‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Le juif errantChapitre 72 sur 95 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Un bon génie.

Le premier des deux personnages dont l’arrivée avait interrompu la réponse du notaire était Fartnghca A la vue de cet homme à ligure sinistre, Samuel s'approcha et lui dit : « Qui êtes-vous, monsieur '! »

Après avoir jeté un regard perçant sur Bodin, oui tressaillit imperceptiblement et reprit bientôt son sang-froid habituel, Fariugbea lépondit à Samuel : « Le prince Djalma est arri'é depuis peu il»! temps de l'Inde, aliu de s»' trouver ici aujourd’hui, ainsi que cela lui était recommandé par llnsc ription d'une médaille qu’il portait au cou...— Lui aussi ! — s'écria Gabriel, qui, on le sait, avait été le compagnon de navigation de l'Indien depuis les Açores, où le bâtiment venant d'Alexandrie avait relâché, — lui aussi héritier !... En effet, pendaat la traversée, le prince n'a dit que sa mère était d’origine française... Male, sans dottle, ;l a cru devoir me cacher le but de son voyage... Oh ! c'est un nohle et courageux jeune homme que cet ludicu: où est-il ? »

L’Etrangleur jeta un nouveau regard sur Rodin, et dit en accentuant lentement ses paroles : « J’ai quitté le prince hier soir... H m’a confié que, quoiqu'il eût un assez grand intérêt à sc trouver ici, il se pour rait qu’il sacrifiât cet intérêt à d'autres circonstances... J’ai passé la nuit dans le même hôtel que lui... Le malin, lorsque je me suis présenté pour le voir, on m'a appns qu'il était déjà sorti... Mon amitié pour lui m’a engagé à venir daus cette maison, espérant que les informations que je pouvais donner sur le prince seraient peut-être utiles. *

En ne Ji^nt pas un mot du gui t-ajums où il était tombé la veille, en sc taisant sur le- machinations de Bodin à l'égard de Djalma, en attribuant surtout l’absence de ce dernier à une cause volontaire, l’Etrangleur voulait évidemment servir le tociuf, comptaut bien que celui-ci saurait récompenser te discrétion. Il est inutile de dire que Faringhca mentait effrontément. Apres être parvenu dans la matinée à s'échapper dosa prison, par un prodig' de ruse, d'adresse et d'audace, il avait couru a I hôtel où il avait Tats-é Djalma : là, il avait su qu’un homme et une femme d'un âge et d'une physionomie des plus respectables, se disant les parents du jeune Indien, avaient diminué a le voir, et qu’ef-. frayés de l'état Je dangereuse somuoleuce où il paraissait plongé, ils l avaicul fait transporter dans leur voiture, afin de remmener chez eux cl de lui donner les soin* nécessaires.

« >1 est fâcheux, — dit le n taire, — que ect héritier ne se soit pas tiou plus présenté ; mais il est malheureusement déchu de ses droits à

l’imiuetiM! héritage doul il s’agit. — AUI... il s'agissait d'un imnieaç* héritage ! » dit l at iugbca eu regardant fixement Hodm, qui détourna prudemment la vue. #

Le .vccood des deux personnages dont uous avons parié entrait en ce moment. C'était le père du maréchal Simon, un vieillard de liauie stature, encore alerte et vigoureux pour son âge : ses cheveux étaient blancs cl ras: sa. figure, légèrement Colorée, exprimait à la fois la Gnesse, la douceur et l'énergie. Agrieol alla vivement à sa rencontre.

«Vous Ici, monsieur Simon ? — sécria-t-ü. — Oui, mon garçon, — dit le père du maréchal en serrant cordialement la main d’Agricol, — j’arrive à l'instant de voyage. M. Hardy devait se trouver ici pour affaire d’ héritage, à ce qu'il suppose ; mais, comme il est encore absent de i'aris pour quelque temps, il m'a chargé de... — Lui aussi héritier... M. François Hardy..*.— s’écria Agrieol en interrompant le vieil ouvrier.

— Mais comme tu es pâle cl bouleversé ! mon garçon ! Qu'y a-t-il donc?

— reprit le père du maréchal en regardant autour de lui avec élonue- Uieut, de quoi s'agit-il doue! — De quoi il s'agit? de vos pelites-iillct que l’on vient de dépouiller. — s'écria Dagobert désespéré en s'approchant du c hef d'atelier, — et c'est pour assister à cette indignité que je les ai amenées du fond de la Sibérie. — Vous...— reprit le vieil ouvrier eu cherchant à reconnaître les lra\ts du soldat: — ma» vous êtes donc...

— Dagobert. — Vous... vous... ri généreusement dévoué à mon fil», — sci ri.i le pere du maréchal ; et il serra les maiu» de Dagobert entre les siennes avec effusion. — .Mais n'avez-vous pas parlé de L» fille de Simon?...— De ses filles... car il est plus heureux qu’il ne le croit, — dit Dagobert, — ces pauvres enfants sont jumelles. — Et où sont-elles ? — demanda le vieillard. — Au couvent". — Au courent ! — Oui, par b trahi -on de cet ho i me qui, eu les y retenant, l»*s a fait déshériter. — Quel homme? — Le marquis d’Aigrigny... — Le plus mortel ennemi de mon fils, — s’écria le vieil ouvrier, eu jetant un regard d'aversion sur le père d'Aigrigny, d ut l’audace lie se déméritait pas. — Et ce n'est pas tout, reprit Agrieol ; — 31. Hardy, mon digne el brave patron, est aussi malheureusement déchu de ses droits à cet immense héritage.— Que dis-tu?

— s’écria le père du maréchal Simon; — mais M. Hardy ignorait qu'il s’agissait pour lui d'intérêts aussi importants... Il est parti précipitamment pour aller rejoindre un de ses amis qui avait besoin de lui. »

A chacune de ces révélai ions successives, Samuel sentait augmenter son désopoir ; mais il ne pouvait que gémir, car, malheureusement, b volonté du testateur était formelle.

Le père d’Aigrigny, impatient de mettre fin i cette scène qui l’embarrassait cnicUemcui malgré son calme apparent, dit au notaire d'une voix grave et pénétrée : « Il faut pourtant que tout ceci ait un terme, monsieur ; si la cakunuie pouvait m’atteindre, j’y répondrais victorieusement par le* faits qui viennenbde se produire... Pourquoi attribuer à d’odicuscs coiiiliiiial-ons l'absence des héritiers aux non» desquels ce soldai et son fils réclament ri iujurieuscimul ? Pourquoi leur absence serait-elle moins explicable que celle de ce jeune ludicu ? que celle de M. Hardy, qui, aiusi que le dit son homme de confiance, ignorait l'importance des intérêts qui l’a ppdaietit ici? IS’esl-il pas plus probable que les filles de M. le maréchal .''imno et que mademoiselle de Gardov ilic, par des raisous très-naturelles, n’ont pu se présenter ici ce matin ? Encore une fois, ced a tiop duré; je crois que 31. le notaire pensera comme moi que celte révélation de nouveaux héritiers ue change absolument rieu à U question que j’avais l'honneur de lui poser tout à I heure, à savoir : que, comme mandataire des pauvres, auxquels 31. l'abbé Gabriel a fait don 'le tout ce qu'il possédait... je demeure, malgré sa tardive et illégale oppovtiuu, seul possesseur <1»! ces biens, que je me suis engagé el que je in engage encore, à la face de tous daus ce moment solennel, à employer pour la plus grande gloire du Seigneur... Veuillez répondre nettement, monsieur le notaire, el terminer ainsi une scène pénible pour tous... — Monsieur, — reprit le notaire d'une voix solennelle, — eu mou âme et conscience, au nom de la justice et de b foi, fidele «d impartial exécuteur des dernières volontés d»! 31 . Marins de Henuepoul, je déclare que, par le (ait de ta donation de M. l’abbé Gabriel de Bciiucpoul, vous êtes, vous, monsieur l’abbé d’Aigrigny, seul possesseur de ces biens, douta l’heure même ic vous mets eu jouissance, afin que vous en disposiez selon les vœux du dmialeur.

Ces mots, prononcés avec conviction et gravité, renversèrent les dernières cl vagues espérances que les défcuscurs des héritiers aurai «ml encore pu concevoir. Samuel devint plus pal»" qu'il ne l’était habituellement : il serra convulsivement la main de Beilisabée, qui s’était rappro-

< bée de lui, et de grossi» lamies coulèrent lentement sur les joue» des deux vieillards. Dagobert et Agrieol étaient plougés dans un ruorue ac-

< ablemenl; frappés du raisonnement du notaire, qui disait ne pouvoir accorder plus de créance et d autorité à leurs réclamations que les magistrats eu x-inèmes ne leur en avaient accordé, ils se voyaient forcés de renoncer à tout espoir. Gabriel souffrait plus que personne ; il éprouvait de terribles remords en songeant que, par son aveuglement, H était la cause et l’ instrument involontaire de cette abominable spoliation. Aussi, lorsque le uolairu, apres s’être assuré de b quotité des valeurs renfermées daus le coffret de ccdre, dit au père d’Aigrigny : « Prenez possession de celte cassette, monsieur. »

Gabriel s’écria avec un découragement amer, un dtise»poir profond : * Hélas ! l’on dirait que, daus tes circonstances, une inexorable fatalité s’appesantit sur tous ceux qui soûl digue» d’iulérét, d’affection ou de

respect... Oh ! 'non Dieu, — ajouta le jeune prêtre en joignant le* malus avec ferveur, votre souveraine justice ne peut pas permettre le triomphe d'une pareille iniquité!’.' •>

('n eût dit que le ciel exauçait la prière du missionnaire... A peine eut-il parlé, qu'il sc passa une chose étrange. Bodin, sans attendre la lin de l'invocation de Gabriel, avait, selon l'automation du notaire, enlevé b cassette entre ses bras, sans pouvoir retenir une violente aspiration de joie et de triomphe. À ce moment même où le port* d'Aigrigny et le tonus se croyaient enfin possesseurs du trésor, la porte de l'appartement dans lequel on avait eutciidu sonner la pendule s'ouvrit tout a coup. Une femme apparut sur le seuil... A sa vue, Gabriel poussa un graud cri cl resta foudroyé. S;: nmd et Bethsabée tombèrent à genoux les mains jointes. Les deux Israélites sc sentaient ranimés par une inexplicable espérance. Tous les autres acteurs de cette scène restèrent frappés de stupeur... Bodin... Bodin lui-même... recula de deux pas et replaça sur la table la cassette d’une main tremblante. Quoiqu’il n’y eût rien que de tn-s-naturel dans cct incident, une femme apparaissant sur le seuil d'une

C irte quelle vient d'ouvrir, il sc lit un moment de rilcuce profond, sonncl. Toutes les poitrines étaient oppressées, haletantes. Tons enlin, à b vue de celte lenune, éprouvnieul une surprise mêlée d'une sorte de frayeur, d'une angoisse indéfinissable... car cette femme semblait être le vivant original du portrait placé dans ce salon depuis cent cinquante aas. C’était la même coiffure, la même roi* à plis un peu traînants, la même physionomie empreinte d'une tristesse poignante et résignée. Cette femme s'avança lentement, et sans paraître s’apercevoir de la profonde impression nue causait sa préseuce. Elle s'approcha de l'uu des meubles incrustés oc cuivre et d'étain, poussa uu ressort dissimulé dans les moulures de irrouze doré, ouvrit ainsi le tiroir supérieur de ce meuble, y prit une enveloppe de parchemin racheté, puis, s’avançant auprès de la table, plaça ce papier devant le notaire, qui, jusqu'alors immobile et muet, le prit machinalement.

Après avoir jeté sur Gabriel, qui semblait fasciné par sa présence, un long retard mélancolique et doux, cette femme se dirigea vers la porte dti vestibule restée ouverte. En passant auprès de Samuel et de Relhsabtv, toujours agenouillés, elle s'arrêta un instant, inclina sa belle tête vers les deux vieillards, les contempla avec une tendre sollicitude ; puis, après leur avoir donné ses mains à baiser, elle dispat ut aussi lentement qu’elle avait apparu, après avoir jeté un dernier regard sur Gabriel. Ue départ de cette femme sembla rompre le charme sous lequel tous les assistants étaient restés pondant quelques minutes.

Gabriel rompit le premier le silence, en murmurant d’une voix altérée: « l l’est elle!... encore elle... ici... dans cette maison! — Qui... elle... mon frère? dit Agricol, inquiet de la pâleur et de l’air presque égaré du missionnaire, car le forgeron, n’ayant pas remarqué jusqu’alors l’étrange ressemblance de cette femme avec le portrait, partageait copeudanl, sacs pouvoir s’eu rendre compte, la stupeur générale.

Dagobert et Faringbeu se trouvaient dans une pareille situation d’esprit. •

«Celte femme, quelle est-elle?... — reprit Agricol en prenant la main de Gabriel, qu'il sentit humide et glacée. — Regarde!... — dit le jeune prêtre ; — il y a pins d'un siècle et demi que ces tableaux sont là... ■ Et du geste U indiqua les deux portraits devant lesquels il était aiora assis.

Au mouvement de Gabriel, Agricol, Dagobert et Faringhea levèrent les veux sur les deux portraits placés de chaque côté de la cheminée... Trots exclamations se firent entendre à la fols.

« C’est elle... c'est la même femme ! s’écria le forgeron stupéfait; — et depuis cent cinquante ans son portrait est ici !... — Que vois-je?... Tami et l'émissaire du maréchal Simon ! — s’écria Dagobert en contemplant le portrait de l'homme. — Oui, c’est bien la ligure de celui qui est venu nous trouver en Sibérie l’an passé... Oh ! le le reconnais à son air triste et doux, et aussi à ses sourcils noirs qui n’en font qu’un. — Me* yeux ne me trompent pas... non... c'est bien l'homme au front ravé de noir que nous avous étranglé et enterré au bord du Gange. — se disait tout bas Faringhea en frémissant d'épouvante. — l’homme que l’uu des fils de Bohwame, l’an passé, à Java, dans les ruines de Tcbntidi... assurait avoir rencontré depuis le meurtre près de l'une des portes de Bombay... Cet homme maudit qui, disait-il, laissait parfont après lui... la mort sur sou passage... et il y a un siccle et demi que celte peinture existe ! »

Et, ainsi que Dagobert et Agricol, l’Etrangleur ne pouvait détacher «es yeux de «e portrait étrange.

« Quelle mystérieuse ressemblance ! — pensait le père d’Aigrigny... Puis, comme frappé d’une idée subite, il dit à Gabriel : — Mais celte femme est celle qui vous a sauvé la vie en Amérique? — C'est elle-même, — répondit Gabriel en tressaillant... — et pourtant elle m'avait dit qu’elle s’en allait vers le nord de l'Amérique... — ajouta le jeune prêtre en se parlant à lui-même. — Mais comment se trouve-t-elle ici, daus celte maisou? — dit le père d’Aigrigny en s'adressant à Samuel.— Répondez, gardien... Cette femme s'était donc introduite ici avant nous ou avec vous ?... — Je suis entré ici le premier et seul, lorsque pour la première fois, depuis un É dl et demi, la porte a été ouverte, — dit gravement Samuel. — Alors, comment expliquez-vous la présence de ccltc femme ici? — ajouta le père d'Aigrigny. — Je ne cherche pas à expliquer, — dit le juif' — je voit... je crois... et maintenant j espère, — ajouta-t-il

en regardant Bethsahée avec une expressiou indéfinissable. — Mais, encore une fols, vous devez expliquer la présence de celte femme, — dit le père d'Aigrigny, qui sc seutait vaguement inquiet, — qui est-elle ? comment est-elle Ici? — Tout ce que je sais, monsieur, c’est que, d'après re que m’a souvent dit mon père, il existe des communications souterraines entre celte maison et des endroits éloignés de ce quartier. — Ah ' maintenant, rien de plus simple, — dit lepere d’Aigriguy ; il reste seulement à savoir quel était le but de cette remme eu suilroduisaut ainsi dans ceUc maison. Quant à celle singulière ressemblance avèc ce portrait, c'est un jeu de la nature. »

Bodin avait partagé IV 'motion générale lors de l’apparition de celle femme mystérieuse ; mais lorsqu u l'eut vfte remettre au notaire uu paquet racheté, le ioc»'ui, au lieu de se préoccuper de l'étrangeté de celte apparition, ne fut plus préoccupé que du violent désir de quitter celte maison avec le trésor désormais acquis à la compagnie ; U éprouvait une vague inquiétude à l'aspect de l’euveloppe cachetée de noir que la protectrice de Gabriel avait remise au notaire, et que celui-ci tenait mat hiualemcnl cuire ses mains. I e tocivt, jugeant donc Iris-opportun et très-à propos de disparaître avec ta cassette au milieu de h stupeur et du silence nui duraient encore, poussa légèrement du coude le père d'Aigriguy, lui lit un signe d’iulelligence, et, prenaul le coffret de cèdre sous son bras, sc dirigea vers la porte.

• Un moment, monsieur, — lui dit Samuel en se levant et lui barrant le passage ; — je p-ie M. le notaire d'examiner l'enveloppe qui vient de lui être remise;... vous sortirez ensuite. — Mais, monsieur, — dit Bodin en essayant de forcer le passage, — la question est définitivement jugée en faveur du père d'Aigngnv... Ainsi, permettez... — Je vous dis, monsieur, — reprit le vieillard aune voix rctculis.unte, — que es coffret ne sortira pas d'ici avant que M. le notaire ait pri& connaissance de l'enveloppe que l’on vièfil de lui remettre. »

Les mots de Samuel attirèrent l’alleution de tous. Rodin fut forcé de revenir sur ses pas... Malgré sa fermeté, le juif frissonna au regard implacable qu’à ce moment lui lança Rodin. Le notaire, s'étant rendu au voeu de Samuel, examinait l'enveloppe avec attention.

«Ciel! — s’écria- t-il tout à coup, — que vois-je?... Ab! tant mieux ! »

A l'exclamation du notaire, tous les yeux se tournèrent vers lui.

« Oh! lisez, lisez, monsieur, — s’écria Samuel en joignant les mains,

— mes pressentiments ne m’auront peut-être pas trompé ! — Mais, monsieur, — dit le père d'Aigrigny au notaire, commençant à partager les anxiétés de Rodin : mais, monsieur... quel est ce papier? — Un codicille,

— reprit le notaire, — un codicille qui remet tout en question. — Com-

ment, monsieur, — s'écria le père d'Aigrigny avec lureur eu s’appiocbaul vivement du notaire, — tout est remis en question? et de quel droit? — D'est impossible, — ajouta Rodin, - nous protestons. — Gabriel... mon père... Ecoutez donc, — s’écria Agricol, — tout n’est pas perdu.. .il y a de l’espoir. Gabriel, cutends-tu? il y a de l’espoir. — Que d»-tu?... — reprit le jeune prêtre en sc levant, et croyant à peine ce que lui disait son frère adoptif. — Messieurs, — dit le notaire, — je dois vous donner lecture de la suscription de cette enveloppe... Die change ou plutôt « Ile ajourne toutes les dispositions testamentaires. — Gabriel. — s’écria Agricol en sautant au cou du missionnaire, — tout est ajourné, rien n’est perdu ! ! ! — Messieurs, écoutez, — reprit le notaire, et il lut ce qui suit : ,

« Ceci est un codicille qui, pour des raisons que l’on trouvera déduites « sous ce pli, ajourne et proroge au l ,r juin 1832, mais sans les riian- « ger aucunement, toutes les dispositions contenues dans le testament « hit par moi aujourd'hui à une heure de relevée... La maison sera rc- « fermée et les fonds seront toujours laissés au dépositaire, pour être, « le 1* r juin 1852, distribués aux ayants droit.

« Ville lutteuse... cejourd hui 13 février 1682, à onze heures du soir, « Mamü* m Riviutrorr. »

— Je m'inscris “il faux contre ce codicille ! — s’écria le père ri Aigrigny livide de désespoir et de rage. — La femme qui l'a remis aux m dns au notaire nous est suspecte... — ajouta Bodin. — Ce codicille est Lux.

— Non, monsieur, — dit sévèrement le notaire ; — car je viens de comparer fes deux signatures, et elles sont absolument semblables. Du reste... ce que je dirais ce matin pour les héritiers non présents vous est applicable :... vous pouvez attaquer lauthenlicLé de ce codicille; mais tout demeure en suspens et comme non avenu... puisque le délai pour b clôture de la succession est prorogé à trois mois et demi... »

Lorsque le notaire eut prononcé ces derniers mots, les oncles de Rodin étaient saignants;... pour la première fois ses lèvres blafardes parurent rouges.

« Oh ! mon Dieu! vous m’avez entendu... vous m’avez exaucé... s’écria Gabriel agenouillé et joignant les mains avec uue religieuse ferveur cl en tournant vers le ciel sou angélique figure : — votre souveraine justice ne pouvait laisser l'iniquité triompLaute. — Que dis-tu, mon brave enfant? — s'écria Dagobert, qui, dans le premier étourdissement de la joie, n’avait pas bien compris la portée de ce codicille. — Tout est reculé, mon pere, — s’écria te forgeron ; — le délai pour su présenter est fixé à trois mois et demi, à dater d'aujourd'hui... Et maintenant que ces gens-là sont démasqués... — Agricol désigna Rodin et Je père d’Aigrigny, — Il n'y a plus rien à craiodrc d’eux ; on sera sur ses garde, et les orphelines, madcmobcUe de Cardoville, mon digue patron

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