‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Paula Monti ou L'hotel LambertChapitre 5 sur 41 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Madame de Itn'vanne».

La mafcon dont M. de Rrévannes occupait le premier étage était située rue Saint-Florentin. Fort indifférent aux jouissances cl aux recherches délicate-, du chez soi, il avait chargé un tapissier de le meubler richement; grâce à cette latitude la Usée an marchand, ce logis avait complètement l'aspect de ce qu'on appelle un bel appartement garni, c'est-à-dire l'aspect le plus banal, le plus triste, le plus froid qu'on puisse imaginer. Rien de particulier, rien rie personnel, ricu qui trahît un goût, une passion : pas un portrait, pas un tableau, pas un objet d'art. La seule pièce de ce vaste appartement qui n'eût pas un aspect vulgaire et fiacLu, était un petit salon où Rerthe se tenait habituellement. Malgré

l'heure avancée de la nuit (quatre heures du matin), c’est dans cette pièce que nous conduirons le lecteur. Madame de Rrévanues, toujours inquiète des absences prolongées de son mari, quoiqu’elle dût y éirê habituée, se couchait rarement avant d'ètre assurée de son retour. Il est doue quatre heures du matin. Bertbe. assise dans un fauteuil, les mains jointes sur ses genoux, regarde machinaletn ni le foyer qui s’éteint ; une lampe, placée auprè* d'elle sur une petite table où l'on voit un livre eulr’ouvert, éclaire vivement la figure de la jeune femme, et brille doucement sur ses bande - ux de cheveux châtains qui, ne Hissant voir que le lobe de sa petite oreille rose, vont sc perdre daus la natte épaisse qui se tord derrière sa tête.

Cequi frappait tout d’abord dans le gracieux visage de Berthc, c’était son expression d'angélique bonté: lorsqu'elle levait ses grands yeux bleus si beaux et si doux, le charme devenait irrésistible; sa bouche, un peu sérieuse, semblait plutôt faite pour le sourire bienveillant et affectueux que pour le rire bruyant de gaieté: sou col blanc arrondi, un peu long, se courbait avec une grâce indicible lorsqu'elle penchait sa tète sur sou sein. Rerthe portait une robe de soie gris-clair, dont la pâle nuance s’hnrmoni.iit à merveille avec la délicate blancheur de son teint; d'un côté de la cheminée on voyait un piano ouvert et chargé de musique; au-dessus, deux portraits de grandeur inégale représentaient la mere et le père de Bern e. Uii grand nombre de modestes cadres de bois noir, renfermant des gravures en taille-douce qui formaient l'oeuvre de hem* Hairmmd, ornaient ce petit salon tendu de papier rouge velouté, ci lui donn.ii- nt une apparence très-différente du reste de l'habitation ; eolin, sur la chemimie . on voyait une vieille pendule de marqueterie et deux petits (lambeaux blancs et bleus, en émail de t imoees, qui avaient appartenu à la mère de Berthc, et avaient été le cadeau de noce du graveur. Une larme longtemps suspendue au bout des longs cü* de la jeune femme roula sur sa joue comme une goutte tic rosée; son sein se souleva à plusieurs reprises, elle tressaillit... Une rougeur subite colora son front, puis Rerthe retomba dans sa morne apathie. Lu deux mots mm* dirons la cause de la tristesse et de l'abattement de Rerthe Rendant sua dernier séjour en Lorraine. M. de Bré vanne* avait accordé une protection très-particulière à une des femmes de Rerthe. L'insolence de cette tille ouvrit les yeux de madame de Rrévannes, ou du moitis lui donne de* soupçon» assez violents |K»ur exiger le départ de celte cré.iiufc.

Celle scène cruelle s'était passée qoelqm** jours avant le retour de M. de Rrévannes à Raris, et avait laisse un douloureux ressentiment d ms le Cœur de Bertbe. Elle avait jusqu'alors souvent souffert de* infidélités de son mari, mais elle n'avait jamais subi une humiliation pareille. Quatre heures du malin sonnèrent; absorbée dans une profonde rêverie , madame de Rrévannes n'avait pas cru la nuit si avancée: une voilure s’arrêta à ht porte. Berthc regretta d avoir veillé si Lard; une fors pour toutes son mari lui avait expressément défendu de l'attendre: se» gens mêmes se couchaient. Il rentrait habituellement par une petite porte bâtarde de sa maison dont il avait la clef; il lui fallait passer par le petit salon de 'Berthc pour entrer dans une des deux chambre* à coucher qui communiquaient à celte plece. Lorsque son mari parut, Bertbe se leva et alla à sa rencontre en tâchant de sourire afin de conjurer Forage qu'elle redoutait. I,es traits contracté* de M. de Bré vanités témoignaient de sa mauvaise humeur. Les quelques mots dits au hasard par iu.ul, une de Rcauvois» sur son voyage d'Italie avaient éveillé en lui nue foule d'idées pénibles, forcément contraintes pondant le bal et le souper. Il fut presque satisfait de trouver sa femme encore levée: eu b querellant il espérait épancher l'amertume qui le dévorait.

— Comment! s'écria-t-il, vous u’étes pas encore couchée! à quatre heures du malin! A quoi pensez-vous doue? Sui**— je ou non maître de mes actions? A peine arrivés ici , votre système d'inquisition va-t-il recommencer? Aussi bien, puisque nous voilà sur ce chapitre, épuHons-lc une bonne fois, afin de n y plus revenir de tout l'hiver.

El il s’assit brusquement dans le fauteuil de Rerllie, qui resta debout près du piano, stupéfaite de ce brusque débonlemeut de reproches.

— Mou ami. dit-elle timidement, vous savez que votre velouté est toujours la mienne. Donuez-moi \o» ordre*, je les suivrai. O n'est pas pour épier vos actious que j’ai veille si tard... Je m étais amusée à mettre ce petit salon en ordre. Fêla m'a occupée jusqu'à une Iteure du matin. Alors, supposant nue vous œ tarderiez pas a rentrer, j'ai voulu voui attendre J'ai sommeillé un peu... Quatre heures sont arrivées sans que je m'en aperçusse. Voilà mon crime, Charles, me le pardonnerez-vous? dit-elle en souriant et en levant son angélique regard sur sou mari.

M. de Brévantics ne parut pas désarmé.

— Mon Dieu ! reprit-il, ce u'est pas un crime que je vous reproche: il est iuin:îf de prêter un sens ridicule à mes paroles. Je ne suis pas

dupe de celte veillée Vous avez voulu vous assurer par vous-même

de l’heure à laquelle je rentrai*. Mai* vous m'obligerez de ne pas prendre cette habitude. Je n'eutends pas que les scènes de l'an pt*sé se renouvellent, et que par vos bouderie* et vos airs de victime vous me reprochiez ou ceci ou eda.— Charles ai-je jamais dit un mot... excepté... — Mou Dieu ! s’écria M. de Brévatraes eu interrompant sa femme, certain* silences, certaines physionomies sont aussi significatif* que des paroles. — Mai» câlin. Charfes, puis-je m’empêcher d'être triste / — Et pourquoi seriez-vous triste 7 Que vous manque-t-il ? !T êtes-vous pas dans une position inespérée? N'ai-ie pa» humainement fait tout ce que je pouvais taire pour vous? — Charles, vous savez si je suis ingrate; mon seul

PAUIA MONTI.

regret est de ne pouvoir vous mieux prouver ma recoiraahance. — Tmii ce que je tous demande , cesi de me rendre ma maison agréable» e’esl d’avoir toujours I air riant et heureux, au lieu de censurer ma conduite par vos affections mélancoliques .. Si j’ai suivi mon inclination en me mariant avec vous, ça été d'abord parce que je vous aimais. . et ensuite pour. . — Pour avoir une femme soumise à toutes vos volumes, mou ami, je le sais; vou» m'avez préférée à un parti riche, parce que La reconnaissance du sacrilb-e que vous m'avez tait m’impose des devoirs plus grauds encore... J’aurais été désolée que vous eussiez calculé autrement, Charles, car je n’aurais pu m’acquitter envers vous. Seulement, vous vous trompez si vous croyez que ma tristesse , souvent involontaire, est une critique île vos actions : il ne m'appartient pas de les juger. — Mais que signifie donc alors cette tristesse?

Après no moment d ‘hésitation, Ib-rthe reprit en (laissant les yeux :

— Quelques-unes île vos allions peuvent m’attrister «unis que je me plaigne. Ceci est trop subtil p<mr mol. Je vais être plus clair, et vous révéler à vous-méme ce que vous pensez et ee que vous n’oses pas dire. Au lieu d'avoir recours à toutes («. circonlocutions hypocrite*- , pourquoi tu* p.is avouer franchement que vous êtes jalouse? — Mon ami, no parlons pas de cela, je vous en prie. — Et pourquoi donc? je trouve, moi, qu'il est au contraire exrelLot de poser nettement tiotie position... Que j’aie ou non des nia ft cesses, voilà le grand mot lâché ...

c’est ce nue vous devez complètement ignorer nu feindre d ignorer

Telle est la conduite que doit tenir une femme de lion sens, au lieu de | tasser sa vie dans les entrais de la jalousie. — Charles... franc hement... e-t-ec bien à vous à dire qu’on peut raisonner. . vaiocre la jalousie , si peu fondée quYlle soit, ou si indignes qu’en soient les objets? — Fort Lieu , madame , vous me reprochez d’être jaloux. — Je ne von* en fils pas un reproche, mon ami Je suis indulgente pour ce sentiment, dont j’ai éprouvé toute?, les nng >ir>Scs. — Vous vous trompez complètement, madame, ri vou- nous noyez dans une position pareille à cet égard... Que j’aie ou non des maîtresses, votre considération n'en sera imlTvmcnt

altérée; mais moi qui ai tout sacrifié pour vous que je sols encore

couvert de ridicule... Tenez, ajouta M. de Brévannes ou se levant, les délits serrées, et eu fermant lis poings avec rage, à celte seule peusée, je ne me possède pas.

Et il se mit à marcher à grands pas.

— Vous avez raison, Cbarhs , dit tristement Bcrthe, notre jalousie n’est pas pareille; b mienne intéresse mon cœur, la vôtre votre orgueil; mais il n’importe, je la rr» perte. M'avez-vous jamais entendue me plaindre de l’isolement où je vis? Exrep'é mon père, que vous me permettez d'aller voir drux fois par semaine, et quelques personnes de votre famille que tous dérirez que je reçoive, je vis seule;... heureuse de vivre seule, je me hâte de vous le dire. — Ce qui ne vous empêche pas de tmnver h? temps long , n est-ee pas? F.l tout le monde sait l’effet de Li solitude et du déso uvrciiH’iil « liez les femmes... — Je ne suis pas désœuvrée, mon ami, j’aime passionnément la musique... je dessiue, je lis. Quant h la solitude, il ne dépend p3» de moi qoe vous restiez davantage chez vous.

Pendant que madame de Brévanoo* parlait, sou mari s’était machinalement approché de la croisée, dont il avait entr’ouvert les rideaux. Il rit de l'antre côté de la rue, au premier étage d’une inaÎMiu située en fa o de b sienne, une fenêtre aussi éclairée, et derrière les vitres la silhouette d’un homme qui regardait par cette fenêtre. Il était près de cinq heures du malin, la nuit piofondc, la rue déserte, que pouvait regarder cet homme, sinon la fenêtre du salon de madame de Bicvamics, seule fenêtre qui fût »an» doute encore éclairée dans la nuUou. Un de ces soupçons absurdes qui ue tondent que dans la cervelle des jaloux trompeurs (classe essentiellement distinct! de celle d- s jaloux trompés), uii de ccs soupçons ab-urdes, disons-nous, traversa l'esprit de M. de Brévannes ; il se retourna vers sa femme, le regard irrité, le front menaçant. *

— Madame, pourquoi y a-t-il de la lumière dans celte maison en face? l’écria-t-ll.

Puis, s'interrompant pour céder à une inspiration non moins ridicule que sa jalousie, il tira brusquement les rideaux, ouvrit la < roisée, cl s’avança »ur le balcon . où U se campa fièrement. A cette brusque apparition, les rideaux de la fenêtre de la maison d'en face se refermèrent subitement, I ombre s’eflaça, et un moment après la lumière dUparut.

Madame de lirévauues ue comprenant rien au court oux de soi» mari, et encore moin- à sa fautai rie d'ouvrir les croisées par uue nuit de janvier, s'avançait vers le buleou, lorsque M. de Brévannes se retourna , ferai violemment les rideaux» ci s*4< ria :

— Ah! c’cri ainsique vous occupiez vos loisirs en m'attendant, madame. — En vérité, Charles, je ne vous comprends pas. — Vous ne comprenez pas? Pourquoi cette fenêtre du premier étage de la maison d’en face était-elle encore éciairée il n'y a qu'un moment ? — Il n’y a qu'un moment?.... uuc fenêtre?.... dans la maison d on face? demanda Berlhe avec uue Mirprke croissante. — Faite- doue l'étonnée, madame ! Tout à l'heure quelqu'un regardait attentivement votre fenêtre. Ou a disparu des que je me suis montré. — fêla peut être, Charles, je n'en sais rien. Mais pourquoi im* dites-vous cela? — Pourquoi! — Pourquoi? — Parce que vous êtes saus doute d'intelligence avec celle pcrtunoc... El qu’il y a là-dessous quelque intrigue. Je ne m'étonne plus de votre veillée.

A cette accusaüou si brusque, si stupide, si inconcevable, Bcrthe ne

put trouver un mot à répondre ; elle joignit les mains en levant les yeut au ciel.

— Ce n’est pas répondre, madame, s'écria M. de H ré vanne* exaspéré. Je vous demande pourquoi il y avait de la lumière dans relte chambre en face, pourquoi un homme regardait ici?— Mais, mon (lieu ! le sais-je? s’écria Bcrthe. — Encore une fois, cela n’est pas répondre, ma. lame. — Mais que voulez-vmis que je vous réponde? — Prenez garde! s'écria M. de Brévatmes hors de lui. Ne me croyez pas assez sot pour être dupe de votre hypocrisie. J’ai vu ce que i’ai vu : je ne suis pas aveugle. Quelle e*t la personne qui habite en face? — Mais, Charles, je n’en sais rien; non*, sommes arrivés depuis hier matin.

M. de llrévunnes interrompit sa femme, se frappa le front et s’écria ?

— C'est cela... je me le rappelle maintcuent... une voiture de posto est arrivée peu de temps apres nous et est entrée datre cette maison : on nom suivait. . peut-être même en Lorraine, oh ! j’en suis »ûr, I! y a làdessuus qjiHque indigne mystère... mais je le découvrirai... malhcnrtuss que vous êtes !

Celte injure, celle dureté, ce reproche, si peu mérités, louchèrent Berlin* ju>qti'au vif. .Maigre sa douceur, malgré sa lérignaliun habituelle, sa d gnUé, sa conscience sc révoltèrent; elle dit duu ton ferme à soi mari :

— Vous avez tort de me parler de la sorte, Charles: vons pourrie!

pous.'Cr ma patience à bout, et me faire dire des choses... que, pour votre propre dignité, je vomirais taire. — Des menaces — Ce ne sont

point des nu oaces, Charles, seulement. .. Il n’est pas généreux à vous, qui m’avez donné tant de fors des sujets de plaintes et de chagrin, de m’accuser, et de me traiter avec ce mépris à propos d uu soupçon inj-eusé. — Voilà, pardieu 1 un nouveau langage — Chartes, je rue lasse de subir eu silence d’mjuslcs reproches, tandis que je | khi n ais moimême vous en adresser de malheureusement trop Ibndé». — De mieux en mieux. — Vous dites, Charles, que je dois fermer les yeux sur votre conduite: je l'ai toujours fait ; est-ce de ma faute si le bruit de vos aventures est venu jusqu'à moi, à mol qui vis seule loin du monde ? IV est-ce pas encore le bruit public et les insolences de la mMinble créature que j ai chassée de ( liez moi il y a huit jours qui... — Madame, pas un mot de plus. — l’ardonnez-moi, Charles, je parlerai , je ue veux pas abuser de la position que mon dévouement a mes devoirs m’a faite ; mais je veux que vous la respectiez. Je consens à fermer les veux sur des erreurs si basses, quelles ne méritent pas même mon indignation ... unis je ne souffrirai pas que vous m’écrasiez injustement. — Sur ma parole, math. me, votre audace rite confond. Et vous voulez, sans doute, nu* faim entendre que quatre ans de fidélité et de respect pour vos devoirs vous ont acquittée envers moi , et que vous êtes m linlenant libre d’agir comme bon vous semblera? Mais c'est iucToyahle! niais vous oubliez doue que je vous ai tirée de la ini»ère, que votre père vit de mes bienfait.?, et que j’avais été assez, bon pour lui offrir autrefois d’habit, r chez moi ? — Je n ai jamais oublié que vous m’avez tirée de la misère, comme vous le dites, Charles., et cela a été d'autant plus méritoire de mu part, que j'étais parfaitement indifférente à celle misère; U m'a f.illn , pour vous aimer, quoique ncl>e t surmonter peut-être autant de répugnance qu’il vous a fallu en surmonter jiour m’aimer, quoique y autre ! — Vraiment! vous m'avez fait cette gràce-là, de m’aimer malgré mes quarante mille livres de renies? — Quant à ce reproche, Charles, que mon père

vit de \os bienfaits c'est la première fois que vous me le faites

ce sera la dernière. Depuis bientôt un an la vue de mou père (il si affaiblie qu'il a été obligé de renonc er au travail qui jusque-la lui avait suffi pour vivre. A force d'instances, je suis parvenue à lui faire accepter une modique pension, il a consenti a la recevoir. — Afin de n’êüe pis audc-v-oiibdc vous en fait de condescendance, M. Raimond m'a fait aussi h grâce d’accepter de quoi vivre à faire au Heu d'aller à Choselcs. — Oui, mon père a fait grâce à votre vanité en u’allaut pas à l’hospice. Dans >et principes, il n'y avait là rien de dériiouor.mt ; vieux, infirme, hors d'état de vivre de son travail, ainsi qu'il l'avait toujours fait, il aura;! usé Sans honte de l’asile que la charité publique offre à l'infortune honnête. Mais puisque... — Mais puisque je reconnais si mal, n’esl-cc pas, les honte» de monsieur votre porc pour moi, H n’aura pas l’obligeance de me permettre de le soutenir plus longtemps ; il me fera la mauvaise plaisanterie d’aller s’établir à l'hôpital. — Cela est certain, Charte», car Je ue puis pas lui Laisser ignorer vo» reproches.

En prononçant tes decùercs paroles, la voix de Bcrthe, jusqu'alors ferme, s'émut beaucoup; scs forces étaient à bout; elle avait depuis longtemps contraint le» larmes qui l'oppressaient, mais clic lie put ton- &ervCT davantage cet empire sur elle-même : elle cacha la tête il.ius ses mains, retomba dans un fauteuil et se prit à pleurer avec amertume. M. de Brévannes était égoïste, dur, orgueilleux . nuis il était fort intelligent. Malgré ses sarcasmes sur les éli anges principes du père de Berthe à l'cudroit des bienfaits de» riches, il savait parfaitement que, raisonnable ou absurde, la conviction de s» femme et de Pierre Raimond était à ce sujet sincère et profonde. SespLtsanlcries u’avaicut été qu'un jeu cruel.

La douleur de Berlhe le toucha d’autant plus qu’il sc rappela ses derniers torts envers elle : il réltcchü enfin à tout ce qu'il lui avait dit d humiliant. Plu» elle semblait dépendre de lui, plus il devait ménager sa délicatesse et ne pus PaCCaUer de reproches si cruels. El puis il Liul tout dire : pourrions- uou» dévoiler un de ces mille replis du cœur humain ,

ou plutôt de l'organisation humaine? pouri ionwiot» faire croire à l'un de ces revirements soudains, brutaux, dont les hommes seuls sont capables. après les plus aigres, les plus basses, les plus injurieuses récriminations ? Berlin* était retombée assise sur son fauteuil, accablée sous l'impression que lui avait causée cette scène cruelle. La jeune femme baissait fa téie ; son joli cou, scs charma nies épaules blanches et polies comme de l'ivoire, que l'émotion couvrait d’un léger incarnat, frappèrent b vue de M. de Brévannes. Selon que cela arrive toujours, vingt fois il avait oublié sa femme pour des créatures indignes de lui être comparées, même sous le rapport de b beauté. Depuis b scène â laquelle Bcrtlie avait fait allusion en parlant d’une femme de chambre qu’elle avait chassée, les deux époux étaient restés l’un envers l'autre sous une profonde impression de froideur et de contrainte. L'amour de Berthe pour son mari avait reçu un mortel et dernier coup. N. de Brévannes, voyant le chagrin de sa femme, se figura, par une de ces imaginations grossières naturelles à 1 homme, qu’en flattant Bcrtlie sur la puissance et sur l'éclat de sa beauté, il se ferait pardonner les outrages dont il venait de l'accabler : il s'approcha donc silencieusement de Bcrtbe, puis, entourant sa bille, lui dit :

— Voyons, ma bonne petite Berthe, sois gentille, faisons b paix.

Il est impossible de rendre l'expression de ré|Hignance, de nonte, de douleur profonde qui éc I ib sur les traits de la jeune femme. Elle se dégagea brusquement des bras de M. de Brévannes. sc leva et s'écria :

— Ah ! mousicur. il me manquait cette dernière insulte. Celle-là, du moins, jamais je ne la supporterai.

El Berthe se précipita dans sa chambre, dout elle ferma la porte sur die. .Nous renonçons à peindre 1a rage do M. de Brévannes et le regard de courroux et de haiue dont il poursuivit sa femme.

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