‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 24 sur 41 · CHAPITRE Vfll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vfll

Interrogatoire.

Madame de Ibnsfdd hésitait sur b manière d’ouvrir la conversation et d'arriver à la connaissance de b vérité, elle craignait qu'en lui parlant avec rigueur. Iris, effrayée, s'obstinât dans une négation absolue. Lite crut avoir trouvé le moyen d'éviter *et écueil.

— M. de llanafeld sort d'ici, dit-elle tristement à Iris. Je sais enfin b cause «1c toutes les étrangetés qui m'avaient fait croire sa raison égarée.

— Ce motif, marraine? — Trois fois ou a attenté à scs jours... —

C’est un rêve... comme il en fait tant. — Trois fois, té dis-je, on a attenté à ses jours .. il eu a les preuves. — Alors, il connaît le coupable? — Il croit le connaître. — Et le cotqKibte, marraine ? — C’est moi... — Vous? — Il le croit. — Il vous a menacée? — Oui. — Eide quoi? — De b justice des tribunaux — Vous êtes innocente, que vous im-

porte!

— Mais te scandale «Ton procès mais b bonté d’être soupçon-

née...

— Je pourrai vous suivre, au moins Votre pauvre Iris ne vous

abandonnera pas.... cite.... Dans un tel malheur son dévouement vous sera nécessaire.

Cette naïveté franche fit frémir Paula : elle commença d'entrevoir une partie «le b vérité ; elle redoubla donc, de prudence, de réserve, tendit ta main à Iris, et hit dit :

— &ns doute, dans une telle extrémité tes soins me seraient bien doux; mais, par intérêt pour loi, je les refuserais.

— Marraine !...

— Rien au monde ne me les ferait accepter.

— Par intérêt pour moi, vous tes rcfuserics?

— Oui, Marianne ou une autre «te mes femmes m’accompagnerait.

— Mais moi, mot ?

— Je prierais le prince de te renvoyer en Allemagne avant te procès... Il ne me refuserait pas ceb.

— Marraine... je ne vous comprends pas. Pourquoi m éloigner devons lorsque tout le monde vous abandon mirait sans «toute ?

— Parce que ton attachement pour moi est connu... parce qu’il pourrait te faire paraître complice de crimes doul je suis pourtant innocente.

— Mais moi. .. je veux rester auprès de vous; tant mieux si l'on me croit votre complice.

— Mai» moi, Iris, j’exigerate ton départ... A tons les chagrins qui m'accablent, à tous ceux qui vont m'accabler encore, je ne voudrais pas joindre celui de te voir malbcurctse.

Iris réfléchit un moment: sa maîtresse l’examinait avec attention; la jeune fille reprit froidement :

— Puisque le prince vous accuse, marraine, je vais aller le trouver et lui dire que je suis votre complice... Ainsi, l’on ne me séparera pas de vous.

Paula fut effrayée : Iris était capable de celle démarche.

— Mate, malheureuse enfant! t’avouer ma complice, c’est te dire coupable... c’est m’accuser... c’est peut être me pousser à l'échafaud!

— Eh bien, j'y monterai avec vous!

— Que dis-Ui * s'écria b princesse, épouvantée du regard triomphant d’iris et de l'infernate résolution de sa physionomie.

— Je dis, reprit b bohémienne avec une exaltation farouche, je dis que b part que j’ai dans votre vie, marraine, est misérable; je disque mon væu le plu» nnlctU «irait de vous voir dans une position telle que mon dévouement pour vous fût votre suprême bonheur, votre seule joie, votre seule consolation; je disque j'aimerais autant vots voir morte qu'indifférente à ce que je ressens pour vous... que j’aime comme ma mère, comme ma «eur, comme mon Dieu ; je dis que ceux que vous avez aimés, c'est-à-dire Raphaël et Morville, n'ont pas fait pour vous b millième partie «le ce que j’ai fait moi-même, et Us ont occupé et ils occupent votre vie, votre pensée tout entière, tandis que moi je ne suis rien pour vous... Cela est injuste, marraine... bien injuste.

— Usez-vous parler ainsi, vous que j’ai recueillie, comblée de mes dons... bl qu'avez-vous donc lait pour reconnaître me» bontés?

— Votas me demandez ce que j’ai bit, marraine ! Eh bien ! je vais vous le dire à celle heure... or il faut que notre destinée s’accomplisse Ce que j’ai fait? J'ai bit tuer Raphaël par M. Charles de Brévannes, d*a-

— Toi... toi... Mon Dten! elle m'épouvante.

— Oui, moi... Vous ne saviez pas ce que c’était que Raphaël... Vingt fois, en voyant vos larmes, vos regrets, j’ai été sur le point de VHS dire : Vous n'avez rien à regretter... Raphaël était indigne de vous... Mal» je ne vwilate pas parler... je vous dirai tout à l'heure pourquoi.

— Malheureuse! explique-toi... que veux-tu «lire? Tout ceci n'est-U qu'une sanglante raillerie 7

— Non, non, Iris ne raille pas lorsqu'il s'agit de vous... Ecoute/ -moi donc. Vous m'aviez bissée à Venise, ceb me fit une peine horrible; vous ne vous en été» pas si-ulemeut aperçue, on, du moins, mou chagrin vous a été iudiLércnt... Mon «tésir de vous accompagner vous a semblé importun.*. Mou Dieu!.. il Ldbit me bisser périr dans b rue plutôt que de faire naître eu moi une reconnaissance dont les témoignages vous devaient être à charge.

— Mais celle malheureuse est telle... El que faisait ceb à Raphaël?

— Vous m’aviez bissée à Venise ; je vous l'ai dit, ceb me causa une violenté douleur ; je ne pus me résigner à rester dans l'ignorance de votre vie et à recevoir seulement «le ténq«s à autre quelque froide teltr e de vous. A force de prières, je parvins à obtenir d'Ines, votre camériste, qu elle me tiendrait au c«>uranl de vos actions. Vous ne savez pas ce qu'il m’a fallu de persévérance, de promesses, de séductions pour intéresser à mon désir cette indifférente fille, et l'amener à m’écrire presque chaque jour... Par cela. .. jugez ce qu’est mon attachement pour vous. .

— Je ne sa» s'il faut l’cxécrer, b plaindre ou l'admirer, se dit Paula.

— Peut être je mérite à b fois b pillé, b haine et l'admiralioiJ, reprit Iris. Mais écoutez encore... Par lues, je sus que Charles de Brévannes vous obsédait de soins, que le bruit public vous accusait de l'aimer, mais que ceb était but... Vous ne songiez qu'à Raphaël, dont «ou-, parliez presque toujours avec votre tante en préseucc d’Inès... Tendant ce temps Raphaël vous trompait.

— Raphaël!., oh! tu mens... tu mens.

— H vous trompait, vous dis-je, vous eu aurez b preuve. Il était venu à Venise ponr dégager sa parole ; U était fiancé avec une jeune lînecque de ternie. .. nommée Cora... Je vous le prouverai... n connaissait votre confiance cil moi, il m'attribuait sur vous une influence que je n’avais pas. Ce tel «Jonc à moi qu’il fit les premiers aveux «te sa trahison, en me suppliant de vous en instruire avec tous les ménagements possibles. De moi... ce coup devait vous paraître moins cruel.

— Mate son «teel avec Brévannes?

— Tout à l'heure... bissez-moi continuer. En entendant les lâche» et parjures paroles de Raphaël... je fus à b fois joyeuse et courroucée.

— Joyeuse ?

— Oui, car je bâte presque autant ceux qui vous aiment que ceux qui vous sont ennemis.

— Mais c'est le démou... que celte insensée... Ah! maudit soit le jour où je l’ai reueontréc sur mon cbcfttiu !

— Maudit soit ce jour nour nous deux peut-être. En apprenant la trahison de Raphaël, je fus donc joyeuse et courroucée : pour vous venger à I instant, là... sous me» yeux, je dis à Raphaël qu'il avait tort de preii dre de tels ménagements ; qoe vous l’aviez «le» longtemps imité, siuna prévenu dans sou insouciance, car, depuis, votre arrive a I loreuce, voua étiez la maîtresse d’un Français, de Charles de Brévauucs.

PAULÀ monti.

— Mais lois l’avait écrit te contraire...

— Mais elle m’avait aussi écrit que les apparences étaient contre vous» et que te public vous accusait... Je ne croyais que porter un coup douloureux à l'amour-propre de Raphaël : mon ;.tteule fut dépassée... L'orgueil des boiumes est si féroce que ce traître, qui vous avait sacrifiée» se révolta en se croyant trompé à sou tour. Jimlai encore sa colère. La vanité offensée lit ce que l'amour n'avait pu faire... Raphaël partit furieux pour Veuise avec Osorio, afin de se venger de votre prétendu parjure. Oui... cet homme qui naguère oubliait sans remords ses promesses les plus saintes, parce qu’il se croyait éperdument aimé de. vous, se reprit d'une folle passion lorsqu'il se vil dédaigné. Vous savez le reste... comment son erreur fut encore augmentée par la fatuité de Brévannes... qui te tua après l’avoir convaincu de votre iuGddité...

— Cela est-il possible» mou Dieu !

“ Ces preuve» de b trahison de Raphaël, je vous les donnerai... vous dis-je... Elles cousblenl dam une lettre pour vous qu'il m’avait apportée à Venise, et dans laquelle il voua prévenait de son prochain mariage avec celle Grecque... Après te duel, Osorio m'écrivit pour me supplier de ne pas vous remettre cette lettre, voulant venger son ami en vous laisuaul croire que vous étiez la seule coupable, et que Raphaël vote avait toujours aimée, ainsi qu'il vous l’écrivait dans son dernier billet.

— Mais pourquoi m'as-tu laissée à mes remords?... Pourquoi, en me voyant rester si longtemps fidèle au souvenir d'un homme qui m'avait trompée... ne m'avtu pas dit qu’il était indigne de moi?...

— Pourquoi?...

— Oui.

— Parce que j’aimais mieux vous voir éprise d’un mort.... que d’un vivant.

— Et lorsque je te faisais part-dc mes scrupules d'aimer M. de Morville, CJ d'être ainsi infidèle au souvenir de Raphaël, pourquoi d uo mot c'astn pas fait évanouir mes regrets?

— Je vous le répète... parce que j’aimais mieux vous voir éprise d'un mort que d’un vivant... et puis l’espérai» que le souvenir de Raphaël surmonterait votre amour pour M. de Mordille.

Mais tu le hais donc aussi, M. de Morville? s’écria madame de Hans* feld, reculant épouvantée de ce que le génie infernal de cette fille pouvait imaginer et exécuter.

Avant «le répondre. Iris resta quelques moments silencieuse, pui» elle reprit d'un air sombre :

— Je vous l’ai dit... cent qui vous aiment et qne vous aimez, je les hais presque autant que vos ennemis... Cela est mon sentiment, cela est mon impression.

— Ainsi, M. de Morville...

— .Mais parce que je suis jalouse de votre affection, reprit Iris en interrompant sa maîtresse mais parce qoe je souffre... oh ! bien cruellement, de vous voir dépenser des trésors d'attachement pour des êtres qui ne vous chérissent pas comme moi... il ne s’ensuit pas que je pousse 1 ëgoisuie jusqu’à vouloir vous priver d’un bonheur, par cela seulement que ce bonheur lait mou désespoir; non, non. Quelquefois, dans mes mauvais jours... j'ai de ces pensées; mais je tes chasse.

— Ainsi, reprit madame de llansfcld avec amertume, vous me permettez d'aimer M. de Morville?...

. — Je ferai mieux que cela, dit la bohémienne en jetant un regard perçaut sur sa maîtresse.

Sans pouvoir se rendre compte de re qu elle éprouvait, ni de b signification de ce regard, madame de Hansfeld baissa la télé et rougit.

Iris reprit d'un ton plus humble :

— Maintenant que je vous ai dit, marraine, ce qui concernait Raphaël, je dois vous dire... ce qui concerne le prin^...

— Elle va tout avouer... enfin, dit b princesse.

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