POST-FACE
La guerre avait achevé ses rasages, le c n taisait sur les citadelles! les soldats épuisés par les fatigues des marches, des conin -in, i relies -et des escarmouches, voyaient déjà dans un horizon peu éloigné leur patrie absente, et rescopette béante du guérillero restait immobile sur l'épaule de relui qui l'avait si longtemps et si sou v< ni dirigée coûtée une poitrine ennemie...
Le stylet silencieux avait remplacé le Irnmblon. En signe d'adieu et comme dernier râle d'une colère prés de s'éteindre, il sortait encore a de courts intervalles de la caille de cuir et y rentrait rouge de sang; mais, je vous rai dit, la guerre de la Catalogue était achevée, le drapeau tricolore, ;'î demi enroulé, dominait iristrment h iléjïlés, les ruisseaux torrentueux , les cimes neigeuses ou naguère il avait Uotté avec tant d'orgueil el de majesté, el les Français, rapi dés vers la pal rie" en deuil, disaient un dernier adieu â ces campagnes dévastées, à ers \ill.iLk-s iié>L-tr<. ccouvents sans religion eu ils avaient campé au milieu de leurs [titimjilii
I! éta il de la misère si vous v un lez; mais une de ces misères honorables qui vous laissent le front haut, la démarche litière, h verbe Toit, une de ces misères que le malheur a créées et non li bassesse, et qu'où n'a pas besoin d'expliquer au monde pour les (aire comprendre et pardonner.
Quand les hommes ùV courage tombent on les devinée l'inspection île leurs cadavres, et l'on n'u pas besoin de chercher si la blessure i[ui les a tués h s a frappes en face ou sur le dos.
Ainsi venaient, vers le ïtoussillon, les intrépides soldats de In Catalogne, alors que tous les peuples émeutes de Tl'urope se ruaient comme de rapaces vautours sur la I r.moe aux abois.
Je vous ai dit la physionomie noblement résignée «les généraux, dis ofiieiers "cl des soldais venant d'accomplir leur tache si laborieuse.
Je vous ai dit aussi comment Pujol et sa redoutable
bande s'étaient vus contraints de suivre le torrent el de fuir leur pays qu'ils avaient inondés de tant ON
Je vous ni fait connaître quelques-uns de ses braves mi- 'pieleis, cœurs ciselés pour les grandes choses, mais gangrenés parle vice, esprits turbulents, Cruels, Indomptables, vivant au sein du désordre, de 1 1 corruption et de l'abrutissement,
Se m'accusez point si. dans de trop rares exceptions, j'ai fait passer sous vos yeux cette femme si énergique, belle, si généreuse, et qui a si tristement expié son attachement an bandit.
Ne m'en veuillez pas non plus de vous avoir si faiblement esquissé les traits de ce noble el dévoué Salctas, ami sincère, cceur chaud, passionné, que j'ai dû voiler pour pas nuire a la grande Ûguredc mou /irros...
Eh bien!j T ai une nouvelle lacuue û remplir; il nie reste encore une large feuille de ces sanglantes annales l rouler, et si je parle de cet intrépide miqueiel qui j'ai du isoler de mon histoire, c'est que lui aussi, est uu homme i cepLioimcl ayant droit à un cadre, et ne voulant pas d'une foule importune qui puisse nuire a ses mouvements ou ôter quelque chose a son activité, à sa bravoure, â son énergie de chaque heni'i. 1 .
Cet homme, c'est Palégry.Vous savea : une de ces gra figures antiques sur la charpente desquelles se dessinent visibles a tous les miles vertus du citoyen et du soldat.
Palégry élail un homme d'une autre époque, mais d'uniépoque de gloire et de grandeur. Fils et frère d'un cafi lier de Perpignan, il s'asseyait le matin sur le vieux banc de bois adossé -u murdeson établissement, et j lisait lés nui* letins de la grande armée sans qu'on pût deviner dans son âme les émotions qui s'y logeaient.
Souè le porche de son honnête maison se reposaient au les soldais qui allaient en Espagne et ceux qui de retour portaient sur leur fronl cicatrise ou sur leur poitrine ou verte les plus honorables témoignages de leur bravoure.
Palégry, surnommé Ti lotis, versait : boire, aux uns Quelques petits verres d'eau-dc-vie, el offraïl aux autres la demi-tasse dont il oubliait de demander le pris dés qu'il supposait la bourse vide, et qu'il forçait d'accepter quand j] ne voyait pas un chaud empressement â passer au comptoir.
Ainsi se font dans les villes de garnison les plus ferventes amîlù insi l'un devient frère alors que la veille l'on ignorait le nom de celui avec qui l'on avait trinqué.
Sans avoir nue fortune bien assise, Titotia élail rh assez pour venir en aide sans se gêner m pauvre fantassin qui s'abritait sons le porclie de son café, el son regard scrutateur devinait aisément celui avec lequel il pouvait entamer une conversation familière au coin d'une tab d'abord vide cl encombrée plus tard de bouteilles de bière et de petits verres piltoresquemenl groupe
— Eh bien! dit-il un joui à un conscrit qu'une balle nu bras avait renvoyé de l'armée trois mois après son arm iiu cadre, eh bien! il paraîi que ça chauffe au-delà des Pyrénées?
— Je ne sais pas trop ce que vous appelés Puyrênt
n pliqua celui-ci d'un air maussade i mais, ce que j'ai appris par expérience, c'est que ces gredins de miquelets espagnols visenl vec une adresse qui ferait honte à nos chasseurs du Périgi >i d.
— Ah ! vf nj s êtes du Périgord?
— Niui, monsieur, je suis Pcrigourdiu de père en fils.
— Ko irez- vous un petit verre de rhum?
— Pas un , mais deux, si ça vous est loisible.
— Tout à fait. Je suis du pays, moi; ente maison appartient â un de mes amis, et je puis en foire les honneur*.
— Vous êtes plus qu'honnête, vous êtes poli.
— J'aime les braves, voilà tout.
— Dame) je n'ai pas ru le U -rnps de m apercevoir si je l'étais et même si je pourrais le devenir. A peine arrivé, flan! mordu :
— Par qui?
PlîJOL, CHEF DE M1QUËLETS.
— Est-ce qu'un sait jamais par qui l'on est mordu dans celle maudite pierre? On vous dit gare devant et Ton tous pique par derrière. Si ruas tournez h tête, pouf! vous recevez 1 estafilade du cùïû où vous ne l'attendu-/ ("fis-
— Vinis êtes hlcssé au coud*
— Oui, j'étais en sentinelle sur une peiire redoute,
jYiiit'wls une vois qui cric : A la |. vitrine! un édaîr brille, un coup part, el votJé.
— 1] parait i[nv h- miquelets ne liraient pas aussi juste que vous le distei luui •> I hem
— Hais si, puisqu'on ce moment j'avais l'arme ru bras. Tilotis sonrii de la naïveté du pauvre conscrit et continua ;
— lu troisième pet ÎE verre ne vous incommodera pas ?
— Je croîs que oui; maïs j'aime assez a Ôtre ineom- ■ r L : p i J -i *■
— Va pour un autre polit m lu.'. Et maintenant, pourivit Tilotis, vous avez votre congé de réforme, vous retourner au Pérïeord?
— Auprès de ma mère à qui je vais raconter les belles choses que j'ai vues.
— Vous n'avez pas eu le temps de voir grandis uht- , i i 1 1 1 >v
- Que trop, mille poulardes! El Pujol que j'ai enlra- • s ^ooi i Héros, c'est ça un terrible coup d'ceîl ! i.t (e célèbre Palégry qui n l'air de se ficher des halles comme vous vous Bcncz des petits verres que vous ne buvez pas et que vous m* 1 versez si bien '
— Ali ! vous nvi'7. connu Pujol et Palégry?
— .l'ai connu Pujol; mais je dirai a ma mère que j'ai vu aussi Palégry. (Juel homme! quel luron! quel chef de miquelets 1 Et if n'a jamais bu que de l'eau ainsi que vous! Il n'y a pas moyeu que Tenniuni lui résiste ; il se jette au milieu aes dangers aussi tranquillement que je me jetterai ce soir sur mon lit* Si vous saviez ce qu'on en dit a l'armée» comme en parlent les officiers, les généraux. Us rappellent le brave des braves, ainsi qu'on nommai I le raarè- 'h I Ney, Lorsqu'un de m i s soldais tombe blessé, il courl i Lui, le relève, le charge sur ses épon!i-« el le conduit ru lieu de sûreté pour aller le yci^it pïus lard. Bref, r'est une bénédiction dans toute l'armée, et avant-hier, quand lui et sa ci im \ m gn ïe pa ssêrc ni en tête de notre coh m n e, chacun de nos soldats marchait sur la pointe des pieds pour voir tant seulement un poil de sa moustache.
— Il n'en a qu'une imperceptible.
— C'est impossible ; il doit en avoir nue de six pouces de longueur au moins qui mangerait la votre comme un petit pdté, puisqu'on dit que c'est nu homme à poil.
— Peut-être le vanle-i*on beaucoup irop,
— On levante, dites-vous? On le vante, sacrebleu! pour mol seul il me prend envie de vous restituer votre eau*
de-vîe el votre rhum et de vous prouver, le briquet a la iu.iin, nue ce que je dis i si vr.o. Palégry ! Palégry î respect à Palégry ou je vous manque de respect !
lu ami de Titotts arriva eu en Timim -ol e! salua le cornmandant Palégry par son nom.
Le sol il. ii se dressa d'un seul bondi posa sa main droite ■i l.i li.iuieur de l'œil et dit :
Vous vous êtes gaussé de m ù, brave des braves. N'importe, je ne vous en veux pas puisque votre eau-devie est délicieuse el que je poui rai maintenant, sans mentir, dire ;i rua mère que j'ai vu Ti lotis Palégry, qm- j'ai trinqué avec lui et qu'il ma serré amical ml la main,
— Dis-lui aussi que je i ai prêté lrenle*$ix francs pour faire li roule et que nous avons bu i sa santé et â la liber lé de notre pays.
Jamais général, jamais Napoléon n'a parlé à ses soldats un liiNL v e y ropre à se les ai tacher» â leur donner du cour nu eoaur. Jamo ne n'a prêché d exemple mieux
que Palégry, jamais personne n'a montré plus de sang-froid avant Ta t laque, plus de vigueur au milieu de la mé\è plus d'humanité après te combat.
— Alt rie, enfants! disait-il aux siens, alerte ! souvenezvous que les balles ne courent qu'npn U - [uynrdg Sou-
venez-vous qu'il y a honte cl làclieié â frapper un ennemi désarmé ou qui demande grâce. Faire grâce vaul piïcus que tuer. Butants, imiiez-moi m tout, et rnffoire -'-ra bonne. Si l'un de vous' est en péri!, qu'il m'appelle el Je serai bientôt prés de lui, comme un frère dévoue. Allons, mes amis, allons, enfants» â votre devoir.
Et Tïtotis, intrépide comme Pujol, mais humain, noble, généreux, se jetait au milieu des ennemis sans que le réseau de balles dont il était souvent entouré fit naître en
Lui In [-lus lè.vre «motion.
Les Espagnols avaient tellement appris combien il était a redouter qu'ils disaient presque toujours â l'approche de la guérilla de ïilolis :
— Tuons ou blessons le commandant : lui tué on blessé, quelles que soient nos perles, nous aurons remporté la victoire.
Ce qui surtout distinguait Palégry, c*est son admirable sang-froid dans les occasions difficiles et imprévues. Son coup d'uni était rapide, décisif, sa résolution soudainement arrêtée, et le bras exécutai* sans retard ec qui; la lé venait de méditer.
Un jour que, fatigué d'une longue course au travers des
ra v i ns q ni en ton ri Si A Ba réel une , i I s'é La i t adossé conl n
mur blanc d'une bâtisse appelée ttaison^Garrée qu'il croyait sans habitants, une croisée basse s'ouvrit derrière lui el une main armée d'un poignard allait lui percer la U! lorsqu'un seigenl, qui vil le danger du nimmandanl, poussa un cri :
— Palégry, sur voire lete..*
l 'a légry s'était baisse en s'arma ni de son épre qui se trouva plongé)! â moitié dans la poitrinr il- rf^pn^iioL
Une autre fois, sïiaot nvenluroosemenl jelé en avant de son bataillon accompagné de trois de ses voltigeurs avec Sis piels il causait en mangeant des pralines selon son habitude de chaque jour, nu laboureur H! dressa Unit â
coup devani eux, s'arma d'un fusil de chasse qu'il avait cacné dans le Ironc d'un olivier et lit mine de décharger sou arme sur lui.
— Douce ment , dit Pal êgry à s es voltigeurs qui apprêtaient leurs armes, quatre contre un, La partie n est pas égale.
Et s'adressiinl au paysan :
— A qui en veux-tu ? lui dit-il d'une voix sévt'n . -^ Â toi» répliqua celui-ci avec brutalité.
— A lu bonne heure, tu es franc; mais si lu ne jettes pas sur- le -champ ton fusil à les pieds, je te tue.
— Parc loi-mèiur cette balle.
Le coup partit en effet.
Palégry eut le cou légéremeni <f Heure, et, s'élançantde toute la rapidité des jarrets île son beau cheval noir, il franchit le fossé derrière lequel le paysan s'étail bien reiratM lié et H abattit an vol le bra* droit du corpiin «itii venait de le blesser.
D'abord comme capitaine d'une admirable t uin^uie nV
partisfins. el plus lard comme rbef de bataillon du 1^ !■ i;cr. Palégry n*a jamais fait, comme on le disait hautement dans le (wys, qu'une guerre de protecteur.
Dès que ses r n mi pes étaient désignées] runeespéditbn
ou vov;iii les fermiers ot les prop il m* - aller a lui et lui demander n.mrae une grâce ne faire respecter leurs terres, et I iv, qui comprenait â merveille que la guerre étail un fléau assez terrible pour les pop nia lions, ordonnai! souvent des marches forcées afin d'épargner un champ de blé ou de luzerne que les pieds des soldais nu raient mutilé* Aussi recevait-il presque chaque jour des témoignâmes
d'esti el de reconnaissance d^> Catalans et des Roussil-
I ou uais; miiîs ses soldats seuls profitaient de tant de libéralité
Quanta lui, les odres d'argent le trouvaient inaccessible, intraitable même, et on l'a vu menacer des propriétaires de changer de route el de passer dans leurs champs, leurs oliviers cl leurs vignes s'ils ne cessaient de lui offrir des recont] enses qu'il se sérail cru fiéshonoré d'acce]}ler-
— Donnei quelques bouteilles de vin n mes braves, di-
saîl-il parfois, grises- les puisque te! est votre bon plaisir; mais qu'il nr soil pas qui .Mou d'autre chose, el suriour mt'on ne me présente aucune piastre. J'ai nu solde et mon coin me suffit
Lroutcz encore quelques irai!* de sa vie.
Celait au* alentours de Mataro, pelîte ville sans fortifia citions, ouverte i tome attaque el servanl de retranchement tantôt aux Fronçais qui h frappaient de rades contributions, in n Loi oux Catalans en armes qui h pillaient et Et défa si aient.
Pale^ry el une partie de son bataillon, expédié en avantgarde, avaient at le ndu la nuit pour faire main-basse sur la ville endormie.
— Vous arrivez trop tard, commandant, lui dît un espion que ses gardes venaient d'arrêter,
— Comment cela?
— Mataro est occupé.
— Par qui ?
— Par un colonel anglais au servie e d'Espagne, coinmandant â plus de deux mille hommes de troupes r%n lien».
— Tu es sûr qu'il n'a avec ïui que deux mille hommes?
— J'en suis sur.
— Il soft il, va le faire pendre où tu voudras et laïssemoi a ma bas igné.
Falégrf appliqua un vigoureux coup fie pied aux reim de l'Espagnol, cl le renvoya sans antre forme de procès.
— En rau ts, dit-il ii:\ 4eu&. nn colonel anglais nous ;; suni'ili' >i.i tan» et s 1 y est installé ce! le nuit. kies-vous d'avis de lui laisser te champ libre ou de l'aitLiquer .'
— Commandant, c'est à vous de décider*
— Mon atia, i mot, est de nous .lancer sur la ville, de surprendre nos ennemis ci d'y biraquer. C'est ce ipii nui vem pour peu que vous remplissiez votre devoir connu vous en rivez Y habitude, Puis-je compter sur vous '
— Lu avanlî
— En avant donc, solda ta, el silence!
L'espion a qui fi lotis avait si généreusement donné la liberté s'était traîtreusement dirigé vers Ahtaro et venait è peine d'annoncer au colonel anglais rapproche du chef de ha t ail ion Ti Lotis quand nos troupes entrèrent dans la ville.
Les Espagnols surpris se mirent â la débandade; et là commençt Bans les ruts une de ces fusillades vives que les ricoencis des lia lies sur les murs des maisons rendu ni si meurtrières.
Les Espagnols fuyaient dans la campagne, et Palêajry, maître de la ville, ordonnait à ses brave Sais d'amortir le feu. lorsqu'au déinur d'une petite place ij s*' trouve f.ice a face avec le colonel anglais.
— Àb 1 parbleu l je vous Liens, lui crie Palégry en le saisissant de la main -.nuiie el en lui présentant de la droite la bouche de soiï pistolet. Saurons, COioneL que
vous exerce? là un métier qui mène droit à la potence V
— Je combals pour L'indépendance d'une nation.
— Eh! cette nation ne veut pas de l'indépendance que vous voulez lui donner; elle aime mieux ses moines et son abrutissement, et d'ailleurs il y a Uni jours péril à s'immiscer dans les affaires des autres.
— Je le vois surtout en ce mènent ,
— Colonel, il m vous sera tait aucun mal si voua me donnez votre parole d'honneur de ne plus porter eu Esjjaiyj;e les armes r/mlro mois.
— Je vous h lionne.
— Il suffît, tous êtes libre. Cependant comme vous avez lri nu cheval ma^nilique et que je n'enfourche qu'une rOM, nous allons faire échange.
— Vous êtes trop court ofa pour que je refuse.
— Et moi trop franc pour ne pas accepter.
L'échu m/i' conclu, le colonel s'en retournait â pied et cherchait nu refuge dans uue mai- on ouverte lorsque Pa* lêçry l*a| pela encore.
— Colonel, Lui dit-il. vous ne voulez pas de nu mon-
ii ne libre à vous, mais moi je ne vêtu pu non plus de votre or, j'ai senti la quelque chose de sonnant sur le letartl de voire selle t et je n'ai pas i 'lui blinde de dcpouil ii mes ennemis.
— Dés ce jour je suis votre ami, major.
— A la bonne heure ! mais tâchons de nous trouver iltttre part que sur un champ de bataille de ta Catalogne
Dans une promenade militaire commanil -. par 31 mrîce- 'I ilfiiuu lui-même» aux environs de Barcelone, Paiégry, selon son liabilmle, avait pris les devants, et, un fusil sur ^épaule, il arignoS if ses pralines a plus d'un quart de lieue de son détachement.
Arrive prés d'un mvin bordé de grenadiers eu Heurs, il entend un bruit de pôle, il &e gtiss d rucemenl derrière la haie et voit, â travers les branches entrouvertes, une douzaine d'Espagnols armés, délibérant sans doute sur quelque coup de main ri entreprendre contre h s Français,
Une sentinelle, placée en avant el â linéiques pas de Palègrji voit notre hardi chef de parli&ansqut n'était eue qui <|. ii ai ne quoiqu'il commandai deux compagnies, lui ordonne de s'arrêter et le met en joue-
Palêgry s'élance et le perce de sa baïonnette. Cela fait, il se précipite sur tes douze hommes assis à l'ombre d* un «figuier, frappe celui-ci du pied» celui-là du
poirif!, saisit sou fusil par le ci non, brise les épaules, ouvre tes crânes A coups de crosse, lire son « : pè> T menace de tuer celui d'entre eux qui fera mine de résister; puis il feint d'appeler quelques-uns de ses camarades caches um loin de là el ordonne aux Espagnols de marcher devant lui en laissant là leurs armes, fous nhéiuent, et- arrivé sur la route, il voit â peu de distance le général Maurice- H tliien hà lin f sa marehc, inquiet qu'il était de sou brave capitaine.
— D'où venez- von s? lui crie le gouverneur tien rem de h k revoir,
— Du figuier qui s'élève dans ce champ, lui répond Palégry : j'ai in or. gaillards en embuscade i je suis in m h- m n- eni, l'en ai rue imis, j'ai un peu éclaboussé les antres et tes voîhi mes prisonniers.
— Vous étiez seul?
— Absolument seul.
— Et comment nvez-vous fait pour vous en emparer ".' demanda le général plein d'à don ration*
— Je les ai cernés.
Le mot lit fortune.
Un seul homme qui en cerne douze !
Les régiments en ont ri souvent, la garnison de Barcelone s Vu amusa longtemps par des plaisanteries à la louange de Pal o v ; • celovd, au café, suçait ses pralines el buvait son grand verre d'eau, ne comprenant pas pouruuiii on était tant émerveillé qu'il oui à lui seul cerné douze ei n juins.
Palégry était grand, bien taillé, souple, robuste, narvetis.
C'était une organisation toute nyrénéenne, il y avait eu lui du Cal . l 1 . i c l ei ! m mois, du Catalan pour l'audace, du chamois pour la légèreté.
Sa physionomie avait une suavité ravissante et ses yeux une expression de douceur et de mélancolie qui lui allaient
â un i "*i i li '. Ll parlait |ieu el n'écoutait guère les grands
parleur*.
Dans le calme des passions, il vous aurait apparu comme un ib- «es patriarches de l'Eglise qui vivaient dans Je jeune el la médita Lion.
Hais des que la colère animait ses i rails, les yeux de Titotis lançaient de brûlantes étimidles, ses muscles faciaux se contractaient, ses lèvres fi -e pressaient convulsivement l'une contre l'a u ire, et tout son corp^, fébrilement agHé, accusait les mouvements de son Ame.
Ami chaud, dévoué, il n'accordait son affection qu'ai r examen - f mais alors il ne fallait pas qu'on vint devant lui insulter â celui qu'il avait une fois appelé son
PU.HH., CUBF DE HIQUELBTS.
.inii: détail le volcan qui se réveillait, c'était la foudre qui éclauiil 01 brisai! tout sur son passage,
Avimt l'époque dont nous avons défoulé quelques feniU Icis, on voyait a Perpignan une douzaine de ieunea gens â qui une éducation manqué* el nu point démineur mal compris mettaienl souvent les armes â la main.
Dans tous tes bastions de la ville cl d*» h citadelle, celle société redoutable el redoutée avait dea armes ^r liées, el il ne se passai! pas de jour qu'il n'y eût de rencontre eulre uu étranger ou un oflieîer do la EMinison cl l'un de ces jeunes écervclês qu'on appelait alors dis crû tu- s.
Ou W< voyait souvent sans témoins vî ter une querelle DÛ le bon dmit était m renient de leur coié,
Kn télé de cette dangereuse iroujw se distinguaient La* jeune et SlarM.
Quand b ocri-i"u- «te querellas manquaient, on voyait IV- ■ 1 1 m l r 1 1 n 1 4 m 1 1 les membres de celte association s'attaquer cuire eux et jouer une bouteille de hiére ou un carafon d'orgeat au premier sang
Le café Palégry a été plus d*une lois témoin des jeux
cruels -ni vainqueur el vaincu, ii^n's nue bataille. i'as-
i j lienl b la môme EtbEe el discutaienl rroidemeni sur le
merile de la boue qui venait d'ouvrir une épaule on une
pniJrine.
Palégry, de VEcoie tlt Stun. s'él.iit Iruij montre
l'ennemi de ces combats singulier, el telle hall I a rfi ■ i - tion qu'on lui portail il. Ht- W |>i\ s r que nul des crdtwi
n'aurait ii s(» lui demander raison de iea blâmes on un colère.
Le ââng lui frisai* mal É voir, cl il ne se serait pas pardonné La morl d'un adversaire tue en duel,
Patégn ii'i jamais bu 'le vin, il ne sait pas ce que c'csl que de i ■ -;i m -n|f-vie. du rhum, mi du kirsch.
Sa boisson Favorite est l'eau pure d'un ruisseau plissant sur une pelouse on une régalade d'eau de ] mils avec une cruche cala la ne. Il vivrait quinze jours avec de L'orient cl des échaudés; el vous le voyiez toujours se moun'ut d'une attaque générale, en présence de l'ennemi, rouiller dans sa poche et tirer des pistaches qu'il grignotait avec le pins grand plaisir el dont il n'oubliait jamais de se pourvoir avanl l'entrer en campagne*
Appelez Palégry brave, intrépide, humain, généreux, noble, il v nu s sourira peul-êlro. Appeler- le bon eu fruit, el il ■ ■ us errera la main avec affection.
Liseï les Tns les de la £ ! oire française et vous verrez que Palégry, chef de batatlliu. au lfr* léger, mérita d'aire mentionné dans luis les hurleiius de l'armée d'Espagne.
Sa vie militaire esl une série de foils mêmoruhles-
A l'a filtre de la Bordelta el de Palïsa, il acquit des dires a la reconnaissance de l'armée.
Le général fou lies me, apivs le eumbai de Honlitégre, demanda pour lui seul, sans poiiviiir 1 obtenir, la croix de la Léîiiûn d'honneur.
Dans celui de Saint- Vincent, â la tête de cinquante chasseurs seulement , il mit en déroute une compagnû espagnole, en tua le plus grand nombre el iii te capitaine el Le lieutenaui prisonniers de sa propre main.
En I S L f I . ,'l la tête de sa compagnie, il résista â deux Cents nommes duo régiment suisse soutenus par quatrevingts cavaliers ei les força ;ï la retraite après leur avoir fait éprouver des pertes considérables.
A Yilta»de-Lanz I il attaqua ;'■ la tète de detir cents soldais une colonne de dU-hûït cents t" p .. uols, el les poursuivit pendant quelques heures i*é| us les reins.
Dana k belle affaire de La l'alrja, il tourna, avec deux compagnies, mi corps 4e huit o>ni<. fantassins ci de Iroïs
cents cavaliers ennemis, l'attaqua à h bai îette el IX l
treille prisonniers dont deux officiers,
L<ï20 novembre i8lu, i Saint-André, les deux comp gn : e is :^es ordres furent attaquées par là division du général Sj.n-iiiU F forte de trois mille six c< nts hommes.
Un colonel de cavalerie ■■ la tète de buii cents chevaux, après avoir tenté in m en! d'entourer nos troupi - i décida à s'emparer du seul point de retraite 4m leui i< •
[.ut ei somma le capitaine Palégry de melire bas les
aririi-s.
Ce brave officier répondit â la sommation en chargeant L ennemi qui, effrayé d'une semblable intrépidité, se relira dms le plus grand désordre avec une perle considérable*
l'en de jours après cette action, le capitaine Palégry, envoyé dans Mataro avec soixante hommes surprit un poste après avoir égorgé lui-même la première s> Rituelle, entra dans la ^ill*- a la pointe du jinir. v reneonira un général avec trois cents hommes, les 11. .pi . <-i 1rs Ht tous prisonniers.
Le 2] janvier 181 1, ce! intrépide capitaine occupait le village de Diida li i appril qu ;orps d'Espagnols considérable ratlendail ri Saint-Audria pour lui couper la retraite.
Il mare in îuï ni\ de manière à leur faire
noire
mil
n'êmït pas instniil de leur* manceuvres; mais, mv.uii .L'.h river â Tendruii où l'ennemi était embusqué, il prit une direction i gauche ei 1 >■ ■ .■ sur U- imi->l de la nu
Déroneeriés par cette disposition, N-. Espagnols tu- purent ratiaquer qu'avec teurcavalerie qu'il repoussa vigoureu^emeni par uu feu de | eloton.
Dans ce oombat il ne perdïl que dix braves.
$ons ne prïursulvrons pis le 1 nnrs de nos i us estimations .sur les hi.ntx faits «l'armes du commandant Palégry; '< MikLals et les capitaines 1I0 I". innée de l!ataln| 'en smivîenneol autant que les ErfpagimK Les uns el les autres parlent de ci brave ehef de partius avec uou moins d'estime qui* d'admiration* Noire tâche est â peu près linie. el cependant quelques lignes euenre pour eomph'ier le tableau que nous avons fa il pa ■' 1 devant les peu* de nos lecteurs. C'esl Palégry lui-même qui donne les iln 1 % oups de
pinceau*
Vuiei ce qn'il mëcrivail il y a quelques puirs :
I Vims me demande/ des détails sur le bandit Pujol , jr ji'ni pa* l-eaueitup suivi cet homme 'l uns ses brigandagi il me faisait horreur. Cependant il a rendu d'assez grands services i l'armée pour que je ne sois |ias reste loul .i fa il indifi 1 ses aeiinUv comme homme de guerre. Voici
tout ce nue j* É puis nte rappeler en ce momeni.
« En is]i> p i l'affaire d'Olo^ sous les ordres du général •Clament il atiaqua l'ei n. lui enleva ane position importante et le força a h retraite,
? La brigade se dirigea sur Ripoll : il reçut l'ordre d'enhor dans U ville et fut le premier qui y pénétra mal; une iros- vigoureuse résistant
« Il est inutile de vous dire lu sort qu'éprouvéreal iji.illiein-eux habitants dans >-Hir circonstance*
« A l.i mite de pareilles affaires il rnvnnil toujourâ -olive ri •
1 A la journée de la Garrigue, en I w I il, sous les ordres du général Beurmann, il enleva ;i la course deux fortes
U s vigoureuseraenl défenduesj p beaucoup ile pri-
sonniers, reçut eu récompense l'aulorisation de porter ic. épauleiies de cluf de bataillon. (Ordre du «éuéral Lamar-
que.j
« Eu 1HI I P â Saint-Fclîu-del l'i-nou, il attaqua liardi^ un ni l'ennemi qui chi rchaïl â couper In retrait* . 1,1 hrigade Beurmann. s'empara de la position la plus importante, êi nous épargna des pertes graves que nous aurions éprouv é f ;s ï nd u b i I a I d e n 1 eu t .
■ A la malheureuse affaire de la Salut, en IHI'2. sous les ordres du général Lamarque, Pujol* avec sa bande, appuyé par deux vigoureuses compagnies de voltigeurs du lïT* de ligne, sôutinl la retraite contre toute Tannée espa* gûûle peii'hiii' 1 lus de quiie/e heures.
1 Le ial Lamarque fut malade bu point ne laisser craindre pour sa raison, ei > u-i de la division se Ironva un instani soumis aux dispositions que pouvail prendre le
pitaine dn ^7' J , ainsi qu'au dévouement el au courage
de Pujol.
Ce eî.ef .le guerilleroa donnait partout des preu.es d'une graode intrépidité et «l'une férocité peu commune.
i; mot, eViaii uu bandit Unit â fait digne de com-
ŒUVRES DE JACQUES AflAGO.
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Lit , sï- lançant de toute la rapidité de son cheval. ( Pa*o 03 ,)
m miler aux scellerais qu'il .^. , <il sous sis indus. H tnV<! arrivé plus d'une fois, poursuit Palégry, ili! f-tirc tirer sur ,sn bande comme sut des hèles féroces, >
Vous voyoï que je n'ai dessine Pujol nî plus grand ni plus petit, ni plus beau ni plus hideux que ae le serai les hommes qui se ruaient avec lui sur le champ de bataille. h> vous Pâi dit, mon livre est un portrait.
rardmi nez-moi de ne pas vous avoir parlé de Palegry au iiiiliiu diui récit que je n'ai pas dû interrompre ; mais mon pays m en aurait voulu d avoir oublié celte belle el grande iignwr^rTk^de partisans à qui les deux Calaïognes doivent wftï^oiiiiftftisKajice et d'affection.
Lu Restauration se passa volontiers «s services j toutefois, eu 1822, i Miami Mourrv entra en Espagne, il alla voir Palégry dans sa petite chambrelle à Perpignan, et il puisa auprès de lui les plus utiles renseignements <*ur la nouvelle expédition qu'il allait entreprendre contre la Péninsule*
Nommé commandant dé la place de Navarins, raicçry recul dans ce nouveau poste son congi* de retraite.
Et maintenant retiré è Saint-Paul, petite ville du départemen! àes Pyrénées-Orientales, il vît un peu du présent cl beaucoup (le ce passe glorieux dans le sein duquel sa vieillesse peut se reposer avec amour*
FIN 1«L iTJil.
MAULSCi.i ET C' B , ÉDITEUR:!.
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