‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Les mysteres de ParisChapitre 32 sur 174 · I.F.S MYSTÈRES DE PARIS · texte numérisé non relu

I.F.S MYSTÈRES DE PARIS

lente créole qui s’assit un jour sur le trône de France, et qui fut reine par la grâce et par la boulé, comme d'autres le sont par la grandeur et par 1 1 majesté.

Chose étrange! Tom Sey ton, aussi superstitieux que sa sœur, encourageait ses folles espérances, et avait résolu de consacrer sa vie à la réalisation du rêve de Syrali, de ce rêve aussi éblouissant qu'insensé.

Néanmoins le frère et la sœur n étaient pas assez aveugles pour croire ri goureuse ment à la prédiction de la highbudaisc, cl pour viser absoltniKut à uu troue de premier ordre, dans leur maguilique dédain des royautés secoudaires ou des principautés régnantes ; non, pourvu que la belle Ecossaise ceignit un jour sou front inipértout d'une cou- | rounc souveraine, le couple orgueilleux fermerait les yeux sur l'importance des possessions de celle couronne.

A l’aide de F./4/aMXMacA de Gotha pour l’an de grâce 1819, Tout Seylou dressa, au moment de quitter l'Ecosse, une sorte de tableau synoptique par rang d'âge do tous les rois cl altesses souveraines de l'Europe alors a marier.

Bien que fort absurde, l'ambition du frère et de la sœur était pure de tout moyen honteux ; Toin devait aider Sara b à ourdir la trame conjugale où elle espérait enlacer un porle-couruuue quelconque. Tout devait cire de moitié dans toutes les ruses, dans toutes les intrigues qui pourraient amener ce résultat; niais il aurait tué sa .vinr. plutôt que de voir eu elle la maîtresse d’un prince, même avec la certitude d’uu mariage réparateur.

L'espèce d'inventaire matrimonial qui résulta des recherches de Tom et de Sara h dans IttiwmarA de Gotha fut satisfaisant.

La Confédération germanique fournissait surtout un nombreux contingent de jeunes souverains présompLls. Sarah était protestante; Tom n'ignorait pas b facilité du mariage allemand dit de la main gauche, mariage légitimé d’ailleurs, auquel il se serait à la deruierc extrémité résigné pour sa sceur. Il fut doue résolu entre elle et lui d'aller d'abord en Allemagne commencer cette pipée.

Si ce projet parait improbable, ces espérances insensée, nous répondrons d'abord qu'une ambition effrénée, encore exagérée par une superstitieuse croyance, sc pique rarement d’être raisonnable dans ses visées, et n’est guère tentée que de l’impossible ; pourtant, en se rappelant certains faits contemporains, depuis d’augustes et respectables mariages morganatiques cuire souverains Cl sujette jusqu'à l'amoureuse odyssée de mi» IV-nélupc et du prince de Cupooe, on ne peat refuser quelque probabilité d’heureux succès aux imaginations de Tom ci de Sa rab.

Nous ajouterons que celle-ci joignait à une merveilleuse beauté de rares dispositions pour les taLuts les plus variés, ci une puissance de séduriiou d'autant plus dangereuse qu'avec nue âme sèche et dure, un esprit adroit cl méchant, une dissimulation profonde, un caractère opiniâtre et absolu, elle réunissait toute» les apparence» d une nature généreuse, ardi'Ule cl passionnée.

Au physique, sou organisation mentait aussi perfidement qu’au moral.

Ses grands yeux noirs, tour à tour étincelants et langoureux sons leurs sourcils d'ébène, pouvaient feindre les embrasements de la volupté ; et pourtant les brûlantes aspirations de l'amour ne devaient jamais faire battre son sein glacé : aucune surprise du cœur ou des sens ne devait déranger les impitoyables calculs de celte femme rusée, égoïste et ambitieuse.

En ariivant sur le continent, Sa rab, d'après les conseils de son frère, ne voulut nas commencer scs entreprises avant d’avoir fait un séjour à Paris, où elle désirait polir son éducation, et assouplir sa roidem* britannique dans le commerce d’une société pleine d'élégance, d'agréments cl de liberté de bon goût.

Sarah fut introduite dans le meilleur et dan? le plus grand monde, grâce à quelques lettres de recommandation et au bienveillant patronage de madame l'ambassadrice d'Angleterre et du vieux marquis d'flarville, qui avait connu en Angleterre le père de Tôt» et de Sarah.

l^s personnes fausses, froides, réfléchies , s'assimilent avec nue promptitude merveilleuse le langage et les manières les plus opposés à leur caractère : chez elles tout est dehors, surface, apparence, vernis, écorce ; dès qu'on les pénétré, des qu’ou les devine , elle?; sont perdues; aussi l'espèce d’instinèt de conservation dont clicssont douées les rend éminemment propres au déguisement moral. Elles se griment et se costument avec la prestesse cl l'habileté d’ua comédien consommé.

C'est dire qu'après six mois de séjour à Paris Sarah aurait pu lutter avec b Parisienne b plus parisienne du monde, pour b grâce piquante de son esprit, U* charme de sa gaieté, l'ingéuuilé de ses coquetteries et b naïveté provocante do son regard à la fois chaste et passionné.

Trouvant sa sœur suffisamment armée, Tom partit avec elle pour l'Allemagne, muni d’excellentes lettres d introduction.

Le premier Etal de la Confédération germanique qui se trouvait sur l'itinéraire de Sarah était le çrand-diirhé de Gcrnlstcin, ainsi désigné dans le diplomatique et infaillible dimunacA de Gotha pour l aunce 1819.

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