‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 22 sur 41 · CHAPITRE tl · texte numérisé non relu

CHAPITRE tl

Pensées détachées.

Iris avait écrit le» passages suivants d'une main en apparence émue cl mal affermie, comme si les idées sc fussent pressées confuses cl désordonnées dans la tête de la princesse :

« Je viens de le revoir à la Comédie-Française. Toutes mes douleurs, tous mes regret* se sont réveillés à son asqect.

« Il me poursuivra donc partout... Jamais je n'ai éprouvé une commotion plu» violente ; être obligée de tout cacher aux regards pénétrants du monde, aux regards indifférents de mon mari... Est-ce la haine, l’indignation, b colère qui m’ont ainsi bouleversée?

a Oui... n'tsl-cc pas de la haine, de I indignation, de la colère que je dois ressentir contre celui qui a tué le fiancé à qui j'étais promise et que i’aimais depuis mon enfance? Ne dois-je pas exécrer celui qui m’a des- 1 honorée par onc calomnie infâme?.,. On ! oui. ..je le bais... je le bais, I et pourtant!...»

Ici sc trouvaient quelques mots absolument indéchiffrables : ils terminaient ce premier passage, et fouruirenlà M. de Brévannes le texte d'une foule de conjectures.

Ces mots et pourtant ! lui semblaient surtout une réticence d’un heureux augure... Il continua.

« J’clais lellcmenl épouvantée de ma pensée de tout à l’heure, que je n'ai osé continuer... ni confier au papier... Hélas! mon seul confident... ce qui causait mon effroi. .

« Je devrais dire ma honte... Qnd abîme que noire Ame !... quels contrastes !. .. Oh ! uon, uou; je hais cet homme... Il y a dan» la persistance avec laquelle il a poursuivi son dessein quelque chose d'infernal;... et si ce que je ressens à son égard diffère de la haine, c’est qu’un vague rlftoi se joint à celte haine. Oui, c’est cela «ans doute.. . El puis il s’y joiul encore une sorte de regret de voir une volonté si ferme, une opiniâtreté si grande employées à mat faire, A nuire, à calotuuier!

« En se vouant à de nobles desseins quels admirables résultats n’eùt-il pas obtenus !...

« Oui, je suis épouvantée quand je songe à l’habileté avec laquelle il est parvenu à s’introduire autrefois chez nous, à se rendre indispensable a nos intérêts; avec quelle dissimulation impénétrable il m’avait ca- I ehé son amour... dont il ne m’a parlé qu’une seule fuis; avec quelle indignation je l’ai accueilli...

« Ne devais-je pas croire, quoiqu’il m’ait dit le contraire, que les soins qu’il rendait à ma tante étaient sérieux? M’élais-je trompée? Voulais-je me tromper à cet égard?

« L’abominable calomnie dont j’ai été victime ne m’a pas même instruite de la vérité. Pauvre tante ! que de cbagrius elle m'a causés, sans le savoir!..,

« Il n’a manqué à cet bouune que de placer mieux son amour, non

dévouement passionné... ban» doute, il eût vaillamment aimé une femme libre de son cœur... Mais pourquoi m’a-t-il aimée, moi? Nélais-je pas flancée à Raphaël? Ne m’avait-il |m souvent entendu parler de notre roehain mariage?... Et après un premier et dernier aveu... il a recouru b plus infAmc calomnie pour déshonorer celle à qui une fois, une seule fois, U avait parlé d’amour...

« Il me semble que je suis soulagée en épanchant ainsi les pensées qui me sont si douloureuses... Oui, cela m’aide à lire dans mon cœur...

« Hélas ! j’étais déjà si malheureuse ! avais-je besoiu de ce surcroît de chagrins !... Oh ! soyez maudit vous qui m’avez presque forcée à un mariage sans amour... en tuant mon (lancé.*, que j’aimais teudreimut...

« Oui; je l'aima» d’un attachement dV.nf.mre qui s'était changé avec les années en uu scullincnl plu» vif que l'amitie, mais plus calme que l’amour...

«Quelle est ma vie maiulcnaul? Horrible... horrible... avec toutes les apparences du bonheur... si b richesse est le bonheur... A jamais enchaînée à un homme qui bieu souvent, hélas! me bit regretter le sort de flaphaêl.

«Pauvre Raphaël ! mourir si jeune!... Uébs! en provoquant M. de Brévannes, il cédait à un cbn de juste et courageux désespoir... Et pourtant son meurtrier a, de son côté, non sans raison, invoqué le droit de légitime défense...

« Il n’importe, Raphaël au moins ne souffre plus ; moi je souffre claque jour ; chaque instant de nia vie est un supplice... Que faire?

« Sc résigner.

« Pour sortir de ma douloureuse apathie, U in'a fallu revoir cet homme, qui a causé tous mes chagrins.

« Chose étrauge ! je m’étais fait une idée tout autre de ce que je devais, selon moi, ressentir à son aspect... Uui, je l’avoue avec horreur (qui saura jamais cet aveu?) mon courroux, mon exécratiou, ne me semblent pas à b hauteur de scs crime»...

« En vain je maudis ma faiblesse... en vain je me dis que cet homme m’a calomniée d'une manière iufame ; en valu je me répète qu'il a tué Raphaël, qu’il est presque l'auteur des maux que j’endure... qu'il peut à celle heure me perdre. .. El malgré moi j’ai b lâcheté de penser que c'est l'amour que je lui ai inspiré qui l'a plongé dans cet aliime d'horribles actions... Oserai -je le dire? je suis quelquefois capable de l'excuser. »

M. de Brévannes sentait son cœur battre avec violence, son orgueil effréné, l'aveuglement de sa passion servaient Iris au ddà de toute espérance.

Rien de plus vulgaire, de plus suranné, tuais aussi de plus vrai que cet adage : On croit et que l'on détire.

Dans ces pages qu’il supposait écrites par madame de Hausfebl, M.de Brévannes voyait b preuve d’une irapretoion qui tenait à b (bis de b haine et de l’amour, de b terreur et de l’admiration.

Admiration à peine avouée, U est vrai, mais qui, scion b vanité de M. de Brévannes, n’élail que de l’amour ignoré ou combattu.

Une circonstance assez étrange, habilement exploitée par Iris, contribuait à augmenter l’erreur de M. de Brévannes : U n’avait fuit qu’un seul aveu à Paub, et, d’après les fragments que nous venons de citer, il pouvait croire que celle-ci n’avait pas répondu à sa passion par jalousie des soin» apparents qu’il rendait à sa tante: enfin, il pouvait aussi croire son abominable calomnie, riuou oubliée, du moins presque excusée par ces mots prétendus de b princesse :

« C’est l’amour que je lui ai inspiré qui l’a plongé dan» cet abîme d’horribles actions ; je me sens quelquefois capable de l’excuser. »

Quant à b mort de Raphaël, que Paula aimait d’an « sentiment plus vif que l’amitié, plus calme que l'amour, » ce meurtre, presque justifié par l'agression de cet infortuné, était, il est vrai, onc de» causes qui cnrobatiaicul le plus vivement l'irrésistible penchant de madame de llan^feld pour M. de Brévannes.

Sans l’autorité du Livre noir, il eût fallu un complet avenghment pour expliquer ainsi b conduite de madame de HansP ld ; mais M de Bre vannes, croyant lire un écrit tracé par elle, avait trop a orgueil et d'amour pour ne pas accepter celte interprétation d’ailleurs si naturelle.

Pourquoi M. de Brévannes $e serait-il délié d'iris? Pourquoi l'aura il -il crue capable d'une ri étrange supercherie ? Quant à b princesse, dans quel but aurait -eDe écrit ces pages que personne ne devait lire?

En supposant que, d’accord avec Iris, elle eût autorisé cette communication afin de persuader à M. de Brévannes que ses torts étaient effaces par l’amour, un tel dessein ne pouvait que ie flatter.

Ou comprendra donc qu'il continua la lecture du livre noir avec un intérêt et un espoir croissants.

« Que roc veut donc cet homme? Il est parvenu à »e ménager une entrevue avec Iris; pauvre en faut, simple cl ingénue; il lui a proposé de sc charger d’une bltre pour moi, elle a refusé. Que peut-il donc me vouloir/... quelle est donc son aui.xc? comment supporterait-il mou regard?

PAUL* MONTI

« Cet homme est Tou... qu’a-t-il à roc dire? penserait-ll à excuser sa , conduite ? mais je...

• Hier, je n’ai pu continuer ; j'ai été interrompue par l’arrivée de mon mari.

« Le prince a donc toute sa vie étudié les effets de la douleur pour porter oes coups plus assurés. Mais c’est un roouslre... mais il a des raffinements de tortures inouïs ... Oh! maintenant, je comprends pourquoi je ne hais pas assez M. de Brévannes. .. toute ma haine s’est usée contre mon bourreau.

■ Et être pour h rie... pour la rie enchaînée à cct homme!... Ne pouvoir briser ces liens odieux... que par la mort...

■ Oh! qu’elle me frappe donc, qu elle me frappe bientôt... puisqu’il faut que l 7 uo de nous deux meure pour rompre celte horrible union, que ce soit moi... plutôt que mon mari... »

M. de Brévannes frémit à ces paroles, et s’écria en s’adressant à Iris :

— La princesse est donc bien malheureuse? — Bien malheureuse !... répondit sourdement Iris. — Son mari est donc sans pitié pour die ? — San» pitié...

M . de Brévannes continua de lire :

■ Oui, oui, la mort... Je oc mérite pas de vivre... j’ai été infidèle à la mémoire de Raphaël... je oc mérite aucune commisératiou; si mou mari est un monstre de cruauté, que suis-ie doue moi, qui uc puU doucher ma pensée de l’homme qui a causé tous mes maux en tuant mon fiancé !...

■ Oh! j’ai honte de moi-même... Il faut qne j’écrive ces horribles choses... que je Ica voie, là... matériellement ., sous mes yeux... pour que je les croie possibles...

* Arriver, mon Dieol à ce dernier degré d’abaissement !

t Est-ce ma faute, aussi? La douleur déprave tant... Oui... elle déprave, elfe nmd criminelle... car quelquefois, brisée par le désespoir, je m'écrie : — Puisqu il était dan» la destinée de M. de Brévanues d’être meurtrier... pourquoi le sort, au lieu de livrer Raphaël à ses coups, ne loi a-t-il pas livré mon bourreau f a

Ces pages s’arrêtaient là.

Iris avait voulu sans doute laisser M. de Brévannes réfléchir mûrement sur ce voeu homicide.

U s'écria vivement en fermant le livre :

— Iris, vous n'avex rien lu de ce qui est écrit là ?...

La jeune fille parut n'avoir pas entendu ces paroles ; elle regardait C ici lient AI. de Brévannes.

— Iris, reprtt-ü, vous u'avex rien lu de ces pages?... — Rien... rien, dit-elle en sortant de sa rêverie, que m’importe ce livre ? — Elfe ne souge qu’à moi, pensa- t-il, son iudiscrcüoa n'est pas à craindre.

H reforma b livre, le rendit à la jeune fille et loi dit :

— Vous avez, sans te savoir, rendu le plus grand service à votre maîtresse.— Vous l’aime*? lui demanda brusquement Iris, eu attachant sur lui un regard perçant. — Moi ! dit M. de Brévaunes de l’air do monde le nlut dcUelké, singulière preuve d'amour que de cruellement menacer la femme qu'ou aime ! Non, uon, ie n’ai pas d'amour pour de... l'austère amitié peut mule recourir à des moyens si extrêmes... — Il fout bien vou» croire, dit tristement Iris en reprenant le fivre. — Adieu, Iris, à demain. dit M. de Brévannes; vous rap|>eiterez bien à madame de tlansfeld l'euircvur qu’cite m’a promise.

— Elleai'jr manquera pas... Mais j’y songe... au nom du ciel, que rien IMS puisse lui faire soupçonner que vous avez lu dans ce livre ; je serais perdue.

— Rassurez-vous, ma chère Iris, j'aurai l'air d’être aussi étranger qu elle à scs peiné' s tes plus secrètes... Rien ne trahira la connaissance que j’en ai. PromcUez-moi seulement de m'apporter encore ce Irvre... U serait pour moi de la dernière importance ae 1e consulter ensuite de rentre vue que j’aurai demain avec votre maitresM... Me le promettezvous?

— Encore mai foire... encore abuser de sa confiance... Ah ! maintenant je n'ai plus te droit de me plaindre de son injustice.

— Iris, je vous eu supplie...

— Vous me le demandez, u'esl-ce pas pour moi plus qu'un ordre ?

Dans sa reconnaissance, M de Brévannes prit la main d’iris, et, l'attirant pré» de lui, voulut la baiser au front ; la jeune fille le repoussa violemment et fièrement, à la grande surprise de M. de Brévannes, qui croyait combler tes voeux de la jeune fille en se montrant h bon seigneur.

En arrivant sur le quai, Iris jeta à b rivière b bague qu'elle avait reçue pour prix de sa trahison.

Après avoir alteuiivcment lu te Livrt noir, M. de Brévannes tomba dans une méditation pruloodc. Il n’en doutait pas, il était aimé, mais madame de llansteld tomba liait de toute* ses forces ce penchant involontaire.

Son mari b rendait si horriblement malheureuse, qu’elle allait quelquefois jusqu’à désirer sa mort.

(tunique fe vorn lui parût loucher à l’exagération, M. de Brévannes regardait toutes ces circonstances comme favorables pour lui, et il attendait avec anxiété le moment du routez vous que madame de Uansfdd lui avait donné pour fe lendemain au Jardiu-dc* Plantes.

CÜAP1TRK m.

Arnold et Bertfae

Madame de Brévannes avait plusieurs fois rencontré che* Pierre Raimond AI . de llan&teld sous fe nom d’Arnold Schneider ; U avait sauvé b *ie du vieux graveur, rien de plus naturel que ses visites à ce dernier.

Bcrthe, ayant résolu de recommencer d’cnselgtier le pbno pour subvenir aux besoins de son père, venait chez lui trois fois par semaine, et v restait jusqu’à trois heures pour donner, en sa présence, ses leçons <w musique.

On n’a pas oublié que Bcrthe avait fait sur M. de llansfcld une impression profonde la première fois qu'il l'avait aperçue à la Comédie-Française. Lorsqu'il la rencontra ensuite chez Pierre Raimond, qu’il venait d arracher a une mort presque certaine, vivement frappé do la circonstance qui le rapprochait ainsi de Bcrthe , Arnold y vit une sorte de fatalité qui augmenta encore son amour.

Le charme des maniérés de M. de Hansfeld, b grâce de son esprit, ses prévenances respectueuses, presque filiales, pour Pierre Raimond, changèrent bientôt en une affection sincère b reconnaissance que le vieillard avait d'abord vouée à son sauveur.

Arnold était simple et bon , il parlait avec un goût et un savoir infini des grands peintres, objet de l'admiration passionnée du sraveur, qui avait employé une partie de sa vie à reproduire sur fe ouvre tes plus belles œuvres de Ra|thacl, du Vinci et du Tilieu ; il avait montré à Arnold ces travaux de sa jeunesse cl de son âge mûr; Arnold les avait appréciés en connaisseur et en habile artiste.

Scs louanges ne décelaient pas te complaisant ou le Uatteur ; modérées, justes, éclairées, elles en étaient plus précieuse» à Pierre Raimond,

n ' avait 1a consciente de son art; comme le» artistes sérieux et m*res, il connaissait mieux que personne le fort et te bible de ses ouvrage*. Ce n’était |>as tout : Arnold scrabbH par se» opinions politiques appartenir à ce parti exalté de b jeune Allemagne, qui offre beaucoup d analogie avec certaines nuances de l'école républicaine.

Grâce à ses nombreux points de contact, la récente intimité de Pierre Raimond et d’Arnold se resserrait chaque iour davantage. Le dernier était de bonne loi, il ressentait véritablement de l’attrait pour ce rude et austère vieillard , qui conservait dans toute leur ardeur les admirations et les idées de sa jeunesse.

M. de Hansfeld était d'une excessive timidité ; les obligations de son rang lui pesaient tellement, que, pour leur échapper, il avait affecté U» plu» grandes excentricités. Ses goûts , scs penchants se portaient à une vte simple, obscure, paisiblement occupée d'arts et de théories sociales. Aussi, même en l’absence de Beritie, il ironvait (Lins les deux pauvret chambres de Pierre Raimond plus de plaisir, de bonlieur, de contentement qu'il n'en avait trouvé jusqu'alors dans tous ses palais.

S'il avait seulement voulu dissimuler ses assiduités auprès de Bcrthe sou* de trompeuses prévenances envers le graveur, cchii-ci avait trop l'instinct du vrai pour ne pas s’en être aperçu, cl trop de rigide fierté pour ne pas fermer sa porte à Arnold.

Pierre Raimond n’ignorait pas que son jeune ami trouvait Berlbe charmante, cl qu’il admirait autant son talent d artiste qne b candeur de son caractère, que la grâce de son esprit.

Dans sou orgueil paternel, loin de s'alarmer, Pierre Raimond se ré-

e ibaait de cette admiration. N'avait-il pas une confiance aveugle dans principes de Bcrthe? Ne devait-il pas la vie à Arnold ? Comment supposer que ce jeune homme au cœur noble, aux idée» généreuses, abuserait indignement des relations que 1a reconnaissance avait établies entre lui et l’homme qu’il avait sauvé ?

Aux yeux de Pierre Raimond, cete eût été pins infâme encore que de déshonorer b fille de son bienfaiteur.

Enfin, Arnold avait dit appartenir an peuple, et, dans l'exagération do ses idée», absolues, Pierre Raimond lui accordait une confiance qu'il n’eût jamais accordée au prince de Hansfeld.

Bcrthe, d'abord attirée vers Arnold par la reconnaissance, avait peu à peu subi l'influence de cet èlrr bon et charmant. Il assistait souvent, en présence du vieux graveur, aux leçons de musique de Bertlie ; il était lui-même excellent musicien, et quelquefois Bcrthe l’écoutait avec autant d intérêt que de plaisir parler savamment d un art qu elle adorait, raconter la vie des grands compositeur* d’Allemagne, et lui exposer, pour ainsi dire, b poétique de leur* œuvres et en faire ressortir le» innombrables beauté*.

PADLA MOmi.

Qoe de dances heures ainsi passées entre Bertbe, Arnold et Pierre Raimond ! Celui-ci ne savait pas la musique: mais son jeune ami lui traduisait, lui expliquait pour ainsi dire la pensée musicale des grands maîtres, l'aua lysant phrase par phrase, et Lisant pour l'œuvre de Mozart-, de Beethoven, de Uluck, ce qu'üofTmaun a si merveilleusement (ait pour Don Juan.

Bcrthe , profondément touchée des soins d’Arnold pour Pierre Raimoud, leur attribuait A eux seuls la vive sympathie qui, chaque jour, la rapprochait davantage du prince. Celui-ci était d’autant plus dangereux qu'il était plus sincère et plus naturel ; rien dans son langage , dans ses manières, ne pouvait avertir madame de Brévannes du péril qu elle courait.

La conduite d’Arnold était un aveu continnel, U n’avail pas besoin de dire un mot d'amour; si par hasard il se trouvait seul avec Herthe. son regard, son accent étaient les mêmes qu'en présence du graveur. Celuici rentrait-il , Arnold pouvait toujours fiuir la phrase qu'il avait commencée.

Comment madame de Brévannes se serait-elle défiée de ces relations si pures pI si paisibles? Jamais Arnold ue lui avait dit : Je vous aime ; jamais elle n avait un moment songé qu elle pût l'aimer, et déjà ils étaient tous deux sous le charme irrésistible de l'amour.

Noms le répétons, par un singulier hasard , ces trois personnes , sincères dans leurs affections, sans défiance et sans arrière-pensée, s’aimaient : Arnold ümait tendrement le vieillard et sa fille, ceux-ci toi rendaient vivement celle affection; tous trois enfin se trouvaient si henreu\. que, par une sorte d'instinct conservatif du bonheur, ifs n'avaient jamais songé à analyser leur félicité. Us en jouissaient sans regarder en deçà ou au delà.

La seule chose qui aurait pu peut-être éclairer Bcrthe sur le sentiment auquel son cœur s'ouvrait de jour en jour, était l’espèce d'inditférciicc avec laquelle elle supportait les duretés de son mari ; elle s'étonnait même vaguement de ressentir alors si peu des blessures naguère si douloureuses...

Lorsque son père, profondément irrité contre M. de Brévannes, lui avait sérieusement , presque sévciemeul demandé compte des procédés de M. de Rrévaooes, elle n'avait pas menti en répondant que depuis quelque temps elle ne s’en tourmentait plus.

Le vieillard avait eu d'autant plus de foi aux paroles de Bertbe, que peu à peu elle redevenait câline, souriante, et nue sa physionomie , autrefois si triste, révélait alors la plus douce quiétude.

Pcol-êlre blèmera-l-oo l'aveugle confiance de Pierre Raimond; cette confiance aveugle était une des nécessités de sou caractère.

Ces antécédents posés, nous conduirons le lecteur dans le modeste réduit de Pierre Raimond, le lendemain du jour où M. de Nansfeld avait signifié à sa femme qu’elle devait quitter Paris dans trois jours.

Page 1