‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 19 sur 82 · I .ni là palme du martyre* Kilo esl martyre en effi I 3a · texte numérisé non relu

I .ni là palme du martyre* Kilo esl martyre en effi I 3a

mère qui entend tous les jouis la malédiction des hommes

SOT l'enfant île son CffiOf.

Pnjnl pleurait toujours et menaçait.

— El point de secours i espérer, point de ville voisine! Besaln seule dans le lointain. Besalu la maUdilë, elle qui donne la mort à ma m re! Voilà donc l'enfer qui m'est promis depuis si longtemps!

<— Il y a là- bas une petite maison blanche âoûs de beaux

arbi .lit un riiiquelel revénanl en toute bitte de lavant.

■le nu i'dii était Inquiet du relard de la colonne. La m- se du eanitaïhe ; sera bien h as doute, et, si on

lui refuse un bi u lit", nous saurons lé lui procurer.

*r Niijk bas de violence aujourd'hui seulement lei prières, dît Pujo] d'une voij entrecoupée de sanglots; mais allons vers celle maison bè ne nos soldats campent a peu de distance puni 1 n'effrayer personne, tel que S Mari ni, Malhias ei riioi nous nous uU pour

demander l'hospitalité. Je donnerai plus tard dé nouveaux ordres.

Les bandits suivirent quelque temps encore la grande rouie pour aller 1 camper dans une charmante vallée voisine des bois oû se dessinait la maison blaiu lie. tai que Le brancard prenait nu chemin de travi pour arriver plus vile â l'agile protecteur. Les quatre am t quitté

leur- escopettes el leurs couvertures de laine, ils av ienl aussi caché leurs poignards, afin de n'épouvanter personne, et ils arrivèrent accablés de fatigue, mais prête à poursuivre leur route >i la vieille mère ne trouvait pas U les cours - 1 1 1 i lui étaient si née» a. On frappa toul douce-

ment a l,i porte barricadée, une jeune servant ■■ mil la tête â la croisée :

— Que demande £-vous, messetgneurs?

— Un asile el des secours pour une vieille femme qui souffre et qui se meurt,

— Qui êtes- vous?

— Ces voyageurs se rendant à Barcelone,

— Y nus de Uesalu?

— Non, de Pigin

— Mon m litre n'est pas ici et je ne sais si je dois voik -voir,

— Votre m dire est humain, sans doute, et nous paverons généreusement les soins 4011 aura de noire vieille mère.

— Oh! mon maître, le serîor Hodrigucz. est trop ricinp itir rien accepter; et. comme j';o « me vieille nu-re. je vais ouvrir La porte, si vous me jurea par saint Jacques de-Compostelle que vous ne me I meun mal.

<— Par sainl Jacques et la Vier. douleurs von rea respectée comme nue sœur esl respectée par ses ! rës! s'écria Pujdl

Li porh ivTÏt en effet après une assea li ngue attente; jes voyi Retira en érent, un lit fut offerl à la 1 a Pi

jol ijui ne voyait et u'entendaii déjà | lus rien, tandis qi ■ son nlSj roéli ! ■ cessé â sur elle, semblaii 1

ver de sou regard il' ittbur,

— Je suis ^-ult' en ce moment, dît la servante, je ne

Iieux vous accueillir comme je le voudrais ntàia le todriguei va 1 ir bièhtd ns dot: c ■ ti*es domestiques, « 1 rien alors m j ■, manquera.

— Il n'y à pas de médecin dans le voisin

— Si, si, mais c'es un secret; un îles doni stinues •!« mon maître est dn - 1 bteur, un docteur fort haîdïe pu ijn'il guérît tout le monde dans le pnys. Mais il puiall qu'il .1 oea raisons j iur se cacber.

— Y a-t-il mnglénips que vous liabtleï celte maison ijue vous servei e si nor RodHgtit

— Deux mois seulement . il beaucoup , il esl de Barcelone qu'il a quittée parce quil n'aime pas les français; puis il a été Je u où, et il a acheté cetle cain-

ui- il \ a deux em \ 1 un brave mniin-. mi -

seigneurs, el qui paye richement ses domestique tuts sure uii'il ne vous - idera rien pour uni

1 ions qu'il e-.t en ce moment, né pourrions-

nous pas aller :i sa rechercl

-Je i is le cohseiUe pas, j^st entendu dire des choses si tiisles depuis hier!

— Quoi d j|e

— Qu'on allai! pendre plu ieurspers esâBesalu t t|ue

j iu trois mis de la bande de l'ujol se sou'

[elés dans les tu tntasneâ ies, et qu'on les avait yas, le diable à leur lète, piller et assassiner tons ceux qui t« baient entre leurs mains.

— On ne savait rien de toui cela à pignetras.

— Oh! abus je vous appendrai aussi que L'ujol lutmême a été avant-hier pendu èi brûlé n Parcelonc,

PDJOL, fllRF DE JllyUELET

ii5

— Est-ce bien vrai?

— Si vrai que tes cloches do luuies les* vîllï ^ .1. h Catalogne € i * ; 'I • umte h ji mi née, et qu'il

y a eu il^s danses publiques dans chaque villa.

*— Vow ttp sûr entendu parler de PujoL

— Oti ' plus d'une fois. On dil qu'il esl grand, pritld, qu'il a sept pieds el qu'il ne se nourrit que de chair humaine,

— Un vont a dii vrai, répondit le capitaine qui, loul entier an - pieux qu'il prodiguait â *a mère, n'Ivalt prêté ■ 1 1 m - fort peu d'attention aux propos de la jeune [Nie. Mais le docLeur tardé bien a rentrer, poursuivit-il tnec inqulétudOi

— Peut-être a-t-il poussa" jusqu'à Besalu?

— El m. i mère qui est Mus secours!

— Ali ! vous elr.s son lils.

— Oui*

— Vous devez avoir bien du tourment, car La pauvrette

mu semble souffrit beaucoup. Tenez, faites-lui reapjr

Cflre ces Maçons, et puis Boulez un peu de hunier bi-uil Cl mctu/-!uUi-£i tu • pi urée do cendre! aux tempes, un assure qui ça fait re«suscuBf les unnls.

En ce ment, on frappa I h poi '

-- i.i .mil eu* |icut-rire ! s k ■ i - 1 i a PujoL,

— Non, c'eai un mèndloul, dil In servante.

— Lri chanté, s'il Vmis plaît.

— Passes vo M chemin.

— lin nain, au m un du ciel

— Auemhî, je vais vous an jeter un nmrrran.

rujol avait reconnu la \oix d'un de àes officiers h i

I* |i:iin il" s mains de I.l servante en lui disant i > ■ ■■' un péché de juter riuniÙELC iiux pauvri - ; je vaï-* descendre et donner aussi quelques pièce Lies il ce malheureux*

— Oui, mais tiê le laissi i pas entrer.

— Soyez Iran ]iiille, 1rs mendtanl ut dansèrent en Espagne, je le s;u*> et je rue ti> -mirai sur mai gardés.

Pujûl descendit ê ouvrit Sa porte»

— Encore uti nouveau malheur? demanda- 1-!.| A l*oflfU cter d'une vois, a tierce.

— Won, capitaine. Seulement* bous ivohi pris trdla hommes ei noua ne savons t|u*etj faire.

— Qu'ont-lli dil '

— Qu'ils allaient voir la double exécution de Itesnlu.

— Et vous 10 les ivêi pas arhevvsM

— Ils nous ont demandé si nous n'y allions pas aussi i

Nous avons r- 1 du que oui, que nous savions qui* c'était

li femme de Pujnl qu'on allut pendre, ai que nous voulions êtn .i m i- le; nous avons ajouta que nous faisions par 1 tie de la guérilla de Pueblo» et que nous nous étions emuusqnés (mur traquer les bommea dit la Lmde du diable rujol qui ne la ruerai! pas sans doute à u présenter dons le pays.

— Ils nom rien répondu?

— Si Jaii j qu'ils nous fourniraient ions les secours nécessai n, ej ipn-. Lorsque nous aurions besoin de reo"s nous pourrions nous présenter ici, parce que celte inaivu appartient à l'un d'eux*

— À Ion d'eux' \ l'un deux! dil Pujol avec anxiété, V«i uie É mou brave, hâie-loi J l r un de ces hommes est médecin, ma mère va mil, très-mal, et j'attends des cours

— Je vous quille dom

— Ne leur apprends pas qu'il v a des étrangers chez eux.

La porte s'était j ■ I l'ujul allait remonter, une

femme t'arrête, c'est la servante cb irritable.

— Pitié, seiiur, pitiel

— De quoi i

- J'ai loul entendu, parlez, parte?, vous êtes Pujol maria.

— Mais Pujol a sept pieds au moins,

— Ou m'avait trompée, c'est vous.,»

— Tu le trompes à Ion tour» en fa ni dil Pujûl en ad nucissanl les éclats dr s.i voix.

— Oh ! je ne me troinpi ■ U» 1 f*us> c'est vous.

— Allons, allons, ni nu -toi. jeune lille, je ne suis pas lu Pujol que tu redoutés tan tj et le serais- je, îu n'aurais rien n craindre de celui dont lu ta reçu In mère mourante- Vinns, virus, i*( lu aéras récompensée de la cRarttu .

M lis avanl fuyons si vous ne me trompez pas. Que veui-tu?

— V 1 '* 1 vous prononctél tl nom d«: Dieu i L que ^ous roui signieî.

— Gela est fiiiûle : éedtitë et regarde*^

— vllons T voiln qui me rassure toul à fait; le dialde ne vous a pas cmporlë qiniud vnns avez tracé h' signe saint sur vi «ire froni ; n'y sondons plus, il a d'ailleurs été pendu i Barceione.

— f.es morls reviennent paifiiia, dit Pujol,

— Espérons Udê le Ciel be permettra pas à celui-ci di j quitter la marrtkilft de Satan i

Pujol ri ta séNante se reudli^nl auprès *lo la malade donl le pouls battait avec plus de ralnn- et dont \\<. veux Ouvert!! sembla Seul regarder el voir. Un lrjjvr snrenient

de mûn apprit au HEs que su vieille m-re l'tvait recoi

oi 11 appuy-' ses lèvres sur relie main défaillante, aiii-:dani une parole de consolfttîûtl comme In (JOÎtrîne altérée ntiend Une goutte d'eau. La Iwuche île la mère s'enlr*ouxrit faiblement, et Pujol oui entendre ces mots :

— le te bénis pour loH amour, ô n Joseph 3

— Gel adieu le porleti bonheur iii'Mj frm\ dit Malin iiuijnnrs v\\ prière auprès du bon Harlhl*

~ Ahl mon ImuiIh nr «si ihins h vie de ma mère, il htoUrra nvn el]e.

— Elspcrons mon frérr et prient*

Dcua boni mes en li^fetli ; l'un iemus frais, alerte, jurant encore de l'im puissance on il s'était troufé de -^ défendre contre cent '[ni l*ai .imr arrête, m- H >' j promettanl bien de prendre sa revanche ri demandant déjà son fusil â deux coup a cl son cou leàù cio citasse dont il ayaii plus d'une fois fftii usante; l'autre calme, réAéchi, ataii une ■ 1 1 1 - ■ i -. ntnine d'année^ ri par. issnli fort in [uiel de L'absence d'un autre compagnon de ftnlrse, reieuu plus idtig temps par 1rs bandits tle la rouir,

— * Le seigneur ttodriguei n'esl pas de rcloiirï dil-il en n| i- ; ri", nui 11 il? n la servartle,

— N"n senor Mendet; je le croyais avec vous.

- Il y è'aii vu eïfel; mais imuis avons été srrétés «t je pensais que 161 brigands ne t'auraient pas plus maltraite que titHtfl -mêmes.

— lui attendant qu'il rentre, voici «l n ce lit de la belOfffie pour vous, docteur, une jnuivre vieille lemme qui se meurt et dont la famille et h s amis sont foi t inquiets.

— Oh! oh ! des étrangers ici?

— h' n'ai pas cru devoir fermer la porte a leurs prières, ils [ileu raient lanl

— Vous avez bien fait; mais ces hommes, quels sontils 1

— Nous so S, répondit Soldas atec un accent néneV

Iréj guérilleros de la bande de Pueblo. ri h reciierclie de '•• us" de Pujol m h ppés au massacre de Barcelone.

— Alors, soyez les bienvenus. Le senor Pedro est-il 1 i ?

— Me voici, ré pond il le fongueux jeune homme, occui

a mettre en ordre > unies, j .lit ui enlcndu; lli CCl a été bii'ii inspirée, et pendant que vous donnerez vos soins â la vieille, si ces guérilleros ont du coeur, ils feront avec moi une battue dans Le voisinage, ei nous ne reviendrons pas sans avoir roimi n-s lames,

— Mous sommes a vos ordivs t répondit ^lathias qui voulut arrêter la parole ^ur Les 1 de son rrère, mais nous attendrons quelques iustanu l'avis du docteur sur relut de notre mêrc mourante.

Le médecin s'apnroclia de le vieille femme, rinterrogea sans pouvoir en ontenir nne seule réponse, se recueillit un instant et lnih>a tomber trisiemeni sa tête sur sa poitrine.

GEITVP.ES DE JACQUES ARAGO

M ippiiyn iea lèvres sur celte m.iin défaillante, . (Page 65,)

— Eh bien ? dîTciTTrcm Liant le (dus petit des étrangers.

— C'est votre mère, senor?

— (Vest ma mite.

— Elle est bien faible et bien vieille.

— Ainsi doue... plus d'espoir?

— Dieu es! grnnd e! puissant.

— Mm mère est morte ! dit Pujol en se frappant h poitrine.

Il se bissa tomber de Lonl son poids; cl tandis ■ p t • - Sfathïas et Marin i récitaient tes prières des agonisants, on

jn.rNi le capitaine sur un baie i l*atr frais le frippant

an visage, devait le rappeler au sentiment de la douleur et de la ne*

Sur ces entrefaites, le maître di* h maison entra les vêlements *n lambeaux et le corps meurtri.

— Mes amis» s'éertft-t-il d'un air effaré, c'étaient les bandits de Pujol; heureusement aucun d'eus ne m'a reconnu,

Ils m'ont insulté, ils m'ont outragé, et je ne leur ai échappé que par miracle.

— V ce soir la revanche! répondit le jeune homme; nous donnerons avis û Besalu.

— Kt ces braves guérilleros de l'neMo mms see-ïiideiwl rirurne ils nus l'ont promis, poursuivit le médecin. La

vieille fi 'in r juî se meurt est la mère de leur chef i|iie La

douleur accable en ce moment,

— Que les soins les plus empressés leur soient prodigués, docteur, non-seulemeal commet des ennemis de la bande interna te. mais encore comme à des chrétiens. Cet te femme est-elle en péril?

— Elle *a rendre le dernier soupir.

— Aiii^i est morte ma mère il y a deux mois à peine, dît le nouveau venu. . Uil le ciel a des vengeances bien terribles. Mais voyei em :- . docteur ; la pauvre femme s'agite.

— C*eat l'agonie.

l'I MOL, CHEF 1>E M 10 U EUT S

Ou'jvc-î-voiisfjii I tksalu? — Nous levons brûlé, (l'agè C3,}

— Elte ouvre les yeux.

— C'est le dernier regard.

— Elle veut parler**,

— Ce sera sa dernière parole.

— Ecoutez, écoute**..

MathÎAs ei Marini -ivmUmll qnittë le lieu saint* Penchés sur le lit, ils attendaient d.ms un m-nne silence et cherchaient a ranimer dn leur sonfïïe pieux le souille qui allait seteindre, lorsque la mère parla :

— ftïeu! Uieuî pitié! Joseph, Malîiias, vos baisers!... Miséricorde, ô mon Lmn Dieu I Tu le maudis, loi... et moi. . je le bénis.,, Pujol ! Pujoll.,*

Le Ht resta silencieux, et la bouche de tous les lémoins de n 1 Lie scène de deuil se posa dévotement sur Les main* qui venaient de retomber sans u> .

■— Encore une victime de Fujol, dit tioririguez les veux liaigncs de la vu tes.

— Oii n'y en a-t-il pas? reprit le docteur en jetant le «Iran li 'a ne .sur le visage de la morte.

frijol revenu a lui entra en ce moment soutenu pur son fi léleSaletas.

— Tout est lin i, dit tristement le docteur.

— Ciel! Hftrcelino Perez' ria l'ujol en bondissant ■ mnme un tigre.

— Joseph Pujol ! dit en frémissant le fou Rodripi

— Apprends enfin ce i|ue vaut mon poi^jiLiid!... fujol fi élançait... Manias PaTrête et le contient dans ses

bras.

— Que fais -tu, Joseph?

— h a il- ni nuire sœur!

— Il* secouru notre mère!...

La chambre redevint silencieuse comme te lit.

— Maihias T reprît Pujol. dont les lèvre- violettes ticmliaient de rage» viens, emportons sur nos épaules les pestes adores de notre mère; respectons Rodrigue* (jui lui a

t.M.i-, — nu. tant* . ii j- 1-t.uinrti, f,

eo

(IVRES DE JACQUES AIUGCL

prêté asile à son dernier jour, mais que Marre] j un l'ercz se cache mieux une autre fois, car je n'ai plus de niérc à lut conduire!

LES DEUX CuflTOJS. — i I -\U\S.

-- A moi seul d'abord les restes sacrés de ma mérc dii Pujol d'une vois sourde s'échappent de sa poHriuc oppressée. Que mon manteau soit son linceul, que les fronts se courbent â son approche et que Util cri de guerre ne suit poussé aujourd'hui pannes mîquelets!

Ou rejoignit tristement le bataillon infernal Du I cm était déjà fort inquiet de In longue absence du capital ne H des principaux officiers, et plù> d*ttn ernur se serra ■ l'iipecl ■ '>■ Pujol dont les yeux ternes >t tes joues creuses disaient la profonde douleur. Un brancard j'tii U mé dYeq>el< et de manteaux s chaque soldât Linf â honneur cTofim couverture de laine, et la guérilla se mit en roule p iuf llar- « ■■ I ijir. Pujol marchait seul derrière le cadavre, puis vc* liaient SaÎHas. Andreit ri Mathias, et en avant, dans un ordre parfait cette foiSi cheniinaieul les redoutables pnritlerossans cigarette À h bouche, sms blasphème aux lèvres, sans menace aux regar îs. Les stylets dormaient oubliés aux ceintures de cuir, le ^esco nettes ouvraient ai sol leur gueule béante ei silencieuse, et Von u "entendit! que le bruit mesure des espardillas faisant â peine crier le sable. Le désespoir de Pujol avait pénétré dans km tes les fit tu- s h sa bande nnuidiie, ou plutôt il avait donne une âme tous. èlôrals.

Jamais cortège ne fut plus lugubre* Ma ri ni et Matbiai

priaient â voix bisse, er l'on eut dit que élu [m- soldat cherchait à recueillir les saintes paroles pour les répéter à sou tour. On n'osa point rire ce jour-li de lu pieté dedeux courageux officiers si souvent en bulle aux i asilH et Ton regrettait au contraire d'avoir oublié les itêvoies oraisons de L'enfance, car on au rail lit chorus avec eux.

Le chemin se parcourait lentement; une pluie rapide fouettait la luerilu façonnée i ces caprices de I atmosphère le veuf souillait ses [i:u\. nies raffoles, le feu âge Frémit sait ci louie la nature êtail en harmonie avec le deuil de l'armée dont le chef semblait avoir oublié toutes ses douleurs passées pour ne sentir que sa douleur présente.

i,e ne fui que le troisième jour que le cortège . ni.a aux portes de Barcelone mi le bruit du malheur de Pujol hait cl rj ."t parvenu. Il entra en ordre, taciturne, le fusil I misse. le regard sombre mais non menaçant; et celle fois du moins la population entière encombrait les rues sans colère et sens anathénie. C'est qu'il y a des malheurs particuliers qui frappent les masses comme si la catastrophe riv.-n été générale; c'est qu'on se seul involontairement ému quand on voit des yeux qui ont si souvenl été sans pi lie laisser tomber des larmes venant du cœur, des larmes Attestant nue plaie profonde.

Pujol pleurait au milieu de ses intrêj ides miquelris qui pleuraient comme lui; il avait crainl «I a inl que ses tortures ne fussent |*mit comprises; il quêtait en quelque

sorte la compassion publique, et eetle humilité, que chacun devinait dans sa dénia . In" pieuse» Lui avait acquis les Sympathies de toute la population.

["ne vieille et sature | ci sonne était morte, morte en bénissant son lî I s qui l'aimail jusqu'à l'adoration, une mère dévote, dont tonte la vie avait été une vie d'expiation et de larmes. Barcelone savait le désespoir dont sou Ame éveil été brisée par une lâche séductions irait aussi les angoisses mortelles qui devaient la torturer alors que, passant l.i tète baissée dans Les rues ou sur les places publiques, el Y

entendait -mglanla i thèmes qui poursuivaient ion

Itls Pujol. Oh! le eiel devait g êln ouvert a cette imi pure qui ili-ui.mdait jour et nuit pardon au Très-Haut du m. il involontaire qu'elle avait fait aux lu mîmes. Joseph Pujol était le fléau de la Catalogne] el tes redouta que les ministres de l'ion fais: îenl tomber "les chaires évangéltques contre l'implacable guerïlh r < pesaient de tout leur |i Mils sur le cour de lu pauvre vieille mère qui ne trouvait plus de refuge, hélas] dans la tendresse de sa tillr Àgatlia.

J'n jol tout entier a son désespoir marchait derrière le cadavre, abattu, sans fortes! soutenu par un firvre pieux et par une femme courageuse el résignée, Aussi Sis citoyens se pressaient- îla autour de la milice redoutable et la proté* gysntent-ils de leurs, regards d'affection el de pitié. On arriva ainsi nu travers dune haie de e;ens de tout âge à la demeure du capitaine qui s'açemuillla rivant d'entrer el qui h. corn me en partant de la petite maison ou sa mère avait rendu le dernier soupir, voulut porter seul Le précieux fardeau sur s> iihs.

La troupe lit limite el attendit di nouveaux ordres. Saletas wiii lui enjoindre de se retirer dan «n quartier, el pas un de ces bandits si Indisciplinés ne murmura ou ne songea i désobéir. Tous su i Ere mornes, désolés regardaient avec urne douleur améro, tous se aerraient 1a main sans prononcer une seule parole; ils cheminaienl vers li i lien ou s'étaient poussés tant de l , et

reit- luis du moins il y eut du ealn quelques prières

montèrent an ciel pour La vieille femme et pour Pujol leur mril heureux capitaine. 1 >mIi mous aussi ont Leurs heude ivrueiljeuieiil il de résignation.

Quelques Instants après, un aide de camp du générai arri-.i et invita Pujol à se rendre A Imitât- major. Pujol se leva prit la main de s e. y déposa un long baiser >

■ortit.

— Eh bïenl Fujol, je sais le malheur qui vous ,i IV

— Non, généraïi TOUS ne le lave* |«is; car vous ne eonnai^^ii i pas ma mère,

— (lui, une hrave et digne femme, m'a-t-on dit,

— Plus que ceux,

— il four se soumettre aux décrets d'en haut

— Ils sont bien cmels ? cl votre ImYu est un dieu bar. bare,

— Je croyais que le marieur ne blasphémait point. Mais le désespoir blasph me, téoéfal, dit Pujo! en se

frappant violemment la poitrine; j;i pi^intc csl permise au errur déchiré par les Lorture*. Ttûes, si je n'élais pas ué i Besalu, Besalu serait en cendres ^ si ma aère ne m

pas diL : Pardo ; ' {^aurais l-oiehê denx cents tèlea de eette

ville de honte el de malheur. Sa ve^- vous Lien, général» que cela est laelie el méprisible? -.im/-vous bien que cela est digne de l'enfer? Les infimes ont osé souffleter inn belle cl irlorieuse Bpppa! Saves-voua bien, générai, '[u'ils ont craché mil" le risage ridé dema mère? Obi oui, j'ai bien vil; je ne devais p- me montrer si clément, si mi ricordieux. S'ils reprenaient ma Beppn, ils lui dresseraient encore une potence; ils en dressersientpent-étn une aussi pour le Cad m re dema mérc. Oli! j'ai été aussi infâme qn*eox en ne lesclouani i=a> ions aies potences fatales!

Une jeune femme comme ma jei Beppa! une vieille

femme comme ma vieille mère 1 Hâta l;i loudr* n'a donc aucune intelligence, et je dis donc vrai quand .jafjîrme qu'il n y a point de Dieu

Kt Pujol se dèdurail le front et la poitrine. Ses prunelles île sang lançaient des regards ■■ '■'-■ ■ -

ir.nJissiiieiii el i ■■ lèvres violacées, |«ressées ruae contre Pautre, indiquaient une effi le menace. Maurice-Mathieu le regardait avec une pitié généreuse, et il ne cornprenait pas la double nature de ce1 homme -i extraordic qu'il aimait * t méprîsail à la foi^. Tes: I a'ecria le nu i-ii serrant frénéliquemenl te manche de -» « i^ 1 -

gnard, i ai tué des hommes qui me demain I mut grâce, des femmes sans -l- fense, des préires agenouillés qui me refusaient de l'or; j'ai mené mes brigands à la bataille el je les ai poussés moi-même i la cruauté; eh bien: je n'ai mn

PUJOL, CHEF DE MigUELËTS.

fait d'aussi méprisable «pic ce n«« j*ai fait il y a trois j s.

Comment ! cm 4 souffleté m« femme! un a craché mu U-visape de ma merci cL j ai épargné les poitrine* qui étaient à la portée do mon stylei! J aï compris le mot pardon! Comment! LU oui tué rn.i mère, la idcit de Pujol, et Pujol n"a pas incendié eut le w Ile infernale, éventré les enfanta dans les liras de leurs n OU ! je suis un içraud misé-

rable! mais on ne me. le dira plus demain. Général, je n tourne vers mes brades qui éinieni si bien disposés, dont les poignards se trouvaient si efltlés, les es co pelles si luilames ci les colères si chaudes; je retourne vers eux, ci dans deux jours vous apprendre! que Besahi est un mon* ceau de ruines.

— Pujol !...

— Oh ï général 1 !a discipline est pour les agneaux et non pour tes tigres, -le -suis un li^iv ;i ixuî il faul des riclimes, une hv^ie a jui il faut dusong â boire, cl il y a du sang a Bcsalu... C'est que vous m: savet pas tout pent- Hxf ."... J 'ni Irouvé en roule Marcclino Perei; il ctaîi prés de moi T h deux pas de mon stylet, et il vit encore! J'allais fouiller dans sa poitrine, mon' frère a arrête mon bras. Ij? lâche! il a changé de nom; il court eu va^iboml et se «,iehe: mais je le retrouverai, général, et in.i sieur sera vengée!

— Quelle vie que la vôtre, Pujol! lui dit le général en lui pressant amicalement la main, ci ru chercha ut à le '"aimer.

— Oh! elle ai':liî trop longue de quelques heures f Un a souffleté Beppa et l'on a craché au visage de ma mère, qui est morte, qui ne m 'appellera plus son lils bfan<uim«, de qui je m- recevrai |.lus une caresse,.* Général, vous apprendre! dans trois jours que lïesaln est en cendres.

PujoL s'en allait.

— Major... et ks tu ne rai lies de votre mère, n'y assisterez- yous pas? ira-t-elle sans vot^ a ^ ■ I ■ i it i ■■ i ■■ uVtueure? Savr?.*vous re qu'on dirait, Pujol ? que vous aves un CCEUJ et un bras pour la venger, mata que vous n'avez pas dïime pour la pleurer,

— Et qu'est-ce donc que ces larmes de feu qui brûlent mes yeux el c relisent mes joues.'... qu'est-ce donc que

île pâleur il vide qui me fjlace, cette M Ivre qui me lorture ? qu'esta! donc que relie pensée de damné qui nie fait désirer de voir L'Kspagne eu cendres et ses I Acnés habitants sur un brasier? Je n'aime point ma mén n'aime point ma mère [ et Marcelin'» Pcre», le séducteur de ma soeur Agatha, vil encore ! Il vit,,, parce qu'il a voulu secourir ma mère â L'agonie. Ali ! tenez, général il y » des douleurs qui nous pi -i vi-nl de la rai^m i je m- us .pie ma tête sï^are. que mesgenoux uVdiNaejii, que mon sang bouillonne; tout se confond dans ma pensée, lout devant moi me rappelle ma mère, ma vertueuse mère, que des intimes viennent d'assassiner. Je vous en prie, gênerai, ne me dites point qu'en m'accuse de ne pas aimer ma mue ru roua Êtes a mes côtés, ci je Louche de mu main le manche de mon poignard*

Pujol s'était arrête â la voix de Maurice-Mathieu, qui lui parlait de sa mère; il avait laissé tomber se, télé sur ta main, et sa poil ri ne se brisa il â ses sangle- h

Un miqnelet entra. Etés que Pujol L'eut aperçu, il lui tendit la main ; celait Beppa,

— Comme il souffre L dit-elle en san^leiiriul. an <rènèral, qui venait de lui présenter un siège. Comme il souffre! cei intrépide guérillero, qui a donné lanl d'or â la Frani quia tant épargné de pmlrines franges! Voyez, général, il n'a pas un regard ami pour sa' lïeppa si dénuée; voyez, loules ses. pens • a tous *es souvenirs sont pour sa more su cercueil; et Beppa la bohémienne, qui s'est faite guéri liera pour ne pas le quitter, n'a plus maintenant qu'A

IeJer de ci'iié son escojiette et son poignard, et tieppa, la emnie légitime de Pujoî, n".i ['lus qu'a courir après sa fami IN errante, et d chercher nu a lui dans les furéu et dans les groites des montagnes. Oh! comme il souffre, mon Pujol !

Le bandit alla vers sa femme, s'assit i ses côtés, la regarda d'un œil douloureux, et pressa sa uelle tète sur sa

poitrine. C'en est UU. Heupa, désormais il y aura de l'amertume dans notre amour.

— Je te sens Comme loi, dit la jeu nu femme avec dt-s sanglots; mais qu'ordonncs-lu pour ta mère V

— Qu'elle soil en se vf lie selon sa religion, que la cathédrale smt lendue de noir, que deux mille ci brûlent pendant trois jours , que nies coffres soient vidés, et que de Larges aumônes soient distribuée* aux pauvre*.

— El il y a anal h ème pour cet homme! s écria Beppa en Il ouvrant des plus tendres caresses. Kl on l'appelle le bandit! 3e brigand ! et on L accuse de n'avoir pas une âme ouverte n la tendresse! Oh! l'infamie a beau cherchera le flétrir, Pujol, mon Pnjol à moi sera toujours le plus noble, le plus magnanime, Le plus intrépide guérillero que les orages politiques aient jeté au milieu des mêlées,

— Ne ferez- v. m s rien pour ma mère? dit Pujol au général d'une vdîx humble el soumise,

— Mes onlres sonl donnés. Il y aura a son convoi un détachement de Luis les régiments en garnison à Barcelone. Je dois quelque clmse ans^i .i la uere de Pujol.

— Vous èi es n ei coeur noble et lu val, et, quoi qu'en dise Beppa, ma douleur profonde a laissé dans mon âme un peu de place pour l'amour et la reco nu aisance,

Le lendemain, avant le jour, la maison du commandant des mi(|uelcts éiaii vuilêe de tentures funèbres; qualre de ses gens, re&eopetlc à Tépaule. la télé, dé cou ver In, gardaient h porte sous laquelle reposait le cadavre sacré; vingt-quatre cierges brûlaient auprès, et deux eba nui nés, à genoux, récitaient les prières des morts. Chaque passant s'arrêtait dévotement, flechiçssil le genoux devant la croix saîute, prenait dans un bénitier une branche de buis et aspergeait la bière.

À neuf heures, les cloches de la cathédrale commencèrent I Sonner, et l'on vit arriver, précèdes par les tambours roulant sourdement sur le drap noir el par une musique militaire jouant des airs funèbres, les ueiaoliemcnts de i i garnison qu'avait promis Maurice- Mathieu,

La bière fut placée sur ks épaules de qualre miquelets. Pujol la suivait étouffe par ses larmes et soutenu par M,illuns et MarinL Beppa marchai 1 seule devant le cercueil, daus son costume de guérillero et comme absorbée dans la plut poignante médita lion, Cette femme avait une si grande puissance de volonté que Pujol seul aurait deviné sa pensée s'il avait pu songer ce jour-là à autre chose qu'à la perle qui ^ n il de le frapper. Beppa souffrait aulanl que son marit elle souffrait plus ptuit-elre; prévoyante comme tous ceux auprès de qui elle avait passe ses premières années, elle présageait un terme â la douleur de Pujol, et elle savait qu'une flme fortement trempée pouvait le rapprocher. L'église était encombrés de monde, La cérémonie fut ;;ra\e. i m pu saule, les qiuHcs abondantes, et les Malais de Pujol ne furent pas les moins magnifiques aVs donateurs, car Us su aient mie le capitaine leur tiendrail compie de celle libéralité. Pour ces ïjens peu propres îi comprendre une action généreuse, c'était déjà beaucoup qu'une avance dont ils prévoyaient les intérêts dans l'avenir.

Le général Umarque, dont l'a [ferlin ri pmir le chef miquelei jiren lit chaque jour une nouvelle force, assista à celte cérémonie religieuse* et il n'eut pas besoin de donner l'ordre n Son état-major d'accompagner le cercueil jusqu'à sa dernière demi nie.

Le cortège, Il sortir de l'église, se remil eu marche d'un les tambours résonnèrent, la musique joua

- s sirs les plus sombres, et quand la bière, pour arriver au champ du repos, pnssa devant la maison de Pujol, celui-CÎ ordonna une halte, et voulut adresser â ses soldats quelques paroles de remerciaient et à sa mère un dernier adieu,

— ( f Enfants de la plus redoutable guérilla oui ait jamais parcouru la Otiilogne, leur dit-il a«c effort, vous viivez, que les Catalans ont lue ma mère, muis les aveï vus, Mchcs cl cruels, insulter à sa vieillesse el à ses larmes. Il m'a fil lu tout votre courage, loutc votre énergie ninu arracher cette sainte créature à la potence qu'on avait

as

OEUVRES DE JACQUES AIUGO

dressée i ■ elle; â cela t compagnons, comment devons-

nous répoudre? par le fer, par le sang et par Ici flamme J Ceux «I fnlr-t- vous qui n-mt-nt en Dieu recevront de lui la récompense qu'Us méritent, cai Dieu veut sans doute *^ue les cheveux blancs Irouvent partout respect et adoration. À ceux qui ne croient pas, c'esi moi qui promets la récom- I" -ii^i* île leur dévouement, cl je ne serai pas avare. ,1m ezmoi donc tous, oh ! nus braves guérilleros t que vous rcgnrdm ■/ des ce jour tout Espagnol armé comme un ennemi personnel, et que vous n'accorderez ni grâce ni nu -ici â Lui ni â sa mère.

— ftius le jurons' s 'écrièrent a la fois sil cents hou* ehes uH'iianiiilcs.

— Merci, mes miquelets! Et maintenant, ne nous arrêtons plus qu'au cimetière; mais permettes-moi d'abord de dire aux braves Français, qui ont rem lu à ma mère des honneurs auxquels jeVauraia pas osé aspirer, que mon amitié lear est acquise a tout jamais, el que ma vie leur appartient dés à présent et dans revenir. »

Arrivé â II porte du lieu saint! le cortège s'arrêta de nouveau, une double haie se forma, el les soldats de Pujol pénétrèrent seuls dans le cimetière, car le capitaine ne voulait pas que la tombe de sa mère fui vnuèe un jour, el pour cela il devait cacher la place ou elle avait été crens-

Mais, pendant que se faisaient ces dispositions pieuses, mi cortège s'avançait d'un nu m e coté, précède ji.-ir nu iiiand concoure île nu unes, suivi d'un nombre considérable de jeunes tilles de plusieurs communautés, toutes versi ni des lan in un cercueil découvert où se voyait» amaigrie par les veilles el la prière, une tête glacée portant sur son fiiisit l'empreinte des plus horribles douleurs. Plus de deux mille pauvres Fermaient La marche*

Il y eut un moment de confusion, mais une voix retentissante de moine s'écria : — Place â la jeune mai lyre! place au cercueil d'une vierge! pi «ce a h sœur de Pujol!

— Place au cercueil de sa mère! s'en h Saletés d'une voix formidable,

I H| il ne respirait plus. Il suivît sans rien voir tes deux cortèges qui a acheminèrent lentement, bien lentement vers le lien sacré; les deux victimes, ensevelies l'une â coté de l'autre, ne reposèrent sous aucune croix; les soldais (Ei Li guérilla nivelèrent le sol. el nulle trace ne signala, dans l'avenir, > la haine espagnole, la dernière demeure d'une sainte el vieille femme! la dernière demeure d'une sainte et jeune lille. mère et sœur d'un bandil

le Jeudi •tnaiu malin, Pujol, encore tout entier soUsle poids de sou désespoir, étail dans la chambre muette de sa mère entre son frère et Saletas, qui cherchaient vainement a le consoler, quand un sergent entra brusquement et lui dit :

— Capitaine, votre présence est nécessaire au quartier»

— Pourquoi? demanda Saletas.

— C'est qu'il y i uramle d- M'rlîni] ; les deux tiers de vos gens manquent â rappel.

— Qu'est-ce à dire/ reculeraient' ils devant la tâche qu'ils se sont imposée :

— Ils mit franchi de ^rand matin l,i muraille .In jardin, sans doute j our ne pas donner de soupçons â Ici senti ne3

et nulle pal rouille de uiiiL n'en a ml d. ms "les rues de Barcelone.

— V aurait-il trahison?

— Je le crois, commandant,

— Allons, Saletas, allons, Hathias, encore un devoir à accomplir. La clémence ne m'a pas porté bonheur; plaignez ceux de ces lèches qui auront trop compté sur eue*

Les trois amis se dirigèrent d'un pas rapide vers le 4u.11-tier des miquelets. La sentinelle placée â la porte présenta sou arme, les verrous se tirèrent avec fracas, on battit le rappel, el Pujol ne \ii en effet dans les rangs qu'une faible partie de son armée.

Il s'arrêta au front de ses soldats, et chercha par ses pron- et ses menaces à savoir le vrai motif de cette

désertion d'autant plus funeste, que les événe nis mili-

laires se pressaient autour d'eux; nul no voulut l'en instruire.

— Mu est bVj.p'.' dit-il enfin,

— Elle est venue ce matin, répondit Ripoll; elle est restée parmi nous une heure au plus et elle .s 1 est éloignée seule*

— À-t-elJe parlé à Tu 11 de vous?

— Elle a parlé â quelques soldats, aux soiis-oflidors Angell, Calme la s et Iriarte, mais ils ne sont plus au quartier.

— lille ne nous a rien cou lié, dit tout Las Pujol a ses deux amis, elle n'est pas ici, nos plus braves miquelels sont absents, ils ont reçu ses ordres.

— Tu nas aucun pi assentiment?

— Ou'oi-je a craindre de Beppa?.,, Ne sais-je pas que loin ou prés de moi sa vie est toujours une vie de dévoue-

ment et d'.immir?

Le lendemain Beppa ne reparut point, et le général ayant témoigné à Pujol quelque inquiétude sur la dé>crtion de ..ii ni de soldats de sa bande, celui-ci lut ré]. nu lit ;

— iJoyei tranquille, général, Beppa est avec eux.

— Et si elle-même vous eût trahi?

— Général, tou te au Ire poitrine que la vôtre serait frappée à l'instant. Mais vous ne connaisses point Btppa, et je vous pardonne,

Le général lit un mouvement.

— Oui, général, je vous pardonne, car outrager Beppa. c'est presque outrager ma mère.

À peine ces mots furent-ils prononcés que les pas d'un cheval lancé à toute bride retentirent a la grille de riiAicl. Le cavalier qui le montait se présenta au général et i Pujol-

— Parle, Luis, dit le commandant en reconnaissant un de ses lui pieteis, parle, d'oiï viens-tu?

— De Uesa! 11.

— Qui te lavait ordonne?

— Keppa.

— Qu'a vei- vous fait à Besalu ?

— Nous l'avons bru lé*

— Eh bien! général, ne vous ni-jc pas dit que Beppn est la plus noble comme la plus généreuse des 1

— Cependanl l'opprobre qu'on lui n servait»*.

— Eli! ce n'est pas son opprobre qu'elle s voulu venger, c'est l'opprobre île ma mère, do la mère de PujoL

— Avcz-vous perdu bien du monde? continua le œmnuiudanL en s'adre&saul au guidât.

— Six hommes, Beppa e*1 blessée tu bras, mais ee ne sera rien elle arrivera ici dans quelques heures.

— Von- me l'en verres, Pujol, dil Maurice-Mathieu.

— Je vous renverrai.

risisTESSË.

Toute profonde douleur est silencieuse. L'isolement, In nuit, vont bien à l'éme nui souffre, et l'on s mile a ton le parole d'ami, â ton le fraîche brise * â tout raron de soleil.

Ce que vent le désespoir, c'est le courroux des éléments* ce snnt les flagellations de la tempête, les gémissements des vague*, les si file m te la rafale, les cris des vol* caris en combustion, les ■ ■■ lats de la foudre.

U désespoir et la tristesse n'ont rien de commun. Le premier a : esoin de turluileuce. l'autre de quiétude. Celuici précède toujours celto-iâ, et ce n est qu'alors qu il s'es.1

PUJOL, CHBF DE MfQrELETS.

épuisé en violence que L'amertume arrive avec tout son cortège endolori t

Rarement le désespoir arrache des larmes u vous qui ré* tudîex ; la tristesse, au conlr^iro, es l contagieuse, ci votre ctlBUP se brise ans angoisses i|uï lordcnt sans éclat.

U colère de Pujol c>t, vous le savez, l'avalanche qui s'échappe de la cime des monts, roule, embrasse, étreint, emporte et engloutit. Après ce desordre mouvant vient le chaos immobile, on devine que le dés -'re a passé par là. on voit encore Les traces de la blessure ; mais toute résistance semble épuisée, et c'est alors que le découragement, premier symptôme de la tristesse, s'empare île vous et vous prive de iVucrgie nécessaire à la douleur.

Dans la tristesse ou va jusqu'à accuser le ciel de sa tiède ci \h i-i . "H l'aurait voulu plus irrité, plus rigoureux, et chez les âmes bien trempées suri ut l'affaissement est d'autant plus grand, que le malheur a été p lu s faible. Là tristesse cl l:i nostalgie sont sœurs et Ûllesdu d'cmiragement, Uaci> les deux maladies ou souffre de partout et de nulle pari : on est brisé, anéanti, et l'on ne sait d'où vient In puissance qui vous presse dans ses élans de fer. Ce n'est point la tête qui i crevasse, ce n'est poinl le cœur qui saigne, ce n'est ni une piqûre d'épingle ni un coup de massue, c'est une chose insaisissable, c'est la torpeur avec frisson et délire, c'est une agonie lente, boiteuse, qui vous énerve et vous paralyse jusqu'à ce que la commotion électrique, jus m'ri n qui? 3.1 piEede Volta vienne redonner à vos nerfs racornis celle sève, cette vie que la tristesse seule avaîl engourdies.

Pujol venait de s*? coucher tout habillé, et encore s'étaitil étendu parce qu'il avait trouvé là sous ses yeux un lit qu'il n'avait peut-être pas vu; s'il s'y fût rencontré un confire, Pujol s'y serait précipité, et au milieu des ses lourhillons il n'aurait pas même cnerché un point d'appui. Dans

s abattement, il n'est pas bien sur qu il se rappelât avoir

perdu sa mère ■ i sa sœur; il se laisail sans penser, il regardait sans voir, et si vous étiez tenu jeter à son oreille le nom de Marrcliun IN n •/., ses mains sans nerf n'auraient point pressé le manche du stylet ai^u qui dormait à sa ceinture. tHi 1 c'est une terrible douleur que celle qui vous ronije sans que vous la sentie/! oh! test une terrible chose que la tristesse I

ï'ujnl m- dormi! point; il se roula sur sa couche, il souffla le flambeau qui t'éclairai!, i] le ralluma, chemina, écouta le silence qui Psssourdtt, regarda les ténèbres qui réhlouircnt. chanta* rit, pleura, ci si quelqu'un était venu lui demander pourquoi i mies ces choses, il lui aurai! semblé entendre le tintement d'une cloche ou le hennissement de* chevaux ou les hurlements de la tourmente, Peut-être même n'cûMl rien entendu.

C'r*i que la douleur de perdre une mère adoiï'r est un bien terrible châtiment de Dieu! C'est que voir disparaîtra là devant yeux . sous h main , contre son cœur, une mère qu'on vient d'arracher a la mort, à un supplice ignominieux, est une de ces lorlures que Pujol seul pouvait ressentir, et que leTout-Pnissani n s inilîge qu'aux réprouvés. Pourquoi w. plaindriez-vous pas Pujol en proie a cette brûlante tristesse, vous qui n i encore chaque malin et cita que soir une tendre caresse de votre m ère?

Le jmir était loin de paraître et déjà le commandant de l,i terrible giifrillïi avait quitté sa demeure. 11 s'achemina vers la .[lambin, jeta un regard sur cette Méditerranée rageuse dont les Ilots venaient mourir avec un soupir sur la grève; il s'assit à terre, puis regarda la lune qui fuyait ,ï rhorizon, se releva, parcouru! N ; > rues silencieuses sans répondre au cri de la sentinelle vigilante ; ci . soit instinct , soiL que Dieu dan* si clémence eut cnliu pris pitié de lui. il se trouva bien tôt en face de la caserne où ses soldats ^ étaient relïivs i leur retour du cimetière.

A son aspect la sentinelle de la grille présenta son arme et il entra. Pïul de ses guérilleros ne ■ humait, nul n'était ivre, nul ne s'armait du poignard pour soutenir une querelle. Il y avait du silence il du recueillement parmi les damnés; et lorsque Pujol parut au milieu de la grande salle , tous se lev èren i T 6 1 c i ■ ■ \ \ > \ es] -c et ueu semen 1 1 eu r gor ra ou leur chapeau cl ouvrirent passage au chef qui ne leur

adressa pas la parole, il s'assît, se frappa le front, cL une grosse l.-iniîe tomba sur ses genoux tremblotant:

— Tu souffres, capitaine, lui dit timidement un de ses plus ol-M'ins bandits en s'approchanl de lui; tu souffres, Pujol, el In douleur non*; L'-iU bien mal.

— Quelle heure est-îl? demanda le capitaine qui n'avait pas entendu les paroles qu'on venait de lui adresser.

— Quatre heures,

— Ah! tant mieux I J'aime qu'on s'amuse quand on a fait son devoir, el vous avez fait le vôtre, mes braves amis; moi seul jr n'ai p.is i empli )e mien; aussi, voyez, je ne ris pas.

— Un coeur comme celui de Pujol, poursuivit le même guérillero, doit savoir supporter la douleur quand la vengeance est au bout.

— Qui parle de vengeance? dît Pujol en jetant un rejnd do feu sur tout ce qui l'entourait; qui parle de vengeance parmi vous?

— Moi,

— Qui es-tu, toi ?

— Bep Sarrigou, un de tes fidèles.

— Oui, oui. je me souviens. C'était une potence, n'estce piis, qu'un avait dressée? Une ou deux ? Voyons, yen

■ivnil-il deux?

— Il y en avait deux, Pujol !

— C'est vrai au moins; une pour ma femme, l'autre pour ma mère. Et je suis arrivé là, et j'ai vu ces terribles "l'preis, et deux cadavres ont ftotlé dans les airs aux deux potences dressées pou r m ;i m re el pour iui femme ;el puis il y a eu du silence et puis des têtes fauchées- Mais tout cela esl bien peu pour tin crime aussi horrible! Oh! je suis bien lâche!— Tu y étais, toi, Bep, dit-il après un instant de réflexion, lu étais à Bcsalu, sans doute, quand ces horribles choses ont eu lieu, Cou te- moi, je te prie, comment cela s'est passé. Le bourreau s'y trou va il aussi, # et le peuple qui hurlait, et les femmes qui auraient voulu un troisième cadavre et une troisième potence. El point de prêtre . point de consolation a L'heure suprême de nui vieille mère et de ma jeune Bepppa!^. Conte-moi tout. Garrigou, n'oublie rien, et je te promets, moi, un beau r.ilîre d'or a Pat* laque prochaine que je me Uie contre le cou vent de la Trinîuad. Il ne faut rien me cacher dans Ion récit, mou hrave guérillero; dis-moi surtout les choses qui doivent le plui ïrofimdcmoril entrer dans mon àmc, J'ai besoin de bail-

leur aujourd'hui, el j'en attends de Loi. Voyons, conte-moi fidèlement l'aventure de Bfcsalu,

Pour calmer la sombre tristesse du capitaine et peut-être aussi pour l'arracher à celle poignante torpeur qui i étouffait, le handit lui lit un récit exact dessot nés de deuil que je vous ai esquissées, el Pujol recueilli semblait sourire de temps rt autre au souvenir de Sam? qui lui était offert.

Des que Bep eut cessé de parler, le front et les joues de Pujol se couvrirent d'une pâleur livide.

— Vous êtes de braves gens, vous, poursuivit-il après un moment de repos; ce que voua avez fait est hien, uvsbîen* Il a fallu niveler la place ou donnent ma mune et ma sœur, sans cela les Espagnol auraient déterré leurs cadavres pour les pendre aux potences de Ucsalu la maudite.

Enfants, je vous aime \ r votre piété; vous ave/ rendu

hommage aux cendres de ma mère, vous en serez rêcom ne n se s pendant toute l'éternité L., Je souffre, guérilleros, les ii n lt m'étouffe; je vous eu prie, conduisez -moi dans ma demeure, Beppa y est sans doute» il faur que je voie Beppa.

Pujol se leva, descendit le grand escalier de la caserne sans dire un mot, suis pousser un soupir; deui de ses n i quelets le portèrent plutôt qu'ils ue le soutinrent jusque

chez lui; mais arrivé dans la rue, le Capitaine cli i d'avis et ordonna â ses deux gardes de le conduire au cimelit i-o.

— Je veux m "agenouiller suris tondu de ma mère, leur dii-il avec un profond soupir; je veux ensuite creuser le sol, briser la bière qui renferme ses restes adorés ci baiser une dernière fois ce front pieux arraché ;i ma tendresse. lui n'est point une profanation, ceci n'est point un sacrilège, et ma dmileur a besoin d'un aliment qui m'ouvre

aussi il nr tombe. Venez, je veux encore embrasser ma mère. Quant ii mi sainte MBttr, poursuit it-il \i\w un ca l me effrayant , il faut respecter sa demeure, Les restes d'une Lille morte dans le Seigneur el dans la pénitence ne doivent point être souillés par des n ml ils profanes. L'Ame d "A gaina est aux pieds de son Dieu; nue ses cendres reposent en paix dans l'asile qui leur a été donné! Guéri Héros, vous no toucherez point à la tombe de ma sœur el vous m'Aiderez à fouiller dans la tombe de mi mère»

Les deux soldais de Pujot n'osèrent point s'opposer aux volontés de leur caïuiaine : ils le bénirent en silence et prirent avec lui le chemin du cimetière; mais arrivé devant la porte sainte, l'ujol s'arrcla, pressa vigoureusenn u^ les mains de tes inique leis et leur dît avec un accent courrouce :

— Où m avez- vous conduit, misérables?

— Où tu nous as dit de te mener» Pujol.

— Je vous ni ordonné de 1m 1 guider jusqu'à Ja fosse de ma m ère,

— Nous y voici bientôt,

— Assez! assez 1 Je saurai trouver la place que j*ai nivelée. Venez.

Il dit , et sans paraître se souvenir de ses paroles et de E,i r« iiliiliiio qu'il avait fui i-. il retourna sur ses pas, et sans ajouter un seul mot il regagna su maison*

Le* deux guérilleros le forcèrent avec de douces paroles à se coucher, a prendre un peu de repus. Pujol ohé \i comme no enfant trenihlant devant une menaça de son père et s'assoupît. Une demi -heure après il s'assit, vit les miqnelets qui lui servaient de garde* leur serra affectueusement la main, ri ramené insensiblement vers Y horrible malheur qui venait de le frapper, il poussa un cri terrible, se tordit sur Kfl couche, invoqua le ciel, l'enfer, jura, frappa, blasphéma et Unit par répandre un torrent de larmes.

Ce fut la lin de la crise, L T nuragan avait passé, la foudre s'était éteinte sur le chêne en débris, la mer frappait inutilement le rocher du rivage, tout se lut. Un sommeil

{1 [lisible, profond s'empara de Pujol; sa tète retomba m élément sur sa poitrine, ses yeux se fermèrent et la nature reprit ses d roi la. Pujol était redevenu Pujol.

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