur & toutes les émotions douces et tendres. Morne, craintif, a» fond de celte grande maison triste, silencieuse, glacée, je sentis que l’on m’isolait de plus en plus dn monde a'ffccttirux et libre : mon tiunps se partageait entre des étude* mutilées, sans ensemble, sans porté*-, et de nombreuses heures de pratique* tntaulieincs et d'exercices dévot ieux. Mais, je vous le demande, mon père, chercha il-on jamais à échauffer nos jennes âmes par »lcs paroles empreinte* de itmdnKse ef d amour évangélique ?... IléLis! non... A ces mots adorables du divin Sauveur : « Aimez-vous les uns les autres, » on semblait avoir sultftUuë ceux-ci : « Méfiez-vous les uns des autres... » Enfin. mon père, nous dtsail-on jamais un rnot de la patrie cl de la liberté? Mon... oh ! non, car ce» ntots-là font battre le cœur, et il ne faut pas que h; cœur batte... A no* heures d'étude et de pratique, succédaient, pour uuûpie disira» lion, quelques promenades à trois... jamais à deux, parce qu'à trois la délation mutuelle est plu* praticable (l|, et parce qu’à deux I intimité s'établissant plus facilement, il pourrait se nouer de ce» amitiés saintes, généreuses, qui feraient luiltre le cœur, et il ne bmt pas que le cœur balte... Aussi, à force de le comprimer, est-il arrivé un jour où je n'ai plus senti. Depuis six mois, je n’avais vu ni mon frère ni BU mère adoptive : il- vinrent an collé?**... ftiiripcf ifiiri auparavant, je les aurais accueillis avec du Am de joie mélés de larme*,.. Celte lois, mes yeux restèrent secs, mon cœur froid ma mère et inrm frère me quittèrent éploré*. L’afpect de celte douleur [MHirtiut me frappa... j’eus alors conscience et horreur de cette insensibilité glaciale qui m'avait gagné depuis que j'habitai* celle tombe. Epouvanté, je voulus en sortir pendant que j'en avais encore la force-* Alors je vous parti i. mon père, du choix a un étal... car, pendant ces quelques moments de réveil, il m'avait semblé entendre bruire au loin la vie active et féconde ! la vie laborieuse et libre, la rie d'affection, de famille... Oh! comme alors je sentais le besoin de mouvement, de liberté, d'émotions nobles et chaleureuses! IA j'aurais du moins retrouvé la vie de l'Ame qui me Rivait.. . Je vous le dis, mon pi re..-, en embrassant vos genoux, que j'inomfnis de larmes, la vie d'artisan ou de soldat, tout m'eût convenu... ce fut alors que vous m 'apprîtes que ma mère adoptive, à qui je devais la vie, car elle m’avait trouvé mourant de misère... car, pauvre elle-même, elle m'avait donné la moitié du pain de son enfoui... admirable sacrifice pour unemere... ce fut alors... — reprit Gabriel en hésitant et en bai-s.»nt les veux, car il était de ces notées naturesqui rougissent et se sentent honteux des infamies dont il* sont victimes, — ce fut alors, mon père, — reprit Gabriel après une nouvelle hésitation, — que vous tu'ave* appris que ma mure adoptive n’avait qu’un but, qu'un désir, celui... — Celui de vous voir entrer dan* les ordres, mon cher fils,— reprit le père d'Aigrigny, — puisque cette pieuse et parfaite créa tore espérait qu'en faisant votre salut vous assuriez le sien :... mais elle n osait vous avouer sa pensée, craignant que vous ne vi*si.-ï un dé-ir intéressé dans... — Assez... mon pere, — dit Gabriel interrompant le père d’Aigrigny avec un mouvement d'indignation involontaire. — il m'est pénible de vous entendre affirmer une erreur : Françoise Baudoin n'a jamais eu celte pensée... — Mon cher fils, vous êtes bien prompt dan* vos jugements, — reprit doucemeut le père d' Aigrigtiy ; — je vous dis. moi. que telle a été la «-idc et unique pensée de votre mère adoptive... — Hier, mon père, elle m'a tout dit. Elle et moi, nous avons été mutuellement trompés. — Ainsi, mon cher fils, — dit séverement le père d' A igrigny A Gabriel, — vous mettez b parole de votre mère adoptive MNeMOS de la mienne?... — Epargncz-inoi une réponse pénible pour vous et pour moi, mon père... — oit Gabriel m baissant les yeux. — Me direz-vous, maintenant, — reprit le père d'Aigrigny avec anxiété, — ce que vous prétendez me... »
Ee révérend pere ne put achever. Samuel entra et dit : « l'n homme rt'uii cet taiu Age d. 'mande à parler à M. Rodin. — C’est moi, monsieur; je vous remercie, » répondit le «viu» assez sur|iri».
l'uis. avant de rejoindre le juif, il remit au pere d'Aigrigny quelques mots écrits an crjjon sur un de» feuillets de son portefeuille. Rodin sortit fort inquiet de savoir qui pouvait venir le chercher rue Saint-François. Le père d'Aigrigny et Gabriel restèrent seuls.