CHAPITRE IV
Khamco, Ali, Katoitia.
Avant de continuer ce récit, nous devons mettre en lumière trois de tes principaux acteurs. Nous pensons que jamais peut-être I histoire humaine n'a offert à l'imagination l.i plus sombre et la plus ardente quelque chose de si étrange, dans ses contrastes, de si terrible dans son caractère, de si fatal dans son ensemble, que ces trois puissantes figures que Dante a dû réver, Khauco, ta mère ; Ali, le fils ; Kaimtza, ta fille! Quant à nous, souvent nous sommes resté frappé de vertige en voulant pénétrer les incommensurables profondeurs ae celte trinilé mystérieuse, qui semble parfois sortir des limites du possible, et par l’exagération exorbitante de forfaits inouïs, et par la majesté sauvage de quelques rares mais sublimes dévouements.
Fils d’un bey de Tebelcn tenancier de h Porte, ‘issu de celte ancienne race albauaise qui avait abjuré le christianisme après la conquête mu-
sulmane, Vely-Bey, époux de Khamco, père d'Ali et de Kamilsa, eut, lors du partage des biens paternels, de graves contestations d'intérêt avec ses deux frères, Salik et Mehemet. Pour décider celle question, cette famille en appela, selon scs moeurs farouches, au droit du glaive privé, c’est-à-dire que Salik et Mehemet. rassemblant leurs nombreux partisans contre Vely et les siens, l'attaquèrent. Ce dernier, après quelques sauvantes rencontres, fut obligé de Tuir de Tebelcn, d'abandonner sa part de l’héritage paternel, et de se réfugier dans les ilaliac-Monts, où 11 se fit chevalier errant albanais, c'est-à-dire klephte ou voleur sur la montagne, comme dit cette vieille chanson d'Epirc :
« Nanos est allé aux montagnes, sur les hautes crêtes des montagnes. « Il rassemble des Klephtes, des jeunes garçons et des braves. Il en rasc semble, il en réunit, il en trouve trois mille, et tout le jour U leur rail « la leçon, et toute U nuit il leur dit : — Ecoutez, mes braves, et vous, a mes enfants, je ne veux point de Klephtes à chevreaux, de Klephtes à « moutons; je veux des Klephtes à sabre, des Klephtes à mousquet. Une
* marche de trois jours, faisons-la en uue nuit. Allons surprendre la mai* « son de cette Nlkolo, qui a tant d'espèces et de ta belle vaisselle d’arc cent. Bien soit veou nanos, dir a- u-llr , et bien venus soient ses braves !
* Et les braves auront les pièces d’or, les jeunes garçons auront les pa- « ras, et moi, je veux la dame (I). »
Gomme le célèbre Nanos, Vely rassembla des jeunes garçons et des braves, non pas de timides Klephtes à chevreaux et à moutons, mais de hardis Klephtes à sabre cl à mousquet; et, après trois années d'une vie errante, pillarde et meurtrière, ayant réuni une bande de partisans déterminés, Il descendit une nuit des montagnes, traversa la Votoussa à la nage, et, surprenant ses frères dans la maison paternelle, il les y poignarda malgré leur résistance désespérée.
Celte façon de rentrer dans son héritage par le meurtre et le fratricide était tellement dans les habitudes de ces contrées sauvages, où le succès et le courage justifiaient tout, que Vely fut simplement regardé par ses voisins comme un homme habile oui vient de terminer heureusement un long procès de famille. Sa bande ae Klephtes fut naturellement transformée en armatolike (2), et bientôt Vely, nommé premier aga de Tcbelen, put se livrer paisiblement à tout son penchant pour l’ivrognerie. De temps à autre néanmoins il tentait quelques courses sur le territoire des tribus ou pharès voisines, sans doute en mémoire de son ancien métier.
Vers 1736, Vely avait épousé Khamco, fille du bey de Couilza, son voisin. De cette alliance, toute politique et nullement fondée sur l'affection (du moios de la part de Khamco), deux enfants naquirent, Ali et Kauutza. Environ seize ans après son mariage, Vely mourut subitement à quarante-cinq ans. les uns disent des suites d'excès bachiques, d autres par le poison. Khamco avait alors trente-quatre ans. Ali seize, et sa sœur Kainilza quinze.
La mâle et sévère beauté de leur mère, Kbameo, la brune fille du bey de Conilza, avait souvent été célébrée par les chants des Albanais. Sa taille était accomplie, ses mouvements remplis d'une grâce sérieuse et imposante, lors même que l'usage la forçait de danser la p\ rrbique, celle danse guerrière et passionnée de l'antique Epire, avec quelque jeune armafoie du pharès de son père.
Superbe et altière, depuis surtout qu’elle avait été deux fois mère, dédaignant ses rivales du sérail, Khamco s’était montrée si impérieuse et si méprisante envers Vely-Bey que edui-ri, se détachant d'elfe peu à peu, l'avait reléguée dans une partie du château de Tebelen.
Solitaire et abandonnée, ce fut là que Khamco vécut jusqu'à la mort du bey, incessamment occupée de ses deux enfants, qu’elle aimait avec une passion, avec une jalousie presque féroce. C’était une femme taciturne, sombre, conceulrée, qui, dit-on, n’avait jamais souri. Lorsque ses enfants jouaient ou dormaient, rêveuse, elle passait de longues heures dans une indolence apparente, ses grands yeux noirs cernés d'une brune auréole attachés sur les neiges étemelles du MLiile-Dam.
Quelquefois, dit-on, dans ces moments de contemplation extatique, et surtout lorsque le soleil s'abaissait lentement derrière les cimes des monts Argenik, roches désolées nommées Télet-Nuet, qui terminent b chaîne orientale de l’Acrocéraunc, les yeux de Khamco s'ouvraient étrangement, ses narines se dilataient, son teint pâle devenait pourpre, un frémissement inconnu la parcourait tout entière; presque eperauc, elle se levait à demi... ses mains tremblantes s'agitaient dans le vide, tandis que ses lèvres rouges, entrouvertes par un ineffable et divin sourire, semblaient murmurer des mots inconnus...
Puis, lorsque le dernier ravon de soleil avait jeté son reflet enflammé, à mesure que le crépuscule étcndajl scs voiles transparents, l'expression du visage de Khamco, un moment si radieuse, semblait se rembrunir de plus en plus, et bientôt redevenait sombre... sombre comme la nuit; alors, dil-oo, des larmes amères et silencieuses coulaient lentement dans l'obscurité le long des joues amaigries de Khamco.
D'autres fois, après avoir consulté des figures bizarres et fatidiques, elle appelait auprès d'elle son fils, le jeune Ali, aux cheveux blonds et aux yeux bleus ; puis, le serrant tendrement sur son cœur, elle lui montrait au loin, toujours à l’horizon enflammé des derniers feux du jour, on ne sait quel mystérieux mirage, en disant tout bas avec orgueil : « Fils de Khamco, lu seras vizir ! »
(!) FaorieL Chants populaire* de U Grèce, (alrç-on dt Nanot, chanson klcphU.
(9) Milice de gens danses destinés à protéger U tranquillité du pays.
DELEÏTAR.
Qui pourra jamais savoir la vision étrange qui vernit ainsi chaque jour planer un instant sur lu rime Je ces monts saut agi*, aux yeux abusés de b tnère d'Ali de Tetoelen ?
A peine les de rixe res et fuuvbres myriojugie» furent-elles chantées par les femmes de Tebdeu sur ia tombe de Veiy, que Khamco parut sortir d'un rêve léthargique. Toute sa persouue sembla irausfdrmée, tes Itabiludt s indolentes et contemplatives du sérail lireut place à une vie «1 une incroyable activité ; de bleuissante qu'elle était, hbatneo redevint belle, i tiere, audacieuse ; elle quitta le voluptueux costume d<s> femmes d'Aliunic pour prendre l'Iiabit des guerriers palikare*: sa taille souple et line fut serrée dans un ydlrk de drap vert brodé d'argent, sorte de veste | étroite et juste, se bootoouaul du col jusqu'à b ceinture ; un djubbe, pelisse cramoisie à manches flottantes, couvrit ses épaules ; la jupe Manche des Klephtes ceignit ses hanches, et entai. coi liée du fez rouge qui laissait voir ses longues tresses brunes, cbaus-aul tour à tour sa jambe nerveuse et ronde de bottines de maroquin rouge à éperons d argent, ou de guêtres de basane à broderie de soie, chevauchant dans b plaine ou gravissant les moi) U gués, elle étonna bientôt par sa vigueur le» cavaliers et les piétons les pim. hardis.
Ali et Kaûiiiza. beaux comme elle, vêtus connue elle, intrépides comme elle, ne b quittaient jamais, formaient sa seule escorte. K» vain les brigands Lapei avaient signalé leur présence aux euvirous de Tebeleu par le meurtre et le pillage, Khamco dédaignait ces périls ; ou cdl dit que eetlc femme audacieuse voubit par des fatigues et des dangers sans nombre préparer sou fils et sa ItUe à quelque hasardeuse et grande entreprise. De l'aube au soir, toujours eu roule, tantôt on b voyait passer Comme une vision au milieu d un nuage de poussière dorée, couraul à toute bride suivie d'Ali et de Kaiuttza : tantôt, appuyée sur un long fusil albanais, accompagnée de ses deux enfauls assis a ses pieds, elle se dessillait solitaire et majestueuse sur b cime de quelque i nciter couvert de
ueige.
Hieuiôi, séduits par la grâce sauv age et hardie de celle amazone, qui représentât sans doute à leurs yeux le type idéal de b beauté guerriere, tous les capitaines de palikares ou d artnalolts de la Toscaria, chefs tur- j bulmts de soldais indomptés dont ib disposaient au gré de leur caprice, s'éprirent d'un enthousiasme passionoé pour hluunco...
Aussi, lorsque b nuit cuit sombre, calme et silencieuse, lorsque les eaux du \ oioussa uiurniuraieut doucement sur sou ht de mousse, on entendait parfois un chant amoureux et inébncolique. accompagné des ! sons de b lyre albanaise, retentir au pied des murs du sérail... C était | quelque jeune palikare épris de khamco qui célébrait ainsi celte hé- j rotquc beauté. Mais souvent, bien souvent, un cri étouffé, un brusque silence, le bruit d'un corps lourd tombant tout à coup dans le Qcuve, j venait interrompre lin instant b sérénade... C'était quelque autie palikare jaloux qui poignardait sou rival ; mais qui continuait aussitôt la charbon sur b lyre du mort ...
Que de fois encore, pendant le jour, deux amialolcs furieux coiumen- i cèrent un combat acharné en voyant la pâle veuve arriver, chevauchant ; avec son (ils et sa hile! Heureux le vainqueur s’il avait un regard distrait de Khamco! heureux le vaincu si ses yeux mourauU rencontraient l'œil noir et profond de khamco !
Que de fois encore, deux jeunes pâtres, aux longs cheveux tressés sur leur figure brune, aux jambes nues et nerveuses, a b tunique antique, vinrent déposer au sérail un grand et lourd panier de joue, recouvert de hautes bruyères... disant qu'un hardi palikare leur uvait ordouué de porter ce pauvre présenté b veuve de Vely. bey de Tebeleu. Impatientes, les femmes de Khamco interrogeaient alors leur maîtresse d'un regard curieux ; die luisait un signe, et les bruyères découvraient uu hideux trophée de quelques têtes du farouches brigands Lapez, hâves, livides, ayant écrit au front avec b poiule d'un poignard : « Amour à ! Khamco la pâle ! » Modeste hommage de quelque amant mystérieux et ! timide, qui espérait bieu sans doute être deviné.
Kl les famines épouvantées fuyaient; mais Kumiiza, fille de Khamco, Kamilza, b belle vierge alUauaiso. ue fuyait pas, et regardait ccb sans j frémir; mais Ali, (Ils de Khamco, Ali aux blonds cheveux, au doux sou* rire, aux doux yeux .bleus» Ali rutilait orgueilleusement sous son pied ccs têtes sangbmes. Alors sa mere l'embrassait avec frénésie eu lui disant bas... tout bas : « Tu seras vizir ! •
Malgré tant de preuves de l'amour di s palikares et des annatoles, b veuve de Yely-Bcy restait insensible, dédaigneuse et solitairu : elle ne semblait vivre que pour l'avenir de son fils. Quelquefois pmirlaul, Khamco chantait anssi... mais rarement, mais tristement; il fallait pour cela que | b lune fût pâle cl morne, que les cimes escarpées du Mejouraui, voilce» d'une va|»eur bleuâtre, ressemblassent â un spectre iinmeuse ; il fallait encore que l'échu des moiilague* répétât le roulement sourd et loiiiiaio du louuerre, et que, par un temps orageux, de petites Ûaiumcs phosphorescentes, sortant de> fissures volcaniques de la rive gauche du Vomussa, courussent çâ et ià<- bleues et insaisissaMes, sur le sol unir et desséché. Alors, à la lueur des éclairs, on pouvait voir la rocLinnilique ot austère figure de Khamco derrière le treillis de quelque fenêtre du sérail, suivre d un œil ardeut le sillon lumineux de la foudre... alors ou pouvait entendre sa voix licre. mâle et sonore, chanter quelques paroles, nuis étranges, mais lugubres, (elles que le refrain de b Jeune fille voyageuse, bizarre myriologic albanaise ;
« Oh ! vujcz ce beau corps â porter dolimau, les jolis doigts à por-
c ter diamants ; voyez ces .douces lèvres à baiser toutes sauebutet « qu elles sont'. Je les baisai, moi, ces rouges lèvres, et teintes île sang « furent men lèvres: je les essuyai avec uu mouchoir, et teint de sang « fut le mouchoir; je le lavai dans b rivière ; et teinte de sang fut b « rivière, et teinte de sang fol b mer où se jeta b rivière, et leiuidc saug a fut le ciel aussi, et le inonde aussi, a
Pourquoi Khamco était-elle ainsi triste et plaintive ? L'ombre de Vdy- Bey, peut-être mort par le poison, lui apparaissait-elle doue chaque unit? Etait-ce la terreur do cette vision qui, dans son insomnie, lui faisait appeler Ali?...
Ali, son fris, si beau, si jeune cl si hardi! saus rival à la course, à b dame, à b lutte; Ali loqjours sûr de loucher homme ou but, lorsque, épaulant son lourd fusil incrusté d'or, de nacre et de corail, il avait tendrement dit, de sa voix suave et mélodieuse : a Assistez-moi, ma mère! » Effrayant contraste! Pourquoi si harmonieuse, si pure et si fraîche, celle voix qui devait se bsser à dire : « Massacre? » Pourquoi si euchauler.-sse et &i irrésistible, celle bouche qui lierait sourire a tant de forfaits ? Pourquoi si charmants et d un azur si limpide, ces doux yeux Meus qui devaient avidement se repaître de scelles d horreur? Pourquoi si blanche, si délicate et si belle, cette uiaiu meurtrière qui devait si souvent, si souvent remettre au fourreau le poignard terni par b vapeur du sang?
Etre effrayant, mystérieux ot fatal ! Ali, fils de Khamco! AU de Tcbeleu, toi pilbid insatiable, toi politique iufèrnal, toi satrape insolent, toi grand vassal révolté contre tou maître, loi qui, pendaut près d un siècle enfin, épouvantas l'humanité par d'exécrables forfait-, , Ali de Tebeleu, pourquoi donc toujours si éperdument adore pendant lalouguc carrière,
3 u a sou aurore tu foules u un pied jeuuc et agile les bruyères tiennes c Tebeleu, ou qu'à son décliu, retiré dans le sombre château du Lac, lu y meure* encore terrible à tes ennemis comme un vieux lion blessé? Pourquoi doue toujours si profonde meut aimo de ta mère, de la sœur ? Pourquoi si éperdument aimé de b uaivo cl louchante Emimrit?... de l’ardente et folle Zobcide?... de l austcre et chrclieimc Vasiliki?... trois chastes épouses, trois auges, planant toujours radieux et purs audessus de la faule innombrable de lemuies inconnues qui peupb les sérails.
Oui, AU fut adoré, éperdument adoré; adoré uon comme impérieux sultan, uon comme maître redoutable, mais adoré connue Uls, comme frère et comme amant. Parce que lui aussi, sultan impérieux ot iiuilre redoutable, savait tendrement, passionuémrut, éperdument aimer eu fils, eu frère, en amant !
Mais le (ils de Khamco ne devait jamais avoir d'ami parmi les hommes : tous ceux que le mauvais destin jetait sur sa route, emportés d.»u* Sou tourbilkm de dédain, d’égoisroe, de perfidie et d'implacable férocité, devenaient séides, instruments, esclaves, dupes ou victimes de sa volonté de 1er; car aucun homme ne put amollir celte âme indomptable pur b pénétrante et douce influence d'une généreuse amitié. Ce fut donc pour sa mère, pour sa sœur et pour ses trois femmes qu'Ali réserva les trésors de tendresse qu'il avait dans le cœur.
Si Khamco, sa mère, Taima tant, c'est que ces mots s « Assistez • uioj, ma utero! » lurent les seules paroles nue cet homme, qui se joua toujours avec une si épouvantable irouic des lois et des punitions divine» et humaines, ne prononça jamais saus émotion cl sans respect. S'agissait-il de disputer sa vie dans un combat ou contre des assassins. Ali de Tebeleu, dont le courage de liou ne trembbit, ne reculait devant ricu ; Ali, qui s'était bit par ses crimes uue si effrayante solitude au milieu de l'humanité ; Ali éprouvait au moment du dauger le besoin insurmontable d'invoquer par ce» mots sacrés pour lui le souvenir de sa mere, seule religion, seule croyance à laquelle il osa... il daigna demander l'appui, l’élan moral qui vous soulicul ou vous enflamme à l'heure des grands périls.
Si Khamco, sa mere, l'aima laut, c’est que sou instinct maternel lut avait sans doute révélé qu’il viendrait un jour, un jour terrible... uù elle aurait à dire à son (ils : Yenge-moi! et que ce ffls jusqu’à b lin de sa vie emploierait incessamment tous les cflbris de sa puissance, toutes les ruses de sa politique infâme et sanglante, toute I 'énergie féroce de son vouloir sans frein, à tirer des ennemis de sa mère uue vengeance mille fois plus épouvantable encore que leur offense !
Si Kmineli, Zobéide et Vasiliki. si belles, si chastes et si passionnées, aimèrent éperdument Ali ; si, par celle mystérieuse et terrible fatalité qui semble planer sur b vie de cet homme, ces trois épouses, si magnifiquement dévouées, périrent d'une lin tragique et inattendue ; les affreux regrets qui leur survécurent à jamais dans le cœur désespéré d’Ali de Tebeleu prouvèreul combien ces Hoiries femme» furent aimées, et quelle blanche perle de sainte et religieuse tendresse b nature se plall quelquefois, par uu inconcevable contraste, à enfouir au fond
des âmes les plus monstrueusement noires et perverses
Ali u’cUil donc encore qu’un adolescent alors que Khamco, fa veuve de Vely-Bey. se montrait si indifférente à l'amour sauvage de presque tous les chefs île palikares et d’armaloles de la Toscaria.
Celte indifférence et ce dédain n 'étaient cependant qu’affectés, non que Khamco dût jaunis sentir sou cœur superbe et glacé but Ire d'amour pour aucun mortel ;... mais, habile et profondément dissimulée, elle voyait avec uue joie secrète son influence sur ces chef» de boudes indisciplinées deveuir d’autant plus puisante quelle souillait la moins
DELEYTAR,
rechercher. La veuve de Vely-Bey croyant aveuglément aux bizanes révélation* de son esprit smubre, maladif et exalté, était dévorée d'ambition, nou pour elle, mais pour sou fils, quelle avait rêvé vizir.
Quelques-uns prétendent qu'cita u'avail pas été étrangère à la mort prématurée de Vely-Bey... et que, si elle commit ce Toi Lit, ce Tut pour demeurer seule ma|lre>se de la destinée de son fils, dont elle sc croyait fatalement chargée. Lite savait que celui qui pourrait appuyer scs prétentions sur l'aveugle dévouement des chefs de bande*, dont la réunion formait seule les forces militaires de ces contrées, disposerait tôt ou tard de l'autorité absolue. Rhamco avait usé a dessein d oue sorte de coquetterie sauvage et guerrière pour pas-bmier les chefs de l'Aruiatnlike, et préparer ainsi habilement l'aveoir de «on lils en he-saul à chacun b vague espoir d'alteiuh ir peut-être un jour le cuvur de la veuve de Vely-Bey à force de sarritices et de dévouement.
Lorsqu' Ali put disputer avec avaulage le prix de la lutte, de b course ou du tir, aux plus légers, aux plus vigoureux et aux plus adroit» Albanais de «ou âge, Khanveo établit une sorte de louruoi devant le sérail. Elle V assistait voilée à une feuétre basse, et le prix acquérait une valeur Inestimable en passant par «es mains. Mak bientôt un d**» Iieys voisins de U i'osearia, le bey de Rardiki, redoutant le» suite» de l'in— fluence extraordinaire que preuait khunMO. et croyant pouvoir impunément ravager le territoire de Tcbclcti, vint l'attaquer à limproviste. Au premier bruit de ces hostilités les chefs de baudes de la Tosearia se réunirent spontanément A Tebeleu, et offrirent avec enthousijisme leurs services à Rhamco.
Cette agression et la guerre qu'elle causa, événements qui eurent une prodigieuse influence sur b carrière d’ Ali, s'élaient passées environ vingt ans avant l'époque dont il s'agit ici, c'esl-â-dirc pendant l'adolescence du fils de Khumco. Nous allon» le retrouver dau» tout l'éclat de sa puissance, aceowraut du fond de l'Epire auprès de sa mère mourante, que les devins u'espéraicut plus sauver que par un philtre affreux. Sanglant sacrifice, auquel était destiné le malheureux Miciuel, »i cruellement enlevé par le Bektadji.