CHAPITRE VU
Le douhlc meurtre,
Iris, cacltée dans le taillis, avait suivi Bcrthe et Arnold depuis le commencement de leur en trelien jusqu'à leur outrée dans le chalet.
Du grands massifs de huis et de houx dérobaient la bohémienne aux regards de ceux qu’elle épiait. C'était elle qui avait mis sur pied et bit bondir le chevreuil qui avait franchi l’allée devant Berlhc. Après s'être approchée peu à peu du pavillou. Iris ferma b porte à double tour, et, triomphante, alla trouver M. de Brévannes, qui l'attendait à une assez grande distance.
Si le hasard n’eût pas servi le détestable dessein d'iris en réuuL&ant Bertlie et Arnold, elle se servait de l.i ruse quelle avait projetée eu attirant la jeune femme dans le pavillon sous le prétexte ue lui faire rencontrer Pierre Raimond.
M. de Brévaunes était armé d'un fusil à deux coups et vêtu d’uu costume de chasse ; le choix de son arme éloignait toute idée de préméditation, rien de plus naturel que sa conduite. Eu rcutraul de la chasse, il surprenait citez lui sa femme et M. de llausfcld, renfermés dans un pavillon écarté à b nuit tombante. Il les tuait.
Qui pourrait dire qu'il n'y avait rieu de coupable daus leur eutreluu? Personne.
Qui pourrait dire que b porte était fermée en dehors ?
Personne.
Malgré sa résolution, M. de Brévanucs frémit à la vue d'iris.
Le moment décUif était veuu.
La holténiicnue dissimula sa joie féroce, et lui dit avec un accent de douleur nrofoode :
— Je les ai suivis à leur insu, ainsi que je faisais d’après vos ordres depuis leur arrivée ici. Us se pariaient bas; leurs lèvres se touchaient presque... Lui avait un bras passé autour de b taille de votre femme. Tout à riieurc ils sont entrés ainsi dans le chalet ; alors j’ai fermé la porte... ci je suis venue.
M. de Brévannes ne répoudil rieu.
On ciilcudk seulement le bruit sec des deux batteries de son lu*il qu'il arma, et ses pas précipités qui bruirent sur les feuilles sèches dont i allée était jonchée.
La nuit était sombre.
H lui fallait environ un quart d'heure pour arriver au pa\ ilkra
PAUL A MONT
flous il vons dire qu'à ce* inomciil rel liouini* était autant poussé au meurtre par les fureurs de la jalousie que par le calcul atroce et insensé de tuer R, île ImUd afin d épouser ensuite sa veuve. Il croyait Berllic et le prince coupables.
£n ce moment M. de Brévannes était ivre de rage ; le sang lui battait aux lempes.
Apres ui»c assez longue marche, il aperçut au bout de l'allée les faibles lueurs que jetait le feu allumé dans la cheminée du cbalet à travers la fenêtre IrcUlagéc de plomb.
Il bâta le pas.
La pluie et le givre tombaient à torrents.
A mesure qu’il approchait du pavillon, il se sentait tour A tour baigne d’une sueur frotue ou brûlant de tous les (eux de la fièvre.
Enfin il arriva, marchant légèrement et avec précaution : il approcha l'œil des carreaux verdâtres.
A la lueur expirante du foyer, il reconnut l’espèce de manteau blanc à capuchon que Berthe portait ordinairement.
Assise sur un divan, la jeune femme lui tournait le dos; elle appuyait ses lèvres sur le front d'un homme agenouillé à ses pieds qui I entourait de ses deux bras.
Par uu mouvement plus rapide que la pensée, M. de Brévannes ouvrit la porte, entra, appuya le canon de son fusil entre les deux épaules de sa victime et lira.
Elle tomba sans [tousser un cri snr l'épaule de celui qui b tenait embrassée.
— Maintenant à vous, beau prince, coup double !... s'écria M. de Brévannes en dirigeant le canon de son fusil sur le crâne de 1'bonunc qui tachait de se relever.
Au mom *nt où il allait tirer, la porte de la seconde chambre du cbalet s'ouvrit violemment derrière lui.
' Quelqu'un qu'il ne voyait pas lui saisit le bras, détourna le fusil et l'cmpéclia de commettre un second crime. M. de Brévanoe» se retourna et vit... M. de Hansfeld ’
A ce moment, l’homme agenouillé devant b femme se releva, se précipita sur M. de Brévannes en criant :
— Assassin !
— M. de Morvillc ! s’écria M. de Brévannes en reconnaissant ce dernier à La lueur d’un jet de flammes.
— Tu as tué madame de llansfeld, assassin! répéta M. de Morvillc.
M. de Brévannes recula d’un pas, tenant toujours son fusil â la main:
ses cheveux se dressaient de terreur. Il se précipita vers la femme dont le corps avait glissé à terre, mais dont la trie reposait sur le sofa...
Il rcconuul Paula.
En s’apercevant de cette sanglante méprise, qui le rendait conpahlc d'u u assassinat que rien ne pouvait excuser, en trouvant M. de Morvillc auprès de b femme dont il to croyait passionnément aimé , un vertige furieux saisit M. de Brévannes ; il poussa un éclat de rire féroce et disparut.
Le prince , M. de Morville, bouleversés par cette scène horrible, ne s’opposèrent pas à son départ.
Quelques secondes apres, on entendit une détonation.
M. de Brévannes venait de se tuer.