CHAPITRE V
L'Indien i Paru.
Depuis trois jours, mademoiselle de Cardovillc était sortie de chez le docteur Baleinier. La scène suivante se passait dans une petite maison de la roe Blanche, où Djalma avait clé conduit au nom d un protecteur inconnu. Que l’on se figure un joli salou rond, tendu d’étoITe de l'Inde, fond gris-perle à dessins pourpre, sobrement rehaussés de quelques fils d’or ; le plafond, vers son milieu, disparaît sous de pareilles draperies nouées cl réunies par un gros cordon oe soie ; à chacun des deux bouts de ce cordon, retombant inégalement, est suspendue, en guise de gland, une petite lampe indienne de filigrane d ur d'un merveilleux travail. Par une de ces ingénieuses combinaisons si commuucs dans les pays barbares.'ces lampes servent aussi de brûle-parfums ; de petites plaques de cristal bleu enchâssées au milieu de chaque, vide bissé par la fantaisie des arabesques, et éclairées par une lumière intérieure, brillent d’on azur si limpide, que ces bmpes d’or semblent constellées de saphir* transparents ; de légers nuages de vapeur blanchâtre s’élèvent incessamment de ces deux lampes et répandent dans l'espace leur senteur embaumée.
Le jour n’arrive dans ce salon (il est environ deux heures de relever) qu’eu traversant une petite serre chaude que l'on voit à travers une glace sans tain, formant porte-fenêtre, et pouvant disparaître dans l'épaisseur de la muraille, en glissant le long d'une rainure pratiquée au plancher. Un store de Chine peut, en s’abaissant, cacher ou remplacer celte glace. Quelques palmiers nains, des musas et autres végétaux de l'Inde, aux feuilles épaisses et d’uu vert métallique, disposés en bosquets dans cette serre chaude, servent de perspective et, pour ainsi dire, de fond à deux larges massifs diaprés de fleurs exotiques, séparés par U petit chemin daflé en faïence japonaise jaune et bleue, qui vient aboutir au pied de b glace. Le jour, déjà considérablement affaibli par le réseau de feuille» qu'il traverse, prend une nuance d’uue douceur singulière, en se combina at avec la lueur azurée des lampes à parfums, et les clartés vermeilles de Tardent foyer d’une haute cheminée de porphyre oriental.
Dans celle pièce un peu obscure, tout unprégnée de suaves senteurs mêlées â Codeur aromatique du tabac persan, un homme à chevelure brune cl pendante, portant une longue robe d'un vert sombre, serrée autour des reins pai une ceinture bariolée, est agenouillé sur un maguifique lapis de Turquie ; il attise avec soin le fourneau d'or d'un houka ; le flexible et long tuyau de celle pipe, après avoir déroulé ses nœuds siale tapis, comme un serpent d'écarlate écaillé d’argent, aboutit entre les doigts ronds et cfUlés de Djalma, mollement étendu sur le divan.
Le jeune prince a b tête nue ; ses cheveux de jais à reflets bleuâtres, séparés au miTieu de son front, flottent oudulcux et doux autour de son visage et de son cou d'une beauté antique et d’une couleur chaude, transparente, dorée comme l’ambre ou b topaze; accoudé sur un coussin, il appuie son menton sur la paume de sa main droite; la large manche de sa robe, retombant presque jusqu'à b saignée, bisse voir sur son bras, rond comme celui d'une femme, les signe» mystérieux autrefois tatoués dans l’Inde par l'aiguille de l'Etrangleur. Le fils de Khadja-Sing tient de sa main gauche le bouquin d'ambre de sa pipe. Sa robe de magnifique cachemire blanc, dont b bordure paltnee de mille couleurs monte jusqu'à scs genoux, est serrée à sa taille mince et cambrée par les larges plis d'un châle orange ; le galbe élégant et pur de Tune des jambes de cet Antinous asiatique, à demi decouverte par un pli de sa robe, se dessine sous une espèce de guêtre, très-juste, en velours cramoisi, brodée d’argent, échancrée sur le coude-pied d une petite mule de numqiiiu blanc à talon rouge. A b fois douce et mâle, b physionomie <le Djalma exprimait ce calme mélancolique et contemplatif habituel aux Indiens et aux Arabes, heureux privilégiés qui, par un rare mélange, unissent l’indolence méditative au rêveur à b fougueuse énergie de l'homme d’action ; tantôt délicats, nerveux, impressionnables connu des femmes, tantôt déterminés, farouches et sanguinaires comme debandits.
Et celle comparaison semi-féminine, appliquée au moral de» Ara!* v ' et des Indiens, tant qu’ils ne sont pas entraînes par l’élan de b batailb ou l’ardeur du carnage, peut aussi leur être appliquée presque physiquement ; car, si de même que les femmes de race pure «sont les extrémités mignonnes, les attaches déliées, les formes aussi fines que souples cette enveloppe délicate et souvent charmante cache toujours des mu-cles d’acier, a’uu ressort et d'une vigueur toute virile. Les longs yeux de Djalma, sembbbles à des diamants noirs enchâssés dans une nacre bleuâtre, errent machinalement des fleurs exotiques au plafond : de temps â autre il approche de sa bouche le bout d'ambre du houka ; puis, apres une lente aspiration, entr'ouvrant ses lèvres rouges, fermement dessinées snr l'éblouissant email de ses dents, il expire une petite spirale de fumée fraîchement aromatisée par l'eau de ruses quelle traverse.
« Faut-il remettre du tabac dâns le houka * » dit l'homme agenouillé en se tournant vers Djalma et montrant les trait» a ccentués et ùnisir de Taringbea T Etrangleur.
Le jeune prince resta muet, soit que, dans son mépris oriental pour certaines races, il dédaignât de répondre au métis, soit qu'absorbé dans ses rêveries il ne l'eût pas entendu. L’Etrangleur se tut, s’accroupit sur le tapis, puis, les jambes croisées, les coudes appuyés sur ses genoux, son menton dans ses deux mains, et les yeux incessamment fixés sur Djalma, il attendit la réponse ou les ordres de celui dont le père était surnommé le Père du Généreux. Comment Faringbca, ce sanglant sectateur de Bohwanie, divinité du meurtre, avait il accepté ou recherché des fondions si humbles? Comment cet homme, d’uue portée d’esprit peu vulgaire, cet homme dont l'éloquence passionnée, dont La féroce énergie avait recruté taul de séides à b ikume-UE livre, s clail-ü résigné à une condition si subalterne? Comment enfin cet homme qui, prolilant de l'aveuglement du jeune prince à son égard, pouvait ofTrir une si belle proie à Bobxvanie, respectait-il les jours du fils de Khadju-vSing? Comment enfin s'cxposait-il à 1a fréquente rencontre de Bodin, dout il était connu sous de fâcheux antécédents? La suite de ce récit répondra à ces questions.
L'on peut seulement dire à cette heure qu'après un long entretien qu'il avait eu la veille avec Bodin, l'Etrangleur l’avait quitté I œil baissé, le maintien discret.
Apres avoir gardé le silence pendant quelque temps, Djalma, tout en suivant du regard la boufTéc de fumée blanchâtre quil venait de lancer dans l’espace, s'adressant à Faringhea sans tourner les yeux vers lui, lui dit, dans ce langage â la fois hyperbolique et concis, assez familier aux Orientaux : « I. heure passe... le vieillard au coeur bon n'arrive pas... mais il viendra. Sa parole est sa parole. — Sa parole est sa parole. monseigneur, — répéta Faringhea d’un ton affirmatif ; — quand il a élé vous trouver, il y a trois jours, dans cette maison où ces misérables, pour leurs roéchauts desseins, vous avaient conduit traîtreusement endormi, comme ils m’avaient endormi moi-même... moi, votre serviteur vigilant et dévoué, il vous a dit : n L'ami inconnu qui vous a en- « voyé chercher au château de Cardoville m'adresse à vous, prince ; « ayez confiance, suivez-mot : une demeure digne de vous vous est « préparée. » Il vous a dit encore, monseigneur : « Consentez â oc pas « sortir de cette maison jusqu’à mon retour; votre intérêt l’exige. Dans « trois jours, vous inc reverrez ; alors toute liberté vous sera rendue. * Vous avez consenti, monseigneur, et depuis trois jours vous n’avez pas quitté cette maison. — El j’aUcods le vieillard avec impatience, — dit bjalma, — car cette solitude me pèse. Il doit y avoir taul de choses â admirer à Paris 1 El surtout... »
Djahna n’acheva pas, et retomba dans sa rêverie. Après quelques moments de silence, le fils de Khadja-Sing dit tout à coup à Faringhea d'un tou de sultan impatient et désœuvré : * Parle-moi ! — Ile quoi vous parler, monseigneur? — De ce que tu voudras, — dit Djalma avec un insouciant dédain, en attachant au plafond ses yeux à demi voilés de langueur ; — une pensée me poursuit... je veux m'eu distraire... parlemoi... »
Faringbca jeta un coup d'œil pénétrant sur les L'ail* du jctiue Indien ; U les vit colores d’une légère rougeur.
« Monseigneur, — dit le métis, — votre pensée... je la devine. »
Djalma secoua la tête sans regarder l'Etrangleur. Celui-ci reprit :
« Vous songez aux femmes de Paris, monseigneur... — Tais-toi, esclave... ■ dit Djalma.
Et il se retourna brusquement sur le sopha, comme si l’on eût touché le vif d une blessure douloureuse. Faringbca se lut. Au bout de quel-
3 ues moments, Djalma reprit avec impatience, eu jetant au loin le tuyau a bouka et cachant ses deux yeux sous scs mains : « Tes paroles valent encore mieux que le silence... Maudites soient mes pensées, maudit soit mon esprit qui évoque ces fantômes! — Pourquoi fuir cea peusées, monseigneur? Vous avez dix-oeuf ans; votre adolescence s’est tout entière passée à la guerre ou en prison, et, jusqu’à ce jour, vous êtes resté aussi chaste que Gabriel, ce jeune prêtre chrétien notre compagnon de voyage. »
Quoique Faringhea ne se fût en rien départi de sa respectueuse déférence envers le prince, celui-ci sentit une légère ironie percer à travers l'accent du métis, lorsqu'il prononça le mot « chaste, p Djalma lui dit avec un mélange de hauteur et de sévérité : « Je ne veux pas, auprès de ces civilisés, passer pour uu barbare, comme ils nous appellent... aussi je roc glorifie d'être chaste. — Je ne vous comprends pas, montejgncur. — J’aimerai peut-être une femme pure, comme l'était ma tnere lorsqu'elle a épouse mon père... et ici, pour exiger la pureté d’une femme, il faut être chaste comme elle... »
A celle énormité, Faringhea ne put dissimuler uu sourire sardonique. « Pourquoi ris-tu, esclave? — dit impérieusement le jeune prince. — Chez les civilités, comme vous dites, monseigneur, l’homme qui se marierait dans toute la lleur de son innocence... serait blessé à mort par le ridicule. — Tu meus, esclave; il ue serait ridicule que s’il épousait une jeune fille qui ne fût pas pure comme lui. — Alors, monseigneur, au lieu d’être blessé, il serait tué par le ridicule... car il serait deux fois impitoyablement raillé... — Tu mens... lumens... Ou, si tu dis vrai, qui l'a instruit? — J'avais vu des femmes parisiennes à Pile de France et à Pondichéry, monscigucor ; puis, j'ai beaucoup appris pendant notre traversée... je causais avec un jeune officier pendant que vous causiez avec le jeune prêtre. — Ainsi, comme les sultans de nos harems, les civilises exigent des femmes une innocence qu’ils n’ont plus? — Ils en
exigent d'autant plus cpi’Us en ont moins, monseigneur. — Exiger ce qu’on n’accorde pas, c'est agir de maître à esclave : et ici, de quel droit cela? — Du droit que prend celui qui bit le droit... C’est comme cher nous, monseigneur. — El les femmes, que font-elles? — Elles empêchent les fiancés d'être trop ridicules aux yeux du monde lorsqu’ils se marient. — Et une femme qui tiompe... ici on la tue? — dit Djalma, sc redressant brusquement et attachant sur Faringhea un regard farouche qui étincela tout à coup d’un feu sombre. — Ou la tue, monseigneur... toujours comme chez nous : femme surprise, femme morte. — Despotes comme nous, pourquoi les civilisés n 'enferment-ils pas. comme nous, leurs femmes , pour les forcer à une fidélité qu’ils ne gardent pas? — Parce qu’ils sont civilisés comme des barbares... et barbares comme des civilisés, monseigneur. — Tout cela est triste, si tu dis vrai, » reprit Djalma d’un air pensif. Puis il ajouta avec une certaine exaltation et en employant, selon son habitude, le langage quelque peu mystique et figuré, familier à ceux de son pays : a Oui, ce que tu dis m'afflige, esclave... car deux gouttes de rosée du ciel se fondant ensemble dans le calice d'une fleur... ce sont deux cœurs confondus dans un virginal et pur amour... deux rayons de feu s’unissaut en une seule flamme inextinguible, ce soûl les brûlantes et éternelles délices de deux amants devenus époux. »
Si Djalma paria des pudiques jouissances de l'âme avec un charme iuexpnmuble, lorsqu'il peignit un bonheur moins idéal ses yeux brillèrent comme des étoiles ; il frissonna légèrement, ses narines sc gonflèrent; l’or pâle de son teint devint vermeil, et le jeune prince retomba dans une rêverie profonde.
Faringhea, ayant remarqué celle dernière émotion, reprit; « Et si, comme le fier et brillant otfrau-rot(l) de notre pays, le sultan de nos bois, vous préfériez à des amours uuiques cl solitaires des plaisirs nombreux et variés ; beau, jeune, riche comme vous l'êtes, monseigneur, si vous recherchiez ces séduisantes Parisiennes, vous savez... ces voluptueux fantôme* de vos nuits, «es charmants tourmcntcors de vos rêves; si vous jetiez sur elles des regards hardis comme un défi, suppliauts comme une prière, ou brûlants comme un désir, croyez-vous que bien des yeux à demi voilés ne s’enflammeraient nas au feu de vos prunelles ! Alors ce ne seraient plus les monotones délices d'un unique amour, chaîne pesante de notre vie; non, cc seraient les mille voluptés du harem... mais du harem peuplé de femmes libres et Gères, que l'amour heureux ferait vos esclaves. Pur et couteuu jusqu’ici, il ne peut exister pour vous d’excès... Croyez-moi donc : ardent, magnifique, c'est vous, fils de notre pays, qui deviendrez l'amour, l'orgueil, l'idolâtrie de ccs femmes ; cl ci» femmes, les plus séduisantes du monde entier, n'auront bientôt plus que pour vous acs regards languissants et passionnés. »
Djalma avait écoulé Faringhea avec un silence avide. L’expression de* traits du jeuue Indien avait complètement changé : ce n 'était plus cet adolescent mélancolique et rêveur, invoquant le saint souveuir de sa mère, et lie trouvau! que dan* b ro*ée du ciel, que dans le calice des fleurs, des images assez pures pour peindre b chasteté, l'amour qu’il rêvait; ce n’était même plu* le jeune homme rougissant d’une ardeur pudique à la pensée des délices permises d’une union légitime. Non, non, les incitations de Faringhea avaient bit éclater tout à coup un feu souterrain : la physionomie enflammée de Itjalma, ses yeux tour à tour étiuccbnls et voilés, l'inspiration mâle et sonore de sa poitrine, annonçaient l’embrasement de son sang et le bouillonnement de ses passions, d'autant plus énergiques qo’cllcs avaient été jusqu’alors contenues. Aussi, s'élançant tout à coup du divan, souple, vigoureux et léger comme un jeune tigre, Djalma saisit Faringhea â fa gorge en s’écriant ; «C'est un poison brûlant que tes paroles !...— Monscignfur, dit Faringhea sans opposer la moindre résistance , votre esclave est votre esclave.»
Cette soumission désarma le prince.
« Ma vie vous appartient, — répéta le métis. — C’est moi mii t'appartiens, esclave, — s'écria Djalma en le repoussant. — Tout à l’heure Fêlais suspendu à tes lèvres, dévorant tes dangereux mensonges! — Des mensonges, monseigneur ! Paraissez seulement â b vue de ces femmes ; leurs regard* confirmeront mes paroles. — Ccs femmes m'aimeraient... moi qui n'ai vécu qu’à b guerre et dans les forêts ! — En pensaut que, si jeune, vous avez déjà bit une sançbnte chasse aux hommes et aux tigres... elles vous adoreront, monseigneur. —Tu met». — Je vous le dri, monseigneur, en voyant votre main, qui, aussi délicate que les leurs, s’est si souvent trempée dans le sang eunemi, elles voudront la baiser, et la baiser encore, eu pensant qui? oaus nos forêts votre carabine armée, votre poignard ‘entre vos dents, vous avez souri aux rugissements du lion ou de la panthère que vous attendiez, — Mai* je suis un sauvage... un barbare. — Et c’est pour cela qu'elles seront à vos pieds, elles se sentiront à la foi* effrayée* et charmées en songeant à toutes les violences, à toutes les fureurs, à tous les emportements de jalousie, de passion et d'aniour auxquels un homme de votre sang, de votre jeunesse et de votre ardeur doit se livrer... Aujourd'hui doux et tendre, demain ombrageux cl farouche, un autre jour ardent et passionné... tel vous serez... tel i 1 but être pour les cutratuer... Oui. oui, qu’un cri de rage s'échappe entre deux baisers, qu'un poignard luise entre deux caresses, quelles retombent enfin brisées, palpitantes de
fil Variété de l'ouoau ûc paradis, gallinacés fort uaourcui.
LE JUIF EHKANT.
kir, d'amour et de frayeur... et vous do serez plus pour elles un lune... mais un dieu. —Tu crois? — s'écria Djalma emporté malgré lui par la sauvage éloquence de l’Etrangleur. — Vous savez... vous sentez que je dis vrai, — s’écria celui-ci en étendant le bras vers le jeune Indien. — Eh bien, oui! — s’éc-iu Djalma le regard étincelant, les narines gonflées, en parcouraut le salon pour aiu-i dire par soubresauts et par bonds sauvages, — je ne sais si j’ai ma raison ou si je suia ivre, tiaîs il me semble que tu dis vrai... Oui, je le sens, on m’aimera avec dui'ire. avec furie... parce que j'ai nierai avec délire, avec furie ; on fris* sonnera de plaisir, de frayeur, parce qn • moi-même... en pensant à cela, je. frissonne île bonheur et «T épouvante... Esclave, tu dis vrai, ce sera quelque chose d’enivrant et de terrible que cet amour. »
En prononçant ces mots, Djalma était superbe d'impétueuse sensualité ; c’était chose belle et rare, l'homme arrivé pur et contenu jusqu’à l’àge où doivent se développer dans leur toute-puissante énergie les admirables instincts d'amour que Dieu a mis dans la créature: instincts qui, comprimés, faussés ou pervertis, peuvent altérer la raison ou s'égarer en débordements effrénés, en crimes effroyables, mais qui, dirigés vers une grande et noble passion, peuvent et doivent, par leur violence meme, élever l'homme, par le dévouement et par la tendresse, jusqu’aux limites de l'idéal.
• Oh! celte femme... cette femme... devant qui je tremblerai et qui tremblera devant moi... où est-elle est donc? s'écria Djalma dans un redoublement d'ivresse. — La trouverai-je jamais ? — Une , c'est beaucoup, monseigneur, — reprit Fariughea avec sa froideur sardonique: — qui cherche une femme la trouve rarement daus ce pays; qui cherche des femmes est embarrassé du choix. >
Au moment où le métis faisait cette impertinente réponse à Djalma, on put voir à la petite porte du jardin de cette maison, porte qui s’ouvr.ul sur une ruelle de^erte, s'arrêter une voiture coupée, d’une extrême élégance, à caisse bleue lapis et à train blanc aussi rechampi de bleu: celle voilure était admirablement attelée de deux beaux chevaux de sang bai-doré à crins noirs ; les écussons dus harnais étaient d argent aiusi que les boutons de la liviée des gens, livrée bleu-clair à collet blanc ; sur b housse, aussi bleue et galonnée de blanc, ainsi que sur les panneaux des portières, on voyait des armoiries eu losauge sans.cimlcr ni couronne, aiusi que cela est d'usage pour les jeunes lilles. Deux femmes étaient dans cette voiture : mademoiselle de (.arduville cl Floriue.