‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 71 sur 95 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Le teiUmeot.

lorsque Gabriel, Rodin et le père d’Aigrigny entrèrent dans le talon rouge, us paraissaient tous différemment affectés.

Gabriel, pâle et triste, éprouvait uue impatience pénible; il avait liàte de sortir de celte maison, et se sentait débarrassé d’un grand poids depuis que, par un acte entouré de toutes les garanties légales , et passé par-devant M* Dumesnil, le notaire de la succession , il venait de se désister de tousses droits en faveur du parc d’Aigrigny. Jusqu'alors il n’éfail pas venu à la pensée du jeune prêtre qu en lui donnant les soins qu'il rémunérait si généreusement . et en forçant sa vocation par un mensonge sacrilège, le|père d’Aigrigny avait eu pour but d’assurer le bon succès d'une téuébreuse intrigue. Gabriel, en agissant ainsi qu’il faisait, ne cédait pas, selon lui, à un sentiment de délicatesse exagérée. Il avait fait librement cette donation plusieurs années auparavant. Il eût regardé comme une indignité de fa rétracter. H lui avait été

déjà osrez cruel d’être soupçonné do fâchrié pour rien au monde il n’cût vouhi onconrir te moindre reproche de mnidité. Il fallait que le missionnaire fût doué d'une bien rare et bien excellente nature pour que celle Heur de scrupuleuse probité n’eût pas été (Télrie par l'Influence délétère et de'moralLsautc do son éducaiion: mais heureusement, de mémo que le froid préserve quelquefois de la corruption , l'atmosphère placée où s'était passée une partie de son enfance cl de sa jeunesse avait engourdi, mais non vicie, scs généreuses qualités, bientôt ranimées par le contact vivifiant cl chaud de l’air de la lilierté.

l e père d'Aigrigny, beaucoup plus pâle et plus ému que Gabriel, avait tâché d'expliquer et dcxctiser ses angoisses, en les attrlbu.uU au chagrin que lui causait Sa rupture de sou cher fus avec la compagnie de Jéms. Bodin, < aime cl pariaLciuenl maître de sol, voyait avec un secret courroux la vive émotion du père d'Aigriguy, qui aurait pu inspirer d'étranges soupçons à un homme moins conll.mt que Gabriel : pourtant, malgré cet apparent snng-froid, le toeiut était peut-être encore plus que son supérieur ardemment impatient de la réussite de celle importante affaire. .'•amuel paraissait altéré... aucun autre héritier que Gabriel ne sc présentait,. . Sans doute le vieillard ressentait une vive sympathie pour ce jeune homme : mais ce jeune homme était prêtre : avec lui s'éteindrait le nom de la famille Hennepoot: et relie immense! fortune, si laborieusement accumulée, ne serait pas sans Joute répartie ou employée ainsi que I aurait d : siré le testateur. Les di'férenls acteurs de cette sccite se tenaient debout autour de la table ronde.

Au moment où, sur l'tuvitiüou du notaire, ils pliaient s’asseoir, Samuel dit, en lui montrant le registre de chagrin noir : « Monsieur, il m'a été ord.mué de déposer ici ce registre ; il est fermé ; je vous eu remettrai la clef aussitôt après la lecture du listamcut. — Cette mesure est cil éfièt consignée dans la note qui accompagne te lest an nul que yoici, — dit M ( Ihunesnil, lorsqu'il fut déposé, en 1682, chez maître Thomas laj Scmclier, conseiller du roi, notaire au Châtelet de Paris, demeurant alors place Royale, n" 13. »

Co disaul, M* Dumcsnil sortit d'uu portefeuille de maroquin rouge une large enveloppe de parchemin jauni par tes a unies; à cette enveloppe était annexée par un f,i de soie une note aussi sur vélin.

« Messieurs, — dit le notaire, — si vous voulez vous donner la peine de vous asseoir, je vais lire la note ci-jointe qui règle les formalités à remplir pour l'ouverture du testament. »

Le notaire, Kodin, le père d'Aigriguy et Gabriel s'assirent. Lejeune piètre, tournant le dos a la cheminée, ne pouvait apercevoir les deux portraits.

Samuel, malgré l'invitation du nul;. ire, resta debout derrière le fauteuil de ce dernier, qui lut ce qui suit :

« lo 13 février IK32, mon Itttimtfll sera porté rue Saint-François, « n° 3.

« A dix heures précises, la porte du salou rouge, située au reft-do- « chaussée, sera ouverte à mes héritiers, qui sans doute arrivés depuis

• longtemps à Paris daus l'attente de ce jour, auront eu le luisît neces- « sairo pour faire valider leurs preuves de filiation.

« Dès qu'il* seront réuu s, on lira mon teslament, et. au dernier coup a de midi, la succession sera close et fermée au profil de ceux qui, «‘Ion a ma recommandation jterpéluée. je l'espère. par iridition. pendant un « siècle et demi dans nu famille, à partir de ce jour, se seront présentés en personne, et nou par fondés de pouvoir, le i 3 lévrier avant « midi, rue Saint-François. •

Après avoir lu ces lignes d'une voix sonore, le notaire s'arrêta uu instant, et reprit dVnc voix solennelle: a M. Gabriel-KrançoU-Maiie de Rennepnnt, prêtre, ayant justifié, par acte notarié, de sa (ilia tien paternelle et de sa qualité d'arrière-cousin du testateur, et étant jusqu'à celte heure le seul des iî. rendants de la famille llcnncpont qui se soit présenté Ici, J’ouvre J* testament en sa présence, ainsi qu’il a été prescrit. » Le disant, le notaire relira de son enveloppe le teslament préalablement ouvert par le président du tribuual avec les formalités voulues par la loi.

Le père tTAigrigny se pencha et s'accouda sur la talée, ne pouvant retenir un lonpir ImlcUui. Gabriel se prédirait à écouter avec plus de curiosité que d’intérêt. Bodin s'était assis à quelque distance de b table, tenant entre ses genoux sou vieux cliapeau, au fond duquel, à demi cachée dans tes plia d’un sordide mouchoir de cotonnade à carreaux bleus, il avait placé sa montre... Toute l'atLenl’.un du toeius é»aii alors partagée entre le moindre bruit qu’il entendait du dehors et b lente évolution de* aiguilles de «n montre, dont son petit œil irrité seiubbil hâter la marclie, tant était grande son impatience de voir arriver l’heure de midi. Le notaire, ûéoloyant b feuille de vélin, lui ce qui suit au milieu d'une profoirJc attention :

« llamcau du Vilktantus-e, le 13 terrier 168*2.

« Je vais échapper pnr la mort à b honte des galère*, où les implaca- « bief ennemis de ma famille m’ont fait condamner Comme rebps.

< Et nuis... la vie m’est trop amère depuis que mon fils est mort vio « lime a un crime mystérieux.

« Mort à dix-neuf ans... pauvre Henri!... ses meurtriers sont incon-

• nus... non... pas inconnus... si j’en crois rocs pressentiments...

v Pour conserver mes biens à cet enfant. J’avais feint d’abjurer te nro- « testant Ismc... Tant que cet être si aimé a vécu, j'ai tuTupokusement

« observé les apparences catholiques... Celle fourberie me révoltait,

• mais H s'agissait de mou fils...

■ tjiiaud on ine l’a eu tué... cette contrainte m'a été insupportable... « J’étais épié; j'ai été accusé et condamné coiiunc relaps... mes Item « ont été confisqués ; j al étécotidainuènux gaietés, x Terrible temps que ce temps-ci...

« Misère et servitude ! despotisme sanglant et intolérance religieuse... « Ab ! H est doux de quitter b vie... » plus voir tant de maux, (aht de « douleurs... quel repus... Et dans quelques heures... je gbûteTai ce re- « pos...

« Je vais mourir, songeons à ceux des miens qui vivent, ou plutôt « ceux qui vivront... peut-être dans des temps meilleurs...

« Une somme de cinquante mille écus, dépôt confié à ur ami, me rer4e « de tant de biens.

« Je n’ai plu* de fils, mais Je nombreux parmi* exilés en Europe, t Cette somme de cinquante mille écus, partagée entre tous les mieux, « e<U été de peu de ressource pour eux... JVn ai dispose autrement.

« Et rela d’après les sages conseils d’uu homme... que je vénère comme « la parfaite image de Dieu sur la terre... car son inteuigenre, sa sagesse « et sa bonté sont presque divines.

« Deux foi s dans ma vie j’ai vu cet homme, et dans des circonstances « bien funestes... deux fois je lui ai dû mou salut... une fois le salut de « l’âme, une fois le salut du corps.

« Hélas !... peut-être il eût sauvé mon pauvre enfant ; mais U est ar- « rive trop Lard... trop Lird...

« Avant de me quitter, il a voulu me détourner de mourir.. . car il sa- « vait tout : mais sa voix a été impuissante : j’éprouvais trop de douleur,

■ trop «le regrets, trop de découragement.

< (.buse étrange!... quand il a été bien convaincu de ma résolution x de terminer violemment mes jours, uii mot d’une terrible amertume

< lui est échappé et m’a fait croire qu'il euvbil nu»u sort... ma mort' « Kst-:l donc condamné à vivre, lui?...

• Oui, il s’y est sans doute condamné lui-même afin d’être utile et se- « conrabh à l'humanité... et pourtant b vie lui pèse: car je lui ai oo- « tendu dire uu jour avec une expression de fatigue désespérée que je

• u’ai jamais oubliée : « Oh ! 1a Vie... b vie... qui m’en délivrera ?... » « F.ile lui est donc bien à charge?

« Il est |»arti ; ces dernières paroles rn’uul fait envisager b mort avec « sérénité...

a Grâce â lui, ina mort ne sera pas stérile...

« Grâce â lui, ces lignes écrites à ce moment par un homme qui, dans « quelques heures, aura cessé de vivre, enfanteront peut-être de grau- « des choses dans un siècle ei demi ; oh ! oui, de grandes et nobles cho- « ses... si mes volontés sont pieusement écoutées par mes descendants,

■ car c’est à «eux de ma race future que je m’adresse ainsi.

« Four qu'il* comprennent et apprécient mieux le dernier viru que « je bis... et que je les supplie d exaucer, eux... qui sont encore dans « le néant où ie vais rentrer, il faut qu’ils connaissent les persécuteur» « de ma famille, afiu de pouvoir venger leur ancêtre, mais par une nou ble vengeante.

« Mon grand-perc était catholique ; entraîné moins par sou zèle refi- « pieux que par de perfides conseils, il s'csl a 11: lié, quoique Inique, « ii une société dont b puissance a toujours été terrible et mj stérieuse. .. a à b société de Jésus... »

A ces mots du testament, !è père d'Aigriguy, Bodin et Gibrid se remanièrent presque invclontairement. Le notaire, uc s’étant pas aperçu de ce mouvement, continuait toujours.

a Au bout de quelques années, p ndnnt lesquelles il u’ar ait cessé de a professer pour cette société te dévouement le plus absolu, il fol soua dainemenl édairé par des révélations épouvantables sur te but secret a qu'elle sc proposait et sur scs moyens d y atteindre...

« C’était ou 1010, un mois avant l'assassinat de Henri IV. a Mon aïeul, elfrajé du secret dont il se trouvait d posilalrc malgré

< fui, et dont la signification sc cnmptéta plus tr.nl par la mort du mciL a leur des rois, mou aïeul, non-seulement rompit avec b société de Jéa sus, mais, comme si le catholicisme tout cutter lui eût paru solidaire a des crimes de o ttc société, il abandonna la rdigiou romain»*, où if a avait jusqu’alors vécu, et se fil protestant.

a Des preuve* irréfragable* attestant la connivence de deux merubrra de cette compauuie avec Ravaillac, connivence aussi prouvée Lire du a crime de Jean Ctiùlel te régicide, sc trouvaient entre les malus de mon x aïeul.

a Telle fut la cause première de lu haine acharnée de celle société « contre notre famille. Grâce à Dieu, ces papiers ont été mis en sûreté ; a mon père me tes a transmis, et, si mes dernières volontés sont exé- « culées, ou trouvera ces papiers, marqués A. M. C. 1). G., dans le cofa fret d’ébèue de b salle de deuil de b rue Saint-François.

i Mon père fut aussi en bulle à de sourdes iicrséculions : sa ruine, sa « mort peut-être eu eussent été la suite, sans l'intervention d’une femme c angélique, pour laquelle il a conservé uu cuite presque religieux.

a IvC portrait de celle feinme, que «'ai revue il v a peu d’années, ainsi « que celui de l'homme auquel j ai voué une vénération profonde, col

< été peints )>ar moi de souvenir, cl sont placés dans le salon rouge de a b rue Saint-François. Tou» deux seront, je l'espère, pour les tie&crna dauts de ma famille, l'objet d’un culte reconnaissant. »

LB JUIF ERRANT

Depuis quelques moments, Gabriel était rlevenu de plus eu plus atlentir ô la lecture de ce testament ; il songeait que, par une bizarre coïncidence, un de se» aïeux avait, deux siècles auparavant, rompu avec la société de Jésus, comme il venait d.* rompre nMOÜtOC depuis une heure. ..et que de cette rupture datant de deux siècles... datait au- si l'espèce de haine dont la compagnie de Jésus avait toujours poursuivi sa famille... Lejeune prêtre trouvait non moins étrange que cet héritage à lui transmis après un laps de cent cinquante arts par un de scs parents, victime de la compagnie de Jésus, retournât, par l'abandon volontaire qu'il venait d’en Taire, Int Gabriel, A cette même société... Lorsque le notaire avait lu le passage relatif aux deux portraits, Gabriel, qui. ainsi que le père d'Aigrigny, tournait le dos A ces toiles, fit un mouvement pour les voir. A peine le missionnaire eut-il jeté les yeux sur le portrait «le la femme, qu'il poussa un grand cri de surprise et presque d elfroi. Le uotaire interrompit aussitôt la lecture du testament en regardant le jeune prêtre avec inquiétude.

CHAPITRB V1U.

Le dernier coup do midi.

An cri poussé par Gabriel, le notaire avait interrompu la lecture du testament, et le père d'Algrigny s'était rapproché vivement du Jeune prêtre. Celui-ci, debout et treuibbut, regardait le portrait de femme avec une stupeur croissante.

Bientôt H dit à voix basse et comme se parlant A lui-même : « Est-il possible, mon Dieu ! que le hasard produise de pareilles ressemblances ! Ces yeux... & la Ibis si fiers et si tristes... ce senties siens... et ce front... et celte pAlcrtr !... oui, ce sont scs traits !... tous scs traits ! — Mon citer tUt, qu'avez-vous ? — dit le père d'Aigrigny, aussi étonné que Samuel et que le notaire.— Il y a bull mois,— reprit le missionnaire d'une voix profondément émue, sans quitter le tableau des yeux, — j’étais au pouvoir des Indiens... au milieu des montagnes Rocheuses... On m'avait mis en croix, on commençait à me scalper... j’allais mourir... lorsque la divine Providence m’envoya un secours inattendu... Oui... c’est celte femme qui m’a sauvé. .. — Cette femme ! ... » s'écrièrent à la fols Samuel, le père n'Aigrigny et le notaire.

Kodin seul paraissait complètement étranger à l'épisode du portrait ; le visage contracté par une Impatience courroucée, il se rongeait les ongles à vif en contemplant avec angoisse la lente marche des aiguille* de sa montre.

t Comment ! cette femme vous a sauvé !a vie ? reprit le père d'Aigrigny. — Oui, c'est cette femme, — reprit Gabriel d une voix plus basse et presque effrayée ; — cette femme... ou plutôt une femme qui lui ressemblait tellement, que si ce tableau u'etait pus ici depuis uu siècle cl demi, je croirais qu’il a été peiut d’après elle... car je ne puis m'est tiquer comment une ressemblance si frappante peut être l'effet d'un hasard... Enfin, — ajouta-t-il au bout d'un moment de silence, en pouvant un profond soupir, les mystères de la nature et la volonté de Dieu tout impénétrables. »

ht Gabriel retomba accablé cur son fauteuil au milieu d'un profond silence, que le père d'Algrigny rompit bientôt en disant : « C’est uu frit de ressemblance extraordinaire, et rien de plus... mon cher Cl- .. seulement, la gratitude bien naturelle que vous avez pour votre libératrice donne A ce jeu bizarre de la nature un grand intérêt pour vous. «

Itodiu, dévoré d'impatience, dit au notaire, A côté duquel il se trouvait; Il me semble, monsieur, que tout te petit roman est assez étranger au testament? — Vous avez raison, — répondit le notaire en sc rasseyant ; — mais ce fait est si extmortJinairc, si romanesque, ainsi que vous le dites, que l’ou ne peut s'empêcher de partager le profond étonnement de monsieur... »

Et il montra Gabriel qui, accoudé sur un des bras du fauteuil, appuyait son front sur sa main, et semblait complètement absorbé. Le uu taire continua de la sorte la lecture du testament :

« Telles ont été les persécutions auxquelles ma famille a été eu bulle a de b part de la société de Jésus.

c Celle société possède, à cette heure, mes biens par b confiscation, fl Je vais mourir. .. Puisse sa haine s'étciudre dans ma mort et épargner « ma race :

< Ma race, dent le sort est ou seule, ma dernière pensée à ce momeut f solennel.

« Ce maiiu, j'ai mandé ici uu homme d'une probité depuis longtemps « éprouvée, Isaac Samuel. Il me doit b vie, et chaque jour je me suis « applaudi d'avoir pu conserver au moude une si liouuêle, une si cxcel- < lente créature.

fl Avant la confiscation de mes biens, Uaac Samuel les avait toujours « administrés avec autant d'IoteUigcuce que de probité. Je lui ai confié « les cinquante mille écus qu'uu fiüele dépositaire m'avait rendu*.

c Isaac Samuel, et après lui ses descendants, auxquels il léguera c e fl devoir de reconnaissance, sc chargeront de faire valoir et d'accumuler « cette somme jusqu'à l'expiration de b cent cinquantième année ù da- « ter de ce jour.

< Celte somme, ainsi accumulée, peut devenir éuonno, constituer une fl fortune de roi... si les événements ne sont pas contraires à sa gestion.

« Puissent mes vœux ê'rc écoulé* de mes descendant* sur le partage « et sur l’euipioi de cette somme imnuuifce!

a 11 arrive talalcincul en uu siècle cl. de mi tant de changements, faut « de variation-, tant de bouleversements de fortunes parmi les générat lions successives d'uue bmille, que, probablement, dans cent cin- « qttaulc aus, me* descendants te trouveront appartenir aux différentes « classes de b société, et représenteront ainsi le* divers éléments sociaux « de leur temps.

a Peut-être se rcucoutrera-t-il parmi eux des hommes doués d'une « grande intelligence, ou d'un grand courage, ou d'une graude vertu j a peut-être des buvants, îles uoms illustres dans b guerre ou dans les « arts; peut-être aussi «T obscurs artisans, de modifies bourgeois; peut- « être a.issl, lié! as ! de grand* coupable..,..

« (Juoi qu'il advienne, mou vœu le plus ardent, le plus cher, est que « nu.-* descendants se rapprochent et reconstituent ma famille par une « étroite, un>; skicèru union, en inetlaul parmi eux eu pratique ces mois « divins du Christ : Aimez-vous les uns les autre*.

« Cette union serait d'un salutaire exemple... car il rae semble que de « l'union, que de l'association des hommes cuire eux, doit surgir le bon- « heur futur de I Immauilé.

■ La compagnie qui a depuis si longtemps persécuté ma famille est un « de* plus éclatants exemples de la toute-puissance de l'association, « même appliquée au mal.

■ Il y a quelque chose de si fécond, de si divin dans ce principe, qu'il « forcé quelquefois au bien les association* les plus mauvaises, les plus

« dangereuse*.

• Ainsi les missio.» ont jeté de rares ruais de pures, de généreuse* « clartés sur colle ténébreuse compagnie de Jésus... cependant fondée fl dans le but détestable et impie d'anéantir, par une éducation homicide, 4 toute volonté, toute peinée, toute; liberté, toute intelligence chez les « peuples, alla de les livrer tremblante, superstitieux, abrutis et désar- « mes au despotisme des ruts, que b compagnie se réservait de douii- « uer à son tour par ses confesseurs... »

A ce passage du testament, il y eut uu uouveau et étrange regard échangé entre Gabriel U le père d'Algrigny. Le notaire continua.

n St mie association perverse, fuudée sur b dégradation humaine, « sur b crainte, sur le despotisme, et poursuivie de la malédiction îles « peuples, a traversé ks siècles et souvent dominé le monde par la ruse « et par b terreur... que scraii-ce d'uue association qui, procédant de « la fraternité , de l'amour évangélique, aurait pour but d alïratn kir « l'homme et b femme de tout dégradant servage ? de convier au buu- « heur d'iei-bas ceux qui u'oul counu de b vie que les douleurs et « la misère? de glorifier cl d'enrichir le travail nourricier? d'éclairer « ceux que l'ignorance déprave ? de favoriser b libtc expansion de imites « les passions que Dieu, dans sa sagesse infinie, dans son inépuisable a bonté, a départies A l'homme comme autant de leviers puissants? do « Sanctifier tout ce qui vient de Dieu... l'amour comme b maternité, b « force comme l'intelligence, b beauté comme le génie? de rendre enfin « les hommes véiivablcunnt religieux et profondément reconnaissants « envers le Créateur, en leur donnant l'intelligence des splendeurs de b « nature et leur part méritée des trésors dont il nous comble ?

< Oh! si le ciel veut que, dans iiu siècle et demi, b» descendants de « ma btuille, fidèles aux dernières voloulé-d'uu cœur ami de l’humanité, « sc rapprochent ainsi dans uue sainte communauté !

« Si le ciel veut que parmi eux se rencontrent des Ames charitables « et passionnées (h 1 coiiuiiLséralion pour ce qui souffre ! de* esprits éie- « vés, amoureux de b liberté ! des cœurs éloquents cl chaleureux ! des « caractères résolus I. des femmes réunissant b beauté, l'esprit et b bon* « té! combien sera féconde et pui.vsautc Iba mu. lieuse union de toutes « ces idées, de toutes ces influences, de toutes ces forces, de toutes ces « attractions, groupées autour de celle fortune de roi qui. concentrée « par l'association et sagement régie, rendra praticables les plus admi- « râble* utopie* !

a Quel merveilleux foyer de pensées fécondes, généreuses ! quels rayon- « Déments salutaires et vivifiants jailliraient incessamment de ce centre « de charité, d émancipation et d'aiuour I

■ (Jue de grandes choses à tenter, que de magnifiques exemples à don- ® uer au monde j*ur b pratique 1 Quel divin apostolat ! Enfin, quel irré- « slstible élu u vers le bien pourrait imprimer à l'humanité tout entière a uue famille ainsi groupée, disposant de tel* moyens d'action I

n Et puis alors celte association pour le bien serait capable de coin- « battre la funeste association dont je suis victime, et qui peut-être daus « un siècle et demi n’aura rien perdu de son redoutable pouvoir.

« Alors, A celte œuvre de ténèbres, de compression et de despotique, « qui pèse sur le monde chrétien, les miens pourraient opposer uuo « œuvre de lumière, d’expansion et de liberté.

fl lü génie du bien et le génie du ma! seraient en présence.

« I.a lutte commencerai, cl Dieu protégerait les justes...

« Kl nonr que les immenses ressources pécuniaires qui auraient donné « tant ne pouvoir à ma famille ne s'épuisent pas et sc renouvellent avec « les année*, mes héritiers, écoutant mes volontés, déviaient placer, sea ko les mêmes conditions d’aecumubtioo, le double de !a somme que c j'ai placée. .. Alor*, un siècle el demi après eux. .. quelle nouvelle source*

« de puissance et d'action pour leurs descendants ! I quelle perpétuité « dans le bien ? !

« On trouvera d'ailleurs daus le grand meuble d'ébèuc de la salle de « deuil quelques idée* pratiques au sujet de celle association.

« Telles sont mes dernieres volontés, ou plutôt mes dernières espé- « rances...

• Si j'exige absolument que ceux de ma race se trouvent en perso nue

« rue Saint-François le jour de l'ouverture de ce testament, c’est atîn « que, réunis à ce moment solennel, ils se voient, se connaissent: peut* « cire alors mes paroles les frapperont ; au lieu de vivre divisée, ils s'uc Diront ; leurs intérêts mêmes y gagneront, et ma volonté sera accom- « plie. .

« En envoyant, il y a peu de jours, à ceux de ma famille que l'exil a

• dispersés eu Europe une médaille où est gravée la date de celte eon- « vocation pour mes héritier* à un siècle et demi de ce jour, j ai dé l£> « uir secret sou véritable motif, disant seulement que ma dcsccmbncc « avait un grand intérêt à se trouver à ce rendez- vous.

« J’ai agi ainsi parce que je connais la ruse et la persistance de la « compagnie dont je suis victime ; si elle avait pu savoir qu’à cette épo* « que nu* descendants tuf aient à se partager des sommes immenses, de « grandes (bu.berit-s. de grands dangers peut-être auraient menacé ma « famille, car de sinistres lecoirtuiaudalions se seraient transmises de « siècle en siècle dans la société d> Jésus.

« Puisse cette précaution être efficace 1

< Puisse mou vœu exprimé sur les médailles avoir été fidèlement trac* a mis de génération eu génération ?

« Si je lixe le jour et l'heure fatale où ma succession sera irrévoca- « blcment fermée en faveur de ceux de mes descendants qui sc seront

■ présentés rue Saiut-Frr.riçois le 13 février 185?, avant midi, c’est qu il « faut un terme à tout délai, et que mes héritiers auront été suffisam-

• meut piéveuus depuis bieo des années de ne pas manquer à ce ren-

• dez-vous.

■ Après la lecture de mou testament, la personne qui sera dépo-ô- « taire de l'accumulation des fonds fera connaître leur valeur et leur « chiffre, afin qu’au dernier coup de midi ces sommes soient acquises et ( partagées aux héritiers présents.

« Alors les appartements de la maison leur seront ouverts. Ils y ver*- « ront des choses dignes de leur intérêt, de leur pitié, de leur respect... « dans la salle de d. uil surtout...

• Mon désir est que cetle maison ne soit pas vendue, qu'elle reste « ainsi meublée, et qu elle serve de point de réunion à mes descendants, « si, comme je l'espère, ils écoulent ma dernière prière.

« SI, au contraire, ils se divisent ; si, au lieu de s'unir pour concou- « rir à une des nlus généreuses entreprise* qui aient jamais signalé uti

• siècle, ils cedenl à des passions égoïstes; s'ils préfèrent l' individualité « stérile à l'association féconde; si, dans «elle fortune immense, ils ne « voient qu'upe occasion dj dissipation frivole ou d'accumulation sur- « dide ... qu’ils soient maudits par lotis ceux qu'ils auraient pu aimer, se- « courir et émaueiiver ;... que cette maison soit démolie et rasée, que « tous les papiers dont Isaac Samuel aura bissé l'inventaire soient, ainsi « que les ueux portraits du salon rouge, brûlés par le gardien de ma de- « meure.

« J'ai dit...

m Maintenant, mon devoir est acuunpli...

« Eu tout ceci j'ai suivi les conseils de l'homme que je vénère et que < j’aime comme la véritable image de Dieu sur la terre.

• l/ami fidèle qui m’a remis les cinquante mille écus. débris de ma « fortune, sait seul l’emploi que j’en veux faire;... je n’ai pu refuser à « son amitié si sûre celle preuve de confiance; mais aussi, j’ai dû loi « taire le nom d’Isaac Samuel ;... c’était exposer ce dernier et surtout

■ scs descendants à de. grands dangers.

« Tout à l’heure, cet ami, qui iguore que ma résolution de mourir va « recevoir son accomplissement, viendra ici, avec mon notaire; c’est

■ entre leurs mains, qu’après les formalités d’usage, je déposerai ce « testament racheté.

« Telles sout mes dernières volontés.

« Je mets leur accomplissement sous la sauvegarde de l.i Providence.

« Dieu ne (nuit que protéger < es vœux d’amour, de paix, d'union et « liberté.

« Ce testament mystique (1) ayant été fait librement par moi et en- « fièrement écrit de ma main, jenténds et je veux qu'il soit scrupulcu- « sement exécuté dans son esprit et dans si lettre.

« Ccjonrd hui, 13 lévrier 1682, une heure de relevée.

« Mabids db RaruixroKT. »

A mesure que le notaire avait poursuivi la leeture du testament, Ga- Vriel avait été successivement agité d'impressions pénibles et diverses, l'abord, nous l’avons dit, U avait trouvé étrange que la fatalité voulût joc celte fortune immense, provenant d'une victime de la compagnie, revint aux mains de cette compagnie, grâce à 1a donation qu'il venait de renouveler. Puis, son âme charitable et élevée lui ayant fait aussitôt comprendre quelle aurait pu être l’admirable portée de la généreuse association de famille si instamment recommandée par Marius de Rcnue-

( f j c'csl U tenue couiacré par U jurisprudence.

pont... il songeait avec une profonde amertume que, par suite de sa renonciation et de l’absence de tout autre héritier, celte grande pensée était inexécutable, et que celte fortune, beaucoup plus considérable qu’il ui! l'avait cm, allait tomber aux neiins d'une compagnie pci verse qui pouvait s’en servir comme d'un terrible moyen d'action. Mais, il faut le dire, lame de Gabriel était si belle, si pure, qu'il u’éprouva pas le moindre regret personnel en apprenaut que les biens auxquels il avait renoncé pouvaient être d’une grande valeur; il se plut même, par un louchant contraste, en découvrant qu'il avait failli être si riche, à reporter sa pensée vers l'humble presbytère où il espérait aller bientôt vivre dans la pratique des plus saintes vertus évangéliques.

G es idées se heurtaient confusément (Lins son esprit. La rue du portrait de femme, les révélations sinistres contenues daus le testament, la randeur de vues qui s’était manifestée dans les dernières volontés de I. de Rcireponl, tant d’incidents extraordinaire* jetaient Gabriel dans une sorte de stupeur étonnée où- il était encore plongé, lorsque Samuel dit au notaire en lui présentant la clef du registre ; « Vous trouverez, monsieur, dans ce registre l’état actuel des somme* qui sont en nia possession par suite de la capitalisation et accumulation des 150.' tx» francs confies à mon grand-père par M. Marius de Rnmepont. — Votre grand-père I... — s’écria le père d’Aigngny au comble de la surprise;

— c’est donc votre tannllcqui a fait constamment valoir cette somme?

— Oui, monsieur, et ma témme va dans quelques instants apporter ici le coffret qui renferme les valeurs. — Et àr’iel chiffre s'élèvent tes valeurs? — demanda Itodiii de l’air du monde le plus indifférent. — Ainsi que M. le notaire peut s’eu assurer par cet eut. — répondit Samuel avec une simplicité pa Italie comme s’il se lût seulement agi des l&0,000francs primitifs, — j’ai en caisse, co valeurs ayant cours, la somme de deux cent douze millions. ..cent soixante... — Vous dites, monsieur ! — s’écria le père d Aigrigny saus laisser Samuel achever; car l’appoiut importait assez peu au révérend père. — Oui, le chiffre! — ajouta Rodin d’uue voix palpitante, et pour la première fois peut-être de sa vie il perdit son sang-froid, — le chiffre... le chiffre... le chiffre! — Je dis, monsieur,— reprit le vieillard, — que j’ai eu Cuisse pour deux cent douze millions relit soixante-quinze mille francs de valeurs... soit nominative*, soit au porteur... ainsi que vous allez vous es assurer, monsieur le notaire, car voici ma femme qui les apporte. »

En effet, û ce moment Dcthsabée entra, lenaul entre ses bras b cassette de bois de cèdre où étaient renfermées ccs valeurs, b posa sur b table, et sortit apres avoir échangé un regard affectueux avec Samuel. Lorsque celui-ci eut déclaré l'énorme < Uilfre de La somme en question, un silence de stupeur accueillit ses paroles. Sauf Samuel, tous les acteurs de celle scène se croyaient le jouet d'un rêve. Le père d’Aigrigny et Rodin comptaient sur quarante millions... Cette somme, déjà cnorae, était plus que quintuplée... Gabriel, en entendant le notaire lire les pas* sag* s du testament ou il était question d une fortune de roi, et ignorant les prodiges de la capitalisation, avait évalué celle fortune à trois ou quatre millions... Au*ri, le chiffre exorbitant qu'ou venait de lui révéler I étourdissait... Et, malgré son admirable désintéressement et sa scrupuleuse loyauté, il éprouvait une sorte d'éblouissement, de vertige, eu songéant que ces biens immenses auraient pu lui appartenir,.. à lui seul... Le notaire, presque aussi stupéfait que lui, examinait l étal de b caisse de Samuel, et paraissait à peine en croire ses yeux. Le juif, muet aussi, était douloureusement absorbé en songeant qu’aucuu autre héritier ne sc présentait. Au milieu de ce profoud silence, la pendule placée dans b chambre voisine commença de sonner leutémeut midi... Samuel tressaillit... puis poussa un profond soupir... Quelques secondes encore, et le délai fatal serait expiré. Ro lin, le père d’Aigrigny. Gabriel et le notaire étaient sous le coup d'un saisissement si profond, qu'aucun d eux ne remarqua combien il était étrange déutendre la sonnerie de celte pendule ..

■ Midi ! — s'écria Rodin ; et, par un mouvement involontaire, il posa brusquement ses deux mains sur la cassette, comme pour en prendre possession. — Enfin ü — s’étriatépered' Aigrigny avec nue expression de joie, de triomplie, d'eni vrement, impossible à peindre ; puis, il ajouta en se jeténi dans les bras de Gabriel, qu'il embrassa avec exaltation. — Ah! uion cher fils... que de pauvres vont vous bénir!... Vous étés un saint Vincent de Paul... Vous serez canonisé... je vous le jure. — Remercions d abord b Providence,— dit Rodin d'un ton grave et ému, en tombant à genoux, — remercions b Providence de ce qu'elle a permis que laul de biens fussent employés à b plus grande gloire du Seigneur, a

Le père d'Aigrigny, après avoir encore embrassé Gabriel, le prit par b main et lui dit ; « liodui a raison. .. A genoux, mua (lier fils, et rendons grâce à b Providence. »

f.e disant, le père d’Aigrigny s’agenouilla et entraîna Gabrid, qui, étourdi, confondu, n’ayant plus la tète à lui, tant les événements se précipitant, s'agenouilla machinalement. Le demie*’ coup de midi sonna. Tous se relevèrent. Alors le notaire dit d’une voix légèrement altérée, car il y avait quelque chose d’extraordinaire et de solennel dans celle scène: « Aucun autre héritier de M. Marius de Rennepont ne sciant présenté avant midi, j’exécute b volonté du testateur en décbranl, au nuui de b justice et de b loi. monsieur François-Marie-Gabriel de Rcuuo-

E nnt, Ici présent, seul et unique liérilier, et possesseur des biens, meules et immeubles, et valeurs de toute espère provenant de la sacrer sion du testateur ; desquels biens le sieur Gabriel de Rciincpoul, prêtre.

LK Jl'IF F.RUANT.

a fait librement et volontairement don, par acte notarié, au sieur Frédérie-Emmauuel de Dordeville, marquis tTAigriguy. prêtre, <|ui, par le mèine acte, les a acceptés, et s’eu trouve ainsi légitime possesseur, aux lieu et place dudit Gabriel de Reuuepout, par le fait de celte donation cuire-’, ils, grosaoyée par moi ce matin, et siguée Gabriel do Reuuepont et Frédéric d’Aigrigny, prêtres. »

A ce moment on entendit dans le jardin un grand bruit de voix. Belhsalrée entra pi écipitainuienl, et dit à son uniri d’uue voix altérée : i Samuel... un soldai... il veut... a

lethsabce n’en ont dire davantage. A b porte du salon rouge apparut Dagobert. I.e' soldat était d une pâleur efi rayante ; il semblait uresque défaillant, portait son bras gauebe en écharpe et s’appuyait sur Agricol . A la vue de Dagobert, les flasques et bUbron paupières de Itodhi s’injectèrent subitement comme si tout son sang eût rellué vers son cerveau. Puis le t"ctu* se précipita sur b cassette avec un mouvement de colère et de puss<*$sion si feroce, qn’ou eût dit qu'il était résolu, en la couvrant de sou corps, à b défendre au péril de sa vie.

CUANTKB IX.

U donilha entre-tifa

Le père d'Aigrigny ne reconnaissait pas Daguliert. et n’avait jamais vu Agricol ; au>si ne sc rendit-il pas d’abord compte de l‘e&|>èce d effroi Courroucé manifesté par Rodin ; tuais le révérend pere comprit tout, lorsqu'il eut entendu Gabriel |>ousser uu cri de job et qu'il le vit se jeter entre les bras du forgeron en disant : « Toi... mou frère? et vous... mon secoud pere?... Ah! c’est Dieu qui vous envoie...»

Apres avoir serré la uiain de Gabriel, Dagobert s’avança vers d'Aigrigny d'un pas rapide quoique un peu chaucrbut. Remarquant b phy>ionomie menaçante du soldat, le révérend pere, fort des droits acquis et Se seutaul après tout chei lui depub- midi, recub d'un pa-, et dit impérieusement au vétéran : «Qui êtes-vous, monsieur? que voulez-vous?»

Au lieu de lui réooudre. le soldat fit encore quelques pas. puis, s’arrêtant et se mettant Lieu en face du pere d’Aigr^uy. il le contempla pctidaul une secoude, avec uu si elfrayaut mélange de curiosilé, de mépris, d’aversion et d’audace, que l’cx-cokmcl de bussaids, uu moment interdit, baissa les yeux devant b ligure pèle et devaut le regard étincelant du vétéran. Le notaire et Samuel, frappés de surprise, restaient muets spectateurs de cette scène, tandis uu Agricol et Gabriel suivaient avec anxiété les moindres mouvements u« Dagobert. Quant à Rodin, il avait feint de s'appuyer sur la cassette, alin de pouvoir toujours b couvrir de son corps.

Surmontant enfin l’embarras que lui causait le regard inflexible du soldat, le père d'Aigrigny redressa b tête et répéta : «Je vous demande, monsieur, qui vous êtes et ce que vous voulez? — Vous ne me reconnaissez donc pas ? — dit Dagobert eu sc contenant à peine.- — Non, monsieur. — Au bit, — reprit le soldat avec uu profond dédain, — vous baissiez les yeux de honte lorqu’à Leipsick, où vous vous battiez avec les Russes contre les Français, le général Simon, criblé de blessants, vous a répondu, à vous, renégat, qui lui demandiez son épée : ■ Je ne rends pas mon épée à uu traître ; » cl il s’est traîné jusqu’à Un grenadier russe, à qui il l a rendue... A côté du général Simon, il y avait uu soldat, aussi blessé,... ce soldat céiait moi. — Enfin, monsieur... que voulez-vous? — dit le père d'Aigrigny sc contenant à peine.— Je veux vous démasquer, vous qui êtes uu prêtre aussi infâme, aussi exécré de tous, que Gabriel, que voilà, est un prêtre admirable et béni de tous . — Monsieur!... — s'écria le marquis devenu livide de colère cl lî’émoliou. — Je vous dis que vous êtes un itibmr. — reprit le Soldai avec plus de force. — Pour depnnillct les filles du maréchal Simon, Gabriel et mademoiselli: de Gaido ville, de leur héritage, vous vous êtes servi des moyens les plus affreux. — Que dites-vous? — s’écria Gabriel, — les filles du maréchal Simon? — Sont tes parentes mon brave enbnt, ainsi que cette digue demoiselle de Oardoviüe... la bienfaitrice d' Agricol, âU'Si...Ce prêtre, — et il montra le père d' \igrigny, — a fait enfermer l'une comme folle dans une maison de santé... et séquestrer les orphelines daus ua couvent... fanant à loi, mon brave enfant, je n'espéra» pas te voir ici, croyant qu’on t'aurait empêché, ainsi que les autres, de l’y trouver ce matin ; niais, Dieu merci, tu es là... et J’arrive à icitms; je ne suis pas venu plus tôt à cause de ma blessure. J’ai tant perdu de sang que j’ai eu toute la matiuée des défaillances. — En effet , — s'écria Gabriel avec inquiétude, — je n’avais pas remarqué votre bras en écharpe... Cette Mesure, quelle est-elle ?»

A un signe d’ Agricol. Dagobett reprit : « Ce n’est rien... b suite d'uue chute... Mais me voilà... et bien des infamies vont sc dévoiler... ».

Il est impossible de peindre b curiosité, les angoisses, la suiprise uu les craintes d<*s différents acteurs de cette scène eu entendant ces menaçantes paroles de Dagobert.

Mais.de tous , le plus atterré était Gabriel Son angélique figure sc boulevcisait, ses genoux trembhieiit. Foudroyé par b révélation de Dagobert. apprenant ainsi l'existence d’autres héritiers, pendant quelques

minutes il ne put prononcer une parole ; enfui, il s’écria d’une voix déchiraiile : a Et c'est moi... mon Dieu... c'est moi... qui suis cause de la spoliation de celle famille ! .

— Toi ! mon frère? — s'écria Agricol. — N’a-t on pas aussi voulu le dépouiller? — ajouta Dagobert. — Le testament, — reprit Gabriel avec une angoisse croissante, portait que l'héritage appartiendrait à ceux des héritiers qui se présenteraient avant midi... — - En bien ! — dit Dagobert effrayé de I émotion du jeune prêtre. — Midi a sonné, — reprit celui-ci.

— Seul de b famille, j'étais ici présent; comprenez-vous maintenant ?... Le délai est passé... les héritiers sont dépossédés par moi !... — Car toi .

— dit Uagolierl en balbutiant de Joie, — par toi, mon brave enfant...

tout est sauvé alors !... — Oui. mais... — Tout est sauvé! — reprit Dagoln-rt radieux eu Interrompant Gain ici : — tu partageras avec les attires... Je te connais. — Mais tons tes biens, je les ai abandonnés d'une manière irrévocable, — s'écria Gabriel avec désespoir. — Abandonnés... ces biens!.... — dit Dagobert pétrifié; — mais a nui... à qui!..,. — A monsieur — dit Gabriel eu désignant le père d'Aigrigny. — A lui !

— répéta Dagobert, anéanti, — à lui!... au renégat.,. toujours le démon de cette famille ! — Mais, mon frere, s’écria Agricol. — tu .connaissais donc tes droits à cet héritage ? — Non, — répondit le jeune prêtre avec accablement, — non... je- 1 ai seulement appris ce malin même par le |ière d'Aigrigny... il avait été! m'a-t-il dit, récemment instruit de mes droits par les papiers de famille autrefois trouvés sur moi, et envoyés par notre mère à son confesseur. »

Le forgerou parut frappé d'un trait de lumière, et s'écria : « Je comprends tout mat iilenuui :... ou aura vu dans ces papiers que tu pourrais être riche un jour;... alors on s'e-t intéressé à loi ;... on t'a attiré dans ce collège, où uous ne pouvions jamais te voir... et plus tard on a trompé ta vocation par d’indignes mensonges, afin de t'obliger à te faire prêtre cl de t'amener ensuite à faire celle donation..» Ah ! monsieur, — reprit Agricol en se tournant vers le pere d'Aigrigny avec indignation, — mon pere a raison, une telle machination est infâme !... •

rendant cette sceue, le révérend père et son tue tus, dation! effrayés et ébranlés dans leur audace , avaient peu à peu repris un sang-froid parfait. Rodin, toujours accoudé sur b cassette, avait dit quelques mots a voix liasse au pere d’Aigrigny. Aussi, lorsque Agricol, emporté par l'indignation, avait reproché à ce dernier ses machinations infâmes, celui-ci avait baissé b tête et modestement répondu : « Nous devons pardonner les injures... et les offrir au Seigueur comme preuve de notre humilité. »

Dagobert, étourdi, écrasé par tout ce qu’il venait d'apprendre, sentait presque sa raison se troubler ; après tant d'angoisses , sc» forces lai manquaient devant ce uouveau et terrible coup.

Les paroles justes et sensées d’ Agricol, rapprochées de certains passages du testament, éclairèrent tout à coup Gabriel sur le but que s’élail proposé le père d’Aigrigny en se chargeant d'abord de son éducation et eu l'attirant ensuite daus la compagnie de Jésus. Four la première fois de sa vie, Gabriel put contempler d’un coup d’œil tous les ressorts de la ténébreuse intrigue dont il était victime ; alors, l'indignation, le désespoir surmontant sa timidité habituelle, le missionnaire, l’œil éclatant, les joues enflammées d'un noble courroux, s'écria en s’adressant au pere d’Aigrigny ; « Ainsi, mon pere, lorsque vous m'avez placé dan» l'un de vos collèges, ce n’était pas par intérêt ou par commisération, celait seulement dan» l'espoir de m'amener un jour à renoncer eu faveur de votre ordre à ma part de cet héritage... et il ne vous suffisait pas de me sacrifier à votre cupidité... il fallait encore me rendre l'instrument involontaire d'uue indigne spoliatiou ! S’il ne s'agissait que de moi... que de mes droits sur ces richesses que vous cou voiliez... je ne réclamerais pas; je suis ministre d'une religion qui a glorifié, sanctifié b pauvret»- ; la donation à laquelle j’ai consenti vous est acquise, je n'y prétends... je n'y prétendrai jamais rien;... mais il s'agit de Liens qui appartiennent à de pauvres orphelines amenée» du fond d'un lieu d'exil par mon pere adoptif; et je ne veux pas que vous les dépossédiez... mats il s’agit de la bienfaitrice de mon frere adoptif, et je ne veux pas que vous b dépossédiez . . . mais il s’agit des dernières volontés d'un mourant qui , dau> son ardeut autour de I humanité , a légué à ses descendants une mission e\ angélique , nue admirable misskm de progrès , d'amour, d’union, de liberté, et je ne veux pas que cette mission soit étouffée daus son germe. Non... non... et je vous dis, moi, que cette missiou s’accomplira, dnssé-je révoquer b donation que j’ai Cille. »

A ce» mots , le père d'Aigrigny et Rodin le regardèrent ca haussant légèrement les épaules.

Sur un signe du «oci'u#. le révérend père prit la parole avec un calme imperturbable, et parb ainsi d’une voix lente, onctueuse, ayant soin de tenir ses veux constamment baisés : « Il se présente à propos de l'héritage de M. de Keuueponl plusieurs incidents en apparence très-compliqués, plusieurs fantômes eu apparence tres-meiiaçants ; rien cependant de plus simple, de plus naturel que tout ceci... Procédons par ordre.... bissons de côte les imputations calomnieuses; nous y reviendrons. M. l'abbé Gabriel de Renuepout , cl je le supplie humblement de contredire ou de rectifier mes paroles si ie m'écartai» le moins du monde de la plus rigoureuse vérité, M. l'abbé Gabriel, pour reconnaître les soius qt) il a autrefois reçus de b compagnie à laquelle je m'honore dàppirteuir, m’avait bit, comme représentant de cette compagnie, librement, volontairement, don des biens qui pourraient lui

LK J L'IF ERRANT

revenir un jour, et dont, ainsi que moi , il ignorait la valeur. » !.e père d'Aigrigny interrogea Gabriel du regard , comme pour le prendre a lémoiu de ces paroles.

< Cela est vrai. — dit le jeune prêtre, — j'ai fait librement ce don. — Ce malin, ensuite d'une conversation particulièrement intime, et dont

t tairai le sujet, certain d’avance de l'approbation de M. l'abbé Gaiej... — En effet, — répondit généreusement Gabriel ; — peu importe

de M. l’abbé Gabriel, en le suppliant de déclarer s’il s’est ou non engagé, non-seulement parle serment le plus formidable, mais encore par un acte parfaitement légal, passé devant maître Dnmcsnil, que voici... — Il est vrai, — répondit Gabriel. — L’acte a élé dressé par moi . — ajouta le notaire. — Ma» Gabriel ne vous f.ii-ait abandon que de ce qui lui appartenait, — s'écria Dagobert. — Ce brave enfant ne pouvait supposer que vous vous serviez de lui pour dépouiller jes autres! — - Faitesmoi la grâce, monsieur, de me permettre de m’expliquer, — reprit courtoisement le père d'Aigrigny, — vous répondrez ensuite. »

Dagobeit contint avec peine un mouvement de douloureuse impatience.

Loriot.

le sujet de cet entretien... — C’est donc ensuite de celte conversation , que M. l’abbé Gabriel m'a de nouveau manifesté le désir de maintenir cette donation... je ne dirai pas en ma faveur... car les biens terrestres me touchent fort peu... mais en faveur d'eruvre* saintes et charitables, dont notre compagnie serait la dispensatrice. J'en appelle â la loyauté

àgrieol et Dagobert. — nu 1Î4.

Le révérend père continua : « M. l'abbé Gabriel a donc, par le double engagement d'un acte et d'un serment, confirmé sa donation ; bien plus, — reprit le père d'Aigrigny, — lorsqu'à sou profond étonnement, comme au nôtre, le chiffre énorme de l'héritage a été connu, M. l'abbé Gabriel, fidèle à son admirable générosité, loin de se repentir de scs dons, les a pour ainsi .dire consacrés de nouveau par un pieux mouvement de reconnaissance envers la Providence, car M. le notaire se rappellera sms doute, qu après avoir embrassé M. l'abbé Gabriel avec effusion en lui disant qu'il était pour la charité un second saipt Vin» eut de Paul, je l'ai pris p.ir la main, e' qu’il s'esl, ainsi que moi, agenouillé pour remercier le ciel de lui avoir inspiré la pensée de faire servir ces biens immenses à la plus grande gloire du Seigneur. — Cela est vrai, — répondit loyalement Gabriel ; — tant qu'il s est agi seulement de moi, malgré un moment d'élourdi-semenl causé par la révélation d'une fortune si énorme, je n'ai pas songé un instant à revenir sur la donation que j'ai librement faite. — Dans ces circonstances, — reprit le père d'Aigrigny, — l'heure à laquelle la succession «levait être fermée est venue à sonner ; M. l'abbé

Gabriel, étant le seul héritier présent, s’est trouvé nécessairement

forcément, le seul et légitime possesseur de ces biens immenses... énormes... sans doute, et je m'en réjouis dans ma charité, qu'ils soient énormes, puisque , grâce â eux, beaucoup de misères vont être secourues , beaucoup de larmes vont être taries. Mais voilà que tout à coup mousieur, — et le père d'Aigrigny désigna Dagobert, — monsieur, dans un égarement que je lui pardonne du plus profond de mon âme. et qu'il s« reprochera , j’en suis sûr , accourt , l'injure , la menace à la bouche, et m accuse d'avoir fait séquestrer, je ne sais où , je ne sais quels parents, afin de les empêcher de trouver ici... en temps utile... — Oui, je vous accuse de celte infamie! — s'écria le soldat exaspéré par le calme et l'audace du révérend père. — Oui... et je vais... — Encore une fob, monsieur . je vous en conjure , soyez assez bon pour me laisser continuer... vous me répondrez ensuite’, — dit humblement le père d'Aigriguy de b voix la plus douce et la plus midleusc. — Oui, je vous réponurai et je vous conlondrai, — s'écria Dagobert. — laisse.... laisse..-

mon père , — dit Agricol ; — tout à l’heure tu parleras. b Le soldai se lut.

Le père d'Aigriguy continua arec une nouvallc assurance : « Sans doute, s’il existe réellement d’autres héritiers «pie M. l'abbé Gabriel . il est Bclicux pour CHS de n’avoir pn se présenter foi en temps utile. Eli ! dion Dieu si, au lieu de défendre la cause des souffrants et des nécessiteux, je détendais mes intérêts, je serais loin de me prévaloir de cet avantage dû au hasard ; mais comme mandataire de l.j grande famille des pauvres, je suis obligé de maintenir mes droits absolus à cet héiitage, et je ne doute pas que M. le notaire ne reconnaisse la validité de mes réclamations eu me mettant eu possession de ces valeurs qui, apres tout, m’appartiennent légitimement.

— Ma seule mission,

— reprit le notaire d'une voix émue, — est de faire exécuter fidèlement la volonté du testateur.

M l’abbé Gabriel de Rcnnepont s'est seul présenté avant le dernier délai fixé pour la elAture de la success ion . L’acte de donation est en règle: je ne puis doue refuser de lui remettre dans la piT>onne du donataire le n mutant de l’héritage... b

A ces mots, Samuel cacha sa ligure dans ses mains en poussant un gémissement profond : il était obligé de reconnallrela justesse rigoureuse des observations du notaire.

«Mais, monsieur!

— s’écria Dagobert en s’adressant à l'homme de loi, — cela ne peut pas être... vous ne pouvez pas laisser ainsi dépouiller deux pauvres orphelines.

C'est au nom de leur père , de leur mère , que je vous parle... Je vous jure sur l'honneur, sur mon honneur de soldat, qu'on a abusé de la confiance et de la faiblesse de ma femme pour conduire les filles du maréchal Simon au couvent et m’empêcher ainsi de les amener Ici ce matin. Gela est si vrai que j'ai porté ma plainte devant un magistrat. — Eh bien ! que vous a- Ud répondu? — dit le notaire. — Que

ma déposition ne Gut

suffisait pas pour enlever ces jeunes

filles du couvent où elles étaient, et que la justice informerait... — Oui, monsieur, — reprit Agricol. — II en a été ainsi au sujet de mademoiselle dcCardoville, que l’on relient comme folle dans une maison de santé, et qui pourtant jouit de toute sa raison . elle a, comme les fille* du maréchal Simon , des droits à cet héritage. J'ai (ait pour elle les mêmes démarches que mou père a faites pour les filles du maréchal Simon. — Eh bien? — demanda le notaire. — Malheureusement, monsieur, — répondit Agricol, — on m’a dit, comme à mon père, que sur uu simple déposition, l’on nepouvail agir... et que l’on aviserait. »

A ce moment Bolhsabée, ayant entendu sonner à la porte du bâtiment de la rue, sortit du salon rouge à un signe de Samuel. Le notaire reprit, en s'adressant à Agricol et à son père : « Loin de moi, messieurs, la pensée de mettre en diwitc votre loyauté, mais il m'est impossible, à mon grand regret, d'accorder à vos accusations, dont rieu ne me prouve la réalité, assez d’importance pour suspendre la marche légale des choses; car enfin, messieurs, de votre propre aveu, le pouvoir judiciaire, auquel vous vous êtes adressés, n'a pas cru devoir donner suite à vos dépositions, et vous a dit qu’on s'informerait, qu'on aviserait : or, en bonne conscience, je m'adresse à vous, messieurs, puis-je, dans une circonstance aussi grave, prendre sur moi une responsabilité » que des magistrats

n'ont pas osé prendre? — Oui, au nom de la justice, de l'honneur, vous le devez,— s’écria Dagobert. — Peut-être a votre point de vue, monsieur; mais au mien je reste fidèle à la justice et à l'honneur en exécutant fidèlement ce qui est prescrit par la volonté sacrée d’un mourant.

Du reste, rien n’est pour vous désespéré. Si les personnes dont vous prenez les intérêts se croient lésées, cela pourra douner lieu phi* tard à une procédure, à un recours contre le donataire de M. l'abbé Gabriel.. Mais, en attendant, il est de mon devoir de le mettre en possession immédiate des valeurs. Je me compromettrais gravement si j’agissaLs autrement, b L es observations du notaire paraissaient tellement selon le droit rigoureux, que Samuel, Dagobert et Agricol restèrent consternés. Gabriel, après un moment de réflexion, parut prendre une résolution désespérée, et dit au notaire d'une voix ferme : « Puisque la loi est, dans cette circonstance, impuissante à soutenir le bon droit, je preudrai, monsieur, un parti extrême : avant de m’y résoudre , je demande uue dernière fois à M. l'abbé d’Aigrigny s’il veut se contenter

ai. deeequi me revient

de ces biens, à la condition que le* ûres, jusqu’à ce q __ s aient pu justifier de leurs titres.

autres parts de l’héritage resteront entre des mains sûres, jusqu’à ce que les héritiers au nom desquels on réclame aient pu justifier de leurs litres. — A cette proposition je répondrai ce que j'ai déjà dit, — reprît le pi re d'Aigrigny. — Il ne s’agit pas ici de moi, mais d'un immense intérêt de charité , je suis donc obligé de refuser l’offre partielle de M. l’abbé Gabriel, et de lui rappeler ses engagements de toutes sortes. — Ainsi, monsieur, vous refusez cet arrangement? — dit Gabriel d'une voix émue. — La charité me l’ordonne. — Vous refusez... absolument. — Je pense à toutes les œuvres saintes que ces trésors vont fonder pour la plus grande

gloire du Seigneur, el je ue me sens ni le courage ui la volonté de faire la moindre couce&rion. — Alors, monsieur, — reprit le jeune prêtre d’une voix émue, — puisque vous m’y forcez, je révoque ma donation ; j'ai euteiHlu engager si uK nieul ce qui m'appai t. •liait, et non ce qui appui rtient aux autres. — Prenez garde, monsieur l'abbé, — dit le pere d’Aigriguy , — je vous ferai observer que j’ai entre les mains un serment écrit... formel... —Je le sais, monsieur, vous avez un écrit par lequel je fais serment de ue jamais révoquer cette donation, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine d’encourir l aversionel le mépris des honnête» gens. Eb bieu! monsieur, soit... — dit Gabriel avec une profonde amertume, — je m'exposerai à toute» U 1 * conséquences de mon parjure, vous le proclamerez partout; je serai en butte aux dédains, à l’a vers km de tous... mais Dieu inc jugera. » El le jeune bunune essuya une larme qui roula dans scs yeux.

■ Ub ! ra»sure toi, mon brave enfant, — s'écria Dagobert renaissant à l'espérance, — tous les honnêtes gens seront pbur toi. — Bien, bien, mon frire î — dit Agrieol. — Monsieur le uo aiie, — dit alors Bodin de sa petite voix aigre, — monsieur le notaire, faites donc comprendre à M. Gabriel qu’il peut se parjurer tar.i qu’il lui plaît, mais que le Code civil est moins commode à violer qu’une promesse simplement et seule* meut... sacrée ! ! ! — Parlez, monsieur, — dit Gabriel. — Apprenez donc à M. l’abbé Gabriel, — dit Bodin, —qu’une donation entre-vifs, comme telle qu’il a faite au révérend père d’Aigrigny, estrévocalik seulement pour trois raisons, n’esl-ce pas?— Oui, mon-ieur, trois raisons, — dit le notaire. — bu première, pour survenante d’enfants, — dit Bodin, — et je rougirais de parler à 31. l'abbé de ce cas de nullité. Le second motif d’anuulation serait l'ingratitude du donataire... Or, M. l’abbé Gabriel peut être certain de notre profonde el éternelle reconnaissance. Enfin le troisième cas de nullité est l’inexécution des vœux du donataire rclalivement à l’emploi de ses dons. Or. si mauvaise opinion que M. l’abbé Gabriel ait tout à coup prise de nous, il nous accordera du moins quelque temps d’épreuve pour le convaincre que ses dons, ainsi qu’il le désire, seront appliqués à des œuvres qui auront pour but la plus grande gloire du Seigneur. — Maintenant, monsieur le notaire, reprit le pere d'Aigrigny, c’e#t à vous de prononcer et de dire si M. l'abbé Gabriel peut ou non révoquer la douatimi qu’il m’a faite. »

An moineut où U- notaire allait répondre, Belhsabée rentra, précédant deux nouveaux personnages qui sc présentèrent dans le salon rouge, a peu de distance I un de I autre.

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