LE JUIF EUR AM
rrtvain religieux, passant ainsi allègrement de la danse échevelée à la polémique ullramouiainc, de la Tulipe orageuse à uu pamphlet catholique.
nosc-Pompon venait de quitter son lit, ainsi qu’il apparaissait au négligé de sa toilette matinale et bizarre ; sans doute à début d’autre coiffure, elle portait crânement sur ses charmants cheveux blonds, bien lissés et peignés, un bounct de police empiunlé à son costume de coquet débardeur ; rien n'était plus espiègle que cette mine de dix-sept au», rose, fraîche, potelée, brillamment animée par deux yeux bleus, gais et petiilauls. Rose-Pompon s’enveloppait si étroitement depuis le cou jusqu'aux pieds dans son manteau écossais à carreaux rouges et rerts uu peu fané, que l’on devinait une pudibonde préoccupation : scs pieds nus, si blancs que l'on ne savait si elle avait ou non des bas, étaient chaussé» de petits souliers de maroqein rouge à boucle argentée... Il était facile de s'apercevoir que son manteau cachait un objet qu'elle tenait à Ij main.
« lionjonr, mademoiselle Rose-Pompon, — dit b mère Arsène d’un air aveuunt, — vous êtes matinale aujourd'hui, vous n’avez donc pas dansé hier ? — Ne m'en parlez pas, mère Arsène, je n'avais guère le cœur à la danse ; cette pauvre Cephyae < la reine Bacchanal, soeur de la May eux ) a pleuré toute b nuit, clic ne peut pas se consoler de ce que soii amant est en prison. — Tenez, — dit la fruitière, — tenez, mademoiselle. il faut que je vous dise une chose à propos de votre amie Cëphy-e. Ça ne vous lâchera pas? — pjsl-cc que je me fiche, moi ?... — dit Rose-Poinpou eu haussant les épaules. — Croyez-vous que M. Philémon, à son retour, ne me grondera pas? — Vous grouder ! Pourquoi? — A cause de son logement que vous occupez... — Ah çà, mère Arsène, est-ce que Philémou ne vous a pas dit qu'en son absence je serais maîtresse de scs deux chambres comme je l’étais de lui-méme? — l.'e n’est pas pour vous que je parie, madetnoLsollc, mais pour votre amie Céphysc que vous avez aussi amenée dans le logement de M, Philémon. - El où serait-elle allée sans moi, nia bonne mère Arsène ? Depuis que son amant a été arrêté, elle n'a pas osé résumer chez elle, parce qu’ils y devaient toutes sortes de tenues. Voyant sa peine, je lui ai dit : Viens toujours loger chez Philémon . A sou retour, nous verrons à te caser autrement. — Dame ! mademoiselle, si vous m'assurez que M. Philémon ne sera pas fâché... â la bonne heure. — Fâché, et de quoi ? qu’on lui abtac son ménage? H est si gentil, son ménage ! Hier, j’ai cassé b dernière lasse... cl voilà dans quelle drôle de chose je suis réduite à venir riiercher du lait. »
El Rose-Pompon, riant aux éclats, sortit son joli petit bras blanc de son manteau et fit voir à b mi re Arsène un de ces verres à vin de Champagne de capacité colocsale, qui tiennent une bouteille environ.
< Ah ! mon Dieu ! — dit b fruitière ébahie, on dirait une trompette de cristal. — • C'est le verre de grande tenue de l'bilémon, dont ou l’a décoré quand U a été reçu canotier-llambard, — dit gravement Hosc- Pompon. — Et dire fju'il va falloir vous mettre votre lait là-dedans, ça me rend toute honteuse, — dit b mère Arsène. — Et moi donc... si je rencontrais quelqu’un dans l 'escalier. . . en tenant ce verre à la inatd comme un Vierge... Je rirais trop... je casserais la dernière pièce du bazar à Philémon et il me donnerait sa malédiction. — Il n’y a pas de danger que vous rencontriez quelqu'un*, le premier est déjà>orli, et le second ne se lève que très-lard. — A propos de locataire, dit fiose- Pompnn, est-ce qu’il n’y a pas à louer une chambre au second, dans le fond de la cour? Je pense à ça pour Céphyse, une fois que Philémon sera de retour. — Oui, il y a un mauvais petit cabinet sous le toit. .. audessus des deux pièces du vieux bonhomme qui est si mystérieux, — dit la mère Arsène. — Ah! oui, le père Charlemagne... vous u’ta savez pas davantage sur son compte ? — Mon Dieu non, mademoiselle, si ce n’est qu’il est venu ce matin au point du jour ; il a cogné aux contrevents. — « Avez-vous reçu une lettre pour moi, ma cliéredame? — m'a-l-il dit (il est toujours si poli, ce brave homme). — Non, monsieur, que je lui ai répondu. — Dieu ! b : en ! alors ne vous dérangez pas, iim chère dame, je repassera*; » cl il est reparti. — il ne couche donc jamais dans la maison? — Jamais. Probablement qu'il loge autre part, car il ne vient passer ici que quelques heures dans la journée tous les quatre ou cinojours. — Et II y vient seul? — Toujours seul — Vons en êtes sûre ? Il ne ferait pas entrer par hasard de petite femme en niinor.minette? car alors Philémon vous donnerait congé, — dit Rose-Pompon d'un air plaisamment pudibond. — M Charlemagne! ! ! une femme, chez lui? Ah! le pauvre cher homme! — dit la fruitière en levant les mains au ciel, — si vous le voyiez, avec son chapeau crasseux, sa vieille redingote, son parapluie rapiécé et son air bonasse; il a plutôt l'air d'uc saint que d'autre chose. — Mais alors, mère Arsène, qu'csl-cc qu’il peut venir faire ainsi tout seul pendant des heures dans ce taudisdu tond de la coor, où on voit à peine clair en plein midi T — C’est ce que je vous demande, mademoiselle; qu’est-ce qu’il y peut faire? car pour venir s’amuser à être dans ses meubles, c’est pas possible : il y a en tout chez lui un lit de sangle, une table, un poêle, une chaise et une vieille malle. — C'est dans les prix de rétablissement rie Philémon, — dit Rose-Pompon. — Eh bieul malgré ça. mademoiselle, il a autant de peur qu’on entre chez lui qu.;sl l’un était des voleurs, cl qu'il aurait des meubles eu or massil ; il a lait mettre à scs frais une serrure de sûreté; il ne me laisse jamais sa clef; colin il allume son feu lui-méme dans sou poêle, plutôt qne de laisser entrer quelqu'un chez lui. — Et tous dites
qu'il est vieux? — Oui, mademoiselle... dans les cinquante à soixante.
Et laid? — Figurez-vous comme doux petit* yeux de vipère percés avec une vrille, dans une ligure toute blême, comme celle a’nn mort.., si blême enfin que les lèvres sunt blanches ; voilà pour sou visage. Quant à sou caractère, le vieux brave homme est si poli, il vous ôte si souvent son chapeau en vous faisant uu grand salut, que c’en est embarrassant.
— .Mais j’en reviens toujours là, — reprit Rose-Pompon, — qu'est-ce qu’il pee.t faire tout seul dans ses deux chambres? après ça... si ëpt»>:-c prend le cabinet au-dessus quand Philémon sera revenu, nous pour.ons uous SMOSer à en savoir quelque chose... Et combien veui~oo louer ce cabinet? — Dame... mademoiselle, il est en si mauvais état que le propriétaire le bisserait, je crois bien, pour cinquante à cinquante-cinq francs par an, car il n’y a guère moyen d'y meure de poêle, et il est seulement éclairé par une petite lucarne en tabatière. — Pauvre t'é* physe ! — dit Rose-Pompon en soupirant et en secouant tristement li tète; — après s'être amusée, après avoir tant dépensé d’argent avec Jacques Rcnnepont, habiter là et se remettre à vivre de sou travail!.,. Paut-il qu’elle ail du courage ! ... — le fait est qu'il y a loin de ce cabinet à 1a voilure à quatre clic vaux où mademoiselle Céphyse est venue vous chercher l’autre jour, avec tous ces beaux masques, qui étaient si gais. .. surtout ce gros en casque de papier d'argent avec un plumeau et en bottes à revers... Quel réjoui!
— Oui, Niui-Moulin, il n’y a pas son pareil pour danser le fruit défèndu... 11 Cillait le voir en vis-à-vis avec Céphyse... la reine Bacchaual... Pauvre rieuse... pauvre tapageuse! Si elle fait du bruit maintenant, c’csl en pleurant. — Ah! les jeunesses... les jeu liesses!... dit la fruitière.— Ecoutez donc, mère Arsène, vous avez été jeune aussi, vous.
— Ma foi, c’est tout au plus ! et, à vrai dire, je me suis toujours vue à peu près comme vous me voyez. — Et les amoureux, mère Arsène? — les amoureux, ah bien oui ! d’abord j'étais bide, cl puis j’étais trop bien préservée. — Votre mère vous surveillait donc beaucoup 7 — Non, mademoiselle... mais j’étais attelée... — Comment, attelée? — s’écria Rose- Pompon ébahie en interrompant b fruitière.— Oui, mademoiselle, attelée à un tonneau de porteur d’eau avec mon frère. Aussi, voyez-vous, quand nous avions tiré comme deux vrais chevaux pendant huit ou dix heures par jour, je n’avais guère le cœur do penser aux gaudrioles. — Pauvre mère Arsène, quel rude métier! — dit Rose-Pompon avec intérêt. — l/htver surtout, dans le» gelées... c'était le plus dur... moi et mon frère nets étions obligés de nou» faire clouter à gbce, à cause du verglas. — Lt une femme encore... faire ce métier-la!... ça fend le cœur... Et on défend d’atteler des chiens (t) ! — ajouta très-sensément Rose-Pompon. — Dame ! c’est vrai, — reprit la it.ère Arsène, — les ani maux sont quelquefois plus Iteurcux que les personnes! mais, que voulez- vons? il faut vivre... Où la hèle est attachée, faut qu elle broute... Mais c’était dur. J’ai gagné à cela une maladie de poumons, ce n’est paa ma faute. Cette espèce de bricole dont j'étais attelée, eu tirant, \nycz. vous, ça me pressait tant et tant b poitrine que je ne pouvais pas respirer... aussi j’ai abandonné l’attefage et j’ai pris une boutique C'est pour vons dire que si j'avais eu des occasions et de b gentillesse j'aurais peut-être été comme tant de jeunesses qui commencent par rire et qui finissent... —Par tout le contraire, c’est vrai, mère Arsène ; mais aussi tout le monde n’aurait pas le courage de s’atteler pour rester saçc... Alors on se fait une raison, on se dit qu’il faut s’amuser uni qti on est jeune et gentille... et puis qu'on u a pas dix-sept ans tous les jours... Eh bien ! après... après... 1a lin dn monde, ou bien on se ma-
! rie. — Dites donc, mademoiselle, il aurait peut-être mieux valu commencer par là. — Oui, mais ou est trop bête, on ne sait pas enjôler les hommes ou leur faire peur; on est simple, confiante, et ils se moquent de vous. Tenez, moi, mère Arsène, c’est ça qui serait un exemple à faire frémir b nature si je voubis; mais c’est bien assez d’avoir eu des chagrins sans s amuser encore à s’en faire de b graioe de souvenirs. — Comment ça, mademoiselle?... Vous si jeune, si gaie, vous avez eu des chagrins? — Ah ! mère Arsène, je crois bien ! à quinze ans et demi j’at commencé à f-ndre en termes, et je n’ai tari qu à seize ans. C’était assez gentil, j’espère? — On tous a trompée, mademoiselle? — On m a fait pis, comme on a fait à tant d autres pauvres filles qui, nas plus que moi. n'avaient d’abord envie Ho mal faire.. Mon histoire n est pas longue. M* ri père et ma mère sont des paysans du rûié de Saint-Valéry, mais si pauvres, si pauvres, que sur cinq enfants que nous étions ils ont été obligés de m'envoyer à huit ans chez ma tante, qui était femme de ménage ici à Paris. La bonne femme m'a prise par charité; et c’était bien à elle, car elle ne gagnait pas grani chose. A onze ans, elle m’a envoyée travailler dans une des manufacturesdn faubourg Saint-Antoine. C’est |»as pour dire du mal des maîtres des fabriques, mais ça leur est bien égal que les petites filles et les petits garçons soient pêle-mêle avec des jeunes filles et des jeunes gens de dix-huit à vingt ans, aussi pêlemêle entre euY Alors vous concevez... il y a là-dedans comme partout des mauvais sujeis; ils ne se gênent ni en parele* ni en actions, et je vous demande quel exemple pour des enfants qui voiem et qui entendent plus qn ils j eu ont l’air! Alors, que \ oubz-vnm ! . . . on s'habitue en grandissant à i.Ucudre et à voir tous les jours des choses qui plus tard ce vous effaroueb-nt plus. — C’est vrai, au moûts, ce que vous
(1)On sait qu’il y a en effet deux ordonnancer, remplies d’un louchant iule rôt aur lia race canine qui ialcrdiaml l'nttcluge de* chou*.
LE JUIK ETIRANT.
dites là, mademoiselle nnse-Poœpon. Pauvres enfants! qui est-ce qui s'en occupe? ni le père ui la mère; il - suit à leur lâche... — Oui, oui, allez, lucre Arsène, ou a bieu vile dit d'uue jeune tiiic qui a mal tourné : C'est une ci, c'est une ça ; mais, si ou savait le potuquoi des chose», ou la plaindrait plus qu'eu ne b blâmerait... uiliu, pour ai revenir à moi, à quinze ans jetais très-gentille... Un jour, j'ai une lécfamalion à faire au premier commis de b fabrique. Je vais le trouver dans son cabinet: il me dit qu'il me rendra justice, cl que même il me urotégera si je veut l'écouler, cl il commcuce par vouloir m'embraser. Je me débats... Murs il me dit : « Tu me refuses, tu n’auras plus d’ouvrage je te renvoie de la fabrique. » — Oh ! le nukbaut homme 1 dit b mère Arsène. — Je rentre chez nous tout en bnnee, ma pauvre tante m’encourage à ne pas céder et A me placer ailleurs... Oui-., mais impossible; les fabriques étaient encombrées. Un nuJhcur ne vient jamais seul : ma tante tombe malade, pas un sou A la nuiisop ; je prends mou grand courage, je retourne à b fabrique supplia la commis, lîien u j bit. « Tant pis pour toi, me dit-il; lu refuses ton bonheur, car, si lu avais voulu être gentille, plus lard je t’aurais peut-être épousée... > Que voulc/.-vous que je vous dise, mère Arsène? La misera était là, je n’avais pas d’ouvrage, ma tante était malade, le commis dirait qu il in épouserait... J'ai fait comme tant d'autres. — Et quand, plus lard, vous lui avez demandé le mariage?- — Il m'a ri au nez, bieu entendu, et au bout de si* mois il m'a plantée là... C’est alors que j’ai tant plané toutes les larmes de mon cotps... qu’il nem’en reste plu», fa ai fait une Diahdio... et puis cniio. comme on se console de tout, je me suis consolé*?, l'e fil en aiguille, j’ai rencontré Pbilémon, et c'est sur lui que je me reveugo des autres... Je suis son tyran, — ajouta Rose-Pompon d'un air tragique, cl l'on vit se dissiper Il image de tristesse qui avait assombt i sou joli visage pendant cou récit A la mère Arsène. — C’est pointant vrai, — dit la mère Arsène eu réfléchissant. — On trompe une pauvre fille... qu'est-ce qui b protège, qu'est -ce qui la déferai ? Ab! oui, bien souvent le nul qu'on fait ne vient pas de vous... ut...— Tien»! ffiui-Mouliu ! — s'écria Rose-Pompun en interroiiipaul b fruitière et eu regaidaul de l’autre côté de la rue, est-il maliual !... Qu'csl-ce qu'il peut me vouloir? »
Ll Rose-Pompou s'enveloppa de fins eu plus pudiquement dans son manteau. Jacques Dumoulin s'avançait en cuct le cbaneau sur l'oreille, le nez rubkoud cl l'œil brillant ; il était vêtu d’un paVloi-sae qui dessinait b rotondité de son abdumen ; ses deux mains, dont l'une tenait une grosse canne au port d arme, étaicul plongées dans les vastes poches de ce vêtement. Au momcul où 11 s 'avançait sur lu seuil de b boutique. sans doute pour interroger b poi t-'crc. il aperçut Pompon.
« imminent! nu pupille dé)A levée!... ça se trouve iiicfj... moi qui venais pour b bénir au lever de l’aurore! »
E» Mini-Moulin avança, les bra» ouverts, à rencontre de Rose-Pompou, qui recub d'un pas.
« Comment 1... eubnt ingrat, — reprit l’écrivain religieux, — vous refusez mou accolade matinale et paternelle. 1 — Je n'a coopte d'accolades paternelles que de l'bilcmon... J’ai reçu hier une lettre de lui avec un petit baril de raisiné, deux oie», une croche de ratafia de famille, ci une anguille, licin! voilà un présent ridicule ! J'ai jpirdé le ratafia, cl i‘af troqué le reste pour deux amours de pigeons vivants que j’ai in-taltés dans le cabinet de Philémon, ce qui nie fait un petit roluinbiur bien gentil. Du reste, «non epoux arrive avec sept cents francs qu'il a demandés A sa respectable bmille sous le prétexte d'apprendre la nasse, le cornet à pistons et le porte-voix, afin do séduire eu société et de faire un mariage... chicanourd... comme vais dites, bon sujet. — Lh bien, ma pupille chérie! nous pourreae déguster le ratafia de famille et festoyer en attendant PLÜcmnn et ses sept cents francs, b
Ce disant, Mhi-Moulin frappa sur les poches de son gilet, qui rendirent un sou métallique, et il ajouta : ■ Je venais vous proposer d'embellir ma vie, aujourd uni, et même demain, et même apres-detnain, si b cœur vous en dit... — Si c'est des amusements décents et paternels, mou cœur uc dit pas nnu. — Soyez tranquille, je serai pour vous un
aïeul, un bisaïeul, uu portrait de famille Voyons, promenade, illncr,
spectacle, bal costumé, cl souper ensuite, ça vous va-t-il? — A condition que cale pauvn Céphysc eu sera. Ça b distraira. - Va pour Céphyse. — Ah çà ! vous avez donc bit un héritage, gros apôtre ? — .Mieux que ccb, 6 Sa plus rose de toutes les roses-pompons... Je suis rédacteur en chef d'un journal religieux... Et comme il faut de b ternie daus cette respectable boutique, je demaude tons les mois un mois d'avance et trois jours de liberté; à cette eoodUiou-b, je consens A faire le saint pendant vingt-sept joui s sur trèule, cl à être grave et assommau! comme le journal. — Lu journal, vous? f!u voib uu qui sera drôle, cl qui dansera tout Seul, sur les tables des cafés, des pas défendus. — Oui, il sera drôle, mais pas pour tout le monde ! Ce sont tous sacristain cossus qui Tout les frais ;... ils uc rcgarderuut pas à l'argent, pourvu que le journal moi de, déchire, brù!c, broie, extermine et assassine... Parole d'hoim ur ! je n’aurai jamais cté plus forcené, — ajouta Mini-Moulin en riant d’uu gros rire; — j’arioseiai les blessures toutes vives avec mon venin premier cru ou avec mon fiel jjnrrcnrf moimriu* U! s
Et, pour péroraison, Mci-Moulin imita le bruit que fait en sautant le bourhou 'J oue bouteille de vin de Champagne, ce qui fit beaucoup rire Rose-Pompon.
« Et comment s'appellera-t-il, votre journal de sacristains? — repritelle. — 11 s'appelle l'Amour du Prochain. — A b bonne heure' voilà
uu joli nom ! — Attendez, donc. Il on a un second. — Votons le second.
— L'Amour du Prochain, ou V Exterminateur tics Incrédule», des Indifférents . des Tiède » et autres ; avec cotte épigraphe du grand Bossuet : Ceux oui ne sont pat arec nous font contre nous. — C’est .aussi ce que dit toujours Philémon daus scs batailles à la Chaumière en faisant !c meuline!. — Ce qui prouve que le génie tic l'aigle de Meaux est universel. Je ne lui reproche qu’une chose, c'est d'avoir été jaloux de Molière. — Bah! jalousie d'acteur, — dit Rose-Pompon. — Méchante!... — reprit Nini-Mouliii en la menaçant du doigt. — Ahçà, vons allez donc exterminer madame de la Sainte-Colombe... car elle est un.pcn tiede, ccllc- IA... et voire mariage? — Hou journal le sert au contraire. Pensez', dote- ! rédacteur lu chef... c'est une position superbe; les sacristains inc prônent, me poussent, me soutiennent, inc bénissent. J'cmpaume la Sainte- Colombe. .. et alors une vie... une vie à mort ! »
A ce momtvit, un facteur entra dans la boutique et remit une lettre à b fruitière en lui disant : « Pour M. Charlemagne .. Affranchie... rien à payer. — Tiens — dit Rose- Pompon, — c'est pour le petit vieux si mystérieux, qui a des allures extraordinaires. Est-cc que cela vient de loin?... — Je crois bien, ça vient d'Italie, de Rome, — dit Mifd-Houfio en regardant A son tour la lettre que la fruitière tenait à la main. — Ah çà, — ajouta-t-il, — qu’cst-ce doue quccct étonnant petit vieux dont vous parlez? — figurez-vous, mon gros apôtre, — dit Rose-Pompon, un vieux bonhomme qui a deux chambres au fondée la cour; fl n’y couche jamais, et il vient s'y enfermer de temps en temps pendant des heures sans laisser mouler personne chez lui — et sans qu on sache ec qu'il y fait. — C’est uu cous|)irateur ou uu faux-monnayeiir... — dit Mini-Moulin en riaht. — Pauvre cher homme ! — dit la mère Arsène, — où serait-elle donc, sa fausse monnaie? il me naje toujours en gros sous le morceau de pain cl le radis noir que je lui fournis pour son déjeuner, quaud il déjeune. — Et comment s'appelle ce mystérieux caduc? — deruauda Dumoulin. — M. Charlemagne, — dit la fruitière. — Mais, tenez, quand uu parle du loup... ou en voit la queue. — Où est-elle donc, cette
queue? — Tenez.-., ce petit vieux, là-bas le long de la maison; il
marche le cou de travers avec son parapluie sous son Dras. — M. Bodin'
— s’écria Nini-Mouliu; et, se reculant brusquement, il descendit en hile trois marches de Icscalicr, afin de n’êtrc pas vu. Puis il ajouta : — £t vous dites que ce monsieur s’appelle? — M. Charlemagne... Est-ce que voit» le connaissez? — demanda la fruitière. — Que diable vient-il faire ici, sous un faux nom ? — dit Jacques Dumoulin A voix basse en sc par laut à lui-même. — Mais vous le connaissez donc? — reprit Roso-Pompon avec impatience. — Vous voilà tout interdit. — Et ce monsieur a pour pied-à-terre deux chambres dans celle uwisou? et 11 y vient mystérieusement?— dit Jacques Domouliu de plus en plus surpris. — ihii.
— reprit Ilose-Potupon, — on voit scs fenêtres du colombier de Phflémou. — Vite! vile! passons par l’allée; qu'il ne me rencontre pas, » dit Dumoulin.
El, sans avoir été aperçu de Rodin, il passa de la boutique dans raflée, et de l'ailée monta l’escalier qui conduisait A l’appartement occupé par Ro&c-Pompuu.
« Bonjour, monsieur Cliarlemagne, — dit la mère Arsène à Rodin, qui s'avançait alun sur le seuil de la porte, — vous venez deux fois en un jour; à b butine heure, car vous êtes joliment rare. — Vous êtes trop honnête, ma chère dame, » dit Bodin avec un salut fort courtois.
Et il entra dans b boutique de lu fruitière.