CHAPITRE IX
Révélation».
Après un moment de silence. Iris reprit, en attachant son regard scrutateur sur madame de Hansfeld :
— Vous n’aviez épousé te prince qu’avec regret, et pour assurer un avenir à votre tante ; plusieurs fois vous me l'avez dit.
— Cebest vrai...
— Vous m’avez dit encore que, grâce à b générosité de M. de Han>teèl, b plus grande partie de sa fortune devait vous appartenir après sa
— Ah ! malheureuse... voua m’épouvantez... Ainsi ces tentatives réitérées...
Sans répondre à sa malt restas Iris continua.
— Peu de temps après voire mariage, votre tristesse a redoublé... Je n’ai plus hésité, et un soir, à Trieste, «au» que personne me vit... daoa une lasse de lait...
— Mai» vous êtes un monstre !
— J’avais pris mes précautions... SI le crime eût été découvert, mol seule pouvais être accusée... et d'ailleurs je me serais avouée b seule coupable.
— C’est horrible! horrible!... Et vous n'avez pas reculé devant l’énonuité du crime que vous alliez commettre?
— Vous désiriez être veuve...
— Vous l'ai-je jamais dit? me l'étais-je seulement dit à moi-même?
— Vous regrettiez de vous être mariée je vous reodais votre Ih
berté...
— Mais vous n’avez donc aucune notion du mal et du bien?
— Le bieu... c’est votre bonheur... le mal... c'est voire chagrin...
— Qui pourrait croire, mon Dieu ! à celle sauvage et féroce exaltation... Comment votre main u’a-t-clte pas tremblé? comment avez-vous pu méditer un tel crime? Comment surtout avez-vous pu récidiver?
> — Après b |rreiiiiére leuiative... vous avez été encore plus triste que d'habitude... Vous vous êtes sous eut plainte à moi de tout ce que vous faisait souffrir l'inégalité de caractère du priuce; devant moi bien souvent vous avez maudit te jour où vous aviez consenti à ce mariage: quelquefois même, en déplorant voire triste existence, vous regrettiez de n'élre pas morte... Alors une seconde fois j'ai voulu le tuer... dans celte aulvcrge isolée; je m'étais introduite daus sa chambre par le balcon de b lèuêire entrouverte ; je l'avais presque refermée en m’eu allant, après le coup manqué...
— Non, non, je ue puis croire à ce que j’entends... si jeune... et un pareil sang-froid, un tel endurcissement...
— Si vous saviez b douleur que je ressens de vos douteurs. .. si vous saviez combien vos broies retombe ut brûlantes sur mon cœur... vous comprendriez mou sang-froid, mon endurcissement, comme vous dites. Oui... si vous saviez à quel point 1a vie me pèse depuis que j’ai 1a conviction d’ëlre si peu pour vous... vous comprendriez que j'aie voulu assurer votre bouhettr eu risquant une vie qui m’est indifférente. Si je n'al pas tenté plus souvent, c’est que le prince s’est entouré de telles précautions... *
— Assez!... assez! tu me bis horreur... Et maintenant?... que vaisje faire? j’ai l’aveu de ton crime...
— Peu m'importe.
— Croyez-vous que je puisse à cette heure vous garder p#s de moi, vous qui trois fois avez teuté de donner b mort à l'homme généreux et boo qui simulait la folie pour ne pas m’accuser ?
— Maintenant comme autrefois... vous désirez b mort de cet homme généreux et bon...
— Taisez- vous...
— S’il mourait, vous épouseriez M. de Morville...
Paub resta un moment comme écrasée sons ces foudroyantes paroles; puis elle reprit avec indignation :
— Et qui vous donne le droit de scruter ma pensée? Et parec que b mort de M . de Hansfeld me rendrait h liberté, cst-ce une raison pour que je b désire !
— Oui... vous la désirez...
— Sortez! sortez!...
— Oh ! grâce! grice! marraine... dit Iris en tombant à genoux «lovant Paub. Puis elle continua d'une voix déchirante ; Je suis Lieu coupable, je suis bien criminelle ; je sais toute l'étendue, tout»'» tes conséquences des action» que j’ai commises : j'ai agi avec réflexion... Mate, je vous le ré|tetc, pour moi, le mal, c'est votre chagrin ; le bien, c’est votre bonheur... peu m’importe le reste! Pourquoi donc me chaseriez-vous? Est-ce pour mol que j'ai cherché à commettre tes crimes qui vous épouvantent? N 'était-ce pas avant tout... vous, et toujours vous, que je voulais servir?...
— Mais, me servir par de tel» moyens... c’était me rendre votre complice !
— Eh bien! je me repens... je vous demande pardon à genoux... mais ue me chassez pas; ce serait vouloir ma mort! Oui... si vous me chassez, je me tuerai.... Vous me connaissez.... vous savez fit j'en suis capable... Je tien» à b vie, parce que je pub vous être utile encore...
— Non, non; va-t'en... Tu veux mourir?... Eh bien! meure!. •• ce sera un bienfait pour te monde... et pour moi... Depuis tes accusations du prince et tes ré* ébtions, je me sens dans une atmosphère de trahisons et de crimes qui m'épouvante ; ou dirait qu'elle m’oppresse, qu elle me pénétre... J aurais peur de devenir aussi criminelle que toi. Va-tcn. va-len, te dis-je... va-tcn...
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4 S PAULA MONTL
Iris sc leva pâle et triste, prit la main de sa maîtresse qu’elle baisa, et
lit un pas vers la porte.
Madame de Hausfekl crut lire dans les traits de la jeune fille une si effrayante résolution qu'elle s'écria :
— Iris]... restez!...
Iris revint sur ses pas et interrogea Paub du regard.
— Mais enfin, s'écria la princesse, que dire au prince? Une fois convaincu de mon innocence... U voudra connaître le coupable... que lui répondrai-je s’il m'iulerrogc? Scs soupçons, d'ailleurs, ne l'aUcindronl-ils pas? Et maintenant, mon Dieu!... j y pense... ne pourra-t-il pas croire une tu as agi par mon ordre, ou du humus sous mon inspiration?... Vois dans quel affreux dédale tu m'as jetée !...
— Marraine, pennettez-moi de rester ici... Si je suis chassée de cette maison, que ce ne soit pas par vous au moins : je saurai me résigner si le prince exige mon départ, ou s'il m'accuse ; mais que ce coup terrible ne vienne pas de vous :
— Mais en admettant même que les soupçons de M. de Hansfekl ne t'atteignent pas, n’est-il pas criminel à moi de garder dans ma maison une créature qui trois fois a attenté à b vie de mon mari, et qui pourrait peut-être, par la même monomanie sauvage, y attenter encore r
— Marraine, si vous l'exigez... jamais plus je n'altentcral aux jours du prince.
— SI je l’exige... Mon Dieu ! pouvez-vous en douter?
— Eh bien ! je vous le jure sur vous (c’est pour moi le seul serment que je puisse Étire), je vous jure sur vous de respecter les jours de M. de llarisfeld comme je respecterai les vôtres, dit la bohémienne avec un air singulier cl en regardant Patda comme si elle eût voulu pénétrer au plus profond de son coeur. Mais si jamais vous vouliez épouser M. de Morville sans avoir à vous reprocher ta mort du prince, mort à laquelle je serais aussi étrangère que vous, dites un mot... ou plutôt, non... pas même nne parole... Et Iris, jetant les yeux autour d'elle comme pour cliercher quelque chose, et avisant sur la cheminée une épingle d'or surmontée d'une boule d'émail constellée de perles, elle la prit et ajouta : Vous naîtriez qu’à me remettre cette épingle, et, sans qu’aux yeux de Dieu et des hommes, ni vous ni moi fussions pour rien dans la mort du prince, vous pourriez épouser M. de Morviue... Ce que je vous dis ne doit pas vous étonner... Vous n’avez pas d'autre désir que ce mariage, je u'ai pas d’autre désir que de vous voir heureuse.
Avant que la princesse pût lui répondre, Iris disparut.
CUAPITRE X.
Aveux.
Le vieux graveur et sa fille s’étaient profondément émus du récit de M. de Ibnsfdd. Bcrlhe avait plaint Arnold, obligé de lutter tour à tour j contre son amour et contre d’horribles soupçons ; elle trouvait entre elle . Cl lui une étrange conformité de position : tous d.-ux, ctieluînés pour jamais à dis êtres indignes de leur afTeclion, devaient (tasser leur vie dans des regrets ou des espérances stériles.
Pourtant, clic s'avouait que son malheur aurait été (dus grand encore ri elle n'eût pas rencontré dans le sauveur de son père un homme qui lui inspirait une sympathie aussi vive qu'honorable.
Elle ne prévoyait, elle n’ambitionnait d'autre bonheur que celui de voir souvent Arnold et de l'entendre causer avec Pierre Raimond d'une façon si intéressante et si enjouée ; nous ne disons rien du ravissement de la Jeuuc femme lorsque le vieux graveur, resté seul avec clic, s’extasiant sur le savoir et sur l’esprit d'Arnold, le plaçait au-dessus de tous les hommes qu’il avait connus.
Le lendemain du jour où madame de Ibnsfcld avait ou avec Iris la conversation que nous avons coproduite, M. de Drévanncs, aigri par une préoccupation et une anxiété violentes, avait de nouveau brutalisé sa femme, dont la présence lui devenait de plus en plus insupportable : | persuadé que, libre cl garçon, il aurait eu plus de loisir, plus oc facilité pour mettre à fin son aventure avec madame de HansfeW, le matin même du jour dont nous parlons, il avait fait à sa femme une scèuc violente.
Rcrthc n'était plus au temps où elle s'éplorait sur ccs injustices; elle s’accusait incrac de s’eo consoler trop facilement en songeant que chez son père elle pouvait rencontrer Arnold.
Elle sc rendit donc chez Pierre Raimond.
Qu’oii juge de b joie du vieillard lorsqu'il vit entrer sa fille qu'il n’allendait que le lendemain.
— Quel bonheur ! chère enfant, je n’espérais pas te voir aujourd'hui. Allons, je devine... qnrlquc nouvcHc brutalité. Ma foi ! maintenant que les grossièretés de ce méchant homme, auxquelles lu deviens de plus en
plus iodilTérente, me valent une longue visite de loi... je sens ma baioe de beaucoup diminuer ; si tu u’es pas heureuse, du moins tu n'es plus malheureuse... c'est un progrès, et je ne désespère pas de... Mais À quoi bon te parler de ccs rêveries d'un vieux fou?
— Oh ! dites.. . mon père, dites.
— Eh bieu! en prenaul ainsi l'habitude de te bisser passer b moitié de ta vie citez moi, j’espère qu'un joar il ne te refusera pas la permission de venir habiter tout à bit ici.
— Ah ! je n’ose le croire... il sait trop b joie que cela me causerait...
— Peut-être... Mon Dieu .' si ccb était, juge donc aussi de ma joie, à moi... Hélas ! celte séparation ne saurait être consentie que par lui ; les lois sont ainsi faites, qu'il y a mille tortures qu'une pauvre femme est obligée de souffrir et dont oo peut l'accabler impunément... S'il faut tout dire, je crois que cet homme a quelque mauvaise passion au cœur ; son redoublement de brutalité, son besoin de t'éloigner de lui, tout me le dit. S'il eu est ainsi, une séparation ne lui coûtera pas... (inc nous but-il de plus ? depuis le peu de temps que tu l’es remise à donner des leçons, tu refuses des écolières... Ce gain modeste nous suffira pour nous faire vivre... Tu reprendras la chambre de jeune fille ; nous verrons notre ami Arnold presque chaque jour. Que nous faudra-t-il de plus?
— Oh ! rien, mon père, mais ce rêve est trop beau...
— Encore une fois, qui sait ?... quoique je connaisse ton attachement pour moi, chère enfant, b compagnie d'un vieillard est si triste, que
aurais vu presque un remords à accepter ton dévouement... Ma» don aphaël Arnold, ajouta Pierre Raimond en souriant, égayera quelquefois notre solitude ; et à ce propos, mou enfant, vois donc ce que les cœurs honnêtes gagnent... à être honnêtes... Sons b profonde estime qui nous unit tous trois, et qui rend noire intimité si douce, que de bonheur perdu! Si t'avais cru Arnold capable de l'aimer criminellement et de souiller indignement les relations sacrées du bienfaiteur cl de l’old'gé, il eût été privé de notre amitié, qui lui est aussi nécessaire que b sienne nous l’est, à nous.
En ce moment, on frappa à b porte du graveur.
— Entrez, dit-il.
La porte s’ouvrit, Arnold parut.
— Quel heureux hasard ! s'écria Pierre Raimond, vous venez à propos, mon cher Arnold... Mais qu'avez-vous? vous sembler, soucieux, préoccupé, triste.
— En cfTet, monsieur Arnold, vous ne répondez pas, vous avez l'air accablé ; auriez-vous quelque chagrin?... Quelque mauvaise nouvelle de votre femme, peut-être.
Arnold tressaillit, sourit tristement et répondit :
— Vous dites vrai... il s'agit de ma femme.
— - Comment ! celte misérable ose encore relever b tête apres votre... je dirai le mot... après votre faiblesse '... s'écrb Tierrc Raimond. Oh! celte fois, soyez saus pitié, pas de ménagements pour des crimes semblables. Prenez garde d'aller trop loin par excès de générosité... il y a un abîme entre b générosité ci une inuiffércucc coupable pour les méchants...
M. de liansfcld était ri abattu, qu'il ue chercha pas à interrompre Pierre Ibimond ; lorsque celui-ci cul parlé, U lui dit triplement :
— Ma feuuue n’est pas coupable... et tuoi je vous ai trompé... je me suis introduit chez vous sous un faux nom... je dois vous laite cet aveu.
— Que voulez-vous dire, monsieur ? s’écria le vieillard en sc levant brusquement.
Bertbe, pâle, effrayée, regardait 51. de llansfcld avec une douloureuse anxiété ; Pierre Raimond était sombre cl sévère.
— Expliquez-vous, monsieur, je ne puis qualifier votre conduite avant de vous avoir entendu.
— Je vous dirai tout ; seulement, daignez réfléchir que rien lie m'obligeait à l’aveu que je vous fais... S] j'agis ainsi, c’est pour rester digne de votre amitié.
— Digne de mon amitié après un tel mensonge t N'y comptez plus, mousieur.
— l'cut-êlrc serez-vous indulgent ; veuillez donc m’écouler... Lorsque le liasard me mil â même do vous secourir, et qu’à mon tour secouru p;.r vous je fus transporté dans celte maison, mon premier mouvement fut de vous déclara' mon véritable nom... mais à ce moment votre tille entra.
— Eh bien... monsieur, que fait ccb ?
— Je b connaissais.
— Vous b connaissiez? dit le vieillard avec étonnement.
— Moi ! s'écria Berthc.
— De vue seulement, reprit Arnold. Oui, quelques jours auparavant, j'avais rencontre voir»; tille aux Français ; on l’avait nommée devant moi, et plus tard j’entendis rendre uu juste hommage à b noble et austère fierté de son père.
PAIJLA
— A ceUe heure, monsieur, ces louanges sont de trop, s'écria Pierre Raimond avec impatience.
— Je ne vous loue pas, monsieur, je vous explique la raison qui nt’a fait vous cacher mou titre, puisque le luwnl veut que j'aie un titre.
' — Vous avez, monsieur, très-habilement trompé la confiance d'un vieillard et ta candeur d’une jeuue femme, je vous en félicite.
— J'ai eu tort ; mais voici pourquoi j'ai agi de la sorte... Connaissant votre antipathie pour certaines classes de la société, je craignais donc que ma position ne fût uu obstacle aux relations que je désirais déjà si vivement nouer avec vous...
— Pour lâcher de séduire ma liUe, sans doute ! abuser de ce qu il y a de plus uint, la reconnaissance d'un obligé... Ali ! vous et les vôtres... vous serez toujours les mêmes, dit amèrement Pierre Raimond ; puis il reprit avec indignation ; Et moi qui tout à l'heure encore parlais de b noble confiance qui rend certaines relations si douces cuire les gens de bien...
— Ah ! monsieur, dit Berthe au prince, avec un acceut de tristesse profonde, vous ne savez pas tout le mal que nous cause votre conduite pou loyale... Mon père avait en vous une foi si aveugle !
t — Je mérite ces reproches... et c’est volontairement que je suis venu m'y exposer.
Mais qui êtes-vous donc, monsieur ? s'écria le graveur.
— Le priace de Hansfeld... dit tristement Arnold eu baissant la tête.
— Vous habitez l'hôtel Lambert... ici près?
— Le prince de Hansfeld ! répéta Berthe avec une surprise mêlée d’intérêt et d’effroi.
— En vous racontant sous un nom supposé les suites funestes de mon mariage, je vous disais vrai ; mon nom seul avait été changé- Alors, convamcu de b culpabilité de ma femme, surtout après b dernière tentative que je vous ai racontée, j 'étais décidé A l'obliger de quitter b France... Aujourd'hui même, j'aurais fait répandre le bruit que je priais avec elle, abandonnant l'hôtel Lambert, conservant précieusement l'incognito à l'abri duquel je m'étais créé des relations si encres ; je voulais vivre obscurément, ou plutôt heureusement dans une retraite voisine de b vôtre... Quelques promenades, ma solitude cl notre intimité chaque jour plus resserrée, voilà quelle était mon ambition... Il n>e faut renoncer à ces rêves. . Hier, en vous quittant, je suis entré chez nudame de Hansfeld ; irrité de voir que ses préparatifs de départ uetaient pas encore bits, exaspéré par son audace, /articulai culin le terrible reproche que je n'avais jamais eu le courage de lui faire.
— El elle n'était pas coupable? s'écria Berthe. Ah ! je le savais bien... de tels crimes étaient impossibles.
— Ma femme était innocente, répéta M. de Hansfeld; elle s'est justifiée avec franchise et dignité. Les raisons qu elle m'a données m oût paru convaincantes ; et un vieux serviteur, eu qui j'ai toute confiance , m’a confirmé... qu’il avait été matériellement impossible à madame de Hansleld de faire aucune de ces trois tentatives sur ma vie. Je ue puis dire les impressions contraires dont je fus agité après celte découverte. Tantôt je in applaudirais d’avoir, malgré les preuves en apparence les plus positives, écoulé b voix secrète qui me disait : Elle est innoceutc ; tantôt je me reprochais vivement les accusations, les réticences bizarres qui avaient dû torturer celte malheureuse femme, et changer en haine la faible affection qn’etlc me portait; je songeais avec douleur aux chagriiis que mes soupçons odieux lui avaient causés ; je le sentais, j’avais beaucoup à expier, beaucoup à me faire pardonner, ('elle découverte n’a pas ranimé mou amoor pour ma femme, il s’est à jamais éteint au milieu de ccs doutes luccssanls ; mais par cela même que je ne l’aime plus, je dois redoubler envers elle d’égards et de soins... Maintenant... voici pourquoi je viens vous apprendre une chose que vous eussiez peut-être toujours ignorée. Je regarderais comme indigne de moi de surprendre, grâce à des faits dont à cette heure je connais b fausseté, uo intérêt qui eût encore resserré les tiens d'affection qui nous unissaient. Bien souvent même j’avais été sur le point de vous révéler mon véritable nom. .. mais b crainte d'exciter votre iodignation par cet aveu tardif in'a toujours retenu. Maintenant vous savez tout.. . encore une lois, je ue veux pas nier mes torts ; seulement songez à ce que je souffrais, aux cousobtions ineffables nue je trouvais ici, et peut-être me pardounerez-vous d’avoir reculé devant b crainte de perdre un pareil boobeur.
Pierre Raimond était resté pensif peudant que M. de Hansfeld parfait; peu à peu sa dure physionomie perdit son expression d'amertume et de colère ; un peu avant qu’Arnold eût cessé de parler, Pierre Raimond fU même un signe de tête approbatif en regardant Berthe, comme pour applaudir aux paroles de M. de Ibosfcld. Berthe, les yeux baissés, était dans nne tristesse profonde ; elle connaissait trop son père pour espérer qu'après l'aveu du prince il consentirait encore à le recevoir ; il lui falbit donc renoncer a la seule consobtkm qui l’aidil A supporter ses chagrins; cette idée était affreuse.
Après quelques moments de silence, Pierre Raimond tendit b main A M. de UanslelJ et lui dit :
— Bien... trèo-bico... Vous triomphez de mes préventions... car von»