‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 155 sur 174 · CHAPITRE DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE DERNIER

Rodolphe à dêmenea.

Tizizi liirvm. .. anniversaire maintenant doublement sinistre !!! Mon amie... nous la perdons à jamais!

Tout est fini... tout! .

Ecoule ce récit :

U est donc vrai... on éprouve une volupté atroce à raconter une horrible douleur.

Uier je ine plaignais du hasard qui vous retenait loin de moi. .. aujourd'hui, Clémence, je me félicite de ce que vous n'êtes pas ici : vous souffririez trop...

Ce matin, je sommeillais à peine, j’ai été éveillé par le son des cloches... j'ai tressailli d’clTroi... cela m’a semblé funebre... on eût dit un glas de funérailles.

En effet... ma fille 'est morte pour nous... morte, entendez-vous... Dès aujourd hni, Clémence... 1) vous but commencer à porter son deuil dans votre cœur, dans votre cœur toujours pour elle si maternel..

Que noire enfoui soit ensevelie sous le marbre d'un tombeau ou sous la Vuûte d uu cloître. . pour nous... quelle est la différence?

Dès aujourd'hui, entendez-vous, Clémence, il faut b regarder comme morte... D'ailleurs... elle est d une si grande faiblesse... sa santé, altérée par tant de chagrins, par la ut de secousses, eu si chancebnte... Pourquoi pas aussi cette autre mort, plu» complète encore? La fatalité n'est pas fasse...

El puis d'.iilleurs... d'après ma lettre d'hier, vous devez comprendre que cela serait peut-être plus heureux pour elle... qu’elle fût morte.

Morte... ces cinq lettres ont une physionomie étrange... ne trouvezvous pas?., quand ou les écrit à propos d’une fille idolâtrée... d’une fille si belle... si charmante, d’une bonté si angélique... Dix-huit ans à peine... et morte au monde!...

Au fait... pour nous et pour elle, à quoi bon végéter souffrante dans la morne tranquillité de ce cloître? qu'importe qu elle vive, si ede est perdue pour nous? Elle doit taul l'aimer, b vie... que b fatalité lui a Lite!...

Ce que je dis là est affreux... Q y a un égoïsme barbare dans l'amour paternel!...

A midi, sa profession a eu lieu avec une pompe solennelle.

Caché derrière les rideaux de notre tribune, j'y al assisté...

J'ai ressenti, mais avec encore pins d'intensité, toutes les poignantes émotions que nous avions éprouvées lors de sou noviciat ..

Chose bizarre ! elle est adorée , on croit généralement qu’elle est attirée vers la vie religieuse par une irrésistible vocation, on devrait voir dans sa profession un événement heureux pour elle, et, au contraire, une accablante tristesse pesait sur b foule.

Au fond de I église, parmi le peuple... j’ai vu deux sous-officiers de mes gardes, deux vieux et rudes soldats, baisser b tôle et pleurer...

Ou eût dit qu'il y avait dins l'air uu douloureux prcsseolimcnl... Du moins s'il était fondé, il n'est réalisé qu'à demi...

La profession terminée, on a ramené notre enfant dans la salle du chapitre, où devait avoir lieu b nomination de b nouvelle abbesse...

Grâce à mon privilège sooveraiu, j’albi dans cette salle attendre Fleur-do-Marie au retour du chœur.

Elle entra bientôt...

Son émotion, sa faiblesse étaient si grandes, que deux sœurs b soutenaient...

Je fus effrayé, moins encore de sa pâleur et de b profonde altération de ses traits que de l'expression de son sourire... Il me parut empreint d’une sorte de satisfaction siuistre...

Clémence... je vous le dis... peut-être bientôt nous faudra-t-il du courage... bien du courage... Je sens pour ainsi dire en moi que notre entant est mortellement frappée...

... Après tout, sa vie serait si malheureuse...

Voilà deux fois que je inc dis, en pensant À b mort possible de ma fille... que cette mort mettrait du moins au terme à sa cruelle existence... Cette pensée est un horrible symptôme... Mais, si ce malheur doit nous frapper, il vaut mieux y être préparé, n'est-ce pas, Clémence?

Se préparer à un pareil malheor... c’est en savourer peu à peu et d'avance les lentes angoisses... C'est un raffinement de douleurs inouï... Cela est mille fois plus affreux que le coup qui vous frappe imprévu... Au moins b stupeur, i anéantissement vous épargnent une partie de cet atroce déchirement...

Mais les usages de b compassion veulent au'on vous prépare... Probablement je n agirais pas autrement inoi-meme, pauvre amie... ei j’avais à vous apprendre le funeste événement dont je vous parle... Ainsi épouvantez-vous... si vous remarquez que je vous entretiens d'elle... avec des ménagements, des détours d'une tristesse désespérée, après vous avoir annoncé que sa santé ne me dounait pourtant pas de graves inquiétudes.

Oui, épouvantez-vous, si je vous parie comme je vous écris mauiie- , uant... car, quoique je l'aie quittée assez calme il y a une heure pour venir terminer celle lettre, je vous le répète, Clémence, il me semble ressentir en moi qu elle est plus souffrante quelle ne le paraît... Fasse le ciel que je me trompe, et que ie prenue pour des pressentiments b désespérautc tristesse que m'a inspirée cette cérémonie lugubre !

Fleur-de-Marie entra donc dans b grande salle do chapitre.

Toutes les stalle» furent successivement occupées par les religieuse».

LES MYSTERES DR PARIS

Elle alla modestement se mettre à la dernièie place de la rangée de gauche; elle s'appuyait sur le bras d'une des sœurs, car elle semblait toujours bien faible.

Au haut de la salle, la princesse Juliane était assise, ayant d'un côté b grande-prieure, de l'autre une seconde dignitaire, tenant à la main la crosse d'or, symbole de l'autorité abbatiale.

11 se fit uo profond silence, b princesse se leva, prit sa crosse en main, et dit d’une vois grave et émue :

a place qui vous appartient; vos vertus évangéliques. et non votre « rang, vous l'ont gaguée.»

Kn disant ces mots, b vénérable princesse se pencha ver» ma fille pour l'aider à sc relever.

Fleur-de-Marie fit quelques pas en tremblant, puis arrivant au milieu de la salle du chapitre elle s'arrêta, cl dit d'une vois dont le calme et la fermeté ut' étonnèrent :

« — Mes chères filles, mou grand âge m’oblige de confier A des mains a plus jeunes cet emblème de iuou pouvoir spirituel, et elle montra sa a crosse. J'y suis autorisée par une bulle de notre saint-pere: je pré- « tenterai donc à la bénédiction de mousciguour l'archevêque d’Oppcn- « brim et à l'approbation de S. A. R. le grand-duc, notre souverain, c celle de vous, mes chères filles, qui par vous aura été désignée pour a cm- succéder. Noire grande-prieure va vous faire connaître le résulta! c de l'élection, et A celle-là que vous aurez élue je remettrai ma crosse a et mon anneau. »

Je ne quittai pas ma fille des yeux.

Debout ‘nus sa stalle, le* deux mains jointes sur sa poitrine, les yeux baissés, à demi enveloppée tktoo voile blanc et des longs uIU traînants de sa robe notre, elle te tenait immobile et pensive, elle travail ras un moment supposé qu'on pût l'élire ; son élévation n'avait été confiée qu'j moi par l'abb- sse.

La grande-prieure prit un registre et lut :

« Chacune de nos chères soeurs ayant été, suivant b règle, .invitée, « il y a huit jours, à déposer -on vote entre les mains de notre sainte « mère et à tenir sou choix secret ju&qu'a ce moment; au nom de noire « sainte mère, je défibre qu'une de vous, mes chères sœurs, a par sa « piété exemplaire, par ses vertus angéliques, mérité le suffrage una- « ni n h- de ia communauté, et celle-là est uolrc sœur Amélie, de son c vivant très-haute et trèvpubsautc princesse de (jeioUlein.a

A ces mots, une sorte de murmure de douce surprise cl d'heureuse satisfaction circula dans la salie ; tous les regards des religieuses se fixeront sur ma fille avec une expre->lou de teudre sympathie ; malgré mes accablantes préoccupation», je fus moi-même vivement ému de cette nomination qui, faite isolément et secrètement, offrait néanmoins une si louchante unanimité.

Fleur-de-Marie, stupéfaite. devint encore plus pile . scs genoux tremblaicut si fort, qu'elle fut obligée de s'appuyer d'une main sur le rebord de b stalle.

L'abbesse reprit d une voix haute et grave :

« Mc 5 chères tilles, c'est bien sœur Amélie que vous croyei b plus « digne et b plus méritante de vous toutes? c'est bien elle que vous « reconnaisses pour votre supérieure spirituelle? Que chacune de vous « me réponde à son tour, nies chères filles. »

Et chaque religieuse répondit à haute voix :

« — Librement et volontairement j’ai choisi et je choisis soeur Amélie « pour ma sainte mère et supérieure. »

Saisie d’une émotion inexprimable, ma pauvre eufaul tomba à genoux, joignit les deux mains, et resta ainsi jusqu'à ce que chaque vote fût émis.

c — Pardonnez-moi, sainte mère... je voudrais parler à mes soeur».

« — Montez d'abord, ma chère fille, sur votre siège abbatial, dit U « princesse ; c’est de là que vous devez leur faire entendre votre voix.

« — Cette place, sainte mère... ne peut être la mietmc, répondit • Fleur-de-Marie d'une voix haute et tremblante.

« — Que dile»-vo<K, ma obère fille?

« — Une si haute dignité n’est pas faite pour moi, saiutc mère.

« — Mais les vœux de toutes vos sœurs vous y appellent.

« — Permett(*7-rnoi, saint»' mère, de faire ici à deux genoux une con- « Cession solennelle; mes sœurs verront bien, cl vous aussi, sainte « mère, que b condition b plus humble n’est pas enedte assez humble a pour moi.

c — Votre modestie vous abuse, ma chère fille, • dit b supérieure avec bonté, croyant en effet que b malheureuse enfant cédait à un sentiment de mndestie exagéré: mais moi je devinai ces aveux que Fleur-de-Marie allait faire. Saisi d'effroi, je m'écriai d'une voix suppliante :

— Mon enfant... je l’en conjure... .

A ces mots... vous dire, mon amie, tout ce que le lus dans le profond regard que Fleur-de-Marie me jeta serait impossible .. Ainsi que vous le saurez dans un instant, elle m’avait compris. Oui. clic avait compris que je devais partager la honte de cette horrible révélation-.- Elle avait compris qu’aprê* de tels aveux on pouvait m’accuser... moi, de weuftonge... car j'avais toujours dû laisser croire que jamais Fleur-de-Marie n’avait quitte sa mère...

A cette pensée, la nauvre eufaul s'était csue coupable envers moi d'une noire ingratitude... Elle n’eut pas b force de continuer, elle se tut et baissa la tête avec accablement...

« Encore une fois, ma cbcre fille, reprit l'abbesse, votre modestie « vous trompe... l'unanimité du choix de vos sœurs vous prouve cum- « bien vous êtes digne de me remplacer... Par cela même que vous « avez pris part aux joies du momie, votre renoncement à ce* joies c n’en est que plus méritoire... Ce n’est pas S. A. la princesse Amélie « qui est élue, c'est soeur Amélie... Pour nous, votre vie a commencé «du joui où vous a\ez mis le pied dans b maison du Seigneur... et « c’est celle exemplaire et sainte vie que nous récompensons... Je vous • dirai plus, ma chère tille: avant d'entrer au bercail votre existence « aurait été aussi égarée qu'elle a été au contraire pure et louable.. - « que les vertus évangéliques dont vous nous avez donné l'exemple dc- « puis votre séjour ici expieraient et rachèteraient encore aux yeux du c Seigneur un passé si coupable qu’il fût... D'après eda, ma ebére fille, c jugez si votre modestie doit être rassurée, a

Ces paroles de l’abbesse Rirent, comme vous le pensez, mon amie, d'autant plus précieuses pour Fh-ur-de-Marie. qu’elle croyait le passé ineffaçable. Malheureusement, cette scène l'avait profondément euwe, et, quoi»! n Vile alTeel.il du calme et de la fermeté, il me sembla que scs traits s'altéraient d'une manière inquiétante... Par deux fois elle tressaillit en passant sur son front sa pauvre main amaigrie.

Alors l'abbesse, déposant b crosse et l'anneau entre les mains de la grande-prieure, s’avança ver* ma fille pour b preudic par b main et b conduire au siège abbatial.

Mon amie, ma teudre amie, je me ru b interrompu un moment ; I) m a fallu reprendre courage pour achever de vou» raconter celle sceue déchirante.,.

• — R«îevez-vou*, ma chère fille, lui dit V abbesse, venea pr< t.drc b

i « — Je crois vous avoir convaincue, ma chère fille, reprit b princesse | a Juliane, et vous ne voudrez pas causer à vos sœurs un vif ctagrin I « en refusant cette marque de leur confiance et de leur affection.

« — Non, sainte mère, dit-elle avec une expression qui me frappa,

! c et d'une voix de plus en plus faible, je crois maintenant pouvoir ac- I « copier... Mais, comme je me sens bien fatiguée cl un peu soufrante,

| c si vous le permet liez, sainte mère, b cérémonie de ma consécration i « n'aurait lira que dans quelques jours...

« — Il sera Tait comme vous le désirez, ma chère fille... mais en «uilcuiaul que votre diguilé soit bénie et consacrée... preuoz cet an-

gle

Li:S MYSTZRi 1)1. PARIS.

« nt-.xu .. Tenez â voire place... nos chères sœurs vous rtndron hom- • mage selon noire règle. »

F.t ta supérieure, glissant son anneau pastoral au tlol£l de Fleur-de- Marie. la conduisit au siège abbatial.

Ce fut un spectacle simple et louchant.

Auprès de ce siège où elle s'assit, se tenaient, d’tin côté. la grande prieure, portant la c.iossed’or; île l'autre, la princesse Juliane. Chaque religieux alla s'incliner devant iiotre eu anl et lui baiser resj»ectueuseuienl la main.

J- voyais à chaque instant son éflutiao augmenter, ses traits se décomposer davantage; enfin cette scène fut sans doute au-dessus de scs forces... car elle s'évanouit avant que la procession des sœurs fût terminée.

Jugez do mon épouvante!... Nous la transportâmes dans l'appariement de l'abbesse...

David n'avriit pas quitté le couvent; il accourut, lui donna les premiers soins. Puisse-t-il ne m’avoir pas trompé! mais il m'a assuré que ce nouvel accident n’avait pour cause qu'une extrême faiblesse causée par le jeûne, les fatigues et la privation de sommeil que ma tille s'était imposes pendant son rude et long noviciat...

Je l'ai cru. parce qu’en effet ses traits angéliques, quoiqu * d’nne effrayante pâleur, ne trahissaient aucune souffrance lorsqu'elle reprit connaissance... Je fus même frappé rie la sérénité qui rayonnait sur son beau front. De nouveau cette quiétude m 'effraya : il tne sembla qu’elle cachait la secret esjioir d'une délivrance prochaine...

La supérieure était retournée au chapitre pour clore la séance* je restai seul avec ma 011e.

Après m'avoir regarde eo silence pendant quelques moments, elle me dit :

— Mon bon père... pourrez-vous oublier mon ingratitude? Pourrez vous oublier qu’au moment où j'allais faire celte pénible confession, vous m'avez demandé grâce?

— Tais-toi... je t'en supplie.

— Et je n’avais pas songé, reprit elle avec amertume, qu'en disant à la face de tous de quel abime de dépravation vous m’aviez retirée... c’était révéler un secret que vous aviez gardé par tendresse pour moi.,, c’était vous accuser publiquement, vous, mon père, d’une dissimulation â laquelle vous ne vous étiez résigné que pour m’assurer une vie éclatante et honorée... Oh! pourrez-vous me pardonner?

Au Heu de répondre, je collai mes lèvres sur son front, elle sentit couler mes larmes...

— MaiuU’ii.int, je voudrais laisser quelques souvenirs de moi à ceux qui m'ont témoigne tant d'intérêt quand j'étais malheureuse. A madame Georges je voudrais donner l’écriluire doot je me servais dernièrement. Ce don aura quelque a-propos. ajouta-t-elle avec son doux sourire, car c’est elle qui. à la ferme, a commencé de m'apprendre à écrire, Quant au vénérable cuté de ftooqaeval, qui m a instruite dans la religion, je lui destine le beau christ de mon oratoire ...

— bien, m un enfant.

— Je dé-jterais aussi envoyer mon bandeau de perles h ma bonne pu- I tite Rigoielle... C'est un bijou simple qu elle pourra porter sor ses beaux i cheveux noirs... Et puis, si cela était possible, puisque vous savez où se trouvent M itial et la Louve eu Algérie, je voudrais que cette courageuse femme qui m'a sauvé h vie eût uia croix d'or émaillée... Ces différents gages de souvenir, mon bou père, seraient remis à ceux à qui je les eo- \uie « de la part de Fleur-de- Marie. »

— J’exécuterai tes volontés... Tu u’oublies personne?...

— Je ne crois pus, mon bon père.

— Cherche bien.. Parmi ceux nui t'aiment, n’y a-t-il pas quelqu'un de bien malheureux?... d'aussi malheureux que ta mère et moi... quelqu'un enfin qui regrette aussi douloureusement que nous ton euLrec an

courant?

La pauvre enfant me comprit, me serra b main, une légère rougeur l dura un instant son pâle vfcagU.

Allant au-devant d’une question qu'elle craignait saos doute de me faire, je lui dis :

— Il va mieux... on ne craint plus pour ses jours...

— Et son père ?

— IJ se ressent de l'amélioration de la santé de son ÛIs... il va mieux aus&i... Et à Henri ? que lui donnes-tu?... Cil souvenir de toi lui serait une consolation h obère et si précieuse !...

— Mon père.,, offirez-lui mon prie-Dieu... Hélas! je l’ai bien souvent arrosé de mes larmes, eu demandant au del la force d'oublier Henri, puisque j'étais indigne de son amour...

— Combien U sera heureux de voir que lu as eu une pensée pour lui!...

— Quant à la maison d’asile pour les orphelines et les jeunes filles abandonnées de leurs parents, je détirerais, mon bon père, que

Après avoir baisé mes mains â plusieurs reprises, elle me dit :

— Maintenant, je me sens mieux, mon bon père... maintenant que me voici, ainsi que le dit notre règle, morte au monde... je voudrais faire quelques dispositions en faveur de plusieurs personnes... mais, comme tout ce que je possède est â vous... m'y autorisez-vous, mon père?...

— Peux-tu en douter?... Mais je t’en supplie, lui dis-je, n'aie pas de ces pensées sinistres... Plus tard tu t’occuperas de ce soin... n’as-tu pas le temps?

— Sans doute, mon bon père, j’ai encore bien du temps â vivre... ajouta-t-elle avec un accent qui, je ne sais pourquoi, me tit de nouveau tressaillir. Je la regardai plus attentivement ; aucun changement dans ses traits ne justifia mon inquiétude. Oui, j'ai encore bien du temps â vivre, reprit-elle, mais je ne devrai plus m’occuper des choses terrestres... car, aujourd'hui, je renonce àtoul ce qui m'attache au monde. Je vous en prie, ne me refusez pas...

— Ordonne... je ferai ce que tu désires...

— Je voudrais que ma tendre mère gardât toujours dans le petit salon où elle se tient habituellement... mon métier â broder... avec la tapisserie que j'avais commencée.

—Tes désirs seront remplis, mon enfant. Ton appartement est resté comme il était le jour où tu as quitté le palais ; car tout ce qui t’a appart tenu est pour nous l'objet d’un culte religieux... Clémence sera profondément touchée de la pensée...

— Quant â vous, mon bon père, prenez, je vous en prie, mon grand fauteuil d’ebèoe, où j’ai tant pense, Uni rêvé...

— Il sera placé près du mien, dans mon cabinet de travail, et je t’yverni chaque jour assise prés de moi, comme tut’ y asseyais si souvent, lui tlte-je sans pouvoir retenir mes larmes.

Ici la lettre de Hodoipbc était interrompue par ces mots presque loisibles :

— Clémence... Murph (ennuiera cette lettre; je u’ai plus la tète à moi; je suis fou... Ah f le 43 Jaxtiik !!!

La fin de cette lettre, do l'écriture de Murph, était ainsi conçue *

Madame

D’après le- ordres de Son Altesse Royale, je complète ce triste récit. Les deux lotîtes de monseigneur auront dû préparer votre Altesse Royale ù l'accablante nouvelle qu’il me reste â lui apprendre.

Il y a trois heures, monseigneur était occupé â écrire â Votre Altesse Royale; j'attendais dans une pièce voisine qu’il me remît la lettre pour l'expédier aussitôt par un courtier. Tout à coûpj’ai vu entrer la prit»cesse Juliane d’un air consterné. — Où est Son Altesse Royale? tne : dit- elle d’une voix ernue. — Princesse, monseigneur écrit à madame la grande duchesse des nouvelles de la journée, — Sir Walter, il faut apprendre à monseigneur un événement terrible... Vous êtes son ami... veuillez l'en instruire... Do vous, ce coup lui sera moins terrible.,.

Je compris toul ; je crus plus prudent de me charger de cette funeste révélation... la supérieure ayant ajouté que la princesse Amélie s’eteignait lentement, et nue monseigneur devait se hâter de venir recevoir les derniers soupirs de sa fille, je n'avais malheureusement pas le temps d’empli yer des ménagements. J’entrai dans le salon ; Son Altesse Royale s'aperçut de ma pâleur. — Tu viens m’apprendre un malheur!... — Un irréparable malheur, monseigneur... Du courage I.., — Ah! mes près sentiments!... s’écria-t-il. Et, sans ajouter an mot, il courut au cloilre. je le suivis.

LES MYSTERES ME PARIS

tribuées suffisamment, «oûn, tout ce qui peut mettra AM-dewus de la

terrible nécessité !

« Nous avons à soulager plusieurs familles intéressantes et dan* b détresse : U s bienfaiteurs peuvent s’adresser au bureau de ce journal, où on leur coudera les adresses, pour qu’ils puissent aller eux -même* administrer leurs dons.

« Nous citerons entre autres une famille composée du père, de b mère et de quatre enfants, dont le plus Agé a six ans; ils ont vainement sollicité des emplois qui leur permissent de vivre, mais qu'ils n’ont p is obtenus pour le même motif qui devrait exciter le plus touchant interet ; parce qu'ils avaient une nombreuse famille...

< Une autre de ces familles vient de perdre son chef, honnête ouvrier peintre, qui, en travaillant, est tombé d'un quatrième étage. Il laisse une femme cucclnte et plusieurs enfants en bas âge dans la plu* pr fonde douleur et le plus grand dénûment.»

C'est avec bonheur, ie vous l’avoue, monsieur, que j’ai cité celte page, où mon uoin est inscrit d'une manière si flatteuse ; car je me regarderai toujours comme récompena«f au delà de toute espérance H»;.que fois que je croirai avoir inspiré, par mes écrits, quelque action gé uéreii'C ou quelque peu&ée charitable, et l’idée mse en pratique | ar 1 fondateurs de la Ruche pojntlnire me semble de ce nombre.

Ainsi, les personnes riches qui voudraient s’abonner à ce joum I mensuel ^6 francs par an, au bureau de la Huche, rue des fjeatr, -Fils., n 0 17, au Marais) seraient chaque mois instruites de quelque infortune respectable qu'il leur serait peut-être doux de soulap r . car. dimis-le hautement, il y a généralement en France beaucoup de commisération pour ceux qui souffrent ; mais bien souvent l'occasion tn. nque pour exercer I > charité d'une façon profitable au cœur, et, si cela peut se dire, intéressante. Sous ce rapport, la Ruche populaire offrirait de pré-

cieux reoseigtusnems aux âmes d’élite qui recherchent les pures et nobles jouissances.

Un dernier mot, monsieur.

Comme vous river, été de moitié dans mon œuvre par l’immense publicité que vous lui avec donnée, je crois pouvait vous instruire d'un résultat dont vous vous lëliritcrez, je î'espere. avec moi. On m’écrit de Rordcaux et (b- Lyou que plusieurs iiersonne-, riches et compatissantes .-'occupent de réaliser dans ces deux villes mon projet d uce banque de prêt-, ffralait* pour les travailleurs sans ouvrage, et quelqu'un qni tait ici rus gc te plu- généreux et le plus éclairé d’une Immcuse fortune m'a donné, ;«h suji l d'uue fondation pareille pour Paris, les plus encourageante* e^térames.

Souhaitons maintenant, monsieur, qu'un législateur véritablement ami du \ ouple prenne en main les questions relatives r

« A I etablissement d'avocats des pauvres ;

s \ l'abaissement du taux exorbitant de l'intérêt prélevé par le Muut-

■ dc-PiékL;

- ,\ la tutelle préservatrice exercée par l'BL.t sur les enfants des sup-

; lii lés et des condamnés à perpétuité;

# A b réforme du Code pénal à l'endroit des abus de confiance.»

Et peut-être ce livre, attaqué récemment encore avec tant d’amerluiue et de violence, aura du moins produit quelques bons ré-ullats.

Veuilles encore agréer, monsieur, l'expre-sion de ma vive gratitude et l'assurance de mes sentiments les plus dévoués.

Eigesi SUE

Pari», ce 15 odobr<- 1843.

Au sujet de l'impossibilité où sont les «dusses pauvre* de jouir du bénéfice des lois civiles, nous avons reçb de nouwlles réclamations et quelques documi-uts curieux. les uns de Hollande, les aut es d’IUlie ; nous donnons ces renseignements ri-aprês, eu exprimant toute notre gratitude aux personnes qui nous ont fait l'honneur de nous les adresser.

Plusieurs officiers judiciaires ont N en ’voulu nous faire observer que, dans beaucoup de circonstances, la chambre des avoués de Paris a instrumenté officieusement et sans frais, lorsque les parties faisaient prouve d'indigence.

Bien de plus honorable, de plus louable, de plus charitable assurément que cette aumône judiciaire. Mais ceci est un ih»n, un octroi volontaire, par conséquent variable, révocable, "et non pas une institttion, un fait lEgal et acquis virtuellement aux classes pauvres.

Ce u’est pas une acmônf. que nous demandons pour elles, c’est un droit rëconni: ; car il nous semble que l’indigence a aussi ses droits.

Il est au moins étrange que la France, qui devrait marcher à la tête d- Ij civilisation, ne fasse point Jouir les classe* les plus nombreuses et les plus laborieuses de la société des charitables avantages qui leur - v! : quis chez presque toutes les nations de l'Europe.

i En Hollande, en Sardaigne, dans presque toutes les légations d'Italie, les pauvres, ainsi qu'on va le voir, sont mille fois mieux traites qu'en France sous ce rapport.

Le document suivant, traduit du ('.ode hollandais, vient de nous être communiqué par l’un des avocats les plus dist ngués d'Amsterdam. On ne peut qu'admirer une (elle législation.

Extrait du Code de procédure civile néerlandais relatif aux classes pauvres.

« Art. 855. Toutes personnes, soit demandeurs, soit defendeurs, en fournissant la preuve qu’elles sont hors d’état de payer les frais d’un procès, peuvent obtenir du juge qui doit connaître de l'objet du procès l'autorisation de plaider sans frais.

« Art. $56, Cette autorisation se demande par requête écrite sur papier non timbré ; et, si la requête est adressée à une cour ou à un tribu-

LES MYSTERES DR PARIS

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