‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 3 sur 82 · PUJOL, CHEF DE MÏQMLETS · texte numérisé non relu

PUJOL, CHEF DE MÏQMLETS

scri»ii>s«'s il" ■ iv[nililii|i].- <ante. Dieu ou philAt i'en-

fer 11 *; i pas voulu qu'il » «» fût ainsi : l'enfer ou liicu a en tort. Si le* hommes se taillaient leur vie, il y aurait pea

de contrastes dans ce monde; mais la monotonie du I

heur tuerait toute émotion , et notre globe serait l'empire du sommeil. Le ciel !■!«?«■ n'est ri.mi que parce que Lçs nuages l'ont obscurci l-i veille, v.i W venos des océans n'a tant de majesté que parce qu'il succède â La lempéto.

m. p a ri t.

Avant il' vous présenter le terrible et hardi champion que je vous bi nommé; avant de vous montrer mon Pujol ■ "l rciuivi-r.il i mport c i pie |e vous dise le champ d e ba ta i 1 1 le ou il va Caire manœuvrer ses bandits, et les ennemis qu'il veut combattre. Lui, voyeï-votis , n allait pa* provoquer ceux-ci en rase campagne, face à face, » armes- renies, m leurcriani ■<< Metiex-vous en garde, car je suis là. *> Non, Pujol aurait été vaincu à cette lutte sans proportion*

S'il ne posséda îl pas le ^éniode la guerre, il avait du moins an plus liant degré l'instinct ôV enduis, et son a" me irrândi&sail aux périls. Ses ennemis étaient des soldats façonnés aux bivacs, habitués aux batailles rangée pressés au chue ilrs escadrons 'i soi éclats de la mitraille. Ses ennemi* . *-r\w iln moins ou'il s'étail volontairement donnes, avaient été a« tours intrépides des plus lieanx fuit s d'armes de tous les siècles , commandés par les plus vaillants gêné mu x du monde, sous les ordres du plus Illustre capitaineries temps anciens M moderne- h - rouerais de Pujol connaissaient les Pyramides, àrcole, Lodi; ils avaient franchi les Alpes, Ils avaient traversé le Rhin et le Danube, ils t'étaient l>jiitiissmis itniirs les /.om-s. ils avaient triomphé do toutes les puissances européennes. Pujol le savait u merveille; il comprit que, pour vaincre des hommes accoutumés ii regarder la mort sans sourciller, il lui fallait, .i lui. iitn- tactique nouvelle et des moyens nouveaux. IL le savait, el il s'était mis en mesure d'atteindre son but. L'hyène souvent trouve aussi le moyen de ]m ter avec avantage contre un ennemi plus fort qu'elle, la ruse vient au seci urs de la faiblesse pour soumettre la force; et Pujol était l'hyène el le renard a la fois : h première pour la cruauté, le second pour l'astuce.

Va puis, que possédait Pujol pour s'opposer â l'en vabissemeiii de la tlatalogne, qu'il avait choisie pour champ île bataille? Six cents bandits échappés ans prisons, arrachés à la poieneo et ne croyant qu â la puissance du poignard ou du iromblou. M était riche encore de deux mulets portant déni petites pièces de campninie. (Juand il se ha* Bardait â descendre dans la plaine, il fnisnii monfrr une quinzaine de seshandUs sur autani de chevaux volés dans ïes maisons et les grange - is riées el auxquels il donnai! le litre pompeux de c&vûurie oV Pujol.

Cela fnî t , ii |i- combat ou plutôt le carnage achevé • il flêni'Udatl ses cavaliers ; et les flibustiers, redevenus piétons, regagnaient «vit lui Les rochers sauvages, les forêts silencieuses , ou les sommets pyrénéens couronnés do n«-ige.

Comment s'était formée cette l-.nidc redoutable qui a fui si longtemps et tour à tour trembler la France et l'Espagne? te voici :

Pujol étail dr Bezala, jolie petite ville peu distante de Figueras. Fils aîné d'une mère pieuse ei vénérée, il se lei i

au premier cri d'indépendance de I Lalans ligués | r

repousser les armées françaises qui venaient de franchir le cid iln l> i ilms. Il si 1 lança d abord dans les mont n^nes avec une douzaine de jeunes gens braves comme lui, et b% comme essai, i guerre de chasseur* Ll lirait à l'homme,

ainsi qu'il le disait souvent, comme ou tire au chamois, el il aimait beaucoup que les loups de son pays ne manquassiiit point île nourriture, Ll avait un frère plus jeune que lui de deux années auquel il prêcha une brûlante croisade, ll lui montra U religion traquée par les iumr» tt? rûU, comme on nous a toujours appelés dans la Péninsule: il lui ut entrevoir dans le lointain la palme du martyre; il combattit enfin si puissamment les prières el hslavnu > j n.i mère, que le bon Hathias, faibli* et timide, calme et pieux, se laissa culminer h se livra pieds el poings liés i

sou frère, dont la fougue lui parut inspiration du ciel.

Hathîas quitta ses livres saints, dit adieu aux austérités du cloître, qui) avait si longtemps caressées dans ses mystiques méditations, et s'arma de la redoutable escopette.

Pujol avail reuneso'ur. doute ei suave jeune lïlle blonde h pâle dans un pays où ions Les visages sonj bruns

el chauds, ne comprenant qu'une chose au i le , le

bien c'est-à-dire un amour pur et saint pour l>ieu ei pour sa mère, chérissanl ses frères parce que son Ime de vierge lui disait qu'il bu! les chérir el implorer peureux

l:i tonte céleste. Quand Agathe levait les yeux an ciel,

gréce eu descendait à l'instant même. Mien n'aurait voulu lui rien ief user, cl la créature el le Créateur s'unissaient, le plus fort protégeant le plus faible il le plus faible bénis* sant le plus fort.

Hélas! les Larmes, le deuil, le désespoir, étaient encore incompris d'Agathe; maïs, quand on esi â peine ni rivé ■ seize ans, la vie prui se dérouler Initie et uroffi use el nous saurons dans le cours dis évéw monts que je vais

m livre à k tract' si, au dernier jour de la je Lille, nous

aurons â pleurer une coupable ou mie mariyi

Besalu renfermait dans son sein un bouquet de fraîches el nobles Catalanes qui, eu allant â la promenade mu i |Vglise, aJtiraieni ;i elles les regards avides des jeunes cavaliers don L l> urs hattaient de désirs el de jalousie,

Mais. Agatha i parmi ses compagnes, n 'excitait dans la ville que respect el adoration. Les regarda s'éloignaient do Mji fnmi, ou la noire mantille se dessinait comme une pudique auréole. Sa taille était souple comme un jeune palnûer, on devinait ses pieds plnlol qu'on ne les voyait; el quand par hasard do son ceil Ideu tombaient d'antenls éclairs plus rapides que la pensée, uin- teinte iv^e se posant sur ses joues semblail emprunter le coloris de ses lèvres pales et frémissantes.

Pauvre enfant! quelle sera ta destinée sur cette terre

d'Ëspa-ue où tant de passions vont se trouver eu lutte, où tant de sang va couler, ou laui de ni mes vont s^ commettre? tjue le ciel h- protège, ô sœur de Joseph PujoM o tille de ta mère de Pujol!

Ai/atlui p ri h il tOQB Les matins pour sa mère, qui, chaque jour, priait aussi le ciel pour sa fille bien-aimée et ses autres enfants. Kllc priait surtout pour Josephj l'aîné de tous : car lui, principalement, avait besoin de prières, car, dés son enfance, il s'était habitué â regarder toute n li-i^ii comme un mensonge, tout culte comme une hypocrisie, lottl prêtre comme un fourbe, Pujol ne s'était jamais agenouillé dans un temple en présence de Dieu; mais, lu m souvent, eu face iN *\ mère, l'athée courbait le fronl et s'inclinait timide el respectueux devant une douce menace. Les exhortations de la piété r baient dans l'âme de Pujol sans

l'émouvoir Les plus sages conseils mouvait i I s larmes s'échappaient sans désarmer ses mains; et cependant, je vous lai dit, Pujol aimait sa mère comme les

■ id ut Dieu, comme Dieu aime la justice. Si cite

smiffrail . Pujol était là. auprès desonliulc dmihur, ne coiithni i personne les soins qu'il se réservait â lui seul ; et, si quelqu'un eût *>*>'- l'outrager, Pujol aurait, sans remords, essayé le fer de son slylel >\w une poitrine,

Il y avait deux n itures dans Pujol, deus poissa no s i onemies se le disputaient tour à tour, le,brisuent ia le lor^ tur aient. Vaincu enfin par te L^énie du mal, il se laissa a tin â sa fatale destinée, comme !■- nageur habile *\iù a longtemps Inné roi in h s Ilots el que Le c 'anl el tatourbrl-

lon entrainent dans l'abîme.

— îîe réveillons p-i^ notre bonne ne-re, dit-il i Hathias la nuit de leurdénart ? elle pleurerait •*■!"- doule t elle sup* pliera il vaincmenU uous ne devons pas l'afiliger davantage,

Page 1