CHAPITRE XII
combat
Silence! tout est fait, tout retombe à l'diuue : L'écume des hauts mâts a iccouterl h nuit- ViCTOB lime. — A'urunn.
— Eh bien ! des boulets, ou nous sommes coulés connue des cliieus ! cria Kernok à maître Durand aussitôt que celui-ci parut sur le pont. — Pas uu, dit le docteur en griuçaut des dents. — Que mille millions de tonnerres enlèvent le brick ! et rien, rien pour recevoir l’Anglais qui va nous aborder / Tiens, sacrebleu! regarde...
El ce di*aut, Kernok poussa Durand contre le bastingage, qui tombait eu morceaux. En effet, quoique la corvette lut horriblement a vai iée, elle venait veut arrière sur le brick sous un lambeau de sa misaine, taudis que l’Epervier, qui avait perdu toutes ses voiles et ne gouvernait plus qu’au moyen de son foc et de sa briganiùic, ne pouvait éviter l'abordage que l'Anglais voulait tenter, étant Lien supérieur en nombre.
— Pas un boulet! pas un boulet! Saiul Nicolas! sainte Barbe, et tou» les saints du calendrier, si vous ne venez pas à mon aide, ctia Kcrtmk djus un étal d'effroyable exaspération, je jure d'aller charnberncr et bouleverser vos niches, comme je brise ce compas ! Et que le tonnerre m’écrase s'il reste pierre sur pierre d'une seule de vos chapelles sur toute b côte de i’empuul ! 1 !
El le pirate, écornant de colère, avait mis eu pièces uue des boussoles qui se trouvaient près de lui.
Il paraîtrait que tous les saints que kernok implorait si brutalement voulurent se conduire en gens canonisés. Des hommes auraient puni le téméraire, des demi-dieux vinrent à sou secours, montrant par b combien leur essence élhérée était supérieure à nos intelligences étroites et raucunières.
Aussi, à (veine Kernok eut-il terminé sa singulière et efTrayaule invocation, que, frappé d une idée subite, d'uuc idée d'en haut peut-être, il s’écria eu rugissant de joie :
— Les piastres '....cordieu, mes garçons, les piastres !... chargeouscn nos pièces jusqu a h gueule; cette mitraille-là vaut bien l’autre. L'Anglaise veut de b monnaie, elle en aura, et de b toute cluude, qui, eu sortant de nos cauons, ressemblera plutôt à des lingots de bronze qu'à i de bonnes gourdes d’Espagne. Les piaslrcs sur le pont !... les piastres ! I Celle idée électrisa l'équipage. Mailre Duraud m; précipita dans la soute, et l’on roula sur le poul trois barils d'argent, I50,C00 livres environ.
— Mourra! Mort aux Angbis ! crièrent les dix-neul pirates qui restaient en étal de combattre, noire de poudre et de fumée, cl nus jusqu’à b ceinture pour mameuvrer plus à I aise.
Et une sorte de joie teruce et délirante les exalta.
— Les cliieus d’ Anglais ne chanteront pas que nous sommes avares, dit l'un; car celle mitraille— lû va bien payer le chirurgien qui les pansera. — Uu voit que nous nous ballons avec une dame. Sacredieu! quelle galanterie ! des boulets d'argent !... On soigne b corvette, dit un autre. — Je ue demanderais qu'une gargousse comme ça de haute paye, pour m’amuser à Saiul-Pol, reprit uu troisième.
El de fait, on jetait l'argent à poignée daus les carouades, on les en gorgeait. Cinquante mille écus y passèrent.
A peine toutes le» pièces étaicut-clle*. chargées que b corvette se trouvait nres du brick, manoeuv ratil de maniéré à engager son bcaupié dans les haubans de l'Epcrvier ; mais Kernok, par un mouvemcul habile, passa au vent de l'Anglais, et, une fois là, se bissa dériver sur lui.
A deux portées de pistolet, la corvette b< ha sa dernière bordée ; car elle aussi avait épuisé ses munitions; elle aussi s’était battue bravemeut et avait fait des prodiges de courage, depuis deux heures que durait ce combat acharné. Malheureusement b houle empêcha les Anglais de pointer juste, et toute leur volée passa au-dessus du corsaire, Sans lui faire aucun mal.
Un matelot du brick lit feu avant l’ordre.
— Chien d étourdi ! s'écria Kernok ; et le pirate roulait à ses pieds, abattu d’un coup de hache. — Et surtout, s'écria-t-il, ne fuites feu que ; lorsque nous serons bord à bord ; qu’au moment où les Anglais iront pour sauter sur notre poul, nos cauous leur crachent au visage, et vous i verrez que ccb les vexera, soyez-en sûrs!
! A cet instant même, les deux navires s’aborderont. Ce qui restait do
PUK ET PLOK. 37
ÏVqnipage Anglais était daus les hauhans et sur le» bastingages, l.i hache au poing, ic poignard aux dents, prête à s’élancer d'un bond sur le pont du brick.
• Un grand silence à bord de VEptrvier...
— Aw»y ! goddain, away ! Lascars, cria le capitaine anglais, beau jeune homme de vingt-cinq ans, qui, ayant eu les deux jambes emp >rtées, s’était fait mettre dans un baril de sou pour arrêter l'hémorrhagie et pouvoir commander jusqu'au dernier moment. — Away ! goddam ! répéta-t-il. — Feu, maintenant, feu sur l'Anglais ! hurla kernok.
Alors tous Us Anglais s'élancèrent sur le brick.
Les don»* carouades de tribord leur vomirent à la (are une grêle de piastres, avec un fracas épouvanta Ne.
— Hourra 1... cria l'équipage tout d’une voix.
Quand l'épaisse fumée sc fut dissipée, et qu’on put juger de l’cfTet de cette bordée, on ne vil plus aiiciiu Anglais, aucun... Tous étaient lombes à la mer ou sur le pout de la corvette, tous étaient morts ou affmi'-cinent mutilés. Aux cris du combat avait succédé un silence morne et imposant; et ces dix-huit hommes qui survivaient seuls, isolés au milieu de l'Océan, entourés de cadavres, ne se regardaient pas sans un certain effroi !
kernok lui-même fixait les yeux avec stupeur sur le tronc informe du capitaine anglais; car la mitraille d'argent lui avait coeorc emporté nu brus. Scs beaux cheveux blond» étaient souillés de sang ; pourtant le sourire lui restait sur les lèvres — C’est qu'il était mort sans doute en pensant à elle, à elle, qui, baignée de larmes, allait revêtir de longs habite de deuil, en apprenant sa fin glorieuse. Heureux jeune homme I Il avait peut-être aussi sa vieille mère pour le pleurer, lui qu'elle avait bercé tout petit enfant. C'était peut-être un avenir brillant qui avortait, lui nom illustre qui s'éteignait en lui. Quels regrets il devait bisser! Combien on devait le plaindre! Heureux! trois fols heureux jeune homme ! que ne devait-il pas à la eoulevriue de Kernok ! d'un boulet elle en avait fait un héros pleuré dans les trois royaumes. Quelle belle invention que b poudre à canon !
Tel devait être à peu près le résumé des réflexions de kernok ; car il resta calme et riant à 1a voe de ecl horrible spectacle.
Scs matelots, au contraire, s'étaient longtemps regardés avec une espèce d'étonuernent stupide. Mai», ce premier mouvement passé , k* naturel insouciant et Imitai reprenant le dessus, tous, d'un mouvement spontané, crièrent : Hourra! Vive l'Epervier et le capitaine Kernok !
— Hourra! mes garçons, reprit celui-ci. El» bien ! vous le voyez, l'Epervirr a le bec dur; mais il faut maintenant songer à réparer nos avaries. Suivant mon estime, noirs devons être du côté des Açores. La brise fraîchit; allons, enfants, nettoyons le pont. Et quant aux blessés... quant aux blessés , répéta-t-il d'un air pensif, eu frappant machinalement le bastingage avec sa barbe d'armes, tu les fera» porter à bord de la corvette, maître Durand, dit-il brusquement. — Pour?... demanda celui ci d'un air interrogatif. — Tu le saura», répondit Kernok d'un air sombre, en trouvant scs épais sourcils.
Mailr* Durand fut remplir les ordres du capitaine en murmurant : Que veut-il en Elire? C'est louche...
— Mousse, ici ! cria kernok à tîrain-dc-Sel, qui essuyait d'un air triste la montre que maitre Zéli lui avait léguée; car elle était toute couverte de sang.
Le monsse leva la tête; des larmes roulaient dan» ses yeux. Il s'avança près du terrible capitaine sans penser à trembler. Une idée fixe le dominait, c'était le souvenir de la mort de maitre Zéli, auquel il était vraiment bien attaché.
— Tu vas descendre à fond de cale, et dire à ma femme qu'elle peut venir m'embrasser; entends-tu? dit kernok. — Oui, capitaine, répondit tiruin-dc-Sel ; et une grosse larme tomba sur 1a montre.
Il disparut aussitôt par le grand panneau pour chercher Mélie.
Kernok monta avec agilité dans les hunes , examina le gréement avec I.» plus scrupuleuse attention les avaries étaient nombreuses, mais pa» inquiétante*, cl avec le secoure de mit» et de vergues de rechange, il vit bien qu'il pourrait continuer sa roule et regagner le port le plus voisin.
Grain-dc-Sel remonta sur le pont, mais seul.
— Eh bien! dit Kernok, où est doue ma lemme, butor? — Capitaine... c’est que... — C’est que quoi? parleras-tu, chien? — Capitaine... elle est dan» la cale... — Je le sais bien. Pourquoi ne monte-t-elle pas, gredin? — Ab dam! capitaine..., c'est qu'elle est morte.... — Morte!... morte! dit Kernok eu pâlissant; et pour lu première fois sa figure exprima la douleur et l'angoisse.
— Oui, capitaine, morte derrière une caisse à eau, tuée par un boulet qui est entré au-dessous de la flottaison : et ce qu'il y a de drôle , c’est que le corps de madame voire femme a bourbe juste le trou que le boulet avait fait ; sans cola l'eau entrait, et le brick était coulé. Madame votre femme a sauvé FEpaxier, tout de même, cl il vaut bien mieux ça pour elle que...
Grain-dc-Sel, qui avait baissé les yeux au commencement de sa nar-
ration, ne pouvant soutenir le regard étincelant de Kernok, se hasarda a lever h tête.
Kernok n'était plus là : il s'était précipité dans la cale, et il regardait» les yeux secs, les bras croisés, h'* poings convulsivement serres; cai, suivaiu le rapport du mousse, la tète et une partie de l'épaule de Mélie. broyées daus le trou du boulet, avaient empêché le projectile d'aller plu» loin.
Pauvre Mélie! sa mort même avait été utile à son Kernok.
Le pirate resta seul environ deux heure» enfermé dans la cale près des restes de Mélie. Là il usa sa douleur, car, lorsqu'il remonta sur le pont, s.1 figure était impassible et froide. Seulement, un peu avant s ai retour, un cri douloureux s'était fait entendre, et une masse informe avait disparu au milieu des eaux . — C’était le cadavre de Mélie.
Pendant ce temps, maître Durand avait fait porter les blessés sur la corvette anglaise.
— Mais pourquoi ne nous laisse -t-on pas à bord du brick? demandaient-ils avec instance au bon docteur. — Mes enfante, je n’en sais rien; c'est peut-être parce que l’air est meilleur ici. et dan» les blessures graves H faut changer d'air, c'est connu. — Mais, maître Dur.ind. voilà qu'on emporte {mur le brick toutes les vergues et les mâts de rechange «le I* corvette. Comment allons-nous donc naviguer? — Peut-être par la vapeur, répondit M. Duraud, qui ne pouvait résisterait plaisir de luire une plaisanterie. — Tiens... vous vous en allez, maître Durand, et vous aussi, camarades. Eh bieu! et nous! et nous!... maître Duraud.. maître Durand !
Ainsi disaient les blessés, assez forts pour crier, mai* non pour marcher, en voyant le clururgien-canoimier-charpcntier descendre dans son canot et regagner le brick avec son équipage.
— Oui, le plus souvent que c'e>t pour nous faire changer d’a'r qn ou nous envoie ici, dit un Parisien nui avait un bras de moiu» et un bi»c:ut'ii dan» la colouue vertébrale. — bh bien! pourquoi nous y envoie -t-on. Parisien? demandèrent p1u»ieurs voix avec iuquiétude. — Pourquoi ?... dan» le but de lions faire r rever, ikcndaut qu'ils profileront de nus part» de prise. Comme c’est maliu ! Seulement, & ils avaient eu pour deux liard» de cœur, il» auraient fait une trouée dans la cale pour non» couler... au lieu de laiser ici de bons enfants s’entre-dévorer comme des requins. Ça sera dan» le genre du Colin quo j’ai vu au Mont- Tbabor, chez M. Francuni; ici sa voix commence à s'affaiblir, car je viens de leur entendre dire qu’il ne restait pas de vivres à boni de la corvette, et que c’est en partie pour s’en procurer qu’elle nous avait donné la chasse. C’est vexant tout de même de mourir quand on est riche; car, avec ma part de prise, je m’en serais joliment donné à Paris. Dieu ! la Chaumière, le Vauxliafl, l'Ainbigu... et les demoiselle» U! Ah ! oui, c’est vexant -, car maintenant le temps dénouer une garcette, et je serai cuit... je ne sens déjà plu» mes jambes, et puis on dirait que mon rieur se retourne... Adieu, les autres. L'est pour vous que ça va être sciant... car vous n’êtes pas tendre», mes agneaux... Vous serez joliment coriaces, et pour vous avaler il faudra une fameuse sauce... Sa langue devint alors tellement embarrassée, qu'il fut impossible d'entendre un mot. Cinq minute» après il était mort, la; Parisien avait deviné juste : il est impossible de rendre les imprécation» cl les malédictions dont Kernok cl le reste de l’équipage furent accablés. Un blessé anglais, qui comprenait le français, fit part a ses compatriotes de b destinée qui les attendait. La rumeur augmenta. Chacun jurait et blasphémait dan» »a langue. C'était un bruit! un bruit ! à réveiller un chanoine. Mais tous ces malheureux étaient trop grièvement blessé» pour pouvoir sc lever; et, d'ailleurs, pas d'embarcations...
Il y eu eut plusieurs qui se roulèrent près de la coupé*' des bastingage», et sc laissèrent tomber A la mer, prévoyant toute l'horreur du sort qui était réservé à leurs compagnons.
— C'est fait ! dit maitre Durand à Kernok, dès qu’il fut de retour. — Nous sommes parés, répondit Kernok ; la brise fraîchit du sud. Avec cette misaine pour grand’vode, et les perroquets au lieu de huniers, nous pouvons faire roule. Oriente grand largue et mets le cap an N.-N.-E. — Ainsi, dit maître Durand en montrant la corvette qui se balançait déscmparée, ces pauvre» diables, nous les laissons là? — Oui, répondit Kernok — C’est (oui de même un procédé peu délicat.-— Al» I vrai... Sais-tu en qid nous reste de vivres à bord, grâce à la fêle quo je vous ai donnée, curages? — Non. — Eh bien ! il nous reste un baril de biscuits, trois ! tonne» d'eau et une caisse de rhum; car vous avez gaspill - en un jour . ; les vivres de trois mois. — C’est autant de notre faille que de la leur.—
! Je ui’cn... moque: nous avons encore peut-être huit ceuis lieues à faire et dix-huit matelots à nourrir; or, ceux-là doivent passer avant tout, i car ils sont en état de manœuvrer. — Ceux que vou» laissez sur la corvette vont crever comme des chiens, ou se manger les uns les autres ; car demain, après-demain... Us auront faim. — Je m'en... moque, qu’ils crèvent! Il vaut mieux que cc soient ceux qui soûl à moitié morts que nous autres, qui avons encore du câble à filer.
laïs matelote du brick entendaient cette conversation; Ils commence- I rcnl à murmurer. — Nous ne voulons pas abandonner uos camarade* . dirent-ils.
1 Kernok promena sot eux son coup d’œil d'aigle, mit ta liacite d'amies
PLIK ET PLOK,
son» son bras, croisa ses mains derrière son dos, et dit d’une vois impérieuse :
— Hein? vous ne... voulez pas?...
On fit silence , profond silence.
— Je vous trouve encore de singuliers animaux ! s’écria-t-il. Sache* doue, canailles, que nous sommes à huit cents lieues de toute terre ; qu'il faut compter sur au moins quinze jour» de traversée, et que si nous gardon*. les blessés à bord, iis solfieront tonie notre eau, et ne nous serviront pas plus qu'un aviron à un trois-ponts. — C’est vrai, interrompit le canoimicr-rhirurgten-charpenlier, rien ne boit comme un blessé ; c’est comme l'ivrogne, c'est desséchant. — Et quand nous serons sans eau et sans biscuits, est-ce saint Kernok qui tous en enverra? Nous serons obligés de manger nou e chair cl de boire notre sang, comme ils vont faire, du reste; belle chienne de nourriture! Ça vous lente, n’esl-ce pas, tas de lascars que vous êtes; au lieu qu'eu tâchant de rallier Bayonne ou Bordeaux, nous pouvons revoir la France et y vivre en bons bourgeois avec notre part de prise, qui ne sera pas mince, puisqu’elle sera augmentée de la leur... ajouta Kernok eu désignant h-s blessés de la corvette.
Cet argument calma victorieusement les derniers scrupules des récalcitrants.
— Enfin, dit Kernok, cc sera comme ça, parce que la le veux ; est-ce clair, hein? El le premier qui ouvre b bouche, je la lui fermerai, moi, avec b coquille de mon poignard. Allons, cordieu ! courons grand largue une bordée au nord.
Les dix-huit hommes qui composaient alors l'équipage obéirent en silence, jetèrent uu dernier regard sur leurs compagnons, leurs frères, qui poussaient des cris affreux en voyant le brick s'éloigner. Puis, comme b brise fraîchit beaucoup, ÏEpertier fut bientôt loiu du lieu du combat. .Mais le lendemain une horrible tempête s’éleva, d’énormes montagnes d'eau semblaient à chaque minute devoir submerger le brick, qui, ayant mis à 1a cape, fuyait devant le temps sous sa pouiou.se.
Enfin, après une traversée pénible, PEpervirr atteignit Nantes, y relâcha pour réparer ses avaries, et, suivant les vmux de Kernok, reprit la mer pour venir mouiller encore une fois dans b baie de l'cinpou).
Là, une commission d'enquête fut formée pour vérifier b légalité de b prise. Alors Kernok jura tous ses jurons qu’il irait d ‘sonnais débarquer à Saint- 1 humas, puisque ces cormorans d'administrateur* venaient pécher dans ses eaux t Ce furent ces propres expressions
CHAPITBB XIII.