‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 19 sur 41 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Mooo verte.

Madame de Hansfeld, coutiuuaut d'écrire à M. de Morville sous un nom supposé, avait reçu plusieurs réponses. Un matin {quelques jours apres que M. de llausfHd eut sauvé fa vie du père de Berlhe de Brévanues). Iris, revenant du bureau de fa poste restante, apporta une lettre à sa maîtresse.

Le cœur de fa priucesse battit de joie en reconnaissant l'écriture de M. de Morville.

Cette lettre était ainsi conçue :

« Voilà la cinquième fois que j'écris à ma mystérieuse amie ; ses consolations me sont tellement ooaces et précieuses, elles n»e viennent si bien en aide pour supporter la tristesse où me plonge un amour malheureux, que je ne saurais troo fa remercier de son teudre intérêt. Il y a pour moi un charme singulier dans ces confidences A la fois si vagi»» et si précises faites à une inconnue qui apprécie l'état de mou cœur avec une délicatesse infinie... J'ai été frappé de ce que vous me dites sur « le bonheur d'aimer, même sans espoir, de même qu’on aime Dieu pour Dieu, » et de trouver « dans fa seule dévotion A Pohjet adoré une pure et ineffable félicité. » Vos pensées, à ce sujet, sont en tout si semblahlcs aux miennes... et cela dans leurs nuances les plus insaisissables, qu’à force de m’en étonner, il m'est venu à l'esprit une idée absurde, bizarre, folle. Cette Idée est qne... Mais non... je n oserai pas même vous récrire... du moins, avant de vous avoir avoué une autre de mes croyances... Je suis fermement convaincu que deux personnes, passionnément éprises l une de l’autre, doivent avoir sur l'amour certaines idées absolument semblables... Aussi, en conséquence de tontes mes folles pensées, je suis assez fou pour conclure que vous pourriez bien être... la

femme que j’aime sans espoir, et (fui, à un bal de l’Opéra, m’a dit ces mots : Faut! et Childe-Haruld... lors d’une soirée que je n’oublierai de ma vie. »

Enlisant ce passage, madame de llansfeld tressaillit et devint pour pre de surprise, de bonheur et de confusion ; elle continua de lire avec un violent baltemeut de cœur.

« Pardonnez-moi cet espoir Insensé... Si je me trompe, ces mots seront incompréhensibles pour vous; si je ne me trompe pas. Il peut néanmoins tous convenir que je n'aie pas deviné ; alors, vous me répondre* que je suis dans l'erreur, et notre correspondance continuera comme par le passé.

« Maintenant, par quel pressentiment, par quel Instinct ai-je été amené à croire que ces lettres m'élai-ut écrites par vous? Je l'ignore... Sans doute la présence de l’être aimé se manifeste en tout et partout, même malgré ie mystère qui semble le plus impénétrable. Si Ton distingue entre mille voix une voix adorée, pourquoi ne reconna tirait- on pas de même l'esprit, la pensée de fa femme que Ton chérit ? Si je ne me suis pas trompé, ce Micnomèuo s’expliquerait plus encore par la .sincérité que par la sagacité de mon amour. Alors... je vous en supplie, ne me refusez pas 1a seule consolation qui me reste... j'allais presque dire qui nous reste. Songez à tout le bonheur que nous pouvons encore espérer de celle correspondance... et puis quelle confiance absolue, aveugle, doit nous donner l’un pour l’autre mon étrange découverte ! Ne prouverait-elle pas autant en faveur de voire amour que du mien? Vous ne m'avez pas écrit un mot qui pût vous déceler, el pourtant je vous ai reconnue... Oh! de grâce, réponde*-moi ! Oui, nous pouvons être encore bien heureux, malgré la barrière infranchissable qui nous sépare. Croyant n’étre pas aimé de vous, je vous tuyais obstinément, dans la crainte d'augmenter encore les chagrins d'une passion déjà si malheureuse; mais si vous la partagiez... pourquoi me refuseriez-vous le bonheur de vous rencontrer souvent... tout en restant, aux yeux du monde, étrangers l'un k l'autre ? J'ai juré... non de ne plus vous aimer, cela m'était impossible ; mais j'ai juré, lors même que vous répondriez à mon amour, de ne jamais porter atteinte à la sainteté de vos devoirs, el de ne jamais me présenter chez voua. En restant fidèle, comme je le dois, k ce serment, quels seraient nos torts ? quaurious-nous a redouter ? N’êtesvous pa» liée par votre amour comme je le suis par ma parole... parole dont je ne serais délié que le jour où je pourrais aspirer à votre main?

« Ma U à quoi buu entrer dans de pareils détail» si mou cœur se trompe, si vous n’êles pas vous ? Un mot encore... Si j'ai deviué juste, je vous le jure sur l'houncur, personne au inonde ue m'a rien dit qui pût me faire soupçonner que vous m’écriviez... Celle découverte est un de ce* miracles de Tamour, qui ue semblent impossibles qu'aux impies et aux athées.

A la lecture de cette lettre, Paula fut pour ainsi dire éblouie. Celte preuve éclatante de divination daus l'amour fa confondait et la ravissait à la foi». Ne fallait-il pas aimer immensément pour arriver à ce point de pénétration ?

Madame de llansfeld croyait avec raison M. de Morville incapable d'un mensonge ; aussi elle se livrait en toute sécurité aux enchaînements de cette lettre, qu'elle relut plusieurs fois avec adoration.

lnvoloutaireme.nl, fa princesse ressentit une sorte de frisson à ce passage où M. de Morville disait clairement qu'il ne serait délié de son serment que si elle devenait veuve.

Pour fa première fois de sa vie, madame de llansfeld eut une pensée qui lui fit horreur, cl qu'elle se reprocha comme un crâne

Elle chercha, pour ainsi dire, un refuge dans les nobles sentiments que devait lui inspirer Tamour de M. de Morville . comme lui, elle vit un avenir de bonheur dans cet attachement pur et ignoré. Il échapperait au moins à la grossière malignité du monde, et conserverait, caché dans l'ombre, toute sa délicatesse, toute sa fleur, tout son parfum..

Ecrire souvent à M , de Morville, l’apercevoir quelquefois, sc savoir aimée de lui. lui répéter sans cesse qu'elle l'aimait, n'avoir jamais à rougir de celte affection si passionnément partagée... quelles brillantes quelles radieuses espérances !

Uo léter frappement qu’elle entendit à sa porte rappela madame de Hansfrid à elle-même. Elle serra la lettre de M. de Morville dans uo meuble à secret, et dit ;

— Entrez.

La porte s’ouvrit, le prince de llansfeld entra chez sa femme

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