CHAPITRE PREMIER
Résolution.
La passion de madame, de Hansfeld pour M. de Morvüle avait encore augmenté depuis sa dernière culrevue au bal de l'Opéra .
Cet amour était cher Paul» un bizarre mélange de nobles exaltations et de funestes arrière-pensées, hile aurait cru avilir l'homme quelle aimait, en soulTrant qu'il se parjurât, et elle était résolue sinon d'ourdir, du moins de luisser tramer par Iris un complot infernal coutre les jours de son mari, pour pouvoir épouser M. de Norville , sans que celui-ci faillit à sou sermeut.
En vain Paula restait étrangère à celte machination , dont elle entrevoyait à peine les résultats ; elle sentait, à b violence même de ses hésitations , de ses craintes, de ses remords anticipés, quelle part criminelle elle prenait dans cette épouvantable action, uniquement conçue dans l'intérêt de son amour.
Chose étrange pourtant !... Si les révéhlions d'iris avaient eu lieu ! quelques mois plus tôt, alors que le prince éprouvait toute la première ardeur de sa passion pour Paula, passiou à b fois si aveugle et si clairvoyante , qu’elle lie pouvait s'affaiblir par l'apparente évidence des crimes de sa femme, dont il pressentait l'innocence : si les révélations d’iris, disons-nous, avaient eu lieu, lorsque le seul obstacle que Pailla pût 1 opposer à l'amour du prince était le souvenir de Raphaël... Raphaël toujours regretté, toujours adoré; qu'arrivait-il ?
Arnold apprenait l'innocence de Paub ; Paub, l’indigne tromperie de Raphaël.
Que de chances alors pour que madame de Hansfeld partageât l'amour du prince qui méritait tant d'être aimé, qui s'était montré si vaillamment épris ! A force de soins, de tendresse , il se serait fait pardonner des soupçons dont il avait le premier si gëuéreusemenl souffert-, Paub côt reconnu combien il avait, en effet, fallu de passion, d'opiniâtre passion a son mari pour continuer de l'aimer malgré de si Amestes apparences; U vie la plus heureuse se fiU alors ouverte devant elle, devant lui.
Malheureusement, les révélations d'iris avaient été trop tardivement furcécs; plus malheureusement encore M. de Hansfeld aimait Rcitlic. et madame de Hansfeld M. de Morvillc. Ce double et fatal amour rendait leur position intolérable.
Madame de llansfcld devait rester â jamais enchaînée à un homme qui ue l'aimait plus ; cet homme aimait une autre femme ; et pour faire oublier â Paub les odieux soupçmis dont elle avait été victime, il ne pouvait que l’entourer d ‘égards froids et contraints.
Et, séparée de lui par un obstacle insurmontable, elle voyait à travers le prisme enchanteur de l'amour un homme jeune, beau, spirituel, passionné... si passionné qu’il avait voulu lui sacrifier ces deux religions de toute sa vie : ta parole! ta mère ! et Paub n'avait pas mémo la consolation de songer que l'accomplissemcnl de ses devoirs ferait au moins le ùouheur tic M. de UansfeM.
Celui-ci, trouvant de son côté réunies chez Bertbc les grâces et les qualités les plus séduisantes, sc livrait sans remords à cet amour, Paula lui ayant toujours manifesté son indifférence.
Telle était la position de M. et de madame de Hansfeld. au moment où cefo-cl, pour ménager M. de Brévatmes , qui pouvait b calomnier si (Luigereusenient, allait le recevoir à l'hôtel Lambert, ainsi que Bertbc.
I. exaltation de Paub était arrivée à ce point qu'elle ne pouvait supporter pins longtemps sa position. Ella avait lixê à M. de Morvillc le tonne «le huit jours pour lui faire part de sa résolution suprême , parce qu'dle «oubli qu’nvunt huit jours le sort de sa vie enliere fût déc idé.
Ou elle aurait le courage de profiler des oflres d’iris, ou elle se tuerait... si le projet de h jeune fille lui sembbit exiger une complicité |>nur ainsi dire trop directe, trop personnelle.
Itlen ne semble plus étrange, et rien n'est pourtant plus réel que ces compositions, que ces aitcrmoicmcntsavcc le crime... Les juges ne sont pas ics seuls à y trouver des circonstances atténuantes.
Madame de Uausfcld veuait de faire demander Iris : celle-ci entra.