‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 33 sur 82 · CI.', h lins, il y a de la joie, des fêtes, .; d'or · texte numérisé non relu

CI.', h lins, il y a de la joie, des fêtes, .; d'or

gie, janmi an g versé par le fer.

Plus on avance oins la vie. plkii ou garde dans IMni*-, comnn' dans un vase sacré, le souvenir des jours heureux, de la jennesiti

Au sj V.-11S nt diriez croire avec quelle joie je vous entretiens encore aujourd'hui de ces bons, dt; ces généreux insu la m dis Caroline*, i qui j'ai du • -ino-

tions.

L'archipel dont Je vous parle, les majrniflnui clans qui le pavoisent, 'les mwvolanta ij'iî le sillonnent, les ea.ui diaphanes qui le baignent, les cœurs droits ■ i compatissants qui ntunt si bien nree |l illi leurs C > legantes, toutes ces cho> mtaut de points de repos qui me bercent dans nv* uuils et ma caressent dans mûri

— Qu'est-ce que l'Iiuium-- ' demandai- je au innor de SathanaL

— C'est une censée de Dieu, me répondit-il en courbant la têt

— Et Dieu ?

— Dieu, c'est lui.

H if n n'est poétique comme la prosodie nu pltilûL la

m rieur de ces bienheuieui Ilots, vers lesquels je rue dirige dans mes jours de irisiesse^

Pour le Carplin, les muai: «ni des colères; les

nuages, les navires de r-iir , Je s nu créateur; la nuit, le repus du jour; le jour, le réveil de La tiutl; les passi uns. des maladies.

Mît disent que les ri vicies su ut des routes qui marchent.

Les Garolins disent encore, « a parlant des morts : <> Ce semt le- pro!i'rirur> des vivant ; • el leur n Li on leurapi fend «me ceux-là, portés par les nuages, viennent s mveni visiter leur pays el répaudre sur lui des • rages uu é - rosées< selon que leurs e niants uni été bons ou mauvais

A moi un ami, femme, nue compagne avec qui je

parle de ma vieille mère d'Europe; ;i mot une cas ■» un

Pros -volant, deux coc- i, quelques bananiers; i moi 'oubli dt> lieu ies tes plus douées de mon enfance, el je fais h.lte aux Caroline*, et ie m'enivre de leurs parfums, de leur ciel d'azur et de leur repos-, M.iis, hélas! parler dune mûre . ce n'est pas la revoir 5 joignons le un vire, cou rems a de nouveaux dangers, disons adieu aux Caroîins, sans 1rs quitter et a espérance de les revoir un jour.

J'étais de retour u bord depuis plus de deux heures, et

je n ai aïs pas aperru Jean-Jean : je demandai avec inquiétude fiiix hum tu es de l'équipage x'îls étalent bien certains qu'il eut quille la terre; loua m'assurèrent qu'il était revenu avec eux la veille, mais qu'il pouvait bien avoir pi fit» 1 di mm j.iiur regagner Sathanal â la nage ; je me r Kl bme. ei je. pleurai comme on pleure un ami absent.

— \ la bonne fieure, me dit-il le soir en e'approchant de moi. l'a me toute joyeuse, voilà les larmes qui parlent, voili des regrets qui consolent ds bien des amertumes. Pardon, monsieur Ai », [e m'étais caché pour m'assorer si ^ntre atieciieu était aussi -re que la mienne; ne craigni 1 rien, je ne vous quille plus, vous êtes pour moi un ami un frère, et je deviens voire ombre par de van par derrière-, par les côfes, peu m'importe, puis tue vu

«ves toiij errer la m.iin.

Croyez-le. parce que je vous le dis, le< chaudes amitié

i nobles dévouements se trouvent surloul dans le parla

des infortunes el des périls : une ten un naufrage, û

côté d'un lïomme, vous le rend cher, et lue souvent une

vieille antipathie.

tn-Jean n'es! plus un ton tel ol pour moi, c'est un frère avee , { ui je partage ce que le Ciel m'envoie de cJiagrinset de consulat ioi:

— thi allons-nous? demandat-je au capitaine dès que nous ehmea dérapé-

— Tenet -vous beaucoup a le savoir.' me répoodit-il avec un malicieux Bourire,

^ — Mais nui; cet océan PaciQque est si grand, qu'on • bien aise d^apprendre que, dajis, un mois, dnns deux ou trois, on nrra un petit Coin le terre jui roue consolera de ta vue de lant d'eau

— Kl si. dtius cette traversin plus ou moins Longue. " ne vons monh i . i; ; eau ni terre?

— Auriez-vous réellement envie dé m'envoyer au ciel?

— encore; mais, puisque voua 1 si curieux, je vous promets sous peu un de ces Imposants spectacles qui

gravent dans la mémoire pour ne plus s'en effda-r jimais,

— (J n'est-ce don j.st in

— vous le s lirez bicntûi . car le vint souffle carabiné comme je le désire, commu je le vêtis, et je vais^ lui livrer delà toile .1 re la quille a l'arr. Iles régions Lropiraies sont trou calmes, Irofi ues, i! nie faut de la turbulence; jeu aurai de par Borée et Heptune, comme diraient les mythnlogisft

— Monsieur \v, ■«.. demanda Jean* Jean, qui a 4tê noire conversation, qu'est-Cé que le citoyen Borée,

— 1 v i b dieu des vent

— \\,l te citoyen Ncplime':'

— (j*èSl le dieu des mers,

— Bh bien ! puisque les Vettts et les mers ont un dieu, pourquoi les hommes n'en auraient-ils pas?

— Mais tu sais bien que les hommes en oui un ^rund, immuable, étei ael.

— C'est que j'ai smiveot entendu des farceurs dire d< s choses, p.

— tenesemi pas des farceurs, mais des impies, qui nienl Dieu tant que b brise est favorable, el nui, au moment du danger, l'invoquent avec une hypocrite dévotion,

Jean-Jean et moi allions poursuivre re causerie al

intime lorsque le n ivîre donne bande lellement épou-

vaniable, qu'il se trouva en

Le capitaine eut beau crier: -/Laissez porter! s iï nous fallut tout d' I couper l'artimon, pui frand mât, el noua ne nous relevâmes qu' pr ■ >- efforts inouïs,

|;n ce moment d'angoisses, les poltrons du ilumberland

lient en Dieu el l'invoquèrent comme leur dernier re-

, >"- ns i aurions depuis quarante-cinq jours, bien certains de notre point, tors [ue i > vigie, i cheval sur le beaupré,

i : « Terre] terre! de l'av al

La cari lie, nous interre s le matelot; il

nous répondit qull voyait à merveille, et bientôt nus Longues-vues Lui donnérenl raison.

Ce n'était pourtant pas une i- [ai se dressait sur notre ] . i une de ces gigantestjues montagnes de

TH

CïUracJte <k Bornéo.. (Pli^g 43.)

glace que les ouragans arrachent du pûle et poussent vers des régions plus tempérées.

Sir George Smith me regarda du coin de la prunelle? je le compris el le remerciai' de sa courtoisie.

— N'est-ce pas t me dit-il, i|iic c'csl là un curieux spectacle : un monde *|iii se promène, une masse comprit 1 , inébranlable, mie maison trois fois haute comme noire grand mât remis a neuf, cl dont prés de neuf fois h hauteur jil-i iiiiti" dans tes abîmes?

— Cela est vrai, lui-rôpondïs-je; cela apprendrait une religion, si l'athéisme êi:iii |M^siMe.

— Vous ne voyei pourtant que le prélude de ce que je désire vous montrer dans peu ui a Jours. Cette montagne se

meut au gré des vents et de la lame, nous nous Irouvei s

bientôt, sî notre quille ne s'ouvre pas contre un de colosses, sur un uni vus de plates immobiles emprisonnant le pôle et disant à l'homme ; Tu n'iras pas plus loin

— Pourquoi n'essayerions- nous pas de donner un dé-

menti â ces paroles, ■ | ■ i- les hommes seuls ont prononcées? dîs-je au capitaine, dont l'audace m'était si connut .

— Bien oes oonraj ont lasse* â l'épreuve, me ré-

I ii i -il ; cependant je ne sai pas encore i qnoi je me <!• -

ciderai, le hasard me poussera.

Il v a des époques dans la rie qu'on n'oublie jamais.

Dans une navigation au milieu des archipels les plus nombreux, le navire cingle en sûreté pourvu qu'il puisse maîtriser les vents, tar la science lui a dit où sont les rochers s lus-marins qui ouvrent les quilles, les récita contre Lesquels ront se briser les coques, les courants qu'il faut soumettre, les: ports OU i*on peut s'abriter; cf. ni im- de naufrage. >ine terre hospitalière oii le matelot trouve du pain, un asile, une espéram i

^I.iis ici, dans les mers orageuses du pâle auslral, nu i encore si rarement sillonnées, parages inconnus, au milieu d'une agglomération de montagnes de iiiace \n\ aux

tourmentes qui les poussent, lès presse ni, les dérlm'eni i i les ouvrent, si vous heurtez un peu viotymmuil ces massj s

I' l^ PDLE \ L'AUTRE,

6 £*Ucr

PlSAN.

Il i-v-.ii les mains, il igittit sos bras en forme de télégraphe, (Page 51.)

dix fds, mille fois plus volumineuses |m vos navires; .si vous vous trouve? NiHau'-s il m. -les jiassnees, dan» des

mises formés par ces îles voyageuses adieu, patrî>-

odicn, amis! nvlle^erre généreuse ne recevra vos derttiêres confidences, ni ces pu-.i-es dévora tenrs auront rempli leur mission,.

B'ini[i i h', m lirons aux difficulté* ù vaincre» ans périls i auumeiire, a la morl à braver.

A dater du jour ou nous nous trouvâmes aux œuvres de h banquise, nous avons conUnueHemenl Longé i bÀbord el à tribord quelques blocs de glaces errantes diminuai de grosseur! mais augmentant en nombre \ mesure -in nous approchions,

" elle-ci était immense et se dessinait à l'horizon par une leinie Manche, reflet de sa surface.

C'est un imposa ni laMeau â observer une ceint d'une zone glacée oii nous av. us \n'iw à supporter la rigueur du froid, au mi Lieu de h saison h\ i»1u^ favorable de l'an me ; ou se reproduisent, heureuses, des familles in livrables de

poîsMijj^p .h r-rujtaocs, d'oiseaux, de mollusques, comme si celle pupahlion vivtice avait vuutu braver In puissance de Dieu,

Ici. en effet, le roi des mers, ce colossal fiétacé, qui peut ouvrir un navire d'un seul coup de t&eet faire le Irmr de monde eu quinze nu vingt jours ; la lie Ici lui* parafes m; fiiutnfue poinl île vivresj elle engloutit dans sa gigantesque charj te des myriades de poissons, et se joue

parmi les {laces comme pour insulter >\ Leur stérile colère.

auprès d'elle, les phoqins philosophes, ileu'mftiiquefl habitants des pays rigoureux, dressés sur la partie postérieure de leur corps, vous regardent arriver comme des amis.

Puis le manchot, cet oiseau-poisson, nageant toujours entre deux eaux, et aussi rapide au milieu des vagues qu'il esl lourd lorsqu'il a gagne le rivage: sur votre tête vnliipp l'élégant chionls, ta m lis que le pétrel et le goéland s'élancent d'une aile jilus libère, et que l'albatros, poétiquement nommé mouton du c?p on plutôt oiseau des tempes

NAIS, — lui-, .nr.s , (|, |, h nni Nur, I

DE If VUES ht JAfiUUES ÀRAGO,

plane à votre zénith, et, rapide nnnme la balle, disparaît en mi clin d'œil à rhorïzr»n.

Ainsi, de tous colés. mut le* glaces, dans les eaux, au sein des airs, une nature biiari fel curieuse» et là, au milieu de tant d'études â faire, uolre aventureux navire, séparé du monde civilise. n'ayant | ur guide que la boussole et 1rs caprices des ouragans!

Pendant six jours, nous côtoyâmes la banquise; tantôt la glace se dressai! en élégants candélabres, Un lot c'était une statue grossie rem en t ébauchée.

Pr- di noua se dessinait un dôme; plus loin pointaient des mi rancis; on eût dit une néçrnpnlis blanchit; mi les débris d'une rite nouvelle, renversée par quelque terrible ton nion.

Au surplus, le silence partout, partout celte solitude imposai! •■ 'i maji qui crée les reliai» m s.

Mais nous m* voulions pas que la banquise fui un obstacle ii noire excursion polaire; et, comme le temps gi-its^ sissail el que nous avions déjà rail quelques infnutiieu tentatives de mouillage, nous résolûmes de lutter cnnlre La tempête qui venait de se lever avec tout* . horreurt»

Veille! utile ! veille! bous ne pouvons pas fuir, car les premiers obstacle» dé la route rnni ouvrir notre carène de cuivre; nous ne pouvons pas louvoyer, car L'esp ce nous manque et la colère de la tum mente nous nu nàcc de tro(i prés...

Alerte! Alerte! tout le monde est sur !e pont, lOUS les veux plongent dans les tourbillons de neige qui nous em foppent.

les voil 'lit serrées, nous mettons à in cape, une

Jiuule impétueuse nous fatigue cl nous disloque; e'est un et mms.

duel acharné, ces! une guerre a morl en ne les élén

Voyons epai sortira vainqueur de la luM

Le ini vire se redri vec majesté, le chemin nous ouvert de mmum.

Oll! i pie je vous plains, vous «pil u'aves y S M spectateur, au moins une fois, de c<-s turbulences océaniques, ou la puissance âe l'homme se fait si bien sentir!

Ijs. vents déchaînés qui lojirbillonnenl , les brumes épaisses qui nous envahissent, les flocons de neige - ■ ■ i f -<■ dressent devant vous en % impénétrables, tes glai

qui cheminent en sens opposés, Ion! ce que le ciel, tniil ce que la terre, tout ce que la mer ont de ïioleUce» ttb v*Mil('ni |i.'s que vous alliez là ou là.

Eh bien! vous, capitaine expérimenté, vous a qui l'aspect de la morl n'enlevé ni l'énergie, ni la présence îlesprit, vous Irez 1 » ei là parée que votre devoir vous a trace la route .i suivre, parce que vons avez sous vos pieds un solide navire qui oniut â sus ordres, ci auprès de vous un intrépide qui ne sourcille pas aux Ilots prêts d l'engloutir,

I ouragan avait censé, des vents plus cour lois se levèrent, et nous continuâmes notre chemin au sud-est; mais les brumes nous tenaient rigueur, nous étions forces d'aller i petites voiles, ei le problème semblait tous les jours plus difficile a résoudre,

Quelques jours après, Je ciel se de. n; une boum'

brise riu nord lit enth r m .s voiles développées, el s

filions très-bien nos sept nœuds au milieu des iruineii plaçons contre lesquels se heurtaient incessamment les lourdes joues de notre hrirk.

Bientôt nous nous tr unîmes tellement entourés de blocs plus ou moins accidentés, que nous riions eLTi de la route que N avions 1 faite.

N'importe, nous ne punies nous résoudre à rétrograder, et. pour éviter toute secousse irop violente, nous mm amarrâmes é un glaçon immense et consentîmes a suivre sa bonne ou mauvaise fortune.

Dans celle sil nation 1res- peu joyeuse, je vous L'atteste, les masses oui nous heurtaient il ms leur passage non-, donnaient de mes inquiétudes, et chacune des sceousses pie nom n «i vions était un prélude du ri funeste que tant d'atitres navires n'avaient pu évitera

Pendant celle mortelle journée i notre marche fut lente. et douloureuse ; vainement imus essavâmes de nous dé-

Le lendemain, les glacés se refermèrent sur nous comme la pierre de la tombe, et nous nous trouvâmes complètement enclavés.

En attendant qu'un rayon de soleil ou qu un vent ffénéreus nous d U, nous tuions les heures inutiles par

celte gaieté de bord qui n'abandonne jamais les hommes de cœur, et nous visitâmes les îles flottantes qui nous, envi ron liaient.

L'éternelle ha induise s étend au delà de l'horizon; des* du dons sur la banquise romme nous le ferious sur une terre nouvellement découverte*

L'équinage du brick émigré, el nous voila tous armés de h niions, Je gaffes ei de fusils, chassant les pingouins et les phoques, que nous venons poursuivie jusque dans leurs retraités tes pi lis éloignées.

Je m'étais avance vers un tiens colosses grimaçants que les tourbillons de neige et les ouragans dessineut'avec tant de bizarrerie.! chaque cnlére atmosphérique*

Je m'éînis épuisé à la poursuite d un lion de mer, lors* que p 1 changeai machinalement de route el me trouvai comme enclave dans une sorte de bâtisse ini ors

rafales du sud...

Toul a coup, je m'arrête comme pétrifié, mon cœur • i n -, mes yeux se remplissent de Larmes, une histoire la» menlable se ddroute de va pi moi; je vois des amours, des joies, .les angoisses, le délire... la mort!

i V-hiiJ une sorte de chapelle >l «nt le dôme laissait ti a bnr des stalactites I aillées eu jointe, à l'extrémité desquelles perlait La eourre d'eau qui devait les agrandir;

is une snrti 1 de banc cîrcnl ire asset uni, tâché de sang, el sur i> banc, j'allais otre nrc< t .ottel... deux s pielettes, pi' m n -si blancs que !< cercueil ù jour, silencieux té-

moin de leur in-: nier rulih

lleiix malus chspëes se tenaiegt encore î une des deui têtes inmkiîl sur les épaules de ta seconde victime, i j i les pieds ni loi lisaient uni- ii>. mie par le froid,

Deux squelr.li- s, deux charpentes usseuses, au travers des |in -Mes n valent f< iru : es passions, baiiu des cœurs!**, circulé : i h ii il crânes d'où a jailli la pensée; des

veux ■ | ■ i î ont imploré le ciel ! Plus rien, rien que la faim ii- Iroîd, qui n'épargneni personne, qui uout pas fait grâce à ces deux infortunes.

L"aulel étail Ii. |e priai, je m'apprpchàl i dévotion Ai i *:*-s iléirris humaînp, et, creusant ta glace s^cc ma baïonnette, je élu utour des pauvres délaissés un lambeau de vêtement qui put m 'éclairer quelque jour sur la adlîoii a Lnqiiclle avaient appartenu les deux victimes! nu tout autre indice le me guider sur la cause du désastre.

Le sol résonne smis l'arme qui le Touille ; je m'encourage au travail; mes br fatiguent a la peine, la gh crie; je trouva une boiie de rer-ldane + et dans la boite des

insectes. îles lûseaui empaillés, un crayon, on ; au, un

ji.hj ni iiVpjii^le> ci uLi-i-huil feuilles de papier >.

La science fail presque autant de victimes que la guerre!

Je m'emparai avec transport du précieux déu.'tt, et, laissant toinher un JiM'iiier regard, une dernière prière sur les deux squelettes, je me dirigeai à pas Lents n i les matelots qui rejoignaient In ehaloupe,

Au moment où nous allions doua embarquer, une houle imprévue ii» bondir les gkees luiunelies l'embarcation éiaii amarrée, et nous en cherchions A caua up deux

monsliuensts l-ihues. s'échûppant de leur s dide prison, vomirent à l'air deux gerbes d'eau pareilles à des puis, nageant plus mes de h surface, Tune d'elles prend la chaloupe sur ses larges épaules* t'enlève comme un flocon d'écume el la cha\irr.,.

1/ n homme seul était a bord ; il nageait â merveille, et il nous eut bientôt rejoints,**

Quant ;i l'embarcation, elle était perdue pour nous, el nous ne savions quel moyen employer pour prévenir le navire dô notre embarras,

Il était minuii, \f dix Éihdtes à peu pré* le soleil venait de nous dérober bon disque; cinq minute! plus turd il reparut plue brillant, el je résolus, avant que l'on vint nous élu i i r. de lire l* k précieux manuscrit dont je m'étais enrichi.

Glissant donc une seconde fois » travers des galeries de Bftâce, je m'assis, adossé, à une de «s colonnes, et je jetai un regard curieux sur les douleurs qui sans Sottie allaient nier devant moi...

Les vu ici :

«r Deriiîer cahier.

ï Hélas 1 que suit devenus les autres ? où flottent en ce moment les il.uV i navire qu'un bine de çlace a mivcette nuit? ou se balancent les cadavres de à joyeux mate-

ï jn: chantnietit naguère le retour dans leur patrie, uni insultaient au! ouragans, qui déliaient la rafale, qui ne croyaient qu*aii U m heur?

« Infortunés! votre agonie a été courte; une laine, ulie seule a étouffé votre dernière plainte, votre dernier ni le...

• Hais moi, mais lui, nu m jeune frère Paul, que .j'allais rendre aux caresses maternelles, qu'allons nous devenir, nous qu'une vague écumi use a jetés sur ce sol de glace, sous ce ciel dé glabé, sur celte hier dp l c i , où la vie de l'homme est impossible, où la mon esl mus refuj n le suicide sérail permis, si le suicide n'était pas mm démenti donné n [lieu, s'il n'f'Iait pas un sacrilêfr

■ Lui et mol, roîH les seuls « in ■■ pensants de ce monde si distinct des autres inondes; pour abri, une atmosphère terne et rigide; pour couche, une eau durrm y.w les si pour nourriture, hélas I pas même l'espérance, ce l'un ciel, qui apaise tant Se douleurs, qui conâole <tr- tant d'amertumes:

« Pauvre frère! tu es si jeune, et déjà mourir : mourir dms les angoisses de la faim, dans In torpeur de l'a ha ndon; plus fort, puis résigné peut-être» je te verrai partir.-.

« Ki alors '..,0 moirUicu ! mfl tu re le prie tu ce fi meut, sans doute, pouï ses enfants bien- ai mes.

■ Bst-ce «i ■:■ tes prières d'une mère tie ueuiielll pa toujours au l r ù"iï e de ! Eternel?

« VùM deux jours que la tempête rious n saisis..

a Nous avons tué un pétrel.,- Paul a eu la meilleure pari ; je luî al dit tttoe je n avais pas faim.

« La nuit l oh la ouil est nue leilte torlure. Je m'abrite de Pnftl, il s'abrite de moi, nos cœurs lin t tout dans une môme poitrine, mais le faim nous ressaisit an i.'vuiL.,

« V aura-t ; il encore un réveil pour Paul et juuir moi ?

•r Une effroyable tempête, venue du pôle, rail nier la ban puise.,.», Lourbés sous un énorme bloc déglacé, noua i sa masse de m- |i,i> étiré entntlnl i par la rafale, qui, heureusement, ne change p s de direction.,.

« .la m aïs, peut-être, réseau plus compacte de neige n'a

pesé sur cette ibne de désola Lion... G'esl une nappe I die,

rée, iLtiiis couvrant comme tiii linceul, et faisant jaillir les Ui>ls.

a Le sol monte, munie, monte encore*., noiiâ piétinons pour ne pas être dominés,., sï l'ouragan continue, adieu à la vie. ndiéu à la douleur, ...

« La mort ne veut pas de nous; Paul et moi n'avons pas

et souffert»,.

« Pauvre Paul !

Nous ne manquerons pas de vivres dêsot-n l.i hanc|iiîse est jonrlice d'aigles noîrs, de pétn Isei de plu .iiirins, inutiles par les remparts de glace contre lesquels ils ont ttCes par l'ouragan,. .

« Que Oicu esl grand dans s.i colère

- PiiiNsauce céleste I pltîél mon (Vére se meurL. Il ne mourra pa& ■■n'... >ol nalaL fnére adorée, adieu*..

* Paul H neu... mourir de faim, motirlr de lïoid.,. « SU »

Les trots dernières lipriies du manuscril étaient presque illisibles, les touilles que je tllll pas transcrites ut; oo». tenaient que des mîtes géologiques sur II n iture dû sol i»-rtivien et des premiers ftcîielotià de ce* cordillèrea qui traversent les Àméri |iies du nord au sud...

Vue phrase tronquée, tracée à la plume ei d'une autre maîn, tu^ laisse croire que Paul hahitail Lima et froul faire prêtre, el [e crus comprendre, par quelques mois, que son frère était \ niu le chercher par m dre de sa mère..*

Les papillons, les coléoptères piquée datte La bnltfe Ée fer-blanc êiaîent parfaitement ctinserv

Hélas! les squelettes blancb deux victimes rétnmni aussi : les oiseaux de proie avaiehl épargné la charpedti

d'accord cette fuis avec l'Eternel, qui dît les périls de cette uai m polaire, et apprend la fie -I lus La mort

Un canot au bHck venait dVcosier-, nous nous imWgu&mes, et, glissant avac prudence dans les labyrinthes formés par les ^lrnj-ns flotil In IttCre^t i pa*

vée ;iiix. .!l« mis dn l,i banquise, ttoui nbuS tr httâmea bientôt sur h > Ilots assez lïbr«

Grand Dieu ! un homme nous manque,, < Quel < i -t-il ' Je eLerche; mon rw>î\-, plus que mes yôttlj Tn devlnéi J- Jean, le brave, le dévtitté Jean-J settl sur \*

places

— Vile, vite, paravires venl devant! Alerte enfants un de vns e drs < si là-bas; il ne faut pas qu'il y r ou nous y resterons ton

J'embi ssal le capitaine Svec èftoiouî B1 te iiHek, nn dans i m:.icliL-. cotif ut de nouveau i poli

Le premiefenborfe, j*a| erçtis'monvlfell ami debout auruta dôme êelatoni; il levait les mains, il a ii en

forme dfe télégrapl U bien certain |u billion

lui, il ô 'élança, d'assise en assi I arriva enflll sur le sol.

Ln un clin d'eril, fa canol fui a la mer; je vouluâ Être de la partie; je me mis a la barre» el ]e . rohils une bonne récompense i celui Ses matelot* qui btisernit un avivon nageant.

Avec quelle joie, avec (jilëls transports je lermi Jean- Jfean fbns mes bras!

Et pourtant nn sentiment dnnl lireiii; parta|;é pèr tous les I i le l'embarcation, se glissa dans pion fane.,

.U' lis sipe â l'équipage de ne rien dire, et nn qbarl dlienir pluil lard bu nous présentait lea ii< - eilles polir escaïader !« b irk.

bléit! me dfl Je ii-Jeân, déi iju'll se Hl sauvé de l'affreux péril qu'il venait de courir, vûuâ n voulu du Miami! no vihiis en a doiii iùté dil rroîd :

vous n'eu in- n ,!!•'■' j it â l* hetirè. yue demandét-vOUs

encore ?

— Ce qui m- jij'. u rivera jamais, muii pauvre (ml, le bonheur.

— Dame! il es! i droite, et vous allez le chercher à gauche; il est au nord, n vnus < ■> t après lui an sud, Sauf

lé n<pecl que ji VOUS duis, monsieur Ara go, voire intelli* gence louche; je vous conseille de ner n lx*

Ki lui. mort brave, ciroiMu y voir plus clair ï

Moi! c'ePt-â-dirr que je suis honteus devoir toujours

raison contre vous, el je m n. lente quelquefois de vtms

tutoyer, afin que vous me parliez bas

— Ainsi do bc, Je* n- Jean; tes fëtitsonl m j is : tu es sur

iW voir l'Hi^e ce qui eâl rouge, et m or ce qui est noir

— Gertaînemeiil.

— Uors, di i-ioi. j4 i ie |rj. . de quelle couleur cheveux qui couronnenl t- ■- i ..

Je lui présentai en même temps un petit miroir.

— ■ Grand liîm' s'écrii le matelot m liondistsant comttie un chevreau effrayé par une meme f mis irdel pltlélje

suis; pas sauvr" je ne sui< pas ni"i ou m n laissé dans lesfflaces!.,, Capitaine! monsieur ^rago! faites virer du linnl "... IL n'est jins jn le rpi'on laisse -li n-leiin dans le

our des pboijues el des haleines, sans pain, sans vlit, snns maisohp sohs ,v\\i\<, Ulons au secoulrs ■ pauvre matelot, qui a taiil sotfffeH el qdlnedoît ]Kiinlm iiirtrde froid el de mis i .

Non- ns pfts eni ■ rire de la naïveté de notre

iher matelot, car sa frayeur le résultai d'un senti-

ment noble, d*urt sentiment qui le relevai l â i

Il ne lui fallul 'ine qbelques insinci ur cOhiprends Il ri.li^iili' de ses erainles; m-iis le Le BfÇon, Ir.s

î. miroir à la main u acceptait sa m i rjshose tjuavéc amettiiiip 1 .

11 nlhi menu i>i -|ii \\\\\ jurons | ■ BrOteste> bontre

elk», et il me demanda nvec in-r !!'■■■ une bouteille d'en \ « i une boite de cirage (mut* donner un d menti au deslitt,

— Mon ami. lui iii>-je, tète de fou Idaticiui rarement, té le de savant presque toujours; on le prendras désormais pour un docteur , ei les ma le lois, les anciens cantajnafl ne te par 1er on I plus que chapeau bas.

ŒUVRES DE JACQUES AI1AG0

— Tant mieux donc T ça me dispensera d'oier le mien,

qui couvrira du moins telle cou h de roses blanches si

ridicules» qu'on dirait un sac de fui lhî sur un sac à charbon.

Le sovr marne, Jean -Jean flanqua une roulée découpa de poings a un matelot anglais qui osa sa moquer de lui, et le lendemain le rire se lut sur les lèvres dos goguenards—

La frayeur de mon vieil ami n'était ni de la lâcheté, ni de la poltronnerie, et l*idée seule que nous aurions pn oublier un si excellent ccenr sur l'éternelle ha u qui se nous faisait frissonner.

Hélas" combien n'ont- ils pas du souffrir les deux infortunés dont les ossements blanchis mit été respects pur moi comme les restes sacrés de deux martyrs !

Saurons -non s jamais leurs noms, pourrons- non s jamais donner de leurs nouvelles à leur famille désolée?

La première nu H de notre départ fut tempétueuse; mate on se façonne aux périls; nous courûmes au milieu des glaces sans trop de terreur, et je pus songer lont à mon aise au drame lugubre dont j'avais vu le terrible dénoïimenL

— Vous éles bien pensif, me dit Le lendemain sir île mi (llarke en m a prenant par le br ■s, qu'est-ce qui vous occupe?

— Le souvenir des deux squelettes?

— Un rêve?

— Une affreuse réalité?

— Conlei-moi cela.

Je dis au capitaine la découverte que j'avais faite, je lut montrai ba boite de fer-blanc, les dernières pages tracées par l'un des infortunés, et ma résolu lion de chen h mon retour en France, les parents ou les amis de ceux qui avaient la ut soufferi .

— Je n'ai pas voulu, dis-je a sïr Henri Cïarke, conduire les ma le lot s auprès de ces restes sacrés; Dieu les a placés là, peut-être, comme un enseignement, quelques mains profanes y eussent toucha sans doute; la chapelle qui les garde ne sera bouleversée que par un ouragan.

— Eh bien î me dit le capitaine que j'avais si mal jn d'abord, je ne crois pas que vous ayez parfaitement rempli vo t r e d e vo i r ; ces dé bits h u m aîns, iï fa 1 1 a i i tes ei npoiier ; il fallait du moins vous faire aider dans vos fouilles autour des places environnantes. De tous les malheurs qui nous affligent ici-bas, le doute est le plus poignant à coup sur ; une mëre prie peuMHrc chaque jour pour ses deux enfants qu'elle croit livrés aux cachots, aux sauvages, u la faim, â la soif; il est humain de lui apprendre que I agonie el les tortures ont a km don né les deux objets de SCS affections ; c'est a nous de remplir cette mission sainte; nous allons piquer de nouveau sur la banquise, et la pioche la creusera jusque dans ses profondeurs.

Le rapilaine avait â peine achevé de me dire s;i gin reuse résolution, qu'une violente secousse arrêta le brick dans sa marche.

— A la sonde! cria-t-i! sans s'émouvoir: a la sonde ' et que chacun soit a son poste.

La joue du navire s était ouverte au choc d'un glaç m inaperçu.

Il devait être profondément blessa - r nu fragment de bardage lliii.iit à tu bord, et tout le monde comprit r horreur de notre position,

— Je crois, me dii loni bas \v capitaine d'une voix assurée, que les squelettes en auront bientôt d'autres auprès d'eux. Je vais laisser porter pour courir sur la banquise; l'île d'Amsterdam est encore loin de nous, et, selon mes prévisions, nous depuis couler bas.., Attendons que le catfat nous jette son dernier mot.

— Capitaine, nous dit celui-ci en gravissant te pont, six pieds d'eau...; nos pompes ne pourront pas étaler..*

— Aux pompes ï cria sir Henri Clarke. aux pompes, enfants! et que la mort nous saisisse le travail au cœur, le sourire aux lèvres.

En un clin dieil les bras l'agitèrent; nous rendîmes a la mer ce qu'elle nous donnait dans son impitoyable générosité ; mais les forces de L'équipage devaient bientôt se lasser

ila ns cette Lutte inégale, e t sir Henri Clarke, le premier, comprit que tout était fini | >■>■ ■ r nous à moins que le Tout- Puissant ne nous prit en pitié.

Jean -Jean vint à moi.

— Croyez-vous donc, me dit-il, que je ne sache point ce qui nous pend aux oreilles ".' Non devions linir ainsi, brut pr que nous sommes. Des glaces ici, des glaces lâ-b des glaces et des squelettes partout l

— Cumulent, lu sais r

— Oui, jasais; oui, j'ai vu. Pendant que vous couriez comme un phoque vers la banquette ou la banquise, comme on dît t moi, je vous suivais eu catimini : je glissais 3b Long de ces çalcrieSs de ces dortoirs j de ces « Uadelles avec leurs embrasures, de ces maisons sans hommes ni femmes, et je ne vous ai pas perdu de l'oeil un seul instant dès que vous avez eu trouvé ces tristes débris auprès desquels vous êtes tombé â genoux,

— Tune m ;is [in s interrompu dans ma prière ; c'est bien.

— J*aî mieux fait, monsieur; j'ai prié comme vous, il je vous assorequeje n'y allais pas demain morte.

— Jean -Jean, tu vaux ton pesant d or.

— Ilusje pèserai, plus tôt ce sera fait; maintenant que le brick s'enfonce, j'en mis triplement vexé; d'abord pour vous, puis pour moi, ensuite pour la mère de n s de us pauvres squelettes, a laquelle nous aurions apporté il consolations et des larmes.

— (Jue veux-tu dire? demandai-jc avec une anxiété qui me fais, lit uni. lier notre malheur.

— Je veux dire, monsieur, que j'ai plus fouillé que vous dans les glaces, que J y ai trouvé des choses qui a liraient pu nous aider dans nos recherches, et qm- des portraits, des médaillons, une épauletteet un petit livre que ju n'ai ] as lu, attendu que j'ai oublié d'apprendre à lire, en disent plus que les si, Les mai* et les car des voyageurs.

— Ce* objets, on sont-ils?

— L:i, dans mon sac; maïs la mer ?à bientôt avaler ton I cela, et nous avec, la goulue qu'elle est.

— Te rappelles-tu le typhon du [!cin/ale, il ni ta rafale carabinée nous fouettait t'épaule?

— Jh crois bien; il soufflait â décorner des boeufs, $ faire plier le pouce en de] ml

— El le repas des anthropophages?

— Est-ce qu'on oublie ces choses-là? I 1 lards qui auraient mâché, non pas la tige, mais la semelle rie n bottes... si j'en avais.

— Eh bien! mon brave, puisque Dieu a élé assez puissaut pour nous arracher à ces dangers, ainsi qu'a la [ai ni qui nous dévorait a Poulou-Pou pérons en lui, aujourd'hui encore. Il a la main si forte!

— Ouï, mais nous ta fatiguons d puis si longtemps.

— Uieu ne se lasse jamais dans m ; s bienfaits, mon ami: espérons toujours.

Hélas! jusqu'à l'espérance, tout allait nous abandonner;

la conversait | ■ i » ■ j • ■ venais d'avoir avec Jean -Jean, pen*

dant son quart d'neure de repos, fut interrompue par l'arrivée subite du maître calfal, qui, ^adressant an capitaine, lui dit que les pompes étaient vaincues* que L'eau nous gagnait â vnedœiU et que tout était fini pour nous,

If n sinistre coup de sifflai du maître d'équipage, bien romuides matelots, ordonna le silence...

Les b ra s fu ren t immobiles , les rega rd s s*i n t er rog ê renl, les cumrs battirent dans les poitrines î cb a peaux et bonnets ne couvrirent plus Les têtes.

Le capitaine parla.

— Mousses, novices, matelots, maîtres, passagers, oFJiciers, mon devoir m'ordonne de vous dire que nous coulons bas; nous avons encore une heure de vie* A la parde de Dieu !

Un recueillements dennel nous saisit t-pus; chacun s'assit ou s'accouda ma 4 h maternent â la place où il se trouvait; on ne parlait point» on ne priait point: on nr tendait h catastrophe, car l'eau montait, montait toujours, et T immense cercueil était sons nés piedï

Le capitaine se mordait le* lèvres comme un homme qui court après une heureuse pensée, et, a'approchant df moi, il me dil tout bis ;

Page 1