I.a porte s'ouvrit
Fasillo entra en sc baissant, traversa deux autres éuormes grilles de fer. el se trouva dans une t «mr é Imite qui m: recevait de jour que par eu liant; devant lui était le vieux iuil. vêtu d'utte espèce der surplis jaune, qui dessinait se» membres longs et anguleux.
— Voyons, dit-il, voyous, inun fils, que je considère cc sachet de plus près.
El scs yeux nanibovaii tit sous ses ép;iis sourcils.
— Voyez, mon père’, répondît Fasillo, — Parles cinq étoiles de Stcnlmtli ! cc sont les itMgurh d'uu bien haut grade dan» noire allilialion. et je dois nl>éir à celui qui les porte, sans m’iufortncr de quelle maiiierc il k*s possède. Qn’urdoimes-tu, cnùul? le vieillard est â tes genoux. Un t'appelle Jacob, et [Hiurtml lou nom est l'Ink ; n‘o»l-il pa» vrai, vieillard ? dctiuuid» l asiilo. — C’est la vérité. Que l'auge tue touche du doigt si je mens ! — Or, soigneur Pl*«k, vous avez de» magasins qui oui uiM* entrée domanl sur la grevé, pre> l ame do IkTim'Nih ? — C'est la vérité. Que l'ang*: me louche du doigt si je meus! — El dans cc» magasins von» cachez de riches lis'.u* de Tunis, de» écharpe» do Fuustaiii»nople cl (k* beaux cacbetnir* , s vouant «lu Taire ci d'Upahait ?
Le juif pâlit, main répondit né.iumoiu» -
— T'e>t b vérité. Que Taupe me louche du doigt si je meus ! — Tu vas donc celte nuit, sans délai, san» fraude, taire charger do ce» ouirchatidiscs une tartane mouilléo dm» Tau>e de Bélim'Sab, sou» pavillon danois.
I.c juif, qui était agenouillé, se releva comme s'il eût été mordu |«ar une vipère.
PLIK. ET PLOK.
— Par la ceinture des mages ! lu n'v pcuscs pas, jeune homme ; c'est impossible. Par Baltltarar ! les cheveux nie dressent sur la télé rien que d'v songer. — Infâme juif, dit l'enfant, ne crois-tu nas que je veuille les marchandises pour rien? Tiens, voici de l'or, de ior encore à acheter (es magasins, et loi-même et ton llahbin. — Dieu du ciel ! sarde ton or, il m'épouvante. Tu le trompes étrangement sur les motifs de mon refus, jeune bomme. >'e sais-je pas que, muni de ce saint emblème, tu pourrais tout exiger de moi, ma fortune et ma vie ; niais ce que tu demandes, le sais-tu?
Quand le juif ne vil plus rien, il regagua Tanger à pas lents; mais, arrivant devant une voûte bavsc qui donnait sur la grève, il doubla le pas en levant les mains au ciel, car cette porte était rentrée de ses magasins.
Juste un mois après l'exécution du Gilauo, une peste effroyable ravageait Cadix ; car Fasillo avait fait échouer sa tartane au pied du fort Sainte-Catherine.
Sa tartane, remplie des marchandises achetées par lui à Tanger, avait été pillée par le peuple.
Or, en achetant ces marchandises, qui venaient du Levant, alors désolé par une épidémie, Fasillo savait quelles étaient infectées, et que maître l'Ink n'aliendail pour les purilicr qu'un moment favorable (I).
Le peuple de Cadix, qui ignorait celte circonstance, s'empara des beaux cachemires d'Ispahan et des tissus de Géorgie, et le peuple fut pestiféré.
La bonne compagnie trouva commode d'acheter ces raretés à vil prix, cl la bounc compagnie fui pestiférée.
Jusnu a l'alcade et Ica membres de la Junte, qui ne purent résister non plus au désir de voir leurs femme» cl leurs filles parée^comme les nobles épouses cl les demoiselles d'un grand d'Espagne; elles membres de la Junte, l’alcadc et leurs familles furent pestiwres!
El il joienaii ses matas, et son rrg.ud, attache sur Fasillo, exprimait la terreur Ta plus profonde.
— Je le sais, maître l'iok. — Tu le sais? mais non, c’est impossible.
Alors il regarda avec inquiétude autour de lui, et, comme s'il cul
craint d'être entendu, s'approcha de l'oreille de Fasillo, et lui parla un iuslaut à voix basse, puis le regarda en secouant la tête d'uu air interrogatif.
— Je le savais, te dis-je, maître l’iok. — El vous voulez — Je le
veux.
Le soir, Fasillo surveillait rembarquement des ma relia odises, et le lieux Benlekel les noirs portaient à bord les derniers ballots, lorsque maître l’iok, nui s’était toujours tenu éloigné, s'approcha du jeuoe bomme et lui ait '
— Le démon seul, mon fils, a pu vous charger d'une telle commission ; j'en suis innocent : que la vengeance du ciel retombe snr vous cl sur ceux qui vous font agir! — Que le ciel vous ait en aide! maître l'iok. répondit Fasillo en lui tendant la main.
Mais le juif fit un effroyable bond en arrière.
— C’est vrai, je n'y pensais plus, dit l'enfant. Adieu, maître. Au revoir. — Au revoir... te sera donc demain, car avant trois jours votre mère n'aura plus de lils. — Non, juif. Au revoir... li-bas, ou notre premier bonjour sera un grincement de dents ; car avant toi, maître l'iok, j'aurai pour lit une fournaise ardente, mais je l’y garderai une bonne place, maître. Au revoir donc. — Il me fait horreur, dit le juif. Et. immobile sur la plage. il suivait de l'œil Fasillo, qui regagna la tartane, lit orienter les voiles, et, profilant d'une honne brise d'est, qui devait le porter rapidement dans le détroit de Gibraltar, mil le cap nu nord-ouest, s'éloigna peu à peu, cl di-parut dans les profondeurs de Thorizou.
Enfin, il périt une innombrable quantité de monde à Cadix et daas les environs, rar les mois de juillet cl d'août furent très-chauds, et b lièvre jaune vint compliquer la peste.
Ou estime le nombre des morts à vingt-neuT mille sept cent trentedeux, sans compter les moines.
On ne sait ce que devint Fasillo et son équipage de noirs.
Mais il avait tenu parole au Gilauo
Il l'avait vengé !
(i ) Bcan-onp dp juifs Je Tanjer font ce lucratif métier : il» achètent dr« mirchandi*e« infectée» i vil pria, le# unifient tant bien que mal, et le» revendent en Europe. La peste Je Cadix, en I7ü0, n'a pas eu d'autre came. Un Mtuacot contrebandier échappa aux visite» unitaire», et propagea l'épidémie.
Fasillo
Le malheureux avait lu cuisse brisée — raoc t'J