CHAPITRE VU
la» iMlrt.
Quelques instants avant l’entrée de mademoiselle de Cardoviile dan» la serre chaude, ltodin avait été introduit par Foringltea auprès du
SS
LR JUIF ERU A NT.
prince, qui, encore sous l'empire de l'exaltation passionnée où lavaient plongé les paroles du métis , ne paraissait pas s’apercevoir de l'arrivée du iesuile.
Celui-ci. surpris de l'animation des traits de Djalma. de son air presque égaré, Üt un signe interrogatif à Fariogliea. qui répoudit aussi à la dérobée et de b maniéré symbolique que voici : après avoir posé son index sur son coeur et sur sou front, il montra du doigt l ardent brasier qui brûlait dans la chemiuée : cette pantomime signifiait que b tête et le cœur de Djulma étaient en fieu. Bodin comprit sans doute, car un imperceptible sourire de satisfaction ellleura ses lèvres blafardes : puis il dit tout haut à Fariughea : « Je désire être seul avec le priucc ; baissez le store, et veillez à ce que nous ne soyons pas interrompus. . »
Le métis s'inclina, alla toucher un ressort pbeé auprès de la gbce sans tain, et elle rentra dans l’épaisseur de b muraille a mesure que le store s'abaissa; s'inclinant de nouveau, le métis quitta le salon. Ce fut donc 1*011 de temps après sa sortit! que mademoiselle de Cardovilleet Florinc arrivèrent dans b serre chaude, qui notait plus séparée de la pièce où se trouvait Djulma que par l'épaisseur truns-
Ê arenlc du store de soie lunclie brodée de grands oiseaux de couleur.
Le bruit de b porte que Fariughea ferma eu sortant sembla rappeler le jeune Indiéh a. luimémo : ses traits , encore légèrement animés, avaient repris leur expression de calme et de douceur ; il tressaillit, passa lu main sur son front, regarda autour de lui, comme s’il sortait d'une rêverie profonde; puis, s'avançant vers Bodin d’un air à la fois respectueux et confus, il lui dit en employant une appelbtion habituelle à ceux «le son pays envers les vieillards : a l'jldon, mon père... »
Et toujours selon b coutume pleine de déférence des jeunes gens envers les vieillard», il voulut prendre la maiu de Bodin pour b porter à scs lèvres, hommage auquel le jésuite se refusa en sc reculant d'un pas.
«i El de quoi me demandez - vous pardon , mou cher prince ? — ditil à Djalma. — (Juaud vous êtes entré je révais; je ne suis pas tout de suite venu à vous... Encore pardon, mon nère — Et je vous pardonne de nouveau, mon cber
pour cause bissé ignorer l'arrivée. Après un moment «le silence.il reprit d'un ton rempli d abandon, en tendant sa maiu à Uotlid : «Vous voilà je suis heureux. — Je minprrlRs votre joie, mon cher prince, car » vient vous desemprisonner-., ouvrir votre cage... Je vous avais prié d vous soumettre a celle petite réclusion volontaire, absolument dans votre intérêt. — Demain je pourrai sortir? — Aujourd'hui même, me cber prince. »
le jeune Indien réfléchit un instant, et reprit : « J'ai des amis, | que je suis l« i dans ce palais qui ne m'appartient pas? — Eu effet.. . avez «les amis... d'excellents amis, » répondit Bodin.
A ces mots b figure «le Djalma sembla s'embellir encore. Les pins c blés sentiments se peignirent tout A coup sur celle mobile et chan
physionomie ; tes g
yeux noirs tlcv jurent I gèrcmenl humides; ap un nouveau silence, se leva, disant à De d une voix émue : < nez... — Où cela, i prince?... — dit Faut* fort surpris. — T cicr mes amie... j*ai ; tendu trob jours;...' ’ long. — IV-rmclU prince... permettez.. .j a cc sujet bien «Jcs c* ses :i vous app veuillez vous Djalma se rassit «I lement sur sou fauto Bodin reprit : ■ U e
vrai vous avez f
amis... ou plutôt 1 avez un ami : les s sont rares.— .Mais vo — Cesl juste. ..Vous a donc deux amis, cher prince : moi...
vous connaissez... Mi autre que vous ne < naissez pas... et «jui d sire vous rester iucom — Pourquoi? — Pal quoi? — répondit ÎWxlio un peu embarrassé, parce que le bonheur quH éprouve à vous douuer des preuves do son amitié, parce que sa tran-
3 utilité à lui sont au prix e ce mystère. — l'o»
? |'»oi sc cacher quand « ail le bien? — (Juck fois pour caher le I qu'on fait , mon priucc. — Je profite celte amitié ; pour se cacher de moi? ■
Los pourquoi resté du jeune Indien .
blaient assez désorienter Bodin, qui reprit cependant : « Je vous l'ai dit.
cher prince, votre ami secret verrait peut-être sa trainiuillité compiiH mise, s’il était connu...
— S’il était connu— pour mon ami? — Justement, «lier prince. > Les traits de bj.il
Cibo'jic. prirent aussitôt une <
pression de dignité I
prince; mais causons, le; U releva fiêre
si vous le voulez bi« n ; reprenez votre place sur ce canapé... et même la tête, et dit d’une voix hautaine et sévère : « Ptiisquc cet ami sc c votre pipe, si le cœur vous en dit.» I c’est qu'il lougit de moi ou que je d«és rougir de lui... je n'aev
Mais Djalma. au lieu de se rendre à l'invitation de Bodin et de s'elon- ! dliopilalité que d«i» gens dont je ^ts digne ou qui sont dignes de 1 dre sur le divan selon sou habitude, s'agit sur un fauteuil, malgré les : je quitte ccttc maison. »
instances du vieillard au cœur bon , ainsi qu'il appebil le jésuite.
■ En vérité vos formalités me désoleni , mou cher priucc, — lui dit Bodin, — vous êtes ici chez vous, au fond de l'Inde, ou du moins nous désirons que vous croyiez y être. — Bien des choses me rappellent ici moo pays, — dit Djalma d une voix douce et grave. — Vos bonté» me rappellent mon père, cl celui qui l'a remplacé auprès de mol, » ajouta l’Indien en songeant au maréchal Simon, dont on lui avait jusqu’alors et
Et ce disant. Djalma se leva si résohiment que Rodin s'écria .
écouiez-tnoi donc, mon cher prince.,. Vous êtes, pcrmeUez-tnoi de vo l«‘ dire, d’une pétubnee, d’une susceptibilité incroyables... Quoique no__ •vous tâche de vous rappeler votre beau pays nous sommes ici eu |»l«De Europe, en pleine France, en plun Dans; cette considération doit un peu modifier votre manière de voir; je vous en conjure, écouicz-uioi.« bjalma, maigre la complète iguorauce de certaines conventions soda-
les, «rail trop de bon sens, trop de droiture, pour iic pas se rendre à la raison, quand elle lui semblait... raisonnable : les paroles de Bodin le calme nul. Avec cette modestie ingénue dont les natures pleines de force et de générosité sont presque toujours douées, il répondit doucement : ■ If on pere, vous avez raison, je ue suis plus dans mon pays;... ici.... les habitudes sont différentes; je vais réfléchir. »
Malgré sa ruse et sa souplesse, Bodin se trouvait parfois déroulé par allure iv âges et par l'imprévu des idée* du jeune Indien. Aussi le vit-il, à sa grande surprise, rester peusif pendant quelques minutes; après quoi, Djalina reprit d'un ton calme mais fermement convaincu : « Je vous ai obéi ; j'ai réllérhi, mon père. — Eh bien, mou cher prince? — Dans aucun pays du monde, sous aucun prétexte, un homme i honneur qui a de l’amitié pour un autre homme d'honneur, ne doit la cacher. — Mais s’il v a pour lui danger (l’avouer celle amitié?..»
dit Bodin, fort inquiet de la tournure que prenait l'entretien.
Djalina regarda le jésuite avec un étouneuieul dédaigneux , et ne répondit pas.
« Je compromis x otre silence, mou cher prince ; un homme courageux doit braver le danger, soit; mais si c’était vous que le (bnger menaçât, dans le cas où celte amitié serait découverte, cet homme d' honneur ne serait-il pascxcu&able, louable même, de vouloir rester inconnu?—
Je u'accepic rien d'un ami qui me croit capable de le renier par ueltcté.... — Cher prince, écoutez- moi.
— Adieu, mou pere.
— Bélier hissez . . . . — -
J’ai dit, — reprit Djalma d'uii tou bref et présenté souveraiu.cu marc-liant vers b porte. — Eh, mou Dieu ï s'U s'agissait d'uue femme ? » s'écria Bodin, pousse à bout et courant à lui, car il craignit réellement de voir lljalma quitter la maison , et renverser ainsi absolument scs projets.
Aux derniers mots de Bodiu, l'Indien s'arrêta brusquement.
« Une femme /-ditil en tress.iiU.int et devenant vermeil : — il s'agit d une femme?—
Eh bien, oui ! s’il s’agissait d’une femme...
— reprit Bodin, — comprendriez- vous sa réserve, le secret dont elle est obligée d’eub jurer les preuves d’affection qu’elle désira vous donner? — Une
femme ? — répéta Djalina d’une voix tremblante, en joignant les mains avec adoration. Kl ce ravissant visage exprima un saisissement ineffable, profond. — Une femme? — dit-il encore, — une Parisienne?... — Oui, mou cher prince ; puisque vous me forcez à cette indiscrétion, il faut bien vous l'avouer : U s agit d'une... véritable Parisienne... d'une digne matrone... remplie de vertus, et dont le... grand âge mérite tous vos respects. — Elle est bien vieille? — s’écria le pauvre Djaliua, dont le rêve cliaruiant disparaissait tout à coup. — vF.lle serait mou aînée de quelques années, » répondit Bodin avec un sourire ironique, s'attendant a voir le Jeune homme exprimer une sorte de dépit comique ou de re-
!•» . t p. •. Il- V* lue Sjh.I-U*.-, 1 . . Hj »ik
AgricoL
gret courroucé. Il n'en fut rien. A l'enthousiasme amoureux, passionné, qui avait un instant écbté sur les traits du prince, succéda une expression respectueuse et loue -haute ; il regarda Bodiu avec attendrissement, et lui dit d'une voix émue : « telle femme est donc pour moi... une mère? »
Il est impossible de rendre avec quel charme à b fois pieux, mélancolique et tendre, l'Iudieu accentua le mot « une mère. »
« Vous l'avez dit, mou cher prince, cette respectable dame veut être une mere pour vous... Mais je lie puis vous révéler la cause de l'affection qu'elle vous porte... Seulement, croyez-moi, celte afTection est sincère; b cause en est honorable. Si je né vous en dis pas le secret, c'est que, chez nous, les secrets des femmes, jeunes ou vieilles, sont sacrés.— Ceb est juste, et son secret sera sacré pour moi. Sans la voir, Je l'aimerai avec respect. Ainsi l'on aime Dieu sans le voir...
— Maintenant , cher prince, bissez - moi vous dire quelles sont les intentions de votre maternelle amie. Celte maison restera toujours à votre disposition, si vous vous y plaisez : des domestiques français, une voilure et des chevaux, seroul à vos ordres; l’on se chargera des comptes de votre maison Puis, comme un (ils de roi doit vivre royalement, j'ai fais&é dans b chambre voisine une cassette renfermant cinq cents louis; chaque mois, une somme pareille vous sera comptée ; si elle ne vous suflit pas pour ce que nous appelons vos menus plaisirs. vous me le direz, on l'augmentera. »
A un mouvement de Djalina, Bodin se hâta d'ajouter : « Je dois vous dira tout de suite, mon cher prince, que votre délicatesse doit être parfaitement en repos. D'abord on accepte
tout d’une mere
puis, comme dans trois mois environ vous serez mis en possession d’un énorme héritage, il vous sera facile, si cette obligation vous pèse (cl c’est i peine si b somme, au pis-aller, s'élèvera à quatre ou cinq mille louis), il vous sera facile de rembourser ces avances. Ne ménagez donc rien, satisfaites à toutes vos fautakies... on désire que vous paraissiez omis le plus grand monde de Paris, comme doit paraître le fils d'un roi surnommé le Père du (icnéreux. Ainsi, encore une fois, je vous en conjure, ue soyez pas retenu par une fausse délicatesse... si cette somme ne vous suflit pas. .. — Je demanderai. . davantage; inu mère a raison... un flLs de roi doit vivre en roi. »
Telle lut b réponse que lit l'Indien, avec une simplicité parfaite, sans paraître étonné le moins du monde de ccs oITres fastueuses; et cela devait être : lljalma eût fait ce qu'on faisait pour lui, car l'on sait quelle sont les traditions de prodigue magnificence et de splendide hospitalité des princes indiens. Djalina avait été aussi ému que reconnaissant en apprenant qu'une femme l'aimait d'affection maternelle... (Juaut au luxe
LK .11 IK KftftANT.
(Joui die vouUU l'entourer,, h. l'acceptait sans éipuiicuunut sain scru- i pule.
Celle rétigimhon fut une autre Jéruu venue (tour jh-diu, qui avait ; prépaie plusieurs uxwU* ut» arguments pour engager l'indiet! à accepter.
* Voici doue ce qui C.-.I bien convenu, mou cher prince, — reprii le jésuite; — ■ iiMiul' u.ml, connue il but que vous voyiez le monde, et que vous v entriez par b medi- ure porte, ainsi que nous disions... un nés ami? de voire maternelle protectrice, M. lu teinte de Mooibrnn, vieillard rempli d'expérience cl apparif.u.iul a L plus limite »<m idtc, vous p cseulcra dan» l élite des nuisons de l'urU... — Pourquoi ne ui'y pré» sentez-vous lui». vous, mou pore" — lléb» mou cher pûm u, regaidozniui donc... uiks-umi si ce serait la mou rôle... Non, mm, ,o vis seul cl retiré, lit puis, — apura llodtn après un silence, en attachant »ur le jeune prince uu regard péuélraiil. atteulil el (mieux, cntiuuc s'il eûl voulu ie soumettre à une sorte d'expérimuiitatiou par les parole* suivante?; — ci puis, voyez-vous... M. de Moulin ou sera mieux à même que moi, d.ius le monde où d va... de vous éclairer sur les pièces que I ou pourrait vous tendre, t.ar si vous avez de» amis .. vme? ave/ aussi des vuuciiùs... vous lu savez , de l.i Ih-s ennemis, qui oui a bure d'uue naum-re infini- de voire coudame, qui se soûl raille.-* de v ou 1 cimiuim*
ruih L'ureibeiueul leur puissance égale leur iuéi li.ineeté, ii serait peut» ê'i. plus prmb-ni à vous de ta< lier do Ica éviter... de les loir... au lieu de leur résister en Eau,*. »
Au souvenir de ses ennemi?. à hi peiiree de les fuir, Mjalma fri^oun de tout son corps, *« traits de. lurent tout à COUp d'une jaleur livide; ses veux, démesurément ouvert», et doul b nrunille se * erda ainsi dit blaiic. éünct 1er eut d un Teu sombre: jamais le mépris, la Ira ne, la soi. de la vengeance nui Livre ni pkts terrible» sur une Lee huuiaiue.. Sa levre supérieure, d un muge île sang» laissant voir s*-» petites dt-uu
blatii he.> el Stfirce», se fclruuvsaU moliile, cotivuLive, , l il ur.uil à au pbvsteuouiie, naturellement si « lu. maille, UUe expression do férocilé t »le aient animale, qt;e ilodin se leva de sou Luteuil cl s'écria t
o ÿu avez-vous... prince?..- vous m'é| cuvante* ! »
Ujalpra ne répondit pus : à demi pcnclré sur son siégo, ses deux mains, crispées par L rage, appuyées 1 une sur l'autre, il semblait -c e uiq onner à l'un des bras du fauteuil, de peur de céder à un accès de lui cur épou va niable. A eu moment, le hasard vonliit que le huit d'ambre dn tuyau de huuka eût roulé sous sou pied ; la tension violente qui cou- (raclait tous les oorGtdë ) indien était si pub-ante, il était, m.dgié m jeuucwe et sa ivellt apparent e, d'une tell 'i ur, que* d un brusque mou • eiiKiit, U pulvérisa le bout d'ambre, in; bié sou extrême dur le.
« Mais au uoiu du ciel! qu'avez- vous, priui-e? sVeria Rodin. — Ainsi j'écraserai nies lâches ennemis ! » su ria iijalma, le regard lueliacuill et elillaïuiué.
fuis, comme si ces paroles eussent mis le comble à sa rage, il bondit de mni »iége, et alors, les veux hagards, il parcourut le salon pendant quelque* se. m iles, allant et venant dans tous U*s sens, eonmie s il eûl < lier lié une a nue autour de lui. pous»aul de temps à autre une sorte de cri rauque, qu il tachai; d'étouffer en p l iant se- deux poings crispé-, à sa bom be... tandis que se> mâchoires lre?saillaicul cuuvulsivenieul... Celait b rage, impui .saute de L b, te féroce altérée de carnage. Le j- une Indien élail ainsi d une beauté grande et sauvage; on sentait que ce» divins instinct* dune ardeti zauguiiMiru et d'une aveugle Intrépidité, alors exalté» à ce point par I borrcui de l.i trahison et de L lâcheté, des qu'ils s'appliquaient a J.i guerre ou à ces citasses pganle?qtics de l'iude, plu» meurtrie re» encore «pie la bataille, devaient Lire de iijalma ce qu’il était ; nu héros.
Ilodin admirait avec mie joie sinistre et profoude la fougueuse impéliiosité des pastiious de ce jeune Indien, qui. d jus des cironsunce» dom.ées,
*li raient Lire des expio-u -m terribles. Vont à coup, a la grand* surprise du jémîte. celle tempête se calma, l a fureur île bjalma •'apaisu preâque subite ii eut. (ut ce que b léllexiou lui eu démontra biculût la vanité. Alors, houleux d** cet emportement puéril, il baissa les yeux. aa figure n-su paie et «ombre; |>uis avec un* tranquillité froide, piu» reiluulable eu un» que L vkdeuce à laquelle il vouait de se laisser entraîner, il «lit à Rodin :
« Mou peiv, vous uic conduirez aujourd'hui mi face dénies enDciiiis. — Ll dans quel but moucher prince?... tjue voulez-vous? - Tuer ces lâche»! — 1^*» tuer i!! Vous n’y |>ci)ser. pas. — Fa ring la- a tu aidera . —
I m ure une fois, songez donc que vous u'étes pas i«i sur les Iwrd» du G.iugc. où l'on tue son ennemi connue on lue le ligre a la chasse. — On m? ira avec uii eiinnni loyal, on tue nu traître comme un chien maudit, reprit Pj; dîna avec autant de coiivm lion que de îianqmllité. — Ab ! prince... vuoa dont le |»t*re a él< ; appelé le me du fiéuércux, — dit ILmIîii d'une voix giave. — quelle jo o irnuvores-vuus à fMpjM-.r de»
* 1res a»»*i lâche» que imâ liaut» ? - Détruiic ni qui est dangereux est nu devoir. — Ain»... nrinci*... b vcug-mice? — Je ue nu; yeugo pa» d un serpent... — dit lAndieu d'une hauteur amère. — je I éi.ru-c. — Mais, mon * hcr prince, ici ou ue -u débarrusse pas Je scs cimei:;i., de celte (•(On ; si 1 «m a à mi plaindre.. — L* s a*«;:ncv *t le» cnf:.i;U »e plaignent, — dit b .Ima en iuUrixiiupa.il bodin, — K» Imiimi s ir.q.nent.
- iin un bord du bon c t lier prince . mai» pu* ici... u-i L I
Société prend en main ' «or . ..u -c, iV\auiiuc, L» juge, cl, » il y a heu, puuit... — Ikiii» mon •. '.i um-, j»! suis juge et bourreau... — üe grave I
écoule/.-mui : vous avez écliappé aux piégtô odiwii de vos enuomis. n'ot-ic, jxi .V ; b bien, suppose* que ccln ait élé grâce au dévouement du Li vêtu r-bîe lemme »p;. a pour vous b leinlu-isc d une lucre; nmiu- Icnanl si • lie vous demandait leur grâce, elle qui voit» a sauvé d'eux... que ii.i ie/-vous ? •
Lin ieu hai-v-a b Ictc, resta quelques moiucnU sa us répomtre.
I ruliUttt de son hésitation, ILmUii contiuuu ; « Je pourrai* vous dire: ruine, je commis vos «umeiui» ; mais, dan» la cia iule de vou» voir rommettre quelque leriible. impunb-nce, je vous cacburui leur» noms a tout jamais. Kh Lieu 2 imu, je vous jure que, si la rrspurlablc personne qui vous aime comme, un {ils trouve juste et utile que je vous dise ce» mwn*. je von» les dirai, mai», jusqu a ce quelle ait prononcé, je uns (aini n
hjaliuj u garda Lodin d'un air sombre el roinrouro.
A d- moment, Faringln a outra, et dit à llodiu ; « Un homme, porteur d’uue lettre, est allé die* vous... On lui a dit que vous étiez ici -, il est venu... Faut- U recevoir celle lettre? Il dit que c'est de b part de M. lftbbé d Agrlguv... — Lcrtaiiieiiic^t,— dit (lodiu ; puis il ajouta éi le prince le pc|u)ct! »
itj.ibua lit un signe de télé Fariugliea sortit...
« \ nu» paixtunuc*. cher prince ; j alk-udais ce matai une lettre fort impoiiame; comme elle lardait à venir, ne voubia pas inampier de vous voir, j ai reconnu. aidé cLe* moi de m’envoyer celle lettre ici. ■>
Unclquc» instants apres, Fariugliea revint avec une lettre qu’il remit à Ucdiu . âpre» quoi, le métis tan lit.
dlAPfFRB IX.
Adriennc et Djabu.
Lorsque faringlieaciK quitté le salou, ilodin prit la lettre de l’a bliéd'.Vigrigny u mu main, et d<- l'autre parut cher* lier quelque ibiwv, U’abud d.m? la pm'lic de uô'.o «le sa rciliiigolc, pub dans sa poche de detinre, pui.d ns ie goii ».-l Je s u» pautal-n pui» euLin, ue trouvant lieu, 3 po a I i lettre sur h genou r.q c- d*- sou |xc.i talon noir, cl sc tâu pai tout, uc» deux main», d un air de ii ,,;x l et d uîquii tnde.
Ia»di>cr» muuvouH-ni.» «Je celte p;mioitiuin-, jouée avec uoc bouliiMiiu' p. rtiile, l’uuail couronné? par celle cw-luniutinti ; « Al* ! niou liiL-iil! c est «le .-niant ! — Mu'. t vez- v ou»? — lui dcuianiLi lljnlina portant du sombre »il« m e où il était plongé depuis quelques instapt*. — llébsl mou cher prince, • — i prit Uod'm, — il in anive !j chpse du monde la plu- vulgaire, b plu.? puérile, ce qui ue lempéche pas «fi'Jtt pour moi iiüiiiinieni beh iw... j'ai oublie ou perdu mes lunette» , or, par ce dmni-jour, et surtoni à cause de la «!•■ eslable vue que le Irawül et les années m'ont faite , il m'est absolument itu; o-?»ib!e de lire celte lettre, fort buporlaotc, or ou attend de moi une réponse trô^profqpte, tres-siiuplc cl Ues-i alégorique . un «;ui ou uu uou.... L'heure presse; c est dewjstk-ranl... oi cm ure , ajouta Hodiu en appuya ut sur cca.iqou «taux regarder Mjaloin, niai» alin que ce dt iiiicr les remarquai, — Ai encore quelqu'un pouvait me rendu- ce service de lire pour moi.... uuia non., personue... persomie...— .Mon pcie, lui dit obligeiuniuciU I*jaW, voulez-vous que je lixi pour von»? la» lecture liuie, j'aurai uublb'- ce uue j'aurai lu. — Vou»? — s'écrb Hodiu , comme si la |>r<>po»ilqtu dbjto- «li«-u hn eût semblé à b fois cxui bilaulo cl dangereuse, — t est iiujvos- »ibli* t prince... vou-.. lire celle lettre... — «lors e\e«»ez ma «h-maudr, — dit douceineul l'jalnu. - Mais, au fait, — Reprit Uodl âpre» un moment de réllexion et sc parlant à lui même. — pourquoi nui)? »
l.l il ajouta en s'adres-aut a hjjhna ; « Vraiment , vous auriez, celle complaisance, mon (lier prince ? Je n'aurais pas cié voû* deiii.«i>«kr ce servi- e. »
Le dtviul, Rodin remit la lettre à iijalma, qui b lut ü voix Imuio.
üllte Itlll'l était ainsi cooçnc ;
« Votre vi»iu- de ce malin a l'hôid de Sainl-Di/ier, d'apu-» ce qui
• m’a clé rapporté, doit être cumidéiée cumiue uue uouvelfe agrc^siyu « d-' votre part.
a 'oici la dernière piuposiliou que Fou vous a autiomée; p<:til-<tie « sera-t-elle aussi iiiirueluiuoc q«ic la démarche que j'ai bieu voulu Lutter « hier eu me remlaut me 1 lo i?.
a \pre» celle longue el pén'üilc explicatiuu, je vous ai dit «pie jq Vous » écrirais : je liens ma piumesse, voici doue mou ullituaUiut-
« Lt d'abord un aveitis»emnut : Prenez garde... Si vou» vous opinU-
• irez à soutenir une lutte inégale, vous sOrez exposé un'uit* à L haine « de ceux que vous voulez loTl sueitl protéger, tm a mi|V‘ moyens de
• vou» l'ordre auprès d eux mi le? éclairant sur vos projets, Ou leur
■ prouvera que vous ave* trempé dan» je complot que v du» priTen-b-'t « liU-iuli luut dévoiler , cA eda non pas par giTiéiosJté , nuis par éppi- « **ité. *• , .
(.‘ooiqui- njalma eût L pariai: C déînjto-c de Sentir que in moindre question à Hodiu an sujet uo «*i tte 1* t tu: si-ndi um* grava? imli^téÜou, il Uv* put s'euqo-, her do tourner vivement b lêlf sers h* j«jsuite en Usant ce | image.
« Mon Pieu, oui! fl s’agit de moi... de moi-même. Toi que vous me voyez, mou cher prince, — ajouta-t-il en frisant allusion à ses vêtements sordides, — on ni accuse de cupidité. — Et quels sont ces gens que vous protégez'.' — Mes protégés?.,. — dit Ifodiii en feignant quelque hésitation. comme s’il eut été embarrassé pour répondre, — qui sout me» protégés ?... Hum... hum., je vais vous dire. Ce sont... ce sont de pauvres diables saus aucune res&ourec, gens de rien, mais gens de bien, n’avaut que leur 1 m vi droit «Lins.... un procès qu’ils soutiennent; ils sout menacés d être écrasés par des gens puissants. Ires-puissants... Ceux-là, heureusement, ne sont pas assez connus pour que je puisse les démasquer an profit de me» protégés... (Jue voulez-vous?... pauvre et chétif, je me range naturellement du côté des pauvres et des chétifs... Mais continuez. je voits prie... »
Djalma reprit :
« Vous avez donc tout à redouter en continuant de nous être hostile,
« et » ion à gagner en embrasant le parti de ceux que vous appelez, vos « amis; ils seraient plus justement nommés vos dupes, car s’il était »fo* « cère, votre désintéressement serrait inexplicable. Il doit doue cacher,
« cl il cache, je le répète, des arriêre-peurées de cupidité.
« Ch bien ! sons ce rapport même , ou peut vous offrir un ample dé- « dommage ment, avee celte différence que vos espérances sont unique* a ment fumiers sur la reconnaissance probable de vos amis, éveutu.dité « fort chanceuse, taudis que nos oflres seront réalisées à l'iustaiit même ;
« pour parler nettement, voici ce que l’on exige de vous : ce soir même,
« avant minuit pour tout délai, vous aurez quitté Paris, et vous vous en- « gagerez à n'y pas revenir avant six mois. »
Djalma ne put rcleuir un mouvement de surprise, et regarda Bodin.
« Test tout simple, — reprit-il ; — le procès de me» pauvres protégés sera jugé avant cette époque, et, en m’éloignant, on m'empêche de , veiller sur eux ; vous comprenez, mon cher prince, — dit Rodin avec , une indignation amère. — Veuillez continuer et m'excuser de vous avoir , inter rompu; mais tant d’impudence me révolte, s Djalma continua :
« Pour que nous ayons la certitude de votre éloignement de Paris du- « ranl six mois, vous vous rendrez chez un de nos amis en Allemagne :
« vous recevrez chez lui une généreuse hospitalité ; mais vous y deincu « rcivx forcément jusqu’à l’expiration du délai. «
« Oui... une prison volontaire, » dit Rodin.
« A ces couditions, vous recevrez une pension de 1,000 fr. par mois,
« à dater de votre départ de Paris, 10,000 fr. coinptaul et *20, OKI francs « après les six moi» écoulés. Le tout vous sera suffisamment garanti.
« Lutin, au bout de six mois on vous assurera une position aussi houo- « rablo qu'indépendante. »
Djalma s’étaut arrêté par un mouvement d'indignation involontaire, Renia lui dit : a Continuez, je vous prie, cher prince; il faut lire jusqu au bout , cela vous douuera une idée de ce qui se passe au milieu de notre civilisation. »
iljalma reprît ;
« Vous connaissez assez la marche des chose» et cc que nous sommes « pour savoir qu’en vous éloignant nous voulons seulement nous défaire « d’un ennemi peu dangereux, mais ires-importun : ne soyez pas aveuli glé par votre premier succès. I es suite» de votre dénonciation seront « éioufféis, parce qu’elle est calomnieuse ; le juge qui l'a accueillie se « repeutira cruellement de 6on odieuse partialité. Vous pouvez faire de « cette lettre tel usage que vous voudrez. Nous savons ce nue uons ccriz vous, à qui nous ecrivous et comment nous écrivons. Vous recevrez u cette lettre à trois heures. Si, à quatre heures, nous n’avons pas de « vous nue acceptation de votre main, pleine et entière, au bas de celte c lettre... la guerre recommence... non pas demain, mais ce soir. »
Cette lecture finie, Djalma regarda Rodin, qui lui (lit : « Pennetlez-moi « d'appeler l aringhen. »
Kt cc disant, il frappa sur un timbre. Le métis parut.
Rodin reçut la lettre des mains de Djalma , la déchira en deux morceaux , la froissa cuire ses mains , de mauière à en faire une espèce de boule, et dit an métis en la lui remettant : « Vous donnerez ce chiffon de papier à la personne qui attend, et vous lui direz que telle est ma réponse à celle lettre indigne cl insolente . vous entendez bien , à celte lettre indigne et insolente. — J'cnteud» bieu, dit le métis, et il sortit. — C’e>t pcqt-élre une guerre daugereusc pour vous, mon père, — dit l'Indien avec intérêt. — Oui, cher prim e , dangereuse peut-être... Mais je ne fais pas comme vous... moi'; je ne veux pas tuer mes eonemis parce qu'il» sont lâches et méchants... je les combats... soik l'égide de la loi; imite/ -moi donc... Puis, voyant les traits de Djalma se rembrunir, Ito— «lin aioitfi : J’ai tort... Je ne veux plus vous conseiller à ce sujet. Seuleni ru, convenons de remettre cette question au seul jugement de votre digne et maternelle protectrice. Demain je la verrai . si elle y consent, je vous dirai le nom de vos ennemi». Sinon , non. — F.t cette (corne... celle seconde nterc... — dit Djalma, est d'un caractère tel qnc je pourrai me soumettre à son jugement? — Elle, — s'écria Rodin en joignant les main* et eu poursuivant avec une exaltation « rois-ante ; — elle, mais c’est ce qu'il y a de plus noble, de plus généreux, de plus vaillant sur la terre!... elle... votre protectrice! mais vous seriez réellement son (Ils... elle vous aimerait de toute la violence de l'atmuir maternel, nnes’lls'agissait pouf vous de choisir entre m»e lût holé ou la n Oîl.clV vous dirait ; — Meurs I quitte à mourir avec vous.— Oh ! n<d le fciwreî... Ma
mène «Hait ainsi : — s'écria Djalma avec entraînement. — Elle... — reprit Rodin dans un enthousiasme croissant , et se rapprochant de la fenêtre cachée par le store , sur lequel H jeta un regard oblique et inqufot. -— Votre protectrice! mais ligurez-vous donc le courage, la droiture, la loyauté en personne. Oh ! loyale surtout !... Oui, c’est la franchise chevaleresque de l'homme de grand C OB W jointe à l'altière dignité d’une femme qui , de sa vie... entendez-vous bien, de sa vie, non-seulement u’a jamais menti, Don-seulemcnt n’a jamais caché une de ses {wnsées, mais qui mourrait plutôt que d«* céder an moindre de ces petits sentiments d’astuce, de dissimulation nu de ruse presque forcés chez les femmes ordinaires par leur situation même. »
Il est diflirile d’exprimer l'admiration qui éclatait sur la figure de Djalma eu entendant le portrait tracé par Rodin ; scs yeux brillaient, scs joues se coloraieut, son cœur palpitait d'enthousiasme.
« Bien, bien , uoblc cœur, — lui dit Bodin en faisant un nouveau pas vers le store, — j'aime à voir votre belle âme resplendir sur vos beaux traits... en m’entendant ainsi parler de votre protectrice inconnue. Ali! c’est qu’elle est digne de cette adoration sainte qu'inspirent les nobles cœurs, les grands caractère». — Oh ! je vous crois, — s’écria Djalma avec exaltation ; — mon cœur est pénétré d’admiration cl aussi «l'étonnement; car ma mère n’est plus, et une telle femme existe! — Oh ! oui, pour la consolation de» affligés elle existe: oui, pour l'orgueil de son sexe elle existe ; oui, pour faire adorer la vérité, exécrer le mensonge, «die existe. .. Le mensonge, b feiute surtout, n'oul jamais terni cette loyauté brillante et héroïque comme l'épée d’un chevalier... Tenez, il y a peu de jours, cette noble femme m’a dit d'admirables paroles, que je u’oublierai de ma vie : « Monsieur, dès que j'ai un soupçon sur quelqu'un que j’aime ou que j’isiimc.. . »
Rodin n’acbeva pas. Le store , si violemment secoué au dehors , que son ressort se brisa, se releva brusquement à la grande stupeur de Djalma, qui vit apparaître à ses yeux mademoiselle de CardoviJIc.
Le manteau d’Adrieune avait glissé de ses épaules, et au violent mouvement qu elle fit en s'approchant du store , son chapeau , dont les rnhaiis étaient dénoués, était tombé. Sortie précipitamment, n'ayant eu le temps que de jel«»r une pelisse sur le costume pittoresque et charmant dont par caprice die s'habillait souvent dans sa maison, elle apparaissait m rayonnante de beauté aux yeux éblouis de Djalma, parmi ce» feuilles et ce» fleura, que l'Indien se croyait sous l'empire i(un songe. ..
I es mains -jointes, les grands yeux ouverts, le corps higèrement penché en avant , comme s’il l'eût fiéclii pour prier, il restait pétrifié d'admiration.
Mademoiselle jje Cardoville , émue , le visage légèrement coloré par f émotion , sans entrer dans le salon , se tenait debout sur le seuil de la porte de la serre chaude.
Tout ceci s’ était passé en moins de temps qu'il n’eu faut pour l'écrire ; aussi, à [»eine le store eut-il été relevé, que Bodin, feignant la surprise, s'écria : « Vous ici... mademoiselle? — Oui, monsieur, — dit Aérienne d’une voit altérée , — je viens terminer la phrase que vous avez commencée; je vous avais dit que, lorsqu’un soupçon me venait à l'esprit, je le disais bâillement à la personne qui lue ! inspirait. Eh bieu ! je l'avoue, à celte loyauté j'ai failli : j’élais venue pour vous épier, nu moment même où voir» réponse à ftbbé d’Aigrignv me donnait un nouveau gage de votre dévouement et de votre sincérité: je doutais de voire droiture an momeut même où vous rendiez témoignage d. ma franchise... Pour la première fois de ma vie, je me suis abaissée jusqu à la rase... relie faiblesse mérite une punition, je la subis ; une réparation, je vous la fais : des excuses, je vous les offre. — l'ois, s'adressant à Djalma, «Ile ajouta : -- Maintenant, prince, le secret n'est pins permis... je suis votre parente, mademoiselle de Lardoville, et j'espère «pie vous accepterez d'une sœur une hospitalité que vous acceptiez d’ime mère. »
Djalma un répondit pas. f longé «la ns une contemplation extatique devant cette sowlaiue apparition , «|ui surpassait les plus folles , le» plus éblouissantes visions du ses rêves, il éprouvait une sorte d'ivresse qui, paralysant en lui la pensée, la réflexion, concentrait tonte la puissance «!«• Min être dans la vue... et, de im'iuc que l’on cherche eu vain à étancher une soif inextinguible ... le regard mil aminé de l'Indien aspirait pour ainsi dire avec une av idité dévorante toutes les rares pcrlectknis de cette jeune fille.
En effet, jamais deux type* plus divin» n’avaient été mis en présence. Adifonne cl Djalma offraient l'idéal de la bentflé de l'homme et «h* la beauté de la femme. U semblait y avoir quelque chose de fatal, de providcsUel dans le rappodumcal de c«ü deux natures si jeunes et si vivace*.... si généreuses et si passionnées, si héroïques et si (fores, qui, chose singulière , avant de; hs voir connu issaienl «léjà tonte leur valeur morale ; car si, aux paroles de Rodin, ( jalon avait senti s'éveiller dans son cœur nue rdmiration aussi subite que vive et pénétrante pour le» vaillantes et généreuse» «pi alités de celle bienfaitrice inconnue, qu’il retrouvait dans madanoteeUe de l ardoville, ceHe-c i avait «'lé tour a tour émue, attendrie ou effrayée de l’Mitretien qu’elle venait de surprendre entre Bodin et Dialma . selon qun celui-ci avait témoigné «le la noblesse de son âme. de Ta délicate bonté d«* son c«i*ur ou du terrible emportement de son caractère ; puis elle n’avait pu retenir un niouvcnivui dé* tounemeuf, presque d'aimiiralmii, à ta vue île la surprenante beauté du ptiiue. et bientôt après, uu soutiincnt élran ge, douloureux, une espère de ««âniuioifo.i électrique avait él* ;«ulé roui sou être lorsque scs yeux
s'étaient rencontrés avec ceux de Djalma . Alors, cruellement troublée, et souffrant de ce trouble qu’elle maudissait, elle avait lâché de dissimuler cette impression profonde en s ad: o-.mt à Rodin pour s'excuser de l'avoir soupçonné./. Mais le silence obstiné que gardait Hudieu vouait de redoubler l'embarras mortel de la jeune tille.
Levant de nouveau h» veux vers le prince , afin de l'engager à répondre à son offre fraternelle, Adrienne, rencontrant encore &o» regard d une lixilô sauvage et ardente, baissa les yeux avec un mélange d’effroi, de tristesse et de fierté blessée; alors elle se félicita d'avoir deviné riuexornblo nécessité où elle se voyait désormais de tenir Djalma éloigné d’elle, tant cette nature ardeiite et emportée lui causait déjà de craintes. Voulant mettre un terme à celte position pénible, elle dit à Rodin d'une voix basse et tremblante : « De grâce , monsieur... parles au prince; ré^tcx-lui mes offres.... Je ne puis rester ici plus longtemps. ■
lie disant* Adrienne fit un pas pour rejoindre Florin*’. Djalma, au premier mouvement d'Adrieune, s’élança veni elle d'un bond comme un tigre sur la proie qu'on veut lut ravir, i a jeune ODe, épouvantée de l'expression d'ardnir farouche qui oailamiiuiil les traits de l'indien, se rejeta eu arriére en poussant un grand cri. A ce cr», Djalma revint à lui-méme, et se rappela tout ce qui venait de se passer ; alors, pâle de regrets et de bonté , tremblant , épe rdu , les yeux noyé* de larmes , les traits bouleversés et empreints du plus profond désespoir , Il tomba aux genoux d’ Adrienne, et, élevant vers elle ses mains jointes, il lui dit d'une voix adorablement douce, suppliante et timide ; « Oh! restez... restez... ne me quittez pas... depuis si longtemps... je vous attends... »
A cette prière faite avec la craindre ingénuité d’un enfant, avec une résignauou qui contrastait si étrangement: avec l'emportement farouche dont Adrienne venait d'être si fort effrayée* elle répondit, en fanant signe à Norme de sc disposer à partir :
c Prince.-- il m'est impossible de rester plus longtemps ici... — Mais vous reviendrez? — dit Djalma en contraignant ses larmes, — je vous reverrai?... — Oh ! non, jamais !... jamais!.... v dit mademoiselle de fard o ville d'une voix éteinte ; puis, profilant du saisissement où sa réponse avait jeté Djalma , Adrienne disparut rapidement derrière un des massifs de la serre chaude.
Au moment où Florine, *e hâtant de rejoindre sa maîtresse , passait devant Rodiiu il lui dit d une voix basse et rapide : « U faut en finir demain avec la Mayeux. >
Horine frissonna de tout son corps , et , sans répondre à Rodin, disparut comme Adrienne derrière un des massifs. Djalma, bri-é, anéanti, était resté à genoux, b tête baissée sur sa poitrine; sa ravivante physionomie n'exprimait ni colère ni emiiortenient, mais une stupeur navrante : il pleurait silencieusement. Voyant Rodin s'approcher dt* lui, il se releva ; mais il tremblait si fort, qu i] put à peine d’un pas chancelant regagner le divan, ou il tomba eu cachant sa tigdrc dans ses mains.
Alors Rodin, s'avançant, lui dit d'un ton doucereux et pénétré : « Héla»!... je craignais ce qui arrive, je ne voulais pas vous faire connaître votre bienfaitrice, et je vous avais même dit qu'elle était vieille; savezvous pourquoi, cher prince? »
Djalma , «ans répondre , lai-sa tomber ses mains sur se» genoux , et tourna vers Rodin son visage encore inondé de larme*.
« Je savais que mailemoiselle de Cardoville était charmante, je savais qu'à votre âge l’on devient facilement amoureux . — poursuivit Rodin, — et je voulais vous épargner ce malheureux inconvénient, mou cher prince, car votre belle protectrice aime éperdument un beau jeune nomme de cette ville... »
À ces mots, Djalma porta vivement ses deux mains sur son cœur, comme s'il venait d*y recevoir un coup aigu , poussa un cri de douleur féroce, sa tète se renversa en arrière, et il retomba évanoui 6ur le divan .
Bodin l'examina froidement pendant quelques secondes, et dit en s’en allant et en brossant du coude son vieux chapeau : « Allons... ça mord... ça mord . »