‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 145 sur 174 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Martial «l le Cbourioeur.

Nous avons présenté le tableau de la toilette des condamnés dans toute son effroyable vérité, parce qu'il nous semble qu'il ressort de cette peinture de puissants arguments

Contre la peine de mort,

Contre la manière dont cette peine est appliquée,

Contre l'efiet qu’on en attend comme exemple donné anx populations.

Quoique dépouillé de cet appareil à la fois formidable et religieux dont devraient être au moins entourés tous les actes du suprême châtiment que la loi inflige au nom de la vindicte publique, la toilette est ce qu'il y a de plus terrifiant dans l'exécution ae l'arrêt de mort, et c'est cela que l’on cache à la multitude.

Au contraire, en Espagne, par exemple, le condamné reste exposé 1

pendant trois jours dans une chapelle ardente, son cercueil est mil» nuollemcnt sous scs yeux ; les prêtres disent les prières des agoni uuüt, les cloches de l’église" tintent jour et nuit un glas funèbre (I).

On conçoit que celte espèce d’initiation à une mort prochaine puisse épouvanter les criminels les plus endurcis, cl inspirer une terreur salutaire à la foule ou! se presse aux grilles de la chapelle mortuaire.

Puis le jour du -upplicc est un jour de deuil public ; les clo< hes de toute» les paroisse.. sunuent les trépané* ; le condamné est lentement conduit à récbafattd avec une pompe impo -ante, lugubre; sou < crc eil toujours porté devant lui ; les prêtre s, chantant les prières des maris, marchent à ses côtés ; viennent ensuite les confréries religieuses, et enfin des frère» quêteurs demaudunt à la foute de quoi dire des tu -ses pour le repos ue lame du supplicié... Jamais la foule ne reste sourde à CCS appd...

Sans doute, tout cela est épouvantable, mais cela est logique, mais cela CSt Imposant, mais cela montre que l’on ne retnuche pas de ce monde une créature «le Dieu pleine d vie et de force comme ou égorge un l>œuf, mais cela donne à penser à b multitude, qui juge toujours du crime par la grandeur de b peine... que l'homicide est un forfait bieo abominable, puisque son châtiment ébranlé, attriste, émeut toute une ville.

Eucore une fois, ce redoui ibL ; : fade peut faire naître de graves réflexions, luspîrcr un utile effroi... et ce qu'il y a de barbare dan» ce sacrifice humain e-t ; u moins couvert par b terrible majesté de son exécution.

Mak, nous ?e demandons, les choses sc passant exactement comme nous tes a uns rapportées (et quelquefois meme moins gravement), de quel exemple ceb peut-il être:

De graud matin ou prend le condamné, on le garrotte, on le jette dans une voiture b nuée, le po-aillon fouette, louche à l'échafaud, la bascule jonc, et une tête tombe dans tut panier .. an miUcn vies railleries •traces de ce qu'il y a de {dus corrompu «bus la populace!...

Encore ujc fois, dans cette exécution rapide et furtive, où est l'exemple? où est l’ép m vante ?...

El puis, comme l'exécution a lieu pour ainsi dire à huis clos, dau» un endroit parfaitement écarté, avec une piéeipiiatioct sournoise.,* toute b ville ignore col acte sanJaitl et solennel, rien ne lui annonce que ce Jour-là ou « tue uu homme.. » les théâtres rient et chantent... la Iode bourdonne insoucieuse et brayante...

Au point de vue de b société, de b religion, de l'humanité, c’est pourtant quelque chose qui doit importer à tous que cet homicide juridique commis -iu nom de l'intérêt de tous...

enfin, disous-le encore, db«w»s-le toujours, voici le glaive, mais où est b couronne T A côté de b puuition, moulrez b récompense , alors seub'iucnt la leçon son complète et féconde ... Si, le lendemain de ce jour de deuil cl de mort, le peuple, qui a vu b veille le sang d'un grand criminel rougir l'échafaud, voyait rémunérer et exalter nu grand homme de bien il redouterait d’anl «il plus le supplice du premier qu’il ambitionnerait davantage le triomphe du second ; b terreur empêche à peine le crime, jamais elle n’iusnire la vertu.

Considère-t-on l'effet Je b peine de mort sur les condamnés euxmémes ?

Ou il» b bravent avec un cynisme audacieux...

On ils la subissent inanimés, à demi morts d'épouvante...

Ou il - offrent leur tête avec on repentir profonds! sincère...

Or, b peine est insuffisante pour ceux qui la narguent...

Inutile pour ceux qui sont déjà morts moralement...

Exagérée pour ceux qui se répeuieui avec siucérilé.

Répet ons-lc': b société ne (uc le meurtrier ni pour le faire souffrir, mi pour lui infliger b loi du talion... Elle le tue pour le mettre dans l'impossibilité de nuire. . elle le lue pour que l excuiple de sa punition serve de frein aux meurtriers à venir.

Nous crayons, nous, que b peine est trop barbare, cl «pi’clle n'épouvante pas assez. .

Nous croyons, nous, que dans quelques crimes, tels que le parricide, ou autre» forfaits qualifies, r >r euglr/nml cl un i-idemeul perpétuel mettraient un coudamué dans l'impossibilité de nuiie, et le puniraient d'une manière mille fois plus redoutable, tout en lui laissant le temps du repentir et de la rédemption.

Si l'on doutait de celte assertion, nous rappellerions beaucoup de faits constatant l'horreur invincible des criminels endurcis pour b isolement. Ne sait-on pas que quelques-uns ont commis «les meurtres pour être condamnés a mort, préférant ce supplice à une cellule?... Quelle serait donc leur terreur, lorsque rarntglrmenJ, joint à I solement, ôterait au coudamué l'espoir de s'évader, espoir qu'il couærve et qu'il réalise, quelquefois même en cellule et chaigé de fers ?

Et, à ce propos, nous pensons au»si que l'aliolUion des condamnations capitales sera peut-être une «les conséquence» forcée» de l'isolement pénitentiaire : l’effroi que cet isolement inspire à b génération

3 ni peuple à celte heure les prisons cl les bagous «haut tel que beaucoup 'entre ccs incurables préféreront encourir le dernier supplice que ['emprisonnement cellulaire, alors il faudra sans doute supprimer b peine

11) C’eat Juin que cela te paataH eu E*pa*ne pandant le *jour que j’y tu de 18x4 è 18-25-

LKS MYSTÈRES DE PARIS

de mort pour leur enlever cette dernière et épouvantable alternative.

Avant de poursuivre notre récit, disons quelques mots des relatons récemment établies entre le Chourtneur et Martial.

Une fois Germain sorti «le prison, te Chnurincur prouva facilement qu'il s 'était volé lui-même, avoua au juge d'tatrucliou le but de celte singulière mystification, et (ut mis eu liberté apres avoir été justement cl sévèrement admonesté par ce magistrat.

N'ayant pas alors retrouvé KUitrde- Marie, et voulant récompenser de ce nouvel acte de dévouement le Cbourincur, auquel il devait déjà la vie, ftodoipbe, p-ur combler lee vomi «le son rade protégé, fevak logé à l'hôtel de la rue Plumet, lui promettaul de l’emmener à sa suite tors qu'il retournerait en Allemagne. Nous l'avons dit, le Chourhicur éprouvait pour Rodolphe l'attachement aettgle, obstiné du chien pour on maître. Demumr lOUâ le même t- it qu- h* prince, I»; voir quelquefois, attendre avec patience une nouvelle occasion de se sacrifier à lui nu aux sicus. là se boruaiim 1 ambition cl le bonheur du Chourinour, qui préférait mille fois cotte condition à l’argent et à la ferme en Algérie que hodolphe avait mis à. su disposition.

Mais, lorsque le prince eut retrouvé sa fille, tout changea ; malgré sa vive rocoimaissancc pour l'homme qui lui avait sauvé iu vie, il ne put sc résoudre à emmener avec lui en Allemagne ce témoin de la première honte de Fleur-dc-Marle .. Bien décidé U'aiueurs à combler tous les «lésirs du Ghourineur, Ü le (H venir une deiuiére fuis, et lui dit «ju’il attendait «Je *011 attachement un nouveau service. A ces mots, la physionomie du Ghourineur rayon ua ; nuis elle devint bientôt concernée, lorsqu'il apprit que non-st-olcmeni il oc pourrait suivre le prince en Allemagne, mais qu'il faudrait quitter 1 'hôtel le jour même.

Il est inutile de dire les compensations brillantes que Rodolphe offrit au Cbourincur : l'argent qui lui était destiné, le contrat de vente de la ferme en Algérie, plus encore, s'il le voulait... tout était à sa disposition.

Le Ghouriutur, frappé au cœur, refus.! : et, pour la première fois de sa vie peut-être, cet In «mine pleura... Il fallut tins tance de Rod Ipitc pour le décider à accepter ses premiers bienfaits.

Le lendemain, le prince lit venir la Louve et Martial ; sans leur apprendre que Fleur-de-Marie était sa fille, il leur demanda ce nu 'il pouvait taire pour eux ; tous leurs désirs devaient être accomplis. Voyant leur hésitation, et se souvenant de ce que FU ur-de-Mari« fui avait dit des goûts un peu sauvages de la Louve cl de son mari, il proposa au har li ménage une somme d'argent considérable, ou bien la moitié «le ce te somme et des terres eu plein rapport, dépendantes d’une ferme voisine de celle qu'il avait fait acheter pour le Ghourineur, et qui était aussi à vendre. En faisant celte offre, le prince avait encore songé que Martial et le Chourinour, tons deux rudes, énergiques, tous deux doué.-, «le bons et valeureux instincts, sympathiseraient d’autant mieux qu'ils avaient aussi tons deux dés raisons de rechercher h solitude, l'un à cause de son passé, l'autre à cause des crimes de sa famille.

Il ne se trompait pas ; Martial et la Louve acceptèrent avec transport ;

( >uis, ayant été, par l'intermédiaire de Murph, mis en rapport avec le Ihouriûeur, tous trois se félicitèrent bientôt des relations que promettait leur voisinage en Algérie.

Malgré la profonde tristesse où il était plongé, ou plutôt à cause même de cette tristesse, le Ghourineur, louché de-» avances cordiales de Martial et de sa femme, y répondit avec effusion. Bientôt nue amitié sincère unit les futurs colons : les gens de celte trempe se jugent vite et s'aiment de même... Aussi, la Louve et Martial, n'ayant pu, malgré leurs affectueux efforts, tirer leur nouvel ami de sa sombre léthargie, ne comptaient plus pour l'eu distraire que sur le mouvement «lu voyage et sur l'activité de fenr vie à venir; car, une fois en Algérie, ils seraient obligés de se meure au fait de la culture des terres qn’on leur avait données, les propriétaires devant, d’après les conditions de la vente, faire valoir les fermt's pendant une année encore, afin que ta nouveaux possesseurs fussent en état de surveiller plus lard l'exploitation.

Ces préliminaires posés, on comprendra qu'instruit de la pénible entrevue à laquelle Martial devait se rendre pour obéir aux dernières volontés de sa mcrc, le Chourlneur ait vonlo accompagner son nouvel and jusqu'à la porte de Bicètre, où il l'attendait dans le iiacre qui ta avait amenés, et qui les reconduisit à Paris après que Martial, épouvanté, eut quitté le cachot où l'on faisait les terribles préparatifs «le rexécutlon de sa mère et de sa sœur.

La physionomie du Ghourineur était complètement changée : l'expression d'audace et «le bonne humeur qui caractérisait ordinairement sa mâle figure avait fait place à un morne abattement ; sa voix même avait perdu quelque chose de sa rudesse ; une douleur de F âme, douleur jusqu'alors inconnue de lui, avait rompu, brisé cette nature énergique.

Il regardait Martial avec compassion.

— Courage, lui disait le Ghourineur, vous avez fait tout ce qu'un brave garçon pouvait faire... C'est fini... Songez à votre femme, à ces enfants que vous avez empêchés d’étre dos gueux comme père et mcrc... El puis enfin, ce soir nous aurons quitté Paris pour n v plus revenir, et vous n'entendrez plus jamais parier de ce qui vous afflige.

— C'est égal, voyez-vous» Chourioeur... après tout, c’est ma mère... c’est ma sœur.

— r.afiu, que voulez-vous... ça est... et, quand les choses sont., il fant bien s’y soumettre... dit le Ghourineur ai étouffant un soupir.

Après un moment de silence, Martial lui dit cordialement ;

— Moi aussi je devnais vous consoler, pauvre garçon . . toujours cette

tristesse...

— Toujours, Martial...

— Enfin... moi et ma femme... nous comptons qu’une fois hors de Paris... ça vou passera...

— Oui, «lit le Ghourineur au bout de quelques luitants et presque en frissonnant malgré lui, si je sors de Parts...

— Puisque... nous partons ce soir.

— C’est-à-dire vous autres... vous partez ce soir...

— Et vous donc ? est-ce que vous changez d'idée maintenant ?

— Non...

— Eh bien ?

Le Cbourioeur garda de nouveau te silence, puis il reprit, en faisant un effort sur lui -même :

— Tenez, Martial. . v us allée hausser les épaules... mais j’aime autant vous tout «lire .. S il m'arrive quelque chose, au moins ça prouvera que je ne me suis pas trompé.

— Qu’y a-t-il donc ?

— Quand... M. Rodolphe..* nous a fait demander s'il nous conviendrait «le partir ensemble pour Alger et d’y être voisin», je n’ai pas voulu vou tromper... ni vous ui voire femme... Je vous ni dit... ce que j’avais été...

— Ne parlons plus de cela... vous vcz subi votre peine... vous êtes au si bon et aussi br tve que pis un... ’lais je conçois que, comme moi, vous aimiez mieux aller vivre au loin., grâce à notre généreux protecteur... que «le rester ici. . où, si à î'.iKc et si honnêtes que nous soyons, on nous reprocherait toujours, à vous un méfait que vous avez payé et dont vous vous repentez pourtant encore... à moi les crimes de met parents... ikml je ne suis pas responsable. Mais de vous à nous... le pas é est passé... et bieu passé... Soyez tranquille... nous comptons sur vous comme vous pouvez compter sur nous.

— De vous à moi... peut-être... le passé est passé ; mais, comme je le disais à M. Rodolphe... voyez-vous, Martial... il y a quelque chose L«haut... et j’ai tué uu homme...

— C'est un grand malheur: mais, enfin, dans ce momcnl-là vous ne vous connaissiez plus... vous étiez comme fou... et puis enfiti vous avez sauvé la vie à d'autres personnes... et ça doit vous compter.

— Ecoutez, Martial. .. si je tous parie de mon malheur... voilà pourquoi... Autrefois j’avais souvent un rêve... dans lequel je voyais... w sergent que j’ai tue... Depuis longtemps... je ue l'avais plus... ce rêve... et celte nuit... je l'ai eu...

— C’est un hasard.

— Non... ça m’annonce un malheur pour aujourd'hui.

— Vous déraisonnez, mon bon camarade...

— J’ai un pres'mniimcui que j«» ne sortirai pas de Paris...

— Encore une fois, vous n'avez pas le sens commun... Votre chagrin de quitter noire bienfaiteur... la pensée de me conduire aujourd'hui à Bicttrc... m de si triâtes choses m'attendaient... tout cela vous aura agité c«»tte nuit ; alors naturellement votre rêve... vous sera revenu...

Le Cbourincur secoua tristement la lé'e.

— Il m’est revenu juste la veille du départ de M. Rodolphe... car c’est aujourd'hui «m il part...

— Aujourd'hui?

— Oui... Hier j'ai envoyé un commissionnaire à son hôtel... n'osaut pas y aller mot-même... il me l’avait détendu... On a dit que le prince partait ce matin, à ouze heures... par la barrière de Chareuton. Aussi un' 1 fois (juc nous allons «"tire arrhé> à Paris... je me posterai là... pour tâcher de le voir; ça sera la dernière fois!... la dernière!...

— Il parait si bon, que je comprends bien que vous l'aimiez...

— L’aimer ! dit le Ghourineur avec une émotion profonde cl concentrée, oh oui !... allez... Voyez-vous, Martial... coucher par terre, manger du pain noir... être son «•hien... mais être où il aurait ét«k, je ne demandais pas plus... C'était trop... il n’a pas voulu.

— 11 a été si généreux pour vous !

— Ce n’est nas ça qui Lit que je l'aime taut... c'est parce qu’il m'a dit que j’avais au cœur et «le l'honneur... Oui, et dans un temps où j’étais laroti. he comme une bête brute, où je me méprisais comme le rebut de la canaille... lui m’a fait comprendre qu’il y avait encore du bon en moi, puisque, ma peine faite, je m’étais repenti, cl qu'après avoir souffert la misore des misères sans voler, j’avak travaillé avec courage pour gagner honnêtement ma vie... sans vouloir de mal à personne, quoique tout le monde m'ait regardé comme un brigand Oui, ce qui n'était pas encourageant.

— C’est vrai; souvent pour vous maintenir ou vous mettre dans i bonne roule, il ne faut que quelques mots qui vous encouragent et vout relèvent...

— Nest-ce pas, Martial ? Aussi quand M. Rodolphe me les a dits cet mots, dame ! voyez -vous, le coeur m’a battu haut et fier. Depuis ce tempslà, je me mettrais dans le feu pour le bien... Que l'occasion vienne, on verrait... Et ça, grâce à qui?... grâce à M. Rodolphe.

— C’est justement parce que vous êtes mille fols meilleur que voui

n 'étiez que tous ne devez pas avoir de mauvais pressentiments. Votre rêve oe signifie rien.

— Enfin noos, verrons. C’est pas que je cherche un malheur exprès... il n'y en a pas pour mol de plus grand que celui qui m’arrive... Ne plus le voir jamais... M. Rodolphe! Moi qui croyais ne plus le quitter... Dans mon espèce, bien entendu., j’aurais été là, à lui corps et âme, toujours prêt... C'est égal, il a peut-être tort... Tenez, Martial, je uc suis qu'un ver de terre auprès de lui... eh bien ! quelquefois il arrive que les plus petits peuvent être utiles aux plus grands... Si ça devait être, je oe lui pardonnerais de ma vie de s'être privé de moi.

— Oui sait?... ou jour peut-être vous le reverrez...

» Oh ! non. Il m’a dit : « Mon garçon, il faut que tu me promettes de ne jamais chercher à me revoir, cela me rendra service. » Vous comprenez, Martial, j'ai promis... foi d'homme, je tiendrai... mats c'est dur.

— Une fois là- bas vous oublierez peu à peu ce qui vous chagrine. Nous travaillerons, nous vivrons seuls, tranquilles, comme de bous fermiers, sauf à faire quelquefois le coup de fusil avec les Arabes... Tant mieux ! ça nous ira a nous deux ma femme; car elle est cràue, allez, la Louve !

— S'il s'agit de coups de fusil, ça me regardera. Martial ! dit le Chourineur nu peu moins accablé. Je suis garçon, et j'ai été troupier...

— Et moi braconnier !

— Mais vous... vous avez votre femme et ces deux enfants dont vous êtes comme le père... Moi, je n’a» que ma peau... et, puisqu elle ne peut plus être bonne à Caire un paravent à M. Rodolphe, je n'y liens guère. Ainsi s’il y a un coup de peigne à se donner, ça inc regardera.

— Ça nous regardera tous les deux.

— Non, moi seul... tonnerre !... A moi les Bédouins!

— A la bonne heure; i'aime mieux vous entendre parler ainsi que comme tout à l'heure... Allez, Chourincur... nous serons de vrab frères; et puis vous pourrez nous entretenir de vos chagrins s’il eurent encore, car j'aurai les miens. La tournée d'aujourd'hui comptera longtemps dans ma vie, allez... On ne voit pas sa mère, sa sœur... comme je les ai vues... sans que ça vous revienne â l'esprit... Nous nous ressemblons, vous et moi, dans trop de choses, pour qu’il oc nous soit pas bon d’être ensemble Nous ne boudons au danger ni l'un ni l autre ; eh bien ! nous serons moitié fermiers moitié soldats... Il y a de b chasse la-bas... nous chasserons... Si vous voulez vivre seul chez vous, vous v vivres, et nous voisinerons... sinon... nous logerons tous ensemble. Nous élèverons les enfants comme de braves gens, et vons serez quasi leur oncle., puisque nous serons frères. Ça vous va-t-il? dit Martial eu tendant la main au Cbourioeur.

— Ça me va, mon brave Martial... El puis enfin., le chagrin me tuera ou je le tuerai... comme on dit.

— Il ne vous tuera pas... Nous vieillirons là-bas dans notre désert, et tous les soirs nous dirons : « Frère... merci à M. Rodolplie... » Ça sera notre prière pour lai...

— Tenez, Martial... vous me mettez du baume dans le sang...

— A la bonne heure... Ce bête de rêve... vous n'y pensez plus, j’espèrt\..

— Je lâc herai...

— Ah çJi !... vous venez nous prendre â quatre heures! là diligence part â cinq.

— C’est convenu... Mais nous voici bientôt à Paris; je vais arrêter le fiacre. J'irai à pied jusqu'à b barrière de Charenton ; j’attendrai M. Rodolphe pour le voir passer.

La voiture s'arrêta ; le Chourincur descendit.

— N’oubliez pas... à quatre heures... mon bon camarade, dit Martbl.

— A quatre heures !...

Le Chourincur avait oublié qu’on était au lendemain de b mi-carême ; aussi fut-il étrangement surprix du spectacle à la fois bizarre et hideux qui s'offrit à sa vue lorsqu'il eut parcouru une partie du boulevard extérieur, qu'il suivait pour se rendre à b barrière de Charentou.

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