‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 130 sur 174 · CHAPITRE lit · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit

Vcngesnre.

Pendant que Rodolphe pleurait amèrement, les traits de Sarab sc décomposaient d'une mauière sensible.

Au moment de voir se réaliser enfin le rêve de son ambitieuse vie. 1a dernière espérance qui l'avait jusqu'alors soutenue lut échappait à jamais.

Cette affreuse déception devait avoir sur sa santé, nionientauémrni aniélinrée, uue réaction mortelle.

lieu ver*ée dans son fauteuil, agitée d'mt tremblement fiévreux, ses deux mains croisées et crt*|téc> sur ses genoux, le regard fixe, fa comtesse attendit avec effroi !.i première parole de Rodolphe.

Connaissant l'impétuosité du caractère du prince, cite pressentait qu’au bri-einout douloureux qui arrachait tant de pleurs à cet homme aussi ré-olu qu'inflexible. succéderait quelque emportement terrible.

Tout a coup Rodolphe redressa la tête, f^nya ses larmes, se leva debout, cl s’approchant de Sarah. les bras croisés sur sa poitrine. Pair menaçant, impitoyable... il la contempla quelques moments en silence, pu$ il dit d'une voix sourde :

— Cela devait être ... j 'ai tiré I é|K?c contre mon père... je suis frappé dans mon eufaut... Juste punition du parricide... Ecoutez :tnoi, madame.

— Parricide!... vous! mon Dieu! 0 lunestc jour ! qu'allez-vous donr encore m’apprendre?

— Il faut que vous sachiez. dm* ce moment suprême, tou* les nnnx cau«és par votre implacable ambition, par votre féroce égoïsme. . Entendez-vous, femme sans cœur et sans foi? Entendez-vous, mère dénaturée?...

— Grâce!... Rodolphe...

— Pas de grâce pour vous... qnr, autrefois, sans pitié pour un amour sincère, exploitiez froidement, dam l’intérêt de votre exécrable orgueil, une passion généreuse et dévouée que vous feigniez de partager... Pas de grâce pour vous qui avez ai mé le fils contre Te père !... Pas de grâce pour vous qui, au lieu de veiller pieusement sur votre enfant, l'axe* abandonnée à des mains nvrivtuircs. afin de satisfaire votre cupidité pa r un riche mariage... comme vous aviez jadis assouvi votre ambition effrénée en m’amenant à vous épouser... Pas de grâce pour vous qui, ■après avoir reltisé mon enfant à ma tendresse, venez de causer sa mort par vos fourberies sacrilèges!,.. Malédiction sur vous... vous... mou mauvais génie et celui de ma race!...

— 0 mon Rien !... ibest sans pHié ! LaUsez-moi !... latssez-moi !

— Vous m’entendrez... vous dis-je! .. Vous souvenez-vims du dernier jour. . où je vous ai vue... H y a dix-sepl ans de cela... vous ne pouviez plus cacher les suites de nôtre secrète union, que, comme vous, je croyais indissoluble... Je connaissais le caFaetrre Inflexible de num père... Je savais quel mariage politique il projetait pour moi .. Bravant son indignation, je lui déclarai que vous étiez ma femme devant Dieu et devant les hommes... que dans peu de temps vous mettriez ait monde un eufant, fruit de notre amour... La colère de moi» père fut terrible... il ne voulait pas croire à mou mariage... tant d'audace lui semblait impossible... il me menaça de sou Courroux si je me permettais de bii parier encore d’une semblable folie... Alors je vous aimais comme an insensé... dupe de vas adductions... je croyais que voire cœur d'airain avait battu pour mol... Je répondis h mon père que jamais je n’aurais d’antre femme que vous... A res mots, son emportement n’en! plus de liâmes; H vou* prodigua Ins noms les plus outrageants, s’écria que notre mariage était uni . que, pour vous punir de voire audace, il vous ferait attacher au pilori de fa ville... Cédant à ma folle passion... à la violence de mon caractère... j’o«ai dérendre à mon péie, A mon souverain... de parler ainsi de ma femme... j’osai le menacer. Exaspéré par

| nette insulte, mon père leva la main sur moi: fa rage m’aveugla... jû * lirai uwm épée ., je me précipitai sur fai... Sans Murph qui survint Ct

a oy

de

LES MYSTERES DE PARIS. SI

démonta le coup... j'étais parricide de fait. , comme je l'as été :d‘iuhuiinit ! ... Entendez-vous... parricide!,.. Et pour vous défendre... vous!...

— Hélas! j’ignorais ce malheur !...

— En vain j avais ciu jiisqu'u.1 expier mon crime... le coup qui me frappe aujourd'hui est ma punition.

— Mais moi. n’ai-je pas aii'.-i Lieu souffert de la dun-Lc de votre (têrc, qui a rompu notre nuriage? Pourquoi m'accuser de nu pas vous avoir aimé... lorsque...

— Pourquoi?... — s'écria Rodolphe, eu interrompant Sarah et jetant Sur elle uu regard de mépris écrasant. S.trhi-zde doue, et ne vous élourir? fdns de l’horreur qut vous m’inspirez. Après celle seciie fuueste «latis laquelle j'avais menât é mou père, je rendis mon épée. Je fus mis au secret le plus absolu. Polidori, par les soins de qui notre utariage as .lit été conclu, Tut arrêté; il prouva que celte union était uullo, que le ministre qui l’avait bénie était un ministre supposé, et que vous, votre Irrre et moi, nous avions été trompés. Pour désarmer la colore de mon pore îi son égard, Polidori lit plus ; il lui remit une de vos lettres à votre ircre, Interceptée lors d'un voyage que lit Se) ton.

— Ciel !... il serait possible?

— Vous expliquez-vous mes mépris maintenant? 4 — Oh! assez... assez.

— Dans celte lettre, vous dévoiliez vos projets ambitieux avec un cvnfMne ré voilant. Vous me traitiez avec uu dedain glacial: vous me su riniez b votre orgueil infernal ; je n'étais que l'instrument «le la fortune souveraine qu'on vous avait prédite... vous trouviez cutiu que mou pure vivait bien longtemps.

— Malheureuse que je suis! À cette heure je comprends tout.

— F.t |wiur vous défendre j’avais menacé la vie de mon père. Lorsque le lendemain, «ans m'adresser uu seul reproche, il me montra celte lettre. . s cetle (dire qui a chaque ligne révélait la uoii<rur de voire âme. je ne pus que tomber b genoux et demander grâce. Depuis ce jour I ai été poursuivi par un remord* inexorable. Bientôt je- quittai l'Allemagne pour de longs voyages; alors commença l'expiation que je me suis imposée... Elle ne Unira qu’avec ma vie... Récompenser le bien, «niliso'rvtv le mal, soulager ceux qui souffrent, souder toutes les plaies de Ihimirruié pour tâcher d’arracber quelques âmes à la perdition, telle est la tâche que je tnc suis donnée.

— Elle est noble et sainte, elle est digne de fous.

— Si je vous parle de cc vomi, reprit Rodolphe avec amant de dédain que d'amertume, de ce vœu que j'ai mm i iujpM selon mou p iKvoIr parlw*t où je me suis trouvé, ce u'est pas pour être loué par vous. Ecoulez* moi donc. Dernièrement j'arrive en France; mon séjour dans ce pays ne devait pas être perdu pour lexpialion. Tout ou voulant secourir d honnêtes infortunes, je voulus aussi connaître ce; classes nu*' la misère écrase, abrutit et déprave, lâchant qu’uti Ktaun donné i propm, que quelque? généreuses paroles, snlfis-ut -outri ni à sauver un malheurati de rabime. Aiitk de faqtt par nurf-aiàne. j,e pria l'extérieur et le langage des gens «pie je desirais observer. Ile fui lors d une «h ers cxdoraiions... que... pour fci première fois... Je... je... rencontrai... ’nis, eoinme s'il eût reculé «levant cette r vébtîati terrible, Rodolphe ajoutai apn s un moment d'hésitation ; Mon... non; je. n’eu ai |us le courage,

— îju’avez-vous donc à m'apprendre encore, mon DUn?

— Vous ne le saurez que trop tôt. ..mais, reprit- H avec une sanglante Ironie, vous portez an passe un si vif intérêt, que je rl is vous parler dis événement* «pii ont précédé tuon retour eu Franc* 1 . Apres «le louas voyages je revins eu Allemagne; je m'empressai d'obéir aux volontés de mon pète; j'épousai une princesse de t'russe. l’etul. ut mou absence vous aviez été chassée du gr.md-diir.ht!. Apprenant plus tard que vous cil /. mariée au comte Mac-tjyégor, je vous redemandai ma fillu avec instance : vous ne me répondilcs pas; malgré toutes rtu? informations, je ue pus jnmais «avoir où vous aviez envoyé celle malheuiL-use enf.iul, au - orl de laquelle in«»ii père avait littéralement pourvu. Il y a dix ans v-ulrinent, une lettre de vous m'apprit «jue notre fille était morte. Hélas! plût à Dieu qaVMc fû: morte ak»S... j'aurais ignore riucnrablc douleur «pii va d«fsonn3f« désespérer ma vie.

— Maintenant, dit barah d'une voix faible, je iic m'étonne plus de l'aversion «jue j«? vous ai inspirée depuis que vous avez lu cette lettre... Je le sens, je ne survhTSd pus à ce dernier coup. Eh bien! oui... l’orgm-il et l'ambilinn m'ont perdue! Sous nue apparence pas- ionnéc le car liais nn eccur glacé, l'affectais le dévouement. la franchise; je u'elai-. que dissimulation et égoïsme. Ne sachant pas ('«nubien vous avez le droit «le ino mépriser, de nn- haïr, mes folles espérances étaient rcvenui •» pins ardentes que jamais. Depuis qu’un double veuvage nous rcu- •hiit lil»r«*s tous deux, j'avais repris une nntivcllc créance à cette prédiction qui inc promettait une couronne, et lorsque le hasard m’a fait retrouver ma tille, il m’a semblé voir dans cette fortune im-'péiéc une volonté providentielle!... Oui, j’allai jusqu’à croire que votre aversion pour moi colorait a vniio amour pour votre cuEint... et que Vous me «humeriez votre main afm «h* lui rendre le rang qui lui était dû...

— Kh bien! que votre exécrable ambition soit doue satisfaite cl punie ! Oui. malgré I horreur que vous m'inspirez ; oui, par allai hciiieut. «pie dis je? par respect pour h allr.ux malheurs de mou eufatil, j'aurais;... quoique décidé à vivre ensuite séparé de vous., j’aur.ds par un

mariage qui câf légitimé la na'humi e de notre tille, rendu sa position au «Si éclatante, aus»i haute quelle avait été mi-érable!

— Je lie mêlai» doue pas trompée !... Malheur!... Malheur !... U est trop tard !...

— Oh ! je le sais! cc u’est pas I» mort de votre fille que vous pleurez, c'est fa perle de ce rang que vous avez poursuit i avec une iuilcxi- Ma opiniâtreté!,.. Eli bicu! que ces regrets infâmes soien: voire dernier châtiment!...

— Le dernier... car je n’y survivrai pas...

— Hais avant de mourir vous saurez... quelle ajété l'cxistcncc de votre fille depuis que vous l'avez abandonnée.

— Pauvre entant ! bien mi? rallie, peut être ..

— Vous souvenez-vous, reprit Rodolphe avec un calme effiavatil. vous soiivcdcZ'Vous de celte nuit où vous et votre frère vous m'avez suivi dans un repaire de la Cilé?

— Je m'en souviens; mais pourquoi celle question?... voire regard me glace.

— En venant dans ce repaire, vous avez vu, n’est-ce pas, as min de ces rue? ignobles, de... malheureuses créatures... qui., mais non... non... Je n'ose pas, dit Rodolphe en cachant son visage dans scs mains, je n’ose pas... mes paroles m'épouvantent.

— Moi aussi, elles m’épouvantent... qu'esl-ce donc encore, mou Dieu ?

— Vous les avez vues, n'cst-ce pas? reprit Rodolphe en faisant sur lui-même un effort terrible. Vous les avez vues, ces femme?, b boule de leur sexe ?... Eli bien!... parmi eDes... avez-vous remarqué une jeune fille de seize ans, belle... oh! belle... comme mi peint l<? anges?... une pauvre enfant qui, au milieu de la dégradation où on l’avait plongée depuis quelques semâmes, conservait uue physionomie si candide, si virginale et si pure, que h? voleurs et les assassins qui lu tutoyaient... madame... l’avaient surnommée FIcur-de-Marie... Lavezvous remarquée, celte jeune fille... dites ? dites, hMulie mère?

— Non... je ue l'ai pas remarquée, dit Sarah presque machina ment, se sentant oppressée par une vague terreur.

— Vraiment ? s etria Rodolphe avec un éi lat sardonique. C’est étrange... je lai remarquée, moi... Voici à quel h» occasion... émulez Ideu. Lors^l'uue de cd explorations dont je. vous ai psrlé tout a l'heure H qui avait alors un double hui il}, je inc trouvais dans la Filé : non loin du tepaire où vous m’avez suivi, un homme voulait battre une «le ces malheureuses créatures; je la défeudis contre la brutalité de cet homme... Vous ne devinez pas qui était celle créature... Dites, nv ic sainte «ù prévoyante, dites... vous ne devinez pas?

— Non., je ne... devine pas... Oh! laissez -moi... laisscz-moi.

— Celle malheureuse était Fkur-dc-Marie...

— U mon Dieu! ..

— Fl vous ne «kviuet-pas... qui était Fleur do-Mar îe... lucre irréprochable?

— Tuez-moi... ob ! tiiez-mof...

— C'était la tlouâlcnse... c'était votre fille... s’écria Rodolphe avec une explosion déchirante... Uni, cette iufurtunée que j'ai arrachée <i«s mains d un am ie» forçat, c’éialt mon »ntânl, à moi... a moi... Rodolphe «le Uerolstein ! IM) ! B y avait daus cette rencontre avec mou enfant, que je sauvais sans la connaître, quelque chose de fatal... ’«!c providentiel... une réciHtipeuse pour I bo.nnvè qui «limbe à secourir scs Ire res... mie punition pour te parricide...

— Je meurs maudite et damnée... murmura Sorah en sc renversant dans son fauteuil et en cxn fl-Jnt son visage dans ses mains.

— Alors, roui in»:) fiololj Inq dominant à peine ses ressentiments et voulant en vain comprimer les Mugit Is qui de temps en temps étouffèrent sa voix, qh iitd je l'ai «‘lie fnirstrJle aux mauvais traitement» dont ou la menai,;. il, happé delà douceur inexprimable de sou actt-ul... de rangëhque etpres ion do scs traits... il m'a été impossible «le lie pas m’intéiesser à elle... Avec quelle émotion profomle j’ai écouté le uaïf et poignant récit de cette vie d'abandon, de douleur et de misère ; cor, voyez- vous, c’est quelque chose d'épouvantable que la vie de votre fille... madame...

Oh î il faut «pie vous sachiez les tortures de votre eufaut; oui. madame la comtesse... produit qu’au milieu de votre opulence vous rêviez mm couronne... voire fille, toute petite, couverte de haillons, allait le soir im-ndirr dans les rues, souffrant du froid « v t de la faim... durant les nuits «l'hiver elle grelottait sur uu peu «le paille daus 1«- coin d uo grenier, et puis, quand I horrible femme qui b torturait était lasse de battre la pauvre petite, ne sachant qu'imaginer pour b faire souffrir, savezvou» ce qu'elle lui faisait, madame?... elle lui arrachait k& «lents!*..

— Oh! je voudrais mourir ! c'est uue atroce agonie!...

— Ecoutez eucorc... S'échappant enfin de? mains de la Chouette; errant mus pain, sans asile, âgée de huit an» à peine, ou l'arrête cmuiiie vagabonde, «ni la inet eu prison... Ab! cela a été le nuilhur temps «le la vie de votre fille... madame... Oui, datte sa geôle, chaque, soir, elle remerciait Dieu de tu; plus souffrir du froid, de la faim, et de m; plus être battue. Et c'est dan» une prison qu'elle a passé les auimcs les plus précieuses de la vie «l’une jeune tille, et? armées qu’une leudre mère entoure toujours d'une sollicitude si pieuse et si jalouse; oui, au

(I J Celui de retrouver tu trace* de Ccru>aii), Ul* de iwobmc Georges.

lieu d'atteindre ses seize ans environnée de soins tutélaires, de nobles enseignements, votre fille n’a connu que la brutale indifférence des geôliers, et puis, un jour, dans sa féroce insouciance, la société l'a jetée, innocente et pure, belle et candide, au milieu de b fange de b grande ville... Malheureuse enfant... abandonnée... sans soutien, sans conseil, livrée à tous les hasards de la misère cl du vice! .. Oh! s'écria Rodolphe, en donnant un libre cours aux sanglots qui l'étouffaient, vftilrc cœur est endurci, votre égoïsme impitoyable, mais vous auriez pleuré .. oui... vous auriez pleuré en enlcndaul le récit déchirant de votre fille!... Pauvre enfant ! souillée, mais non corrompue, chaste encore au milieu de celle horrible dégradation qui était pour elle «B songe affreux, car chaque mot disait son horreur pour cette vie où elle était fatalejncut enchaînée; oh ! si vous saviez comme à chaque instant il se révélait en die d'adorables instincts. Que de bonté...

que de charité tou* chante! oui... car c’était pour soulager une iu fortune plus grande encore que b sienne que la pauvre petite avait dépensé le peu d'argent qui lui restait, cl qui b séparait de l'abîme d infamie où ou l'a plongée... Oui ! car il est venu un jour. .

un jour affreux... où.

sans travail, sans pain, sans asile... d'horrible»

femmes lunl rencontrée exténuée de faiblesse... de besoin. .

Tout cuivrée... et...

ilodolphe neputachever; il poussa un cri déchirant en s’écriant .

— El c’était ma fille !

ma fille!..

— Malédiction sur moi ! murmura Sarah

u cachant sa figure Vins scs mains comme si elle eût redouté de voir le jour.

— Oui, s'écria Rodolphe. malédiction sur vous! car c’cs» votre abandon qui a causé toutes ces horreurs .

Malédiction sur vous!

car, lorsque b retirant de celle (auge je l'avais placée dans une paisible retraite, vous l'en avez fait arracher par vos misérables complices.

Malédiction sur vous!

car cet enleveinent l'a mise au pouvoir de Jacques Ferrand...

A ce nom, Rodolphe sc tut brusquement...

Il tressaillit comme s'il l’eût prononcé pour b première fois.

C’est que pour la première fois aussi il prononçait ce nom depuis qu'il savait que sa

tille était la victime de ce monstre... I.es traits du prince prirent alors une effrayante expression de rage cl de haine.

Muet, immobile, il restait comme écrasé par celle pensée : que le meurtrier de sa fille vivait encore...

Sarah, malgré sa faiblesse croissante et le bouleversement que venait de lui causer l'entretien de Rodolphe, fut frappée de son air sinistré ; elle eut peur pour elle...

— ilelas! qu’avez-vous? murmura-t-clle d'une voix Iremblautc. Pi 'est-ce pas assez de souffrances, mon Dieu?..

— Non... ce n'est pas assez ! ce n’est pas assez... dit Rodolphe en se parbut à lui-même et répondant à sa propre pensée, je u avais jamais éprouvé cela... jamais! Quelle ardeur de vcugeauce... quelle soif de sang... quelle rage calme et réfléchie !... Quand je ne savais pas

qu'une des victimes du monstre était mou enfant... je me disais : La mort de cet homme serait stérile... tandis que sa vie serait féconde, si. pour b racheter, il acceptait les conditions que je lui impose... Le condamner à b charité, pour expier ses crimes, me paraissait juste... El puis b vie sans or. b vie saus l'assouvissement de sa sensualité frénétique, devait être une longue et double torture... Mais c’est ma fille qu'il a livrée, enfant, à toutes les horreurs de b misère... jeune fille, a toutes les horreurs île l’infamie !... s'écria Rodolphe en s'animant peu ù peu ; mais c'est ma fille qu’il a fait assassiner!... Je tuerai cet homme!...

Et le priuce s’élança vers b porte. ,

— Où allez-vous? Ne m’abandonnez pas!... s'écria Sarah, se devant à demi et clendanl vers Rodolphe ses maius suppliantes. Ne me bissez

pas seule! je vais

mourir...

— Seule!... non!...

nou!... Je vous laisse avec le spectre de votre fille, dout vous avez Causé la mort!...

Sarah, éperdue, se jeta à genoux en poussant un cri d'effroi, comme si un fantôme effrayant lui eût apparu.

— Pitié ! je meurs !

— Mourez donc , maudite!... reprit Rodolphe effrayant de fureur. Maintenant il me faut b vie de votre

complice car c'est

vous qui avez livré votre fille à son bourreau!...

Et Rodolphe se fit rapidement conduire chez. Jacques Ferrand

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