CHAPITRE VI
Saint-Lazare.
Nous croyons devoir prévenir les plus timorés de nos lecteurs que la prison de Saint-Lazare, spé< ialmient destinée aux volcn es et aux prostituées, est journellement visitée par plusieurs femme- dont la charité, dont le nom, dont la position sociale, cummandent le respect de tous.
Ces femmes, élevées au milieu d** splendeurs de la fortune, ees femmes, à bon droit comptées parmi la société la plus choisie, viennent chaque semaine passer de longues heures auprès de- misérables prisonnières de Saiut-i-nzare ; épiant dans ees âmes dégradées la moindre aspiration vers le bien, le moindre regret d'un passe criminel, elles eucoitragcnl les tendances meilleures, fécondent le repentir, et, par la puissante magic de ces mots ; devoir, honneur, vertu, elfes retirent quelquefois de la fauge une de ces créatures abandonnées, avilies, méprisées.
Habituées aux délicatesses, à la politesse exquise de la meilleure compagnie, ces femmes courageuse» quiiient leur hôtel séculaire, appuient leurs lèvres au front Virgin.. I de leurs Jilles pures comme les anges du ciel, et Vont dau» de sombics prisons braver l'indifférence grossière ou les propos criminels de ees voleuses ou de «-es prostituées...
Fidèles à leur mhsion do haute moralité, elles descendent vaillamment dans cette boue infecte, posent la main sur tous ces cœurs gangrenés, cl, si quelque faible hailemrnl d'honneur leur révèle un léger espoir de salut, elles disputent et arrachent à uue irrévocable perdition l'âme malade dont elles u’ont pus dose jéré.
Les lecteurs timorés auxquels nous nous adressons calmeront donc leur susceptibilité ou songeant qu’ils n entendront et ne verront, aptes tout, que ce que voient et euteudeut chaque jour les femmes vénérées que nous venons de citer.
Sans oser et. blir un ambitieux parallèle entre leur mission cl la nôtre, pourrons- nous dire que ce «pii nous soutient aussi dans cette œuvre longue, (téuiblc, dilficili-, c’c-t la cousit lion d'avoir éveillé quelques nobles sympathies pour les infoituiiu» probe», courageuses, imméritées, pour les repentirs -inecres, pour l'honnêteté simple, naïve ; et d'avoir inspiré le «fé g >ùt. ; 'aversion, l'horreur, la crainte salutaire de tout ce qui était absolument impur et criminel t
Nous rf avons pas reculé devant les tableaux les plus hideusement vrais, pensant que, comme le feu, la vérité morale purifie tout.
Notre parole a trop peu de valeur, notre opinion trop peu d’autorité, pour que nous prétendions enseigner ou réformer.
Notre unique espoir est d'appeler l'a lieu lion des penseurs cl des gens de bien sur de grandes mi-ères sociales, dout ou peut déplorer, mais non contester la léalilr.
Pourtaut, parmi les heureux du monde, quelques- uns, révoltés de la crudité de ces douloureuses peintures, oui crié à l'exagération, à l'invraisemblance, à l'impossibilité, pour n’avoir ps à plaindre (nous ne dirons pas à secourir) tant «le maux.
Cela se conçoit.
L’égoisle gorgé d’or ou bien repu veut avant tout digérer tranquille. L'aspect des pauvres frissonna ut de faim et de froid lui est particulièrement importun: il préfère cuver sa richesse ou sa bonne chère, les yeux à demi ouverts aux visions voluptueuses d'un ballet (f Opéra.
Le plus grand nombre, au contraire, des riches et des heureux ont généreusement compati à certains malheurs qu’ils ignoraient : quelques personnes même nous ont >u gré dé leur avoir indiqué le bienfaisant emploi d'aumônes nouvelles.
Nous avons été puissamment soutenu, encouragé par de pareilles adhésions.
Cet ouvrage, que nous reconnaissons sans difficulté pour un livre mauvais au point de vue de l’art, mais que nous maintenons n’étre pas un mauvais livre au point de vue moral, cet ouvrage, disons-nous, u aurait-il en dans sa carrière é p h ém èr e que le dernier résultat dont noos avoua prié, que nous serious très-fier, très-bouoré de noire œuvre.
Quelle plus glorieuse récompense ponr nous que les bénédictions de
quelques pauvres familles oui auront dû un peu de bien-être aux peu- ! sues que nous avous soulevées !
i'ela dit à propos de la nouvelle pérégrination où nous engageons le lecteur, apres avoir, nous l'espérons, apaisé scs scrupules, nous l'introduirons à Salul-burc, immense édifice d'un aspect imposant et lugubre, situé rue du Faubourg-Saint-Deuis.
Ignorant le terrible drame qui passait ( lier 'elle, madame d'IlarvHIe s’était rendue à la prison, après avoir obtenu quelques renseignements de madame de l.ucenay au sqietdes deux malheureuse* femmes que la cupidité du notaire Jacques Ferrand plongeait dans la delres.se.
Madame de Blimal, une des patroncssrs de l’œuvre des jeunes détenues, n’ayant pu ce jour-là accompagner Clémence à Saint-Lazare, celle-ci y était venue seule. Elle fut accueillie avec empressement par le direrleur cl par plusieurs daines inspectrices, reconnaissables à leurs vêtements noirs et au ruban bleu à médaillon d’argent qu'elles portaient en sautoir.
Une de ces inspectrices, femme d’un âge mûr, d'une figure grave et douce, resta seule avec madame d'ilarville dans uu petit salon atli naul au greffe.
On ne peut s'imaginer ce qu'il y a de dévouement ignoré, d 'iuiclli- i gcnce, de commisération, de sagacité, chez ces femmes rc>pectables | qui se consacrent aux fonctions -modestes et obscures de surveillantes | des détenue;.
Rien de plus sage, de plus praticable que les notions d'ordre, de travail, de devoir, qu'elle* donnent aux prisonnières, dans l'espoir que I ces enseignements survivront ail séjour de la prison.
Tour à tour indulgentes et fermes, patientes et sévères, mais tou- jours justes et impartiales, ces femmes, sans cesse en contact avec les détenues, finissent, au bout de longues années, par acquérir une telle science de la physionomie de c«*s malheureuses, qu’elles les jugent près- I que toujours sûrement du premier coup d'œil, et quelle* les classent à ) instant selon leur degré d'immoralité.
Madame Armand, l iuspectrice qui était restée seule avec madame d'ilarville, possédait k un point extrême celle prescience presque divinatrice du caractère des prisonnières; ses paroles, scs jugements, avaient dans la maison une autorité considérable.
Madame Armand dit à Clémence ;
— Puisque madame la marquise a bien voulu me charger de lui désigner celles de nos détenues qui, par une meilleure conduite ou par uu repentir sincère, pourraient mériter son intérêt, je crois pouvoir lui recommander une infortunée que je crois plus malltcureuïe encore que coupable; car je ne crois pas me tromper en affirmant qu'il n'csl pas trop lard pour sauver cette jeune hile, une malheureuse eufant de seize ou dix-sept ans tout au plus.
— El qu'a-t-elle fait pour être emprisonnée?
— Elle est coupable de s'étre trouvée aux Champs-Elysées le soir. Comme il est défendu à ses pareilles, sous des peines très-sévères, de fréquenter, soit le jour, soit la nuit, certains lieux publics, et que les Champs-EUsées sont au nombre des promenades interdites, on l'a arrêtée.
— Et elle tous semble intéressante ?
— Je n’ai jamais vu de traits plus réguliers, plus candides. Imaginezvous, madame la marquise, une figure de vierge. Ce qui donoait encore à sa physionomie une expression plus modeste, c'est qu'en arrivant ici elle était vêtue connue une paysanne des environs de Paris.
— C’est donc une fille de campagne?
— >on. madame la marquise. Les inspecteurs l’ont reconnue ; elle demeurait dans une horrible maison de la Cité, dont «-lie était absente depuis deux ou trois mois; mais, comme elle u’a pas demande sa radiation des registres de la police, elle reste soumise au pouvoir exceptionnel qui l'a envoyée ici.
— Mais peut-être avait-elle quitté Paris pour tâcher de se réhabiliter ?
— Je le pense, madame, c'est ce mii m’a tout de suite intéressée à elle Je l'ai interrogée sur le passé, je lui ai demandé si elle venait de la campagne, lui disant d'espérer, dans le cas où, comme je le croyais, elle voudrait revenir au bien.
— Qu’a-l-elle répondu?
— Levant sur moi ses grands yeux bleus mélancoliques et pleins de larmes, eile m'a dit avec un accent de douceur angélique : « Je vous ; remercie, madame, de vos boutés ; mais je ne puis rien dire sur le nasse; on m*a arrêtée, j'étais dans mon tort, je ne me plains pas. — Mais d’où venez-vous ? Où êtes-vous restée depuis votre départ de la Cité? Si vous êtes allée à la campagne chercher une existence honorable, diles-le, prouvez-le: nous ferons écrire à M. le préfet pour obtenir votre liberté ; on vous rayera des registres de la police, et on encouragera vos bonnes résolutions. — Je vous en supplie, madame, ne m'interrogez pas, je ne pourrais vous répondre, a-l-dle repris. — Mais en sortant d ici voulez-vous donc relourner dans cette affreuse maison? — I Oh! jamais, s’est-elle écriée? — <Juc ferez-vous donc alors? — Dieu le j sait, » a-t-elle répondu en laissant retomber sa tête sur sa poitrine.
— Cela est étrange Et elle s’exprime ?...
— En tres-l-ons termes, madame; son maintien est timide, respcc- i t lieux, mais sans bassesse; je dirai plus : malgré la douceur extrême de sa ’ voix et de son regard, il y a parfois dans son accent, dans son altitude, une sorte de tristesse lière qui me confond. Si elle n'appartcnail pas à '
la malheureuse classe dont elle fait partie, je croirais presque que celte fierté annonce une âme qui a la conscience de son élévation.
— Mais c'est tout un roman ! s'écria Clémence, intéressée au dernier point, cl trouvant, ainsi que le lui avait dit Rodolphe, que rien n'éiait souvent plus amusant à faire que le bien. Et quels sont ses rapp ml» avec les autres prisonnières? Si elle est douée Je l'élévation d’àme que vous lui supposez, elle doit bien souffrir au milieu de ses misérables compagnes ?
— Mon Dieu, madame la marquise, pour moi qui observe par étal a par habitude, tout dans cette jeune fille est un sujet d'étonnement. A peine ici depuis trois jours, elle possède déjà une sorte d'influence sur les autres détenues.
— En si peu de temps ?
— Elles éprouvent pour elle non-seulement de l’intérêt, mais presque du respect.
— Comment ! ces malheureuses...
— Ont quelquefois un instinct d’i.ne singulière délicatesse pour reconnaître, deviner même les uoble* qualités des autres. Seulement riki haïssent souvent les put souries dont elles sont obligées d'admettre h supériorité.
— El elles ne baissent pas cette pauvre jeune fille ?
— Bien loin de là, madame : aucune d'clics lie la connaissait .vau son entrée ici. Elles ont été d'abord frappées de sa beauté; scs traits, bien que d'une pureté rare, sont pour ainsi dire voiles par une pàtaz touchante et maudire ; ce mélancolique et doux visage leur a d'abord inspiré plus d'intérêt que de jalousie. Ensuite elle est très-süencieœe, autre sujet d'élonocmcQt pour ces créatures qui, pour la plupart, tichcnt toujours de s'étourdir à force de bruit, de paroles et de mouvements. Enfin, quoique digne et réservée, elle s’est montrée compati»saute, ce qui a empêche scs compagnes de sc choquer de sa frotte. Ce n'est pas tout. Il y a ici depuis un mois une créature indompulile surnommée la louve, tant son caractère est violent, audacieux tl bestial. C'est une fille de vingt an*, grande, virile, d une figure asset btfe, mais dure ; nous sommes souvent forcés de la mettre au cachol put vaincre sa turbulence. Avant-hier justement elle sortait de cellule, tocore irritée de la punition qu'dJe venait de subir; c’était l'heure du repas, la pauvre fille dont je vous parle ne mangeait pas; elle dit trisic» ment à ses compagnes: «Qui veut mon pain? — Moi! dit d'abord k Louve. —.Moi! d:t ensuite une créature presque contrefaite, appelée Mont- Saint-Jean, qui sert de risée, et quelquefois, malgré nous, de fre-doulcur aux autres détenues, quoiqu elle soit grosse de ptafcon mois. La jeune fille donna d’abord son pain à celte dernière, k la grande colère de la Louve. — C'est moi qui t'ai d'abord demandé la ration, cria-t-elle furieuse. — C’est vrai, mais cette pauvre femme est enccfefc, elle en a plus besoin que vous, » répondit la jeune fille. La Louve nro moins arracha le pain des mains de Mont-Saint- Jean, et commençait vociférer en agitant sou couteau. Comme elle est très-méchante et 1 1 » redoutée, personne n'osa prendre le parti de b pauvre Goualcuse, quoique toutes les détenues lui donnassent raison intérieurement.
— Comment dites-vous ce nom. madame?
— La üoualcuse... c'est le nom ou plutôt le surnom sous lequel a été écrouée ici ma protégée, et qui, je l’espère, sera bientôt la vôtre, madame la marquise... Presque toutes ont ainsi des noms d’emprunt.
— Celui-ci est singulier...
— Il signifie, dans leur hideux langage, la chanteuse; car cette jeu« fille a, dil-on, une très-jolie voix ; je le crois sans peine, car son acceirf est enchanteur...
— El comment a-t-elle échappé k cette vilaine Louve?
— Rendue plus furieuse encore par le sang-froid de la Gouafcuy, elle courut à elle l'injure à b bouche, son couteau levé : toutes les prisonnières jetèrent un cri d'elÇroi... Seule, la Goualeuse, regardant sais crainte celle redoutable créature, lui sourit avec amertume, en laide saut de sa voix angélique : — Oh ! fuez-moi, tuez-moi, je le veux bien... et ne me faites pas trop souffrir! Ces mots,.m'a-t-on rapporté, forent prononcés avec une simplicité si navrante, que presque toutes les «Je tenues eu curent les larmes aux yeux.
— Je le crois bien, dit madame d’ilarville, péniblement émue.
— Us plus mauvais caractères, reprit l'inspectrice, ont hetireo*ment quelquefois de bons revirements. En entendant ces mots empreints d'une résignation déchirante, b Louve, remuée, a-t-elle dit plus i»A jusqu'au fond du l'âme, jeta son couteau par terre, le foula aux pieds* s'écria : — J’ai eu tort de te menacer, la Goualeuse, car je suis plus forte que toi ; tu n'as pas eu peur de mon couteau, tu es brave... J'aior les braves : aussi maintenant, si I'od voulait te faire du maJ, c'est m<* qui te défendrais...
— Quel caractère singulier !
— L’exemple de b Louve augmenta encore l’influence de la Gom* Iciisc, et aujourd'hui, chose à peu près sans exemple, presque auniM des prisonnières ne la tutoie ; la plupart b respectent, et s'offrent même à lui rendre fous les petits services qa'on peut bc rendre entre prisonnières. Je me suis adressée à quelques détenues de son dortoir pour savoir la cause de la déférence qu’elles lui témoignaient. — C’est plus fa* que nous, m’onl-dles répondu, on voit bien que ce n’est pas une personne comme nous autres.*— Mais qui vous l’a dit? — Ou ne nous b pas dit, ccb se voit. — Mais encore k quoi? — A mille choses. D'abord.
LES MYSTÈRES DP. PARIS
hier, avant de se concher, elle s'est mise 6 genoux et a fait sa prière : pour qu'elle prie, comme a dit la Louve, il faut bien quelle en ail le droit.
— Quelle observation étrange !
— Ces malheureuses n’ont aucun sentiment religieux, et elles ne se permettraient pourtant jamais ici un mot sacrilège ou impie ; vous ver* ret, madame, dans toutes nos salles, des espèces d’autels où la statue de la Vierge est entourée d'offrandes et d'ornements faits par elles-mêmes. Chaque dimanche, il se brûle un grand nombre de cierges en tx^oio. Celles qui vont à la chapelle s’y comportent parfaitement . mais généralement l’aspect des lieux saints leur impose ou les effraye. Pour revenir à la Goualeuse, ses compagnes me disaient encore : — Ou voit qu’elle n'est pas comme nous autres, à son -air doux, à sa tristesse, à la manière dont elle parle... Et puis enfin, reprit 1 brusquement la Louve, qui assistait à col entretien, il faut bien quelle ne soit pas des nôtres : car ce matin... dans le dortoir, sans savoir pourquoi... nous étions honteuses de nous habiller devant elle. ..
— Quelle bizarre délicatesse au milieu de tant de dégradation ! s’écria madame d'IIarvitle.
— Oui. madame, devant les hommes et entre elles la pudeur leur &>t inconnue, et elles sont péniblement coufuses d’être vues à demi vêtues par nous ou par des personnes charitables qui, comme vous, madame la marquise, visitcut les prisons. Ainsi ce profond instiact de pudeur que Dieu a mû en nous se révèle encore, même chez ces créatures, :» l'aspcct des seules personnes qu’elles puissent respecter.
— Il est au moins consolant de retrouver quelques bous sentiments naturels plus forts que la dépravation.
— Sans doute, car ces femmep sont capables de dévouements qui. honnêtement placés, seraient ue$-lionorables... Il est encore un sentiment sacré pour elles qui ne respectent rien, ne craignent rien : c’est la maternité ; elles s’en honorent, elles s’en réjouissent ; il n’y a pas de meilleures mères, rien ne leur coûte pour garder leur enfant auprès d’elles ; elles s’imposent, pour l'élever, les plus pénibles sacrifices ; car, ainsi qu'elle? disent, ce petit être est le seul qui ne les méprise pas.
— Elles ont donc un sentiment profond de leur abjection ?
— Ou ne les méprise jamais autant qu'dlcs sc méprisent elles-mêmes... Chez quelques-unes dont le repentir est sincère, celte tache originelle du vice reste ineffaçable à leurs yeux, lors même qu’elles se trouvent dans une condition meilleure ; d’autres deviennent folles, tant l'idée de leur abjection première est chez elles fixe et implacable. Aussi, madame, je ne serais pas étonnée que le- chagrin profond de la Goualeuse ne fût causé par un remords de ce genre.
— Si cela est, en effet, quel supplice pour elle ! un remords qne rien ne peut calmer !
— Heureusement, madame, pour l'honneur de l’espèce humaine, ccs remords sont plus fréquents qu'on ne le croit ; la conscience vengeresse ne s'endort jamais complètement; ou plutôt, chose étrange ! quelquefois on dirait que Pâme veille pendant que le corps est assoupi ; c’est une observation que j'ai faite de nouveau celte nuit à propos de ma protégée.
-Delà Goualeuse?
— Oui, madame.
— Et comment donc cela?
— Assez souvent, lorsque les prisonnières sont endormies, je vais faire une ronde dans les dortoirs... Vous ne pouvez vous imaginer, madame... combien les physionomies de ces femmes different d’expression pendant qu’elles dorment. Bon nombre d'culre elles, que j’avais vues le jour iusonciantes, moqueuses, effrontées, hardies, me semblaient complètement changées lorsque le sommeil dépouillait leurs traits de toute exagération de cynisme; car le vice, hélas! a son orgueil. Oh' madame, que de tristes révélations sur ccs visages alors abattus, morues et sombres ! que de tressaillements ! que de soupirs douloureux involontairement arrachés par quelques rêves empreints sans doute d’une inexorable réalité!... Je vous parlais tout à l'heure, madame, de celle fille surnommée la Lonvc, créature indomptée, indomptable. U y a quinze jours environ, elle m’injuria brutalement devant toutes les détenues; je haussa i les épaules, mon indifférence exaspéra sa rage... Alors, pour me blesser sûrement, elle s'imagina de me dire je ne sais quelles umoblcs injures sur ma mère... qu’elle avait souvent vue venir me visiter ici...
— Ali ! quelle horreur !...
— Je l'avoue, toute stupide qu’était cette attaque, elle me fit mal... la Louve s’en aperçut et triompha. Ce soir-là, vers minuit, j'allai faire inspection dans les dortoirs; j arrivai près du lit de la Louve, qui ue devait être mise en cellule nue le lendemain malin ; je fus frappée, je dirai presque de la douceur ac sa physionomie, comparée à l'expression dure et insolente qui lui était habituelle ; ses traits semblaient suppliant-,, pleins de tristesse et de contrition ; ses lèvres étaient à demi ouverte.-, m poitrine oppressée; enfin, chose qui me parut incroyable... car je la croyais impossible, deux larmes, deux grosses larmes coulaient de.» yeux de cette femme au caractère de fer!... Je la contemplais en silence depuis quelques minutes, lorsque je l’entendis prononcer ces mots : «Pardon... pardon!... sa mère!...» J’écoutai plus attentivement, mais tout ce que je pas sabir au milieu d'un murmure presque
inintelligible, fut mon notu... madame Armand... prononcé avec un soupir.
— Elle se repentait pendant son sommeil d'avoir injurié votre mère...
— Je l'ai cru... et cela in’a rendue moins sévère. Sans doute, aux yeux de scs compagnes, elle avait voulu, par une déplorable vanité, exagérer encore sa grossièreté naturelle ; peut-être un bon icistiuct la faisait sc repentir pendant son sommeil.
— Et le lendemain vous témoigna-t-elle quelque regret de sa conduite passée ?
— Aucun; elle se montra, comme toujours, grossière, farouche et emportée. Je vous assure pourtant, madame, aue rien ne dispose plus à la pitié que ccs observations flonl je vous parie. Je me persuade, illusion peut-être! que pendant leur sommeil ces infortunées redeviennent, meilleures, ou plutôt redeviennent cllcs-raêmes, avec tous leurs défauts,! il e&l vrai, mais parfois aussi avec quelques bons instincts non plus dissimulés par une détestable forfanterie de vice. De tout ceci j'ai été amenée à croire que ces créatures sont généralement moins méchantes qu elles u'affecteul de le paraître ; agissant d'après cette conviction, i’ai souvent obtenu des r- sultals impossibles à réaliser si j'avais complètement désespéré d'elles.
Madame d’Ilarvilie ne pouvait cacher sa surprise de trouver tant de bon sens, tant de haute raison joints à des sentiments d humanité si élevés, si pratiques, chez une obscure inspectrice de tilles perdues.
— Mon Dieu, madame, reprit Clémence, vous avez une telle manière d'exercer vos tristes fonctions, qu’elles doivent être pour vous des pius intéressantes. Que d’observations, que d’études curieuses, mais surtout que de bien vous pouvez, vous devez faire !
— Le bien est très-difficile à obtenir : ce3 femmes ne restent ici que peu de temps; il est doue difficile d'agir très-efficacement sur elles ; il faut se borner à semer... dans l’espoir que quelques-uns de ces bons germes fructifieront uu jour... Parfois cet espoir se réalise.
— Mais il vous faut, madame, un grand courasc, une grande vertu pour ne pas reculer devant l'ingratitude d'une lâche qui vous donne de si rares satisfactions!
— La conscience de remplir un devoir soutient et encourage ; puis quelquefois on est récompensé par d'heureuses découvertes : ce soûl çà et 1 1 quelques éclaircies dans des coeurs que l’on aurait crus tout d'abord absolument ténébreux.
— Il n'importe ; les femmes comme vous doivent être bien rares, madame.
— ïs’on, non, je vous assure ; ce que je fais, d’autres le font avec plus de succèsct d'intelligence que moi... Une des inspectrices de l'autre quartier de Saint-Lazare, destiné aux prévenues de différents crimes, vous intéresserait bien davantage. .. Elle me racontait ce matin l’arrivée d’une jeune fille prévenue d infanticide. Jamais je n’ai rien entendu de plus déchirant... Le père de cette malheureuse, un honnête artisan lapidaire. est devenu fou de douleur en apprenant la honte do sa fille ; il
f orait que rien n’était plu» affreux que ta misère de toute celte famille, ogée dans une misérable mansarde de la rue du Temple.
. — La rue du Temple ! s’écria madame d’Uarville étonnée, quel est le nom de cet artisan ?
— Sa fille s’appelle Louise Morel...
— C'est bien cela...
— Elle était au service d’un homme respectable, M. Jacques Ferrand, notaire. \
— Cette pauvre famille m’avait été recommandée, dit Clémence en rougissant; mais j'étais loin de m’alieudre à la voir frappée de ce nouveau coup terrible... Et Louise Morel?
— Sc dit innocente : elle jure que son eufant était mort... et il parait que ses paroles ont l'acceul de la vérité. Puisque vous vous intéressez à sa famille, madame la marquise, si vous étiez assez bonne pour daigner la voir, celte marque de votre bonté calmerait son aése&poir, qu'on dit effrayant.
— Certainement je la verrai; j’aurai ici deux protégées au lieu d'une... Louise Morel et la Gouakose... car tout ce que vous me dites de cette pauvre fille me touche à un point extrême... Mais que faut-il faire pour obtenir sa liberté? Bosuite je la' placerais, je me chargerais de son avenir...
—Avec les relations qne vous devez avoir, madame la marquise, il vous sera très-facile de b faire sortir de prison duiourau lendemain. Cela dépend absolument de la volonté de M. le préfet de police... b recommandation d’une personne considérable serait décisive auprès de lui. Mais me voici bien loin, madame, de l'observation que j'avais faite sur le sommeil de b Coualcuse. El à ce propos je dois vous avouer que je ne serais pas étonnée qu’au sentiment profondément douloureux de sa première abjcctiou sc joiguft un antre chagrin... non moins cruel.
— Que vuulez-vous dire, madame?
— Peut-être me trompé-jc... mais je ne serais pas étonnée que cette jeune fille, sortie par je ne sais quel événement de la dégradation où elle était d'abord plongée, eût éprouvé... éprouvât peut-être un amour honnête... qui fût à b fois son bonheur et son tourment...
— Et pour quelle raison croyez-vous cela?
— Le silence obstiné qu’elle garde sur l’endroit où elle a passé les trois mob qui ont suivi son dépari de b Cité me donne à peiner qu'elle
LES MYSTERES DR PARIS
craint de sc faire réclamer par les personnes chez qui peut-être elle avait trouvé un refuge.
— Et pourquoi celle crainte?
— Parce qu’il lui faudrait avouer un passé qu’on ignore sans doute.
— Eu effet, ses vêlements de paysanne...
— Puis une dernière circonstance est venue renforcer mes soupçons. Hier au soir, eu allant faire mou infection dans le dortoir, je me 6uis approchée du lit de b Goualcuse; elle dormait profondément; au contraire de ses compagne*, sa figure était calme et sereine; ses grands cheveux blonds, à demi détaché» sous sa cornette, tombaient en profusion sur son cou ci sur se» épaules. Elle tenait ses deux petites mains jointes et croisées sur son soin, comme si elle se fût endormie en priaut... Je contemplais depuis quelques moments avec attendrissement cette angélique ligure, lorsqu'à voix basse et avec un accent à la fois reBpectu eux, triste et passionné... elle prononça un nom...
— El ce nom ?
Après un moment de silence, madame Armand reprit gravement :
— Bien qne je considéré comme sacré ce que l’on peut surprendre pendant le sommeil, vous vous intéressez si généreusement à cette infortunée, madame, que je puis vous confier ce secret... Ce nom était Rodolphe.
— Rodolphe! s’écria madame d’Harville en songeant au prime. Puis, réfléchissant quaprès tout Son Altesse le grand duc de Gcrolstcin ne pouvait avoir aucun rapport avec le Rodolphe de b pauvre Goualcuse, elle dit à Timpetlrice, qui Semblait étonuée de son exclamation :
— Ce nom m’a surprise, madame, car, par uu hasard singulier... un de mes parents le porte aussi ; mais tout ce qne vous m'apprenez de l.i Goualeusc m'intéresse de plus en plus... Ne pourrais-je pus la voir aujourd’hui... tout à l’heure?...
— Si, madame; ie vais, si vous le désirez, b chercher... Je pourrai m’iufonner au>-.i Je Louise Morel, qui est dans l'autre quartier de b prison.
— Je vous en serai très-obligée, madame, répondit madame d’üarville, qui resta seule.
— C’cst'siugulirr, dit-elle; je ne puis me rendre compte de l'impression étrange que m'a causée ce nom de Rodolphe... En vérité, je suis folle! entre; lui... et une créature pareille, quels rapport» peuvent exister ? Puis, après un moment de silence, la marquise ajouta : Il avait raison*., combien tout cela m'intéresse!... l’esprit, le cœur s'agrandissent lorsqu’on les applique à de si nobles occupations !... Ainsi qu'il le dit, il semble que T ou participe un peu au pouvoir de b Providence en secmiraut Ceux qui méritent... Et puis, ces excursions dans un monde que nous ne soupçonnons meme pas sont si attachantes, si amusantes, comme il se niait à le dire! (Ju»l r union me donnerait ces émotions touchante.*, exciterait à ce point im curiosité?... Cette pauvre Goualcuse, par exemple, d’après ce qu'on vient du me dire, m’inspire une pitié profonde . je me laisse aveuglément aller à cette commisération, car la surveillante a trop d’expérience pour se tromper à l’égard de 1 notre protégée... El cette autre infortunée... b fille de l’art ban. . que j le prince a si généreusement secourue en mon nom ! Pauvres gens ! leur misère affreuse lui a servi de prétexte pour me sauver... J’ai échappé'à ! 1a honte, à b mort peut-être... par un mensonge hypocrite cette tromperie me pèse, mais je l’expierai à force du bienfaisance. .. cela me sera 1 si facile!... U est si doux de suivre les nobles conseils de Rodolphe!... 1 c’est encore l’aimer que de lui obéir!... Uh! je le seus avec ivresse.... son souffle seul anime et féconde la nom elle vie qu’il m’a créée pour b consolation de ceux qui soofire.it... j’éprouve une adorable jouissance à n’agir que par lui. à n’avoir d’autres idée* que les siennes... car je Calme... oh! oui, je l’aime ! cl loujours il ignorera celle éternelle passion de ma vie...
Pendant que madame d'Harville attend b Goualcuse, nous conduirons le lecteur au milieu des détenues.
Lit A PITRE VU.
Mont-SomWeaD.
Beux heures sonnaient à l'horloge de la prison de Saint-Lazare.
Au froid qui régnait depuis quelques jours avait succédé une température douce, liede, presque printanière; les rayons du soleil se reflétaient dans l’eau d'un grand bassin carré, à margelles de pierre, situé au milieu d’une cour plantée d'arbres et eut ni! ée de hautes murailles noirâtres, percées de nombreuses fenêtre* grillées; de» bancs de bois étaient scellés çà et b dans cotte vaste enceinte pavée, qui. servait de promenade ans détenues.
Le tintement d’une dochc annonçant l’heure de la récréation, les prisonnières débouchèrent en tumulte par une porte épaisse et gtiicluv lée qu’on leur ouvrit.
Ces femmes, uniformément vêtues, portaient des cornettes noires et 1
de longs sarraux d’étoffe de bine bleue, serrés par une ceinture i bu» de de fer. Elles étaient b deux cents prostituées, condamnées pour contraventions aux ordonnances particulières qui les régissent et le» mettent en dehors de b lui commune.
Au premier abord, leur aspect n'avait rien de particulier; mais, en les observant plus attentivement, on reconnaissait sur presque toute» ces physionomies les stigmates presque ineffaçables du vice et surtout de l abrutissctnent qu'engendrent l'ignorance et b misère.
A l'aspect de ces rassemblements de créatures perdues, on ne peut s’empêcher de songer avec tristesse que beaucoup d’entre c'Ios ont été pures et honnêtes au moins pendant quelque temps. Nous bisou» a lu restriction, parce qu'un grand nombre ont été viciées, corrompues, dépravées, non pas seulement dès leur jeunesse, mais dès leur pim tendre enfance... mais dès leur naissance, si cela se peut dire, aiusi qu'ou le verra plus lard...
Ou se demande donc avec une curiosité douloureuse quel enchaînement de causes funestes a pu amener b celles de ces misérable» qui oui connu b pudeur et b chasteté.
Tant du puutes diverses inclinent à cet égout!...
C'est rarement b passion de 1a débauche pour b débauche, nufek dëbissetnuHt, mais le mauvais exemple, mais (éducation perverse, tml surtout b bim, qui conduisent tant de malheureuses à llnfamfe; tir les classes pauvres payent seules à b civilisation cet impôt de l'âne <i du corps.
Lorsque les détenues se précipitèrent en courant et en criant dans k préau, il était beile de voir que la seule joie de sortir de leurs atdim tic les rendait pas si bruyantes. Apre» avoir fait irruption par l'unique porte qui conduisait à la cour, celte foule s’écarta et fit - cercle autuui d'un être informe, qu’on accablait de huées.
C’était une petite femme de trente-six à quarante ans, courte, ratai»sée, coût refaite, ayant le cou enfoncé entre des épaules inégales. Ou b avait arraché sa cornette; et scs ebe veux, d'un blond ou plutôt d’ut jaune blafard, hérissé», emmêlés, nuancés de gri», retombaient sur soi frout bas et .stupide. Elle était vêtue d'un sarrau bleu comme les aulro prisonnières, et portail sous ami bras droit un petit paquet cuvel d'un mauvais mouchoir à carreaux, troué. Elle lâchait, avec son coude gauche, de turer les coups qu'on lui portail.
Rieti de plu» irLtenn ni grotesque que le» traits de celte malheureuse: c'était une ridicule et hideuse figure, allongée en museau, ridée, tauuré, sordide, d une couleur terreuse, percée de deux narines et de deux pciiü yeux rouge» bridés et éi aillés; tour à tour colère ou suppliante, ek -ondail, elle implorait, mais on riait encore plus de ses plainte» q* e ses menaces.
Celte femme était le jouet des détenues.
Une chose aurait drt pourtant b garantir do ces mauvais traitements ... elfe était grosse.
Mais sa laideur, son imbécillité et l'habitude qu’on avait de la regarder comme une victime vouée à l'amusement général, rembicui se* persécutrices implacables malgré leur respect ordinaire pour b nuternité.
Parmi les ennemies les plus acharnées de Mont-Saint- J eau ( c'était k nom du soufrrc-dmileur), on remarquait la Louve.
La Louve était une gr.mde tille de vingt ans, leste, virilement déceoplçe, et d une figure assez régulière ; scs rudes cheveux noirs se nuançaient de reflets roux ; l’ardeur du sang couperosail son teint; uu duw* brun ombrageait ses lèvres charnues; ses sourcils châtain», épais d dru», se rejoignaient entre eux, au-des»us de ses grands yeux fauves; quelque cbo»e de violent, du farouche, du bestial, dans l'expres -feu dt b physionomie de cette feumie; une sorte de rictus habituel, qui. retroussant surtout sa lèvre supérieure lors de ses accès de colère, laissait voir scs dents blanche» et écartées, expliquait sou surnom de ù Louve.
Neanmoins on lisait sur ce visage plus d’audace et d’insolence que de cruauté; en uu mot, on comprenait que. plutôt viciée que foncicrenieal mauvaise, cette femme Tût encore susceptible de quelques bousuiuuventent*, ainsi que l' inspectrice venait de le raconter à maiha* d'Ilarville.
— Mon Dieu ! mou Dieu ! qu’esl-ce que je vous ai doue fait? criait Mont-Sainl-Jcan en se débattant au milieu de scs compagnes. Pourquoi vous aebarnez-vous après moi?...
— Parce que ça nous amuse.
— Parce que lu n’es bonne qu'à être tourmentée...
— C'est lou étal.
— Regarde-toi... tu verras que tu n’as pas le droit de le plaindre-
— Mais vous savez bien que je ne me plains qu'à b fiu... je wuCk tant que je peux.
— Eh bien ! nous te bisserons tranquille si tn nous dis pourquoi U t'appelles Mont- ; aint-Jeao.
— Oui, oui. raconte-nous ça.
— Eh ! je vous l’ai dit cent fois, c'est un ancien soldai que j'ai aiu dans lis temps, et qu’on appelait ainsi parce qu'il avait été blarté - ‘ bataille- de Mont -Suint- Jean... J'ai g rdé sou nom. là... Maintenant etc»- , von* commîtes? quand vous me ferez répéter toujours b uicni* chose 1 — S’il le ressemblait, il était frai» ton soldat !
— Ça devait être un invalide...
— Un restant d'homme...
— Combien avait-il d œils de verre?
— El de MK de for-blanc?
— Il Cillait qu'il eût les deux jambes et les deux bras de moins, avec ça sourd cl aveugle... pour vouloir de loi...
— Je suis laide, un vrai monstre. ..je le sais bien, allez. Dilevmoi des sottises, moquez-vous de moi tant que vous voudrez ... ça m'est égal; ! mais ne inc battez pas, je ne demande que ça.
— Qu’est-ce que tu as dans ce vieux mouchoir? dit la Louve.
— Oui f ... oui !.. . qu'est-ce qu'elle a là?
— Qu'elle nous le moutre !
— Voyous ! voyons !
— Oh non, je vous en supplie!.., s'écria b misérable en serrant de toutes ses forces son petit paquet entre ses mains.
— Il faut lui prendre...
— Oui, arraobe-lni... la Louve!
— .Mou Dieu ! faut-il que vous soyez méchantes, allez... mais laissez i donc ça... laissez donc ça...
— (ju’eske que c'est ?
— Eli bieu! c'est un commencement de lavette pour mou enfant... je fais ça avec les vieux morceaux de linge dont personne ne veut et que je ramasse ; ça vous est égal, u’est-ee pas?
— Oh ! la layette du petit à Moiit-Saiut-Jcau ! C'est ça qui doit être farce!
— Voyons ! ! .
— La lavette... la layette!
— Elle aura pris mesure sur le petit chien de la gardienne... bien sûr...
— A vous, à vous, la layette! cria la Louve en arrachant le paquet des mains de Mont-Saiut-Jcan.
Le mouchoir presque en lambeaux m? déchira, hou nombre de rognures d'études de toutes couleurs cl de vieux morceaux de linge à demi façonnés votli r èrent dans la cour et furent foulés nux pied» par les prlsounieres, qui redoublèrent do buées cl dédat» de rire.
— Que ça de guenilles !
— On dirait le fond de la hotte d'un chltroniiicv !
— En voilà des échantillons de vieilles loques!
— Quelle boutique !...
— El pour coudre tout ça...
— Il y aura plus de (il que d'étoffe...
— Ça fera des broderies!
— Tiens, ratlrupc-lcs maintenant les baillons... Mont-Saint- Jean !
— Faut-il être méchant, uiou Dieu! faut-il être méchant ! s'écria la pauvre créature eu courant çà cl la après les cliif mis qu'elle lâchait de ramasser, malgré 1 rs bourrades qu’on lui doutfait. Je n'ai jrmtai fait de mal à personne, ajouta-t-elle en pleurant, je leur ai offert, pour quelles inc laissent tranquille, de leur rendre ton» les services qu elle» voudraient, de leur donner la moitié de ma ration, quoique j'aie bieu faim : eh bien ! non, non. c’est tout de même... Mais qu est-ce qu'il faut donc que je fav»e pour avoir la paix ?... Elles n’ont pas seulement pitié d'une pauvre femme enceinte! Faut être plus sauvage que des bûtes... J'avais eu tant de peine à ramasser CCS petits bouts de linge ! Avec quoi roulezvous que je fasse la layette de mon enfant, puisque je n’ai de quoi rien acheter? A qui çâ lait-i! du tort de ramasser ce qui' personne ne veut plus, puisqu'on le jette... Mais tout à coup Mout-S.tiut-Je.ui s'écria avec un accent d'espoir : Oh! puisque vous voilà... la Gonalcuse... je suis sauvée .. parlez-leur pour moi... ©Des vous écouteront, bien sûr, puisqu'elles vous aiment autant qu elles me baisseut.
La Guualeuse, arrivant la dernière de» détenues, entrait alors dans le préau.
Flcurde-llarSe portait le sarrau bleu et la cornette noire des prisonnières ; 1031», sous ce grossier costume, elle était encore charmante. ■Wlaut, depuis son enlèvement de la ferme de Biniqucv.il ; enlèvement lîotn nous expliquerons plus lard l’issue), ses traits semblaient profondément altérés ; sa pâleur, autrefois légèrement rosé.*, était male comme b blancheur de l'albàtre: l'expression de sa physionomie avait aussi changé ! elle était alors empreinte d'une sorte de dignité triste.
Fleur -de-Maric sentait qu'accepter courageusement les douloureux sacrifices de l'expiation, c’est presque atteindre a la hauteur de la réhabilitation.
^ — I) -mandez-lcur donc grâce pour moi, la Gonalcuse, reprit Mont- Saint-Jean implorant la jeune tille ; voyez comme elles traînent dans la cour tout ce que j'avais rassemblé avec tant de peine pour commencer la layette de mon enfant... Que! bea. )lai»ir ça peut-il leur faire?
Fieu r-de-Ma rie ne dit mot, mais clic se mit à ramasser activement un * «n, sous les pieds di s détenues, tous les chiffon» quMIc put recueillir.
L’ne prisonnière retenait méchamment tous sou sabot une sorte de brassière de grosse toile bise, Ffeur-dc-Maric, toujours baissée, leva sur Ml* femme sou regard enchanteur, et lui dit de sa voix douce :
— Je vous en prie, laisscz-nioi reprendre cela, au nom de cette jmum femme qui pleure...
la détenue recula son pied...
U brassière fut sauvée ainsi que presque tous les autres haillon-, que h Gouafeusc conquit ainsi pièce à pièce.
Il lui restait à récupérer un net il bonnet d'enfant que deux détenu e> se disputaient en riant. Fleur-de-Marie leur dit .
— Voyons, soyez tout à fait bonnes... rcndez-lui ce petit bonnet...
— Ah bieu ont!... c’est donc pour tin arlequin au maillot, ce bonnet ! il est fait d'un morceau d'étoffe grise, avec dos pointes en futatne vertes et noires, et une doublure de toile à matelas.
Ceci était exact.
Cette description du bonnet fut accueillie avec des huées et des rirc> sans tin.
— Moquez-vous- en, mais rendez-lc-moi, disait-Mont-Saiol-Jeau, et surtout ne le traîner, pas dans le ruisseau comme le reste... Pardon de vous avoir fait ainsi salir les mains {mur moi, la Uotutfeusc, ajouta Mont- Saint -Jean d'une voix reconnaissante.
— A moi le bonnet d'arlequin ! dit la Louve, qui s’en empara et l'agita en l’air comme un trophée.
— Je vous en supplie, dunnez-le-mni, dit h Uoiialeuse.
— Non, c’est pour le rendre à Monl-Sainl-Jean !
— Cctlainciw lit.
— Ah ! bah ! ça en vaut bien la peine... une pareille guenille!
— C'est parce que Mont-Saint-Jean, pour babiller son enfant, n'a que des guenilles., que vous devriez avoir pitié d’elle, la Louve, dit tristemcul Fleur-de-Marie en étendant la main vers le bonnet.
— Vous ne l'aurez pas! reprit brutalement la Louve; ne faudrait-il pas toujours vous céder, à vous, parce que vous êtes b plus faible?... vous abusez de cela, à la fin !...
— Où serait le mérite de me céder... si j etais la plus forte?... répondit la Goiialeuse avec un demi -sourire plein de grâce.
— Non, non; vous voulez encore m’eutortiller avec votre petite voix douce... vous ne l’aurez pas;
— Voyons, la Louve, ne soyez pas méchante...
— LaUsez-moi tranquille, vous uTcunuycz...
— Je vous en prie !...
— Tiens! ne m impatiente pas... j’ai dit non, c'est non! s’écria la Louve tout à fait irritée
— Ayez donc pitié d’elle... voyez comme elle pleure !
— QuVst-cc que ça me fait à moi ?... tant pis pour elle ! eUc cA notre souffietloulcur...
— C’est vrai, c'est vrai... il ue fallait pas lui rendre ses loques, murmuraient les détenues, entraînée:. par 1 exemple de la Louve. Tant pis pour Mont- Saint- Jean !...
— Vous avez raison, tant pis pour elle! dit Fleur- 1 le-Maric avec amertume, elle est votre souffre-douleur... elle doit te résigner,*, scs gémissements vous amusent... ses larme» vous fout rire... il vous faut bien passer le temps à quelque chose ! on L tuerait sur place qu'ellè n'aurait rien à dire... Vous avez raison, la Louve, cela est juste!... cette pauvre femme ne fait de mal à personne, elle ne peut pas se défendre, elle est seule contre toutes... vous l'accablez... cela est surtout bien brave et bieu généreux !
— Nous sommes donc des lâches? s'écria la Louve emportée par b v totem e de son caractère et par son impatience de toute contradiction. Répomlra«-tu? Sommes- nous des lâches, hein? reprit-elle de plus eu plus irritée.
De- rumeur» menaçantes pour la Goualetue commencèrent à *c faire entendre.
Hes' détenues offensées se rapprochèrent cl l'entourèrent en vociférant, oubliant ou plutôt se révoltant contre l‘a>cendanl que la jeune fille avait jusqu'alors pris sur elles.
— Elle nous appelle lâches!
— De quel droit vient-elle nous blâmer?
— - Est-ce qu'elle est plus que nous?
— Noos avons été trop bonne» enfants avec elle. -
— Et maintenant elle veut prendre des airs avec nous.
— Sr ça nous plaît de faire la misère à Mont-Saint-Jean, qu'est-ce quelle a à dire?
— Puisque c’est comme ça, tu sens encore plus battue qu 'auparavant, ctueoda-tu, Mout-dah u » J esu?
— Tiçns, voilà pour commencer, dit l’une en lui donnant un coup de poing.
— Et 'i lu te mêles encore de ce qui ne te regarde pas, la Gouakuse, ou te traitera de même.
— Oui !... oui !
— Ça n’est pas tout ! cria la Louve: il faut que la Goualeuse nous demandé pardon de imu» avoir appelées lâches ! C’est vrai... ri on la laissait faire, elle finirait par nous manger b laine sur le dos. Nous sommes bien bêtes, aussi... de ne pas nous aiierccvoir de ça !
— Qu elle nous demaude pardon !
— A genoux!
— - A deux genoux !
— Ou nous allons 1 a traiter comme Mool-Solol-Jean, sa protégée.
A genoux ! à genoux !
— Ah ! nous sommes des lâches !
I — Répèfê-Ja dOOC, hein!
FIcur-de-Marie ne s’émut pas de ces cris furieux ; elle laissa passer b tourmente ; puis, lorsqu'elle put se liire entendre, promenant sur les
LF-S MYSTERES DE PARIS
prisonnières son beau regard calme el mélancolique, elle répondit à la Louve, qui vociférait de nouveau :
— Ose donc répéter que nous sommes des lâches !
— Vous? Non, non, c est celte pauvre femme dont vous ave* déchiré les vêtements, que vous avex battue, traînée dans la boue : c’est clic qui est lâche... Ne voyci-vous pas comme elle pleure, comme clic tremble en vous regardant? Encore une fois, c’est elle qui est lâche, puisqu'elle a peur de vous !
L’iuslinct de Fleur-de-Marie la servait parfaitement. Elle eût iuvoqué la justice, le devoir, pour désarmer l'acharnement stupide cl brutal des trisonuières contre Mont-Saint- J eau. qu elle u'eût pas été écoutée Elle es émut en s’adressant à ce sculuncnl de générosité naturelle qui jamais ne s’éteint tout à fait, même dans les masses les plus corrompues.
La Louve et scs compaçnes murmurèrent encore, mais elles se sentaient, elles s’avouaient lâches.
FIcur-de-Marie ne voulut pas abuser de ce premier triomphe* et continua :
— Votre souffre-douleur ne mérite pas de pitié, dites-vous; mais, mon Dieu. 1 son enfant en mérite, lui! Hélas! ne rcsseut-il pas les coups que vous donnez à sa mere? Quami elle vous crie g;âce ! ce n’est pas pour elle,., c'est pour son enfant'. Quand elle vous demande un peu de votre pain, si vous en ave* de trop, parce qu’elle a plus faim que d’habitude, ce n’est pas pour elle... c’est pour sou enfant !... Quand elle vous supplie, les larmes aux yeux, d’épargner ses baillons qu'elle a eu Lml de peine à rassembler, ce n'est pas pour elle... c’est pour son entant! Ce pauvre petit bonnet de pièces et de morceaux doublé de toile à matelas, août vous vous moquez tant, est bien risible... peut-être; pourtant, à moi, rien qu'à le voir, il me donne envie de pleurer, je vous l'avoue... Moquez-vous de moi et de Monl-S aint-Jcan, si vous voulez.
Les détenues ne rirent pas.
La Louve regarda même tristement cc petit bonnet quelle tenait encore à la main.
— Mou Dieu! reprit Fleur-dc-Maric en essuyant ses yeux du revers de sa main blanche cl délicate, je sais nue vous n’êtes pas méchantes... Vous tourmentez Mont-Sainl-Jean par désoeuvrement, non par cruauté. Mais vous oubliez qu'ils sont deux... elle et MB enfant. Elle le tiendrait eutre ses bras, qu'il la protégerait contre vous... Non-seulement vous ne la battriez pas, de peur de faire du mal à ce pauvre innocent, mai-, s’il avait froid, vous donneriez à sa mère tout cc que vous pourriez pour le couvrir, n'cst-ce pas, la Louve?
— C'est vrai... un entant, qui csl-cc qui n'cu aurait pas pitié?...
— C’est tout simple, ça...
— S’il avait taim, vous vous ôteriez le pain de ta bouche pour lui, n’cst-ce pas, la Louve?
— Oui, et de bon coeur... je ne suis pas plus méchante qu'une autre.
— Ni nous non plus...
— Un pauvre petit innocent !
— Qu’esl-cc qui aurait le cœur de vouloir lui faire mal ?
— Faudrait être des monstres ?
— Des sans-cœur !
— Des bêles sauvages!
— Je vous le disais bien, reprit Fleur-dc-Maric, que vous n’étiez pas méchantes ; vous êtes bonnes, votre tort c’est de ne pas réfléchir que Mont-Saint-Jean, au lieu d'avoir son enfant dans ses bras pour vous apitoyer... l’a dans son sein... voilà tout. ..
' — Voilà tout ’ reprit ta Louve avec exaltation, non, ça n’est pas tout. Vous avez raison, ta Goualeuse, nous étions des lâches... el vous êtes brave d’avoir osé nous le dire, et vous êtes brave de n’avoir pas tremblé après nous l'avoir dit. Voyez-vous, nous avons beau dire et beau taire, nous débattre contre ça, que vous u’éles pas une créature comme nous autres, faut toujours finir par eu convenir... Ca me vexe, mais ça est... Tout à l'heure encore nous avous eu tort... vous étiez plus courageuse que nous...
— C’est ml qu’il lui a fallu du courage à celte blondinette pour nous dire comme ça nos vérités en face...
— Ob ! mais, c’est que ces yeux bleus tout doux, tout, doux, une fois que ça s’y met...
— Ca devient des vrais petits lions.
— Pauvre Mont-Saint-Jean ! elle lui doit une Ocre chandelle !
— Après tout, c’est que c’est vrai, quand nous battons Mont-Sa inl- Jean nous battons son entant.
— Je n’avais pas pensé à cda.
— Ni moi non plus .
— Mais la Goualeuse, elle, pense à tout.
— Et battre un enfant... c’est affreux!
— Pas une de nous n’en serait capable.
Rien de plus mobile que les liassions populaires ; rien de plus brusque, de plus rapide que leurs retours du mai au bien et du bien au mal.
Quelques simples et touchantes paroles de FI>ur-dc-Maric avaient r>|iéié une réaction subite en faveur 4c Mont-Saint-Jean, qui pleurait <r attendrissement.
Tous les cœurs étaient émus, parce que, nous l'avons dit, les sentiments qui se raitaclicnt à ta maternité sont toujours vifs cl puissants chez les malheureuses dont uous parlons.
Tout à coup ta Louve, violente et exaltée en toute chose, prit le petit
bounet quelle tenait à la main, en fil une sorte de bourse, fouilla dans sa poche, eu tira vingt sous, les jeta dans le bounet, cl s’écria en le présentant à scs compagnes :
— Je mets vingt sous pour acheter de quoi faire une layette an petit de Mont-Saint Jean. Nous taillerons cl nous coudrons tout nous-mêmes, afin que la façon ue lui coûte rien...
— Oui... oui...
— C’est ça !... cotisons-nous!..
— J'ensuis!
— Fameuse idée !
— Pauvre femme !
— Elle est laide comme un monstre... mais clic est mère comme une autre...
— La Gourde use avait raison, au tait, c’est à pleurer toutes les larm;3 de son corps que de voir celle maltteureusc layette de haillons.
— Je mets dix sous.
— Moi trente.
— Moi vingt.
— Moi, quatre sous... je n’ai que ça.
— Moi, je n’ai rien... mais je vends ma ration de demain pour mettre à ta masse. Qui me l’achète?
— Moi, dit ta Louve, je mets dix sons pour toi... mais tu garderas Li ration , et Monl-Saiul-Jean aura une tayeUc comme une princesse.
Exprimer ta surprise, la joie de Mont-Sainl-Jean serait impossible : son rotcsqpe el laid visage, inondé de larmes, devenait presque louchant, e bonheur, ta reconnaissance y rayonnaient.
FIcur-de-Marie aussi était bien heureuse, quoiqu'elle eût été obligée de dire à la Louve, quand celle-ci lui tendit le petit bonnet :
— Je n'ai pas d’argent... mais je travaillerai tant qu'on voudra... %
— Oh ! mon bou petit ange du paradis, s’écria Monl-Saiul-Jean en tombant aux genoux de la Goualeuse, et en lâchant de lui prendre ta main pour b baiser; qu’est- ce que je vous ai donc fait pour que vous soyez aussi charitable pour moi, el toutes ces dames aussi? C’est -il bien
ossiblc, mon bon Dieu sauveur!... une layette pour mon enfant, une onne layette, tout ce qu’il lui faudra? Qui aurait jamais cru cela pourant! j’en deviendrai folle, c’est sûr. Moi qui tout à l’heure étais le />. 1liras de tout le monde. En un rien de temps, parce que Vous leur avez dit... quelque chose... de votre chère petite voix de séraphiu... voilà que vous les retournez de mal à bieu , voilà quelles m’aiment à celle heure. Et moi aussi, ic les aime. Elles sont si bonnes! j’avais tort de me fâcher. Etais- je donc bête, cl injuste, et ingrate; tout cc quelles ute faisaient* c'était pour rire, elles ne me voulaient pas de mal, c’était pour mon bien, en voilà ta preuve. Oh ! maintenant on m'assommerait sur ta place, que je ne dirai - pas ouf. J’étais par trop susceptible aussi !
— Nous avons quatre-vingl-liuit francs et sept sous , dit la Louve en finissant de compter le moulant de ta collecte, qu’elle enveloppa dans Je petit bonnet. Qui est-ce qui sera la trésorière jusqu’à ce qu'on ait employé l'argent? Faut pas le donner à Mont-Saint- Jean, elle est trop sotie.
— Que la Goualeuse garde l'argent, cria-t-on tout d’une voix.
— Si vous m'en croyez, dit FJcur-de-Marie, vous prierez l'inspectrice, madame Armand, de se charger de cette somme cl de faire les emplett es nécessaires à la layette ; et puis, qui sait? Madame Armand sera sensible à la bonne action que vous avez faite, et peut-être dctttaodera-t-efle qu'on ôte quelques jours de prisou à celles qui sont bien notées... Eh bien ! ta Louve , ajouta Flcur-dc-Marie en prenant sa compagne par le bras, est-ce auc vous dc vous sentez pas plus contente fine tout à l'heure, quand vous jetiez au vent les pauvres haillons dc Monl-Saiut- Jcan?
La Louve ne répondit pas d'abord .
A l'exaltation généreuse qui avait un moment animé ses traits succédait une sorte de défiance farouche.
Fleur-dc-Maric ta regardait avec surprise , ne comprenant rien à ce changement subit.
— Goualeuse venez j’ai à vous parler, dit ta Louve d’un air
sombre.
El, sè détachant du groupe des détenus, elle cinmcna brusquement FIcur-de-Marie près du bassin à margelle de pierre creusé au milieu da préau, ün banc était tout près.
La Louve et ta Goualeuse s’v assirent et se trouvèrent ainsi presque isolées de leurs compagues.