CHAPITRE III
Le domino.
M. Léon de MorviUe (l’un des deux druniuos qui venaient d'entrer dans ce salon) se démasqua. Les louanges que l'ou avait données à sa lieure n'étaient pas exagérées: MM visage, d une pureté de lignes idéale, réalisait presque le diviu type de Y initnou», encore poéti>é, si cela tt peut dire, par une charmante expression de mélancolie, expression complètement étrangère à la beauté païenne. De longs cheveux noirs et bouclés encadraient cette noble et gracieuse physmuomie
Très- romanesque eu amour, M. de MorviUe avait pour les femmes un culte religieux qui prenait sa source dan-* la vénération passionnée qu'il resseutait pour sa mère, D'une bouté, d'une mansuétude adorables, on citait de lui mille traits de délicatesse et de dévouement. Lorsqu'il paraissait, les femmes n'avaient de regards, de sourires, de prévenances nue pour lui : il suait répondre à cette bienveillance générale avec tant de tact et de spirituelle modestie, qu’il ue blessait aucun amour-propre ; sans sa (idélité romanesque pour uue femme qu'il avait ëpcidiuueut aimée, et dont il ne s'était séparé que nar la force des circonslauccs, il aurait eu les plus nombreux, les plus brillants succès.
M. de MorviUe était surtout doué d’un grand charme de manières; son alïihili’é naturelle lui inspirait toujours de* paroles aimables ou flatteuses; la douée égalité de son caractère n'était même jamais altérée par les déceptions nui devaient blesser île temps à autre celte dune délit-ale et sensible. Peut-être >011 caractère manquait-il uu peu de virilité; loin d'être hrrdiment agressif à ce qui était misérable cl injuste, loin de rendre le mal pour le mal, loin de punir les perfidies que sa geuémriic encourageait souvent, M de MorviUe avait une telle horreur ou plutôt un tel dégoût des hideurs humaine*, qu'il détournait scs yeux de* coupables au lieu de s'en venger. Au lieu d'écraser un immonde reptile, il aurait cherché dn regard quelque Heur parfumée, quelque nid de blanche tourterelle, quelque horizon riant et pur pour reposer, pour consoler sa vue.
ile système de commisération infinie vous expose souvent à être de nouveau mordu par le reptile , alors que vous regardez au ciel pour ue nas le voir les meilleures choses ont leurs ineouvéuients. De ceci il ue laudi ail pas conclure que M. de MorviUe tût sens courage. Il avait trop d'fioiiueur. trop de loyauté, pour n cire pas lrès-bi ave, ses épreuve» était ut faites : mais, sauf les griot qu'un homme ne pardonne jamais, il se montrait d'une clémence tellement iuépuUahlc, que, s'il n'eût pas douloureusement ressenti certains torts, celte clémence eût passé pour de l'indifférence ou du dédain. Ce crayon du caractère de M. de Morville était nécessaire pour l'intelligence de la scène qui va suivre.
'Vous l’avons dit, une fors entré dans le salon qui précédait la loge, M de MorviUe s'était démasqué ; il attendait avec peut-être plus d'inquiétude que de plaisir l'issue de celte mystérieuse entrevue La femme qu’il avait accompagnée était masquée avec un soin extrême; son capuchon rabattu empêchait absolument de voir scs cheveux, sou domino tresamplc déguKait sa taille: des gants, des sou fiers Iresriargt-s empêchaient enfin de reconnaître les maius Cl lés pied*, indice* si certains, si révélateurs. Cette femme semblait émue ; plusieurs fois elle voulut parler, les mots expirèrent sur scs lèvres. M. de MorviUe rompit lo premier le silence, et lui tlil :
— J’ai reçu, madame, la lettre que voua avez bien voulu m'écrire» en me priant de me rendre ici masque , avec un signe et de» umts de reconnaissance ; votre lettre m'a paru »i sérieuse, que. malgré les inquiétudes que m'inspire l'étal de nia mere, je tue suis rendu à vos ordres...
M. de MorvRIe ne put continuer. D'une rnaiu tremblante d ouioUon, le domino se démasqua violemment.
— Madame de lUnsfeld s'écria M. de Morville frappé de stupeur. C'était la princesse.