‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 128 sur 174 · NEUVIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME PARTIE

CnAt'ITRE PREMIER.

Le* complice*.

A peine l'abbé fut-il parti, que Jacques Ferrand poussa une imprécation terrible.

Sou désespoir et si rage, si longtemps comprimés, éclatèrent avec furie: haletant, la heure crispée, l'œil égaré, il marchait à pas précipités, allant et venant dans sou cabinet connue upc bêle féroce tenue à la chaîne.

l'oIiJori, conservant le plus grand calme, observait attentivement te notaire.

— Tonnerre et sang ! s’écria enfui Jacques Ferrand d'une vois éclatante de courroux. ma fortune entière engloutie dans ces stupides bonne* œuvres!... mol qui méprise et exècre les homme*., moi qui n'avais vécu qui: (mur les iwmpiT et lis dépouiller ... moi fonder des établissements phiLmbropiqueS... m’y futur, par des moyens infernaux! Mai» c'est donc le démon que Ion maître? s'écria-t-il exaspéré, en s'arrêtant brusquement devant Polidori.

— Je u’ai pas de maître, répondit froidement celui-ci. Ainsi que loi... j'ai un juge.

— Obéir comme no niais aux moindres ordres do ce| homme! reprit Jacques Ferrand, dont l.t rage redoublait. El ce prêtre... qu'à part moi j'ai si smTvrnt raillé d'être, comme les autres, dune de mon hypocrisie... chacune des louanges qu'il me donnait de boiiue loi était un coup de poignard... Et me contraindre 1... toujours me cputraiudra !

— Sinon l'éilulaud.

— Ofa! ne pouvoir échapper à cette dimihiatiou fatale!... Mais enfin voilà plu» d'un million que j abandonne. S il np: resta avec cette maison cent mille francs, c’c»t tout au plus. Que peut-on vouloir encore?

— lu n'es pas ail bout... U> prime sait par Badinut que tou homme

de paille, Pelil-Jcau, n'était que ton prête-nom pour 1rs prêts usuraircs faits au vic omte de Sainl-Kiiny, que lu as (toujours sous le nom de Petit-Jean) si rudement rançonne d'ailleurs pour ses faux. Les sommes que SaiDt-Ilrriiy a payées lui avaieut été prêtées par mie grande dame... probablement eucore nue restituliou qui t'alieud. Mais ou l'ajourne sans doute parce quelle est plus délicate. •

— Enchaîné... enchaîné ici!

— Aussi solidement qu'avec un r âble de fer.

— Toi... mou geùlier... misérable I

— Que veux-tu... selon le système du prince, rien de plus logique : il punit le crime par le crime, le complice par le complice.

— ■ 0 rage !

— Et malheureusement rage impuissante !... car tant qu’il ne tn'aura pas fait dire : * Jacques Ferrand est libre de quitter sa maison... » -je noterai à les côtés, comme ton ombre .. Ecoute donc, ainsi que toi je mérite l'échafaud. Si je manque aux urdre* que j’ai reço» comme ton geôlier, ma tête tombe ! Ta ne pouvais donc avoir un gardien plus incorruptible. (.tuant à fuir tou* deux... impossible. Nous ne pourrions faire un pas hors d'ici sans tomber entre les main* des gens, qui veillent jour et nuit à b porte de ce logis et à («lie de la maison voisine, notre seule issue eu cas d'escalade.

— Mort et furie !... je le sais.

— Hésigne-tol donc alors, car celte fuite est impossible. Itéusstt-elle, elle ne nous offrirait que A* chances de salut plus que douteuses : on mettrait la police à no» trousses Au contraire, toi en obéissant et moi en surveillant l'exactitude de ton obéissance, nous sommes certains de ne pas avoir le cou coupé. Encore une fois, résignons-nous.

— Ne m'exaspère pas par cet ironique sang-froid... ou bien...

— Ou bien quoi ? Je ne te crains pas : je suis sur mes gardes, je suis armé, et lors même que lu aurais retrouvé pour me tuer le Myk-t empoisonné de Gccily...

— Tais-toi.

— Cela ne t'avancerait à rien. Tu sais que toutes les deux heures, il faut que je donne à qui de droit un hulliim de ta précieuse santé... manière indirec te d'avoir de nos nouvelles à tous deux. Eu ne me voyant pas paraître, on se douterait du meurtre, tu serais arrêté. Et mais... tiens... je le fais injure en te supposant capable de ce crime. Tu as sacrifié plus d'un million pour avoir la vie sauve, et tu risquerai* la tête... pour le sol et stérile plaisir de me tuer par vengeance ! Allons donc, tu n’es pas assez bêle pour cela.

— C est parce que lu sais que je ne puis pas te tuer que lu redoubles mes maux en les exaspérant par tes sarcasmes.

— Ta position est ires-originale... lu ne te vois pus..- ma», d' honneur.. . c est très-pupiaut.

— Oh ! malheur ! malheur inextricable ! de quelque côté que je mû tourne, c'est la ruine, c'est le déshouucur, c’est la mort ! El dire que maintenant, ce que je redoute le plus au monde», c’est le néant! Malédiction sur moi, sur toi, sur la tetre entière !

— Ta misanthropie est plus large que ta philanthropie. Elle embrasse le monde. L'autre, un arrondissement de Taris.

— Va... raille-moi, monstre!

- — Aimes-tu mieux que je t'écrase de reproches?

— Moi?

— A qui b faute si nous sommes réduits à celle position? A toi. Pourquoi conserver à tou cou. (vendue comme uue relique, celte lettre do moi, relative à ce meurtre qui t’a valu cent mille écus, ce meurtre que nous avions fait si adroitement passer pour un suicide?

— Pourquoi? misérable! Ne t'a vais-je pas donné cinquante mille francs pour ta coopération à ce crime et pour celle lettre que j'ai exigée. tu le sais bien. afin d’avoir uoe garantie cqujre toi. ..et de t’eiupècber de me rançonuer plus tard en me meuaç-inl de me perdre? Car ainsi lu ne potivai» me dénoncer sans le livrer loi-mépjc. Ma vie et ma fortune étaient donc attachées à cette lettre... M»Ua... poui quoi je la portais toujours si précieusement sur moj.

— C'est vrai, c’était habile de la part, car je ue gagnais rien à te dénoncer, que le plaisir d’aller à l'échafaud côte à côte avec toi. Et pouri tant ton habileté noos a perdus, luisquu la (idciiue nous avait jusqu'ici ! assuré l'impunité de ce crime.

— L'impunité... tu le vois...

I — Qui pouvait deviner ce «pii se passe? Mais, dans la marche ordinaire | des choses, notre crime devait être et a été impuni, grâce à moi.

\ — Grâce à toi?

— Oui, lorsque nous avons en brûM la cervelle de col homme... ta i voulais, toi. simplement i onlrefairo son écriture et écrire à sa sœur que.

' ruiné complètement, il se tuait par désespoir. Tu croyais fuira montre

«le grande finesse en tu- parlant pas dans celle prétendue btlre du dépôt qu’il t'avait confié. C'était absurde. Ce dépôt étant conuil de la sœur de notre homme, elle l'eût nécessairement réclamé. Il fallait donc au contraire, ainsi que: nous avons fait, le mentionner, ce dépôt, afin que si par hasard l'on avait des doutes sur la réalité du suk tue, tu fusses la dernière personne soupçon, ée. Comment supposer que, tuant un huuimc pour Comparer d'une somme qu 11 t’avait confiée, iu .serais assez sot pour parier de ce dépôt dau* la fausse lettre que tu lui attribuerai»? Aussi qu'est-il arrivé? Ou a cru au suicide, (-rate à ta réputation du probité, tu as pu nier le dépôt, et ou a cru que le frète s'était tué âpre» avoir dissipé Li fortune de sa MOUT.

— Mai» qu'importe tout cela aujourd'hui ? lu crime est découvert.

— Et grâce à qui? Etait-ce ma faute st ma lettre était une arme à ühu iranchaots? Pourquoi as- tu été assez faible, assez ubk pour livrer celte arme terrible.., à celle infirn.de GecUjt

— Tais-toi... ne pronouce pas ce nom ! s'écria Jacques Ferrand avec une expression effrayante.

— Soit... je ue veux pas le rendre épileptique... tu vois bien qu'en ne comptant que sur la jœ-licc ordinaire... nos précaution» mutuelle» étaient suffisantes... Blais la justice extraordinaire de celui quiuou» lient en sou pouvoir redoutable procède autrement...

— 01» ! je ne le sais que trop.

— il croit, lui, que couper la tète aux criminels ne répare pas suffisamment le mal qu'ils ont fait... Avec les preuves qu’il a eu nvaius. il nous livrait tou» deux aux tribunaux. Qu'en résultait- H? Deux cadavres tout au plus bons à engraisser l'herbe du cimetière.

| — Oh ! oui. ce sont des braies, des angohscs, des tortures qu'il lui

j faut, à ce prince, à ce démon. Mais je ne le connais pas. moi; mai» je i ne lui ai jamais fait de mal. Pourquoi »'acharnc*l-il ainsi sur moi ?

— D'ahoid il prétend se ressentir du bien et du mal qu'on fait aux autres hommes, qu'il ap [telle naïvement ses frères: et puis il commit, lui, ceux à qui tu as fait du mal, et il te puuil à sa manière.

— Mais de quel droit ?

— Voyons, Jacques, e ntre nous, ne parlons pas de droit : il avait le ! pouvoir de le faire judiciairement couper la tête. Qu'eu scrail-il résulté ‘ Tes deux seuls parents sont morts, l'Etat profilait de la fortune au déirit ment de ceux que tu avais dépouillés. Au contraire, en mettant ta vie nu prix de U foi lune, Morel le lapidaire, le pere de Louise, que tu as déshonorée, se trouve, lui cl sa famille, désounai» à l'abri du besoin. Madame de Fcrmout, la sœur de M. de Itcnncville prétendu suicidé, retrouve ses cent mille écus; Germain, que tu avais faussement accusé de vol, est réhabilité et mis en possession d une place honorable et assurée, à la tête de la Banque des 1 ravailUmri sans ouvrage, qu'on le force de fonder pour réparer et expier les outrages que tu as commis contre la société. Entra scélérats ou peut s'avouer cela ; mai» franchement, au | |H»ini de vue de celui qui nous tient entre ses serres, la société u’uu- | rait rien gagné à la mort, elle gagne beaucoup à ta vie.

[ — Et c'est cela qui cause ma rage... et ce n est pas là ma seule tor-

ture !...

— le prince le sait bien. Maintenant que va-t-il décider de nous? Je I ignore, il nous a promis la vie sauve s» nous exécutions aveuglément ses ordres, il tii-ndra sa promesse Mai* s'il ue croit pu* nos crime.» vdlisaiuroetit expiés, il saura bien faire que la mort soit nulle foi» piéh-n-

| h le à la vie qu'il non* bisse. Tu ue le connais pas. Quand il se ci où au-

lorUc à être inexorable, il n’c»t pas rie bourreau plus féroce. Il finit qu'il ail le diable à ses ordres pour avoir découvert ce que j’étai* allé faire eu Normandie. Du reste* il a plus d'un déuiou à soi» service, car celle Cecily, que la foudre écrase!...

— Encore une fois, taivtoi, pas ce nom, pas ce nom I

— Si, si, oue la foudre écrase celle qui porte ce nom ! c’est elle quia lout perdu. Notre tête serait eu sûreté sur nos épaules aaus ton imbécile amour pour celte créature.

Au lieu cle s’emporter* Jacques Ferrand répondit avec un prufoud abattement :

— 1.4 connais-tu, cette femme? Dis? l'aa-tu jamais vue ?

— Jamais. Ou la dit belle, je le sais.

— Belle ! répondit le notaire en liaussanl les épaules. Tiens, ajoutat-il avec une sorte d’amertume désespérée, tais-ioi, ne parle pas de ce «pie tu ignores. Ne m’accuse pas. Ce que j'ai fait, tu l'aurais fait à nu place.

— .Moi ! meure ma vie A la merci d’une fcumic I

— De celle-là, oui, et je lu ferais de nouveau, si j’avais à espérer ce qu'un moment j'ai espéré.

— Bar Feuler il est encore SOUS le charme, s’écria Folidori stupéfait.

— Ecoute, reprit le notaire d'une voix calme, lusse, et pour ainsi dire accentuée va et là par des élans de désespoir inuirahfc, écoute, tu sais si j'aime For ? tu sais ce que j'ai bravé pour eu acquérir? Compter dan-, ma peusée 1rs sommes que jc*pt>»»cuai», les voir se doubler par rnou avarice, endurer toutes les privations et me savoir maître d’un trésor, c était ma joie, mon bonheur. Oui, posséder, ood pour dépenser, mm pour jouir, mais pour thésauriser, c’était ma vie... Il y a un moi--, si l’on m’eût dit : « Luire ta fort une et ta tête* choisis, » j’aurais livré ma tète.

— .Mais à quoi bon posséder, quand on va mourir?

— Llcmandc-umi donc alors - A quoi bon posséder quand on n’use pas de ce qu'on possède 7 Moi, millionnaire, mcuais-ie la vie d'un millionnaire ?!> un, je vivais comme uu pauvre. J 'aima U donc à posséder... pour posséder.

— Mais, encore une fois, à quoi bon posséder si ton meurt?

— A mourir en possédant ! oui, à jouir jusqu’au dernier moment de la jouissance qui vous a fait tout braver, privations, infamie, éclul'aud . oui, à dire encore, la tète sur le billot: Je pos»edu!l! Oh! vois-tu, la' mort est douce, comparée aux tourments que l’on endure en se voyant, de sou vivant, dépossédé comme je le suis, dépossédé de ce qu'on a amassé au prix de tant de peine, de tant de danger*! Oh ! se dire à chaque heure, à chaque minute du Jour : Moi qui avais plus d uo ndlliuu, moi qui ai souffert les plu» rudes privatious pour conserver, pour augmenter ce trésor, ami qui, dans dix ans, l'aurais eu doublé, triple, je n'ai plus rien, rieul C'est atroce I c’est mourir, non pus chaque jour, mais c’est mourir à chaque minute du jour. Oui, à cette horrible aponie qui doit durer des années peut-être, j'aurais préféré mille fois U mort rapide ci sûre qui vous atteint avant qu'une parcelle de votre trésor vous ait été enlevée; encore une fois, au moins je serais mort en disant : Je possède !

Folidori regarda son complice avec uu profoud étonnement.

— Je ne te comprends plu». Alors pourquoi as-tu obéi aux ordres de celui qui u'a qu'à dire un mot pour que la tête tombe? Pourquoi as-lu préféré la vie sans tou trésor, si cette vie te semble si horrible ?

— C'est que, vois- tu, ajouta le notaire d'une voix de pins en plus basse, mourir, c'est ue plus penser, mourir, c'est le néant, ht Cecily ?

— Et tu esperes ? s'écria Folidori stupéfait.

— Je n’espère pas, je possède.

— Quoi ?

— Le souvenir.

— Mais tu ne dois jamais la revoir, nfais elle a livré la télé.

— .liais je Faime toujours, et plus fréuéliuuenieul que jamais, moi! s’écria Jacques Ferrand avec une explosion de larmes, de sanglots, qui contrastèrent avec le calme morue de ses dernières paroles. Oui, reprit-il dans une effraya u le exaltation, je Faime toujours, et je Dp veux pas mourir, afin de pouvoir me plonger et me replougur encore avec uu atroce plaisir dans ceitc fournaise où jo me consume à petit feu. Car tu ne sais pas, ceitc nuit, celle nuit où je Fai vue si belle, si passionnée, si enivrante, celle nuit est toujours présente à mon souvenir. Ce tableau d'une volupté terrible est la, toujours là, devant mes yeux. Qu'ils soient ouverts ou fermé* par uu assoupissement fébrile ou par une insomnie ardente, je vois toujours sou regard noir et eullatnmé qui fait bouillir la moelle de me» os. Je sens toujours son souille sur mou front. J 'entend-, toujours sa voix.

— Mais ce sont là d'épouvantables tourments I

— Epouvantables 1 oui, épouvantables! Mais la mort I mais le néant ! mais perdre pour toujours ce souvenir aussi vivant que la réalité* mais . renoncer à ccs souvenirs qui me déchirent, me dévorent et in'cmhra- I saut 1 Nûftl non! nou! Vivre I vivre! pauvie, mépri.-é, lléui, vivre au bagne* mai* vivre! pour que la peusée me reste, puisque celle créature I infernale a toute ma pensée, est toute ma pensée!

— Jacques, dit Folidori d'un tou grave qui contrasta avec son amère ; ironie habituelle* j'ai vu bien des souffrances; mais jamais toi tures n’ap- 1 proclici eut des liâmes, (à- lui qui nous licut eu sa puissance ne pouvait

être plus impitoyable. Il t’a condamné à vivre, ou plutôt à attendre la mort d ans des angoisses terribles, car cet aveu m'explique les symptômes alarmants qui cliaquc jour se développent en toi, et dont je cherchais eu vain la cause.

— Mais ces symptômes n’ont rien de grave i c’est de l'épuisement, c’est b réaction de mes chugitn» !... Je ne suis pas eu danger, u estce pas?...

— Non, non, mais ta position e»t grave, il ne faut pas l'empirer . il est certaines pensées qu’il faudra chasser. Sans cela, tu courrais de grands dangers.

— Je ferai ce que lu voudras, pourvu que je vive, car je ne veux pas mourir. Uh ! les prêtres parient de damnés ! jamais ils n'out imaginé pour eux un supplice égal au mien. Torture par La passion et la cupidité, j’ai deux plaies vives au lieu d une. et je les sens également tonies deux. La perte de ma fortune m'est a tireuse, mais la mort me serait plus affreuse encore. J'ai voulu vivre, rua vie peut o'èlre qu’une torture sans (in. sans issue, et je n'ose appeler la mort, car la mort anéantit mon funeste bonheur, ce mirage de ma pensée, où ni 'apparaît incessamment Cecily.

— Tu as du moins la coiisolaiiou, dit Folidori en reprenant son sangfroid ordinaire, de songer au bien que tu as fait pour expier tes

crimes...

— Oui, raille, tu as raison, retourne-moi sur des charbons ardents. Tu sais bien, misérable, que je hais l'humanité ; tu sais bien que ces expiations que l'on m'impose, et dans lesquelles des esprit» faibles li cuveraient quelques consolations, ne m’inspiretit, à moi, que laine et fureur contre ceux qui m'y obligent et contre ceux qui en profitent. Tonnerre et meurtre I Songer que pendant que je traiuerai une vie épouvantable, n’existant que pour jouir de souffrances qui effrayeraient les plus intrépide», ces hommes que j'exècre verront, grâce aux biens dont on m'a dépouillé, leur misère t'alléger... que cette veuve et sa fille remercieront Dieu de la fortune que je leur rends... que ce Morel et sa tille vivront dan» l’aisance ... que ce Germain aura uu avenir honorable et assuré! El ce prêtre! ce prêtre qui me bénksaif, quand mon coeur nageait dans Je fiel et dans le sang, je l’aurais poignardé ! Oh ! c’en est trop! Non! non ! s’écria-t-il en appuyant sur son front ses deux mains crispées, ma tête éclate, à la fin. mes idées se troublent. Je ne résisterai pas k de tels accès de rage impuissante, à ces tortures toujours renaissantes. El tout cela pour toi ! Cecily, Cecily ! Le sais-tu, au moins, que je souffre autant, le sais-tu, Cecily, démon sorti de l’enfer? .

Et Jacques Ferrand, épuisé par cette effroyable exaltation, retomba haletant sur son siège, et se tordit les bu» en poussant des iiigissemeuts sourd» et inarticulé».

Cet accès de rage convulsive et désespérée ii’élonita pas Folidori.

Possédant une expérience médicale consommée. il reconnut facilement que che 2 Jacques Ferrand la rage de se voir dépossédé dé sa fortune.' jointe à sa passiou bu plutôt à sa frénésie pour Cecily, avait allumé che* ce misérable une fiéirc dévoraute.

Ce n’était pas tout... dans l'accès auquel Jacques Ferrand était alors en proie, Folidori remarquait avec inquiétude certains pronostics d’une de* plus effrayantes maladies qui aient jamais épouvanté l'humanité, cl dont Paulua et Aretée. aussi grands Observateurs que grands moralistes, oui si admirablement tracé le foudroyant tableau.

Tout à coup on frappa précipitamment 1 la porte du cabinet.

— Jacques, dit Folidori au notaire, Jacques, remets- toi... voici quelqu'un...

Le notaire ne l'entendit pas. A demi couché sur son bureau, il se tordait dans des spasmes convulsifs.

Folidori alla ouvrir la porte, il vit le maitre-clerc de l’étude qui, paie et la Figure bouleversée, s'écria :

— Il faut que je parle à Fiusiant à M. Ferrand !

— Silence... il est dans ce moment très-souffrant... il ne peut vous entendre, dit Folidori à voix basse ; et, sortant du cabinet du notaire, il en ferma la porte.

— Ah! monsieur, s’écria le maître-clerc, vous, le meilleur ami de M. Ferrand, venez à ton secours; il n'y a pas uu moment à perdre.

— Que voulez-vous dire T

— D’après les ordres de M. Ferrand, j’étais, allé dire à madame la comtesse Mac-Urégor qu'il ne pouvait se rendre chez elle aujomd'liié, aiti-'i qu'elle le désirait...

— Bh bien?

— Celle dame, qui parait maintenant hors de danger, m'a fait entrer d.ins sa chambre.- Elle s'est écriée d'un Ion menaçant : — Retourne* «lire à M. Ferrand que. s’il n'est pas ici, chez moi, dans une demihemr, avant la (In du Jour il sera arreté comme faussaire... car l’enfant qu'il a lait passrr pour morte ne l est pas... je sais à qui il l a livrée, je sait où elle est (1).

— Cette femme délirait, répondit froidement Folidori en haussant lc6 épaules.

— Vous le croyez, monsieur?

— J'eri suis sûr.

fl) Le leelear Mit quo Sarali c:otbiI «fous l' triir-dc-Marie cuferpi’e & SiiaS» Lazare, d'ajitê» ce quo la ChouclUl a* 0 »t dit awjit de la frapper.

Vj(

— Je l'avais pensé d'abord, monsieur ; mais l'assurance de madame la comtesse..

— Sa tête aura sans doute été affaiblie par la maladie..- et les visionnaires croient toujours à leurs visions.

— Vous avez sans doute raison, monsieur; car je ne pouvais m'expliquer les menaces de la comtesse à un homme aussi respectable que N. Ferrand.

— l'ela n'a pas le sens commun.

— Je dois vous dire aussi, monsieur, qu'au moment où je quittais la chambre de madame la comtesse, une de ses femmes est entrée précipitamment en disant : — Son Altesse sera ici dans une heure.

— Cette femme a dit cela ? s'écria Pojidori.

— Oui. monsieur, et j'ai été très-étonné, ne sachant de quelle Altesse U pouvait être question...

— Plus de doute, c'est le prince, se dit Polidori. Lui chez la comtesse Sarali, qu'il ne devait jamais revoir... Je ne sais, mais je n'aime pas ce rapprochement... Il peut empirer notre position. Pois, s'adressant au ma lire-clerc, il ajouta : — Encore une fois, monsieur, .ceci n'a rien de grave, c’est «ne folle imagination de malade; d'ailleurs je ferai part tout à l’heure à M. Ferrand de ce que vous venez de m'apprendre.

Maintenant nous conduirons le lecteur chez la comtesse Sarab Mac- Urégiir.

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