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ILiLSiRATlQMS l'Ait J.-A. bb.U ' i
^-PREUIËBE PARTIE, -
i ■- I--JCP ni;
Pivn* ■ -•• jarde, mon jeune et téméraire -nui, la mer a ses colères; les tempêtes qui la fmu bondir ouvreni les na viras, fog jettenl n la cdte sans miséricorde, el rien m du la puissance ei lu pndeur de Dieu com tour-
btlloûs dévasta leurs .^zi ti'empaiTiii robustes vais-
seaux et se jouent d'eux ainsi que le fait du duvet la i i folle du matin.
a dil un illustre poêle populaire, Mais, >i vous vms liai dr parcourir et d'éludier le moude sans làti^iiea el sans
périls vous êtes dans unegra .1- erreur; lou te instruction e# coûteuse; le corps s*ëp nvenj a In lutte*
Pourtant si, comme je lo ci'oi lominé par la
passion des v..-. ne von* effrayez poini de mes menacis : nniellîgencc a aussi •«•■■ privées, éî, quand il y a des larmes au départ, M y a liirn des joies au retour*, « On a vu, "il a recueilli', un peul raconter, et dans 1 1 vieillesse mi - repose avec bonheur sur ces pages intéressantes do li vie.
\ m> dosires conuaitre quelques-unes f les plus chaudes émotions de raescoursi entureuses, je veux bien vous
■ mon | • .nui . puisque c ■ si S la ï"i* de Hn-
struclî -il el -lu plaisir que -ln»z; ce qui me vient
de I "• li i 1 1 - - ou de la vieillesse nVesl saini el sacré, eije ilne a-.- aour et respect ces deux | de U vie*
npiï, — rif. ^tiios PAÇVfl tr L r , rit ù'h^u-uj. I,
ŒUVflBS DE JACQUES ÀRÀGO.
Cependant je ne vous dirai pas, mon bon petit ange, les divers épisodes de mon dernier voyage autour du monde, ils a ppar tiennent a l'éditeur do mes livres, et je vous remercie de m'avoîr appris que vous lus. connaissiez déjà. Mais soyez tranquille, j'ai tant vécu dès mu jeunesse, el je vois si bien mon passe depuis que Dim m'a plongé dans les ténèbres, qu'il ne m'est plus possible d'oublier quelque chose des heures >i tnurmentées qui uut marque nia carrière de piéton on de matelot.
Ce r[ue unis trouverez avant tout dans ce récit, c'est la vérité : le mensonge dégrade celui mil s'en rend coupable alors surtout qull fausse la raison de ceux qui l 'écoutent. Croyez- m oi donc, mon cher ami, el préparez' voua à me suivre: je vous mènerai loin, bien loin; je vrms ferai connaître des moeurs farouches, de* peuples hospitaliers, des pays sauvages, des régions parfumées; je vous conduii iî par In main au milieu de scènes de carnage, de deuil et de désolation; mais, quand je trouverai sur mes pas une fraîche cl riante oasis, j'y pin nierai ma lente, el je vr*u% prierai de vous y asseoir a mes notés ; l'azur du ciel est si pur après la tempête! Or, écoutez, mou curieux ami, et plaignez ri n peu celui uni, après avoir visité tous les archipels, si 11 inné toutes les mers, frajipè du pied toutes les capitales , parcouru toutes les solitudes . fraternisé avec tous les peuples, ne voit plus ni un sourire ni le soleil! le ne comprends pas qu'on se fatigue â l'envahissement des horizons; quant à mois je me lasse au repos, le sommeil m'énerve, e\ la voix sonore de la cataracte m'émeut el m'électrutt. Aussi regardais-je le déplacement comme un besoin et un bonheur.
J'étais donc uu jour ri fiiarilz, prés de Hayon ne, et je plongeais mon regard d'aigle vers cet immense atlantique, dont les dernières lames venaient mourir a nn> pieds avec un lugubre gémissement... Ici tout est imposant, magnifique, sublime. Le calme vous clone immobile comme sous une roche sous-marine; el, quand la-haut tout se love, monte el descend, vous seul êtes stationnant au milieu du vaste cercle qui vous emprisonne. Et Les ouragans!,.. Diins cette crise ardente de In nature, où le vent porte au sein des nues ses vagues écumeuses, où ta foudre se joue en zigzags éblouissants nu milieu de vos mâts brisés et de vos voiles en lambeaux, où le navire gémit et se déchire, où la lame moutonneuse ouvre sa gueule pour vous dévorer, ou la voii de la tourmente étouffe celle du capitaine, où la nature entière semble retomber dans le chaos».. Voilà les beaux spectacles qui grandissent L'âme et montrent riiomi ne dans toute sa puissance.
Il est là, lui, debout, cramponné d une manœuvre, élu- ■liant le Ilot qui Le couvre incessamment, évitant La roche qui va le broyer, et guidant jusqu'au port et au milieu dis récifs aa coquille de noix vagabonde, il fallait donc un peu de mer a mon ardente curiosité ; je dis plus, il Lui en fallait beaucoup, et je me décidai â l'instant même, ,1e logeaîa <liez un brave homme appelé, je croîs, Kertou ou Breton, ou Delacroix, ou t'Iiamnagne, peu importe, le nom ne Tait rien â l'affaire. Je lui uis qui j'étais; il me salua comme il aurait salué son roi. ou plutôt comme il aurait sa luison Empereur; puis, m offrant cordialement sa table, il me dit n'en user â loisir... J'acc ptii.
Apres snuper,— car j'étais arrivé' chez lui à la nuit close y — je lui demandai s'il y aurait moyen, le lendemain, de faire une promenade sur mer.
— - Parbhu ! me répondit ^amphitryon, je vous la ferai faire aussi l Dgue que unis voudrez. J'ai là-bas, bissée sur la plage, ma fringante chalou|ie. ci je compte bien avec elle aller jusqu'à Rocheforl sans craindre les reuts du 1 Mon Qts seul m'accompagne, un brave garçon de neuf aus ri demi, qui vous tient déjà uu gouvernail comme vous tenez une épée; marmol sans peur au milieu des rafah et qui vous embouque le goulet de l'Adour comme > il avait déjà lui le tour du monde. Donc, si vous voulez être des nôtres, cela fera trois,
— Que me prendrez- vous pour cela?
— Votre main, si vous voulez me la donna
— Oui, mais a ni ilition.
— Laquelle ?
— C'est que je vous la présenterai fermée el que te la retirerai ouverte.
— Alors, rien n'est conclu* je ne veux pas d'argent; votre amitié me suffit, monsieur Arago, et je tiens â i -us prouver que le nom que vous portez est ui e*porl auprès du riche, du noble et du roturier,
— Va pour la traversée grati
Le lendemain, avant le jour, nous lançâmes la chalou| b â Bots; «die prit aisément le large, protégée par le jusant. \a' petit h<mliomnm était à la barre, le père à l'écoute, el moj je voyais fuir I;i terre avec amour Favorisés d'abord nar la brise, nous filions nos sept ls avec aisance, <t le surlendemain nous espérions entrer d Bochefort. îiJîiis ? le vent calmé, la toile coiïfa le mat, et nous armâmes i avirons pour faire un peu de chemin. Voici déjà tin des nombreux agréments des voyages sur mer. Quelques lieues vous séparent â peine d'une" ivl.îçhc, une brise légère vous y eût poussé en peu d'instruits, et, grâce au caprice de l'atmosphère, vous êtes contraint d'attendre de* [ours, des mois, qn II plaise au ciel de vous faire bonne route. Ce bonheur nous manqua; la rafale de terre souffla bientôt avec une grande violence, et le petit lu inhomme, inlcHi- .jrnt comme un vieux gabier, intrépide comme un pécheur d*- J.uîrun\ dit en souriant à son pire :
— Je crois bien que nous ferons sagement de ménager nos vivres, car la Imut'rasaoe va taper dur; il vente dé]
corner des bœufe, et, si cela continue 1 nous irons pêcher la morue sur le banc de Terre-Neuve «
Le petit avait raison É et la chaloupe, soulevée comme un flocon d'écume, glissait, volait et tournoyait incessamment, prête à être engloutie sons chaque attaque de la vague furieuse. Dussiez- vous, mon jeune s mi, m'acciu de forfanterie, j'écrirai encore avec vérité que j'aimais mieux ce désordre des lames bouillonnantes que l'uni for* mité eiidorineusc de nos grandes villes.
Cependant le danger devenait pressant, et l'avenir s'ouvrait i nous aiec toutes les horreurs qui cscorlenl de pauvres matelots abandonnés, au milieu de l'Océan, sur le cnuul témoin du désastre de leur vaisseau, La rrtfii le avait si souvent changé de direction, que nous ne savions plus si nous courions au large ou sur h terre, quand un navire se munira II tant, n sec rie voiles, a notre avant. Il vil nos
ihni\ de ilèi;> piqua sur nous, el nous eut bientôt Atteints. Des amarres uuus furent jetées; chacun de m s Vu saisit, et. après avoir échappé comme par miracle a la mort qui nous environ n 11 de toutes parts, nous arrivâmes, transis de froid, accablés de fatigue, sur te pont de YÈflair. où nous fûmes accueillis avec humanité,
La première leçon avait été bonne, l'attaque rude, le iirger imminent Tour d'autres, c'eùl été un motif de cours gement, pour moi, c'en fut un de persistance, rabattre les hommes et les choses avait été ma vie, et ne voulais pas renoncer a mes premières habitudes.
UËclair était uu brick corsaire bien armé, bien équipé, filant ses onze nœuds avec une b ise carabinée, gw targue. Vingt-cinq hommes, y conqris le capitaine et une sortie de vétérinaire ampulcnr, qui se faisait appeler chi* rurgîen, composaient l'équipage. Le brick ne tenait la mer que dis a onze mois pendant L'année; ses prises, il les emiiM naît â fiochefovL à Brest ou â fruités, et de pou- ,. u il courait iu Large dès que la vente était faite.
Le langage de* ces coquins était uu idiome à part, même parmi Les gens de leur métier. Pas une phrase n'était prononcée, pfls une manœuvre exécutée sans un de ces énergiques jurons de quinze i dix-liuit syllabes ipii font sourire les damnés dans leur éternelle marmite. Et puis, quels combats entre eux! quels déchirements! Le sang coulait par plu; dune entaille après chaque repas, après chique sommeil i et il était aisé de deviner que îa vie de
ces êtres, dans les veines desquels ïe bitm : lui â
Jl-i ■>. s'éputscraît avec dégoût dans le silence et L'immo» Liliié. 0:i les avait ramasses dans la rue, au sortir des eactiQlSj on dans tes cabarets enfumes, d'où il- ne s'exî- 1 i- ni d'ordinaire que pour aller tomber, prives de sen lira en L au milieu dés ruisseaux ou au coin dis boi
Quant â lui. le capitaine Thomas Bavastrn, vous eussiez dit. au nrf-mi' r i « tlp d "ieil, un homme incomplet, un fœtus, une pensée inachevée. Il marchait lentement, il fumait lentement* Thomas aurait voulu ri tenir Je temps qui allait tmn vite, la fumée de son ri pire qui se perdait trop promptement dans les airs, son brick volant trop hardi sur les flots, la dorade ou le marsouin nui escaladait trop rapidement les vagues, et la brise qui sou fil. i il trop fort dans ses voiles.
Thomas avait pourtant un côté qui donnait un démenti â tant de riuiètude. C'était le ccuV' droit. Sa main avait la rapidité du l'éclair i et, quand il gesticulait SUT les épaules d'un matelot récalcitrant, le châtiment suivait de si pores la menace, qu'il était impossible d'éviter celui-là quand celle-ci mil perlé. Chacune de ses péroraisons était un coup de garceUe, et ebn>|m- coup de parcelle une rigole, S il lui arrivait de punir plu* rigoureusement, ifétatltoiijoura avec un licorne, avec un aîr de bonhomie qui faisaient ; ire au regret de sa sévérité. Thomas» en un met, était un lion tigre.
Je vous rai dit, nous fûmes accueillis par V Eclair ara une aménité touchante; et. comme il eût été fort difficile au brick de non> ramener chez nous, comme d'ailleurs il avait eu vent du passage, prés des Açores, d'Un des navires de la Compagnie :
— J'en suis fiché pour vous, et bien aise pour moi, nous dit Thomas Bavastro de sa voi\ Bulle; mais vous al* !ez m'accompagner. Le petit, qui est gentil comme une
Ïioulaine neuve, fera la cuisine; et vous deux, qui m'avez; 'air de deux gaillards, vous vous battrez à notre profit commun... Plus il y aura de coups, plus il y aura de piastres. Or, comme vous devez aimer les piastres, attendezvous a des coups.
— Je ne sais ni monter aux mats, ni me percher au bout des vergues, dis-je au capitaine.
— Vrai ?
— Vrai.
— Tu n'as jamais: essayé?
— Jamais,
— Oh! alors» c'est différent.» . el lu vas essayer pmir la première fois.
Je vis qu'il fallait obéir ou jeter à l'eau le capitaine malencontreux. 4e me décidai pour le parti de la clémence; car les autres lurons m'auraient â 1 instant même mis en pièces , et, me cramponnant de mon mieux, j'arrivai an point indiqué sans que ma tète eût des éblouissemenls.
— Pas mal pour nn début, me dit le capitaine, nous ferons quelque chose de toi, je t'en réponds, ion bon vouloir et ma garcetté aidant.
La nuit fut huile.
Seul, sur le banc de quart, le capitaine fouillait à l'honïon ; j allai a lui.
Que me veux-tu î
— Causer un Sus tant avec voua.
— De quoi '.'
— De tout.
— De qui?
— De moi.
— Voyons, parle.
Je racontai ma vie au capitaine Bavastro; je n'oubliai ni
mes folies ni mes choses aérieuses, et quand feus achevé mou récit, sans que je me fusse mmimé :
w — Croyez- vous donc que je ne vous connaisse pas, monsieur AràgoV me dit le capitaine. Je vous ai vu â Bor* deaux, cassant, brisant tout, dictant vos lois à la ville, et rossant les gardes. Dès que vous avez été jelë sur mon pont, Je me suis soutenu devons; et, sî vous n'étiez pas venu aujourd'hui même m'adresse r vos confidences , je vous aurais traité comme mes coquins, ni moins ni plus,
— Et moi, si vous ne m'aviez pas rendu justice, j'allais vous envoyer aux esturgeons.
— Sans rire?
— En riant*
— Des lors, monsieur Ârago, soyons bons amis, et vogue la galère.
Je fus le second du bnrd, j'appris en quelques jours les principales ma m ouvres, et l'équipage se vit contraint de m 'obéir. Un drôle surtout ra faisait remarquer par son zê!e à m' être agréable ou utile Dés que je donnais un ordre, nul ne l'exécutai! avant lui : toujours tt. debout, prêt a deviner mes volontés t je lui aurais ordonné, je croîs, de s'élancer à la a ne u le d'un requin, qu'il l'eût fait sans h moindre hésitation. Pourquoi ce dévouement? Je n'y comprenais rien; car, au premier jour de mon élévation, io m me il me regardait d'un œil investigateur, il reçut de moi nu assez vïoUmt c<mp \h pied quelque part, qui' le lit bondir ainsi qu'un ballon.
Un instant apm, je le vis sur la drome, accroupi, les coudes sur les genoux, la tête dans ses mains; et, des qui! l'eut relevée, il me montra des yeux rouges et plein* du larmes. Je ]'■'-. s. ô devant lui, nos regards se croisèrent, el il lut dans le mien tant de repentir et défection, que ses bras se roidirent sur sa poitrine, el qu'un sourire de bondir sembla me dire : « Punissez-moi comme hier, mais hk-i impenses- moi Comme aujourd'hui. »
— C'est un soigné gaillard, me dit le capitaine, â qui p parlai le soir de Jules- je lai a m a ri né au llnvre. il éiail surir port â faire le coup de poinp avec . plusieurs vauriens de son âge, et, depuis lors, il y a deux ans de cela, je n'ai eu qu'à me louer de ma en pu ire; pour le travail, il est infatigable, dans le combat il est intrépide comme moi, et je ne l'ai jamais vu le second ;i l*abordage« (Test un lion et un écureuil â la fois. Vous verrez son avenir.
L'avenir ne se fit pas attendre : le lendemain de ce m conversation, la vigie signala un Irois-mâtsà triburd; nous mimes le cap dessus, et, une heure après, fut ordonné le branle* bas de combat. Je venais de m 'armer d'un poignard, d'une paire de pistolets et d'une excellente hache d'abordage.
— Tenez, lieutenant, me dît Jules, qui rodait autour de moi, en voici une qui ira mieux a voire main; prenez-la Je suis sur que vous en Ici et bon usage-
— Et toi ?
— .ï'acreph'rai la vôtre.
— Elle est bien lourde.
— J ai le tuas furl, el puis j'ai aussi une gaffe pendue en bandoulière,
— C'est bien ; mais ne t ex pose pas trop : nvitë avons affaire à forte partie, et les braves comme toi >e font pleurer quand on les perd.
— Ça fera que je me perdrai.
— Gomment donc?
— Puisque voua drvvz me pleurer.
Jutes, sur un sifïïcl du maître, avait volé à sou poste, et le premier boulet partit pour assurer le pavillon,
Le coup fut rendu; mais,.i ïa quantité de toile que le trois* mats jetait au vent, nous recunnûmes bientôt que l'eu-
nemi voulait fuir; aussi noua larguâmes comme lui nos | voiles hautes et basses» nous bissâmes qos bonne m es et nous l'eûmes bientôt atteint, carl'AWatr méritait son nom par l.i r,miditê de sa course. C'était nu navire marchand dont une partie des canons était en bois, et qui, pourtant, nu voulait pas se rendre sans combat. Les bordées volèrent, les hourras rcinniireiu, les vergues s'enlacèrent, ei h lutte s'engagea bientôt à Vanne blanche. Je m'y anémiais. En un clin d'ici l le capitaine sauta sur le bastingage du Cutnberland. lapant, coupant* taillant .1 1 rouant quiconque osait s'adressera hlL Blessé il la tète par uu coup de gafle, et, an muaient ou j'allais sauter à l'abordage, Thomas s'était écrié
— Jacques* soutiens ta re pu la Lion!
El je la soutenais, la hache et Le pistolet aux main
A mes cotés, Jules faisait aussi des prodiges de valeur; 1 épaule entamée, il n'en continuait pus moins ses attaques contre ceux qui venaient a lui ou à moi, et il se montrait si actif â [n'épargner des est.tlilades, <|ue bien souvenl je ne frappais pas, duos la crainte de 1 atteindre. Le pavillon au Léopard fut a mené Je navire amariné. l'équipage captif. Suit jours après nous vendîmes ce trois- mâts et ses ricin ses coloniales i un planteur Portugais établi a fraya 7 dans b s Adores,
Ma part de prise fut belle. J'avais dis-neuf cents piastres : et, comme le capitaine voulait double unmc ;
— Non, non, je suis assez payé, lui dis-jé; mais, si vous
tenez à récompenser le zèle el fe u 'âge, gratifiez Jules,
qui ilest conduit comme un César, et qui est assez ^riéveinenl ebrèché,
— Ou est-il?
— Par là.
— Qu'on appelle Jules.
— Capitaine, dit Le vétérinaire, c'est un eutêm : vous inii rereî rien, Il est couché, son sang i uule en abondance, et il ne mit pas se laisser guérir, disant qu'il n'a reçu qu'une égraliguiire.
— Qu'un me le jette ici! fit le capitaine,
— Permettez, rêpliquai-je : il est possible iju'uii timtif puissant empêche Jules devons obéir; je vais I interroger*
Le pauvre garçon, coin In sur une caronade, élaitehaii sa plaie avec un |ieu d ctoupe.
— Eb bien ! eh bien ! Joies, la bravoure n'exclut pa& la discipline. Pourquoi nVs-tu pas venu a Poudre du capitaine?
— Parce que ru m m'a pas convenu,
— Tu peux te faire punir, et puis tu es blessé; je Liens i ce qu'on le panse; el + si tu m'aimes un peu, tu vas prêter ton épaule au chirurgien
— Je ne la lui prêterai pas.
— Pourquoi?
— Parce > i > l 'il «aurait que je suis une femme, et que le capitaine seul le sait â burd.
I'I.JjV,
Le navire vendu, le prix emnoché, il y eut désertion. Les deux citoyens de Biarilz «mlinrent la permission de restera terre afin d'y attendre une occasion favorable pour retourner dans leur pays; mais Jules demeura fidèle à sou capitaine, et je pense que, si je n'avais pas voulu poursuivre notre croisière, le brave matelot se sérail jeté ù la mer pour se réunir a moi. C était une jeune femme au teint brun, au regard de comète, à la parole brève; jamais je uni vn de profil plus grec, de bouche mieux articulée, de front plus pur Jamais épaules harmonieuses n'ont servi d'appui ;i n rie tète pins poétique. Ses cheveux étaient d'un unir bh n dont nu) peintre ne saurait trouver La nuance, et ses deols éblouissantes brillaient d'autant plus qu'il 1rs n 'étaient presque jamais totalement voilées par deux lèvres de coraiKdontle uhac el les liqueur* enivrantes n'avaient point
souillé Le poli velouté. 11 était impassible de voir une d
marche plus libre, des façons plus aîsêes ; elle avait h
■ . il ■ , >. * ,.. , , t + . . i
[uiuirs enivrâmes n avaient |iomt pou veioute. l était impe lus libre, des façons plu led tellement marin, qu'on eut dit. qu'elle prévoyait le ni. roulis ou Le rapide tangage; etj quand tout le monde se cramponnait pour ne pas être ren- par les soubresauts de VÈclair, Jules, ou plutôt Julia, seule, debout sur le [lotit, semblait Usée la comme le morceau d'acier sur raimaul ,
Pourquoi donc avait-elle changé de vêtement et s'étaitelle jetée dans une vie aussi aventureuse? Le capitaine même qui lavait enrôlée ne le savait pas, Peut-être devaisjr être plus heureux; et c'est pour cela que, la veille de m. mharuuruu ni, la trouvant seule et pi nsive û r<u-
guade de La Prava, j'allai doucement à elle, el la pris par le bras, comme "ou I confidence»
I allai u Le fait d'
un ami de qui Ton attend une
Nous gardâmes tuus deux un silence obstiné ; moi, parce que je ne voulais rien devoir qu'a L'amitié dr Julia; elle, parce qu'elle vu u la il, sans doute, se faire un mérite d'un aveu que j'aurais dû â un désir nettement exprimé,
Ne pouvant emporter la position d'assaut Je la i nai.
— Sais-tu, Julia, que le métier que nous raison > est rude?
— Rude aujourd'hui* calme demain, comme la mer, comme les passions*
— Tu connais La mer; connais-tu les passions aussi?
— Lesquelles ?
— Mais celles qui, seules, occupent Les jeunes lilles belles et fortes ainsi que toi.
— C'est un compliment que vous m adressez ; car vous ne m'aviez point trouvé beau quand j'étais matelot; et, maintenant que vous savez que je Bttîfl une femme, vous me dites que je suis belle.
— D'est qu'on ne vante jamais U ligure d'un Imrumr lorsqu'on parle de lui ; mais sois tranquille, je t'avais remarquée.
— Tant mieux, c'est quelque ebose,
— Ce n'est guère si ce n'est que cela.
— Ce ne sera jamais davantage.
— (Jui peut répondre de l'avenir?
— Je réponds du mien.
— Tu me désenchantes, Julia, car j'avais une espérance.
— Laquelle, monsieur?
D'UN POLE A Ï/AUTRR,
— Four que je continue, bis-moi d'abord un plaisir : LiiIihi '-inoi ; le veux-tu?
— Je le vew bien, Jacques; mais cela ne te rapportera rien,
— Si, si; l'égalité est une grande et noble chose, et, maintenant que noussommes de pair, maintenant que le lieu* tenant sVsl effacé pour foire place â l'ami, voyons, pour* quoi L'es-tu faite corsaire?
— Ce n'est jamais a l'ami seulement que je ferai ma cou- Menée.
— À qui dune/
— A mon mari,
— Attendons,,,,,
— Et loi. n'as- tu pas île confidence â me faire? Est-ce jinlijue passion malheureuse qui l'a jeté parmi nous '
— - Non. EU liicn r, . . alors,.*
— Alors lu ne seras pas plus avancé, car cet aveu, sorti de ma bouche et fie mon cœur à la fois, prouve autre chose que ce que lu rêves lu crois peut-être que je L'aime parce que lu es brave; tu es dans I erreur. Mon amour, Jacques, est ne d'une pensée Je me suis imagina que lu ue L'étais abandonne aux Ilots que pour te venger dune infidèle, et, dés ce moment, je t'ai plaint Au jour de l'action, je me suis aperçue qu'il y a v ni t quelque chose en moi rmi ressemblait a de la tendresse, et aujourd'hui j'ai supposé que tu voulais nous quitter, rocs yeux s.- sout mouilles de larmes Je t'ai dit tout, Jacques; je t'ai dil Ions mes sentiments; ai -je deviné les tiens, et un amour malheureux est-il cause de ton exil?
— Non, Julie, lu n'as rien deviné. La fougue de la jeunés se, des querelles, des duels, m "oui forcés m'éloiguer de m a pat rie . J'ai voulu .. .
— Je connais ton In s toi re, c'est-à-dire celle que lu as racontée nu capitaine Tlinmas Tlavastro; mais j'ai bien vu que eu ne lui avais pas Uml avoué*
— Je ne déguise jamais rien de ce que j'éprouve, je ne caclie jamais rien de ma vie, ni erreurs, ni folies, ni fautes, ni généreux dévouements. Aussi, je te dis, Julia, que mon cœur, jusqu'à présent, n'a ha du que de celte tendresse filiale ou fraternelle qui aurait fait le honneur de ma vie entière si j'avais clé plus raisonnable.
AMÛUfl NMW.
— A la lionne heure! me dit celte singulière fille si énergique dans toutes ses résolutions, A la bonne heure! et, maintenant que nous nous connaissons mieux, tiens, voici un super lie bananier qui nous protégera de son parasol, abritons-nous contre les rayons d'un soleil qui pique
trop fort. ÀSSJ vons-nous et causons,
— Hais il est tard.
— Tu dis M-.ii.
— rtejneLimivtious en route.
Julie me prit familièrement pur le bras; nous retournâmes vers le brick, ou l un devait êlrc inquiet de notre absente, et bientôt un coup de canon, dont nous vîmes h fumée s'échapper par h 1 sabord, nous donna le signal du départ.
— Puisque lu n'oses pas tout me confier, Julia, réponds du moins avec franchise à une seule de mes questions.
— Cette question, quelle est-elle
— Aimes-tu quelqu'un dans ion pays?
— Oh ! mit, j'aime quelqu'un dans mon pays, et de tout, s les puissances rie mon être,
— Il est bien heureux ! mVcrïai-je avec une sorte de dépit que je ne pus maîtriser.
— Monsieur A rage, vous ne me comprenez, pas; von* devriez dire : Elle est bien heureuse!
— Une sceur?
— fais-toi, Jacq ues , et ch e m i m m s*
La nuit approchait, l'ombre de lile et son pic aérien se nrpjetaîeul j ' i - 1 ■ i -i l'horizon; le flot, poussé par une légère brise du large, venait mourir à nos pieds avec un do ni murmure; de petits nuages rondelets conraieni les uns api les autres comme un troupeau de chèvres vagabondes, glissaient sut uns tètes et allaient se perdre &-bas, lA-nas vers les côtes américaines; tandis que les oiseaux voyageurs, fatiguée de leur courses éloignées, venaient tous a ttre-d'aile, ainsi que des ramiers à Leur gile, chercher dans les creux dOS rochers et sur les plus hautes rimes de* monts fahrî paisible d'où ils devaient s'échapper le lendemain, au lever du jour, pour de nouvelles excursions. Julia et moi nous contemplions avec extase ce magnifique tableau» quand un bruit sourd, pareil an roulement ou tonnerre, vini nous saisir; et au même instanl La terre trembla sons nos pas.,. Nous fûmes presque renv. rsés... Quelques instants après, une second) "lisse, plus forte que la première, nous contraignit à nous adosser ;i un sri vigoureux i[ni fiarut incliner son front et vouloir quitter le sol on il vivait depuis des siècles. A une troisième secousse, plus violente que les précédentes, nous fumes ronver avec notre appui, qui ne se releva plus, et, quand nous jetâmes les yeux sur la mer, nous la vi nies loin du rivage erier et pétiller, comme si un feu Boua-marin la tenait en > luilition.
— C'est le volcan qui s'anime, dit Julin eu souciai il et en rajustant ses vêtements en désordre. Voila l'image de la vie... Toul à l'heure nous respirions le calme sous un feuillage parfumé; en ce nent tout est confusion,
Un second coup de canou nous dit de hâter notre marche. Nous suivîmes un petit sentier escarpé qui piquait droit au brick, et ■ heure après on nous présentait les lire- veilles pour nous recevoir a bord. Le capitaine s'approcha de moi, et, m'adirani au gaillard d'arrière, il médit a voix basse :
— Vous a-t-elle tout eonté, sieur Arago?
— Non, capitaine,
— Ost discret comme la charité,
— Il Y a deux ans Ile f:iii le métier de corsaire; a
qui envole-t-elle ses parta de prises
— Test nu secret que je n'ai jamais pu découvrir, que je u ai jamais pu lui arracher,
La nuit se passa sans s tmmeil. L'image de cette jeune fille, si grave et si énergique tour a lour, sa demi-confidence, sa vie de marin si difficile. >i p lilleuse; la poésie de son Langage si pur, si coloré, tout me portait â croire i|iicle malheur ou quelque héroïque résolution l'avait jetée loin de ses habitudes d enfance. Du devinait qu'il y avait
dente lutte entre ses premières études et sa nouvel le éducation; et l'intelligence, plus que le regard, vous disait que sa vie d'aujourd'hui était un mensonge; ses allures, nu mensonge i - 1 rudesse, un mensonge. Mais qui êtniteïle doue.' uip de siffle) du maître répondit a celle in-
terpellation queje mutais faite a haute voix. Je me levai, te montai sur le pont, l'équipage rirait au cabestan, nous dérapâmes... Un instant après nous étions sous voiles,
!' ndanl toiiU- hi matinée nous Longeâmes Hic, au lieu
de eourfrau lar*e; et, comme !e capitaine plon^eaLL son regard -|i- vautour vers la colc> je dus pré Mimer qu'il avait dos projets Inutiles contre que! pies-unes des Ij-liinckies. habitations qui se dessinaient au milieu de pïantaLÎOD» délicieuses et de riche* vignobles*,, je ne me trompais iju'â demi. Il était qww heures à peu près; Thomas ordonna do mettre en patine et de lancer nue chaloupe sur la pla^e.
'—Douze hommes dé 1er mi nés! dit- il, mes ordres.
et qu'on exécute
— Puis-je en être? criai-je au ca|tUaijie.
— Cela il Bina dire.
— Alors jeu suis aussï, poursuivît Julia, que nous appellerons toujours Jules.
— Va pour deux, dit Thomas; La prise sera lionne. Qu'on v songe; il m'en faut sis. ni plus ni moins. Jai eu six déserteurs, je vetix qu'nn les remplace. Il y a là- bas, près de celte riante maison de campagne, un groupe nombreux d hommes et de femmes qui jouent et dansent; il y a trop de dnnseurs. qu'on m'en amène six ries plus jeunes et des mieux tournée. Allez, enfants, ci que lo brisé v dl en
Roua descendîmes bien armés, bien dit posé*; nous cou» firmes le canot à un marin sruLqui laissa tomber le grap* pin ù une domi*encahture du rivage; loi autres m iront pied a terre. On nous reçut comme dus amis, comme des gens qu'on eût voulu retenir, Mais, aprë> qne^ues régalades copieuses de ce vin de TénériDe el "le Madère qui picole le cerveau, nous proposâmes a six des plus gentil» gaillards que nous nous étions signalés â voix basse, une partie dépêche au filet.,. Accepté Lue fois dans la chaloupe, nos six drôles eurent beau pleurer, prier; nous pi- infimes droit au navire sans nous sou cuir le moins du monde des cris de désespoir tju'on poussait au rivage et des larmes des pti* son i tiers.
Cependant l'un d "entre eux se tordait les bras, s -arrachait les e lie veux, se déchirait la poitrine.
— Tuas donc perdu la fiancée? lui dit Jules, qui veillait sur lui.
— Plus que cela.
— Ton frère? la sœur.'
— Plus que cela r ma nvre ma vieille mère, dont j'étais le seul enfant, l'uni lin- soutien*
— Eli I va donc! s'écria Jules en se dressant comme une panthère à qui L'on veut arracher ses nourrissons; ri donc, et sois sa consolation à sa dernière heure ! Sais- tu nager?
— Comme un marsouin,
— Un homme â la mer 1
Jules avait saisi par lo cou et les Dîmes l'insulaire désespéré ; il venait de le lancer A deux brasses de la chaloupe, quand le patron s'écria en tournant la barre :
— Voici un déserteur! paravîrex*
— Poursuis ta roule, repli qui Jules, ou je te brûle h cervelle. Il va rejoindre sa mère; que Dieu lui soit pro< pice! Si le ca pi la me nous demande pourquni un prisonnier manque à l'appel, je lui dirai que c'est sur moi seul -{Lie doit retomber la faute, et que, pour peu qu'il soi! encore mécnnt en l, je redescendrai ce soir à terre et lui en ramènerai deux pour remplacer celui-ci, Noua sommes de l'œil le prisonnier délivre : îl gagna facilement h jen--. Nous le vîmes embrasser ses compatriotes a*ec effusion eJ partir de là pour gravir un petit monticule nu liant du jnel se dessinait une riante maison dont la toiture eu utiles rouges et vertes formait des losanges d'un as] çol bizarre et eracieux h la fois. I "était là, sans dont» 1 , que reposait la vioiUemérè; celait hi que devait se trouver le lils !
J'avais voulu rester impassible témoin d'une m ■■ m i étrange, et cependant mes regards y avaient pria une pari
active. A chaque parole onéreuse de Jules, mon camr.se dilatait ; j'aurais désiré que cette jeune tille fût ma sœur, puisqu'elle ne pouvait pus être ma femme, elle, belle et coura^ensM, ih -u\ <pi dites que je place au rang des vertus, quoique Tune leur soit presque antipathique. Je me glissai auprès de Jules, el, lui serrant fortement la main :
— Cela est bien, Lui dis je à voix basse et avec une émotion visible, cela est très-bien. Je vous croyais une Ame: je me suis trompé, vous en ave* deux.
— Votre pression de main, répondit le matelot, me fait plu s" de bien que vus paroles \ l'une neul être de l'affection plus que de I amitié: les autre* emblenl ê de la surprise. Devez-vous être étonné d*nne action généreuse de ma part? et une mère à consoler* cela ne vaut -il pas qu'on t'expose a la noueuse garcetted'un capitaine irrité?
— Il ne vous frappera pris, je unis le jure.
— Peu | -être! il est si violenl : il ment à l'exécution de ses ordres !
tient si rî peureuse*
— S'il lève le bras, Jules, le bras et le corps tomberont sur le pont du brick, et serviront, quelques instants apr de pelure aux requins,
— Merci, Jacmtes, voila comme je te voubk Ta pression de main m'a fait aui al de bien que les parole
— Merai, Jules..,, Kt maintenant, admirable jeune III lo*. ne peux-in pas me dire ce qui t'a jetée au milieu d'un
momie do tnalelnlH H de bandits qui te comprennent si peu ?
— fl est des conffdencei, nsieur Aràgo, qu'on ne fait
qu'à un frère, à une mère, â un mari,
— Je ne >n r donc jamais rien ?
— .Jacques, vous êtes un insolent !
Ce ili-niiermot fut accompagné d*UU soqrirequi en nrimi- ■ il, singulièrement ràpn i -, Je n'en témoignai aucune luimeur, et nous arrivâmes à l ord. Jutes et moi, les meilleurs iirns du monde. Le capitaine compta nos captures, et» ne trou va ni nue cinq prisonniers au lieu de six qu'il avait Commnml s. il s'arma d'une i'arertte et demanda, d'un I calme ei f niij, à qui surtout il devait ['inexécution de ordres.
— A moi, répondit Jules les bras croisés et en se plaçant i deux pas rie Bava&iro,
Au même instant, je me trouvai coude a coude avec le capitaine, la poitrine haletante, les dents serrées et la m lin â fa poignée de mon stylet.
— Ne me trappes pas! s en h Jules; ne me frappei pas, capitaine, vous allez tomber mort!
hENCOMTBG,
Lu corsaire plongea son regard dans le m ton, qui devint plus éclatant encore^
— Diable' diable! dit-il sans s'émouvoir, H parait que j'allais passer un mauvais quart d'heure. Mus l'affaire petit Vaniiti^er. Toi, -Iules, je le nomme contremaître, puisque tu viens d- me s - r h vie; t"i. Jac [tu g, je te nomme i ami, puisque lu m'empêches de commettre une Ijs-
Vus n'avions rien â redouter de cet homme extraordinaire, corsaire et forhan à la fois, et de qui nue parole
D'UN POLE A LVUTRB.
donnée était un arrêt solennel; aussi (nmes-non* - n .
pour l'avenir. Jules et rnoi, ce jour-lé, nous dinft-
mes n sa rai. If; el, heureux de noire journ le nous nous
Lormîmes uaisil at, hissant cour» *<à'Et-Uiir vers
Téuériffie, ou le poussait une brise lui h* et courtoise,
11 y avait imprudence à piquer vers celle ile do lave qui bouillonne me fournaise -I ni h bouche porte eue ire jusqu'au d nflammésel ses Ilots de Mtome. Mais,
je vous L'ai dit. le capital De Ravastro, dés qu'il Unirait une prise, n'aurait pas recule devant lonlc une escadre ; el renard, guide par sou iuslînct de rapine, ne s* 1 trompait guère clans ses inspirations. Il louvoya pendant trois jours entre l'archipel des AçoreseJ celui des Canaries ; puis, livrante l'air toutes ses Voiles, il vira le beaupré sur Sainte* Crois de Ténérifle, capitale de tout l'Archipel.
A ri i on i\ encablures de 1 1 côte, il mit en panne, et sonda de sa longue-vue la rade foraine p ' . ■■■■ par une demi-douzaine de fortins. Une belle corvette anglaise étail mouillée prés du môle ; Thomas avait prévu la rendre, \i a Qu'il eut aperçu la terre, il hissa le pavillon de la Grande-Bretagne, ruse de guerre peu m ■u sait, avant que le nom luit s'engaj
La nuit venue, Bavastro nous fil demander à sa dunette, laies et mnj,
— Enfants, nous dit-il. je ne sais pas si vous aimez beaucoup l'or; mais, moi. je l'aime [ires pie autan I que la
r», un peu plus que l'honneur, el vous?
— Moi, répondis*je, je I aime beaucoup moins t|uu la vii : et j'aime la vie beaucoup moins qur 1 riuuineur.
— C'est la réponse que j'allais faire, dît Jules.
— Libre à vous, mes imbéciles; avec l'honneur vans n*aurax pas un sou, avec des piastres et des quadruples
is aurez toujours de l'honneur par-dessus la tête; et, |.u;M|i.ie nous sommes en train u*- m iraliser, puisque lacon* lidence que j'ai à vous Oiire sera courte, je .eux bien m'amuser ri discuter avec vous, afin que vous sachiez parfaitement quel est l'homme que le hasard vous a donné pour I e-vous me ai e, monsit : r Jacques le piiifnsophe, où commencent et où fhmsenl es [ - 1 s > : • ■ j j s vicieuses ■ ■ vertu» des hommes? Je vous défte de me signaler le départ, je vous d< ; iie de me fixer les limites. L'espèce humaine est - «'.ri né ■ is el de fripons, an jour
le jour; ce matin, moi; demain, vous. L'intérêt, xi'impnrte
leijuct, a fait la chose Dl la métiimorphi passes-moi la
Lme, puisque la i poursuivil-il eu riant. Lu
I juter prèle i '■• ] - : : dites i la l«n de se taire, et
il le banquier ne contentera de ce petît béi Ne pariez pas oui, vous perdriez.
-^Capitaine, i d'autres histoires, s'il vous plaît; votre reli " nue véritable impiété.
l n aergique et pieux reg; ni de Jules dit merci, et je fus heureux.
— A l.i lionne heure, poursuivît Thomas ; et, comme je
reux en finir, vu s i mon histoire* â moi, Vous me con-
nai peu prés vous savez ce que je fois, ce «pie je
peux, ce que je sais fiii» oyons, que sui&Ji
— * Corsaire; à celle condition ta corvette est à vous.
— A cette condition aussi la France me déclarera corsaire et non pirate.. VI- * vous coucher,
[InV'init pas encore jour que le capitaine Thomas, n cheval sur le bostim fumait son re et » rcourait d'un œil avide l-i corvette anglaise pr r l'ancre ou
i filei son câble. Celle-ci, impatiente wrieuse» avait
voulu, la veille, s'assurer que nous étions n uni et,
pour cela, elle avait détaché le ses canots rei ■ nous;
mnis elle changea d'o vis sans doute par et ; il . el la brise
de l'ile | ssa jusqu'à 1 Eclair le signal i l'aide duquel on
i | ji-lïM les cano;
Voici ïe jour», le soleil ne se montre pas encore au-
'Ii-smk rie l'horizon, el d - ,: a Pic, qu'on ne peut voir du mouillage de Sainte-Croix, dore sa cime mi doù
s'échappent, en bouffées rapides des colonnes d'une fumée rougeatre montant en spirales el dispersées parla brise du matin. [V'ir i petit les cènes secondaires deviennent brillants; les remparts volcaniques, menaçant et protégeant à 3a fois h capitale, se révèlent aux rayons obliques de L'astre du jour ; le clocher de Sai nie Croix perd *a tciuhhonteuse, les mnis (aient au r . rd leur façade Mmcite bordée de noir, l'ombre projetée de l'ile se rapetisse, et de la cime des rochers é pic, des toitures des couvents, des figuiers qui trouent à travers les vignes énergiqu des palmistes dont les panaches oml'ili-n pa varient ri ir, s'échappent d'innombrables vols d i eaux avides d'espace, saluant de leurs cris joyeux la chaleur qui vieol les visiter.
La corve Ile anglaise a vu aussi son équipage debout; elle ne peut pins sans dondr demeurer tranquille an rivage : elle hisse son foc ; et le capitaine Thomas, attentif tous ses mouvements, tiondit sur le pont, sVmpmv N- ■ m porte-voix, el son cri familier retentit menaçant de l'artimon au beaupré de YErlair.
— Alerte, enfants I voici une proie, de Yor, des Anglais, du bronzée! de l.i gloire!
Nul des matelots n'arrive le dernier; tous sont là, actifs i la curée n un nie une ardente meute de loups vin-aces, la hache à la main, le pistolet et le poignard ri la ceinture
— Vous m'aves entendu, enfants; peu de bruit, menailéons la poudre, et a l'ahordagel An premier, quadruple part; au second, triple; au troisième, double; su dernier, la f^rcelle, Nul de vous ne sera le dernier, j suis sur, ru- nul de vous n'a été le dernier à son posio, Alerte! alerte! hissi* le pavillon national, et vive la France ■
La corvette anglaise a vu Les trois couleurs, et ses filets d'abordage sont placés*
Le capitaine Bavestro, pour la première fois de sa vie peut-être, fait entend iv un juron qui semble dire que h lutte sera chaude; et nuis, d 1 voix calme, il oit de courir au large comme s'il fuyait son adversaire.
— Hourra h! crient trois fois les Anglais, comptant que nous évitions leontiibnl.
— Je vais vous en donner ib-s hourraha, dit Thomas in mncliant sa petite cigarette: je vais vims eu donner de vos liuurrahs, insolents! il je vous réponds, messieurs les habits ronges, que vous les payerez cher.
La corvette anglaise et YErlair couraient ri contre-bord avant d*en(*a™er leurs vergues; en pnssanl devant nos Nancs, l 'ennemi lâcha sa bordée.
— Ne répondez pas ! s'écrie le capitaine Thomas, il faut leur cracher nos boulets rames oV phi près.
Et il ordonne de virer de bord, mouvement qu'exécute -sî la corvette anglaise,
Jules, nue j'avais vu jusque-là intrépide au milieu du pin ad péril, Jules que j avais trouvé calme et résolu au moment «►n. seul avec mot, jf 1 pouvais abuser de ma force, .Iules me sembla celle fois timide el tremblant t » s lèvres ci aient pâle es allures incertaines, ses regards
us vie... J'en eus pitié] je m'approchai de lui.
— ,i in as peut !
— Oui* Jacques, j'at peur.
-^ Parle bas. je t'en prie, lu serais perdu si on (entendait*
— Va, celle peur ne me déshonore point, el loin i r heure tu verras si je fais mon devoir en lemme de cœur, m intrépide corsaire,
ŒUVRES DE JAfigUBS ARAGO
- "'^ï'îiïH
1 fui J-i i. Ste da m nie lot hriUumia,ueqtii tomba .foli^ M hache de Tliom h
BÂfSttro.
— Afjik alors. iTmi vk'n! .pu> hi palis?,.,
— 4e l'aîné imfl je l'aime lantl:«, fuis il «jouta :
— Jacques, si je meurs, ni fouilleras dans mon liamac. lu trouveras, au chevet, mie boite en fer-Hanc, et, fans une caisse, des papiers ci de l'or : l'or 1 1 les papiers, lu ks foras porter à l'adresse Je la lettre contenue dans la boile. Me le promets-tu?
— Jules, jn ui promets plus, je te jura que, si ru suctnîies el >» je rit, nul ne^si ih» la commission
i|»e moi,
— Je suis content.
Jules me serra forlemenl lu main, et ta lutte s'engagea chaude el vigounn
le ssmiT,
un
Je neveux pas, mon jeune ami, me jeter ici dans une description inutile de combat naval. A peu de chose près,
tous se ressemblent, tous; nu In phystoi lie ne varie
père que nar les détails. Ici le drame ne lit point àètmt el le capitaine Thomas surtoul y déploya mut vigueur et m • inj^froiddîgni s des Jean Bartjdesltaquesneetdes Dugnay- Trimii]. Un m*i teli >i anglais allai) ouvrir le crâne de Jul déjà blessé a l'épaule. Ce fut lu tête du matelot britannique qui tomba sous la hache de Thomas Itaviisim, Ht moimême, légèrement blessé i la main gauche, je dus susd h ne au capitaine, qui se miiltiplïail pour exciter, non le courage des siens, mais leur impatience el leur r^e.
D'UN' POLE A (.Al TIM
7,Ki f
"i'ulait un «pecUcli- m^niftqiw, [Page \%)
Apres une lutte QplaUfrrqui durci plus rie quatre hem. s en présence de loure In population de Sainte-Croix, accourue sur le rivage, la corvette anglaise amena sou pavillon. Il fam In dire, pour m pas usurper une trop grande peu de gloire, I équipage anglais était affaibli el déni combats antérieurs que le Ifarttorptigfl avait soutenus ne lui permettaient fjunv .{'espérer un succès, M is Phonneur de son pavillon lui avait ordonné de courir sur l'Jfctoir, et le capitaine King, qui péril dans le combat, mérita bien de son pays.
Le Morlborough avait fa il de belles prise : nous isi< Limes ks coffres, les soute les cli 1 tous (es
n>m> ou jVm pruivail avoir c chê d. s richesses Puis, uu I
nous crûmes utile d'abandonner le ic^e aux fims, m descentlim. s l.. ...-. ,-i \>ù u portants dans les chaloupé enfin, pour démolir le vaisseau, nous le lançâmes i>mh. ■ voiles dehors, vers h plage rocheuse ou il alla se brisi Uuant* nous, .pu avions perdu quelques hommes remplaces par dis captUs, nous primes le large, piquàn.
vers le cap 11 In ne, et cou lûmes de temps à autre quelques bordé
i j matelot insoucieux de son avenir, le capitaine Jiavastro, se réservant nue faible part de In prise, lit â chacun ib i nous des lai -s capables d'exciter noire courage, s'il avait en besoin' d*étre stimulé; mais le fin renard s'y conquii notre reeunuaissanoe^et il pur, dès ce moment', compter sur nous ■ la rieel i la mon.
}Vn de jours | combat glorieux pour nos uni
nous mouillâmes, par dix braises, à un quart de liemr «l une
!■ abrupte dans u i nse mal protégée des
vents du large, el s-peu de tisunce d'un joli trois* iii.;. 1 s portugais, qu'une bri "e ivait empêché do
nous fuir.
— Ce navire m'appartient, me dît tout bas le capitaine Thomas en s'approcha ni de nous; nous verrons, an point
appi du jour, si mes prévisions u ont pas.
ŒUVRES DE JACQUES AftAtiO,
— Vous faiu-s donc la guerre à tout ce qui navigue
— Je tiils In frui?rre ri tout ce qu'il me plaît u'ainariner. Je ne sais si je me trompe, mais ce Irois-tunts est itn cafard, et je. gagerais d s ce moment» qu'il porte dans ses lianes boueux six !'■ is plus de monde que. V Éclair.
— Os lors, il j eut être imprudent de l'attaquer.
— Je m'étonne que celle réQexion tienne de vous, niessire Arago, car il me semble que vous ne comptez \ plus que moi le nombre des ennemis; mais ce n'est pas comme ennemis, je crois, que imus causerons avec les hommes dont je vous prie.
— Alors, je ne vous comprends pas*
— Vous me comprendrez demain. Dîtes à Julta de se tenir prêle,
— Je vnis le dire ri Jules.
— Que ce soit Jules ou Julia, peu m'importe, pourvu qu'il ou qu'elle agisse & mme elle l*a fait jusqu'à prient*
Le capitaine Thomas a^ail tort. Ce n'est pus le lendemain, m is la iuiU même, et une heure après la conversation que je viens de i-.-fc|.].i rli-r. que nous eûmes affaire nu navire p trtugais,quis*&ppel;ii[ -ilors lu Snttta*Marîa-Dofo* rès< el qui, au point du jour, ni 1 se nu m ma plus rien du tout. Je vous l'.n dit, Thomas était un de ce-- hum mes tellement actifs, lellemenl prévoyants, qu'il dc fermait jamais les deui yeux a la lois; je ne crois pas que ce lniqi de mer d'une si singulière espère ail jamais l i mi plus d'une heure sans se réveiller, ei son réveil cuit une commotion
êlerliL'p
— Debout, enfants! si j'ai bien vu. ;iu milieu de ces profondes ténèbres et de ces cotes occidentales d' A fri ^ue, il y a lii un renard portugais ou brésilien qui cherche â nous fuir; courons sus! Je ne pense pas que nous ayons besoin de brûler beaucoup iW joudie contre de pareils bandii
La Satttu -Maria- Dohm avait silencieusement viré au
cabestan el se la il | sser&u lart,eparune douce luise
d" terre. Le capitaine Bevastro, qui voyait même ce qui n'était pas, alors que son intérêt loi disait, du ioir, Elle rou table cl | -riiliie de la même brise imttr aller au troïs*m!Us |i n i ugai i.y le savex, YEclair doU sans doute son imm ;i ses rapides allures.
Après vingt minutes de marche, nous atteignons le fugitif, ci. |r doublent, nous avions exposé le flanc à l'abor- 1 i h si p l'iliine. Uu coup de barre de l'un et l'autre navire empêcha le choc; mais, voyant ftotre manœuvre, le capitaine portugais nous en demanda la cause en i\^ez mauvais franc is, B tro lui répondit, en français pins nu h et et plus énergique, ,u i! eût â naître eu panne et a se laisser visiter,
— I Pu reste, ajoula-t-îl, voici ce qui vous prouve que
nus camms sonl en foi H uns bonlels de calibre. „ Feu !...
T nul ! ri: e sa bord 1 1 u n \ s rt sur les 11 a n es tle I a Son ta - Mt tria- Dû h rèë . y ■ si l r * rze * 1 c nos h o e urnes mon 1ère ni A boni du iruis-miis portugais.
Iruriti eux se trouvait Jules ; et, comme je voulais l'ecoompagner, le capitaine m'ordonna de rester a" ma place* Je tendis Ea main a mon jeune c marade, ei t nu moment eu il sautait sur Im SanUt'MariO'DoloTè$ 1 une petite boite en fer-blanc tomba de sa poche ou de sa ceinture, presque à mes pieds. Je recommandai â l'aventureuse iille nue prudence inutile, car je savais ju'eOe n'en ferait qnïi sa je lui "iis que mon anxiété saur-ail bien prévoir si ma présence lui devenait n ci îsaire. Dès que les quatorze
lioi i s nous eurent quittés, ie ramassai la boite tombée;
puis, me retirait! dans ma ca ne, je l'ouvris sans songer aux iv lies auxquels je m'exposais.
1 :i botte ne contenait qu'une lettre et des message** Voici la lettre, que je trans* rivii :
« Bonne el tendre mère, ne t'éionue p s -i tu reçois de moi tant d m ut, Je suis toujours la fille jeune et laborieuse que Lu connais, que lu aimes, que in bénis, et la famille honnrable qui m'a reçue au Havre avec tant de bienveillance m'accable toujours di bienfaits Croirai in ftt'en gratîHr;i[irm d'un perii service que j'ai rendu i L'enfant de madame G.,*, cette excellente femme, si opulente d'ail b m. nia forcé it accepter les quatre mille francs
que je t'envoie î
« ma mère! prions pour cette famille généreuse ! lu sais également pur qui je prie tous les jours; el, si rn-s
iui sont ex rincés, IL me sera bientôt permis de te serrer dans mes brus. Courage ! espérance !.,. La guerre li uir un i jour, et alors, obi alors, la fille hien<aimée n'aura plus rien ri demander à Dieu *
«r ËlrtiA dé M.. + »
El pour su*rr]ptinn ;
« A M. F.„, banquier au Havre, pour faire parvenir à m.'ïdnmf ta comtesse Marie-Louise de H.... â Manchester
Ainsi donc celle généreuse fille cachait â sa mère en esil ses courses s dangi i- : c'est l.i un des mille [rails d*> tendresse et de dévouement donnés a des parents el :i loignés, pendant cette longue S'-rie dejrmrs tn : fasles qui «nii: déchiré notre paitie et dévoré un si gj-ind nombre de ses enfants. Je reviens a mon técit>
La Santù'Maria-Dototh faisait la traite, métier in-
fdme, inhumain, Racrile an capitaine élait un nommé Joachïm Ltsbao, ^ui i va t rivé à fond de cale cent quai vin i: Min noirs privée d'air, d'ean el de jour. L'équipage, par ordre de Bavastro, fut jeté à l'eau péle-méle, ! pendu â h grande vergue] et. dès que n tâ i[uatorie gaillards eurent délivré la* marchandise, celle-ci recul des vivres eu abondance, di n pure, du vin généreux, el fut ramenée i terre par dos matelots. Quant an navire, en un instant il devint la proie des tlrmimes, et nous le vim s -•'engloutir dans la rnde même ou îl avait consomme s ni ibonHnahle marché,
J ii Ses vint pour me presser La main.,, je retirai la mienne, et, olant respectueusement mon chape nu en lui
r> -'-mini la boite :
— Je ne dois plus parler désormais qu'avec respect a mademoiselle de if..*, lui dîs-je tout bas.
— Vous savez tout maintenant, monsieur Arago, me répondit la noble enfant. PromeHez-moi de me gai 'l' r ce secret jusqu'à notre retour en France.
— 11 sera gai dé.
— Oh 1 cela f. lisait mal à voir! nie dit d'une voix afifal ■ 1 Jules, iui cherchai i â ne pas s'éloigner, cela déchirait ec eur, cela soulevait les « etrailles! A fnnd de cale, dans un cloaque infect, sans air, jour, enchaînés par un
fned, couciiês sur des courbes de bois; pour oreiller, une jarre île 1er; pour étancher la soif, une eau fangeuse ; pour apaiser la faim, quel mes fèves coriaces; pour imposer silence eux crh de douleur, une g rcette noueuse cinglant les reins, nue I .;• . h lie de fusil zébrant la peau,*, el l'ordre de chanter quand descendait le hideux capitaine au fond de cette tombe ereusée tes 11 \ la tris-
i sse et h 1 - larmes tont venus lr tpotret i> vengeance* s noirs étaient les blam>. N's blancs étaienl tes noirs; mes matelots ont frapi -■ es oftîi il rs porttiu iis; & mon ir, j'ai frappé tpitaine Lisboa, je lui ai farl sentir le ihird aigu 'h 1 ' i: garcette; et, après avoir démarré St i s malles victimes qui e> ni rêver, qui pleui ient, priaient et bénissaieDt, je leur ai ordonn nies de monter sur le poni ; li, le r j « i tue Joaçhim ri été mis ;i genoux* ci moi, armant la main du plus robuste des escl ves, j'ai ordonné au bras de rrapper, au cœur d'être sans cornpassion. Je vous l'ai dit. Arago, le sanga coulé par pins ihiue entaille.,. Lu noir est devenu blanc,
Plein des émotiona de h journée, chacun de nous re-
joignit 5.L LillilLie.
venir ri nous un nouveau renfoi i. nous respirâmes à l'aise, ni pu certains tic faire payer cher aux importuns l'inconvenance de leur visii.
LES deux oiihaga\s.
Avant de r|ilitier cette baie du malheur, nous voulûmes savoir comment les camarades, les frères, lès familles des ii'.-ris délivrés nous recevraient, ens pie l'on dit si ernrls, si hc né tés, si nnnees (Lins leurs marchés avec Us Euro- I- eus; r[ c'est pour juger de ce curieux spectacle 411e plusieurs d'entre nous se tirent descendre a terre* Vous cornîrr-nei hieu que Jules, — pardon ii la généreuse el nnbïe île lui donner encore ce nom, — Jules ri moi n'eûmes garde d« manquer à la fêle. Notre grand canot précédai l cens i|til amenaient les premiers esclaves à terre; et, tandis qiii> sVucctUiiieiil h s nu très voyages, les naturels de La cote, tremblant pour leur sécurité personnelle, se tinivni à une certaine disl ace de L'espèce dp camp tracé par n.'ii.is, ri ils ne m- rapprochèrent i|ue sur un si^ne de L'un des captifs qui se détacha di: troupeau.
Oh! alors, sauf quelques très-rares exceptions, ce fut unejfûe, une ivresse, un délire, des tron ports i donner la Sevré, On dansait, on hurlait, on trépignait, on battait es mains, ou se roulait sur le soi brûlant, un allait jusqu'à se frapper, jusqu'à se mordre; et le. sang coula de plus d'une joue, de plus d'une épaule, après ces premiers élans d'une tendresse dont me-- paroles ne pourraient donner i punir imparfaite idée, De la plage on avail
l'incendie de \&$anta*Marui~D&iorfo; et ces hommes, trop payés déjà pour ■ roire a l'inhumanité des blancs, s'étaient imaginé qu'on ai ait fait un épouvantable frslin de
us in for Lunés compatriotes, Aussi la vénération de In bourgade errante alla-l-el'e jusqu'il l'admiration pour témoigner sa gratitude aux sauveurs.
Chaque individu nous :p portail un cadeau , soit en fruits, sois en i- lies, soit en armes* poil en ivoire on en
o idre d p or; et Jules surtout, qui s'était montré si en> iressé, si humain, dans la délivrance des esclaves, se vit
oîtjet d'une idnHirie particulière. 11 ne tint qu'a lui de se foire nommer roi de ces hommes d'ébéné, Mais te Iwave jeune homme avait une toui autre ambition dans laine j il. qu lîque vivement touchée de si ardents témoignages de sympathie, c'est elle qui, la première, donne le signal du départ. Autant la joie avait éclaté naguère, antanl In tristesse fui grande d s ùs la bourgade Lors de nos adieux. Les plus habiles nageurs se jetèrent a l'eau malgré nus prières el nos ordre*; et c'est par un miracle du « îel , e pas un d'eus ne fui victime de h dent vorace des requins infestant la rade et les rives de celte rerre de désolation.
Déjà quelques-uns des naturels rebroussaient cliemln
tir rejoindre leurs frères, lorsque, de la savane, de
ands cris se firent cuiendn i ordonnai aux avirons de
rester immobiles, el nous vîmes les braves gens que nous
avions i courir â nous les bras levés et d er les
jnes Les motus équivoques d'une frayeur iuvmciJb l craignais une surprise; eL d'accord avec Jules, u- lis in mes Le cap sur la terre, visiUmes L'amorce de nos pistolets, et nous nous préparâmes â mie rencontre hosli e avec ceux qui étaient venus, selm prii visions^ d'une nsi voisine, pi ni i , .i-r.H-lnT h bénéfice de notre générosité. Du bord, le capitaine nous expédia un troisième car-
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Non* voici débarqués* laissant les canota i la farde d'un seul homme. Les nuits ne pouvaieni se calmer. Nous avions beau 1rs iiurstiitmicr : impossible de tes comprendre. Seulement, il noua était aisé de voir que, vaincus par la terreur, ils se recommandaient i noire bravoure il j notre clémence,
— Que pensez-vous de tout ceci, Jules? lui demandaije d demi* voix. Ke serait-ce point un piège ?
— Peul-êïre ; maîs qu'a von s- non s n craindre? Sis d'entre nous, armés comme nous le snm b, viendraient a
boni d'un mil lin de ces pauvres êtres. Si je crois à leur stupidité, j'ai foi également en leur reconnaissance.
— Vous aves raison,
— D railleurs, m les voye*-vons pas se blottir trernblniits ci à demi morts derri :re nous, comme s'ils com* prenaient njn^ nous seuls pouvons les abriter! Al)ei,&llei, s'il y a péril» le péril ne nous viendra p s d'eux,
ftons avions fi |n*îno achevé de nous c>nninuniquer uns observations, que plusieurs autres individus arrivèrent de lin ter ieur en poussant, comme les premiers, des clameurs assourdissant*
— Aux armes! crïai-j* 1 a mes matelots.
— Aux armes f répéta Jules en composant un peloton des siens, el en se pinçant bim-immi a leur tête. Voici (ennemi ! Ce ne sonl pas des Portugais avilies » ta curée des esclaves a vendre, re uVsi p;is une peuplade rivale qui
ii ni disputer d celle-ci *on stérile territoire, ce n'est p.is un roi redouté qui vient chercher îles sujets ri livrer m échange de (fucKpies brasses de drap rentre ou de quelques barils d'eau-de-vie; c'est un monarque plus puissant, plus redoutable, plus indompté, plus cruel : c'est un magnûl* que lion - c'est une superbe lionne, sa compagne,
— Il manquai! cet épisode à ma \ï' j aventureuse, dîs-je à Jule
— Je ne demande pas mieux qu'il se présenté, me ré* pondil l'intrépide; j'aurai quelque chose du plus a lui raconter.
— Lui, toujours lui 1
— Toujours monsieur Àrago, parce que lui, c'est une m ire.
Les deux féroces quadrupèdes venaient de s'arrêter.
En présence de tant dVuiiemîs, leur courage ne s'amoindrit pus sans doute; mais il dut réveiller leur prudence. Nous n'étions pas gens d ailleurs a leur laisser notre vie sans la leur faire acheter un \ n n chèrement Joies étail magnifique d'impaiienee; il voulait courir i » adversaires, mais il écoula mes paroles plus . et nous attendîmes, pendant que nous étions assourdie par un bourdonnement monotoi e et lugubre, 'liant de mort d> s malheureux qui se tenaient â vingt pas de nous, agenouillés ou ventre â terre.
La nuit allai i venir. Le lion et su royale ciHTipaçnc ne bougeaient plus; et d'eux aussi a m arrivait un roulement lénenreux h rauque, n'ayant rien de la peur, mais tenant bien plutèl de la rage,
— Conte que co le, me dit Jules, nous ne pouvons partir sans combattre. Je donne, moi, pins que de riusturct fi de pareils én-es . ,p leur donne du raisonnement. Us ont
mprîs que nous, nommes habiles, armés, 'pii ne lu vous pas à une approche nous étions un $u\uU ww\ itconlre leuc voracité; ils espèrent que nous leur abandonnerons le champ de bataille; ce que nous ne voulons certes pas, .•il dépit de leurs rugissements, Mais la tuiit <^t là; d-ins nol avec six gaillards déterminés, et, dès que uoui ..nés l'ombre nous perdrons quelque chose de notre sapénorité,
jn>s coups seront moins assurés. Le lion il ovine cela, et voila pourquoi; SUIS doule, il médite. Avaiiçons-nOUS?
— Avançons, niais seulement de quelques pas.
— Il n'en |i mit a pas davantage pour es citer H m patience dp nos visiteurs. — Camarade s , De vous séparerpoint, restez sénés les uns contre les autres. J'ai lu l'histoire de ces messieurs, dévastateurs, décimeurs de ciu van es ; luttons en masse, ou il y aura des victimes parmi nous-
L'ordre de mardi er eu avant fut donné à haute voix par Jutes, qui voulait produira deux effets eu même temps.
Il avait admirablement calculé. A notre premier mouvement, le lion et la lionne se trouvèrent debout et menaçants- C'était un spectacle magnifique.
Le mile, encadré dans son épaisse crinière, ha Liait ses lianes de sa queue vigoureuse. Ses yeux étaient deux éclairs; les rapides soubresauts de sa poUrîne disaient sa soif de meurtre, ses ongles plongeaient dans le sol il sa langue, sans cesse en activité» halelanh-, rouge. Ibimboyanle et raboteuse, espéra il bientôt prendre un bain dans In sa ni'.
À ses eûtes, calme en apparence, la lionne nous inspirait plus de crainte encore. On remarqua il sur tous ses muscles amaigris un frémissement qui indiquait ta ragej il nous semblait que nous munis couverts de son haleine fétide, quoique nous fussions distants les uns des autres dé soixante a quatre-vingts pas au moins. Qu'est-ce qu'un pareil espace pour ces hardis promeneurs des solitudes, qui bondissent comme la panthère, et qui. semblables a la tondre, brisent In ni sur leur passage? — Ce que nous redoutions avant tout* celait m premier élan, le premier choc. La lotie une fuis engagée, omis comptions bien que le nombre finirait par lYmplirPer; car h halle fait de profondes l rouées, et la galle, jmiissée par un bras puissant, jwree mûme la peau du buffle; mais cette première ailaijne de deux champions si alertes et si bien déterminés nous lenaii en émoi, Je tremblais pour la courageuse fille, qui, ru avant «le son peloton el â demi courbée pour mieux voir, pour mieux se défendre, devait surtout fixer l'attention des deux jouteurs. Quant â moi, j ctals bim déterminé à quitter mon poste dés qu'une ombre de péril so manifesterait pour Jutes, et j'ai SU, après le m m bal, que leHr avait élu en ma tuteur la résolution de h nobli enfant.
Derrière nous, les noirs bourdonnaient toujours, dans l 'a 1 1 en le du massacre, et les Fusils du nos Lion unes m o (aillés a quelques brasses du rivage Les avaient seuls empêcliés de nager vers les canols. Comme nous, la lionne et le lion veulent en linir. Us avancent, mais point en iigne droite: ils zïgtaguent, ils louvoient, ils cherchent, pont 1 ainsi dire, â nous prendre en liane ; et nous, attentifs â tous leurs mouvempuls, nous nous trouvons toujours en face de leurs dents^ en face de leurs ongles. Mon bon ami. rien ne donne plus d'intelligence â l'homme de, cœur que Le danger. En présence du péril, le poltron s'abrutit; on put le frapper du talon, el il meurt dr crainte de mourir. L'homme a audace et d'énergie, au contraire, sent grandir toutes ses facultés i proportion de l'imminence île l'attaque- Jamais plan île bal ai Ile ne fut mieux combiné qui 1 eiliii préparé à la lui te et d'un coup d'ieïl par Jules et moi.
C'est que deux temporisenrs, deux Monieem ntli africains, noua él aient opposés; c'est que ces deux généraux avaient flancs robustes, prunelle ardente f fureur, et -j mi iv grilles mues par des nerfs élastiques et vigoureux.
— A Loi, Jacques! me dit Jules, qui vit se diriger sur moi loil fauve du lion.
— A loi. Jules 1 dis-je à mon lourj car j'avais vu la lionne prête a s'élancer sur lui.
— A nous deux, àragol
— A nous deux, liHe de la comtesse de M,