CHAPITRE XII
Suite du journal de U Mayeux.
Florine, revenue dans sa chambre quelques heures après y avoir caché le manuscrit soustrait dans l'appartement de b Mayeux, cédant â sa curiosité, voulut le parcourir, bientôt elle ressentit un intérêt croissant, une émotion involontaire en lisant ces confidences mûmes de b jeune ouvrière. Parmi plusieurs pièces de vers, qui tontes respiraient un amour passionné pour Agricol, amour si profond, si naif. si sincère, que Floriue eu fut touchée et oublia la difformité ridicule de b Mayeux ; parmi plusieurs pièces de vers, disons-nous, se trouvaient différents fragments, pruifitVn ou récits, relatif) à des faits divers . Nous eu citerons quelques-uns, atio de justifier l'impression profonde que cette lecture causait à Floriue.
WACHXUTS DU JOURNAL RK LA MAYIUX
«... C’était aujourd’hui ma fêle. Jusqu’à ce soir j’ai conservé une folle esjérancc. Hier j'étais descendue chex madame Baudoin pour panser une plaie légère qu’elle avait à b jambe. Quand je suis entrée, Agricol était là. Sans doute il parlait de moi avec sa mère, car ils se sont lus tout à coup en échangeant un sourire d'intelligent e ! et puis j’ai aperçu, en tcissaut auprès de b commode, une jolie boite en carton, avec une pelote sur le couvercle. Je me suis sentie, rougir de bonheur... J’ai cru que ce petit présent m’était destiné, mais j'ai fait semblant de ne rien voir.
Pendant que j’étais à genoux devant sa mère, Agrkol est sorti , j’ai remarqué qu’il emportait la jolie boîte. Jamais madame Baudoin n'a élé plu> tendre, plus maternelle pour mol que ce soir-là. Il m'a semblé qu’elle se couchait de meilleure heure que d'habitude. — C’est pour me renvoyer plus vite, ai-je pensé, afin que je jouisse plus lût de b surprise qu' Agricol m’a préparée. Aussi, comme le cœur me battait en remontant vite, vite à mon cabinet ! je suis restée un moment sans ouvrir b porte pour Caire durer mou bonheur plus longtemps.
« I nfin je suis entrée, les yeux voués de larmes de joie ; j'.»i regardé sur ma Laide, sur ma chaise, sur mou lit, rien; la petite boîte n’y était pas. Mou cœur s’est serré, puis je me suis dit : Ce sera jn»ur demain, car ce n’est aujourd'hui que la veille, de ma fête. La journée s’est pas- «éc... Ce »oir est venu... rien. La jolie boite n’éfail pas pour moi. Il y avait uue pelote sur son couvercle, cela ne pouvait convenir qu’à une femme... A qui Agricol l’a-t-il donnée?
« En ce moment je souffre bien. L'idée que j'atLo haïs à ce qu’Agricol me souluiilàl ma fête est puérile ; j'ai honte de me l'avouer; mars ceb m’eût prouvé qu’il n’avait pas oublie que j'avais un autre nom que celui de b Mayeux, que l'on me donne toujours. Ma bu-centihilité à ce sujet est si malheureuse, si opiniâtre, qu'il m'est impossible de ne pas ressentir un moment de honte et de chagrin toutes 1rs fois qu'on m’appelle ainsi . la Mayeux... Et pourtant depuis mon enfance je n’ai pas eu d’autre nom... C’est pour ceb que j aunis été bien heureuse qti Africol profitât de l'occasion de ma fête pour m’appeler une seule lois de •ko *: i modeste nom : Madeleine. . .
•i Heureusement il ignorera toujours ce vœu et ce regret. >
Florine, de plus en plus émue à la lecture de celte page d’une simplicité si douloureuse, tourna quelques feuillets et continua :
« . . .Je viens d’assister à l'enterrement de cette pauvre petite Vio» toire Herbin, notre voisine. Sou père, ouvrier tapissier, est allé travailler au mois, loin de Paris... Elle est morte à dix-ueufans, sans parents autour d’elle... Son agonie n'a pas élé douloureuse; b brave tu mue qui l’a veillée jusqu’au dernier mcmrrJ nous a dit qu elle n avait jw* prononcé d’autres mots que ceux-ci ; Enfin... enfin...
« Et ceb comme avec contentement, ajoutait b veilleuse.
« Chère enfant ! elle était devenue bien chétive ; mais à quinze ans c’était un bouton de rose... et si jolie, si fraîche... des cheveux Moud*, doux comme de b soie! mais elle a peu à peu dépéri; son état de c»rdense de matelas l’a tuée... Elle a été, pour ainsi dire, cinpoi.-onoée à b longue par les émao. liions des Lliucs (<)... son métier étant d'auiaut plus malsain et plus dangereux qu elle travaillait pour de pauvres niellages dont b literie est toujours de rebut. Elle avait un courage de lion et nue résignation d’auge; elle me disait toujours de sa petite voix douce, entrecoupée çà et là par uue toux sèche et fréquente ; — Je u eu ai pas pour longtemps, va, a aspirer de la poudre de vitriol et de chaux toute la journée; je. vomi* le sang, et j'ai quelquefois des crampes d'estomac qui inc font évanouir.
« — Mais change d'état, lui disais-je.
« — Et le temps de faire un autre apprentissage?— me répondaitelle. — Et puis maintenant il est trop lard, je suis prise, je le sens bien. — Il n’y a pas de ma faute, ajoutait b pauvre créa tore, — car je n'ai pas choisi mon étal; c’est mon père qui l’a voulu ; benreusemeut il n’a pas liesoiu de moi. Et puis quand on est mort... on u'a plus à s inquiéter de rien, et ou ne craint pas le chômage.
* Victoire dirait cette triste vulgarité tri;*- sincèrement et avec une sorte de satisfaction. Aussi elle est morte en disant : Enfin... eutin...
« Cela est bien pénible à penser, pourtant, que le travail auquel le pauvre est obligé de demander sou pain devient souvent un long wi'rcide ! Je disais cela l’antre jour a Agricol : il ine répondait qu’il v avait bien d’autres métiers mortels : les ouvriers dans les eaux-fortes, dans b céruse et dans le minium entre antres, gagnent des maladies prévues et incurable* dont ils meurent.
« — Sais-tu, — ajoutait Agricol, — *ais-lu ce qu'ils disent lorsqu’il» parlent pour ces ateliers meurtriers ? — Nous allons à l'abattoir !...
« Ce mot, d’iiue épouvantable vérité, m'a fait frémir.
« — Et ceb ae passe de nos jours !... lui ai-je dit le cœur uarré ; et ou sait ceb? Et parmi tant de gens puissants, aucun ne songe à celle mortalité qui dé< une ses frères, forces de mauger aiusi un pain homicide?
« — Que veux-tu, ma pauvre Mayeux ? — me répondait Agricol, — tant qu'il s'agit d'enrégimenter le peuple pour le faire tuer à la guerre, on ne s'en occupe que trop : s'agit -il de l organiser pour le faire vitre... personne n'y songe, sauf M. Hardy , mon bourgeois. Et ou dit ; Bah ! la bim, b misère ou la souffrance des travailleurs. qu’est-ce que ça fait? Ce n’est pas de h politique.. On se trompe, — ajoutait Agricol, — c’est plu* que de la |Hililiqm: !
« . . . . Comme Victoire n’avait pas laissé de quoi payer un service à l’église, il n’y a eu que b présentation du corps sous k* porche ; car il n'y a pas même une simple messe des morts pour le pauvre... El puis, comme on n’a pas pu donner 1 H francs au curé, aucun prêtre n'a accompagné le char des pauvres à b fosse commune.
« Si les funérailles aiosi abrégées, ainsi restreintes, ainsi tronquées, sut lisent au point île vue religieux, puirqimi eu imaginer d'autres? Est-ce donc jiar cupidité?*.. Si elle* sont, au contraire, insuffisantes, pourquoi rendre l’indigent seul victime de cette insuffisance!
« Mais à quoi bon s’inquiéter de ce* pompes, de cet encens, do ce* chants dont on se montre plus ou moins prodigue ou avare ?... à quoi bou ? à quoi bon ? Ce sont encore là de* choses vaines et terrestres, et
(1) On Ut les détails suivant» (Uns h Rue Kt populaire, excellent recueil rédigé par des ouvriers, dont nous avons il.-ji parlé :
4 Cssonsrs ns »mu. - La poussière qui s'échappe de U laine tait du ranb*( un étai nuisible à U santé, mais stool le danger est encore .augmenté pu K** tai— siftcalions commerciale». Quand tin moula?, et tué, la laine du cou m teinte tfe sang : il faut U décolorer, .a lin de pouvoir L« vendre. A cri cltl, on ta ti enijvdana de la ctuax, qui, après» rn avoir opéré U? blanchiment. y reste en partie ; c*C»l l'oovricre qui en souffre : car. lorsqu'elle fait e*sl ouvragé, la chaux. qui m détache mus forme de poussière, m porte à sa poitrine par le fait de l'up«raliu«i . cl le plus souvent lui occasi'Uirirî des crampes d eslomac cl de* v«uiUMonicuU qu la mettent dans un état déplora 14c ; la plupart d'entre clics y renoncent ; (elle qui s'y obstinent gagnent pour le moins un catarrhe ou un asthme qui ae le quitte qu’à la mort,
• Vient ensuite le crin, dont h» plus cher, celui que l'on appelle échantillon n'ust même pas pur. On |x?ul juger par là ce que doit être le commun, que le» ouvrière* appellent c^m au viinol, et qui est le rebut des poils de chèvres. 4... hum:* Ci dt* aoie* de sangliers, que l'on passa ru vitriol «l abord, puis dans k teinture, pour briller ctd. guiaer les coips étrangers, tel* que U paille, Us épines et même le* luoiciwux û. peau, qu’on ne prend psg la peino d’ôlcc, eJ qu’on reconnaît encore 'Ouvcut quand ou travaille le crm, duquel sort une pouaMère qui fait autant de ravages que celle de b lame à U chaux, r
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de celles-là non plus l'âme n’a de souci lorsque, radieuse, elle remonte Ters le Créateur.
« Hier, Agrico) m’a fait lire un article de journal, dans lequel ou employait tour à tour le blâme violent ou l'ironie amère et dédaigneuse pour attaquer ce qu'on appelle la funeste tendance de quelques gens du peuple à s'instruire, à écrire, à lire les poètes, et quelquefois à (aire des vers.
« Les jouissances matérielles nous sont Interdites par h pauvreté. Est-il humain de nous reprocher de rechercher les jouissauces de l'esprit?
« Quel mal peut-il résulter de ce que chaque soir, après une journée laborieux, sevrée de tout plaisir, de toute distraction, je me pial**-, à I insu de tous, à assembler quelques vers?., ou à écrire sur ce journal les impressions bonnes on mauvaises que j'ai ressenties ?
« Agriiol est-il moins bon ouvrier, parce que, de retour chex sa mère, il emploie sa journée du dimanche a composer quelques-uns de cos chants populaires qui glorilient les labeurs nourriciers de l'artisan, qui disent à tous : Espérance et fraternité' Me fait-il pas un plus digne usage de son temps que s'il le passait au cabaret ?
« Ah! ceux-là qui nom blâment de ces innocentes et nobles diversions à nos pénibles travaux et à nos maux se trompent, loiMju'ils croient qu'à mesure que l'intelligence s'élève et se raffine, on supporte plus impatiemment les privations et b misère, et que I irritation s'eu accroît contre les heureux du moude!...
« En admettant que eela soit, et oeb n'est pas, ne vaudrait-il pas mieux avoir un ennemi intelligent, éclairé, à la raison et au cœur duquel ou puisse s’adresser, qu à uii ennemi stupide, farouche et implacable?
« .Mais non, au contraire, les inimitiés s'effarent à mesure que l'esprit se développe, Ihorizou de b compas-ion s'élargit; l'on arrive, ainsi a comprendre les douleurs morales ; l'on reconnaît alors que souvent les riches ont de terribles peines, et c'eut déjà une communion sympathique que b fraternité d'infortune.
« Uélas! eux aussi perdent et jdeurenl amèrement des enfants idolâtrés, des maîtresse* chéries, (b*® aères adorable* ; obéi eux aussi, parmi les femmes surtout, il y a, au milieu du luxe et de b grandeur, bieu des cœurs brisés, bien des âmes souflrantes, bien des braies dévorées en secret...
« Qu'ils ne s'effrayent donc pas...
« Eu s'éclairant... en devenant leur égal en intelligence, le peuple apprend à plaindre les riches s'ils sont malheureux et bons... à les plaindre davantage encore s'ils sont heureux et méchants
« • - - • Quel bonheur !... quel beau jour! Je ne me possède pas de
Î oiç. Oh ! oui. l’homme est bon, est humain, est charitable. Oh ! oui, le Téaleur a mb en lui tous les instincts généreux... et, â moins d'être une exception monstrueuse, ce n est jamais volontairement qu'il fait le mal.
« Voilà ce que j'ai va tout â l'heure, je n'atleods pas à ce soir pour l'écrire ; ceb, pour aiusi dire, refroidirait dans mon cœur.
« J'étais allee porter de l’onvrage pressé ; ie passais sur b place du Temple ; à quelques pas devant moi, un enfant de douze ans au plus, télé et pieds nus, malgré le froid, vêtu d’un pantalon et d'un mauvais bourgerun en lambeaux . conduisait par b bride un grand et gros cheval de charrette, déldé. mais portant son harnais... De temps à autre, le cheval s’arrêtait court, refusant d’avancer... L’enfant, n ayant pas de fouet pour le forcer à marcher, le tirait en vain par sa brille ; le cheval restait immobile... Alors fe|iauvre petit s'écriait : 0 mon Dieu!... mon Dieu ! — et pleurait à chaudes larmes... en regardant autour de lui pour implorer quelques secours des passants.
« Sa chère petite figure était empreinte d'une douleur si navrante, que, sans réfléchir, j eutrepik» une chose dont je ne puis maintenant m empêcher de sourire, car je devais offrir un spectacle bien grotesque.
• J’ai une peur horrible des chevaqx, et i'ai encore plus peur tic me mettre en évidence. 11 n'importe, ic m’armai de courage, j'avais mi parapluie à h maiu... je m'approchai du cheval, et, avec l’impétuosité d’une fourmi qui voudrait ébranler une grosse pierre avec un brin de paille, je donnai de toute ma force un grand coup de parapluie sur la croupe du récalcitrant animal.
« Ah ! merci, ma bonne dame ! — s’écria l'enfant en essuyant ses lamies, — fnppez-le encore une fois, s’il vot» plaît : U avancera peutêtre.
« Je redoublai héroïquement ; mais, héla* ! le cheval, *olt méchanceté, soit paresse, fléchit les genoux, se coucha, se vautra sur le pavé : puis, s'embarrassant dans son harnais, il le brisa et rompit son grand collier de bois. Je m'étais éloignée bien vite dans la crainte de recevoir des coups de pied... L'enfant, «levant ce nouveau désastre, ne put que se jeter a genoux au milieu de b nie, puis, joignant les mains en sauglotant, il s’écria d’une voix désespérée : — Au secours ! an secours!...
« Ce cri fut entendu ; plusieurs passants s'attrouper, nt, uue correction beaucoup plus efftcaco que b mienne ftit administrée au cheval rétif, qui se releva... n J — «nul étal, grand Dieu ! sans son ha uais!
« — Mon maître me battra ! — s'écria le pauvre enfant en redoublant de sauglots, ie suis déjà en retard de doux heures, car le cheval oe. voulait pas marcher, cl voilà sou harnais brisé... Mon maître me battra, me chassera. Qu'est-ce que je deviendrai, mon Dieu I... je n’ai plus ni père ni mère...
« A ces mots prononcés avec une exclamation déchirante, une brave marchande du Temple, qui était parmi les curieux, s'écria d'un air attendri :
* — Mus de père ! plus de mère !... Me te désole pas, pauvre petit; il y a des ressources au Temple, on va raccommoder ton harnais, et si mes commères soûl comme moi, lu ne t'en iras pas pieds nus et tête nue par un temps pareil. »
« luette proposition fut accueillie avec acclamation; on emmena l’enfant et le cheval; les uns s'occupèrent de raccommoder le harnais, puis une marchande fournit une casquette , l’autre une paire de b is , celle-ci des souliers, celle-là une bonne veste; en un quart d’heure, l'enfant fut bien chaudement vêtu, le harnais réparé, et un grand garçon de dixhuit aus, brandissant un fouet uu'il fit claquer aux oreilles du cheval en manière d'avertissement, dit à I enfant, qui, regardant tour à tour et ses bons vêlements et les marchandes, se croyait le héros d'un conte do fées :
« — Où demeure ton maître, mon garçon?
«Quai «lu t'anal-Saint- Martin, monsieur, — répondit-il d’une voix émue et Irembbnte de joie.
« — Bon! — dit le jeune homme, — je vais t’aider à reconduire ton cheval, qui, avec moi, marchera droit, cl je dirai à Ion uutirr que ton retard vient de sa faute. On ne conlie pas uu cheval rétif à un enfant de ton âge.
« Au moment de partir, le pauvre petit dit timidement à b marchande en étant sa casquette :
« — Madame, voulez-vous permettre que je vous embrasse?
« Et ses yeux se remplirent de larmes de reconnaissance. Il y avait du cœur chez cet enfant.
« Cette scène de charité populaire m'avait délicieusement émue; je suivis des yeux aussi longtemps que je pus le grand jeune homme et l'enbut . qui avait peine à suivre cette fois les pas du cheval , subitement rendu docile par la peur du fouet.
« Eh bien oui , je le répète avec orgueil , b créature est naturellement bonne et sccourable : rien n’a été plus spontané que ce mouvement de pitié, de tendresse, dan* celle foule , lorsque ce pauvre petit s'est écrie : Que devenir !... je n'ai plus ni père ni mere!...
« Malheureux enfant!... c’est vrai, nfpere ni mère, me disais-je. Livré à un maître brutal, qui le couvre à peine de quelque* guenilles et le maltraite; couchant sans doute d ois ie coin d’une écurie... pauvre petit ! il est encore doux et bon, malgré la misère et le malln-ur. Je l'ai bkm vu, il était plu* reconnaissant que joyenx du bien qu'on lui faisait. Mais peut-être celle bonne nature, abandonnée, sans appui, sans conseil , sans secours , exaspérée par h-s mauvais traitements, se faussera , s’aigrira Puis viendra l’àge des pasûoos pub les excitations mau
valses...
« Ab!... chez le pauvre déshérité, U vertu est doublement sainte et respectable.
« ...Ce matin, après m’avoir, comme toujours, doucement grondée de ce que je n'allais pas à b messe, la mere d’Agricol ma dit ce mot si touchant dans sa bouche ingénument croyante : — Heureusement, je prie phi» pour loi que pour moi , ma pauvre* .Ma) eux ; le bon Dieu m'entendra, et tn n’iras, je l’espère, qu’en purgatoire.
c Bonne mere... âme angélique, elle m’a dit ces parole* avec une douceur si grave et si pénétrée, avec une foi si sérieuse dans l'heureux résultat de sa pieuse intercession, que j’ai senti mes yeux devenir humides, et je me suis jetée à son cou aussi sérieusement , au*M sincèrement reconnaissante, que si j'avais cru au purgatoire.
«... Ce jour a été heureux pour moi ; j'aurai , je l’espère, trouvé du travail, et je devrai ce honlieur à une jeune personne remplie de coeur et de bonté ; elle d'*it me conduire demain au couvent de Saiule-Marie où elle croit que I’oii pourra m'employer. »
Florine, déjà profondément émue par b lecture de ce journal, tressaillit à ce passage où b Ma) eux parlait d'elle, cl continua : c Jamais je n'oublierai avec quel (oochant intérêt, avec quelle délicate bienveillance cette jeune fille m'a accueillie, moi, si pauvre et si malheureuse. Ceb ne m'étonne pas. d'ailleurs; elle était auprès de mademoiselle de Cardoville. Elle devait être digne d’approcher de b bienfaitrice d’Agricol. Il me sera toujours cher et précieux de me rappeler *on nom ; U est gracieux et joli comme son visage ; elle sc nomme Florine. Je ne suii rien, je ne possède rien, mais si les vœux fervent* d’un cœur pénétré de reconnaissance pouvaient être entendus, mademoiselle Florinc serait heureuse, bien heureuse.
« Hélas! je suis réduite à faire des vœux pour elle... seulement des vœux... car je ne pois rien... que me souvenir et l’aimer. »
Ces lignes, qui disaient si simplement b gratitude sincère de b Mayeo»
portèrent le. dernier coup aux hésitations de Florinc; cOe ne put rélis- i lcr plus longtemps à la gémir euse Icnlalion qu'elle éprouvait. A mesure qu’elle avait lu les divers fragments de ce journal, sou affection, son respect pt»ur b Mayeux avaient bit de nouveaux progrès; plus que jamais elle sentait tout ce qu'il v avait d’iufamc à elle de livrer peut-être aux sarcasmes et aux dédains les plus secrétes pensées de cette infortuné,-. Heureusement le bien est souvent aussi contagieux que le mal. Electrisée par tout ce qu'il y avait de chaleureux, de noble et d'élevé dans les pages qu elle venait de lire , ayant retrempé sa vertu défaillante à celte source vivilbnte cl pure, Florinc, cédant enfin à un de ces bons mouvements qui l'cnlralnaieul parfois , sortit de chez elle, emportant le mauusci il. bien déterminée, si la Mayeux n'était pas de retour, à le remettre où die l’avait pris ; bien résolue aussi de dire à Bodin que, cette seconde fois, ses recherches au sujet du journal avaient été vaines, la Mayeux sjélant sans doute aperçue de b première tentative de soustraction.