CHAPITRE II
L'éjiinpk.
Vous m'avez demandée, marraine ? dit Iris.
— Oui... Fermez la porte... et voyez si personne ne peut nous cnkudre Iris sortit uu instant et revint.
— Personne, marraine.
Le cœur de Paub battait d’une façon étrange; elle baissait les yeux devant le regard pénétrant de b bohémienne ; enfui elle lui dit avec effort :
— Ecoutez bien ; b conversation que je vais avoir avec vous sera la dernière que nous aurons au sujet de... ce que vous savez. Vous m’avex dit, il y a quelques jour» : Uu mot , un signe de vous... cette épingle.., je suppose, et...
Paula ne put achever.
Iris reprit :
— Et vous êtes libre!...
— Vous m’avez dit cela...
— Je le répète...
— Vous prétendez m’être dévouée?
— Autrefois, maintenant, toujours.
— Donnez-m'en une preuve.
— Parlez, marraiuc.
— Oile»-moi par quel moyen vous prétendez me rendre libre.
La voix de madame de Hansfeld s'altéra ; elle reprit aussitôt et plus vivem* ni : Sans nue ni vous ni moi soyons complices de... ce... ce qu’il but faire pour cela.
Ces mots semblèrent brûler les lèvre» de madame de Hansfeld.
— Pourquoi celte question?
— Je ne crois pas a la possibilité de ce qoe vous m'avez proposé; je ne songe pas à en profiter ; mais je veux connaître par quels moyens. . vous prétendez... enfin, vous me comprenez.
— À quoi bon vous en instruire?
— S’ils me paraissent moins horribles que Je ne le suppose... peutêtre... je ne sais... Puis b princesse, épouvantée «le ce quelle venait de dire, mil b main sur ses yeux et s'écria : Non, non, bissez -moi... allezvous-en, ne revenez plus, je ue veux plus vous voir... sortez.
— Marraine, en grâce!.. .
— Non... sortez, vous dis-je.
— Et bien ! je vais vous dire par quels moyen».
Et Iris baissa b voix, attendant avec anxiété une nouvelle injonctiot de sortir.
Paub resta muette.
Iris continua :
— Oui. je pub, si vous l'exigez, vous dire par quels moyens von» pouvez être libre. Mais prenez garde... prenez garde.
Madame de Hansfeld rcgaida lixctueui Iris.
— Que je prenne garde ?
— Oui... vous pourrez amèretncnl regretter de m’avoir interrogée h ce sujet. Vous avez des scrupules, ils deviendront plus grands encore si vous êtes Instruite de mes desseins. Sans la parole que vous m'avez bit donner de ne pas agir à votre insu.., je vous aurais épargné cos angoisses. Quelquefois même je me demande s’il n’est pas iuscusé à mot de vous obéir pour cela... Je n’ai d’autre but que votre bonheur... L'odieux du parjure ne retomberait que sur moi... peu importe... vous seriez heureuse.
— Oseriez-vous manquer à ce que vous m’avez promis ?
— Malheureusement je ue l'ose pas , un mot «le vous est une loi pour moi... Au moins que cette soumission à vos voloulés vous donne une foi profonde, aveugle, dans ma parole.
— Dans votre parole ? dit amèrement Paub.
— Oui. ..et je vous jure que le» événements ont marché de telle sorte, sans que vous y soyez mêlée eu rien, vous le savez mieux que personne... qu'avant huit jours... vous serez peut-être libre... et uonseulcmcnt aucun soupçon ne vous atteindra, mais l'intérêt, mais les sympathies du monde seront pour vous...
Madame de Hansfeld regarda Iris avec surprise, presque avec stupeur.
— Mais s’il en est ainsi, pourquoi ne pas me faire part de ces événements, puisque j'y suis, dites-vous, absolument étrangère?
— A cause «le vos scrupules, marraine.
— Hc mes scrupules! pourquoi en aurais-je? Ne suis- je pas innocente de tout ce qui se passe ?
— Vos scrupules naîtront... quoique insensés... Ils naîtront, vous dis-je, et vous les écoulerez.
— Comment ceb?
— Supposez-vous instruite, par je ne sais quel prodige, de l’avenu d'une personne qui vous soit absolument indifférente... que vous ne connaissez même pas... Celle prescience vous apprend que celle per • sonne doit mourir dans huit jours... mourir fulalemcul. sans que vous soyez pour rien dans les causes de celle mort, sans qu'elle vous profite eu rien... sa us que vous puissiez changer le cours des événements qui l'amènent... N'éprouverez-vous pas une sorte d'angoisse à cette révélation? ne vous regarderez-vous pas pour ainsi dire comme complice du destin en voyant cette personne ignorante du sort terrible qui l’alteud, taudis que Vous en êtes instruite, vous?
— Je ne me croirais pas complice de cette mort, mais j'épronverais de b terreur en voyant colle personne marcher, confiante et paisible, vers un abline qu elle ignore.
— Eli bien ! cette terreur ne deviendra 4-etle pas on remords s*i* s'agit de votre mari, si sa mort comble tous vos voeux, réalise toute» vos espérances ?
SA
— 0»1C <1»I«?Ï5-VCM1S ?
Quelque innocente que vous fussiez dune telle catastrophe, ne
vous rega:«lcrirx-voiis nas comme criminelle... seulement parce que vous étiez instruite a I avance ' Lucore une fois, ne m’interioçez pas davantage... ne nie forcez pas à parler... vous vous en repentiriez, il ne mîi trop lard... Couriez* vous à moi.
— Me confier à vous... lion, non, je sais ce dont vous •‘les capable. .. JVi.ii ' certainement innocente de vos affreuses tentatives siu M. de lloiiricld... el les apparences me condamnaient, l'ourlant je vous dis que je veux tout savoir.
— KltHOtts décidée à renoncer à M. de Morville .
— Que vous importe? ... , „
— Il faut que je le sache... dans ce cas seulement je dots parler... Il serait cruel de laisser périr pour rien... deux ci é turcs de Dieu...
— La vie de deux personnes sérail donc eu danger ! s'écria madame
de Dausfcld. •
Malheur sur moi ! malheur sur vous dit Iris désolée ou par. tissant
l’tUre de l indea réiiou qui lui échappait. Vous me Elites dire ce que je ne voulais pas dire. Eh bteu ! oui, a celle heure, la vie de deux personnes est eu danger...
— Béni soit Dieu qui l’a fait parler; jamais je n achèterai le bonheur de ma vie entière à un tel prix... Je renonce à M. de Morville, et que jü sois maudite si jamais...
— Arrêtez... marraine. Je sais la puissance de vas scrupules... mais je sais aussi la puissance de votre amour... Quoiqu’il s’agisse de la vie de deux personnes... vous pourriez être maudite...
— M.tHieureuse...
— Tenez, marraine, laissons les événements suivre leur cours... ce quittera... sera...
— Maintenant que tu m’as rempli lime de terreur, car je sais ce dont lu es capable, tu veux le taire... Non, non, parle... je l’exige...
— Eh bien donc, pu > que vous m’y forcez, apprenez tout. Le prince aime Berthe et il eu est aimé -Vous «avez la jtdourie féroce de M. de Brévanues... Il hait déjà le prince parce qu’il e>t votre mari... Maintenam qu’il le suit aime de sa femme, il le bail à mort... Sur. posez Berthe assez imprudente pour accorder un rendez-vous à M.de Datisfeld, rendez vous innocent ou coupable, volontaire ou forcé, peu importe; M. de Brévaunes en est instruit, il les surprend tous deux par la nue : les apparences sont contre eux... Que Jait-i! I dites, que fait— il?
— Mon Dieu!... mon Dieu!...
— Que fait-il! Il se croit aimé devons, il croit quen vous reiid.uil libres, vous cl lui, par le double meurtre qu’il peut commettre impunément, il obtiendra voire main...
— Mais c’est une machination infernale...
M.,;* seriez-vous libre... ou non?... El en quoi auriez «vous participé si tout ced?... Votre mari vous trompe pour h femme d’un homme que vous haïsse*,.. Qu’y pouvez-vous?... Cet homme les tue ion- les deux... Etes-vous sa complice ? Qui vous empêche ensuite d épouser M. île MonHle?... En quoi lui-même peut-il jamais vous soupçonner d’avoir trempé dan» celte machination ?... Bien plus, ainsi que je vous In disais, l'intérêt, les sympathies du monde ne «croul-ils pas pour vous?... . , ....
Vous êtes folle... A peine M. de Ere va unes se porterait-il a une
si terrible extrémité s’il Ml croyait aimé de moi, et encore U n'oserait pas m’offrir une main... teinte du sang de mon mari.
— Cet homme e-t d’une jalouse d’orgueil ri sauvage, que dans aucune circonstance il n’aurait hésité à tuer su femme cl son séducteur ; main comme il vous aime avec d'autant pin* d’ardeur qu’il sc croit 1 ,1lem. nl aimé de vous, il ne doute pas que vous ne braviez les convenances ju-qu'à lui donner voire main, et il se hâte a cette heure de tendre le piège où sa femme et votre mari doivent infailliblement périr.
— Mais vous perdez la raison. «!et homme, ri vaniteux qu'il soit, ne sc croira jamais aimé de moi. A peine lui ai-je dit quelques paroles bienveillantes pour conjurer le mal qu il pouvait me frire.
— Mais, .j'ai parlé pour vous... moi !
— Vm« avez parié pour mot? .... ,
Et Iris raconl ■ à madame de llunsfekl l'histoire du h rre noir.
Paiüa resta muette, anéantie, à cette révélation, t llc ne pouvait croire tant d’audace, à une combinaison si diabo-
— Mal- e’est épouvantable! s’éerb-l-elle.
Iris r. g.’.rda sa maîtresse en souriant d’un air étrange, et lui dit :
— Vous m’aviez jn-qulri reproché d'agir sans votre consentement... j’ai eu I 1 rt... Je voulais vous cacher le fil des événements qui se préparaient. vous m’avez forcée de vous le découvrir... Vous devez vous en rep olir, maintenant que vous savez tout... Ignorante de cette f raille, son snen-s - lait pour vous un coup du Ita-ard, vous eti profitiez sans remords ; niaiuten.,ut vous en être niMmlte... si vous ne la dévoilez nas vous en êtes complice.
__ El pot: quoi m’ vz-v,;ÿ obéi? s’ sr n m -.chîn:ifoincnt madame de llo.isfold. l'ourquui ui'avez-vou* appria coa horreura?
- Ce mot ét.iit odieux, il révélait la secrète et homicide pernéc de Paulr. . . „ . . .
Je vous ai obéi, reprit amèrement Iris, parce que j aUc nazis cet
ordre avec impatience, et que si vous ne me I aviez pas donné, je vous aurais de moi-même Instruite de tout ceci...
— Que dit-elle?
— Je ne m’abuse pas ; en travaillant à votre bonheur, c est a ma perle que je cours : lorsque vous aurez épou»é M. de Morville, je ne serai plus pour vous qu'un objet de mépris et d'horreur... (.crics, j’aurais pu agir en silène. , sans vous prévenir, et vous laisser recueillir innocemment le fruit de celte saoglaule combinaison. Mais, je I avoue, j<» n’ai pas eu cc courage; je veut bien mourir pour vous, mais à condition que vous me diriez au moins : Meurs pour moi!
— Etrange et abominable créature!
— Votre bonheur causera ma perte, je le « 115 ; mais au inouïs, au
sein de votre heureux amour, p ut-être aurez-vous un souvenir de moi... . ,
— Si vous vous sacrifiiez atusi dans mon intérêt, vous eussiez attendu que ce que vous appelez mou bonheur fût assuré pour me faire cette nouvelle révélation...
— Non. marraine : il «o peut que vous ayez plus de vertu que d'a-
mour, et alors votre bonheur eût été à tout jamais empoisonné. A celle heure, ;iu contraire, en apprenant à quel prix vous auriez épousé M - de Morville, vous pouvez choisir, vous avez entre vos mains l'avenir do votre amour pour M. de Morville, le sort de Berllie de U ré va nues ut de votre mari... Un mot de vous à M. de Brévonnes au sujet du livra noir... et il sait que vous ne l'aimez pas, qu'il est dope d’une fourberies dont je suis routeur, el qu’au lieu de conduire sa femme à I hôtel Lmibert pour b frire plus sûrement tomber dabs le piege qu’il lui tend ainsi qu'à M.de llau fcld. il doit arracher Berthe 1 cet amour innocent encore, puisque lu mort de sa femme et du prince lui est inutile; «cl est votre devoir, marraine, faite>-le. Sans doute, M. de lîrév amies furieux, répandra contre vous ks plut atroces calomnies... Que vous importe? ce sont de* calomnies... .Sans dnutc, M de Morville pourra sVn obliger, y croire, et sourire amèrement ru songeant à l’amour idd-il et romanesque quil avait pour vous; cela est triste; que vous importe?... pendant la longue vie qu'il vous reste à passer auprès du prin- e que vous n’aimez pas. et qui ne vous aime plus... vous pourrez vous répéter glorîcu - ment chaque jour : J 'al fait mon devoir. .
— dli maudite sois-tu, démon vomi par l'enfer ! .. s’écria madame de liauridd avec égarement ; laisse-moi. . laisse-moi... Pourquoi virns- (u m'enfermer dans un cercle affreux dont je ne puis sortir mus Causer la mort de deux infm lunés, ou sans me jeter dans l'abîme d’un désespoir sans (lu ?
— Vous assombrissez bien les couleurs du tableau, marraine; vous pouvez sortir du cercle affreux dont vous parlez... mais pour aller le front huit et lier à l'wtcl avec M. de Morville , pour passer auprès de lui la vie la plu» belle cl la plus honorée...
— tlh ! tais- toi... lais-toi !
— El cela sans lui faire parjurer scs serments, cl cela sans le rendre CQopablo envers sa merc, car elle 1 unirai! re mariage, que vous pouvez Cty ira fier avec joie... IMS honte, sans crime, eu restant paisible à alleudie les événements... ne provoquant rien, ne faisant rien, ne sachant rien...
— Tais-toi ! oh ! tais-tni !
— N'encmira séant pas même pat nu mot hypocrite la vengeance féroce et intéressé de M. de • r -vannes, eu étaul loti jours avec lui Timidement polie 1 oui est prévu ... Le livre noir parlera pour vous : le.
livre noir dira que. pour rendre plus tard votre mariage possible , il ne faut pas qu’on soupçonne M. de Brévaunes de vous aum r et d'avoir calculé la vengeance qu'il aura tirée du prince et de Berthe... Cela \<>u> épargne encore une assiduité qui. remarquée dans le monde. Mirait pu éveiller la jalourie de M. de Morville. Je vous «Lis que tout était prévu... soigneusement prévu, marraine.
— Mon Dieu!... mon Dieu, ddivrez-moi de l'obsession de celle créature!
— De sorte qu’aprês le tragique événement, reprit imperiurhabLment Iris, M. de Bcévannesn'a aucun reproche à vous faire, et vous lui formez votre porte sans un mot d'explication. Brévaunes éclatera... que |.omra-t il faire ou dire? Le lix re noir est entre mes mains, il n'a pas une lettre de vous; d ailleurs, pour se plaindre, il lui faudrait avo-cr l'infame calcul qui lui a presque fait provoquer son déshonneur pour a\ l droit de tuer sa femme et votre inan... Mais il n oterait, car il inspirerait autant de mépris que d'horreur, qu'en dlte»-vons . marraine *
— :iUse-moi... le dis— je .. va-t en. . va-t'eu... lu m’iqmuvantrs !
Mou Dieu ! que fais-je antre chose que de vous exposer le bien et
le mal? Maintenant vous êtes libre... choisissez I — Monstre ! tu sais bien la portée de tes paroles... et des criiniutlles espérances qne ta év oques A ma pensée.
Suis-je un monstre... pour vous dire de choisir cotre le bien et le
mal? La vertu e>i donc une terrible chose à pratiquer, qu elle coule autant de lanues que le crime ?
— Seigneur, avez pitié de mol !
— Un dentier mut, ni n aine. J’ai pu mettre en jeu certaines passions, préparer certain!» événement»... mais il ne dépend plu» de moi de modérer leur marche ; or... ils semblent sr ptce'ipiur... dimaiu. peut-être, ii sera trop tard. Si vous êtes décidée au bien, < Vst-à-dirc à prévenir votre mari du danger qu’il va courir, et M.de B révannes de Li
1UULA MONTI.
mystification dont il rst rliipo , agissez wn* délai* aujourd'hui même, à l I iisLmi. Une heure iln retard peut tout perdre, c’est-à dire tout gagner ; dans lïniérèt do votre anvoar.
A ce moment, uu valet de chambre entra, après avoir frappé, chez Paub.
— yii’wt-feî dit-ellu à cet homme.
— No reliant pas si madame lu princesse recevait. J’ai prié M. cl madame de llrévanttcs d'attendre.
— IL sont là? s'écria nudamu de llantfcld eu tressaillant.
— Oui, prtoeme.
— Madame a oublié qu’elle avait donné rendez-vous À M. et madame de Rrévanttos ce malin, dit Itis.
— Lu efuH, reprit Pailla d'une voix émue, je... oui... sans doute.
— La princesse reçoit, se L-ita de dire Iris, Priez seulement M. et madame de Bré vannes d’attciulic... un niomcnl.
Le valet de chambre sortit.