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(aient (ont A coup u uc telle conscience de sa supériorité» uii ai imj vendu mépris pour le père d'Aigriguy, une audace si calme, et pour ainsi dire si sereine, au le rérén ml père et la princesse restèrent conftmdu«. Ils ne sont. lient étrangement dnmimfs et imposés par ce vieux petit homme si laid et si sordide. Ijî père d'Aigriguy connaissait trop les coutumes de sa compagnie pour croire son humble soi rétaire capable de prendre subitement, sans motif ou plutôt sans on droit positif, « es airs de supériorité traUGOeodanlC.-. Rien lard, trop tard, leiévérend Itère comprit que te subordonné pouvait bien être à la fois un espion et une sorte d'auxiliaire expérimenté qui, reion les constitutions de l'ordre, avait pouvoir et mission» dans certains ras urgents, do destituer et de remplacer provisoirement l'agent Incapable auprès duquel ou le p! içail préalablement comme surveillant. Le révérend pi re ne se trompait pas: depuis le général Jusqu’aux provinciaux, jusqu'aux recteur» des collèges, tous les membres supérieurs de la compagnie ont, auprès d'eux, souvent tapis, A leur insu, dans les fonctions en apparence les plus intimes, des nommes très-capables de remplir leurs fonctions à un moment donné, et qui» A cet effet, coriesnondciit InccsLi minent cl directement avec Home. Du moment ou Rotiin se fitt ainsi posé, les matières ordinairement hautaines du père d’Aierigny changèrent A l'instant : quo'mu'il lui eu coûtât beaucoup, il lui dit avec une hésitation remplie de déférence : « Vous avez sans doute pouvoir de me commander... & moi... qui vous ai jusqu'ici commandé ; b
Hodin, sans répondre, tira de son portefeuille gras et éraillé un pli timbré des deux côtés, ou étaient écrites quelques lignes en latin. Après avoir lu, le père d'Aigriguy approcha respectueusement, religieusement, ce papier de ses lèvres, puis il le rendit A Hodin, en s'udliiant profondément devant lui. Lorsque le père d'Aigrignv releva la tête, il était pourpre de dépit cl de honte : malgré son habitude d'obéissance passive <1 d'immuable respect pour les volontés de l'ordre, il éprouvait un amer, un violent courroux de se voir si brusquement dépossédé... fie frétait pas tout eucore... Quoique depuis très-ionglrnqts tonte rriilion de galanterie eût cessé entre lui et madame «le ^nlnt-fdrier, celleci n'en était pas moins pour lui une femme... et souffrir cet humiliant échec devant une femme lui était doublement cruel, car, malgré son entrée (Lus l'ordre, il n’avait pas complètement dépouillé l'homme du monde...
De plus, la princesse, au lieu de paraître peinée, révoltée, de celte transformation subite du supérieur en subalterne, et du subalterne en supérieur, regardait Hodin avec une sorte de curiosité mêlée d'intérêt.
* Homme femme. .. et conuiic femme âpremenl ambitieuse, cherchant à s'attacher à toutes les hautes influences, la princesse aurait ces sortes de contrastes; elle trouvait à bon drt.it curieux et intéressant de voir cet humilie, SNSOtt eu baiflOQS, chétif et d'une laideur ignoble, naguère eucore le plus humble des subordonnés, dominer de toute, l'éfévation «Icl iuldligcnce qu’nu lui savait nécessairement, dominer, disonsnous, le père d .\igriguy, grand seigneur par sa naissance, par l'élégance de sc» manières, et naguère encore si considérable dans sa compagnie. De ce moment, comme personnage important, Hodin effaça ■complètement le père d'Aigriguy dans l'esprit de la princesse. Le premier mouvement a humiliation pa>re, le révérend père d’Aigrigny, quoique .sou orgueil saignât à vif, mit au contraire tout son amour-propre, tout son savoir-vivre d'homme de bonne compagnie A redoubler de courtoisie envers Hodin, devenu son supérieur par un si brusque revirement de fortune. Mais l'ex-torttu, incapable a apprécier ou plutôt de reconnaître ces nuauces délirâtes, s’établit carrément, brutalement cl impérieusement dans sa nouvelle position, non par réaction d'orgueil froissé, mais par conscience de ce qu'il valait ; une longue pratique du père d'Aigriguy lui avait révélé l'infériorité de ce dernier.
« Vous avez jeté la plume. — d't le père d’Aigriguy à Hodin avec une extrême déférence, — lorsque je vous dictais cette note pour Rome ;... me ferez-vous la grâce de m'apprendre en quoi... j’ai mal agi? — A riiislmu même, — reprit Hoiliu de sa voix aiguë et incisive; — pendant longtemps, quoique cette affaire me partît au-dessus de vos force.*:..., je me suis abstenu :... et pourtant que de fautes !... quelle pauvreté J'in- . veiiflon!.... quelle grossièreté (laits les moyens employés par vous pour la mener à bonne fin !... — J'ai peine A comprendre... vos reproches... — répondit doucement le péri' d'Aigriguy, quoiqu'une secrète amertume perçât dans son apparente soumission : — le succès frétait-il pas certaiu sans ce codicille*... N 'avez- vous pas contribué vous-même... A ces mesures que vous hlAincz à cette heure? — Vous commandiez alors... et j'obéissais... vous étiez d'ailleurs sur b; point de réussir... non à cause des moyens dont VOUS vous êtes servi... mais malgré ces moyens, d'une maladresse, d’une brutalité révoltantes... — Monsieur... vous êtes sévère, — dit le père d'Aigriguy.— Je suis juste... Faut-il donc des prodiges «Habileté pour enfermer rnirlqfruu dans une chambre et fermer enutlla la porte A doublé tour?... Ilein! Eb bien ! avez-vous fait autre chose?... flou... certes! Les filles du général Simon? A Ldpsick emprisonnées, à l'ai rs enfermées au couvent ; Aérienne de Cardovflle? enfermée : Conchctoul-Nii? en prison... Djaliua? un narcotique... Un seul moyeu ingénieux et mille fois plus sûr, parce qu'il agissait moralement cl non nuiéi tellement, a été employé pour éloigner M. Hardy... Quant A vus autres procédés... allons donc:.... mauvais, incertains, dangereux.... Pourquoi? »arco qu'ils étaient violents , et qu'ou répond A la violence par b vioence ; alors ce il'est plus une lutte d'hommes lins , habiles, opiniâtres,
voyant dans l’ombre, où ils marchent toujours.... c’est un combat de crochètent"» au grand soleil. Comment? bien qu’en agissant saut cesse, nous devons avant loùl nom effacef , disparaître, et vons no trouvez rien de plus Intelligent que d'appeler l'attention sur nous par des moyens d une sauvagerie et d'un relenlkriement déplorables... Pour plus de mystère, c'est la garde, c'est le commissaire «le noli« e, ce sout des geôliers que vous prenez p«iur complices... Mais cela fait pitié, monsieur... Un succès éclatant pouvait seul vous faire pardonner ces pauvretés!! et ce succès, vont ne rem pas eu... — Monsieur! — aille p«re d’Aigrigny vivement blessé, car madame de ïbinl-ltirier, ne pouvant cacher l'espèce d’admiration que lui causait h parole nette et casante d«: Hodin. regardait son ancien amant d'un air qui semblait dire : il a raison ; — monsieur, vous êtes plus que sévère... dans votre jugement... et, malgré In déférence que je vous dois, je vous dirai que je no suis pas habitue... — Il y a bien d’antres choses, ma foi, auxquelles vous frêles pas habitué, — dit dartmeut Hodin en interrompant le révérend père : — mais voi s volts y habituerez.... Voue voua êtes fait jusqu'ici une fausse Idée d<- votre valeur; Il y» en vous un vieux levain de batailleur et de rfiotidain qui toujours fermente, et ôte k votre raison le froid, b lucidité, la pénétration qu’elle doit avoir:... vous avez été un beau militaire, fringant et musqué: vous avez couru les guerres, les fêles, les plaisirs, les femmes... Ces choses vous ont usé A moitié. Vous ne serez jamais maintenant qu'un subalterne; vous êtes jugé. Il vous manquera toujours cette vigueur, cette concentration d esprit «pii dominent hommes et événements. Cette vigueur, celte concentration d'esprit, si je l'ai, mol, et je l'ai... savez-vous pourquoi? C’est que, uniquement voué au service de notre compagnie, J'ai toujours été laid, sale cl vierge ;... oui, vierge... toute nu virilité est IA... »
Kn pronom, -anl ces mots d'un orgueilleux cynisme. Hodin était effrayant. La princesse de Saint-ldzier le trouva presque beau d’audace et d'energie. Le père d'Aigriguy, se sentant dominé d’nnc manière invincible, inexorable, par cet être diabolique, voulut tenter un dernier effort de révolt»*, «*t s'écria : s Eli ! monsieur, ces forfanteries ne sont pas des preuves de valeur et de puissance... on vous verra A l'œuvre.— <>u m’y verra...
— reprit froidement Hodin. .. — et savez-vous à qimlle œuvre? ( Rodin aflWtlounaU celte formule interrogative): A ccilc que vous abandonnez si lâchement. — Que dites-vous? — s'écria b princesse de Saint-Dizier, car le père d'Aigriguy, stupéfait de l'audace de Hodin, ne trouvait pas une parole. — Je dis, — reprit lentement Hodin, — je dis que je me charge «le faire réussir l'affaire de l'héritier Remieponl, que vous regardez comme désespérée. — Vous? — s'écria le père d'Aigriguy, — vous?
— Mol... — Mrfls on a démasqué nos man«ruvrcB. — Tant mieux, un sera obligé d'en inventer de pin*! habiles... — Mais l’on se déliera «le nous. — 'font mieux, les «uccèS difficiles sont les plus certains. — nomment ! vous espérez faire consentir finhriel à ne pas révoquer sa donation... qui d’ailleurs <*«1 peut-être entachée d'illégalité? — Jo l'end rentrer d ans les coffres de la compagnie les «leux cent douze millions dont ou veut la frustrer. Ksl-ce clair? — C’est aussi clair qu'impossible. — Ht je vous dis, moi, que cela est possible ... et qu'il faut que cela soit possible... entendez-vous! Mai» vous ne comprenez donc pas, esprit de courte vue... — s'écria Hodin en s'animant à ce point que sa face cadavéreuse se colora légèrement. — vous ne comprenez donc parque maintenant il n’y a plus à lialancer :... on les deux cent douze millions seront à nous, et alors ce sera le rétablissement assuré de notre souveraine influence en Frnuce, car, avec de trilos Rouîmes, par b vénalité qui court, on achète u.i gouvernement, et, s'il est trop cher on mal accommodant, ou allume la guerre civile, on le renverse et l'on restaure la légitimité , qui, après tout , est notre véritable milieu , «*t qui , nous devant tout, nous livrer.* (ont. — C'est évident, — dit b princesse en joignant les mains avec admiration. — Si. au contraire, — reprit Hodin,
— « es deux cent douze millions restent entre les mains de la famille Rennepout, c'est mitre mine, c'est notre perte; c’ert faire une souebe d'ennemis acharnés, implacables... Vous ti’lia donc pas entendu les vœux exéerabfos de ce Kenncpntit, au sujet de celte association qu'il rcmmniiiiulc, et que, par une fatalité inouïe, sa race maudite peut merveilleusement réaliser?... Mais songes donc aux forci* immenses qui se groupe raicut alors autour de Cf« millions : c'eut le maréchal biniou, agissant au nom de -es tilles c’est-à-dire I homme du peuple fait duc sans eu être plus vain, ce qui assure son influence sur les masses, car l'esprit militaire et le bonapartisme Incarné représentent encore, aux y«:ux du peuple, b tradition d'honneur ci de gloire nationale. C'est ensuite ce François Hardy, le bourgeois libéral, indépendant, éclairé, type du grand manufacturier, amoureux du progrès cl du bien-être îles artisans!.. Fuis, c’est üabriel, le bot» prêtre, comme ils disent, l'apôtre «le l'Evangile primitif, le représentant de h démocratie de l'Rglise contre l'aristocratie de l’Eglise, du pauvre curé de campagne contre le riche évêque, c’est-àdire, dans leur jargon, le travailleur de b sainte vigne contre l'oWf despote , le propagateur né do toutes les idées de fraternité, d’émancipation et de progrès... comme ils dirent encore, et cela non pas an nom d'une politique révolutionnaire , Incendiaire , mais au nom du Christ, au nom (Tune religion tonte do charité, d’amour et de paix... pour par^ 1er comme ils parlent. Après, vient Aérienne de Cardoville, le type de l'élégance , de fa grâce, de b beauté,. b prêtrewie de tontes les sensualités qu’elle prétend diviniser A force de les rafUncr 21 de les cultiver. Je ne vous parle pas de son esprit , de ton audace. ; vous ne ks connaissez
que trop. Aussi rien ou peut nous être aussi dangereux que ceîle créature, patricienne par le sang, peuple par le coeur, poêle par l'imnginaliuu. U’cal enfin ce prince Hjalnia , cbevalercsouu , lurdi, prA à tout, parce qu'il ne sait rien de la vie civilisée, implacable dans sa haine connue dans son affection, instrument terrible pour qui saura s en servir... Il u y a pas enlin dans cette famille détestable jusqu’à ce misérable Couche-tout-Nu, qui isolément n’a aucune valeur . mais qui, épuré, relevé, régéuérë par le contact de ces natures généreuses et expansives, conune ils apiietlent cela , peut avoir une large part dans l'influence de cette association, comme représentant de Partisan... . Maintenant, croyez-vous que si tous ces gens-la, déjà exaspérés contre oous, parce que, disentils, nous avons voulu b» spolier, suivent, et ils les suivrout, jeu réponds, les détestables conseils de ce ttenneponl , croyez-vous que s'ils associent toutes les forces, toute l’action dont ils di$|>osciil autour de celle fortune énorme, qui en centuplera la puissance ; croyez-vous que, s'ils nous dédirent une guerre acharnée, à nous et à nos principes, ils ne seront pas les ennemis les plus dangereux que nous ayons jamais eus? Mais je vous dis, moi , que jamais Ta compagnie n'aurait été plus sérieusement meuaeëe ; oui, et c’est maintenant pour elle une question de vie ou de mort; il ne s'agit plus à celle heure de. se défendre, mais d'attaquer, afin d’arriver à l'annihilation de celte maudite race «ks l'ennepont, et à la possession de ces millions, a
A ce tableau, présenté par Bodin avec une animation fébrile d'autant plus influente qu elle était plus rare, la princesse et le pere d’Aigrigny se regardèrent, interdits.
« Je l'avoue, — dit le révérend à Rodin, — je n'avais pas songé à toutes les dangereuses conséquences de celte association en bien, recommandée par M. de Renmpout; je crois qu'en effet ses héritier;., d'après le caractère que nous leur connaissons, auront à cœur de réaliser cette utopie... Le péril est très-grand, très-menaçant: mais pour le conjurer... que foire? — Comment, monsieur! vous avez à agir sur des natures ignorantes, héroïques ut exaltées comme Dj.dma ; sensuelles et excentriques comme Adrien ne de Cardoville ; naïves et ingénues comme Rose et Blanche Simon : loyales et franches comme François Hardy; angéliques et pures comme Gabriel : brutales et stupides comine Couchc-lout-Nu, et vous demandez : que foire? — Eu vérité, je ne vous comprends pas, — dit le père d’Aigriguy. — Je le crois bien, votre conduite passée, dans tout ceci, me le prouve assez, — reprit dédaigneusement Bodin :... — vous avez eu recours à des moyens grossiers, matériels, au lieu d’agir sur tant de passions nobles, généreuses, élevées, qui, réunies un jour, formeraient un faisceau redoutable, mais qui, maintenant divisées, isolées, prêteront à toutes les suqwises, à toutes les séductions, à tous les entraînements, à toutes les attaques? Comprenez-vous, enflu?... Bon, pas encore? — Et Rodin haussa les épaules.
— ' oyons, meurt-on de désespoir? — Oui. — La recounaissamc de l'amour heureux peut -elle aller jusqu'aux dernières limites de la générosité la plus folle? — Oui. — N’est-il [ws de si horribles déceptions, que le suicide est le seul refuge contre d’affreuses réalités? — Oui. — L'excès des sensualités peut-il nous conduire ait tombeau dans une lente et voluptueuse agonie? — Oui. — Est-il dans la vie des circonstances si terribifs que les caractères les plus mondains, les plus fermes ou les plus Impies... viennent aveusléraeut se jeter, brisés, anéantis, entre L$ bras de la religion, et abandonnent les plus grands biens de ce moude pour le cilice. la prière et l’extase ? — Oui. — N’esi-il pas enlin mille circonstances dans lesquelles la réaction des passions amené les transformations les pins extraordinaires, les dënoûaients les plus tragiques dans l'existence de l'homme ou de la femme? — Sans doute.
— Eh bien, pourquoi me demander: que foire? et que diriez-vous si, par exemple, les membres les plus dangereux de celte famille Renuepont... venaient, avant trois mois, à genoux, implorer la faveur d'entrer dans cette compagnie dont ils ont horreur, cl dont Gabriel s’est aujourd'hui séparé? — Une telle conversion est impossible ! — s'écria le père d'Aigriguy. — Impossible... El qu étiez-vous doue, il y a quinze ans, monsieur? — dit Bodin, — un mondain impie et débauche... et vous êtes venu à nom, et vos biens sont devenus les nôtres... Comment! nous avons dompté dos princes, des rois de* [tapes; nous avons absorbé, éteint dans notre unité de magiiiliqucs intelligences, qui, en dehors du nous, rayonnaient de trop de clarté; nous avons dominé presque les deux momies; nous nous sommes perpétués vivaces, riches et redoutables jusqu'à ce jour à travers toutes les haines, toutes les proscriptions, et nous u'aurions uas raison d'une fomilJe qui nous menace si dangereusement, et dont les biens, dérobés à notre compagnie, nous sont dune nécessité capitale?... Comment! nous ne serons pas assez habiles pour obtenir ce résultat sans maladroites violences, sans crimes compromettants?... Mais vous iguorez donc les immenses ressources d'anéantissement mutuel ou partiel qoe peut offrir le jeu des passions humaines, habilement Combinées, opposées, contrariées, surexcitées... et surtout lorsque peut-être, grâce à un loul-puissuut auxiliaire, — ajouta Rodin avec un sourire étrange, — ces passions peuvent doubler d'ardeur et de violence... — Et cet auxiliaire... quel est-il? — demanda le père d’Aiguigny, qui, ainsi que la princesse de Saint-Dizier, ressemait alors une admiration mêlée de frayeur. — Oui,— reprit Bodin tans répondre au révérend père, — car ce formidable auxiliaire, s’il nous vient eu aide, peut amener des transformations foudroyantes, rendre pusillanimes les plu* 'àKfomptabtot crédules les plus impies... féroces...
les plus angéliques... — Mais cet auxiliaire... — s'écria la princesse oppressée par une vague frayeur, — cet auxiliaire si puissant, si redoutable... quel est-il?... — &’il arrive enfin, — reprit Bodin toujours impassible et livide, — les plus jeunes, les plus vigoureux... seront a chaque minute du jour eu uauger de mort... aussi imminent que l’est un moribond à sa «lemierc minute... — Mais cet auxiliaire? — reprit le père d'Aigiigny de plus en plus épouvanté, car plus Bodin assombris* sait ce lugubre tableau, plus sa ligure devenait cadavéreuse. — Cet auxiliaire enfin |tourra bien décimer des populations, emporter dans le liuceul, qu’il traîne après lui, toute une lamillc maudite ; mais il sera forcé de respecter la vie de ce grand corps immuable, que la mort de ses membres u affaiblit jamais... parce que sou esprit... l'esprit de la société de Jésus est impérissable .. — Enlin .. cet auxiliaire? — Lh bfon. cet auxiliaire, — reprit Rodin, — cet auxiliaire, qui s’avance... s'avance... à pas lents, et dout les lugubres pressentiments, répandus partout, annoncent b venue terrible... — Ces.1... — Le choléra. »
A ce mot, prouoocé par Rodiu d’une voix brève et stridente, la princesse et le pore d’Aigriguy pâlirent et frissonnèrent. Le regard de Rodin était moroe, glacé; on eût dit un spectre. Pendant quelques moments un silence de tombe légua dans le salon. Rodin I irtturronipit le premier. Toujours impassible, l! montra d’un geste impérieux au pere d'Aigriguy la table où, quebiues moments auparavant, il était, lui Bodin, modestement assis, cl lui dit d'une voix brève : • Ecrivez ! ! ■ Le révérend pere tressaillit d’abord de surprise : puis, se souvenaul que de supérieur il était devenu sululterue, il se leva, s’inclina devant Rodin en passaut devant lui, alla s'asseoir à la table, prit b plume, et, se retournant veis Rodin, loi dit : « Je suis prêt... >
Rodin dicta ce qui suit, et le révérend père écrivit :
« Par nniutelligence du révçrend pcrc d’Aigriguy, l’affaire de l’Iiéri- « tage Rennepont a été gravement compromise aujourd'hui. La sncces-
• si» m i sc monte à deux cent douze millions. Malgré cul échec, on croit « pouvoir formellement s'engager à mettre b famille Rennepont hors
• d'état de nuire à la compagnie, et à foire restituer à ladite compa* « gnie les deux cent douze millions qui lui appartiennent légitimement, i On demande seulement les pouvoirs les plus complets et les plus « étendus. »
Un quart d’heure après celle scène, Rodin sortait de l'Iiètd Saint- Dizier. brnssuiit du coude sou v ieux chapeau graisseux, qu’il ôta pour répondre par un salut profond au salut du portier.