II-- naces terrifiantes de notre camarade et nous nous
laissions aller i uni' torpeur qui lenaii >li l 'idiotisme. Plusieurs fois même nous nous couchâmes les pieds dans le fleuve, mai* les caïmans nous respectèrent rommp mus réservaient d'autres angoisses, de mmud les tortures* ï)' horribles tira il le menti se 'tirent sentir» noire teint devint livide, notre peau terreuse, notre respiration saeeaièb\ à peine .1 vin ils -nous la force de nous traîner à quelques pris, no* membres tendus n'avaient plus d'ûlasticilé, te sang, presque immobile, se ligeait dans nos veines ; nous savions, pauvres infortunés, que L'agonie de l'affamé est lente, lente, huile» et que ses derniers raies, sont le délire, 1 1 rage, le désespoir ;
Sans (tenir échangé ni un regard, ni une pensée, nous nous jet Ames à gênons, nous inus noire dem h
Îrière au ciel*** et, quatre heures après, Jean* Jean, sir ohn Davis et i, nous recevions, sur le pont d'un navire, les secours de la pitié la plus touchante. Notre convalesrenre l'ut rapide; te mal s en va quand l'espoir nous vient au cœur.
ne du €n tules tristes 1
lHs 1 [lie je pus parler, je racontai au capita b friand, mouillé la" parmi bienfait ce les nentents gui nous avaient escortés depuis notre départ dn Bengale. Il ordonna à 1 instant mairie de courir quelques bordées jusqu'à fruit- flan ou ; et. comme nous n'aperçûmes li nulle trace du brick, nous dûmes penser ■ | lu- w.% farouches Insulaires l'avaient coulé bas iprès avoir massacré le reste de l'équipage.
Un auLo-da-fë nous fut permis; en quelques instants les flammes dévorèrent le sillage dont lus habitants l'étaient sauvés â noire approche; et, Tacte de justice accompli, nous prîmes le large en piquant a l'est pour ne pa* être
alT, ilès par les courants*
El maintenant que je vous ai fa il faire, à mes roirs. une marri ie i&sex rude, il me semble équitable, me* lions et chers petits amis, de vous laisser quelques jours de repos... Ce sera votre dimanche de la pension.
Rappelez- vous seule ni que 'Ions bientôt visiter
ensemble de nouveaux pays, étudier de nouveaux peupl lutter contre de nouveau! pérUs; anm-z-vmis donc de ooui rage. L'océan Pacîjaue s ses richesses ; l'Afrique centrale ses calamités; Le Niagara ses magnificences; le pale ses rigueurs.
Pré pai es- vous au conili it pour en snrlir victorieux; autant de fois on voit de peuples différents, autant de fois on est homme-, * Vous serez, hommes dans L'avenir, et je ne veux pas que vous disiez alors que celui quj vous parle aujouvd hnî ne tous a montré qu'un monde Fa ni astique»
Au revoir donc, mes amis; j'aime tant à causer ave. vous, que votre repos sera pour moi une fatigue ei une douleur.
noanso.
Ch! bon Dieu ' quelque active que soit la vie d'un homme, elle : occupe bien pjju d'espace dans le monde il il glisse Tort souvent à côte des enoses les plus curieuses sans les apercevoir.
J'avais étudié quelques parties de Jîornco, eetle île myslérkuse, vaste comme un continent, domina Iri ce, puissante, indomptée jusque rc jour, et je me senlais lout fier de mes souvenirs tjue je connais au papier, lorsque, du ton le plus amical, un jeune passager du Cumbertand vint s'asseoir a mes côtés sur la drome et se va nier de ses courses aventureuses il travers les océans.
— Je sais, me dit-il, que vous vous appelez Araso, que unis aimez la vie errante, et qm 1 vnusêtes à la pïste des événements qui dramatisent l'existence*
— Vous savez ce qui est, lui rénoudis-jaavee courtoisie, m 'est- il permis de vous demander votre nom ■
— Je m'appelle Georges tîeckler.
— Ah ! parbleu ! soyez le bienvenu, monsieur J'ai déjà lu quelques fragments de vos voyages, et ceux qui ont parcouru les contrées visitées par vous s'accordent a re-
onaitre dans vos rëcils la franchise cl La naïveté, ces deux tju a! iiés si précieuses dp l'explorateur.
— Ceux-là onl raiv.n. me répondit Georges Reckler en me serrant la main, la fiction n'est jamais aussi dramatique, aussi intéressante que la vérité. Tout est bénélice [mur le narrateur de bonne foi, et Le mensonge ne rapporte que lr mépris.
— A 'a bonne heure! je comprends cette philosophie dont je fais mon code.
Je lus à mon compagnon de voyage les ps me vous eon naissez; et, pour me remercier, U me ni h réni dune excursion à travers les solitudes imposantes (le Hornéo; il me permettait de le recueillir et de Le publier s'il étaii parvenu à m' intéresser.
(l'était une bonne fortune dont je n Vrais garde de ne point profiler, et je vais enrichir uiire mémoire de la piquante relation de Georges Itecklcr,
Son caractère probe et loyal ne permet p;i& le doute, son ivcit est vrai comme les chiures, et bien des explorateurs s'inclinent au nom seul de Georges Beckhr. qu'ils appellent le Miroir des ptti/s inconnus.
C'esl Georges qui parle- et. d'abord, quelques mots préliminaires :
De tout temps et dans chaque pays il y a eu des hommes audacieux, uitreprenanis, nul, sans ton déterminé, quelquefois dans un élan de folie, souvent aussi par un poissant motif d'utilité, se sont jetés eu aveugles dans les eni .reprisse les plus périlleuses.
Une mnniagne de dîftîcîle accès était gravie, par cela seul qu'elle enrayait bien des courages; un désert était franchi, parce une mil encore n'était revenu de la tenlafcfre. l'aime les nommes d'énergie et je crois a leurs récits, quelque fabuleux qu*ils semblent lout d'abord. Pour l'ordinaire, le menteur est celui qui voit lout, qui sait tour sans être sorti de son cabine! de repos, et qui veui vous apprendre eommeni tourbillonne une trombe, à vous qui
D'UjN poli; a [/autre.
avez navigué au milieu de ces phénomènes dévoraient de tant de navires.
M D'est guère permis maintenant au voyageur d'amuser l-irdes contes : U vérité se fiît jour d'un moment é l'autre, et, si vous mentez sur un point rouseti s suspect pour lûul le i vous avez -ri il un roman, votre nom meurt
avec Lui dans les rayons poudreux d'une bibliothèque inutil
Rnherl Ihmilinn a visita toutes les canHalesde l'Europe* pied t ne s'arrêta ni dans aucune s,ii-^nii p sons aucune averse, ne j incarne giboulée : son livre «si une
fatigue, to* genoux s'aiTaissent an récit du piéton insatiable, mais il voua apprend beaucoup et tous riplas.se ou bout de sa course*
Un couielier de Rochefort a escaladé le premier le Piiterboth, toupie de lave placée sur sa pointe, au sonnm ' d'une des plus hautes montagnes de t'Ue-de-France.
Rovira, Espagnol de Montevideo. esi fard sur an cheval arec de^ vivres pour six jours senlfrnrrir, el il s'esl enfoncé dans les pampas qui bordent à l'miesl Bueoos-Ayres, il a travei ;&y, gravi les Cordillères el esi ai
soin el sauf à San-Yago, au Chili.
Les deux frères Landers onl fait des prodiges d audace dans [es deui totî iu'îÎs oui entrepris pour arriver à Tombouctmr Caillé a vistlépcul-efrc cette mystérieuse ville de l'Afrique centrale.
Banks, je crois, a traversé l'Afrique in sud au nord. Rien n'a arrêta L'excursion des frères Ymreaux, hommes île savoir el d Intelligence, dont le plus jeune vient dn i | arîir pour s'en fou ht dans les solitudes de h Nouvelle-Hollande, d'oïl, sans doute, U apportera de grandes richesses botaniques el zoologiques.
Voyez Belzoni, Claperton, lïoniin, ttongo-Park, qui ] nètrent hrnùnirement dans le Sahara, mais qui n en retiennent point.
Voyez encore Sydney, qui part de Cil eut tri et se promène pendant quatre mus sut les cimes 1rs pins élevées rie L'Himalaya el atteint presque le Iïohi du Davalackéry*
Sons loua les rapporta, Bornéo méritait do piquer lu curiosité des hommes intrépides qui se dévouent auj explo* rations aventureuses; aussi n'ont- H s pas fait défaut. Le plus célèbre de lus est le major Mol 1er,
Nul n'est revenu nous apprendre les mystères auxquels ils s'étaient initiés, en sorte que nous en' sommes réduits à des notions superficielles sur le littoral des lies gigantesques dont l'intérieur recèle les riches si- s qui attirent le plus la cupidité de imites 1rs nations : les métaux incorruptibles et bs pierres précieuses.
Cependant, je pous ai dit autrefois les observations ni cisès laites par 31. le docteur de Galonné sur une peu pi ii limitrophe de lïettfcr-Jfaiit'fli; •urd'hui, je vais vous
mmunique? le récit d'un bu ni me sans instruction, mais plein d'intelligence, qui était Lo de la chambre que
l'occupai* â l'hôtel de Samanilg.
Hun voisin Geor d'origine; if vint dm s In
Rfalaîsie comme soldat hollandais et fut envoyé en garai* son ■ tas ; là îl entendit parler de h richesse des mines de Montradok, exploitées par une colonie chinoise, â une très-petite distance de Sambas; son imagination s'en* Ihmma; il se rappela ■ | n " i 1 ivail été quelque peu orfèvre il horloger dans sa Jeunesse..* Il quitta le service et s<
ndil rli'Z les Chinois, pensant qu'avec de l'industrie i y fera il fortune.
Cet homme ne connaissait pas ses botes.,, Les Chim is prospèrent chez toutes tes nattons; n bien an*
■ ■un clrntirrpi' de s'implanter ches eui. Au surplus, j« laisser parler mon voisin* je ne suis qui- son secrétaire.
Je reçus d abord n Montradok un accueil plein d'affabilité; les Chinois, croyant que je venais Sire des emplettes, me laissèrent visiter tous les magasins, tontes les
se
usines. La ville est régulièrement bfliic et divisée en fort beaux quartiers ou bazars par des i ues larges i : bien alibi elle occupe une étendue de plus ili- six milles car* dans une magnifique plaine i[iii «si arrosée par de nombreux ruisseaux el couverte par une végétation des plus vigoureuses; Les environs de la ville offrent des sites délicieux, et, de distance en distance, des foris ■ L ■'- 1 . ■ i • ! t indiquent que Ipr < Junois sont décidés â s'y maintenir par la force des armes
Hais, quand il fut bien connu que je venais pour tenter fortune, pour me faire mineur, on changea de manières à mon égard: les Chinois me dirent que leurs statuts & 1 fposajent au séjour d'aucun étranger parmi eux, qu'ils ne faisaient que tolérer les Malais s'occupa ni des travaux b-s [il u s grossiers, et qu'ils imposaient a leurs compati mêmes de rudes > obligations avant de leur donner droil de
bourgeoisie. On n'obtenait une aulori&ati l'exploiter les
mines qu'après un long séjour dans le payi rvoir
fnit le servie* 1 de soldat, après avoir vécu des modiqu profits d'un commerce secondaire; enBn r un ordre de quitter la fille sons les quarante-huit heures me fut signil avec toute ta courtoisie que savent, mettre les Chinois éliminer les concurrents.
— A la bonne heure ! a ce dernier Ira il je reconnais les Chinois, je reconnais en plein le ta leurs de GonfucJus;
mais j'avoue ne pas me rendre bien ipte de ce que vous
ave* ihf d'abord des fnri< ut de 1 appareil militaire
de ce peuple brocanteur.
— li vais vous expliquer cela : par goi I Chinois n'aiment point la guerre, maïs ils l'acceptent quand Hs en attendent nn grand prolit; là où il existe une civilisation, ils taissenl â d'autres le soin de défendre le pays: ainsi, dans les colonies hollandaises, ils oe | rennent [rimais part aux quereiles; mnis ici» quand ils ont vu que le sol même
il la source des n t 1 sont mis en devoir '^
|i- posséder <■! de le défendre. A tout instant ils sont assaillis par les indigènes qu'ils ont dépouillés; à ton! instant il pourrait prendre fantaisie aux Hollandais de venir leur chercher noise,, et, pour mieux s'assurer leur conquête, ils rejettent tout étranger et ne se recrutent que parmi leurs.
Les Chinois me repoussaient^. J'éinis contraint de me soumeitp ; cependant je formai la résolution do ne pas m'en retourner sitôt el d'explorer plus avant l'intérieur pays, où j V^ trouva quelques mines précieuses qui
me dédommageraient de toutes mes peim
Je me choisis une bonne pirogue, petite, mats forte en même temps, légère surtout, afin de pouvoir la manœuvrer facilement et la porter n bras au besoin si k « m is i rencontrer des sauts et des barrages trop otfllcîles â franchir.
Je pris île la pitance pour un mois : avec de lV^onomie. me disais-je, mes provisions meconduinuit mèmu au delà: je ferai |i ut être des rencontres, et |e ne ri ins
dont" | "i de mon entreprise, nui i enup sur, je ne mourrai pas nn-
Lu avant donc! Mes amis de que ira m purenl
me détourner de mon ■■ meraire piojel ; ils médirent adieu avec des larmes, et je me mis a pagayer pour remonl le fleuve,
l , , ,j,-, tout était • et silencieux sui la rivoj le bruit
.,1 ,|,. „ } le repos de celte majestueuse
solitude, éternel l ;| création; muis la nuit 'N
naii I un v un te et périlleuse autour de moi, le crocodile montrait son rostre verditre, et, (tans Ls fo ■ i supr laquelle j'amarrai ma | uc, des bruissemi nts et de ïiolenles aspirations m'annonçaient ta lyésence redi du
Inia. Les voix d'homn icune; - Le l'éléphant, au*
cuir, celui du singe, pas davai onstrictor des
oir i liasse tout étire vivant de ces mystérieux parages. (hiMit .i nmi, je ne dnvnuis jrnuais que Je pistolet an poing-
Les enfants ont peur quand il n'y b personne aup
OEUVBES LIE JACOUES ARAGO.
d'eux, moi je craignais de rencontrer quelqu'un; je le craignais et je le désirais d la fois, car je voulais voir et apprendre, et cependant j'errais seul du us ce monde si fort, si Imposant, si ténébreux, si calme* Je vous jure, monsieur, poursuivit l'explorateur, Epie* malgré moi, j'aurais plonge dans cet immense déserti tant il avait de grandeur el de sublimité*
J'avançais peu, el souvent avec difficulté, selon la leiileur nu la rapidité dû courant* Rien n'entravait ma course, lorsque te cinquième jour après mon départ, un bruit pareil a celui d'un galop de cteval attira mon attention
Je ne cessai pas de pagayer, mais je m'éloignai du rivage de quelque tirasses. Le bruit ne venant pins jusqu'à moi, je resoins d'aller jusqu'à lui, et, amarrant la pirogue au tronc d'un cocotier sans fruit, j'entrai dans le plus épais du bois.
(Juelle ne fut pus ma sut prise d'y voir bientôt, distinctement tracé, un pet il sentie] sinueux au fond duquel de monticules réguliers, entoures de galets, se trouvaicm pour ainsi dire échelonna.
« Voici des hommes! * m'ëcrmi-jc involontairement à haute voix,
Ma parole était a peine tombée, que je me trouvai au milieu de quatre gaillards armés de belles piques et les bras cerclés de riclies anneaux d*or; ils étaient grands, leur teint bronzé, leurs cheveux quelque peu crépus, ■ i leurs yeux brillants connue des comètes*
En me voyant là, seul, immobile le doigt sur ta détente démon pistolet, dont ils ne comprenaient pas L'usage, n. cri partit, suivi d'un grand éclat de rire, que je tradui ainsi : « fiieu, qu'il est Laid! »
Je vous demande, monsieur, si ces drôles ne m'insultaient pas, me dit gaiement Tau tour de cette odyssée en interrompant sa narration et eu caressant son' menton aplati
Il poursuivit :
l'es hommes qui se trouvaient si beaux et que je trouvais, moi, si épouvantables, me tirent .signe de les suivre, et comme je feignis de ne pas les comprendre, Ils articulé* rent que Loues syllabes gutturales, et me saisirent par tes bras en m entraînant au pas de course.
Au bout d'une demi-heure de cette mardi e rapide, protégée par un dôme admirable de verdure, j'aperçus une clairière, et bientôt je me trouvai à quelques pas d' un village compost; d'une centaine de cases bâties sur des pilotis de plus de six mètres de hauteur. Mes guides poussèrent un
nid cri, eu en un instant, je fus entoure par toute la population.
Les femmes et les filles suit oui me regardèrent avec une
i a santé curiosité : elles me tournaient, me retournaient, me touchaient, me tiraient par les clic veux, m'arrachaient mes vêtements et semblaient douter qu'il y eut en dessous un homme biUi comme leurs maris, comme leurs frères.
Me voici absolument nu; les sauvages me regardaient avec une surprise toujours croissante ; mais, comme je tenais à éprouver leur naturel, je me hasardai a leur faire comprendre que j'avais faim et soif.
L'un d'eux s'élance sur un cocotier et en descend un fruit : une jeune Tille grimpe par une échelle de corde dam sa case, et en revient avec un gros morceau de chair grillée ; c'était Un fragment de boa, On me servit avec nu empressement où il y avait plus de curiosité encore que de bienveillance; on voulait savoir, sans doute, si je mangeais et buvais comme un homme.
Or, je sais que les grimaces amusent et que mes confrères noirs, blancs, rouges ou cuivrés, se laissent volontiers divertir pur des gambades.
Jeu usai ici comme dans un pavs civilisé, Je déposai a terre le coco, qu'on avait ouvert d'un coup «le crUra, et le roli de boa, qui ma va il été servi sur une feuille de bananier; je Os d'abord le signe de la croix, puis je récitai un Pntcr. je tournai sur mes talons, je levai les bras je me frappai le frout, je mouillai mon index et lis une vingtaine de drôleries variées, dont j'aurais ri de bon coeur dans toute antre position, En lin je m'accroupis et je me mis a manger el à boire sans toucher au fruit et au serpent autrament quVm mes lèvres.
Les sauvages étaient dans la stupéfaction, ils me plaignaient de n'en savoir pas davantage, et l'un d'eux, — c'était une jeune tille , — me prenant a part et voulant me donner des leçons de propreté, cracha d'abord sur le reste du serpent, étendit su salive sur la peau du reptile pour enlever La poussière dont il était souillé, el mangea ensuite comme tout le monde.
Je me montrai soumis, j'imitai ma complaisante institutrice, et La bourgade entière retentit de cris de joie.
Cependant je craignais (jue, me trouvant trop curieux à
ir el i entendre, Les l.uliihmtsdeNafcilmlia ne voulussent me retenir» je ne me trouvais guère disp: vivre
i. Ma situation était difficile, et j'en comprenais tonn l' horreur, lorsque, avant La nuit» je via arriver une douzaine de mes nouveaux camarades portant ma pirogue sur leurs épaules, je crus qu ils voulaient décidément foire de moi un singe ou un paillasse, et je maudis ma témérité*
On se coucha : les femmes dans un appartement, les hommes dans un autre, et moi au milieu de ceux-ci* Vous comprenez que, malgré ma lassitude, je ne dormis guère, d'autant plus ijue, pendant que mes voisins lonflaienl , un énorme COnstriclOr entra dans notre chambre, la sillonna, se roula comme mie carotte de tabac brésilien et resta immobile; à son lever, un sauvage le réveilla, le serpent par lit, et je le vis se glisser dans une foret voisin- ,
Nous avons des chiens avec lesquels nous n'agissons pa? autrement.
— Ne me faites- vous pas des contes? dls-je à mon narrateur.
— Si vous douter, je ne continue plus; il est des choses on n'invente point, et d'ailleurs le fait que je vous cite
n'esi pas m cille, car, même en Europe, vous avez vu peut être des boas apprivoisés.
— Poursuivez! j'ai foi en vous.
— Je ne prêche plus, je raconte.
— Et moi, j'écoute*
Les environs de Nakihorui sont bien cultivés, il y a des plantai i: ii. s de riz, de tare, de cocotiers, des bananiers ci des melons d'eau en abondance, Je ne doute pas que Les nombreux ruisseaux qui baignent ces plantations ne courent sur des paillettes d'or venant des montagne*, voisines; car tous Les sauvages sans exception portent des bijoux grossièrement travaillés de ce précieux métal.
Après une semaine de séjour â Nakiholia. ir devins importun, et, a la suite d'une délibération offensante pour ma dignité physique, je ne plaisais plus, mais rassurant pour ma vie, il me fut nermis de repartir- Une fille de quinze à seize ans au plus parla beaucoup en ma faveur, mais elle ne fut point écoulée; ou un rendit nies vêtements, ma pirogue, un de mes pistolets, dune je n'av i
— dit l'usage, et qu'on regarda comme un ornement, puî je promis de revenir après avoir poussé plus loin mes recherches. Je reçus en cadeau un collier dur dont le poids seul faisait le prix, et, heureux de celle première visite, je redoublai de léte pour de nouvelles découvertes.
Deux bras de rivière s'offrirent â moi, je pris celui mit me parut le plus large et je pagayai avec force avant le lever du soleil- Un orage aulable accompagné d'éclairs et de tonnerre passa sur moi pendant tome ta journée, et je m'abritai sous un multipliant pour miter I atteinle des gréions volant avec la rapidité delà flèche.
Le soir je me remis en route; deux jours après j'entendis un grand bruit d'hommes el de quadrupèdes derrière un bois dans lequel je remarquai aussi plusieurs sentiers. Disons, en passant, que les monticules que j 'a vais obsen à tfakibona étaient les tombes des naturels de celle partie de lïïe +
Je délibérais sur ce que j'avais à résoudre, si j allais icite^raderou poursuivre m.i r-.'Ute, quand une ugaia siiili d nies oreilles, brisa mon épnulect ût pétiller l'eau autour de mon canot. m
Mêlais découvert, la retraite devenait ii ible; je
soins donc d'accoster bravement et de me livrer ù la discrétion de gens qui pour premier signal d'amitié lancent si vigoureusement leurs dards.
J étais arrêté cependant par une masse compacte de joncs immenses qui bordaient la rivière et qui rendaient tout
tè première afftjje n"j^ perdîmes ircînr lintmiict, [Page 36.)
I" ilic fort difficih?; derrière cette barrière épaisse, un nombre assez considérable Je naturels étudiait ma m o -livre, et quelques-uns d'entre eux, percl ir des troues de cocotiers, me montraient de ht tête et du doigt nu passage, sans faire entendre k moindre cri, sans prononcer une seule parole.
J'armai, iiiK femme jeune et belle me prit > ieusement par le bras, appuya fortement son front g ntre le lui -il, puis frappa trois fois de sa un in droite el de sa main gauche sur mes épaules, et ni" conduisit vers la
iiidc ville, i|ui borddl h rivière, »! dont les premières maisons poiotaienL non loin do i a \ travers lesarbn
La jeune iViuiui' fi moi ouvrions la m \\r\w, le ri ïuîvnit en bourd nul une sorte de cuanl fnnél |ui ne
nVannonçait ru'ii d'hdireilX. Bientôt BOttS ;n riv;i lin-. BU
milieu de h place publique, on étaient assemblés pins de
deux mi Ue borni Fun côté, et un nombre a pru pr
égal de femmes du côté opposé. Sur tous les individus, sans distinct] L*égc et -
je remarquai de volumineux ornements for; ils les portaient au mu, dans h chevelure, ceux-ci en bracelets, ceuxla 4-ii anneaux autour des jambes et des cuisses, Il y ivaii la des richesses immenses.
I m des chefs principaux, A en juger par le respect qu'on lui témoignait et par sa haute stature, vint A moi d'un pas rapide, me lit signe de m'asseoir, et m'adressa, lui debout, quelques brèves paroles dont je ne compris pas le si-us et au milieu desquelles se présentaient souvent les sjlïain- ; bahi s h(fh> :
Je savais qu'en malais ces deux syllabes veulent dire cochon, je crus deviner que l'on 1m 1 (fi-inanJ.iii îï je raan- ■ de col animal immonde. A tout hasard, je Ji un signe
d'horreur, ce qui tue valut un murmure général qut semblait d'un heureux nn^tjre.
La femme qui m'avait d'abord servi de guide s'approcha alors, me présent* une calebasse remplie aune pâle blanche, gluante, v trempa deux doijgts qu'elle porta â sa bondi e et a&pii 1 m me disant de 1 imiter* J obéis, cela me pa
ÛEUVBKS DE JACQUES AÏÏAIH).
rut aigre, mais je recommençai afin de persuader ,'i n
amphitryon que son régal me plaisait, et je reçus on récompense un second frottement de Iront plus vigoureux que le premier.
faite cérémonie achevée, on me conduîsil vers une sorte de guérite élevée sur pilotis, et Ton me L'indiqua pour ma demeure un m'invitant a en essayer l' escalade. Comme je ne pouvais pu venir a bout, un des sauvages s'élança* me chargea sur ses épaules et me jeta dans ma maison, ^anx éclats de rire do toute h foule. On me La mu là quatre lien, res, |>fj]iî;int lesquelles je vis des groupes se former , se dé? composer, et, dans I» upes, les femmes me parure] jouer le rôle le pins important. Je compris qu'il s n at»iss de moi, que Ton délib-'-mii si je serais conservé ou si je serais mis a mort, et je m'attendais â une catastrophe
Après un combat singulier entre di \ h <-. | glaives émoussés tombant &W violence sur Le dos | par des cuirasses incrustées d'or, je fus conduit au mîlii u 3e In grande place eâ le peuple était assemblé, el mis à ! i disposition d'une sorte de bourreau uni lit que) [ne flamboies autour de moi; il se dispo me trancher la tète, Lorsque la femme qui m'avait d'abord prot an ça rapide com une ttgresse, et, se dépouillant du superbe
collier d'or uu/elle portail nu cou, ic passa autour du mien. L'exécuteur suspendît sei apprêts, le peuple se t tira avec dr^ Lêomi^nages non équivoques d im rét, et je pus me regarder comme enf;ml chéri de I! i "liiizuk (c'est le nom de In ville ou ma curiosit.- vi-naii ili me, jeter i imprudemment),
une habita Lio^ commode me fut offerte, j'y vécus, non pas seul, mai* en compagnie de ma libératrice ■ ■ \ peu de jours elle m'ofïïii le nous éloigner il- our, qui
avait failli m'être si funeste ; j'acceptai de grand coeur su proposition, tfou& ramassa u uian) de bijoux que nous le
Irnes, nous les cachâmes sous un de? - tie mon « not 1; iiir le rivage, et la nuil suivante» a) tire
pourvus amplement ae vivres, nous nous dirigeâmes vers le fleuve, et je poursuivis ma roule.
Je ne saurais vous dira '*• ceurnge, la force, ^adresse ej le dévouement de nia compi
Les crocodiles s'acci odtaienl s m vent <"' noire bateau, suit pour nous itteindre, soit pour nou, in r. I. i bien! ma complue, qui s'appelait Tan lit toujours la* pour : pousser de sa hache ou de sa lance le redoutable araphime, EHe excellait dans l'art de gouverner une embarcation, et, à nous deux, noua remontions les courants arec une Incroyable vil esse.
Tous hs pays que noua côtoyi m habités, car sur
la rive nous voyions de helïes plantations de lare ei de ha? miniers, ainsi que de magnifiques bouquets de enenlicrs, partout une nature forte et i nie, narloui une végùtalion qui se baignait dans les (lois
Ici, c est-â-dire i pins de cent cinquante milles de son embouchure, le llcuvo avait encore plus d'une lieue de l;ng< nr. et ses eaux paraissaienl très-profondes. Il courait en* i n- deux roi Unes charmantes, premier échelon d'u ne chaîne imposante qui se perdait au Loin au-dessus îles nuages,
[le ii mps â Butre nous entendions des bruits de pas dans les forets: mais mi compagne me faisait com prend n i qu'il v aurait péril h A scendre, el elle me disait de courir ton* jours en anl que plus loin ma curiosité sérail plus
amplement satisfaite.
Nous remontâmes le Deuve sans être aperçus, et, après avoir vaincu nu courant d 'une grande vitesse, nous vîmes se dérouler devant nous, enclavé dans de hautes monta* gnes, un magnifique Inc baignant une ville immense, aux alentow laquel te étaient semées des maisons en I bâties sur pi lo! is et enfermées dans un grand enclos. Ce Ue était évidemment la source du fleuve une je venais de
furcunrir, cette ville, In capitale d'un grana royaume, fêlais pagayer, lorsque ma compagne me fit entendre mfil serait plus prudent de ne nous hasarder que la nuit dans le pnysqni s'ouvrail devant nous, -i obiis à cet acte de gesse', ei nous conduisîmes notre embarcation vers une peitte crique protégée par un triple réseau de bambous i û nous étions en suret* Je n'aurais pas hasardé un si lon^ voyage pour uTarrè-
ter en si bon chemin, je tenais à visiter la ville m | rieuse que je n'avais fai 1 qu'apercevoir, et le soleil n'était pris prés de se lever que j'entrais dans le la
us me cacher désormais, bien résolu au contraire â tout l.ravcrau proQl de mes recherches, je piquai droit vers la plage, où se dressaient les plus imposants b;îfimcnls. Nous étions encore â un mille quand noi se
de t sclier de la cote une vingtaine de pirogues élisantes gouvernées une par huit ou dix hommes, Elles noua abordèrent, ci quarante ou cinquante voii éclatantes minterrogé mu sans qu'il m m s fui permis de répondre, car nous ne concevions rien aux questions qui nous ètaieui
Cependant nn nous fit signe de la main ('avancer, nous obéîmes a ce çeste impératif, et, une pirogue se plaçant devant nous à trésqjeu de distance, n < ! !> naviguâmes dans
- eaux oi atteignîmes bientôt la plage; plus de w mille personnes nous attendaient, une foulé immense accourait de tous col r< pour jouir de noire vue, îScn déplaise à ma compagne, jetais presoue seul l'objet de la curiosité, Dés Ce moment il nu si mbla que j'ël lis destiné, dan-, le pays, â être montré comme un phénomène, mais presque convaincu i ne i i aucun mal, à en juger par le
soin une Tnii nu'itait â ne pas me gêner dans ma marche. te lac an bord duquel la ville était liMïe pouvait avoir six lieues de diamètre. Il se trouvait enclevé naris une bar-
rtére de hantes njonia^nes ,Tilmir:ililnurni Imisês; et, i •( iii if limais a savoir s il était la snurce du COUT d'e u que j'avais ; parcouru» ûlt si lui-mémt n'était qu'un vaste réservoir d'une autre pîvîére, .ji i témoignai le désir d'en faire le tour. Le chef me comprit et mil à m silion plusieurs: embarcations solides, à peu pi es dans le
me des jnn pi inoiàes. mais plus petites, «t, munis de vivres, nous commençâmes notre exploration.
Dans le bon vouloir des naturels, il y avait th h vanité sans doute, cir les alentours de cette i mm en s r uapped'eau sont migniûques de culture. Ci et té se mirent dans les
,x ili ■■■ ^ons en bois i^tîes sur pilotis au milieu des plus belles louffcs de palmist.^ et, || lous coléa, de frais ruisseaux, descendant des montagnes, rlonm l In vie et la fore ii t ce pays privilégl
L'expïoralfon dura plusieurs jours |0|f (rès-souvenl nous faisions halle, et non- m naviguions guère que le matin de bonne heure et le soir, a omise de fa chaleur écrasante du jour. jiKreiiHïi- a la cnpilale, je témoignai mon admiration auchef, pour lis soins qu'il depnail ri licutturedes terres, et je lui demandai la permission de gravir une f\v< cimes qui dpminaienl . afin d'aller étudier nméneur de son royaume, ou j'espérais eu tin découvrir qucdqu^ mine d'or
, de métal précieux ; il s'y i obstinément, en mefaîtvpreudre qu'il m'en coûterai! la vie si j'enfreignais Ules prières devenant inutiles, je me décidai au retour, es, dès qu'on eut consenti â me laisser partir, on exigea de moi li serment solennel que si je parlais de la ville que je venais de visiter, je ne lirais rien, dn moins, de sa position el de son importance; il me paraissait bien difiîHr «lr bîur obéir, mais je tenais à ne pas j mes
jours au milieu de ce peuple, qui n est peut-être que le premier échelon d'un peuple plus avancé* et je jurai tout ce que l'on voulut.
Le lendemain, deux grandes pirogues me reconduisirent jusqu'au chenal, première rigole du fleuve; et, abandonné la, je me livrai au courant avec tua compagne J« v vou ce ; non s pa ssflroes a a n s nous a r ré 1er d e va nt Burohu z ■ ■ k . et, parvenu au ronUuenl que je vous ai signalé â petite distance de Nakihoha, je me décidai à Leuter de nouvelles explorations dans lebra- de rivière que j'avais négligé d'abord. C'était un bizarre spectacle: tantoi son lit était la rj et majeslueux comme un fleuve, tanioi rapide et rèlni i comme un torrent ; il bruissait ici sur dis rôles â pic, dont les cimes se montraient couronnées d' végétation magnifique, el au milieu ^c laquelle d s myriades d oiseaux, parés de^ plus belles couleurs, étatajenl leurs formes coqiietles. [leiiurminde cris, de rauquements, pas un seul chant harmonieux : l*œ'il se repose toujours sur une nature diaprée qui semble avoir épuisé la puissance du Créaienr*
Lr troisième jour de noire entrée dans la nouvelle ri-
D'ON POLE A L'ÀUTlt
viére, nous naviguâmes dus on bassin d'une grande éten" dur. mi je résolus d'amarrer l'embarcation i t il. tenter quelques courses intérieures,,. Vains efforts, ma eompaçno et moi. nous nous trouvions arrêtés par des lignes immenses qui se croisaient, se mêlaient, se confondaient, pareil h s au constrïctor louant avec su compagne; le >ol était jonclir de l 'fa riches abattues par les nus et les tempêtes; ça et la ' dea r i HT3CS séculaires, à demi couchés sur le sol, attestaient Le passage delà foudre; et, après des tentatives qui ne
s lient point l'énergie de ma i>mme sauvage, et qui m'avaient tout au plus éloigné d'un quart de lieue de la rive, je me vis contraint do renom it à mon projet.
Cependant j'étais menacé dans nus vivres, <■( il devenait impossible que cette Bornéo mystérieuse ne fut un désert sur tonte cette route que nous suivions. Des lors je résolus mon retour, je le fis comprendre à ma compagne* je lu] demandai snn avis, el!e s'accroupît, m'im]tôsa silence el plaça son oreille sur le sol. Puis, se relevant! elle me dit qu'il fallait continuer notre course, car elle entendait loin, hïeiï loin de nous, un grand huit digne de fixer mou attention et ma curiosité*
Noua pagayâmes avec une ardeur sans égal', et, une lieurc- . le bruit entend» par ma compagne arriva jusqu'à moi. ("étail comme le roulement du tonnerre que le r m'apportai t» bruyant, monotone. Je crus â L.i colère d'un volcan ou a la voit d'une cataracte, el mon courage : accrut, car je voulais avoir des choses curieuses â raconter, il je ne rapportais 'les trésors immenses.
Quelque désir que j'eusse d'arriver plus tôt, je suivais toutes les sinuosités de la coie. car, au milieu du chenal, le courant était trop impétueux pour me permettre cl'tvan; cer.Je remarquai avec plaisir l'absence des crocodiles, qui nous avaient si Longtemps tenus, en haleine.
Le bruit redoublait, et bientôt il devint menaçant, l*eau était agitée, fiévreuse, le courant plus rapide, el nous avions bien de la peine A le vaincre- La nuit venue, nous fîmes halte dans une crique profonde ou le remous se faisait violemment sentir, el nous résolûmes, pour ne rien
il er au hasard, de poursuivre te bruit à pied le long du
rivage : c'éfnit lémérairCt j'en conviens; mais notre salut dé pendait du canot qui nous vojlurait, et il eût été trop imprudent de l'exposer aux cap taesdes n^s.
Je ne saurais vous dire le specinHc imposant qui 9$ déni u II le lendemain devant moi : la plus belle cal ara rie du m ride tombant comme une ruer dans un gouffre rocheux, et jeta m au loin avec sa vois sonore des t r 1 1 1 ! i • rs d'arcsen*ciel el un océan de llois d'écume. Bile Lorabail il une hauteur verticale de plus de cinquante toises, ci se détachait d'une montagne, noire et lisse qui I nous fui impossible de gravir ; devant nous une barrière infranchissable d'eau et de granil ; de tous côtés un*; barrière infranchïssab e de foi ternelles i mme la création; je devais rétrogrades eteomm Tama compril le chagrin que j'en éprouvais, elle s élança sur la roche grise, qu'elle essaya de
descendre, elle revînt a moi,
de
gravir; je mi ordonnai ae brisée par la fatigue, al 1rs mai us et les Râpes déchirés, -le l.i remerciai de sul dévo snl, et, apr* ur passé unir sur une couche moe leuse de U-iilles «le bananier, nous rejoignîmes notre embarcation.
Le retour était trop facile sa us doute pour mon ambition peu satisfait; aussi, (îs-je entendre à Tama que je ton is a" étudier les abords du fleuve,
Nous raie mimes donc noire ardeur, en nous abandonnant un peu au courant qui nous entraînait.
Heu. la m t in première journée, nulle trace humaine ne se montra sur les e r ain, ni sur la plage i c'était le i aime du désert, mais aussi le silence du chaos; partout des troncs gigantesques portant au haut des airs leur chevelure épaisse et toujours verte ; partout une \ Relation énergique pesant sur le toL
Cependant, le courant devenant plus rapide* nous eûmes à courir quelques dangers en passant au milieu de ro' pîsA 1res dominant les eaux, et nu nous nous serions iufailliblcnieni brisés si la nuit nous eût surpris dans ws parages; mais ma compagne, ji vous l'ai déjà dît, manœuvrait la pirogue aver un* incroyaliiK f-idlité; nous fran-
chîmes des case.i telles de bout en bout sans la inoindre avarie.
Selon les probabilités, nous devions rencontrer quelque trace d'habitation, il me semblait difficile de supposer que les naturels de Bornéo se fussent établis sur un seul \r:.\du Heine- mes prévisions ne me trompaient pas; un bruit m. irrègttlier, arriva jus pi'a nous; Tama me dit : — i> sunt îles hommes; et* nienlot après, c'est une ville; sa parole étail saccadée, sa poitrine haletante ses yeux garas, et ses bras, perdant Leur énergie, cessèrent de pagayer. Je lui demandai si i ivion&qtielq tecb >sed craindre du peuple qui était devant nous.,. Elb' me fil entendre que ce peu pie et ait anthropophage. Je n'av.iisnen à gagner a une visite â lïouiika, el je tué. laissai entraîner par le courant, à In grande joie de ma pa^ne dévnuée
La journée ijui suivît fut écrasante par sa température, nous avions certainement 33*lléaumHia l'ombr^et quand le soleil se dégageait des ftuages qui le roilaienl par In
valles, s naviguions "1 ws une véritable fournaise; aussi,
pour éviter d'être écrasés par ses rayons, nous côtoyions
sans ces g te rivage, abrités p • toujours parle grands
■■trnix dont |e^ pieds séeulairrs >■■ uiirui dans le
flenv€
Nos vivres diminuaient toujours, et quelque sobres une nous fussions dans nos repas, je compris que la faim nous saisirait .\i i j . ? n s ne trouvions île nouvelles ressources, le me décidai donc à aborder aux premières traces d'habitation: je lis comprendre à ma compagne qu'il valail mieux courir les dangers d'une rencontre, que de s'exposer aux angoisses i\'\ nu l'iim dèsorante; elle me répondit qu'elle s'armerait volontiers du crish et de la lance, uu'elle ■ ombat trait valeureusement à mon côté, et qu'à l'aide du pi-to-
lei dont je lui avais montré L'usage s pourrions sortit
vainqueurs de ta lutte.
La figure de Tama prit un caractère dr fiçrl i >utâ fait remarquable; ses yeux étîncelaienl et elfe semblait défier le péril,
Li nuit étail venue et les rochers de la côte se muliipliai m i an large dans la rivière; la plus grande pruilm nous éintl prescrite. Ta rua, infatigable comme rnmitié, semblait n'avoir pas besoin de sommeil, ci je ne ssun i
tus dire nssex roui bien il y avait d'abnégation et de d ■ vouement dans le r 07u r île efite jeune femme volontairement exilée de son pays*
ïïous amarrâmes la pirogue â un vigoureux coootieret i- descend < 1 1.-. I ama bondit,
— Des hommes! me dit-elle, des hommes'
Nous saîsfmes nos armes, et, cheminanl avec prudem nous avançâmes dans U* hrùs : l\ pluie tombait par largi gouttes, h k tonnerre grondait â llsoriton et !'■ xigxa^ des jetait dans 'la forer des formes fantnsliqi
capables d'é] vanter des explorateurs moins décidés que
Bientôt d'énormes gréions nous assaillirent, et L'orage qui marchait dans notre: direction pesait de Uni! sou sur la terre envahie. Sans le puissant dôme de verdure qui nous abritait» nous aurions à coup sur été brisés par les rapides projectiles lancés du haul "les airs; mais les troncs protecteurs de l'énorme multipliant devinrent pur nous un asile assuré, el nous laissâmes passer la tempe te.
— Des hommes ' des hommes! s'écria encore Tama, en touraan I sor les talonset eu flairant de tons cotés, Point de vivres] allons aux hommes, dit«e1le.
Non- limes une centaine de pas^encorc â peu prés, dans
la direcii le la cote, et un sentier frayé - ouvrit devant
nous : nous le longeâmes en faisant crîer le moins pos-
ile Les feuilles oju; jonchaient la forêt... Toula coup :
— .M.iison ! s'écria Tama*
Ue n'était point une maison, c'était un ïeruple, un lieu d" ;!■■ iiiinaliim, veux-je dire; l'édifice pouvait avoir qwa* ranie pieds rirrés, il était bîti en ar^les de cocotier, fortement liées entre elles et renforcées par des lianes ; le
•lu in pente était recouvert de feuilles de bananiers sur
lesquelles, pour les, assujettir; on avait placé d'énormes galet-: .i rha-uu f^-o était une porte de quatre pteds de hauteur, ouverte : la curiosité nous y poussa instantanément,.. Le spectacle élait horrible.
OEUVRES DE JACQUES ÀHÀUO
Au milieu du temple, une grande idole en bois peinte en rouge, avec une têtu monstrueux, la gueule ou ver h- <-t la langue tirée; on lava il assise sur un pieu, ses pieds <t. m oui crochus et ses h ras étendus ; ses épaules portaient huit où dix régimes de bananes fraîchement cueillies; dans si bouche un avail jelc nue quantité de jaro-rosa, eu aul mu* d'elle, placés avec ordre et par tas réguliers, étaient des cocos, des goyaves et quelques racines auxquelles nous il- touchâmes point; plus de deux cents têtes, ormes encore de leur chevelure, étaient accrochées aux parois de l'édifice, presque toutes sèches et noires comme du vieux l« ruche m in, mais quelques-unes, sa n pi "mol entes encore, attestant de récents sacrifices; d'énormes calebasses se * oyaient encore aux quatre coins, posées sur une haute
rade ; dans ces calebasses une liqueur w>ïre el fétide, du >:in^- à coup sur; et, plongé* a demi dans ces vases consacrés, reposaient des crïshs flamboyants et des lances de fer aux mandées damasquinés; autour de ridule le sol était parfaitement la hou ré, et, tout â fait aux pieds f une énorme pierre carrément taillée indiquait suffisamment I" autel sa* criïége*
Tandis que j'observais ce lieu de meurtre el de sang, Taina veillait ri h u.>rte.
— Vite, vite, me dit elle; toi bananes, cocos; allons!
— Tu n'es pas eïf rayée?
— Moi connais ça,
— Tui venue ici?
— M ni jamais venue ici ; mais dans pays à moi temple inme ça.
Ji m parai de tous les vivres que nous pouvions em- ] uitcr, ainsi que d'un crish et d'une lance magnifique, el, pour cette fois du moins, les dieux de cette race cannibale servirent a nourrir et â proléger les hommes. Nous jjuiis égarâmes dans nuire route, et» après une heure de marche, nous nous trouvâmes aux abords d'une grande ville dont les maisons étaient élevées sur pilotis; épouvantés, nous n-bfoii»ïiin a rlu.'jiiiii. Ta ma, inallcnlivc jusqu'à ce mo«
ut. pivota de nouveau sur ses talons, flaira comme elle
l'avait déjà fait, el m'indiqua mou chemin. Ma compagne ne s'était pas trompée, nous abouti m es juste au cocotier ou nous avions amarre la pirogue. Pïan^ aidàim -s le Ilot, ii, quelque temps après, nous étions déjà loin de la ville, dont j'ignore Le nom.
Le lendemain fut pour moi un jour de tristesse et de demi. Taina» que sa tendresse et son dévouement m'avaient rendue si chère, Laissa tomber la papaye et s'assît immobile sur le banc qui faisait face au mini. Je lui serrai la main avec affection*
— Qu'asin, Tama?
— Moi souffrir*
— Il où ?
— De partout*
— Est-ce la fatigue? réponds*moi*
— Pas la fatigue.
— Qu'as- lu doue?
— Grandes douleurs.
— Accostons, Ta m a, Lu auras plus de rai me â terre.
— Allons toujours. Sur terre, ni sur fleuve, point calme à moi; imù mourir.
Je m'assis ri coté de mu compagne; j'appuyai sa tête sur mon épaule; je lui donnai les témoignages du plus louchaut intérêt, je lui jurai une reconnaissance éternelle; sa dernière heure étail rei
Le corps de Ta ma s'affaissa lentement, sa poitrine devint liai dan te, ses lèvres tremblèrent, ses yeux se fermèrent â moitié, son pouls battit avec une violence extrême,
— Adieu! me dit-elle d h une voix â peine entendue; adieu! Ce soir lu verras blancs» les frères; loi oublier bina, qui appartient aux crocodiles du fleuve,
T. mi était brûlante : je pris un coco, je L'ouvris, et, au moment où j'allais en (aire aspirer quelques gouttes a la pauvre Ta ma, elle s'élança par nue violente convulsion et disparût dans les eaux. Je Luttai avec ardeur contre le courant, étudiant les remous du fleuve, Le suivant dans tous ses caprices ; peine inutile, Tama ne reparut plus!
Le bruissement des vagues roulant sur Le rivage m'apprit que ma course était achevée* Il ! au prix de ma
curiosité ^ilisfaile, je ne voudrais point dit s drdece voyage empoisonné par la perte d une femme aussi court*
use el aussi dévouée*
Mou nouveau séjour à [.lonlradok ne fui pas long : je m'empressai de gagner le porl de Sounghi-Baïas , et je m'embarquai pour §amarang, où je suis n filé depuis! bien décidé â passe.- désormais dans l'obscurité une vie que mon travail suffli pour rendre tn s-beureuse*
Le récit de Georges, quelque intéressant qu'il me parut, froissa mon amumquoprede vo tr. J'avais, moi aussi, rtudiê plusieurs parties de Bornéo; mais Georges s'était plus aventuré que moi, el je lui gnrdais rancune des périls qu'il avait courus seul.,* Il s'en aperçut et m'en demanda In cause, comme s'il ne la conn iissiii pas.
— Vous êtes un fou, me dil-ît en me tendant la main; j'ai achevé ma course, vous commencez â peine la véli Dieu sait ce qui vous est réservé dans l'avenir. N'essayes
pas plus que vous ne pouvez; lis forces humaines
leurs limites; soyea brave mais non téméraire, Le cabanon ne va bien à personne, et l'intelligence qui vit dans la Liai ne des barreaux doit vivre aussi dans le dégoûtées folies* Croyei-moï, monsieur Àrago, arrêtez- vous â temps, et tachez de savoir ou vous allez avant de vous mettre en roule.
— Votre philosophie , lui répondis-je , n'est pas la mienne. Si je purs pour Calcutta, jaiuu - z qu'un oura*
l. ■ |iiuis-e ;'i 31- 'l.i...iscar; ef. puisqu'il m'a été permis
i Je vous rencontrer sur le Cumbcrlanâ, vous voyez que l'inattendu a ses bénéfices; aussi, mon cher monsieur, je ne vous dis pas adieu, mais au revoir, en Chine, au Japon, .m Pérou, au Chili, au cap de Bonne- Espérance., peu iml< île, pourvu que nous nous retrouvions et que nous puissions nous filin 1 encore des conlidences amicale-.
Je crains bien de ne retrouver mou ami Georges que dans l'autre monde.
LA VAGUE ET LE DBA Ml
Nous courûmes â l'est, avec la mousson et la brise, heureux d'abord d'avoir êci au plus grand danger qu'ex* plorateur puisse jamais braver, niais le cœur brisé ui sou-
nir de nos infortunés compagnons. Nous avions sous noire quille une mer riche, sur notre leïe un de! tout pailleté la nuit, tout resplendissant le jour; et dev.ml r
I autour de m .lissaient, comme des fiancées parées de leurs plus beaux atours, ces îles diaprées de la Hfalaiste. o<i grogne le tapir, où bondit la panthère uoire, où trône le udrill, ousenn.ulc le boa, OU l'indigène menace .frappe
et lue.
Le spectacle est magnifique, Le deuil de L'âme & efface devant celle opulence majestueuse dont le Créateur a doté i, Ue vaste partie de L'océan Indien: mais nous illions au hasard, car le capitaine qui nous avait accueillis avec
tant de générosité semblait indécis lui-même sur I nie
qu'il avait -î suivre, et, tandis que je me plaisais dans cette incertitude nu tout ce qui nous arrive peu! être n r comme imprévu, mon brave matelot rongeait son frein de L'impossibilité où il se trouvait de ne pouvoir louer ou contrôler les manœuvres du capitaine*
— Voulez -v. us que j vous explique ma pensée? me dit- Il, en il"- pn » ni familiéremenl pai le bras; | de l'avant comme un étourneau, et je ne serab nullement surpris que nous tombassions encore dans la vilaine gueule «le vilains anthropophages, qui non® raâcheraienl
lie leurs vilaines dents avec leurs vilains ^ in s. Ton
cos vilaines cii -ses ne sont pais belles, monsieur Àrago> el je gagerais vingt et demi contre un et deui tiers que nous
D'UÏY POLE A L'A UT M K.
allons de nouveau ■"fre croqués par un nid de cannibales plus à jeun les uns que les mitres»
— Biais, mon brave, nous n'avons pas été croqués du tour.
— Si, monsieur, si. et je crois sentir encore dans mes chairs los crocs de ces requins ri deui pieds qui oui déchiré i. ni d'honnêtes garçons... Ça finira mat, je vous le répète*
— El mr»i, je croîs que nous touchons au terme de nos rudes prouves;.
— Pourquoi le croyez-von
— Pourquoi emis-fu le contra ii
— Parce que . .
— Ta raison est le mienne, nous voici d accord sur ce point,.. M.iU tais-toi, S' 1 commandant ordonne de changer de roule et nous courons plus au nord.
— Qu'il aille se promener où il voudra, répliqua Jean- Jean, je m Vu lave les mains; mais je le rends responsable de nos desastres i venir* Nous verrons ce qu'il dira quand il se n»ïra su 1' un lit de charbons ardents.
— Tu ne pensas qu'à* ça-.
— C'est que ta brute.
Les filas violentes hourra squ es succédèrent bien lit aux vents favorables sous lesquels nous avions navigué depuis noire départ de Poulou -Son i>h -Maudite, et j'avoue que, pour b vingtième fois au moins, je me vis contraint de donner raison â Jean-Jean.
l/inccrtilude. je Tni déjà dit, conduit toujours rt l'imprévu; mais il faut une limite ê la course et â la pensée, ou le corps et la têlr s affaissent sous le travail,
linmme mon matelot, j'aurais voulu connaître inur.destination .j'avais à <d égard vainement interrogé quelques hommes de L'équipage du Cumbertond ; pas un ne mil me répondre, et je medècidni ri m adresser au capitaine lui-même»
— Je voyage pour voyager, me répond il- il. je cours le inonde, non pour 1 étudier, mais pour vivre. Le savant, doué dans sou fauteuil s'use vite; le laboureur à sa charme esi le pendule d'une horloge : régularité, c'est enntih l'ennui mène i h tombe, et je m 1 \i\w plu^ m ennuyer, Voici la troisième fois que je visite le monde et que je sillonne l'Océan; partant, je mourrai en mer comme j'ai reçu, sans avoir rien appris, car je neveux rien oublier. }h fortune -si immense : ne fais-je pas mieux de la dépenser ainsi qu'au profit des vins Je notre ^Hlte Europe'.' Dîtes,, N' 1 levé; pas les épaules nveç dédain, vous le re-
Lieriex plus tard. Voilà quarante matelots que je paye dix fois plus cher que ne le fait le roi d'Angleterre; en arrivant chei eux, ils apportent un petit bïerwïire à leur famille,* leur vieille mère, et ils me bénissent... C'est
vivre aussi que de savoir qu' ne-re étend sur vous
mains amaigries,
Les demi' rea paroles lu capitaine cbangérenl mon opini ii sur son compte, Dés que le cœur est de la partie, je
donne ans errements; et, t n plaignant l'étrange
manie d'un homme qui acceptait les colères océaniques pi ur éviter h - folies humaines, je ne pus m 'e m pécher ri e l'aimer, puisqu'il se réjouissait si fort du honneur qu'il donnail à d'autn
— Suve* tranquille, me dïL-il en me serrant la main, il -fre première relâche nesl pas éloignée, les îles Sandwich ne i.irderont pas à se montrera l'horizon, et de là si vous voules retourner dans voln si'ilta Kunu>\ les occa<L> n* ne tmis man ml pas.
Les vents contraires nous poursuivirent avec une incroyable ténacité; loi- s de leur obéir, nous nous vîmes cûnii-.iinis de courir au sud et de chercher une relâche dams 1rs Mariaunes, dont je ne vous dir i que m«| pies mots, pour vous parler avec plus de dérails des Caroliues.
iinii uses a voir, si consolantes à étudier.
Je vais bien vous et n eu vous disant qu'un repas de
ce peuple si bon, si aimant, si heureux, malgré la lèpre qui le visite, est i prière et une danse.
Quand un ciel généreux, une terre féconde parmi les plus leçon les, un soleil vertical, des eaux limpides, poussent germent el protègent la population! celle-ci, pour shni nmnier, se fait belle el riante, el le mot arrive sans un regret à rame, s;ms une larme va cceur des amis, car on
croit ici, comme aux Caroline* ., que Dieu ne nous a mis sur celle terre que pour être heureux plus tard dn.us l'éternité de snn amour.
La principale île de ce curieux archipel, échelonné réffulieremenl du nord au sud, se nomme Guham; sa ville, mi bien tenue, a un pain i s isseï semblable a une de nos maisons bourgeoises, un hôpital, nu gouverneur honni!lJ l'omme, un prêtre atupide, joueur et fripon, huit mi neufeents habitants, et deux cent ci nouante maisons au plus, h-ilies sur pilotis,
La m ii -■ n se compose, pour l'ordinaire, de deux pièces. Pans la première dorment el vivent les jeunes gens, Les jeunes filles; dans l'autre, les pères el les mères*
Ici l'on prie et l'on aime; c tsi réetto fidèle de ce une Ton fait â côté*
Le toit de la maison esi re couvert de feuilles de cocotier si serrées, que les pluies les pins rapides des îones tropicales ne peuvent les pénétrer.
Le lou £ des murs, [ails en bambous et cousus à laide de petites cordes de bananier, sont placés les ustensiles de la hmille : des escabeaux grossiers, des nallos fines, des vases de coco, des cruches en lerre; pendus au-dessus, des rosaires et des scapulaires, tous bénits par notre saiut-pere le pape, tirent aux naturels de lilc que leur religion n'est i lus la religion chamorre, et qu'ils non! plus dans le présent et dans L'avenir qu'un seul Dieu eu trois persome
Ici, la civilisation et la sauvagerie se disputent pied a pied !e terrain; l'a venir nous diia qui aura le dessus, d>uos ridicules ou des mœurs patriarcales des ites des Larron s .
Dans un coin de la première pièce est un foyer h composé d'une immense ardoise polie, hout celle ardoise, on fait le feu, sur elle se déposent les fruits, les poissons, le- oiseaux lues â la chasse, les poules plumées, la pftte de sicos préparée dans de grands vases de bots, C'est tout.
Accroupie sur des nattes soyeuses, la famille dîne i omme les Caroltns, dont je vous dirai la vie parfumée; c'est la même bonhomie, la même propreté, la même délicatesse, c T esi un peu plus coquet, plus engageant peut-être.
Hommes, femmes et en fa m s p rient esp.i^ui'l aux Ma rianues, et la conversation est le mets !c plus appétissant de tonte table bien ou mal servie, table parisienne ou table chamorre.
Dîner sans faire de prière, an\ M ariennes, serait un crime; avoir dîné sans rendre des actions de grâce â Dieu, serait sV\p->ser au* pi -i nés de l'enfer.
Se lever el se coucher sans recevoir â genoux la bénédîeiion de son père et île sa mère, ce serait êlre maudit.
Et, au milieu iW> tout nela, les mreurs antiques; quelles meeurs, o mes amis!
Jetons un voile sur ce triste tableau.
Mais, pendant que vous dînes, en face de la porte toujours ouverte t que se passe-l-ïl '.'
Des en Tant s jouent devant vous un drame charmant el égrillard, si vous voulez, chaud, passionné, et dont vous ne pouvez détourner les yeuï,
A lerre est un chapeau. Autour de ce chapeau est tracée, A l'aide d'un bâion, une circonférence de cercle, Dans ce cercle tourne une petite Chamorre, imitant les airs d'une vierge voulant fuir rapproche d'un sédueieoi'.
Ce séducteur est un bambin de cinq ou six ans* qui danse, piétine fébrilement, comme s'il se seiilaïl un cœur, comme s'il comprimait un dê-ii ; ses yeux llamboient, son teint se colore, la sueur l'inonde, il lance des regards passif es, il prie, il pleure, il supplie, il se jette à genoux,
il se prosterne ei la coquette mit toujours, et sort d'un cercle que son fongueux adora Leur n'a plus le droit de franchir,
Puis Pâmant pleure plus fort, il se désole, il se frappe la poiErim la jeune lille rentre nu cercle, se rend, el le mariage est consacré,
Ces petits drames, re cîel si pur, cm eauï si limpides, La lèpre, des trem Moment .|.< terre frèuiienls, la plus belle,
la plus vigoureuse, la plus variée t la nlus macniiique vé
téta Lion du monde, un gouverneur, ou lait de coco, des ananes succuletnes^ des coquillages magnifiques, tel est ctarchipeL
Courons aux l'arolincs.
Voici le peuple le plus doux, le plus cordiaj, le plus génêreui el peut-être aussi le plus beau de la terre ; un peuple ;i parli privilégié par le sol toujours vert, par le ciel presque toujours "Êleu, par des eaux saiti et s se calma el transparentes.
L'archipel des Garnîmes est composé d'une à «uïûine d'Iles plaies, admirablement boisées.
nlit jalinais un cri de mon oifi de vengeance; les armes de leurs habitants sont des pierres el des bâtons.
Les Ëarotlns ne veulent ni casse -léle ni hadie; el puis leurs querelles durent un jour on deux; car du Min de celte multitude turbulente Balancent à la fois deux rïéillarda; iU s'accostent, se serrent In main, se disent quel-
3 ites mots à vois bns.se, font un geste impératif : les couitions de la paix moiI réglées.
On pousse dans les deux camps mutités des cris d'allégresse, les balons et les pierre; tombent sur le sol, les armées courent l'une vers ['autre; on se mêle, on te heurte, on trépigne, on danse,., Paix signée,
Dieu dans les ha blindes de ces lui ni mes si excellents ne donne nu démenti à leurs mœurs pacifiques.
Va pou liant de* peuples cruels, farouches, des anthropophages entourent l'archipel des Carolibes* Les habita ms de Fitgi, race de sang, couvent de l'œil les
frfus paisibles Carolios, 1 t les insulaires «pie j'ai vus à Quia m gardent avec terreur le souvenir des récente i cùrsïons que tirent clicî eux les naturels des Pilgî u des Sandwich*
Carolins , intrépides habitant de l'océan Pacifique, enfants sans fiel 61 sans malice, au sein d'une mer où tant de coeurs se soulèvent contre les Ilots 1 que Dieu vous protège contre les attaques de vos voisins et contre les visites des navires européens, qui vous apporteraient, en échangé de vos douces habitudes de paix, les Vices, les ridicule* et les hontes de nos climats!
J'ai longtemps navigué dans les pros-volsnls des C anilines; j'ai fait des traversées périlleuses avec ces hpmrm poissons, qui ont deux éléments à eux, comme !e pingouin
et Le phoque; j> >■■ is leurs mœurs, el je peux en parler
comme te parierais de ma famille.
Je dois la vie a un roi (Tamoi j de Satbonal, qui se jeta au milieu des brisants de lïotla pour (n'arracher aux values et aux rochers qui allaient me briser; el quand, par quelques cadeaux, je voulus le remercier, ce généreux Tamor rejeta dédaigneusement mes offres, qu'il accepta un instant après, lorsque je lui lis comprendre, eu frottant mon nez contre le sien, que mon amitié serait blessée de ses refus .
Les repas des Ci rotins sout courts, simples, Bâtis de fatigants apprêts.
Ils ne mangent ni des singes ni des corbeaux, parce que les corbeaux et les singes mangent de la chair humaine.
fis se nourrissent de fruits, de poissons et de pâtés de sicos,
Le poisson est cuit au bout d'un bâton en forme de pince qu'on lient sur 3a braise >>u la lia m me.
La pâte de sicos est étendue eu galette ronde sur une ardoise ardente et polie, selon l'usage des joyeux Mariait* iiiis; et la boisson est de coco, dont Pcnvel esl enlevée d'un seul coup de grand couteau de cuisine, qu'ils viennent chercher à Guhani, el qu'ils obtiennent en échange de beaux coq ni liages et de p a g nés moelleuses fabriquées dans leur pays à laide de l'écorce de bananier.
Lé dîner des Carolins se fait presque toujours à bord de leurs pros, et il faut voir comment un seul de ces êtres privilégiés sut deelianson à tou>.
C'est le spectacle Je plus merveilleux dont on puisse jouir.
Celui qui est chargé de ce rôle se rend à terre â la nage ; c'est un véritable marsouin, tantôt volant entre deux ennx. tantôt la moitié du corps â l'air, jouant avec les vagues éctinienses comme avec une eau limpide el calme.
il aborde : un cocotier est là; un cocotier, c'est-à-dire te plus haut, le plus régulier, le plus vertical des grandi végétaux qui pèsent sur le soh après P eucalyptus.
Le Carolin a mesuré la cime d'un seul coup d'œil, il a craché dans ses mains, el le voilà, ainsi qu'un chat sauvage, alternant en mi instanl les palmes élégantes de cet ùAiW si l'ii.Tii'.UH mi, qu'il suflil :i lui seul à nourrir, à vêtir et â désaltérer les peuples tropicaux.
Ï£ cocotier esJ dépouillé de ses fruits gigantesques, ils tombent avec bruit sur le sable ou Se gazon ; le Carolin descend presque aussi rapidement qu'eux, et il noue eu Lippes ces vases naturels, dans lesquels l'eau se conserve fraîche et aromatisée,
Us épaules et les mains du Carolin portent le précieux fardeau <
lies pros- volants s nul mouillés â une ou deux encablures du rivage; le Carolin confie à la première lame qui vient expirer â ses pieds les provisions dont il ne veut pas qu'une seul<- goutte soif perdue, il s'élance à la mer, poussant devant lui, ainsi qu'un berger son troupeau* les fruits rafraîchissants; mais une des grappes s'est dénoué obéissant aux caprices de la vagin les COCOS, diversement balancés, voltigeai ça et l.i. se dispersent, se séparent; les uns prennent le large* les autres gagnent la cote,
Etudiez le Carolin au milieu des laines el de son troupeau fugitif ; il se dresse, se replie, avance d'une brassée, recule de deux, donne un coup de main au coco voyageur qui ( ni* lui H".np|.i r lit coup de poitrine ou de
teie à deux au 1res fruits qui s'émancipent, et parvient, ainsi qu'un brave général, à rallier ses soldais en déroute,
Cela fait, il 1rs < mbrasse (ou s, ou du moins les retient tous captifs â l'aide de petites évolutions, les pousse ( avant el rejoint entin le bord aux nis d'admiration de rEitro[iêen en extase, et presque inaperçu de ses frères, habituée a de >i mutables manœuvres.
S'il vous {allait à ce prix beire à vos repas, ô mes chers amis de France ! vous courriez grand risque de mourir de soif, el jo ne vous donne pourtant qu'une bien pauvre idée des merveilleuses manœuvres des Carolin s, amenant les COCOS aux convives qui les attendent.
(juc la tempête gronde, que la lame déferle avec fracas sur la grève ru value, que le calme régne et que le vorace requin attende sa proie, guidé pur l> le pilule dont je VOUS ilir.ii les r lus. qu imparti! rui Gr-din'/
Lsl-te que te piu ■■ glouton de animaux marins peut atteindre In d uade dans m course rapide ?-
J ai vu un Carolin se jeter à l'eau pour aller chercher un oiseau tué par Jean-Jeattj et dans ce moment deux requins monstrueux rodaient autour des pros- volants.
Les dciiï squales coururent sur le nageur insouciant; mais celui-ci tournoya en jouant, et pas un de sescamarades ne parut l'Inquiéter dé celte rencontre,
Les mets , servis sur des feuilles de bananier, ne sont pas disputés par les convives; on dirait que chacun deux est attentif â deviner le g lut de sou voisin, afin de lui laisser sa ration favorite,
Il y a une exquise propreté dans la façon de diviser les aliments.
Le Tamor dine a*t ■ sujets.
S'il a été nommé roi, c'est- à-dire s*il a acquis le droit de se couvrir le corps des plus élégants el des plus curieux in louages, c'est parce qu il s'est m ré le plus leste i gravie les arbres, te plus habile a diriger uue embarcation an milieu des récifs, te plus intrépide ■ lutter contre lus uVh mutinés.
A tab'e, il n'est pas servi le pr< :
Chacun mange - us glouionnerie et a tour de rôle; c'est comme un jeu ou des bambins s'amusent à se taquiner.
On se donne de petits coups sur les doigts; on rit de ta grimace de celui qui se brûle ou se blesse avec une arcte; eL si je veux vous donner une idée exacte de l'égalité parf.iie qui régne chez ces hommes privilégiés qui ne forment pour ainsi dire qu'une seule et même famille. Rajouterai qu'un de ce* roisa'ëtanl blessé a la jambe en tombant d'un cocotier, voulut un jour sr mêler a la danse ipic le gouvernent de Uni i;i m faisait exécuter devant nous, et qu'il fut chassé eu riant du milieu de la fêle par -is. crai-
giiani que la jambe boiteuse ne dérangeât leur joyeux
reice.
ITUN POLE A L'AutîlB.
Force lui fut d'aller s'asseoir à terre jîuiir assister c <mme nous nui divertissements.
L.i galette de siens ifsl découpi-e | in i- eux ,'i L'aide 'I' I
arête dû pi iss m nu d'un morceau *!■-* bois aigu, cl tous remarquez qiU' celui qui serl le premier a hi délicatesse de choisir pour lui l.i plus petite portion et la moins savoni cuise*
Ai -je besoin de vous dire qu'avant et après le repas une prière se jjs ilmudie?