PUJOL, CHEF DE HIQUBLETS
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expédia des courriers dans louk directions afin d'assurer l'accomplissement de ses hardis projets.
A une heure arriva un envoyé de relal-raajor de Maurice-Mathieu
— Qu'on me l'amène les yeux bandés, dît Pujol.
Puis, ji tant un regard vers le lion par où l'envoyé cuirait an camp, il vil nue centaine de ses connue «mourant l-iide-de-camp du général, hû vomissant a la face les injures Ns plus grossières et If menaçant de leurs poignards. I'njol et leppa sï lancèrent comme la foudre, et les scélérats se dérobèrent par la fuite au châtiment ouï les ainnidttit,
— Vous n'avez plus rien à craindre maintenant, dit Puiol à l'officier français; si je n'avais redouté pour vous la
halle de mon pîstotet, je l'aurais e yée au milieu de ces
tuiM'raliU's nuxiiuelaje commande. Hais il y mira rh.ïiimeitt, et vos ordres â ce sujet seront exécutés.
— Je demande leur grlee, répondit avec calme renvoyé.
— Il sera fait comme vous dites. Mais ipie voulez vous I' moi?
— Un entretien particulier.
— Seul a seul?
— Uni.
— Qui vous envoie?
— Ce général o immanda ni d< i ftircelone.
— Qu'on Tifuislai-s. i-riii hijol à s^s principaux officiers accourus sur ses pas.
Le chef des bandits et l envoyé se m ire ni à l'abri du soleil sous une lente au milieu du camp; qneluucs sentinelles veillèrent autour, et rien ne transpira au deliors de la con- Mi-iiiui intime qui eut lieu entre le parlementaire et le capitaine mîquelet.
Après une . i ire ils sortirent en se tenant par le bras, el Pnjol t pour se relever au* yenx des siens . dit â haute voix :
— Je vous remercie, commandant, de l'honneur que vous me faites; c'est la première fuis que votre général
FiijLi;»,— irr, SMtf lugoa tt t fl , ftue u'jidrtritTiJi I.
me traite avec tant d'égards, et je répiuidrai i L i :« 1 1 ■ n n m i â l'opinion qu'il a de moi.
— Est-ce nu armistice? demanda Saletas qui détail joint aux deux officiers avec la permission de son eom* mandant.
— Un armistice) répondit l'ujol ; non, non, autre chose.
— Toujours du mystère avec tes unis* — * C'est que je viens de traiter une affaire eu diplomate.
Le silence est le succès des négociations.
— Tu entends comme tes suidais murmurent.'
— .te les (Sillonnerai assez bien pour qu'on ne pur plus les entendre. Tenez, TOjez mes hommes, poursuivi! Fnjoi en s'adressent à l'envoyé, ne diriez -von s pris des ban» dits sans feu ni lieu, des jjrêdîns de sac et de corde» des gibiers de potence ?
— Ces! vrai
— Eli bien! vous auriez raison; maïs ils font de grandes choses i pi [uni je me mets à leur Le le. Je iwgc une uemîpiecetle que, sur un sifflet de moi, ils accourent et voua |i n il on» la cervelle ou vous percent la poitrines de leurs stylets,
— tic ne liens pas le pari, répondit l'officier en sonrianl ; mais, â votre place, Pujol, je craindrais pour moi I tastrophedont vous me menaciez loin A l'heure.
— Oh! ji- n'ai rien ri redouter, répliqua le Mi ?ec un sentiment dis vanité qui se peignît sur tous ses trait > ■ je règne sur ces coquins comme l'aigle aux airs; je suis m ii H- ici cent fois plus qu'un roi au milieu de se* sujets, Sur un nml «h rn i h-melir t sur un geste de ma main, sur un rçg ride mis yeux, le plus hardi chenapan de n Compagnies vient ou tremblant, s'agenouille, baisse lalête -•m nnbe. En voulez hk nue preuve
— Je vous crois a^v parole,
— Eli ! bon Dieu ! c'est peut-être un mauvais service que vous rendez à quelqu'un ■ il vaut toujours mieux mourir d'une balle que par une corde*
— Oui, d'une balte, quand on meurt pour son pays.
— Lit si ou n'a pas de pays ?
— On s'en doune un par le travail et d'utiles servie
— Commandant, nous niions cesser de nous comprendre.
— Quel malheur, capitaine, que ce langage no pui vous toucher!
— Ce serait un malheur en effet si depuis mon enfonce je ne m'étais trouvé dans la position que l'enfer m'a Ta île*
— L'enfer ne doit jamais être invoqué, et < lui qui est Le maître de nos destinées,
— Si vous pouvez me prouver cela, vous ferez de Pujol le plus pieux capucin de toutes les Caslillcs.
— J'ai r n vie d'essayer de la conversion.
— Vous y perdriez vos soins, monsieur, et je n'ai pas trop de temps a moi pour accepter l'épreuve. Restons comme nous sommes el faisons notre métier.
Les interlocuteurs riaient arrivés a une des extrémités du camp où ils se dirent adieu en se srrrani l,i main.
— Voir guides, monsieur, des guides ci îles défenseurs en cas de guet-apens. Vous pouvez maintenant partir sans crainte. Ces scélérats que je vous donne se Feraient liarlirr ptutôl ïrue devons laisser insulter* Au surplus, si vous n eh s pas roulent d'eux } WM pouvez leur brûler la cervelle. Les heures passent vile au milieu de ces délassements.
— Pujol, vous êtes un fanfaron,
— Je crois du nu uns avoir appris aux Français que ce fanfaron savait assez Ll^u tenir un salue, un stylet el une escopette,
— Cela est vrai.
Le soir était venu , et Pujol , sous sa tente s recevait les
avis de ses fidèles envoyés.
— Capitaine, lui dit l'un d'eux, des compagnies d'indépendants viennent de se montrer sur les hauteurs; ils ont f.iir feu sur non-, el Jeronimo Pueblo a élé tw
— Ils me payeront cher la mort de ce brave.
Un second miquelet arriva essoufflé et dii avoir entendu,
car (té derrière une nu he de la roule, ou par bonheur il n'avait pas été découvert, qu'on Voulait ai laquer le premier convoi qui passerait , et que si Pujol se réservait pour lui
ce n est pas
et les siens tout le butin , on se ruerait sur Pujol luimême*
— Ils sont fous en vérité, ré) lit Pujol en haussant les
épaules. Que de canaille en Espagne !
— Tes ordres, capitaine
— Je les du rai ce soir.
À l'exemple de Pujol que l*on disait possesseur de richesses immenses, les hommes de cœur que nourrissait In Catalogne se levaient encouragés par les mniiic* qui- rançonna te ni sans cesse les Français, et de tous cotés de nombreuses guérillas sillonnèrent les h m. tirs qui dominent les routi
Il y avail bien cntr'elÈes, nar*cl par-là. quelque éch d de coups de fusil el de poignards, mais en général elles mettaient assez d'accord au moins pour les attaques, le pillage et le meurtre, et nulle sécurité n'êl lit acquise aux voyageurs, pas plus qu'aux a nvoïs et tux détaebements de troupes appelés auquardei général L'argent el les nw manquaient à l'armée, et cependant, de tous les soldats du Portugal ou de la Péninsul ox de l'armée é e-
Matliieu étaient le plus exactement soldés, grâce d l'habitude administrative du chef, grâce aussi i là rie les couvents frappés d'impôts à la nouvelle de chaque prise de convoi.
il fallait en lu urne justice que les fra la guerre fussent payés par ceux qui rallumaient et la rendaient si Sanglante.
Dés que Pujol fut parfaitement instruit de la position des miquelets, contrebandiers et guéri 11 chelonnant sur le chemin d parcourir parles Franc qu'il sui par ses ailldés el par quelques déserteurs accourus sur sa réputation de cruauté, le nombre de ces red alabh défenseurs du pays i nvani, il nécessaire de les l isset
agir à leur guise el de ne pas les inquiéter dans leurs pi
ur Le convoi 4111 lui avait été prochainement annoncé. Màthlas, Sâletas et les autres officiers, jaloux pourtant il, leurs suce- - passés et peu désireux de voir augmenter nombre des partisans armés pour l'indépendance de la CatahiLiie , voulaient qu'on allai [uàl les nouveaux venus a lin qu'il se trouvât moins de peines paris au In il in. Mais r. considérations n'étaient pas assez, fortes pour vaincre la résistance de Pujol ; on lui parla ri lors de sa gloire c ^promise, de rivaux jaloux qui ne manqueraient pas de g'allri huer les massacres dont lui seul devait tirer vanité et du danger probable de les voir tous se liguer enfin pour écraser et juller celui qu'ils redoutaient â >i juste tii>
— Puisqu'ils me redoutent, répondait Pujol, ils ne m';ii taqueronl pas.
— El pourtant ils oui déjà tiré sut les tiens.
— Soyez tranquilles; ils en sont peut-éire déjà aux remords.
La nuit qui suivît la vis! le extraordinaire île renvoyé du général Maurice* Mathieu fui uni' nu il d'alerte sur look- la ligne dominant le défilé «h- h route royale, par où Les courais étaient contraints de passer. Toutes les guérillas, nouvellement formées el indépendantes de Pujol, ivaîent été aussi bleu instruites pie ce chefredoi feu* éche-
lonnés répandant au foin di s cl irléfi blafardes indiquaient
Il ]"'>iliii|i |.]-. rj.se <tes divers [urtîS*
Le chef de Viwoitiéib U armée, comme et ii alors ippelée
Espagne la bande de Pujol, awit bien envie de faire irruption sur ces vagabonds qui semblaient vouloir er seuls la besogne; mais il se contint pourtant er convia au coucher du soleil ses princi] tux officiers â un splendide festin. l J ■ la première fois alors, depuis l'ouverture de la
mpagne, il leur tînt un langage , et r 1ère ; il
parla avec une apparence de douleur qui lit sourire bien des bouches des massacres qui avaient en lieu, dit n-
téa inutiles dont on les accu ait avec tant de raison, et il déclara entin qu'il était résolu à faire des prisonniers qu'on échangerait pins tard contre des piastres.
S.ilètas, Malhîas et Àndreu, que Pujol avail lail reeeni-
urijtre comme sous-officier dans la journée, fan le IV
vîs de leur capitaine , mais eux seuls, parmi les eonvivt comprireui la nouvelle m ri> .^u'on leur prêchait - C'était, d'.iprés l'avis du plus grand nombre, merle passé glorieui de l'armée; c'était accepter tacitement tes ainihi-mes dont
on 1rs f]\ippaït et montrer aux ennemis qu on redout ui de sanglantes représailles Ils ajoutaient avec orgueil quu leur cœur itaii également incapable de crainte et do pitié, que le | ■ L > ■ 1 1 j E> avait été r.i Im î | ■ ■<■ |>OUr mer de Loin, lu poignard
Sur frapper de prés, el ils assuraient qu'ils ne donneraient e démenti ni â ta mission du j iai : d. ni â celle du lïscopolle.
— An surplus, ajouta Tnreillas, le plus mu lin cl le plus féroce des lieutenants de Pujol depuis k mort de Tauma- 11 illas sou ;inti. e» de pareilles circonstances chacun peut agir comme il Y en; en 1; si vous von lez faire des prisonniers, je n'y trouverai point â redire, si Pujo! lui-même veut on foire aussi, je suis prêt a l'approuver; mais, pour moi, je déclare devance que je n'aurai pitié d';tucun Fnm-
Sais i portée de mes balles ou dt j mon fur, et quoi qu'en isePujul, je gage qu*il est content d'entendre ce langage sortir du ma bouche.
— Je le unis si peu, répliqua lu bouillant capitaine, que peu s'en faut que je nu l'un punisse i l'instant même, Il y ri luiiLjiHiri â peine, je t'aurais embrasse pour ce que lu viens de dire : maintenant je veux, entends*iu t Torcillas? je veux qu'il <ui soil ainsi que je l'ai ordonné. Kh î qui sait i peut-être en agira i-jt- mieux encore? Il faudra bien ^soumettre de grè ou du force à ma volonté I
Pujol lança il en même temps des regards de colère sur Tortillas ; celui-ci garda le silence et le repas s'acheva sans autre incident
Pour ceux qui connaissaient le hardi chef de puéril Eus, il était iiisL' du sapercevoir que son coeur était bourrelé, que • h' terribles combai s se livraient dans son Éme, et quel Vv iijiini des promis . 1 1 m ■ -i's amis avaient vainement cherché •i découvrir dépendrait seule des circonstances ou il a Ha il se trouver. Quelque détermination que prenne un grand courage, il est mille petits événements dans la vie qui Ja fonl souvenl succomber sans qu'on ail le droil d'accuser de faiblesse ou de mensonge celui «ni change de résolution. Le lion aussi s'éloigne parfois de la bêle tremblante qui finît assoupir sa faim, <i nul ne peut aflirmer que n'est la générosité qui ordonna ta retraite, Pujol r> pundani était un homme de parole, et il avait fallu du inuu impérieuses circonstances pour le forcer à se parjurer. Lu \o\, l'incendie. li meurtre, l'assassinai, étaient pour lui des mots simples exprimant des choses futiles Mais un manque de parole lui .1 nrait pesé ii n cœur comme un cancer dévorant, ei il se le sérail reproché ion le sa vie comme un crime.
Vous voyez que Pujol valait beaucoup mieux que les neuf dixièmes de ses officiers.
M lis k nu ii était avancée, et l'ujol qui avait promis une confidence a sou L'ivre , à Saletés et â Beppa, fa retardait encore. Ceux-ci, loin du lu prusser comme ils avaient osé
faire d abord, le ...aïeul sincèrement des eflorts vio- !• nis qu'il slmposaii. sans doute dans la crainte de TafllU
li laeo, et cependant avant de le quitter ils lui ser-
i n ni affectueusement la main eu lui jurant de nouveau i fidélité a répreuvode toutes les catastrophes,
— Je vous comprends, mes amis, leur dit-il avec un sou* rire plein d'une tendre amertume, je vous devine lL je suis Louché de tant de dévouement. J en ai plus besoin que jaunis, mus camarades, car n u- nuit est sans doule fa dernîère de mes nuits en ce monde,
Beppa éperdue se fêta sur son cœur et serra convulsivement dans ses bras son capitaine ut sou mari.
— Pujol P lui dit-elle, songe que lu nous as dit le désespoïrde la mère; il faui doneque ce désespoir te condamne a vivre. Ne le lui as-tu pas promis? Ne le lui as-lu
tu JMS
juré? Est-ce que lu mentiras à la mère, quand lu nus pas voulu mentir à Beppa, quand lu n'as jamais menli a personne. Pujol' Pujol : je Ti u -> 1 1 1 1 . . i ■ attends, il y a au rond de lout ceci une vengeance sanglante de L'outrage qu'a reçu ta suïur; et lu parles de mourir! Va. lu n'aimes pas plus la sœur que Ëeppa; lu n'as de courage et d'énergie que dans la bataille; ton cceurne bondit avec force qu'au cliuc des armes, au bruit du tromblon, au cliquetis du slylrL Pujol je croyais quu tu valais mieux nue cela, et je ne t'aurais pas aimé si je lavais connu si faible.
-— Ile la faiblesse E Beppa, s'écria l'ujol en frémissant; moi bible! moi tiède pour h vengeance! Non, Beppa, lu
ne mas pas compris encore; et a mon tour je le dirai que j'avais mieux pensé de ion finie* Ma mère, nui sourd loi t von s èies mes pins douces affections. J'aime aussi avec ardeur mon frère Mal I lias el Sale! as mou dévoué. J'aime Marin i 4'i'hique bigot. Pour vous, mes amis, je jure qu'il nVst point de sacrilice que je ne fusse prél à accepter, piunt de dangers auxquels je ne voulusse courir, point de mort ■ lheuse au-devant de laquelle je refusasse de me précipiter. Lh bien! ma mûre, loi Beppa, vous mes intimes, vous me supplieriez en larmes de \<ms sacrifier ma vengeance que je vous frapperais d'un poignard plutôt que de vous céder,
— A tu nonne heure, Pujol, voila comme nous t'aimons, s'écria Beppa,
— A la bonne heure donc* mes fidèles, et dans quelques instants cette venge nu ce pour laquelle je tiens â la vie aura
commencée
L'horizon se colorait, les bizarres el grandiose* silhouettes des monta g nés se dessinaient petit â petit sur un ciel moins bleu, les brillantes étoiles se décoloraient et la brive du matin réveillait les émanations balsamiques des genêts ' I des romarins endormies sous la rosée. Le camp de Pujol • lait calme comme une retraite de pieux cénobites; ses soldats, faisant meuiirles orages ténébreux de leur journée rivaient peut-être d'amour et de paisible foyer m a remet, car te mensonge est l'enfant des tommres; les mïmoiï gazouillants secouaient leurs petites ailes el comme m i ■ 1 1 r leur concert matinal en s'échappent de leur asile protecteur, ei les frais ruisseaux qui enclavaient le redoutable 1 unp semblaient murmurer avec plus de bouln-ur et bondir sur tes cailloux avec plus de joie.
Deux êtres seuls» su milieu de ce silence et de cette douce bar m mie, étaient torturés par du sinistres pensées : Pujol et Beppa, Celle-ci succombant sous le poids de l'amour qui la li ri «a il n'avait pas voulu gagner la lente voisine de Pujol, qui lui servait d'alui ainsi qu'à Salées; et seule, pensive, triste* l'Ile s'était assise sur un rocher d'où, pour la premi n |.j,. elle avait entrevu le camp de la guérilla.
l'ujol inquiet L'a perçu L cl vint Ja rejoindre,
— Pourquoi nu prends-tu le repos, ma belle amie?
— En prends-tu, toi?
— Oli ! moi, je suis maudit des hommes et dn Dieu.
— (J« l'importe si lu m'aimes, puisque je veux être maudite avec toi.
— Tu as raison, femme; lu vaux mieux que Pujol.
— Oui, je vaux mieux, car si j avais un secrut dans l'âme, m eui-M été couiiô sur la tombe de ma mère, je te le dirais â loi> ingrat, qui ne me veux de moitié quu dans les plaisirs,
— Encore quelques instants, Beppa Mais, dis-moi d'abord : hais-tu les Français? lus aimes-! d?
pas du
— J'aime qui lu timea, je hais qui lu hais,
— C'est bien, mais silence ! Ecoute N'en tends- tu bruit, un bruit sourd el lointain '
— Oui, Pujol, comme un roulement de tambours.
— C + esl possible; écoule eucore... N'est-ce pas la tempête de ma poitrine qui mugit?
— J'avais bien un tendu.
— Beçarde toujours. L:i-bas t îâ-has, sur les hauteurs, personne ne vient-il? Ite^arde bien, Beppa.
— Si, si, des geïis qui t'appartiennent, je crois.
— Tu as bien vu, amie- Ceux-ci sont a nous; ceux du deiilê ce sont des Français, à nous aussi!
— A nous des Français! â nous, capitainal
— femme de Pujol, voici le moment lerrihle et fatal
Aux armes \ aux armes! s'ecria le cher du la bande formi* dable; et le cri aux armes s'ùlcudil en suubresauts répétés par les sentinelles vigilantes*
En un instant tout lut debout a côté du rescupcLLe, du poignard, du sabre et du trombluu.
— Les Français 1 le convoi! se disait-on du toutes paris â voix basse. Alerte, companerosl il y aura de Pur et du sang : la journée sera bulle.
Pujol, actif comme la tempête, rapide coin mu Pouragau, eut bientôt passe eu revue sa bande déterminée, eu après une courte allocution dans laquelle il ne parla guère que de l'obéiaeanoe passive du soldat aux ordres de son chef, il i-rdonna marche silencieuse vers les plateaux
ŒUVRES DE JACQUES AftAUO,
qui dominaient k 1 défilé près duquel se trouvait déjà la tète de la colonne française.
Lu encore il harangua ses troupes et il acheva sa terri* ble allocution par h phrase ijLu-si'S rarjnina entendah'ii] !■■ miens : « Sî l'un de vimi> refuse d'obéir ans ordres que je vais donner, je le tue comme un chien. »
Lorsque de semblables paroles élai en t sorties de sa bon* che, il y avait malheur pour quiconque aurait cherché à les combattre.
Le convoi avait pénétré dans l'étroit déiilé. Apres à la pÂLure, les troupes postées sur les hauteurs lm'ilnicnt de commencer l'attaque ci de se ruer sur le butin; les prin* cipaui chefs de l'armée, étonnés du calme et de T inaction de leur capitaine, slnterrogeaienl du regard, et Saletas el Ainii'i'i! surtout un pouvaient s expliquer nue conduite à laquelle tontes Les actions de Pujol donnaient un énergi» que 'I in uii.
— Mais, in iin mandant, lui dit enfin son frère, si lea Français passent notre colonne, les guérillas nos ennemies vont avoir tout le butin ei toute la gloire de l'affaire.
— Elles n'en auront pas un maravédia, i « |mtidit Pujul. -—Voilà un orage uni nous menace; le ciel est noir
comme l'ctaii l'âme feTanmareî lias; les éclairs déchirent la nue, la pluie anus Inonda; [«emeis-nous de nous réchauffer au feu de nos mousquets.
— Bientôt, bientôt,
— Les 1 lis ne nous croient pas si prés d'eux.
— Tu le tfompes» ils nous savent ici.
— Que dis-tu, Pujol?
— Silence J
— On murmure, on se plaint, on te menace,
— Silence, te dia-je, el on avant!
Arrivés w coude aigu t'"it Uns les gOfges ou s'était
passée depuis peu de temps la sanglante attaque donl nous avons déjà parlé, h> i. mpesde Pujul tirent haSte derrière un lu os épais de sapins noirs ci s'aniLHL| ïrenl sous di haies toull'ius de romarin. taur colère débordait ; lo.iîs l'extrême agitation ■ | n i se peignait depuis nu lus ta ni *m h-> traits de Pujol leur donna à comprendre que l'action ne tarderait pas à commencer.
Des coups de fusil se tirent entendre â quelques centaines de pas «le l.i terrible guérilla, comme pour répondre au roulement de la foudre, el le convoi cheminait toujours
piiisiblrruenL,
— Trahison J trahison I s'écrièrent alors eeui t cJies ;i
la fois ; en avant, camarades !
— Oui, en avant, répondit Pujol d'une voix retentissante en mettant ses d< us pistolets au poing, en avant 3 et faisim< comme Le tonnerre qui éclate. Soldais de Pujol, eu avant sur l<s guérillas qui nous ont devancés.
Toreiïlas et Huerta se précipitent en désespérés, contre leur chef qu'ils veulent abattre; le poiiijr du premier tombe sous le sabre d'Andrcu toujours à coté du vaillant capitaine, el le second meurt dune bulle de Saletés, aveuglement dévoué à son» mi. Il y cul un moment d'i rro solution ; mais Pujol déployant a 1 air un drapeau tricolore qu'un des siens avait jus'[ur- là raché dans sa couverture en sautoir sans songer qu'il portait le signe de ralliement des Français : — * Salntas, s'écria-t-il, nous changeons de patrie! nous escortons des (unis! Nos ennemis les u>il;i, ce sont les Espagnols qui devant nous attaquent le convoi : sauvons le convoi des français! je le veux, je l'ordonne, et f] ni m'aime me suive!
'taie ni décl nvi > indu-
el les iu.ni qui avaient n anoro mai interprète les parôles de leur chef, comptaient toujours sur II 1 pillage après celle première i ici" ûre. L'escorte fram aise, au milieu du tumulte qui rot en Lissa il autour d'elle, élait précédée rlu plénipotentiaire que nous avons vu ai] camp des miquelets et qui avait dit à ses braves : a Soldats, ne bougez pas, e ■'* -s mitre ami Pujol qui s'est chargé de nous mener à bon port* »
Dociles a la terrible vois du chef, les bandits obéissaient comme des loups tremblants sons la griffe du lion. Leur ardeur belliqueux croissait à la bataille; chaque homme qui tombait sous leur stylet leur donnait un avant-goùt
qui iij iNnn: im. j kuivg .
De toutes paru les ^ui-rill»suui s'étaient déclarée pendantes furent poursuivies, harcelées, écrasées, soldats de Piiinl qui avaient d'abord mal interprété
d'une autre victime. Les h ras des soldats de Pujol ne se lassaient jamais à la besogne; ils m se reposai eut que lorsqu'il n'y avail plus ni poitrine â trouer, ni tète â faucher, et le moment le plus douloureux ri leur Amenait la lin du
carnage,
Etonnés, subjugués, les hommes de la formidable guérilla, sur un nn>t de Pujol, descendaient d'un pas léper les aspérités de la route aux yeux ébahis des Français, et le capitaine guérillero, tantôt en svant, tantôt sur les cotés, lançait iî l'air de ces paroles énergiques qui faisaient rentrer aiuto'iciir* des siens toute soif de Por ou du sang. Le pistolet au poing, la colère au regard, la menace â là bouche, il voltigeait, actif comme la pensée, surtout autour des coffres solides qui renfermaient la solde de l'armée, et celui de ses miquelets qui eût osé jeter dessus un œil d'ardente convoitise aurait servi de pâture le lendemain au* |>étes fauves et a lu aigles de la montagne.
Mu il uns, Saletas et Eteppa, fatigues de leur < nus
guérillas indépendantes, rentrèrent bientôt en ligne, et fui alors seulement qu'ils comprirent ion! ce qu'avaîl d i souffrir In me de Pujol.
Le convoi cheminait pour la première fois ainsi qu'il l'eût fait pour une promenade militaire, el les soldats de Piijiil, qui, la veille encore, auraient bu le sang des Français, aujourd'hui cote â côte avec eux, l ortaienl sans témoigner la moindre haine, sans faire entendre le [dus ]ér 'V iiiurnuLiv. (7esl que Pujol l'avait voulu et que tout ce que voulait Pujol devait sVoumilir.
Bien sûr du succès, maître absolu de l'esclave volonté de ces coquins. Pujol» sans forfanterie, mais avec ce sentiment d'orgueil et uV dignité qui va si bien â tout grand cou rage v prit la réte de la colonne et se plaça â côté du coin mandant ju'ii avait si cordîalemenl reçu au camp.
— C'est bien cela, Pujol, lui dit tout bas l'aide de camp de Main iee- Mathieu.
— "Son. commandant, cela est mal, cela esi infâme; mais cela était difficile, périlleux.
— Pujol , si vous loviez voulu, vous seriez un g homme,
— Vous méjugerez un jour; maintenant vous êtes inhabile â un comprendre,
— Nos caisses renferment quinze cent mille francs. Savez- vous ce qui vous i-e vient pour votre part?
— Je vous jure que je n'accepterai pas un réaL Quant a mes braves, ces! différent, H leur faut des piastres : il leur en faut pour le jeu, pour l'orgie et pour la débauche* J'ai li, voyez- vous, des lurons insatiables!
— Je oc croyais pas à un succès si complet.
— J'en doutais un peu aussi, moi, dit Pujol eu baissant la voix.
— El pou riant vous aviez donné votre parole au général.
— Eh bien! si j'avais clé vaincu, je me serais fait sauter la cervelle.
— Que de grandes choses dans votre ftme! «pie de contresens!
— Cela est vrai; il y n plus de turbulence dans mon \'m qu'il n'y en a sur les Ilots aux jours de i la tempête,
qu'il n'y en a" dans le cratère an moment de 1 éruption. Pujol, en une heure, peut souffrir plus qu'un martyr en dix années
— Et pour la joie, Pujol *
^- La joie riiez moi. c'est comme la douleur, et depuis que je suis homme je ne me rappelle pas avoir éprouve un m ni jour di rai me.
La route était devenue large et dégagée, les renforh envoyés de Barcelone se montrèrent au loin et rejoignirent bientôt le convoi; on fraternisa; quelques cris 3e IV Pujol! retentirent dans les rangs mêmes des Français; jîejqia s'en êmul d'orgueil, Saletas et Malhias se sentirent plus grands, el Pujol, l'œil terne et baissé, le front soui iî iiv. les lèvres vibrantes, laissa tomber ces mots :
— Ma vengeance a commencé.'
PUJOL, CHEF DE MïQCELETS,
i m. ju:i ANnit.
Pujnl et Beppa logeaient ensemble â Barcelone, et leur amour, loin de s'affaiblir, détenait plus fort et plus puisai chaque jour. La belle gitans était pleine d'enthousiasme pour l'homme dont L'entrée Lriouiplirili* dans In capitale de la Catalogne avaïl été saluée par les plus vivffs acclamations, ri chaque jour aussi I ' » i i * ■ 1 s* 1 sout^M grandir ri La violence d'une haine qu'il avait iait naître dans un cœur vierge et sauvage. Le général Maurice-Mathieu appelait souvent le chef raitraelei dans sou hôtel; a celui-ci [es armes étaient, portées el I i-s officiers de l'armée rr?nn;:i i
regardaient 1 ble I lit, sinon comme un héros digne
de l.i vénération publique, du moins comme un de ces êtres extraordinaires nés pour les grandes choses el toujours prêts à se jeler au*ilevanl des irrilatkms humaines» des menaces célestes ci do la mort, pour prouver qu'ils sont au-dessus de ce qui épouvante ei lait reculer les auti hommes.
Lorsque à la Rambla el boub son costume coque) de velours chamarré de dorures, il se montrait paré ne sa réputation de bravoure el de cruauté, les dames se retournaieni {Mine expliquer le contraste de celle squine charpente à quelle Pc d fer el le cîe! avait al également coopère; quelques-unes souiïaMMik ii'.«ii»iis laissaient arriver sur leurs traits mu légère teinte de IrisU u >i d'effroi; el ce n-étaîenl pas celles-ci que l u]ol aurait eu le plus de peine à vaincre si son cneur et son âme n'avaient appartenu toui entiers i la gitaua.
Quant aux h i es, ils s'arrêtaient aussi, eux, pour te
suivre dan? sa démarHie indépendante, et, tout en i <-: t •■( tniji que le bandit eût changé de drapeau, Us se félicitaient en « u\-rin"jjies de voir les 3 lis contraints d'admirer un ennemi qu'ils D'avaienI pu vaincre; d'autres se il. liraient encore que la récente détermination du chef si redouté cachait un nouvel u ; m se prendraient bien tût les envahisseurs i!e ! i * 1 1 1 - pairie,
J.i puis tous se demandaienl quelle était celle femme mystérieuse, si alerte dans s.i démarche, si brave dans les comhaiseï pnnr laqui aidais et officiers de la terrible
erilla montra ieni l'attachement le plus respectueui.
Elle, lleppa, tantôt vêtue en miqsmlei. lauiùl en Catalane avec ses jupons courts, ses petits souliers A boucles d'or, son rel plein dïlè. .mv. emprisonnant nue immi ose et soyeuse chevelure noire, lançait ci el là des regards presque insolents sur In foule ère»] et scinhhoi dire
aux jeunes Elles nui poursuivi hjI sou maii : Celui-ci est iiiii'u. celui-ci evi l'homme de lieppa qui 5*esl donnée i lui, qui n'appartiendra jamais qu'a lut.
\'.v]n ml. mi les jours glissaient assez uniformes dans la cité plus tranquille, les chants nocturnes avaient repris leur cours, les mandolines vibraient sous k plume aiguë, les romances montaient jusqu'au balcon doré ei forçaient les rideaui de salin à s'eut rouvrir ; les courses dé taureaux étaient i incù - â son de trompe» quoique le gouverneur les défendit encore, et les Catalans, oublieux • malheurs pas i, se livraient avec confiance aux joies premières de Leurs paisibles années.
Au milieu de cette sérénité générale Pujol seul était souvent triste cl pensif. l'aïf u- ;ei-.-i il se montrait dans les rues, inquiet, recueilli, el ne retrouvait un peu de calme qu'auprès de Beppa. si hahilnée a le consoler.
Beppa n'étaii point jalouse des absences de Pujol, el quoique chez elle ce sentiment l "tut portée au suicide el ■i l'assassinat, elle avaii rompis -[ne Le silence el réloignemenl il*- 90n nuni len.vivni i'i des causes un elle n'avait
s de peine a s'expliquer.
Elle aussi, la femme ardente et dévouée, frisait des courses mystéiii don! le hnl ueinii deviné par per-
sonne, et lorsqu'elle rentrait, et que Pujol ou balcon,
lu voyait -uriver, its ri'h ii..- : iîî" entre eux di Is
inquisiteurs qui disaient: liien ! rien encotf
Il . i iî r minuit, Pi r trouvait seul dans la me de SanLiOlariha. en face d'une grande et belle maison dont les stores ël >ii-u[ férues. Vsis sur un bane. il pou>*ail de profond s soupirs, el comme le ciel était en feu par un épouvantable orage né sur les cotes île- Baléares, lïeppa inquiète sortit aussi 'le su demeure malgré le tonnerre et les éclairs, Klle savait bien on elle trouverait Pujol, el elle chemina vers ta rue Santa-Martha,
— .Tétais bien sûre de le rencontrer ici, mon ami.
— Et tnui bien sût aussi que tu viendrais m'y chercher,
— Rien, n'est-ce pas?
— Rien.
— El pas une vois -ortanl de cette solitudl
— Pas une voix \ oh! que j'y aimerais mieux une fête, de la joie, du délire H cent mille hommes armés,
— Je ?e jure, Pujol, que lu ne porterais |^s le premier emiji â celte poitrine, dit Beppa en saisissant d'une main frénétique le manche de son poignard.
— Je te jure, Beppa, que -i lu me ravissais ce bonheur, je serais capable de le maudire.
— Tu feras donc, Pujol, lu feras seul* Maïs, dis -moi, lu n'as pas vu de lumière dans cette maison l
— Je le l'ai dit.
— lit pourtant dans une heure celle mai si m éclairera i rue.
— Va donc, nubîe fille.
— C'est une mm içe plutôt qu'une vengeance
— La vengeance viendra plus lard, j'ai pris mes mesures.
Le chef de guérilla s'éloigna, Beppa resta et une
heure après la superbe maison de Marcelin o Perej étail la 'fuir des flammes. On appela 1 pour combattre l'incendie, Lnoupes de Pujol cantonnées dans le quartier; et, quoique pour les exciter au travail on leur eut fail entrevoir la l- -ihiltié d'un riche pillage, nul soldai ne quitta U c serne; car Pujol, en passant, leur avait dit -, — Quoi qu'il arrive, ne bon
Le lendemain, tes Journaux île la ville portaient i mois : « Li imi^ntlique lioicl du noble Marcel! no \ dont on ignore encore la retraite, a été enli trement cmsume par les Itammes-
i Deux malfaiteurs qu'on a vus lùder la nuit dans la rue SanU-Marthn el diuii on n'a pu suivre les traces^ permettent de supposer que cel incendie esl le résultat d'un crime. Quelques i s ionnes assurent même qu*on a vu, au premier moment d'alerte, une jeune femme une tordu
si
— traces* »
— Qu'ils viennent le cbercher, qu'ils viennent, dit Pujol • u serrant hVppi suf son cœur, qu'ils osenl te punir de ton courage d'homme el de ton amour de femme! lî appellent cela un ni me! poursuivit- il i u se frappant le front avec tiolojieo, Unerime cela!... Et nir |»ourquoi j'ai déserté ma première vocal! ou , ils me glorifient de ma félonie, ils m'appellenl le converti; voila bien I > justi te homme
— Combien y a-l-il de jours que nous sommes à Barcelone î dît Beppa s son ami, comme [>our adoucir ramerlume île ses pensé
— Uix +
— Demain, nous quitterons ttrureloiM il le faut.
— Mais j'ai écrit à ma mère, qui s'est réfugiée a Winorque, el je l'attends
— Ptrjol, lu ne dois enihra^>ej' ta re qu*aprés Pavoii
vengée; demain nous partirons
— Demain, ou irons-nous?
— Au camp que nous avons quitté.
— Mn mystère :ivee m -i'.'
— Laiss-'- i faire, ami, ce nV*l roujnurs la violence qui rémoise, ee no i pas toujours la force qui Iriomplie; la prudence cl In ruse ont souvent plus de pouvoir,
ei je veux te venger, Pujol, car je te l'ai pvomî -.
Selon les vcëux, ou nlntùl selon les ordres de Beppa, Pnjol, Il lu lîi même, alla prendre congé du général, et
(■- ■ i i i k' i JJnnui lil i i (i , nui p -ni' j ■ i i i i i i- *i ■■- i -■ -L ■ n-" ii
a main, s échappant par le h utes 'ailles du jardin
situe derrière ThoteL Les agents du corregidor soûl sur
partit avant le lever du jour avec sa troupe de bandits
renforcée d'une crut ni ne de vagabonds que la misère el la débauche faisaient solda ts-
En peu de temps les défilés Turc ni franchis, et le va il* tant capitaine, ion jours escorté de la fidèle Beppa, de Sa* Lu las el de son Hère, revit le camp ou s étnif-ni passas les scènes assez draina tiques que nous tvona racontées.
Un nouveau convoi devait arriver de Figueras sons quelques juins, et In çucrilta FaLtrudait pnur avoir part :\ la rêco m peu se accordée aux éclaireurs de la li^nc de passage* Les lois de Pujol étaient si rigoureusement observées, qnr l'or drs F ra lirais lu* trouvait pas dv plus sure sauvegarde que ces mêmes hommes qui naguère le regardaient comme une emiqiii'i'- naturelle achevée à leur profit.
On jouait et on dansait sur la haute moniale d'où la licite avait tout a fait disparu. Par intervalles quelques alertes de mi quelets et de contrebandistes H va us donnaient l'éveil aux troupes redoutées de Pujol; maîs â part ers incidents passagers 1rs guérilleros donnaient tranquilles la nuit, faisaient paisiblement aussi leur sieste le jour, et se plaisaient à celle vie de paresse ri de sommeil qui rie les laissaient manquer ni de vivres ni de repos.
Beppa seule, tourmentée par une pensée amène cl profonde, rôdait sans cesse autour du camp, interrogeait hv divers scufiers tortueux qui y conduisaient, el rentrait sons sa lenle sans oser s'approcher "le Pujnl, dont !r cœur blessé .l mort semblait perdre de sa force et de si m énergie* Tons deux s'él aient devinés, et c'est pour cela qu'ils échangeaient des regards de douleur, et qu ils passaient silencieux l'un â côté de l'antre en se serrant For terne ni la mahi*
— J'étouffe ici, dit un soir d'une voix sombre le cnpi* laine à sa femme; laisse-moi seul errer sur Les montra gnes; je l'en prie, Beppa, ne me suis point, ajouta-t-il avec un abattement mortel.
— Et si l'on t'attaque?
— Eh bien î une balle finira mes tortures.
— Va, l'ujfil. va, n*ai-je pas aussi mon poignard pour achever les miennes?
— Cela est trop liiui; ei trop lourd : quand l'enter bouillonne dans une poitrine, cette poitrine devrait relater. Nour mourrons demain, Beppa ; mais celle nuit, je veux la passer seul, â penser à ma mère, à pleurer ma sœur*
«Va, Pujol, je t'attendrai.
Il était de ut hem es du malin à peine, quand un agile coureur se précipita dans la tente de Pujol et s écria : — lies espions .
— Où donc? demanda Beppa, qui commandait dans cet asile en l'absence du chef.
— La -ha s, on les amène, Ce sont des gitan os*
— Des giianoa ï des gitanns ! s' écria -t- elle avec un mouvement d'enthousiasme ; qu'on Les restée te, qu'on ne leur parle ni ne chapeau bas]
— Ils ont volé une jeune fllle.
— Grand Dieu I grand Dieu!.** vite, vile, par là un pie* ton à la recherche du corn manda ni ; cent piastres â lui si) est de retour dans une heure.
Et dix hommes s élancèrent a la fois* Les gitanos arrivèrent. Ce furent des crîs de joie, des hurlements de Icndresse, des vociférations dr plaisir. La bande de Beppa était au grand complet : les émissaires de La femme de Pujni l'avaient trouvée en France, dans nue grotte prés du petit village d'Estagel, d'où elle allait partir pour le Nord. Les prières de Beppa L'avaient fait rentrer en Espagne ou ellr s'était dispersée pour la conquête qu'elle méditait. Lllr apprit qu a dis lieues de Barcelone, dans une reti aile isolee, Marcel in li Perex, sous un nom supposé, fuyant le courroux de Pujol, se t ruait caché avec sa famille; que la sieur du innjin let s'était volontairement tuée* quoiqu'on n'eut pas trouvé son cadavre, et qu'une jeune fille de seize ans, (Tune beauté ravissante, sœur de Ferez, attendait là aussi que la guerre éclatât avec moins de fureur pour donner sa main a un grand de première classe Le soir même, La soeur de Père/- lut enlevée, et c'était elle que Les gitanos amenaient prisonnière au camp. Le récit était â peine achevé, que la voix de Pujol se fit entendre. Beppa s'élança au-devant de lui.
— Embrasse-moi, étouffe moi dans les bras. Lui criat-elle, tu seras venue* Pujol.
— Qui le Tas dît?
— Mes gîli s qui viennent d'arriver. Ils te conduisent
une lille.
— Ha sœur.'
— [Non, la steur de Marcel! no Pcrcz.
— Tais-[oî t Beppa . car je le tuerai si lu nients.
— Viens, la voila T regarde,
— Qu'elle esl belle! îiu'elta est belle! dit Pujol en la parcourant de ses grandes prunelles fauves. Oh ! Beppa t qu'on ne rue dise plus qu'il n'y a pas de Bien; il y a un Ihru. iteppa, un l)ieu tout -puissant, éternel, qui veut que les hommes de coàiï 1 puissent punir les lârhes, Beppn , je reconnais un Dieu, je m'incline, je me prosterne, je l'adore, lui plutôt toi» toi. femme, cVt loi qui rs mon "Dieu, num sauveur.
Oh! mon Dieu ! mon Dieu! je deviens fou, mes veines >e i: on lient, le sang m'étouffe, mes nerfs >e 1 irisent, ayei pitié du moi ! Qu'elle esl belle en effet ! plus belle «pie ma sœur encore, et plus riche et plus noble..* Ûhl je serai bien vengé, car il l'aima it sans doute, L'infime ! El ma sœur ! ma pauvre snuir !
— Morte, dit Beppa*
— Morte! s'écria Pujol en souriant avec frénésie; mortel Oui. Beppa, il y a un Dieu, car ma sortir esl morte, et j'ai la, la, devant mes yeux, Sous nia main, la souir de ÎVrez, la so ur du misérable qui a déshonoré ma SCBUY et brisé iVime He ma mère.
— Calme-loi. l'nj'il. calme-toi* je t'en supplie 1
— Tu peux maintenant ordonner, Beppa. l'Espagne l'appartient; si tu veux l'Espagne, Pujol se fait furt de la cou [uéHr et de te la dnnnrr
— Ce que je veux, répondit fieppa, c'est ton amour; rr que je veux, c est que tu ne souffres plus.
— Que parles- tu de souffrances, o ma femme adorée! qu'on souffre quand une belle vengeance s'offre â inr effacer la douleur passée ï Oh! maintenant
est-ce
vous pour effacer la douleur passée? Oh! maintenant, c'est
du délire a pleins bords! Oh! maintenant c'est une vii
d*i itase et de fraudes choses* El d'abord, ne pleure pas, jeune lille, poursuivit-il en regardant la vierge tremblante; écoute-moi bien, Je ne veux pas te prendre en traître, vnU-iu. Tu as affaire a un homme loyal, qui ne le tendra pas de piégea, qui ne lézardera pas pour ses taiisersde cha pie nuit! A Pujol, noble héritière, il fallait un corps et non pas une âme; lu seras trailée comme ton frère a traité ma sœur ; tu seras avilie comme ton frère a avili ma soeur; mais loi, serur de Ferez, la n'auras pas le courage de le tuer après 1 effrayante revanche que je vais prendre* Eh bien! tu iras dire à Ion frère que j'ai manqué de courtoisie a ton égard.
Hohi! quelqu'un I
Bigorrc se présenta*
— Tu es trop jeune et trop beau. Va-l'en; qu'on appelle Cal met ta s le bossu, ta difforme.
Calmellas fi r ri va.
— Approche* Cal met tas, prends celte jeune fille, je te la donne, elle t'appartient, du Pujol en jetant la noble victime aux bras du hideux miqiiclel; je te la donne, ou plulot j" tr li prêle; lu la rendras ensuite i Cadena qui la fera passer à tiarrigue.
Allez, mes enfants , et maintenant que j'ai accompli ce premier devoir, ce devoir sacré, ce *œu démon Ame, qu'on me laisse à la reconnaissance. Je puis portera In fois Jn joie et la douleur.
— Te rappelles-tu. dil Beppa dune voix prophétique, à Pujol dont le cemr Lirisait la poitrine, dont les yeui i dents étaient remplis de larmes; le rappelles-tu lesgita* nos à qui lu donnas quelques piastres la première fois que lu les vis?
— Oui, oui.
— le vont ceux qui, sur ma voix, ont été à la recherche de la Ta m il le de MarccHno Pcrez : lu sais le reste.
— Tes amis sont tas miens, Beppa, ta famille est la mienne, et ils pourront désormais se reposer ici, car il est des services iiuc Ton paierait de son bonheur éternel
Les gitanes sous la lente de Pujol se livrèrent à une or
PUJOL, CÏÏEF 1>E M1QUELETS.
gie que le vin île Catalogne ne permit pas de prolonger longtemps j ilfi tombèrent tous assoupis sous les couverttins «le laine, el Les data de Piijo! veillèrent sur ces voleurs ii<> jeune fille comme les saints prêtres veillent sur
les v;i-> ïs iln Ltbei Miele,
Le jour venail de naître.
— Qu'on m'amène la sœur de Pères, dit Pujol, je ne L'ai pas assez vin-. , dmirée; elle .1 été bien heureuse
sans doule^ je veus entendre sortir cette assurance de 1 mu clie pure el ro [e ne suis point avare, elle
coulera ce bon lie or q nuits encore, el puis elle re-
verra sa famiili consolée.
Trois jours apr s <>u effet, L'infortunée reprît a pied In
nmie de Barcel Par ordre de Pujol, elle voyagea sous
bonne es tcorte \* t par un ratfinemenl de cruauté* te chef des bandits voulul sans doute qu'on la pril pour uni- vierge conduite à l autel, car il orna son front el son cor Oeurs blanches et parfumées, et c"e>t ainsi parée quelle fil îioii entrée à Barcelone où elle ne trouva plus d'asile, el
où. pourtant, elle fut recueillie au couvent de Sainte-Thèse.
— El maintenant «pie j'ai la jme au éceur, dit Pujol a Beppa, maintenant nue ma vengeance esl satisfaite, son-
us à la reconn.1iv-.1i1n'. Je donnai un jour quelques
piastres â tes gili s, je veux leur donner ce soir asseï
d'or pour les (aire renoncer 1 leur vie de vagabonds. Le néral , d'ailleurs 3 est mécontent des moines île h Merced : allons les visiter et recevoir letu s îu te bnn'ilii lion. Cent bandits prirent gaiement Pescopetle, el guidés par Beppa et Pujol, ils arriv -n -ni en trois beuras devant la maison sacrt Ton chaulait vêp
— Gela sera nouveau, dit Pujol a ses gens 1 allons nous agenouiller i coté des robes grises, et fj ns-nous vivement la poitrine en expiation de nos peccadilles* si quelques-uns de vo les <k ési re n t se eh 1 j e jure 1 le ne pa s m* 1 opposeï el de les protéger auprès du révérend prieur doni je connais le Bêle ipostoli pi
Les portes du c iuvenl furent franchies, les soldats de la milice infernale pénétrèreni silencieusemenl dans l'église e| se prosternèrent avec dévotion, au grand ctonnement des ri m oui croyaient avoir donné de nouveaui spô- 1 ciel, mh truand l'office divin fut achevé, quand l'Ordre se relirait dans I - sacristie :
— Halte- 'écria Pujol en g-'armantdti stylet, hal t-c-lâ, mes frères, la charité chrétienne vous ordonne de sec ir
malheureux, Eh bien! j'ai dans camp appauvri
une vingtaine de gitanes qui meurenl de faim . il me faut
tu cm des onces» île kl les et bonnes onces d'or: il m'en aul beaucoup; ne vous faîtes pas Lirer l'oreille, et comptez dam l'avenir sur triii protection, pour peu que je sois en humeur ib< in- pris vous rançonner une sec îs+
— Pu fol , prenez garde a la colère du ci* I ' ré] Jîi le
prieur, Elle [rut vous écraser sous ces voûtes.
— Bahl bail ! elle ne m'atteindra pas ici puisque vous y êtes, les innocents doivent être épargnés. À 11 surplus, comme je n'aime pas les criailïeries , je vous préviens que je n'ai pas de temps a perdre et que chaque minute de retard vous coûtera dix onces el vous \ unira dix n.ups de crosses de fusil tïc plus sur les reins; c'est ma manière procéder,
Ij's moines savaient à merveille à qui ils avaient atfcire • ils demandèrent â Pujol quel était le montant de la i-riiïbulinn exipi'e H Pujol Li li\a à cinquante mille francs. La communauté u< « 1 yu% murmurer, la somme fut compl exactement, et le chef de la guérilla, s'avançanl alors v< le maître-autel, dit, en frappant le tabernacle de son poignard : «Il me faut ,î moi aussi un vase d\ r f)our|boire A é la de mes bienfaiteurs, Je prends celui-ci que voies avea souvent porté à vos lèvres sacrées, le vin doit v être
Francis* 1 Mai ini qui étnil d<- i.i p&j lie faisait torce sig decrob trapnail la poitrine a vœ une componction
tout angêliitue, prit à frapper du stylet ou è bénir, selos les dispositions île son ennemi,
— Anatlii iik'! auathémel dirent les moines effrayés.
— Ouï P anathéme, s'écria Pujol d'une voix terrible
comme celle de la trompette du jugement dernier, anathé me sur le lâche ravisseur de tonte jeune vierge!
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COUDAT D* TAUREAUX,
ses
de e
Ne déshéritez pas le peuple vaincu de ses mesura et d
s listes, laissez-lui le < uvcntr de ce qu*ilaété ponr n pas trop le rapetissera ses propres yeux en lui mniUranl ee qu'il est- Ce que l'on garde des temps passés, c'est le débris de la fortune perdue. < 1 mieux vaut encore une demi-aisance qui vous permet de vivre, qu'une misère qui vous laisserait mourir de faim. Quand U soumission esl complète, il n'y e pas seulemeui de l>i brutalité au vainqueur à faire entendre le retentissement des chaînes ou' il .1 forgées, il y a encore de la folie, je dis ping, il y a de La bassesse et de la I Acheté n In fui
Le conquérant qui détruit doit être regardé comme un vagabond a qui le ciel a donné la puissance dans ses décrets immuames et sacrés, Fouler le monde n'est point Le posséder, Dites-moi ce qui reste de l'incendie quand la il tmme dévorante a achevé son office?
Celui qui veut humilier, alors même que la force le lui permet, ne comprend pas tout ce ■[n"ï l perd .î son insolenl protectorat -. l'orgueil est souvent un ridicul r il est presque toujours le résultat du hasard ou des circonstances qui se s-mi tournées de votre côté pour vous servir d appui» pour vous donner la m tin. Aussi l'orgueil à-
l*il réveillé dans id nombre d'âmes prêles j In-
béissanceun sentiment de grandeur cl de dignité qui a changé bien des fortunes»
La générosité m ■■••■ ;i vrai dire que L'amour de la jusli- ■ • î Ll esl toujours et en tout temps équitable de tendre la main à l'ennemi qui ne peut plus mus nunbitiie, Apres avoir lutté avec vaillance, quand la menace se Lait, quand h M'diiiiui .".r morte, quand le glaive est rentré dans le fourreau et que hi en 1ère s'esi élancée du cœur, quand le canon n'éclate plus et que les cadavres des champs de bataille ont reçu la sépulture, le vainqueur doit lotit oser pour rétablir l'harmonie détruite par la tempête 4111 vienl de passer; el s'il fait défaut a ce principe de tous Les temps,
fm s4r que l'avenir se déroulera sombre pour lui. el que Le jour viendra de crier à son tour merci et miséricorde, sans qu'il ait droit de se plaindre de se les voir refuser,
On disait alors on tous lieux, mais à voix basse pour> laui. ee ijih- I «u avail déjé dii à propos de la mort du duc d'Enghïen . que h guerre tf Espagne était plus qu'un tïiirt<>, que g était une faute,
La Péninsule avait été la inmle aux leufs. d'or de ïïapo-
:i. i,i n nul le grand capitaine le voulait , on lui donnait des chevaux, de l'or, des hommes; el toutefois l'ambition de l'empereur exigea davantage j elle eut tort. N'accule* jamais vos ennem ns leur laisser un che pour la
n traite î il est imprudent de les mettre dans La nécessité absolue de vaincre ou de mourir, car le désespoir s™] enfante des pr.id'-rs., et plUB d'une f<«is, après la bataille, nu n vu la victoire changer de dra]
Dan ceLte Fatale guerre qui a nnïté lanf desnri^, uonseuleun nt ;i nous et aux Espagnols, mais encore aux peuples dévoués .1 la Frauet', k Ïikjj du soldat était moins à craindre que rescopette du paysan et il y a eu plus de poitrines Irouées par te stylet que par la baïonnette, C'est que le peuple, voyei-vous p plus que Les souverains! s l'instinct de la justice, el que toute félonie le blesse [dus profnndrmentqoe la tyrannie. Si I I p.i^na n'avait aclieté ]>ar aucun itice L'alliance et ramiliê de la l'rance, il est certain quelle se serait trouvée dans Les mêmes conditions que les