SI
El, (Lins l'exaltation de sa joie, il pressait l'étoile d argent contre sa moustache grise. Adricnne el b Jlayeux se sentaient profondément
ce brave homme, mademoiselle*... Et je l’ai injurié... maltraité devaot vous... 11 a droit a une réparation... il l’aura... Ob ! il l’auia. »
Ce disant, Dagobert sortit précipitamment de la chambre, traversa
rnnmnl onitrnn IVu-altor le descendit rai'idcflient et al-
Roilin et la.iutre Arsèo*. —
v Monsieur, — lui dit le soldat d’une voix émue, eu le salissant par le liras. — il faut remonter tout de suite. — Il serait pourtant bon de vous dérider à quelque chose, mou du r monsieur, — dit Poriiu en s’arrêtant avec bonhomie : — il y a an iusiant vous m'ordonuiez de m'en aller, maintenant il s’agit de revenir. A quoi nous arrêtons-nous’*
— Tout à 1’bcure, monsieur, j'avais tort, el quand j’ai un tort, je le répare. Je vous ai injurié, maltraité devint témoins, je vous ferai mes excuses devant témoins. — Mais, mon cher monsieur... je vous... rends priée... je suis pressé. Qtt’est-cequectb me (ait que vous soyez pres-
sé?... Je vous dis que vous allez remonter tout de suite... ou sinon... ou sinon, — reprit Dagobert en prenant la main du jésuite cl en b serran», avec autant de cordialité que d'attendrissement, — ou sinon le bonheur que vous me causez en me rendant tna croix ne sera pas complet. — (Ju’à cela ne tienne: alors, mon bon ami, remontons... remontons... — Et non-seulement vous m’avez rendu ma croix... que j’ai... ch bien oui! que j'ai pleurée, allez, sans le dire à personne,— s’écria Pagobci t avec effusion tuais celte demoiselle m’a dit que, grâce à vous... ces pan-
Çr ' ; t*’" ?' ^ M
'.jiùZtÇ ! f .
m Après un service rendu au maréchal Simon, -à ma femme ou 5 mon fils, on ne pouvait tien faire de plus pour mol.. El vous inondez de
L» mire Sainte -Perpétue
Samuel. —
touchées de l’émotion du soldat, qui s'écria en courant vers b porte .par où venait de sortir Hodin : •
Très enfants! Voyons... pas «le fausse joie... Est-ce bien vrai? mon Dieu ! cst-cc bien vrai?— lié! hé!... voyez-vous le curieux, — dit Bixliu en souriant avec finesse. Puis il ajouta : — Allons, allons, soyez tranquille... on tous les rendra, vos deux anges... vieux diable à quatre.
El le jé>uiic remonta l'escalier.
u On me les rendra ... aujourd'hui? » s'écria Dagobert.
El, au momcul où Bodin gravissait les marches, il l'arrêta brusquement i<ar la manche.
« Ah çà, mou bon ami. — dit le jésuite, — décidément nous arrêtonsnous ’! inonlunwious .' d«-*ceudotty-uous? Sans reproche, vous me faites aller comme un toutou. — C’est juste... là-buut nous nous expliquerons mieux. Venez... alors, venez vite... » dit Dagobert.
Puis, prenant Bodin sous le bras, il lui fil hâter le pas et le ramena triomphant dans b chambre où Adrienne et la Ma) eux étaient restées, trè*-$nrpn>e* de b subite disparition du soldat.
■ Le voilà... le voilà! — accria Daeobcrl en rentrant. Heureusement je l’ai attrapé au bas de l’escalier. — El vous m’avez lait remonter d’un fier pas ! — ajouta Bodin passablement essoufflé. — Maintenant, monsieur, — «lit Dagobert d une voix grave, — je déclare devant mademoiselle que j’ai eu tort de vous brutaliser, de vous injurier; je vous en fais mes excuses, monsieur, et je reconnais avec joie que je vous dois.. . oh ! beaucoup.... oui.... beaucoup, et, je vous le jute, quand je dois.... je pave. •>
Et Dagobert lendit encore sa (ovale main à Bodin, qui b serra d’une façon fort affalée, eu ajoutant : « Eli. mou Dieu ! de guoi s’agit-il donc? Quel est doue ce grand service dont vous (tariez? — El cela! — dit Dagobert en faisant briller sa croix aux yeux de Rudiu; — mais vous ne savez donc pas ce que c’est pour moi que cette croix ! — Supposant, au contraire, que vous deviez y tenir, je comptait avoir le pktar de vous b remettre mot-même. Je lavais apportée pour cela... Mai-, entre nous, vous m avez . des mon arrivée, si... si familièrement accueilli... que le u'.ii pas eu le temps «le... — Monsieur, dit Dagubeil cou fut, — je vous a .mro que je me répons crueOcmcut du ce que J'ai fait. — Je le . mu bou ami... u eu pai loin, «loue plu?... ùb ça! vou» y teniez dulilc beaucoup, à cette croix! — .>1 j’y tcm.is, monsieur ! — s'écria Dagobert; — nuis celle croix, — cl U b U«Ua cueore, — c’est ma relique à moi... Celui de qui elle me venait était mon saint.... mou dieu.... et il l’avait tou. bée.... — Comment! — - dit Bodin en feignant de regarder b croix avec autant de curiosité que d'admiration respectueuse, — comment, Napoléon... le gntud Napoléon aurait louché de s- propre main, de sa main victorieuse... cette noble étoile de 1 honneur? — Oui, monsieur, de sa maiu ; il l’avait placée fa, sur ina poitrine sanglante, compte pausemeut à ma cinquième blessure... aussi, voyez- vous, Je crois qu’au morneut de crever de faiin, entre du pain cl ma croix... Je u’aurab pas Ir en mourant sur le cœur... Mais assez... assez... Parions d’autre «Dose... C’est bête, un vieux soldat, n’cst-cc pas? — ajouta Dagobert eu payant sa main sur ses yeux ;pob, comme s’il avait honte de nier ce qu’il éprouvait *. — Eh bien, oui ! — reprit-il en relevant vivement la tête, et ne cherchant pas à cacher uuc larme qui roulait sur sa joue, — oui. Je pleure de joie d’avoir retrouvé ma croix.... ma croix que l’empereur m avait donnée... de ta main cietorieutr, comme
dit ce brave homme Bénie soit donc ma pauvre vieille main de
vous avoir rendu ce trésor gtori* nt, — dit Hodiu avec émotion. El il ajouta : a Ma foi! fa journée m ra bonne pour tout le monde; aussi je vous l’auunuçuis ce malin dans ma lettre. — CeUc lettre sans signature, demanda le soldai de plus eu plus lurpris, — c’était vous?... — Cebit moi uui vous récrivais. Seulement, cruiguaut quelque uouveau piège de l'.ibbc d’ Algt igny. je n’ai pas voulu, vou» entendez bien, m'expliquer plus clairement- — Ainsi, mes orphelines... je vais les revoir? »
Roiiiu (il nu signe de tête affirmatif plein de bonhomie.
« Oui, tout à I heure, dans uu instant peut-être.... — dit Adrienue en « «liant. — Ki bien! avais-je raison de vous dire que vous aviez mal jugé monsieur ? — Eh ! que ne me disait-il cela quand je suis entré ! — s'écria Dagobert ivre de' joie. — Il y avait à cela un inconvénient, mon ami. — dit Bodin, — c’est que, dès votre entrée, vous avez entrepris de m'étrangler... — C’est vrai.... j'ai été trop prompt; encore une fois pardon ; mais que voulez-vous «juc je vous dise?... Je vous avais toujours
vu contre nous avec l’abbé d’Aigrigny, et, dans le premier moment
— Mademoiselle, — dit RoUin en s’inclinant devant Adrienue, — celte chère demoiselle vous dira que j'étais, sans le savoir, complice dfe bien
des perfidies; mais, dès que j'ai pu voir clair dans ces ténèbres j'ai
quitté le mauvais chemin où j'étais engagé malgré moi, pour marener vers ce qui était honnête, droit et juste. *
Adi ferme fit un signe de tête affirmatif à Dagobert, qui semblait i'interrogi-r du regard.
« Si je n’ai pas signé b lettre que je vous ai écrite, mon bon and, ç’a été de crainte que mon nom ne vous inspirât de mauvais soupçons ; si, enfin, je vous al prié de vous rendre ici et non pas au couvent, c'est que j’avais peur, comme cette chère demoiselle, que vous ne limiez reconnu par le concierge ou par le jardinier, et votre escapade de l'autre nuit pouvait rendre celte reconnaissant c dangereuse. — Mais M. Baleinier est instruit de tout, j’y songe maintenant, — dit Adrienne avec inquiétude ; — il m’a menacée de dénoncer M. Dagobert et son fils si je portais plainte. — Soyez tranquille, ma chère demoiselle; c'est vous maintenant qui dicterez fes conditions... — répondit Bodin. — Fiez-vous à moi ;
quant à vous, mou bon ami...*, vos tourments sont finis. — Oui, — dit Adiieune : — uu magistrat rempli de droiture, de Bienveillance, est allé chercher au couvent les filles du maréchal Simon : H va le* ramener icj ; # |
mais, comme moi. il a pensé qu'il serait plus convenable qu’efles vinssent habiter ma maison.... Je ne puis cependant prendre cette décUfcm sans votre consentement.... Car c est à vous que ces orpheline* nut été confiées par leur mère. — Vous voulez fa remplacer auprès d’elles, mademoiselle, — reprit Dagobert ; — je ne peux que vous remercier «le bon cœur pour moi et pour ces enfants... seulement, comme h leçon u ' été rude, je vous demanderai de ne pas quitter 1a porte «le h*ur chambre ni jour ni huit . Si elles sortent avec vous, vous me permettrez de les sot» * . vrc à Quelques pas sans les quitter de l’œil, ni plus ni moins «pic ferait Rabat-Joie, qui s’«t montré raeiUear gardien crue Utol. Une fois lemarû-. chai arrivé.., cl ce rera d’on iour à l'autre, la consigne sera levée—
Dieu veuille qu'il arrive bientôt! — Oui, — reprit Itodin dune «ou ferme, — Dieu veuille qu’il arrive bientôt, car il aura à demander un Urriblc compte de la persécution «le scs flllcs à l’abbé d’Aigrigny. «*l pourbut M. le maréchal ne sait pas tout encore.. . — Et vous ne tremblez pal pour le renégat? — reprit Dagobert en pensant que bientôt peut-être Jtf J marquis so trouverait bec à face avec le maréchal. — Je ne tremble a'. pour les làcbcs ni pour les traîtres, — répondit Bodin. — Et lorsque M. le maréchal Simon sera de retour... — Puis, après une réticence ât quelques instants, il continua : — Que M. le maréchal me fasse I hon- joueur de m’entendre, et il sera édifié sur la conduite de l’abbé (TAlgrMH M. le maréchal saura «pic scs .nuis les plus chers sont, autant «pie ku> même, en boue à 1 j haine de cet homme d dangereux. — Comment donc cela? — dit Dagobert. — Eh, mon Dieu! vous-méine, — dit Bodin, — vous êtes un exemple de ce que j’avance. — Moi I .... — Croyez- vous*
S ue le hasard seul ail amené la scène de l’auberge du Faucon blanc, pré* c Lctp&ick? — Qui vous a parlé do «vite serne? — dit Dagobert confondu. - Ou vous acceptiez la provocation de Morolu — contint!» b- Jésuite sans répondre à Dagobert, — cl vous tombiez dans un guct-apcaOB ou vous b refusiez, et alors vous étiez arrêté faute d«‘ paniers ai mi qm vous l’avez été, puis jeté en prison comme un vagabond avec « es piiiËM vrc* orphelines... Maintenant, savez-voas quel était le but de cette rio- Icncc? De vous empêcher d’être Ici le 13 février. — Mais plus je \om . écoute, monsieur, — dit Adrienne, — plus je suis effrayée de l'audace - «le l’abbé d’Aigrigny et do l’étendue «les moyens dont il dispose... En vérité. — reprit-elle avec une profonde surprise, — si vos paroles m* méritaient pas toute créance... — Von en douteriez, n moiscBe? — dit Dagobert; — c’est comme moi. je ne peux pas croim, que, si méchant qu il soit, ce renégat ait eu des intelligences avec m : , montreur de bêles, au fond «le la Saxe; et puis, comment aurait-il su que tnoi et les enfants nous devions muter à Uinii k? C’est lmj>oss8ite ; mon brave homme . — En effet, monsieur, — reprit Adrienne, — je t niai * que votre animadversion, d'ailleurs ires-fegitime. contre l’abbé d’Aiprigny, no von- égare, et que vous ne lui attribuiez uu« puissance ot une étendue de relations presque fabuleuse. »
Apres un moment de silence, pendant lequel Bodin regarda tour à lotir Adrienne et Dagobert avec une sorte de commisération, il reprit : « Et comment .M. l'abbé d’Alçrigny aurait-il en votre croix ni sa pu session sans ses relations avec Morok? — demanda Bodin au solda». — Mais au fait, monsieur, — dit Dagobert, — la joie m’a empêché de réfléchir; comment sc fait-il que ma croix soit entre vos mainsf — Justement parce que l’abbé d* Mgrigny avait à Leipsfek les relations dont vous et «vue chère demoiselle paraissez douter. — Mais ma cr«)ix. comment vous estellc parvenue à Paris? — Pitcs-tuoi, vous avez été arrêté à Lcipskk f de papiers, n’esl-cc pas? — Oui... mais je n’ai jamais pu comprendre comment mes papiers et mon argent' avaient disparu de mou sac... Je croyais avoir eu le malheur de les perdre. »
Bodin haussa les épaules et reprit : « Ils vous ont été volés à l'aul». rsc du Faucon blanc par Goliath , nu des affidés de Morok . et celui-ci a euvoyé les papiers et la croix à l'ablnS d’Aigrigny pour lui prouver qu'l avait réussi a exécuter les ordres qui concernaient les orphelines et vimisméme : c'est avant-hier que j’ai eu la clef de cette machination ténébreuse : croix et paniers sc trouvaient dans les archives de l’abbé d’Ai» grigny : les papiers formatant un volume trop considérable; on se serait aperça de leur soustraction ; mai», d’après ma lettre, espérant vous voir ce matin, et sachant combien un soldat «le l’empereur tient à sa croix» relique sacrée, comme vous dites, mon bon ami, ma foi! je n’ai pas hésité : j’ai mis la relique dans ma poche. Après tout, me suls-jc dit, ce n’est qu’une restitution, et ma délicatesse s exagère peut-être la p»>rtëe de cet abus «le confiance. — Vous ne pouviez faire une action meilleure.
— dit Adrienne, — et, pour ma part, en raisou de l'intérêt que je porte à 51. Dagobert, je vous en suis personnellement reconnaissante. — Puis, après uu moment de silence, elle reprit avec anxiété : — Alain, monsieur, de quelle effrayante puissance dispose donc M. d'Algrigny... pour avoir en pars étranger de» relations si étendues et si redoutables? — Silence !
— s’écria Bodin à voix basse en regardant autour de lui d'un air épouvanté. — silence., silence!... Au nom du ciel, ne m'interroge* pas làdefsus !!!... a
IX JUIF EUHANT.