‹ Œuvres illustrées de BalzacChapitre 27 sur 29 · DE MADAME DE MORTSAUF AU VICOMTE FELIX DE VANDENESSE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE MORTSAUF AU VICOMTE FELIX DE VANDENESSE

« Félix, ami trop aimé, je dois maintenant vous ouvrir mon cœur, c moins pour vous montrer combien je vous aime que pour vous ap- « prendre la grandeur de vos obligations en vous dévoilant la profonc deur et la gravité des plaies que vous y avez faites. Au moment où f je tombe harassée par les fatigues du voyage, épuisée par les ata teintes reçues pendant le combat, heureusement la femme est a morte, la mère seule a survécu. Vous allez voir, cher, comment a vous avez élé la cause première de mes maux. Si plus tard je me a suis com plaisamment offerte à vos coups, aujourd'hui je meurs atc teinte par vous d'une dernière blessure ; mais il y a d'excessives a voluptés à se sentir brisée par celui qu'on aime. Bientôt les souff frances me priveront sans doute de ma force, je mets donc à profit « les dernières lueurs de mon intelligence pour vous supplier encore « de remplacer auprès de mes enfants le cœur dont vous les aurez « privés. Je vous imposerais cette charge avec autorité si je vous aif mais moins; mais je préfèi^ vous la laisser prendre de vous-même, c par l'effet d'un saint repentir, et aussi comme une conlinuntion de « votre amour : l'amour ne fut-il paft en nous constamment mêlé de a repentantes méditations et de craintes expiatoires? Et, je le sais, c nous nous aimons toujours. Votre faute n'est pas si funeste par « vous que le retentissement que je lui ai donné au dedans de moic même. Ne vous avais-je pas dit que j'étais jalouse, mais jalouse à « mourir? eh bien ! je meurs. Consolez- vous, cependant : nous avons f satisfait aux lois humaines. L'Egfise, par une de ses voies les phis c pures, m'a dit que Dieu serait indulgent à ceux qui avaient immolé a leurs penchanls naturels à ses commandements. Mon aimé, apprec nez donc tout, car je ne veux pas que vous ignoriez une seule de « mes pensées. Ce que je confierai à Dieu dans mes derniers moa ments, vous devez le savoir aussi, vous, le roi de mou cœur, comme « il est le roi du ciel. Jusqu'à celle fêle donnée au duc d'Angouléme, c la seule à laquelle j'aie assislé, le mariage m'avait laissé dans 11- « gnorance qui donne à l'âme des jeunes filles la beauté des anges. « J'étais mère, il est vrai; mais l'amour ne m'avait point environnée « de ses plaisirs permis. Comment suis^je restée ainsi ? je n'en sais « rien ; je ne sais pas davantage par quelles lois tout en moi fut changé a dans un instant. Vous souvenez-vous encore aujourd'hui de vos a baisers? ils ont dominé ma vie, ils ont sillouué mon âme ; l'ardeur « de votre sang a réveillé Tardeur du mien ; votre jeunesse a péuétré a ma jeunesse, vos désirs sont entrés dans mon cœur. Quand je me 0 suis levée si fière, j'éprouvais une sensation pour laquelle je ne sais « de mot dans aucun langage, car les enfants n'ont pas encore trouvé c de parole pour exprimer le mariage de la lumière et de leurs yeux»

LK LYS DANS LA VALLÉfc.

c ni le baiser de la vie sur leurs lèvres. Oui, c'était bien le son arf rivé dans l'écho, la lumière jetée dans les ténèbres, le mouvement c donné ù l'univers, ce fut du moins rapide comme toutes ces choses; c mais beaucoup plus beau, car c'était la vie de l'àme ! Je compris € qu'il existait je ne sais quoi d'inconnu pour moi dans le monde, f une force plus belle que la pensée, c'était toutes les pensées, toutes « les forces, tout un avenir, dans une émotion partagée. Je ne me « sentis plus mère qu'à demi. En tombant sur mon cœur, ce coup de « foudre y alluma des désirs qui sommeillaient à mon insu ; je devi-* « nai soudain tout ce que voulait dire ma tante quand elle. me baisait ff sur le front en s'écriant : — Pauvre Henriette ! En retournant à « Clochegourde, le printemps, les premières feuilles, le parfum des « fleurs, les jolis nuages blancs, l'Indre, le ciel, tout me parlait un « langage jusqu'alors incompris, et qui rendait à mon âme un peu du « mouvement que vous aviez imprimé à mes sens. Si vous avez ou' « blié ces terribles baisers, moi, je n'ai jamais pu les effacer de mon € souvenir : j'en meurs ! Oui, chaque fois que je vous ai vu depuis, 9 vous en ranimiez l'empreinte ; j'étais émue de la tète aux pieds par « votre aspect, par le seul pressentimeut de votre arrivée. Ni le « temps, ni ma ferme volonté n'ont pu dompter cette impérieuse vo« c lupié. Je me demandais inyolontairement : Que doivent être les « plaisirs? Nos regards échangés, les respectueux baisers que vous « mettiez sur mes mains, mon bras posé sur le vôtre, votre voix dans « ses tons de tendresse, enfin les moindres choses me remuaient si « violemment, que presque toujours il se répandait un nuage sur mes « yeux : le bruit des sens révoltés remplissait alors mon oreille. Ah! c si dans ces moments où je redoublais de froideur, vous m'eussiez u prise dans vos bras, je serais morte de bonheur. J'ai parfois désiré « de vous quelque violence, mais la prière chassait promptement « cette mauvaise pensée.Votre nom prononcé par mes enfants m'em. c plissait le cœur d'un sang plus chaud qui colorait aussitôt mon via sage, et je tendais des pièges à ma pauvre Madeleine pour le lui « faire dire, tant j'aimais les bouillonnements de cette sensation. Que « vous dirai-je? votre écriture avait un charme, je regardais vos letc très comme on contemple un portrait. Si, dès ce premier jour, vous « aviez déjà conquis sur moi je ne sais quel fatal pouvoir, vous com- « prenez, mon ami, qu'il devint inûni quand il me fut donné de lire « dans votre âme. Quelles délices m'inondèrent en vous trouvant si f pur, si complètement vrai, doué de qualités si belles, capable de si € grandes choses, et déjà si éprouvé ! Homme et enfant, timide et « courageux ! Quelle joie quand je nous trouvai sacrés tous deux par a de communes souffrances ! Depuis cette soirée où nous nous cou- « fiâmes l'un à l'autre, vous perdre, pour moi c'était mourir : aussi « vous ai-je laissé près de moi par égoîsme. La certitude qu'eut M. de « la Berge de la mort que me causerait votre éloignement le toucha « beaucoup, car il lisait dans mon âme. Il jugea que j'étais nécessaire « à mes enfants, au comte : il ne m'ordonna point de vous fermer c l'entrée de ma maison, car je lui promis de rester pare d'action et « de pensée. — u La pensée est involontaire, me dit-il, mais elle peut « être gardée au milieu des supplices. — Si je pense, lui répondis-je, <r tout sera perdu, sauvez -moi^^ moi-même. Faites qu'il demeure « près de moi, et que je reste pure ! » Le bon vieillard, quoique bien « sévère, fut alors indulgent à tant de bonne foi. — « Vous pouvez « l'aimer comme on aime un Cls, en lui destinant votre fille, » me 0 dit-il. J'acceptai courageusement une vie de souffrances pour ne pas ff vous perdre, et je souffris avec amour en voyant que nous étions « attelés au même joug. Mon Dieu ! je suis restée neutre, fidèle à mon a mari, ne vous laissant pas faire un seul pas, Félix, dans votre proa pre royaume. La grandeur de mes passions a réagi sur mes faculf tés, j'ai regardé les tourments que m'infligeait M. de Morlsauf « comme des expiations, et je les endurais avec orgueil pour insulter « à mes penchants coupables. Autrefois j'étais disposée à murmurer, « mais; depuis que vous êtes demeuré près de moi, j'ai repris quela que gaieté, dont M. de Bfortsauf s'est bien trouvé. Sans cette force ff que vous me prêtiez, j'aurais succombé depuis longtemps à ma vie « intérieure, que je vous ai racontée. Si vous avez été pour beaucoup ff dans mes fautes, vous avez été pour beaucoup dans l'exercice de « mes devoirs. Il en fut de même pour mes enfants. Je croyais les « avoir privés de quelque chose, et je craignais de ne faire jamais as- « sez pour eux. Ma vie fut dès lors une continuelle douleur que j'ai- « mais. En sentant que j'étais moins mère, moins honnête femme, le « remords s'est logé dans mon cœur; et, craignant de manquer à mes « obligations, j*ai constamment voulu les outrepasser. Pour ne pas « faillir, j'ai donc mis Madeleine entre vous et moi, et je vous al des-

ff tinés l'un à l'autre, en m'élevant ainsi des barrières entre nous deux. ff Barrières impuissantes! rien ne pouvait étouffer les tressaillements ff que vous me causiez. Absent ou présent, vous aviez la même force. « J'ai préféré Madeleine à Jacques, parce que Madeleine devait être ff à vous. Mais je ne vous cédais pas à ma fille sans combats. Je me « disais que je n'avais que vingt-huit ans quand je vous rencontrai, « que vous en aviez presque vingt-d^x ; je rapprochais les distances, f je me livrais à de faux espoirs. 0 mon Dieu, Félix, je vous fais ces « aveux afin de vous épargner des remords, peut-être aussi afin de f de vous apprendre que je n'étais pas insensible, que nos souffrances f d'amoqr étaient bien cruellement égales, et qu'Arabelle n'avait auff cune 'supériorité sur moi. J'étais aussi une de ces filles de la race « déchue que les hommes aiment tant. Il y eut un moment où la lutte i fut si terrible, que je pleurais pendant toutes les nuits : mes cheff veux tombaient. Ceux-là vous les avez eus ! Vous vous souvenez de f la maladie que fit M. de Mortsauf. Votre grandeur d'âme d'alors, ff loin de m'élever, m'a rapetissée. Hélas! dès ce jour je souhaitais « me donner à vous comme une récompense due à tant d'héroïsme ; ff mais cette folie a été courte. Je l'ai mise aux pieds de Dieu pendant f la messe à laquelle vous avez refusé d'assister. La maladie de Jacff ques et les souffrances de Madeleine m'ont paru des menaces de « Dieu, qui tirait fortement à lui la brebis égarée. Puis votre amour « si naturel pour celte Anglaise m'a révélé des secrets que j'ignorais « moi-même. Je vous aimais plus que je ne croyais vous aimer. Maff deleine a disparu. Les constantes émotions de ma vie orageuse, les ff efforts que je faisais pour me dompter moi-même sans autre seff cours que la religion, tout a préparé la maladie dont je meurs. Ce ff coup terrible a déterminé des crises sur lesquelles j'ai gardé le siff lence. Je voyais dans la mort le seul dénoûment possible de cette c tragédie inconnue. Il y a eu toute une vie emportée, jalouse, fuff rieuse, pendant les deux mois qui se sont écoulés entre la nouvelle ff que me donna ma mère de votre liaison avec lady Dudicy et votre « arrivée. Je voulais aller à Paris, j'avais soif de meurtre, je souhai- < tais la mort de cette femme, j'étais insensible aux caresses de mes « enfants. La prière, qui jusqu'alors avait été pour moi comme un ff baume, fut sans action sur mon âme. La jalousie a fait la large brèff che par où la mort est entrée. Je suis restée néanmoins le front ff calme. Oui, cette saison de combats fut un secret entre Dieu et moi. « Quand j'ai bien su que j'étais aimée autant que je vous aimais moi- « même et que je n'étais trahie que par la nature et non par votre ff pensée, j'ai voulu vivre... et il n'était plus temps. Dieu m'avait mise ff sous sa protection, pris sans doute de pitié pour une créature vraie ff avec elle-même, vraie avec lui, et que ses souffrances avaient sotiff vent amenée aux portes du sanctuaire. Mon bien-aimé. Dieu m'a ff jugée, M. de Mortsauf me pardonnera sans doute; mais vous, serezff vous clément? écouterez-vous la voix qui sort en ce moment de « ma tombe? réparerez-vous les malheurs dont nous sommes égale- « ment coupables, vous moins que moi peulpêtre? Vous savez ce que «je veux vous demander. Soyez auprès de M. de Mortsauf comme ff est une sœur de charité auprès d'un malade, écoutez-le, aimez-le ; ff personne né l'aimera. Interposez-vous entre ses enfants et lui comme « je le faisais. Votre tâche ne sera pas de longue durée : Jacques ff quittera bientôt la maison pour aller à Paris, auprès de son graud- « père, et vous m'avez promis de le gnider à travers les écueils de ff ce monde. Quant à Madeleine, elle se mariera; puissiez-vous un « jour lui plaire! elle est tout moi-même, et de plus elle est forte, ff elle a cette volonté qui m'a manqué, celte*énergie nécessaire à la ff compagne d'un homme que sa carrière destine aux orages de la vie ff politique, elle est adroite et pénétrante. Si vos destinées s'unisa salent, elle serait plus heureuse que ne le fut sa mère. En acquéff rant ainsi le droit de continuer mon œuvre à Clochegourde, vous « effaceriez des fautes qui n'auront pas été suffisamment expiées, bien ff que pardonnées au ciel et sur la terre, car il est généreux et me ff pardonnera. Je suis, vous le voyez, toujours égoïste ; mais n'est-ce ff pas la preuve d'un despotique amour ? Je veux être aimée par vous « dans les miens. N'ayant pu être à vous, je vous lègue mes pensées « et mes devoirs ! Si vous m'aimez trop pour m'obéir, si vous ne ff voulez pas épouser Madeleine, vous veillerez du moins au repos a de mon âme en rendant M. de Mortsauf aussi heureux qu'il peut « l'être .

a Adieu, cher enfant de mon cœur, ceci est l'adieu complètement ff intelligent, encore plein de vie, l'adieu d'une âme où tu as répandu ff de trop grandes joies pour que tu puisses avoir le moindre remords ff de la catastrophe qu'elles ont engendrée ; je me sers de ce mot en

LR LYS DANS U VALLËE.

« pensant que tous m'aimez, car moi J'arrive au lieu du repos, irti» «t molëe au devoir, et, ce qui me fait frémir, non sanê regret! Dieu «t saura mieux que moi si j'ai pratiqué ses saiales iDis selon leur es» «t prit. J'ai sans doute chancelé souvent, tnaîs je Ue suis point tom» c bée, et la plus puissante excuse de mes fautes est dans la grandeur « même des séductions qui tn'ont çnvlronnée. Le Seigneur me verra «t tout aussi tremblante que si j'avais succombé. Encore adieu» M « adieu semblable à celui que j'di fait bler à notre belle i^ftllëe, atf seilk c de laquelle je reposerai bientôt, et où vous reviendrea soiiveb^ • n'est-ce pas?

• Je tombai dans un abîme de réflexions en apercevant les orofondeurs inconnues de celte vie alors éclalréô par cette dernière flamme. Les nuages de mon égoisme se dissipèrent. Elle avait donc souffert autant que moi, plus que mol, car elle était Morte. Elle croyait que les autres devaient être excellents pour son ami ; elle avait été si bien aveuglée par son amour, qu'elle n'avait pas soupçonné rinimitlé de sa fiile. Celte dernière preuve de sa tendresse me fit bien mal* Pauvre Ilcnrietle, qui voulait me donner Glocbegourde et sa fille I

Natalie, depuis ce jour à jamais terrible où je suis entré pour la première fois dans un cimetière, en accompagnant les dépouilles de cette noble Henriette, que maintenant vous connaissez, le soleil a été moins chaud et moins lumineux, la nuit plus obscure, lé mouvement moins prompt, la pensée plus lourde. Il est des personnes que nous ensevelissons dans la terre, Inals il en est de plus pâriiculièreroent chéries qui ont eu notire cœur pour linceul, dont le souvenir se mêle chaque jMir à nos palpitations ; nous pensons à elles comme nous respirons, elles sont en nous par la douce loi d'upe métempsycose

Îiroprc à l'amour. Une âme est en mon âme. Quand quelque bien est ait par moi, quand une belle parole est dite, celte âme parle, elle agit ; tout ce que je puis avoir de bon émane de cette tombe, comme dun lys les parfums qui embaument l'atmosphère. La raillerie, Id mal, tout ce que vous blâmez en moi vient de moi-même. Maiiilenatit, quand mes yeux sont obscurcis par uti nuage et se reporteut vers le ciel, après aroir longtemps contemplé la terre, quand mi bouche est muette à vos paroles el à vos soids, ne me demandes plus : ^ À quoi pen^eZ'VùUi?

Cliere Natalie, j'ai cessé d'écrire pendant quelque tenins, ces sou* venirs m'avaient trop ému. Maintenant je vous dois le récit des événements qui suivirent celle catastrophe, et qui veulent peu de paroles. Lorsqu'une vie ne se compose que d'action et de mouvement, tout est bientôt dit ; mais, quand elle s'est passée dans les régions les plus élevées de l'âme, son histoire est difîase. La lettre d'Henriette faisait briller un espoir à mes yeux. Dans ce grand naufrage, j'apercevais une lie où je pouvais aborder. Vivre à Glocbegourde auprès de Madeleine, en lui consacrant ma vie, était une destinée où se satisfaisaient toutes les idées dont mon cœur était agité; mais il fallait connaître les véritables pensées de Madeleine. Je devais faire mes adieux au comte ; j'allai donc à Clochegourde le voir, et je le rencontrai sur la terrasse. Nous nous promenâmes pendant longtemps. D'abord 11 me parla de la comtesse en homme qui connaissait l'étendue de sa perte, et tout le dommage qu'elle causait à sa vie Intérieure. Mais, après le premier cri- de sa douleur, il se montra plus préoccupé de l'avenir que du présent. Il craignait sa filles qui n'avait pas^ me ditil, la douceur de sa mère. Le caractère ferme de Madeleine, chez laquelle je ne sais quoi d'héroïque se mêlait aux qualités gracieuses de sa mère, épouvantait ce vieillard accoutumé aux tendresses d'Henriette, et qui pressentait une volonté que rien ne devait plier. Mais ce 3ui pouvait le consoler de cette perte Irréparable était la certitude e bientôt rejoindre sa femme : lès agitations éi les chagrins dé ces derniers jours avaient augmenté son etai maladif, et réveillé ses anciennes douleurs; le combat qui ae préparait entre ton autorité de père et celle de ^ fille» qui devenait matlresae de maison» allait lai faire finir ses jours dans 1 amertume ; car là où il avait pu lutter avec sa femme, il devait toujours céder â son enfant. D'ailleurs son fils s'en irait, sa fille se marierait; quel gendre aurait-il? Quoiqu'il parlât de mourir proniptement, il se sentait seul, sans sytnpathics, pour longtemps encore.

Pendant cette heure où il ne parla que de-lui même en me demandant mon amitié au nom de sa femme, il acheva de me dessiner complètement la grande figure de l'émigré, l'un des types les plus imposants de notre époque. H était en apparence faible et cassé, mais la vie semblait devoir peri^ister en lui, précisément à cause de ses mœurs sobres et de ses occupations champêtres. Au moment où j'écris il vit encore. Quoique Madeleine pût nous apercevoir allant le long de la terrasse, elle ne descendit pas; elle s'avança sur le perron et rentra dans la maison à plusieurs reprises, afin de me marquer son mépris. Je saisis le moment où elle vint sur le perron, je priai le comte de mquler au château; t'avais à parler à Madeleine, je prétextai une dernière volonté que la comtesse m'avait confiée, je n'avais plus que ce moyen de la voir» le comte l'alla chercher et nous laiss:) seuls sur la terrasse.

— Chère Madeleine, lui dis-Je, si je dois vous [larler, n'est-ce pas ici où votre mère m'écouta quaild elle eut i se plaindre moins de moi que des événements de la vie. Je connais vos pensées, mais ne me condamnez-vous pas sans connaître les faits? Ma vie et mon bonheur sont attachés à ces lieux^ vous le savez, et vous m*en bannissez par la froideur que vous faites succéder à l'ami lié fraternelle qui nous unissait, et que la mort a resserrée par le lien d'une même douleur. Chère Madeleine, vous pour qui je donnerais à l'instant ma vie, sans •ttcun espoir de récompense, sans que VoUs le sachiez même, tant nous aimons les enfiints de celles qui nous ont protégés dans la vie, voua ignorez le. ptojet eareseé par votre adorable mère pendant ces sept années, et qui modiûerait sans doute vos sentiments, mais je ne veux point de ces avantages« Tout ce que j'implore de vous, c'est de ne pas m*ôter le droit de venir respirer l'air de cette terrasse, et d'attendre que le temps ait changé vos idées sur la vie sociale ; en ce momcnî je me garderais bien de les heurter; je respecte une douleur qui voua é^are, car elle bi'ôte â tdOi-même la faculté dé juger sainement les circonstances dans lesquelles je me trouve* La sainte qui veille en ce moment sur nous approuvera la réserve dans laquelle je me tiens en vous priant seulement de demeurer neutre entre vos sentiments et moi. Je vous aime trop malgré l'aversion que vous me témoignez pour expliquer au comte un plan qu'il embrasserait avec ardeur. Soyez libre. Plus tard, songez que vous ne connaîtrez personne au monde mieux que vous iie me connaissez, que nul homme n'aura dans le cœur des sentihients plus dévoués...

Jusque-là Madeleine m*avait écouté les yeui baissée, tnais eUe m'arrêta par un geste.

— Monsieur, dit-elle d'une voix tremblante d'émotion, je connais aussi toutes Vos pensées ; mais je ne changerai poiht de sentiments â Votre égard, et j'aimerais mieux tne jeter dans l'Indre que de me lier É vous. Je ne vous parlerai pas de moi ; mais, si le nom de ma mère conserve encore quelque puissatice sur vous« c'est en son nom que je vous prie de ne jamais venir à Glocbegourde tant que j'y serai. Votre aspect seul me cause un trouble que je ne puis exprimer, et que je ne surmonterai jamais.

Bile me salua par un mouvement plein de dignité, et remonta vers Glocbegourde, saus se retourner, impassible comme l'avait été sa mère un seul jour, mais impitoyable. L'œil clairvoyant de cette jeune fille avait, quoique tardivement, tout deviné dàUs le cœur de sa mère, el peut-être sa haine contre un homme qui lut semblait funeste s'ét litelle augmentée de duelques regrets sur soti innocente complicité. Là tont était abîme. Madeleine me baissait, sau» Vouloir s'expliquer si j'étais la cause ou la victime de ces malheurs : elle nous eût bais peutêtre également, sa mère et moi, si nous avions été heuieux. Ainsi tout était détruit dans le bel édifice de mon bonheur. Seul, je devais savoir en son entier la vie de cette grande femme inconnue, seul j étais dans le secret de ses sentiments, seul j'avais parcouru son âme dans toute son étendue; ni sa mère, tii son père, ni son mari, ni ses enfants ne l'a valent connue. Chose étrange ! Je fouille ce monceau de cendres, et prends plaisir à lés étaler devant vous, nous pouvons tous y trouver quelque chose de nos plus chères fortunes. Combien de familles ont aussi leur flenrietle 1 oombieta de nobles êtres quittent la terre sans avoir rencontré un historieb intelligent qui ait sondé leurs cœurs, qui eu ait mesuré la profondeur et l'étendue ! Ceci est la vie humaine dans toute sa vérité : souvent les mères ne connaissent pas plus leurs enfants que leurs enfants ne les connaissent; il en est ainsi des époux, des amants et des frères! Savais-je, mol. qu'un jour, sur le cercueil même de mon père, je plaiderais avec Charles de Vandenesse, avec moh n*ère, à l'avancement de qui j'ai tant contribué? Mon Dieu! combien d'enseignements dans la plus simple hisioire. Quand Madeleine eut disparu par la porte du perron, je revins le cœur brisé, dire adieu à mes hôtesi et je partis peur Paris en suivant la rive droite de l'Indre, par laquelle j étais venu dans celle vallée pour la première fois. Je passai triste à travers le joli village de Pont-de-Ruan; Cependant j*ét;iis riche, la vie politique me souriait, je n'étais plus le piéton fatigué de ^814. Dans ce temps-là, mon cœur était plein de désirs, aujourd'hui mes yeux étaient pleins- de larmes; autreibis j'avais ma vie à remplir, aujourd hui je la sentais déserte. J'étais bien jeune, j'avais vingtneuf ans,* mon cœttr était d^à flétri. Quelques années avaient suffi pour dépouiller ce paysage de sa première magnificence et pour me dégoûter de la vict Vous pouvei maintenant comprendre quelle fut mon émoiioo, iorsqu'en me retournant je vis Madeleine sur la terrasse.

Dominé par une impérieuse tristessct je ne songeais plus au but de mon voyage. Lady Dudiey était bien loin de ma pensée, que j'entrais dans sa cour sans le savoir. Une fois la soiiise mite, il fallait la soutenir. J'avais chet elle des habitudes conjugales, je montai chagrin en songeant à tous les ennuis d'une rupture. Si vous avez bien eouipris le caractère et les manières de lady Dudiey. vous imagii>erez ma déconvenue, quand son majordome m'introduisit en habit de vovage dans un salon où je la trouvai pompeusement habillée, environnée de cinq personnes. Lord Dudiey, l'un des vieux hommes d'Etat les plus considérables de l'Angleterre, se tenait debout devant la cheminée»

LE LYS DANS LA VALLÉR

gourmé, plein de morgue, froid, avec Vair railleur qu*il doit ayoir au parlemeiu, il sourit en entendant mon nom. Les deux enfants d* Arabelle, qui ressemblaient prodigieusement à de Marsay, 1 un des fils naturels du vieux lord, et oui était là, sur la causeuse près de la marquise, se trouvaient près de leur mère. Arabelle en me voyant prit aussitôt un air hautain, fixa son regard sur ma casquette de voyage, comme si elle eût voulu me démander à chaque instant ce que je venais faire cbes elle. Elle me toisa comme elle eût fait d'un gentdhomme campagnard qu^on lui aurait présenté. Quant à noire intiniiié« à cette passion éternelle, à ces serments de mourir si je cessais de Taimer, à cette Huilasmagorie d'Armide, tout avait diaparu comme un rêve. Je n'avais jamais serré sa main, Tétais un étranger, elle ne me cou* naissait pas. Malgré le saug-froid diplomatique auuuel je commençais à m'hnbitucr, je fus surpris, et tout autre a ma place ne l'eût pas été moins. De Marsay souriait à ses boCtes, qu'il examinait avec une alTeciation singulière. J'eus bientôt pris mon parti. De toute autre femme, j'aurais accepté modestement une défaite ; mais, outré de voir debout l'héroïne qui voulait mourir d'amour, et qui s'était moquée de la morte, je résolus d'opposer l'impertinence à l'impertinence. Elle savait le désastre de lady Brandon : le lui rappeler, c'était lui donner un coup de poignard au cœur, quoique l'arme dût s'y émousser.

— Madame, lui dis-je, vous me pardonnerez d'entrer chez vous si cavalièrement, quand vous saurez que j'arrive de Touraine, et que lady Brandon m'a chargé pour vous d'un message qui ne souffre aucun relard. Je craignais de vous trouver partie pour le Lancashire; mais, puisque vous restez à Paris, j'attendrai vos ordres et l'heure à laquelle vous daignerez me recevoir.

Elle inclina la tête et je sortis. Depuis ce jour, je ne l'ai plus rencontrée que dans le monde, où nous échangeons un salut amical et quelquefois une épigramme. Je lui parle des femmes Inconsolables du Lancashire, elle me parle des Françaises qui font honneur à leur désespoir de leurs maladies d'estomac. GrAce à ses soins, j'ai un ennemi mortel dans de Marsay, qu'elle affectionne beaucoup. Et moi je dis qu'elle épouse les deux générations. Ainsi rien ne manquait à mon désastre. Je suivis le plan que j'avais arrêté pendant ma retraite à Sache. Je me jetai dans le travail, je m'occupai de science, «de littérature et de politique ; j'entrai dans la diplomatie à l'avènement de Charles X, qui supprima l'emploi que j'occupais sous le feu roi. Dès ce moment je résolus de ne jamais faire attention à aucune femme si belle, si spirituelle, si aimante qu'elle pût être. Ce parti me réussit à merveille : i'acquis une tranquillité d'esprit incroyable, une grande force pour le travail, et je compris tout ce que ces femmes dissipent de notre vie en croyant nous avoir payé par quelques paroles gracieuses. Mais toutes mes résolutions échouèrent : vous savez Comment et pourquoi. Chère Natalie, en vous disant ma vie sans réserve et sans artifice, comme je me la dirais à moi-même ; en votil racontant des sentiments où vous n'étiez pour rien, peut-être ai-Jë finisse quelque pli de votre cœur jaloux et délicat ; mais ce qui coUffdUcerait une femme vulgaire sera pour vous. J'en suis sûr« unti tlotivelle raison de m'aimer. Auprès des âmes souffrantes et maladélt lëi^ femmes d'élite ont un rôle sublime à jouer, celui de la sœur de charité qui panse les blessures, celui de la mère qui pardonne à Teuf^ut. Les artistes et les grands poètes ne sont pas seuls à soulTVir i Ids hommes qui vivent pour leurs pays, pour l'avenir des naliotis, en élargl!i!>nnt le cercle tie leurs passions et de leurs p^ensées, se foilt soUveUl Une bien cruelle solitude. Ils ont besoin de sentir à leurs côtés un amoUr pur et dévoué; croyez bien qu'ils en comprennent la gratidettr Ci le prix. Demain, je saurai si je me suis trompé en vous aimant.

A MONSIEUR LE COMTE FEUX DE VANDËMëSSË.

« Cher comte, vous avez reçu de cette pauvre niâdatnë de Mort- « sauf une lettre qui, dites- vous, ne vous a pas été inutile pour vous (( conduire dans le monde, lettre à laquelle vous devez votre haute <( fortune. Permettez-moi d'achever votre éducation. De grâce, dé- « faites-vous d'une détestable habitude ; n'imitez pas les veuves qui tf parlent toujours de leur premier mari, qui jettent toujours à la face « du second les vertus du défunt. Je suis Française, cher comte : je « voudrais épouser tout l'homme que j'aimerais, et ne saurais en vé* <( rite épouser madame de Mortsauf. Après avoir lu votre récit avec « l'atteniion qu'il mérite, et vous savez quel intérêt je vous porte, il « m'a semblé que vous aviez considérablement enuuyé lady Dudley « en lui O|)posanl les perfections de madame de Mortsauf. et fait « beaucoup de mal à la comtesse, en l'accablant des ressources de « l'amour anglais. Vous avez manqué de tact envers moi, pauvre « créature, qui n'ai d'autre -mérite que celui de vous plaire; vous « m'avez donné à entendre que je ne vous aimais ni comme Uenrielte, « ni comme Arabelle. J'avoue mes imperfeciions, je l«s connais ;

ff mais pourquoi me les faire si rudement sentir? Savez-vous pour ff qui je suis prise de pitié? pour la quatrième femme que vous aiiiie- « rez. Celle-là sera nécessairement forcée de lutter avec trois perf sonnes; aussi dois-je vous prémunir, dans votre intérêt comme (( dans le sien, contre le danger de votre mémoire. Je renonce à la a gloire laborieuse de vous aimer : il faudrait trop de qualilcs catho- « hques ou anglicanes, et je ne me soucie pas de combattre des fan- « tomes. Les vertus de la vierge de Clochegourde désespéreraient la « femme la plus sûre d'elle-même, et voire intrépide amazone découd rage les plus hardis désirs de bonheur. Quoi qu'elle fasse, une « femme ne pourra jamais espérer pour vous des joies égales à son « ambition. Ni le cœur ni les sens ne triompheront jamais de vos a souvenirs. Vous avez oublié que nous uiontons souvent à cheval. « Je n'ai pas su réchauffer le soleil attiédi par la mort de votre sainte « Henriette, le frisson vous prendrait à côté de moi. Mon ami, car ff vous serez toujours mon ami, gardez- vous de recommencer de « pareilles confidences qui mettent à nu votre désenchantement, qui c découragent l'amour et forcent une femme à douter d'elle-même. « L'amour, cher comte, ne vit que de confiance. La femme qui, avant « de dire une parole, ou de monter à cheval, se demande si une cét leste Henriette ne parlait pas mieux, si une écuyère comme Ara- « belle ne déployait pas plus de grâces, cette femme-là, soyez-en sûr, « aura les jambes et la langue tremblantes. Vous m'avez donné le « désir de recevoir quelques-uns de vos bouquets enivrants, mais c vous n'en composez plus. Il est ainsi une foule de choses que vous f n'osez plus faire, de pensées et de jouissances qui ne peuvent plus « renaître pour vous. Nulle femme, sachez-le bien, ne voudra cou* « doyer dans votre cœur la morte que vous y gardez. Vous me priez c de vous aimer par charité chrétienne. Je puis faire, je vous l'avoue, ff une infinité de choses par charivé, tout, excepté l'amour. Vous êtes c parfois ennuyeux et ennuyé, vous appelez votre tristesse du nom ff de mélancolie : à la bonne heure; mais vous êtes insupportable et ff vous donnez de cruels soucis à celle qui vous aime. J'ai trop souff vent rencontré entre nous deux la tombe de la sainte : je me suis « consultée, je me connais et je ne voudrais pas mourir comme elle. « Si vous avez fatigué lady Dudley, qui est une femme extrêmement ff distinguée, moi qui n'ai pas ses désirs furieux, j'ai peur de me ren froidir plus tôt qu'elle encore. Supprimons l'amour entre nous» i pUlique vous ne pouvei plus en goûter le bonheur qu'avec les <f iilOftëëi el restons amis, je le veux. Comment; cher comte? vous 1 A¥ëfl §11 pmtr votre début Une adorable femme, une maîtresse « purhllë 4tti longeait à votre fortune, qui vous a donné la pairie, « m I^ÔUS tthtlttit Avec ivresse) ^jul ne vous demandait que d'être fift dètë^ el ¥0U« TlVêt fait mourir de chagrin; mais je ne sais rien de « plUii iAëilëiryettlii Parmi les plus ardents et les plus malheureux a jeuueë iem qui Ihihlëill leurs ambitions sur le pavé de Paris, quel <t ëHt ëëlul qyi tlë fesiëniit pil sage pendant dix ans pour obtenir la '< nioilté dél ftlVeul's que vous n'avez pas su reconnaître ? Quand on ff est aimé ainsi» quë pëHhëR iëttiander de plus? Pauvre femme ! elle ff a bien ilOUff^fl, et, ({Uttlld VëttI Avez fait quelques phrases sentihienff laleii VëUi VUU» croyez (tUlM HVec son cercueil. Voilà sans doute a le pPllt qui âUëbd ma délresië pour vous. Merci, cher comte, je ne ff veut dé rt¥ilë ttl HU delà ni en deçà de la tombe. Quand on a sur « la conscience de parëlll ëHMës, au moins ne faut-il pas les dire. Je ff vousai fait une litiprudente demande, j'étais dans mon rôlede femme, Q de fille d'felve, le vôtre eonslstaii à catduler la portée de votre réponse. I U fallait Iflë trdtnpëf I pifis tard) Je vous aurais remercié. N'avez- I votas ddtld JnitîttlK t^ëniprls la VeHtt des hommes à bonnes fortunes? ft Ne lentêi'VëU» ptti ëombiëhils sont généreux en nous jurant qu'ils « n'ont jaiUdU liifilé» qu'ils aiment pour la première fois! Votre pro- « grattime ëii ttieltéeutablei Ktl*e i la fois madame de Mortsauf et ff lady Dudley. ftiulft» ifidtl âml« fi*ëst-ce pas vouloir réunir Teau et le « feu? Votis Ile eonnalsset doHd pas les femmes? elles sont ce qu'elles « sont, ellesdolvent avoir les défauts de leurs qualités. Vous avez ff rencontré lady Dudley trop tôt pour pouvoir l'apprécier, et le mal ff que vous en dites me semble une vengeance de votre vanité blessée; ff vous avez compris madame de Mortsauf trop tard, vous avez puni a l'une de ne pas être l'autre ; que va-t-il m'arriver à moi, qui ne ff suis ni l'une ni l'autre? Je vous aime assez pour avoir profondé- (( ment réfléchi à votre avenir, car je vous aime réellement boau- « coup. Votre air de chevalier de la Triste-Figure m'a toujours pro- « fondement intéressée : je croyais à la constance des gens mélan- « coliques ; mais j'ignorais que vous eussiez tué la plus belle et la « plus vertueuse des fenunes à votre entrée dans le monde. Eh bien !

LE LYS DANS LA VALLÉE

■ je me Euis demande ce qui vous reste i Faire .j'y ai biensongë. Je I crois, mon ami, qu'il faut vous marier à quelque madame Shandy, ( qui ne Mura rien de l'amour, ni des passions, qui ne s'inquiétera « ni de lady Dudley, ni de madaine de Hortsauf, très-indifTéreale à f ces moments d'ennui que vous appelez mélancolie pendant lesquels ï vous ëies amusant comme la pluie, et qui sera pour vous cette e\- » celleniesœurde charité que vous demandez. Quant ji aimer, à iresf saillir d'un mol, k savoir attendre le bonheur, le donner, le rece- « voir ; à ressentir les mille orages de la passion, à épouser les pe- I lites vanités d'une femme aimée, mon cher comte, renoncez-y. t Vous avez trop bieti suivi les conseils que votre bon ange vous a ( donnés sur les jeunes femmes; vous les avez si bien évitées, que I vous ne les connaissez point. Madame de .Horlsaur a eu raison de t vous placer haut du premier conp, toutes les femmes auraient été t contre vous, et vous ne seriez arrivé à rien. Il est trop tard niain- ( tenaol ponr commencer vos études, pour apprendre à nous dire ce ( que nous aimons à entendre, pour être grand à propos, pour adorer

I nos petitesses quattd il nous plall d'£tre peUtes. Nous ne sommes 1 pas si sottes que vous le croyez : quand nous aimons, noiis {ilafons g l'homme de notre choix au-dessus de tout. Ce qui ébranle notre fol ( dans noire supériorité, ébranle notre amour. Eu nous Un tiaui. vous ( vous HaUez vous-mêmes. Si vous tenez à rester dans le monde, à I jouir du commerce des femmes, uchei4eur avec soin tnut ce que t vous m'avez dît -. elles n'aiment ni i semer les fleurs de leur f amour sur des rochers, ni k prodigoer leurs caresses pour panser i un cœur malade. Toutes les femmes s'apercevraient de la sécbe- ( resse de votre cœur, et vous seriez toujours milbeureui. Bien pea « d'entre elles seraient assez franches pour vous dire ce que je vous ( dis. et assez bonnes personnes pour vous quitter sans rancune eu t vous offrant leur amitié, comme le fait aujourd'hui celte qui se dit f votre amie dévouée,

( H&TAUi Di Hi^imui. ■ Pdrtt, oclobro 1835.

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