‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 171 sur 174 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le voyage.

AH Aliiail l« siège de Panagia lorsqu'il apprit b maladie de aa mère.

A celle quuvelle, il quiiia précipitamment colle vi||e pour se rendre à Teliehut; mais b rapidité de ce voyage fut luilt de lépundre à l’mipatioui o du satrape. Habitués à voir tout céder devant Imir» moiudies caprice», le» despotes se blaseut bientôt sur Unir faciliié merveilleuse à Pire uliéil | aussi personne ne sooflro plu» ornellcmenl lorsque leur volonté vient »e briser contre une impo-sibilliil physique, Dire qu’il» trouvent leur pouvoir dus plus bornés, quelque absolu qu il soit, n’est pas un |uir.ido\e; tout ce qui semble impossible aux autre» hommes leur dfttul à eux de la possibilité b plus commune, et les ililltaullé» pour ainsi dire Intermédiaires s'effaçant devant leur toute- pui*Mm*c x chaque jour le» met fcce à face avec les limites iolrauiliiksahta que Uwu t» élevées ouïra lui et 1 humanité. C'est ainsi que. par leur impérieux immuabilité, le temps, l'espace, b mort, les lois étemelle» delà nature prouvent incettammORl lé néant et b vanité de la prétendue unuiipoleute de» desjiutra.

Aillai, apprenant la maladie subite de u mère, Ail avait tout quitté (mur aeeeurir à Tcbcten; mais au milieu île cq rude hiver d'Albanie, les nciflu», les chemins effondrés, les précipices, le» lurruut» débordés, avaient * rli»i|uc instant arrête sa route, In vain, par do» Menaces effrayantes, par de» cruauté» inouios, il avait voulu raccourcir i'o»pace en accélérant outre mesure b marche de se» guide», Furieux de rage et de u*y pouvuir réu»sir, il était devenu presque lu-eusé en reconnaissant riiisunnontahlu multiplie ilé de» uhabcles qu'il rencontrait à chaque pas ; aussi le satrape n'avait-il pu que tuer et tuer encore, saus avancer plus vite vers Tchelen, où sc mourait sa mère.

Une fois, un des Albanais qui conduisait la calèche (1) dans laquelle voyageaient Ali et sa femme Emiueh, avait reçu du vizir l'ordre d 'atteindre un village de b roule daus un délai fixé, sinon le malheureux guide devait mourir, (lu des chevaux s'abattit et se cassa la jambe avant d arriver au terme de la route. Ali lit un signe, et le nuiHieureox guide fut livré au bourreau pour être pendu. — Tu vas me tuer? dit l’Albanais à Ali, ch bien, après? — Il a raison... Apres! après! je ne puis rien!... s'écria le satrape avec rage et moutraul le poing au ciel; et le guide fut péauiuoins mis à mort,

Une autre fois, comme il avait encore menacé d’un terrible supplice la leulcur involontaire d'un du se» cochers, ut que b tremblante Kiiiiueh demandait b grâce de celte nouvelle victime, le vizir attacha sur «a femme ses grands yeux bleus humides de braies, et répondit d'une voix profondément émue ces mots d mie tendresse féroce et naïve : — Mais, douce fleur (2), songez donc qu'il s'agit d’arriver à Tebeleu... avant la

tuori de ma mère... et de rappeler peut-être à la vie par ma présence celle qui m'a fait homme et vizir.

Et Ali ne paibit pas ainsi afin de déguiser une atrocité superflue sous uu scuibbul hypocrite d'amour Glial. Malheureusement pour l'humanité, Ali de Tebeleu pouvait être franc bernent sanguinaire ; quelque inexplicable que. v mille ce contraste d’une cruauté froide et d'uuc tendresse passiouuée, le «eulimcui d'où liait ce contraste est naturel, cl nous dirions presque d'un instinct naturel à tous. Que le plus humain sc représente uue mere... une mère adorée à l'agouie ; qu'il éprouve pour celle uare tout ce que l’auiour et la recouuaissauce peuvent mettre d ineffable et d ardcul au coeur de Illumine, et que celui-là croie fermement que sa présence à lui ou que celle d'un sauveur qu'il amène peuvent arracher a b mort celte vie si précieuse pour lui?... que la rapidité de la marche, qu'culiu l'heure du salut dépend d'un épouvantable exemple? Le plu» humain oscrail-il dire qu'arrivant trop lard devant le corps inanimé de sa more, il ne commettrait pas une sorte d'homicide véniel, en sougeaut avec un regret terrible et désespéré que la mort d'uu homme indifrérent aurait pourtant peut-être pu lui épargner une perte aussi affreuse? Or, pour Ali. pacha d'Epire, élevé dans le mépris absolu de l'humanité, penser ainsi « était agir, et s'il avait eu b moindre notion du juste et de l'injuste, il sr serait cru sans doute, et avec raison, moins coupable le jour où, Gis désolé, il sacrifiait quelques esclaves à son profond et sauvage amour pour sa mère, que fe jour où, conquérant féroce. il portait b flamme et b mort dau» uuo paisible contrée

il fallait d'ailleurs que le satrape profun4éiin ut absorbé dans scs douloureuses pensées ou sc rcuduut a TeUcka \ car, à part le» cruautés qu'on a dites et uni (cnmigiuiety! tp moi arüuuAv impatience, rien dans «a marclie précipitée ne rapprit son habitué* Ordinaire de voyage, qui lupiralt un tel effroi aux p»MMimi|», <M«b fR approuant sa veuue, ou disait alors presque pr overbiulemoMèO Epire : « Sauvons-nous, le vtzir va nou» dévorer f »

Et pourtant, contraste à b fol» effrayant «q fetaire, goit par une reolieu lie de cruauté inouïe, soit ppr uué ÎBMNlIOtt M tMWé moquerie des maux qu'il iutUgeait A i humanité. »>|t rugn put m iwtfmontuhlc instinct de Unité, qui a» gérait al r». cW- étfamse, MMtatnuui révélé dans la forme d<> : i< r<>< o de «es e^aclioua fe u^» détes-

tables ou de se» ordre* les plus sanguinaires^ presque j-uu-u», Ali de Tebeleu ue iulb. n'Umpob «es victime», iu'avfg le «parité hi dus séduisaiU sur les lèvftaq qu'ep accédant dos RfUlcsUlHiu» le,» plus affectueuses.

Aussi, dau» «es voyage* ufriiiuirc». précédé dé m* eoqrçAw* aÜM'>ais, le s.iirapo écrivait do «à uum des manifeste* d» commUéiatlwu et d’amour, (Lius lesquel» il aunimçait aux habilaulsdes cauluu» qu'il devait traverser qu'i|» établit les fils bieu-aimés de son cwur, et que urucluiuemenl U» allaivut avoir l'insiguc bouueur de sc mo»U'ruer doxaut U pousiiere de ne» halte* d ur»

A h iiouvelle de I année d Ali de Tebeleu, b «itqumr et | épouvante régnaient bientôt parmi le peuple, le» uu», emportait ta-ui» oiyet» tas plu» prét wux, >e rélugiaieul dans les iiKmiaguet. ta» lumm» éebtricut en « iiigkii» eu omtu 4»»aul leur» enfant», taudis que prêtre» grecs ou musm»um», » à»»tmlilaMl à b hâte, tachaient de persuader le» luumne* de - iiuiHiser une (HuUiibuU.m assez forte puur satisfaire A l'iutaiulde nipidiié du vuir, et À tu prix d'obtenir do lui de choisir une autre tuule. Dans ce cal, l'argent, ou. A défaut d'argent, le» hijmtA tk‘> lemmeq étaient sppoitts A la résidence b plu» prochaine du li*lr P-'r le» oty*. voyés de ce» ville», «pd venaleui huiublemeui, au nom dû leurs coneH toyeos, décliner I iu*igm- butineur qu'il voulait leur bise, de pauvres gens comme eux « avouant indignes des regard» de Sa ILutcsse.

La somme convenait-elle au satrape, il consentait à changer de route, regrettant amèrement, disait-il. de se priver ainsi du bonheur de sc rendre près de» populations qu'il chérissait particulièrement ; mais souvent au»l. soit eapnee, soit que l'impôt ne fûl pas assez considérable, il insistait avec une opiuiàlreté toute affectueuse sur le besoin iuvurmontablc de son cœur, qui le portait à vouloir absolument jouir de b vue de ■ ses peuples adorés. » Alors, malgré les larmes et les prières des envoyés, il donnait le signal du départ. S’il ne trouvait pas, en arrivant, les contributions digne» de, l'importance de b ville, il faisait à l'instant pendre ou périr par le hêtre les euvoyés, leur reuroehaut doucement de l'avoir exposé à uiécuuuaitre le cœur et la générosité des habitants, eu lui offrant de leur part un «i pauvre tribut; il terminait eniiu ce discours, empreint d’une bonté toute paternelle, eu témoignant l'espoir qu’uu peuple qu’il affei liounait, et puur l'amour duquel il avait dévié de sa roule, ne sa séparerait pas assurément de son bon viiir sans lui douiier une preuve évidente d'attachement et d'amour, en d’autres terme», «au» lui laayer un impôt considérable.

Dans l'effroi qu'inspiraient les palikare» du pacha, en présence des victimes récentes «le «on exécrable cruauté, les malheureux habitants doublaient, triplaient b somme. Al«>r» Ali, embtassaul les notable* avec effusion, s'écriait — que b punition des premiers envoyé» était évidemment juste et méritée, puisqu' 'ils avaient si cruellement trompé leur vizir sur le» sentiments d'une excellente population, qu'il trouvait telle qu'il l'avait toujours jugée daus «on cœur.

Cour dTiiière preuve «le sou amour pour les habitants, 1c satrape demandait A le.» voir réunis, alio de k*ur luire ses adieux. On obéissait en tremblant à ce nouvel ordre ; hommes, femmes, enfants, l'air sou»-

DELEYTÀR.

bre et désespéré, s'assemblaient soit sur la place du Tillage, soit dans b plaiue. Alors le vizir, roollcincut couché dans sa calèche, jetait sur celle foule silencieuse el tremblante un coud d’œil souriant. Une belle jeune fille lui plaisait-elle, il b désignait du doigt el disait un mol à un de ses officiers Euil-ce un jeune garçon dune taille el dune figure accomplies. el digne en toul d'entrer dans scs pages, il faisait un autre si-ne, disait un autre mol, el, cette sorte de revue terminée, s'exclamant encore sur l’amour qu’il portait à ce peuple, le vizir annonçait qu’a voulait toujours eu conserver près de lui un vivanf souveuir. Montrant alors les captifs désignés par lui, il les faisait emporter en groupe par scs Albanais, et ces nouvelles victimes de ses passions effrénées allaient augmenter le nombre des femmes de son sérail ou des pages de son pabis. El le satrape continuait placidement sa route, levant ainsi partout snr son passage un effroyable impôt d'or, de sang et de créatures de Dieu... ne laissant après lui que misère, mort el désespoir.

Le bckUdji. — r*ü£ 19

CUA PITRE Yl.

Le combat.

C'était environ quatre ans avaul b maladie mortelle de Khamco ; Ali, récemment nommé par la Porte pacha de Thessalie. u avait que trente- .quatre ans. Il parcourait b Tessarotie, district très-voisin de Souli et peuplé d'une race guerrière aussi indomptable que féroce. Ses exactions et ses cruautés, ou l a dit, commeuçuieut à indigner les Albauais. 11 voubit donc, par une tentative hardie, apparaître aux populations épouvantées comme un être presque surnaturel, ou périr dans b lutte; certain que scs bandes de palikarcs ne suffiraient pas toujours pour le défendre contre les masses soulevées; tandis que, l'esprit grossier et superstitieux de ces malheureux peuples une fois profondément frappé, Ali comptait s'imposer à eux comme une nécessité fatale et providentielle, que nul pouvoir bumaiu ne pourrait abattre.

line fois pourtant, Ali de Tebelen, dans un de ses voyages en Epirc, déploya une audace, une présence d’esprit et un courage' si merveilleux, que f adresse et l' intrépidité de sa conduite, dans celte circonstance, suffirent pour le placer bien au-dessus des hommes les plus braves et les plus habiles. Il venait récemment d’être nommé pacha de Thessalie; son autorité n'étant pas encore solidement établie, il sentait le besoin de toul risquer pour assurer à jamais son pouvoir et l'impunité de ses forfaits, et pour donner de lui, aux peuples qu'U voubit si outrageusement dominer, une idée presque surnaturelle.

Il fut conduit i l'acte dont on va parler, acte aussi prodigieux dans son succès que dans sa témérité, par trois raisons : par son imperturbable confiance dans son étoile, fruit des éternelles prédictions de sa mère: par une confiance non moins enracinée dans sa force et dans son adresse , enfin, par b certitude où il était que les peuples commençaient à murmurer sourdement contre set exactions et scs cruautés, el que, sans uu coup de vigueur et d'écbt, il serait tôt ou lard massacré; tandis que, s'il réussissait dans sou dessein, son pouvoir devait être à tout Jamais assuré.

te beàUdji dit an montagnard : Où est ton fils? — rut 2U.

Il était donc arrivé près de Levlochor, village de Thessalie, surtout renommé par b bravoure de ses habitants, parmi lesquels on rcmaruait trois frères, trois Klephtea, appelés les trois Dcmtr-Oost, fini mues une taille colossale, d’une force athlétique el d’un courage héroïque. Le satrape avait calculé sa marebe de façon à pouvoir surprendre ce village pendant b nuit, afin de s'emparer de ces trois Klcplites renommes dans les montagnes. En effet, ses palikares arrivent en grand nombre; Levlochor est cerné, et les trois üeiuir-l)osl sont saisis et garrotté» apres une résistance désespérée.

Au point du jour, Ali, superbement vêtu, suivi de deux mille Albanais, moulant un cheval arabe d'une rare beauté cl d'une robe noire 1 comme l'ébènc, recouvert d une housse de peau de tigre, dont les on-

DELEYTAR.

gles étaient d'or, et dont b tête, ornée d’yeox de rubis, semblait béante sur b croupe, AU ae reudit au milieu d'une espèce de plate-forme entourée de rochers à pic. Par ordre du satrape, les habitants furent assemblé»; puis, selon sa coutume, il imposa une contribution et ordonna I cnlcvemeui d’une jeune tille qui se trouvait fiancée à l'alné des Desnir-Dost.

Ces ordres donnés, le satrape, toujours à cheval, fit approcher de lui les trois Kleplites chargés de liens, espérant que le caractère indomptable de ces guerriers provoquerait une scène qu’il était d'ailleurs décidé à amener lui-méme. Nais l'alné des frères prisonniers alla bientôt au-devant des vœux d'Alï.

vitir ses troupes se reculèrent. Ce n’est pas parce que je suis pacha de Thessalie ; voici ma pelisse et mon aigrette à me* pteds ! et il se dépouilla de sa pelisse et de son aigrette. Ce n'est pas parce que je monte ce vaillant cheval, Illsd'Omer; qu’il soit libre !... El Ali, descendant de cheval, lui donua une vive saccade; le cheval s'échappa et se càbra bientôt en bondissant. Ali continua : Ce u'est pas non plus parce uue mes pistolets reluisent de pierreries; ce n'est pas parce que mon sabre et mon poignard sont du plus lin damas ; les voilà ! Et il jeta se» armes loin de lui.

Puis il reprit avec un accent souverain et des gestes remplis d’une majexlé calme et terrible comme celle de Jupilcr-Tonnanl Je prends ton or, ta femme et la vie... Veux-tu savoir pourquoi, fils de Demir- Dosl? Lève les yeux au ciel... tu le sauras ; car tu verras l'aigle fondre sur le corbeau et le dévorer. Abaisse les yeux sur la terre, et tu le sauras, car tu verras le cerf dévoré par le lynx du Pinde. Regarde au fond des mers, et lu le sauras, car tu verras le requin dévorer le thon et la dorade. Eh bien ! mon fds, ceci est écrit là-haut de toute éternité en lettres de sang ! Il faut donc t'y soumettre, car b nature a bit le corbeau, le cerf et la dorade pour être b proie de l'aigle, du lynx et du requin. Comme la nature l'a fait pour être ma proie, car lu es faible, et moi je suis fort... voilà pourquoi je prends ton or. ta femme et ta vie ! — Tu es fort parce que lu es vizir, et que tes palikares obéissent à leur vizir, dit amèrement l'alné des trois Klcphtcs. — Je suis Tort parce nue je suis Ali, le lion de Tebelen. Je suis fort comme est fort l’aigle des llaliac-Monls, parce qu’il est aigle; comme est fort le lynx duTiudc, parce qu’il est lynx, et comme est fort le requin du golfe de Kiefali,

— Je vais prendre la fiancée, ton or et U vie, lui dit le satrape de sa voix douce et mélodieuse, en le regardant d’un air souriant, du haut de sou cheval, qui pbflaii d'impatience. — Tu vas prendre ina vie... parce que ceul jakais sont plus qu'un loup, répondit le Souliole avec un acceut de mépris brouette en montrant les soldats albanais du vizir rangés en ligne. — Non, mon fils, je viens prendre ta vie, ton or et U fiancée, parce qu'un bon est plus fort que trois loups, dit le vizir toujours pbeide. — Oui, si les trois loups sont dans le piège ! reprit le second des Demir-Dosl avec un sourire sraer— Non... si les trois loups ■ont libres, dit le vizir sans perdre de son imperturbable mansuétude.

— Les femmes disent ri et les hommes eoici(t), répondit l'autre Uepble.

— Et moi Ali, le lion de Tebelen, je dis qu'on les délivre à l’instant, cet trois braves loups, pour voir s'ils useront attaquer le lion en face.

Et par l'ordre d'AC les liens des trois frères tombèrent. D’abord stupéfaits. ils attachèrent bientôt sur le vizir des yeux étmcebuls de fureur. S’adressant alors à l'alné. Ali coutioua d'un air radieux et inspiré qu’il prenait rarement, mais qui devait avoir uue grande influence sur ces esprits grossiers : « Je prends U fiancée, ton or et ta vie, Demir- Doct ; sais-tu pourquoi ? Ce n'est pas parce que j'ai b trois mille palikares et armaloiis ; iis vont s'éloigner ! Et sur un signe impérieux du

(1) Proverbe épiroU.

parce qu’il est le requin... et toi. tu es bible et lu es ma proie, parce qu’il est écrit là-haut que tu serais bible et ma proie : soumets- toi doue. Voulez-vous voir d'ailleurs, fils de Demir-Dosl. combien votre nature est inférieure à b mienne T Prenez chacun un fusil, uu sabre et uue hache ; doutiez- moi uu fusil, un sabre et une lâche, cl moi, inoi seul, je vous tuerai tous trois ; et ni votre plomb ni votre fer ne m'altcindrout, et cela parce que vous êtes Demir-Dost et que moi je suis AU de

k li un co — net ti

Le tenneat. — pmi 30.

DELEYTAR.

Tebelen. lit w je vous lue tou* trois, voire or, votre fiancée, voue vie, 0 e doiveul-il» pas être û moi '!

Il v eut dan* l'accent, dans les (rails, dans le maiulien d'Ali, une conviction de triomphe si souv ©raine. exprimer avec une (elle sérénité J'jud.*ce, que les liois livres lie purent s'empêcher de trouver qiit-ique chute de surhumain dans 1 ilteï pli raide assurance du vizir, hieii quiU encore loin de croire qu'il cunscul irait a l'épreuve du glaive.

Mai* Ali, emporté par la grandeur sauvage do l'acliuu qu'il médita il, rassuré par son inéhranlablc cmi fiance dans son élude, poussé par nu secret et inexplicable instinct qui lui disait que surtir victorieux de celle terrible épreuve, c’était s'assurer pour l'avenir un pouvuir tau* hontes; Ali, décidé à (oui risquer pour tout conquérir, lit signe à un de t*soflicier» ci lui ordonna de lui apporter les pistolets d'uu de ses pslikarea, inst qu’un long fusil, uu sabre cl une hache d’armes, les mêmes urines devaient êlre distribuées aux trois frère» Ktephlex, qui al tendaient la Uu de celle scène avec une indécision farouche, craiguunl loqjour» d'être les jouet* de quelque sanglante raillerie du *aliapc.

Les piéparaiib et la scène de ce combat élaicnl d'une grandeur tout borné uque. Le soleil se levait dciriote les cime» île* inntilsguc» boisée» du I cUoihor, tendis nue le brouillard du malin baignait encore leur» pieds de scs vapeurs bleuâtres, Lhoiizou Dur et lumineux était partout découpé par d'iimucusc» dcnlelutes do rocher* nus cl gris; seulement à l'ouest, à travers une large dévaste, on pouvait voir au loin ut â une énorme profondeur la fertile vallée du Carilene, çà et là coupée par le» circuits onduleux de ce fleuve cl encaissée pat les csearpcuicnU neigeux du Zalongu». U* lieu du combat était une plate forme cnlouiée de bloc» de granit formant une sorte de sauvage et gigantesque amphithéâtre. Par ordre d'Ali, scs Albanais s’y groupèrent, taudis que la po~ liulalion du l.evlochor, debout, immobile et muette, alieudait avec une -orle de terreur superstitieuse l’issue de ce combat si inégal en apparence. D’une taille moyenne, souple, alerte i*l vigoureuse, Afi de Tebelen avait alors trente quatre ans. Ses grands yeux bleus, doux et lier» à la lois, étaient couronnés d’un front liane ouvert et élevé, sur lequel se desu iraient d étroit-, sourcils châtains à peine arqué». Sa barbe, d’un blond foncé, soyeuse, brillante et parfumée, entourait le bas de son visage, et mêlait se* tons dorés à b carnation pâle et délicate de ses joues, d un ■ on tour parfait. Enfin se» lèvres, d’un rouge de corail humide, dans

ne habituel et séduisant sourire, laissaient voir des dents d un émail bioutMuut, que la couleur brune des moustaches d'Ali rendait encore (dus ^latent.

Le vizir n*»v»il sur lui que son yeDek, veste de velours cra-

moisi. richement brodée, sa jupe blanche albanaise et »es bottines de jtiaimpiiu, presque cachée» son» l'or qui les Couvrait.

Toujours câlin# H dédaigneux, comme s'il avait eu la conscience de m- courir aucun danser, le vWf «erra autour de sa (aille b ceinture de cuir (Tmi de tes palis are», garnie de fontes renfermant de lourd* pistolet»; il y suspcndll epeuru une courte hache d’arme» à hrge fer. et prit en main un Ml, dont il déda igua même, pur calcul sans doute, d’examiner b pierre, Meei* et sombre**, le» fil* de Demir-Itost, armé* tomme Ali» nilactiakût sur lui leur» regards farouche*, qui trahiraient pourtant ut;e verte <lc terreur *uiirde et involontaire ; car la beauté, le sang-froid d l'air svqp.'ij'ieux d’Ali de Tebelen semblaient â ces Klcphle» presque surhunuliu. selon le calcul du viilr, tantôt il» | rusaient qu'une Invisible ptteneo pouvait seule lui tlonupr »»-e* de confiance en sou étoile pour Ui®r affronter »i avougbmenl le» périlleux hasard» do ce cmubit iueg.il, tantôt il» cm) « huit qu il» allaient être, quoique libre», victime» do quelque piège terrible; qu'ils allaient pour ainsi dire cnmhaUre «ur un terrain partout miné sou» leurs par Quoique rapide et fugitive, cette imprubslou devait laisser un germe fatal dan» r#*pri| de» trul» frère».

^juwioin», toujours Intrépide», le» lira» fièrement croisés «ur le cauou de kura füsll», ils dressaient de toute u hauteur leur taille- hercu- Itk'uuo. Coiflé» du fi t, les tempes et In nmnlmj rasé», il» portaient, par tin caprice sauvage, leur» longues et épaisses moustaches noires, ualléxit et rattachée* derrière leur cou de taureau, Leur» ligure» mêle» semblaient bru niée» par les lulkues do la vis nomade et guerrière qu'il» (collaient incessamment | diDu leur* Jambe», couleur de brique, milieu* Enites, cicatrisées par lu» ronce» et à peine recouverte» d une peau de chevru u un tannée, para usaient plu» bruni» encore par le contraste de l-> jupe de grosse toile blanche qui, serrée autour de la taille de» Albanais. couvre à peine leur» genoux.

Üan* l'attente du combat, parfois les trois frères du Lcvtochor, frémissant d’impatience et de rage, se secouaient dans I épaisse (oison de mouton noir qui courrait leurs robustes épaules, ainsi que les bêles fauves frissonnent souvent dan» leur pelage hérissé à l'approche d'un grand péril. Tout à coup h voix pure et sonore d'Ali de Tebelen se fit entendre : — Heureux bis de Levlochor! dit-il, heureux... heureux de périr de la maiu d'Ali k* prédestiné 1... Luc dernière (bis regardez vos montagne», une dernière foi» regardez vos maison», une dernière foi» regardez vos femmes... car, ain»i que cet aigle qui plane sur vos têtes (et il ajusta un aigle que le hasard fit passer au-dessus de lui â une grands hauteur J, vous allez dormir pour toujours sur la bruyère Heurte !

Ko effet, eu disant ces mois. Ali de Tebelen vhü l'oiseau, et, après lieux ou trois coups d'aile convolsif», l'aigle tomba rapidement aux pied» du vizir, A cet acte d'adresse, dans lequel ils crurent voir un fehd présage, tes trois htephto» pâlirent... Les habitant* de levlochor, ef-

frayé», baiasèietii tristement las veux, taudis qu'au contraire tes paliksres du v il ir jetèrent uu cri d'aifwiratiou triomphante.

— Allons, allons, braves loup», vou» êtes libres! la plaine est s vous comme au lion, qui va montrer que sou droit, c’est sa force ! s'écria 1e vizir eu jrlaut au btiu son fusil ; puis d un bond il » tdanèa â une assez mande distance de se» trois adversaire». Prenant alors uu de se* pistolets, il eu appuva k canuu sur son avant-bi a* gauche, et se mit à courir par bond* irréguliers et vigoureux, s'éloignant ou se rapprochant de» (lemir-bn-t. a U u de rendre par ces brusque* mouvement» leur poiut de mire plu» difficile.

' Ce qui devait surtout servir AU dan» cette lutte disproportionnée, c’était l’incroyable justesse de son coup d'œil et la précisiou surprenante de son tirer, que b précipitation du galop d'uu cheval ou d'une course rapide dérangeait â peine. Ce qui devait surtout servir Ali, c'était encore, ou l’a dit, l'inquiéludc farouche de» trois Klcphtc», qui, s'attendant à chaque instant â tomber dan» quelque piège invisible, sente tout leur courage se paralyser à chaque instant. Pourtant il* se disposeront à combattre. Au moment où le vizir vit les trui- frères se séparer pour l'envelopper et épauler leur» armes, U ajusta l'allié en disant tout bas : « Assistez-moi, ma mère! a

Trois coup» dè ft-u partirent presque eu fpêmc icinn» : celui d'Ali et ceux de deux de se» adversaires. Mai» deux balles perdue* sifileieut aux oreilles du vizir, landi» que la sléPIte atteignit ail liane uu de» Kkphles, qui s’alTaissa lourdement, après avoir tourné »ur lui-même, levé *a tête ver» le ciel et étendu sn» grand» brite comme é*»l axait voulu emltrosser te vide. Uue minute d hésitation pouvait perdre Ali ; aussi, a peine sa victime fut-elle tombés que, par no nioU'èUteld plu» rapide que Li pensée, jetant sou pi*iokl el profilant de l'iodé* luon de* Ükphte», qui, témoin» de la mûri do hmc frère, rolciuni on ipstaiit paralysé* par la douleur et pvtr Ig rage, le vilir d'un hontl fin auprès d eux, 'mais à les toucher, mai» f.u o ii face, mal» poitrino oontee poitrine ; alors te, trait d'audacc inouï, mylsaiii ses bra* désarnié» r| jetant uu ngard fulgurant sur sc& ennemi*, il Récite d’une vuix éclatante > « Qui peut donc icSisbr au liuu ? a Plu* épouvante» sou» doute de effile action extraordinaire que d’une atlgqui- intpéliieu»e, le» deux Kluphle» reculèrent d'abord, fr.ip|*é» de stuppqf | pui-, revenant tout à coup à eux, il» voulurent fondre sur 1e vl«jr; mais, ayant profité de leUf trouble |M«ir se mettre en défense. Ali, d'un coup furieux de sa lourde hache, fendit te crâne à l'un dre combattants, et.uu revers de lu même arme renversa te dernier de» Demir-Dost sur les cadavres de »c» frères.

Se relonrnant alors ver» lo peuple, Ali de Tubckn, avec un cxline »uuveraiu, munlrant scs trois viclimo» du bout d» sa hache, s’écria :

— Je l’ai dit, un lion est plu» fort qqe trois loups, parce qu'il est l« lion.

l’uis cachant sous un seinbUlH d'indilféreure cl de sérénité l'orgueil du triomphe et le» terrible» émulions qui avaient dû et devaient l'agiter encore. Ali s’écria Mon chev§l! lin esclave nègre le lui amena.

Sautant alun» légèrement sur ce magnifique animal, tout resplendissant d'or, du pourpre et d ateur, le vizir, une fois en selle, par une brusque saccade, fit caorer sa moulure, et, La maintenant presque droite, la fil marcher quelque* pas, Gci émeut drossée sur »c» jarret* nerveux.

N élu de sa jupe blanche et de *uu yelkk crumuiki respleudLsaul de broderie*, b tête nue, scs Jungs cheveux au vent, le front mciiaeant, l'œil intrépide, les narines gonflée» par la vue du carnage, Ali de Tebelen, si impérialement campé sur ce cheval noir aui crins tlollunl», qui, hemiissaut avec furie, battait l’air de ses jambes de devant, et *e cabrait toujours d'une manière effrayante... Ali de Tebelen devait apparaître à cette population épouvantée comme un être surhumain, lorsque la fatalité vint jeter un nouveau prestige sur celte figure d'un caractère si grand et si terrible...

Le soleil, qui s'était lentement élevé à l'horizon, dépassant la cime des montagnes du Lcvtochor, jeta scs premiers rayons sur Ah de Tcbi-kn, qui parut ainsi tout à coup enveloppé d'une auréole de lumière, tandis que 1e reste de la plate forme et de» spectateurs de cette scene restèrent daus l'ombre un moment encore.

Souriant et fier de ce lu*ard. qu'U prit pour uu heureux présage, voulant laisser te peuple sur une un pression presque faute cl ter miner à propos cette scène d'une si paissante influence pour l'avenir, te satrape jeta son cri de guerre, ses pabkares se kverent en tumulte, prirent Unir» armes, et te vizir disparut htentôl à leur tête par un chemin creux qui conduisait a cette esplanade.

Stupéfaite, effrayée de «te combat rapide, de ce triomphe soudain, de cet éctel, rte cette brusque disparition, I» populathm de Levlochor resta ceuvaiucuc, dan» sa terreur, qu’Ali de Teneten était plu» qu'un mortel, et que en serait folie et vanité que de vouloir désormais résister k ses ordre*, si urhitreirea, si cruel» au'ils fussent.

Malheureusement, du Levlochor celle croyance désastreux* se propagea peu à peu dans toute l'Albanie; de naturelles, les circonstances du combat devinrent fabuleuses 1 L'imagination sombra et ardente de te» peuplades, dénaturant tes faits, vint encore augmenter de si fumâtes exagérations. Enfin, ce ne fut plu» sous te fer et sons te plomb d’Ali nue lu» trois ktephte* étaient tombés, mais seulement sous son regard, doué d'une puissance mortelle...

Ainsi, selon sa politique infernale, toujours heureusement servie d'ailleurs par le destin, le vizir devint bientét dans toute t'Kpira un objet

DKLKYTAK.

de (erreur rouelle, un fléau dévastateur sons le» coups duquel tous devaient se courber sans murmure et «ans espoir, parce que l'iiivisiblc main de Dieu « voulait sans doute, disaient les Albanais, infliger Ali de Tebelen à l' humanité! a

Le grand instinct militaire «l'Ali, son habitude stratégique dans l'espèce ue guerre de partisans que nécessitaient les localités de l'Epire et du nord île la Grèce, se développa bientôt, et surtout lors de la rupture qui éclata entre la Turquie, l’Aulriche et h Russie, vers 1788, peu de temps avant la maladie mortelle do khuiutn.

Ali, en arrivant au camp des Ottomans pour renforcer leur armée, se présenta au grand-vizir à la tète de quatre mille Albanais et de cinq cents cavaliers tiiiegues, merveilleusement armés, disciplinés et d'une bravoure redoutable. L'intrépidité, le sang-froid, les ressources de l'esprit audacieux «J' Ali de Tebelen. l'influence qu'il avait sur les troupes lui assurèrent bientôt une haute position dan» l'année, et, en récompense des services qu'il avait rendus pendant la campagne, le titre de pacha, la charge de dervendji | grand-prévôt dit routes), do plus celle de gouverneur de TricaLi, ville située à l’est do Dinde en Tliessalie, entre Larissa et Janina, lui furent décernés par le sultan.

La présence il’ Ali u 'étant plus nécessaire a l'armée, il revint dans son gouvernement. L'Epire était dan» ou tel état d'anarchie que les grands vassaux de t'empire ottoman, oubliant qu'ils n'éhdunt que (cuduluires de h Porte, se regardaient comme souverains presque absolu» de leurs pai haliks; aussi se faisaient-ils continuellement lu guerre pour se chasser mutuellement de leurs gouvernements; une lois niaities de la [vos i lion par b ruse ou par la force des armes, ils envoyaient un Armait retMCkieux au sultan, fînnan dans hquel ils accusaient le pacha ou le bey dépossédé de trahison envers la Sublime-Porte : demandant de plus la moitié dra dépouilles du fraitre supposé, comme récompense de leur lèle. Ordinairement ce lirman était porté au divau de Constantinople par les aflidrâ du vizir usurpateur, qui, grâce à la corruptiou et à l'autre moitié des dépouilles (Hiclement abandonnées au sultan, obtenaient presque toujours la coudrniation du pachalik.

Ali n'agit pas autrement pour s'emparer du Sangiak de Jauiua. Li*s trésors du gouverneur de ce beylik étaient immenses. Ali, après l'avoir vaincu par la force des armes, lit une large pari à l'avarice du divan de Constantinople ; le sultan toucha trois millions, et, pour prix du meurtre du pacha de Jauiua, qu’Ali avait représenté à la Porte comme vendu à lu Russie, Ali, confirmé dans le pachalik dont il s’était emparé, fut de plu» gratifié de la charge de grand-pré* ôl des routes de 1a Romélie.

Telle était la position inespérée à laquelle Ali, fils d'un obscur bey de b Tosearto, était arrivé par son courage, par son audace, par «a ru*e, par le» menées de sa politique aussi habile quo corruptrice, et sut tout, il l'a dit souvent lui-mème, par celte conscience fatidique du boubeur de son étoile, qui lui faisait entreprendre avec certitude de snccc» les desseins les plu» téméraires. Ouant à son incroyable croyance eu soi, il la devait aux prédictions incessantes de sa mère, qui l'avait ainsi fait, — homme et vizir, — répétait-il avec l'accent de la gratitude la plus profonde.

Ou comprendra donc les terribles anxiétés d'Ali de Tebelen lorsqu'il apprit la maladie de Kharnco, et l'impatieiice féroce avec laquelle il se > rendait à Tebelen pour y voir sa mère mourante.

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