D'UN POLE A L'A UT IU
— On a beau être m-êl au départ, lorsque l'heure .sonne, on voudrait retarder l'horloge.
Quant à Jean-Jean, il se frappait le front avec violence, et semblait s'irriter contre 1» torpeur des matelots et de
MV \\rt\V\ UarkC-
— A quoi penses;- Lu ? lui de m a ml ai- je en me plaçant à ses
cites,
— Je marronne, me répondit*! I, contre ces fous de cahi-chiens, qui ne savenl pas que tant qu'il y a du sang, il y a de 2a vie et qu'on a vu des nwris, cfe véritable* morts, sortir de leur i imbe et venir rire, aimer et pleurer a ver nu us.
— Tu vois que nous plongeons dans l'abîme; 4 ne feras-tu '
— Je ne plongerais pas. Et... et d'abord» quand l'eau salée va nous gagner tnuiâ fait, savez -vous ce qui errivei Que nous noua battrons comme des loups pour noua dis*
Rulcr un tronçon de mâture, un aviron ou un borda geou s avons à droite une chaloupe, nous avons une yole en portemanteau ; ces deux embarcations devraient être déjà mises â la mer p et puis noua avons encore des bras, 1*0 « céan a des îles, on arrive là ou II, et, si Ton n'arrive pas, l'on a fait son devoir.
— Tu raisonnes comme un homme qui n'a jamais naufragé, dit le capitaine qui «"était approché de nous, nous devons tons périr à Fa fois, m nous no voulons être témoins d'horribles sacrilèges.. * Ici. l'agonie sera de quelques minutes, dans les embarcations elle sera horrible, lente, éternelle; la faim criera plushaul que l'humanité; le désespoir, la rage, le délire s'enipareronl de toi, comme de nous tons; lu maudiras surtout cens que lu n<- le plus aimés, et tu mâcheras leur chair virante avec une cruauté de cannibale.
,1e ne saurais vous dire tout ce qu'il y eut de bon» de noble, de généreux, de portique dans le regard que Jean- Jean laissa tomber sur moi.
Jamais oeil rie mëre ne se reposa sur son (ils au berceau avec une plus vive tendresse; jamais pardon ne fut imploré avec plus de ferveur.
Je pris cnergiqncmcnt la main •!• mon brave matelot, et, sans m m s être dit une seule par nous nous assîmes côte à cote prés de L'habitacle*
>!nis l'équipage ne pensait p^ comme le capitaine, et» avant le complet euvahissemetii ib-x eaux, il avait arraché aux soute des armes, de la p ludre et des biscuits arrimés sur le pillard d'avant; il ordonna au capitaine de mettre les embarcations à la mer, et un conire-inaitre nommé Pauper, plus insolent encore, le meimea de le jeter pardessus le bastingage.
Au mi tm instant le pistolet de sir Henri Clarke fit son devoir, une cervelle jailli l en l'air, h i fut jeté
aux Ilots,
— Aux armes! cria tout l'équipage furieuj, aux armes 1
— A moites bons! répondit le cap i Lu ne; les balles cou * ■it vite, ces misérables pouvaient vivre nue de mi 'heure,
ils sont pressés d'en linir. taillons-leur de la besogne.
Trois maîtres, sis matelots, le capitaine, sir John Davis, Jean-Jean et moi, nous no incarnes vers les mutins pour ne [ii uni lui donner le temps de charger leurs armes ; ils se saisirent de gaffes, d'anspects, de sabres, de piques et le combat s'engagea.
Sir lie n ri Clarke était admirable de sang-froid el d'énergie, chacun de ses coupa abattait un homme; sir John Davis le seconda il de son mieux, je faisais également mon devoir, et les révoltés commençaient à comprendre la grandeur de leur Caute...
— Grâce 4 ces chiens! s'écria le capitaine, qui venait d'être blessé a l'épaule,
— Grâce é personne! répond la voii rauque d'un méprisable gabier nommé Grégorv, toutes ces canailles n'attendent mèn que la mer nous avale.»
Et il lance um 1 hache au milieu de nous. La poitrine de sir John Lk via en est déchirée et un m h ire ren versé; je vise le coquin, mon pistolet raie,
— Mon sabre ne ratera pas, s'écrie Jean-Jean furieux; voiei donc le duel que je ■ Itère lie depuis si huiutemps.
Ii le brave matelot s'élance; mais, leste comme un écu-
reuil, Grégory bowlil, grimpe à La hune, et de celle haute citadelle semble défier son adversaire; celui-ci, alerte et plein de feu, escalade les porte-haubans, tandis que nous tous, immobiles, attentifs a la lutte qui va 8 engager, noussemblons oublier que les flots montent toujours
D'un côté la H délité de l'apôtre, L'énergie de l'homme de hii-n; fa L'autre . la trahison du renégat, la rage du criminel sans remords».
L' i ssuc de vu i t-e lie è i rc don t eu se ?.. -
Biais Dieu dicte ses arrêts, et nous ne les t Misons
que lorsque les faits sont accomplis.
Jean-Jean, toujours une hachette à La main, suivait, intrépide et calme, les mouvements de son adversaire, tandis lue celui-ci, effrayé déjà de i 1 audace d'un tel agre>seur, cherchait dans sa pensée une retraite assuré)
A *e-* (lieds est une énorme poulie; d'un coup de sabn d'abordage il la détache de son amarre et La lance sur Jean- Jean, qui évite le coup.
— Canaille! crie mon hardi matelot, tu aimes mieux le battre de loin que de près: mais encore quelques minute-, et nous fraterniserons,
tifè£ûry n'ose pas a r tendre Jean -Jean; il s Via née, se cramponne a une manœuvre, glisse, serpente, atteint la grande vergue, et va se fixer à Pexlrémile.
Jean-Jean m- le suit pas encore, il se prépare a une lutte nouvelle, mesure 1 ■ distance el pèse ses forces.*.
La balle d'un pistolet OU d'une carabin*- sérail le dénoune ni assuré du drame; mais il ne veut pas d'une pareille victoire, et il supplie le capitaine de ne pas faire feu sur le bandit. Sir Henri Clarke visait en effet ôrégory, et, dans sou enthousiasme pour l'héroïque dévouement ou matelot, il laissa tomber sou arme,
Jean-Jean ne pleurait plus.
— A nous deux ï maintenant, s'êcria-t-il d'un aèrent ferme CL mesoië; nous ne nous battrons qm d'une main, ça me va; entre le ciel cl La mer, ça me va; é la hache OU au poignard, ça me va*...*. Tout me va, gredin, et nous allons voir aux prises le vautour et l'aigle, le ti^re et le lion... Tu es le tigre et moi le lion; doue, à nous deux !
Jeaii'Jean allonge le bras, saisit la vergue, et. le pied sur, il va dmlt à Grégory, qui, ne pouvant plus fuir, l'attend avec assez d'assurance,,.
Les voila prés l'un de l'autre.
— A toi! dit Grégory en liVbanl d'ouvrir le crâne de Jean-Jean avec son sabre.
L'épaule du matelot est entamée, le sang coule par une
large entaille.
— Dieu tapé, répondît notre intrépide, et voici la réponse.
La hache ouvre Les lianes de Grégory, dont l'a; il vit ri lie mesure déjà la distance qui p-iir 'le l'aliime,
— Tu toises déjà ta tombe, misérable coquin!,,. Tiens, voici qui va l'y clouei a jamais.
La hache de Jean-Jean a porté à faux; elle entre profondément dans la vergue, et. tandis qu'il cherche â l'ar> l'.iehei de la plaie, Grégor} tui assène un nouveau coup de sabre, qui ne fait qu'eflleurer notre ami,
Une halle .sillle, c'est le capitaine qui a tiré.
— Cela est lâche, s'écrie de nouveau Jean-Jean, deux contre un; allons donc ï je vaux mieux que cela.
Et son bras, rapide comme la parole, ah. il le poignel quiche de tlré^'iiy, qui ne peut plus se défendre.
— j'aurais pilté d'un autre, lut dit Jean Jean ; mais toi, infâme, lu u< dois rien attendre que de la clémence céleste; serre fortement celle manœuvre, mais mon jarret ■ i ro buste, et nous allons voir lequel dis nous deux se lassera le premn
Portement appuyé ,sur la vergue, Jean-Jean frappait de -m la ton le crâne Se Grégory,
Une traînée de sang dessinait la route que le brigand allait parcourir; mais le désespoir triplait ses forces
Et le brick s'affaissait de plus en plus...
Enfin, un vigoureux coup de pied, appliqué sur les épaules du révolté, lui fait perdre Féqui litre; il chancelle, se débat comme dans un demie) râle, et tournoie dans L'air... le Uu; s'ouvre, il se ferme, l'Océan a sa proie, ie remous s'esi effacé,..
ŒUVRES Dti lACQUKS Alî.Uin.
)h'nic avant l'issue de la lutm. |cs rêvule^ avaient mi* bas l< s armes. Jean-Jean nous revint, le cœur bondissant de, [oi iueur nu front, les yeui baignés do larmes... ; • ntoi il le presse .-
Sîleqçe' le navire donne nue bande effroyable,, mie lame le relève, il retombe encore, scmUc ir in, frétille. ■
Le voilà sur i rî bord, la grille presque en l'air, et nous tous, sur celle carcasse^ les uns contre les (Mitres,
sans pi in, sans eap>. avec le désespoir pi nu- escort>
< UAOS.
Depuis six heures If- brick se ha la tu;a il rm m delà houle, et pas une voix ne ronipàîi l'rmpo&mie régularité dn gé-
ssement des (lois.
Jean-Jean, couche a mes côtés, me regardai! d'une pru-
!e humide, et, tandis nul! ramoounait de sa main
e à un berdage décnïré, il appliquai! de l'autre sa
mise il m !'■ plai que hi ivaienl faites Cré-
£ory. Sa physionomie élafi grave, sa h mclie il ■! use,
il semblait aire rrué In mort qui allnir nous atteindre étaù
■■ que sa maie pçnse'e lui avait imposée depuis qu'il
sVtnit senti uni* rime pour la douleur. et je eomprenais,
moi que ' e destin n v.i ïl également poursuivi avçc assez de
rudesse, que le pauvre matelot ne regrettait que sou vieil
ami ;'i cetle heure suprême.
le lui tendis ma cri va te plus soyeuse que, sa toile de mateloL
— A quoi bon! mr répoudit-}1 d'une vojg presque ioentenduêj est-ce que dans quelques instruis nous unirons pas compté avec ce monde j|q misère .' Chaque lame sourde qui déferle enlève nu ou deux de ces bi ves garçons, ni lonr va venir. « i je vous jure que votre dernière mïi sera l.i niienne, Savez-vons pourtant rp qui mal . i s s c ? poursuivit- il avec une gros e larme dans les yeux. c'est que l'on cherchera vainement notre tombe, c'est que votre
tii-it ne pnurni pas aller p\\ nrer dessus, el que, pendant quelque temps encore, i la joie d un retour I irochain.., elle nous attendra on bénissant l'Eternel de celte espérance. Tenez* ami, le ciel m e devait, |e crois, un sourire a mon heure dernière; i i*il me
tes réserve tons pour îa-haul! puisqu'il mo lès a refr ici»! [is.
Je ne répondis pas •" lires plaintes û\ mc^n pauvre ;ir:iu>, je le laissai d i s ses (ristes soùvçnji • rriiHj m. nt par une morl n' «\ ri lui leu-l inl h un in :
— Nous parti rops enaemblej lui di$>j je va-l-ir
— Si ça me va!... <■'. ,- que je suis on ingrat d*avw accusé le ciel tout à l*heure, el que je fuj en, demande pardon dît fond du cœur.
La nuil vint, cl avh ^ -si Si- do imu.velîes angoisse*, Nul de 1 1 ■ ■ n - ne pem il encore à la faim", ijui allait se faire entendre c toti|es ^es tortures.
Chat; du flot, se promenant sa r nos membres
engourdis, étaii une séduction a la molle nouadevioi succomber; 't- miracle dn ciel, le capitaine, assis sur la quille auprès d'un in. .n d ehappnii aux menace*
de cens qui, quelques instants avant, s'étaient révoltés
llr* I'
Le désastre avait nivelé 1rs rangs, el la mer faisait peu, rie disiinriHJii enlrç !e matelni et \# chef, etitrc le jeune et. le viens, enlre le bon CI le tu i h- ni : â Unis la ^eopie, ;'i (oi^s [a même timibr, Voii i (es ténèbres !
un navire giisse a l'horizop, îl pe nous verra, pas, et iî cm pi ni ilEements t maîtriser encore, au
• leurs puissance . ±t>-
ine h^rqule uvidiu.'-; demain Jean -Jean il m . — !' pmjs irr^roncilî-ibles...
fC*at tendons \ ■ a main,
Un résolmiofl l-ï ait prise, j *ljalij me hisser fiisser dans \\ . ijuand je sentis le bras de Je^n-Jean me tei rer avec plus de force; je répondis â sa pression, ci nous \> •■ cornes de nouveau de celte vie intime i^i'on voudrait ne jamais voir finir.
Cependant, la nuit devennit plus profonde, 1rs éi«ùles. ni, jusque-lî, nous avaient prête leur douteuse clarté, sefirot petit a petit; une brume loui Aifige, sentant
le soufre, sVtendii sur |es n '
Quelait-oe donc ipie celte manse fétide dans laquelle n- us nous balancîoi ec de si poignantes angoî&ses?
Elle pesait <'omme un manteau de plomb sur nosépaul>-s eodolories; elle nous suffoqua^ «die Itlessait ri"s yeoi it l'égal du soleil le pltw ardent; et nous entendions tUHUr fiiitiniv de ntuis cet impi'-n^tfnb'e réseau quç vpus luri dit travers* 1 il-ms tous les sens jiar d'innombrable? éliucelles électriques que le regard ne pouvait suivre,
l '^ exhalaisons de celle fournaise ?ariaien( fcejisiu niéiii. mais [c sciufre dominait.
Il y a des couleurs que le pince:! peu| traduira] des nuances qu'il est impossible de préciser : tels étaient les mi s àè|étéres que nous avions vus tout d'abord courir dans l'espace , sans que nous eussions pn dire s TU montaient des 11 ds ou s'ils descendaient du ciel, et nous ne comprenions p;is que h- soleil pul jamais avoir la force de les résoudre ou de les perûi
A îoon avis, rouragan seul aura il cette puissance, looragan qui creuse les vagues, décapite les monts, nivelle ks i .1 ines, l'ouragan qui gronde, mugit, s'élance. Iiomle verse et tue.
Mais alors, ou trouver un débris de navire qui nous portât encore comme le cercueil porte le cadavre â son dermer séjour?
Lorsque, luttant contre la douleur, je forçais mes y*tti k interroger ee unir élastique, cachot infernal, il me semblatl que des bandes jaunâtres el vn>lacéea le sillnnnaient en sens divers, et une des silhouettes de bizarres fantom s + y promenaient comme dans un milieu en harmonie avec leur nature.
Tout cela grimaçait, j'en conviens, bien plus dans le cerveau que dans 1 liié ; mais loul cela et iii vrai peur chacun de nous, et nous aurions pu nous croire sans trop de fo(ie ' l " milieu des gnomes, >' mies et des farfadets, du ni l'imagina lion des poêles peuple si gêné ment le
oui" des Lrn . ■ ■
M ni ïr sans qu'un dernier rayon du jour vînt me visiter. rY .ni l'i rii.i plus douloiin use pensée; le péril f;;rc â face, en plein soleil â 1 1 bonne lier os com-
bat, vaincu parmi ennemi insaisiss&bi
Je gémi dmilon reuseme n i d une tell e m or i . et , sa n s • ■■ er de me cramponner à la vie. il me tardait que le JIoi qui nous baignai I sans relâche nous étouffai dans, une derrière pressieû.
S ehaoue instant, le brick s'alli^eait..,
Ceui (Ventre nous qui avaient leur raison entendaient un sourd : misa inonh puis an cflcps qui glissait le lonp des 1 1 ç ■ l 'i; nu choc, puis plus rien
La mer garde bien ce qw*on lui ci-n!,-
Je prois ; ; n m "in vais, me dit Jean- Jean avec un mouvement limeux, ma lêlft tourne, mon sanç se Iiêîc. je crains de ne pas vous entendre si vous me répondes.
— Vi -iix-in que uouspartîuiis ensemble i lui demaodalfj
— YÀi bien! mm! puis |ue voir* parole arrive encop moi. je vins vivre jusqu a ee ijoe Dieu nous ail dit 4t*if>
Et je septis la main du dévoué matelot me serrer avec plus de f iree.
icmbioi la nuii devait avoir pa&si sur noua, et il semblait impossible crue le suleil ne modiiîât point de rayons le voile funèbre qpi nous emprisonna il...
Je fouillais autour de moi pmif y chercher la l race du grand astre régènéralçtu; de toute choses.*.
fonjours la même opacité toujoura les mêmes eihalnisoik peslileniielb »ujoura le même ahaos... el les corps de nos malheureux compagiion^ 'dent toujours dans l'iiLuni' av|Ç nu liii;iiLire relent isse'in.uir,
— >e si ut' -/-viHis ]»as une brise? me demanda iean-Jean d nu açrenl mimé.
me
D'UN POLE A I/AITF1H
— .fe crois la sentir (Somme fiiî, mon ami,
— Eh bien! puisque oe rempart dé plomb esi traversé,
Ïiourquoi ne jouirions-nous pas encore d'un rayon de çoei I / Mourir la nuit et sans vous, c'est paôurtr lâche et damné; ce ne ùmi pas cire mn mon ;i moi; et si mon ml roH le vôtre me dire ru lieu, il th^ sein Me que je mourrai sans trop de douleur.
— ÎTest-ce pas. Jean-Jean, qu'une amhi>- i iiume la nôtre console de bien des infortune
— Snrtoul I -I qu'on q l'espérance qu'elle se prolongera dans l'éternité
— Mn m brava ami. on ferai! un bcrni livre do toutes les généreuses pensées de ton ame.
— Possibb i is je crains bien que nous n'en soyîons arrivés à la dernière page,
— Pourquoi ne pas espérer?
— Nous sommés dans un eaehnL sans air, sui^ joui sans horizon .
— J'espérais une visite du soleil.
— Biais, avec tni, ne verrons* nous pas aussi arriver la
faim, coin nu- s en a parlé un Jour certain capitaine
que vous su?c$?
— .le te croyais plus dVm :
— Elle nu manque quand je songe i tous, cl j'entends la, non loin de moi, Jeux matelots donj l'un me semble vivre aux dépens de l' nuire.
— Jean-Jean, I ii snns-noiis glisser dans les Hok.
— Attendez!.*, attendez, vojrei ici û gauche, n*esl-ç$
pas ■ iiir? un rayon ? n îsperance ? un regard du Tout-
Puissanl r .
— In «lis vrai,
— flou, je deviens fou. c'est un navire, un treis-mAts, il se balance, il mel en panne,* il nous a vus. H ..snrni.i
l dernier corps mutité venaii d'être livré à l'Océan, lors. m Vu euTet, â mie dèmi-encablure du triste radeau, se montra U silhôuelled T un navire; un chant religieux monta
nous au ciel, et bientôt nous pûmes apercevoir notre libérateur détacher une de ses embarcations, nageant avec vigueur vers les pauvres naufragés.
La veiilr nous riions vingt-ueux; quand le canot n n borda, non- n'étions plus que neuf sur la carcasse du brick.
Sir John Davis et .sir Henri Clark e tnl dil adieu m la vie; nous cherchâmes leurs cadavres, ils étaient déchî* lis savez qu'il y a peu de vivres jetés à l'homme «Uns ces régions élevées du globe.
Noire sauveur étail mu baleinier hollandais qui allail finir sa pêche aux açores de la Rouvelle-Zélande et doiïmit vi i le rn|i Horn.
Son capitaine, homme rond e| de bonne mine, nous prodigua Jes soins (es plus lendrea ei nous promit de nous conduire en Europe, a moins -pie nous n'aimassions mieux nous arrêter dans un port américain ou il se proposai l dé fafre échelle.
Nous lui diurne r -milieu nous étions louches de ses pro* généreux, et l'assttra'mea qu'un jour peut-être il nous, sérail permis de lui en témoigner notre reconnaissan
— Anjou ni h ni vous, demain moi, nous répondit-il ■■. une franchise toute cordiale. La mer csi mon èlémenl : j'avais huil ans â peine, quand nu me fit mousse; maintenant je commande j'aj naufrage trois lois. j, r :ire ri la quatrième. Dieu "n'a fail grfice d'une, [eveus mériter n ■ bon*
eu me inoniranl humain et génèrent même an pèi il de ma vie 1b ns ce que je fais pour vous aujourd'hui, pour* suivit-il avec une onté imirhanip. il n'v a nul mérite; sauver - mblables es! an Revoir imposé ■» i f >us. i le Ciel que «' u\ que j<- pleure aient trouve comme vous l'appui qu'il jn'est permis de vous donner,
— Dj s niais que vous regn ttez? lui d |ai*je ■' intérêt, mais en craignant aussi de réveiller ses douleurs,
— Deux fnrrs, deux frén s aimés, que l'Océan ne m'a pas rendus malgré mes recherches, Voila trois ans une je cours après eux' -m. oublier ma lâche de pêcheur llêlas! les glaces, les N 1rs flots sont silencieux ; nuis je ne me Lasserai pas â la peine, et la même tombe nons réunira tous trois.
— CYt lient aussi des pécheurs?
— Non; le plus jeune non* avait quittés, pour étudier le monde, pour connaître ses richesses et ses pauvretés; Il voulait devenir savanl , et, n tel effet, il gartit un beau jour sur le brick le Crorofiih, qui faisais voile y mr Lima*
— Poursuivi i ' mV'cnai-ji' avec une émotion que je ne pus maîtriser,
— Diel ! qi|'ave?*YO|t$ i Rapprend i ' me dit-il en pionnul son regard dans le mien,
— Mien peut-être; ninis le ciel fait tant de miracles.*. Un de vos frères ne «'appelait-Il pas Paul?
— Oui.
— Alors, bleurez-ks. ions deux : ils sonl mort
— Je m'y attendais, me dit-il iprés quelques instants d'un recueillement religieux, el cependant cette certitude me frappe comme si je n'avais pas eu à f.i redouter; m
I détails de cet affreux mal lien r, pourriez-vous me les donner?
Hélas! notre naufrage les p tous engloutis. Un msleïot et moi les avions recueillis auprès des restes vénérés de vos malheureux frères... çommem les ravoir mai ntena ni :
— Para ■ ii ■■ i ci ta-t-il d'une voix forte, k que l'on pîqm sur le brick naufragé.
Deux, lieuses après, une quinzaine de matelots , Jean- Jean et nnu. étions à cheval sur la carcasse du navire; nous le saltordames =î coups de hache.
Le livre trouvé par mon bon ami, la boite île fer-blanc nu-Mquiïm-iir fermée avaient été confiés au capiLi ii places dans la dunette, qui se trouva bientôl a jour. Amarré à la ceinLure par une forte drisse, Jenn-.îrnn plonl!c;i et chercha le précieux défini
— Pîotis erimes un moment dé cruelle anxiété , car Tîntrépide gabier oc repara îssa il pas»**
Le voilà pou liant!...
La boite de fer-blanc est son- sm bras; il la dépose danles m. uns d'it ateloj el tombe épuise
— .le sais où est In reste, nous cfït-il dès qu*i! eut repris Ses sens, jn veux l'avoir, je l'aurai.
— Non, c'est â moi qif appartient cette [ilclie; je vais plonger, ^uide-moi.
Quelques minutes plus tard, les dernière; conliik des deux infortunés et lent dans tos mains de leur frén , • |iii pleurait cl nênissail à la bus.
Quoique bien certains de la future résolu Lion du capi^ laine si nous lui apprenions noire découverte sur la banquise, nous ne crûmes p. s devoir la lui cacher; aussitôt, en ettelj il ordonna tUi mettre le cap au sud, résolu â braver tous les dangers pour recueillir les prêcieus i ■■■ de ceux qu'il ivail lanl aimés
,li7in-Jean i-L moi niuis m.hk du ■■•• I y'- . » , liiUi; vrrs
la chapelle sacrée, et les larmes du noble frère çoulaienl abondamment sur une bouche souriante de graLjludi
Due rois sur la banquise, n \u$ devions aisément nons reeonnailre n l'aide des d des minarets ej de^cjl
les il^nt nous avions éiudié |es gisements; çnaïs lr^ n- - '■ flottantes changent de place dans leurs ino les évolutions, el le point gavait peu^t-élre pas été pris
ei dVxnrlilu -U ■■'. pour que, m? me i Taide des livres de bord, nous iu- j pussions pas nous Lrompei de quelques Vu
,h- n ,lr- çlié sur le haut du grand mât, nous gui-
il de la ni m in fers les premiers blocs au m jeu de quels nous commencions ,\ naviguer el blent^i tl nous ■ lionne! avec nue joie hruyanle,
— .1 "■, -m- nous crïii IjI, j'-. . capitaine! je tiens ma case, ma maison, nies remparts^ je me reconnais je nie rtili-i.ii •■>■■.- un pCO -i bilnnd el nous y som ^.. Vi--
l.i banquiseK-.
je grtmpaj sur la grande hune h"in ia*assurerde l'esactitude des avis donnes par Jean-Jean; ils étaient précis, et le soir, par une mei calme, noua aiici^n ; mes h i s glaces
i ruelles du jiôh 1 nnstc
Tout l'équipage, hormis quatre hoi s i ■■ bord,
descendit en l costume deux a deys l :jiapeau a la m, .iin, silencieux, le cœur serré, la prière â IMme*
Jean «Jean Je capitaine el moi, n c «s ouvrions Ja in rehe, el bientôt nous nous tro\ivilme^ an pi^ r 1 de l'asile mortuaire.
OEUVRES DE JACQUES àHàGO.
— Du courage! dis-je à ce dernier en lui serrant n ITeetueusement 1» mû in, du courage et de U ré si g n a i if m : ils ne souffrent plus.
Le pauvre fr* rr fondait en formes, ses lèvres pales murmuraient 1rs prières des morts, son regard montait au ciel avec l'oraison sainte, et, dé* qu'il se \\l en présence des deux squelettes, il tomba sur ses genoux etfc Blasphémant.
— Ils ne souiTreat plus* Lui dis-je encore, remerciez Dieu, el I u -ni^sez-le dans sa toute- puissance; le* martyrs sont près de Lui.
Les mateloLSj in< -lines, ceux-là même qui avaient désappris la religion, invoquèrent l'Eternel; et, un instant pins (anl. les ossements sacrés nous accompagnaient, enfermés dans une bière, portée par le capitaine, Jean-Jean, lèse* cond du Crocodile et moi.
Le soleil Le plus pur éclaira cette scène de deuil; pas un nuage ne se montra à l'horizon, pas une brise ne souleva la neige amoncelée sur les glaçons durcis...
Dieu seul fut témoin de notre douleur, nul obstacle ne se dressa entn 1 lui el nous, el nous quittâmes la banquise avec un de ces sentiments de tristesse ei de résignation qui laissent un peu de place â la reconnaissance et â l'amour*
La traversée fui sombre; on craignait d'insulter à La douleur du capitaine, qui abandonnait 1rs mamrttvres du navire à son second, el passait une partir du jour âge* nouille dans la cabine ou reposaient les ossements de ses frères.
Rous doublâmes h- cap Ho m à l'aide d'un de ces épOtttables ouragans dont Les vies séculaires gardent le soutenir.
Ecoules :
Nous venions de mouiller dans une petite baie voisine de celle du Bon -Succès, où tombait une magnifique cascade descendant d'un plateau élevé de quelques centaines de mètres.
Tout à coup la brise se tait, et la mer se Lai! avec elle, comme si la main de Dieu venait de s'appesantir sur Les eaux.
Le baromètre <M encore muet. Que se passe- 1 -il donc autour de nous? le ciel est toujours if azur, les ombrages toujours liants..,
tout ei coup encore, d'ardent s flocons de fumer s échappent de la cote, ii ni m,. par une force invisible; de nuages arrondis se ruenl sur les mornes {frondants, se décbirenl dans les aspérités dea blocs granitiques, reviennent sur Leurs pas, dociles « l'impulsion qu'ils reçoivent, el Réchappent un instant après pour s< b |h*i *;re au loin, à l'horizou, qu'ils embrassent el obscurcissent ,
La terre se voile; la mer, Loin de clapoter, ainsi que nous Hivions dèpi remarqué dans |e ras il" 1 marèc. s'enfle avec majesté, elle bondit, elle menace, elle *c dresse comme une montagne, tend le câble, soulève le navire, le fait retomber de tout son poids, et tord l'ancre de fer au fond des eaux.
Tout est (liste et solennel dans* cette menace de La nature; tout ! fraya nt devant nous» autour de nous; les préparatifs de notre* descente sont suspendus, nous sommes i"i3- > " i l- le pont, L'oeil cloué a la tem\ qui s'efface, prend une teinte enivrée, el rien ne nous dit cneon qnf L'oura-
u veuille se déclarer.
— Le navire chasse L... Nous chassons sur les rochers!... crie la voix du m nlre, qui a 1ml sur le plomb de sonde qu'il vient de jeter... — Coupe Le cable!
Le crible est coupé el le chaos commence.
Une minute, une seule minute d'hésitation, et nous m lions perdus; un soûl instant dp retard, et nous tombions bris* v. broyés comme les blocs redoutables qui nous emprisonnaient.
Par un bonheur inouï, par une habile manœuvre, nous parvînmes cependant â sortir de l'anse appelée du Bon- ■ < el qui faillît devenir notre tombe.
Ici l'ouragan commença ses ravages et sou œuvre de • Instruction; ici commença la lutte là pins ardente que jamais navire ait eue à soutenir.
L'ancre était perdue au mouillage que nous venions de quitter! nul espoir de la ravoir ne nous restait, cl la fuite
devant la rafale fui la seule ressource qui nous devint possible,.,
La mer tourbillonnait selon le caprice du vent, qui faisait en se jouant et en un clin d'oeil le tour de la boussole; c'étaient des vagues ru îles comme des montagnes, rapides et bondissantes comme des avalanches. Larges et profane comme d'immenses va lires; une mer à part au milieu de tant 'li j mers déjà parcourues, nous prenant par les flancs
et nous jetant d'un seul bond sur Le dos d'une lar jloï-
îiiiêe; nous ressaisissant, Infatigable, et nous couvrant de bout en bout pour nous écraser de tout son poids...
El au milieu de tous ces chocs, de toutes ces cascades, le navire criait, prêt â s'ouvrir, les cordages si filaient, el la foudre grondait dans L'espace; mais était-ce le rugis* sentent des vagues, les éclats du tonnerre, le si file ment des manœuvres qui étouffaient la voix et rendaient la scène plus lugubre '.'
Que foire, quand chaque homme, cramponnée un cor* dage, était plus souvenl SOUS L'eau que dessus?
A quoi obéir? quand tout commandement devenait inutile.
L'Océan, tantôt sombre comme les ténèbres, tantôt éclatant comme un incendie, n'était plus un ennemi contre lequel il fallût LAcber de lutter; c était un maiLre, un dominateur, devant qui nous n'avions plus qu'à courber La léte.
A chaque secousse de sa colère nous croyions que c tait toujours le dernier cri de sa menace, et Lorsque, api avoir été lancés dans l'abîme, nous nous in m v ions encore debout, nous ne tardions point â voir s'avancer u no vague nouvelle qui nous enlevait comme un Hoc on d'écume pour nous vomir plus tard contre une vague rivale.
Nous «lions sans puissance, sans volonté, attendant qu'une dernière secousse finit nos angoisses ou qu'un* lame nous engloutit ■ Lui* son passage.
Un matelot se précipite: seul de tout l'équipage, il avait grimper et Interroger riiorizon,..
Il nous fait signe que La terre est là, la, devant nous, qu'il l'a vue, et qu'élu va nous briser.
C'est notre dernière heure.
Chacun de nous cherche à voir, à La lueur des éclairs, si en effet la terre que nous voulions longer est bien là pour recevoir nos cadavres; on croit la voir, on croit la reconnaître a la lumière de la foudre...
Ç*eu est donc fait, et La mort nous saisit au milieu de L'ouragan.
On ■ ..ye de manœuvrer, de jeter â l'air un bout de voile : li uùle n'est plus qu'une charpie...
Adieu donc â la vie qui nous échappe, car voilà une ligne blanche 'levant nous, sur laquelle nous courons sans pouvoir r éviter,,.
Alors une lame immense nous prend sous la quille el nous fait traverser l'obstacle sans le toucher-.
Qu'était-ce donc'
Cependant la colère des Ilots et celte des vents étaient injit ne s'apaiser; mais Le navire, vainqueur dépi de tant d'horribles ébranlements, semblait ne pas vouloir se lasser encore «le La lutte, et de temps à autre redressait sa tête orgueilleuse.
D'après nos calculs, le détroit de Leinaire devait être dépassé, el puisqu'il nous restait de la mer à courir, le danger s 1 effaça il .
Le ciel aussi paraissait fatigué de tant de fureurs, et les images ne tourbillonnaient plu* indécis entre dil venta op* poses.
Ta dois aussi une teinte, bleue, douce comme un sourire, jetait L'espérance dans nos cœurs, el la régularité delà marche des masses vêsicul aires qui roulaient vers l'horizon et passaient â notre zénith, rapides comme l'éclair, non -s il i sa il une cette colère de la nature était une col en dans Tordre des Événements, et qu'il ne fallait plus maintenant que de la persévérance pour en triompher.
Nous longeâmes, par une brise généreuse, cette terre fantastique des Pa ta^ms ou vivent les hommes les plus
uds, les plus aoiLn 3 eux et les plus libres du monde, et,
après ravoir sal de la main* nous cour Ames vers le
Rio de la PlaUt* cette rivière turbulente, plus large que
D'U* POLE A r/AIÏTRR.
liîo Janeiro-
les nôtres ne sont longues, Hpos su^rivftines billot fui ftrh su août la splendide radi rappelle loul ce que l'imagination des peintres et des polies a rêvé ■ r«* plus beau, deplius magique et de plusenivrnnt. Salut à Rio-Janeîro.
SU: WJLUAKS BA fi 9t T. ! .1,
l.' N E FÛBB1 V IRRti I .
Les blessures de Jean-Jean n'avaient frit f|n eniaruei cette charpente robuste, sur Quelle s'émoussaient les passions et les colères atmosphériques. À notra arrivée à Itio- Jnnejro, il nvait presque oublie ses entailles, ses combats, sa faim, sa misère, et, sans sa malencontreuse n>jlfun. j «le
frimas, il se serait à peine souvenu des glaces pô! lires et de l'éternelle banquise.
Nous dîmes un touchant adieu nu malheureux eommanilnui 1 1 1 1 ( 'rut titlUe, qui nllnti repartir pour Amsterdam el nous nous logc.iines sur la belle place ■!■■■ /frWu, m l l nnc iiiMpniJi ,M<- potence a quatre brandies dorées oûl> ■ nr>l]|cs sruls on! le droil d'Être étrangli -... I orgueil et les distinctions aux portes île In tombe]
— Ce pays-ci te va*l~ilï demandaî-je au brave matelot, dés'iU'. 1 nous fûmes install
— Tout me va, merépoudit-il en me présentant *> main calleuse, tout roe va, pourvu mw je soi* fiivs il-e vous, i.i cependant, poursuivit- îj avec un long soupir,* j'ai va certaine heure ou j'aurais préféré vous savoir â tous ha 4ialile*- i| f i'.i mes cotés-
— ij'ii'itr vs\ relie heure?
— Taisez- vous, je vous pi i'el le rr»]iiJrtine sir fleuri Cïarke < jour que la faim c'était la folie,
car j'ai eu foirn de vous; ut raison de nous dire un
<ir:i vues nn Jacques arago.
— Ne parlons plus tic ce tris , nn.ni brave, songeons iî noire présent etâ noire avenir. Allons-nous, pauvres éelopés, planter nos lentes ici ?
— Allons planter nos choux où nous sommes nos: des choux ches soi valent mieux que des gai eaux chez le v. sin ++ . Reposons-nous, j'y consens, puisque vous Êtes légèrement détérioré; mais, des qui» vos joues se seront enliées de nouveau, eroyes-moi, en route; noua ne snmn 'ailles ni l'un ni l'autre pour la paresse el le sommeil
— Ta pensée e*t h mienne* Jean— .î eau ; maïs je craignais qu< ni m amitié ne te lot A charge, et je voulais sou* der tes sentiments avant de prendre une déterminai
— Et moi, j'ai bien envie de sonder vos épaules pour vous punir de rette injure, saura vous en demander mille p.-M-ihus plus tard.
— I h es un foraye garçon que j'aime en père-
— M'i, je ne sais pas c me on aime un père ou une
mère, mais je sais bien ■ 1 1 n-, s'il lai hit se faire hacher menu pour vous, je semis pu i en roui pays, à Ion (e heure, à tout instant.
— Ainsi donc, nous ne mms quitterons jamais
— .la mai Quelques esprits superficiels osent encore ëciire qtfîl
n'y a de vérit l ■ el sainte affection que d ins des condïlions êgalesJ es prétendu s philo s calomnient lecteur, qui est citoyen de L'universel qui» i i nie a ses impulsions, ne s'arrête pas > j une barrière do bute qu'a celle de soie OU de velQltrs. L'amitié n'est ni calculatrice., m exclu* i-e; elle se donne, elle s'impose, el for! souvent le prit même n'a p ■ h: force ai l'attiédir,
La vie glisse ai . iin-t si douce au Brésil, qn on a haie d'en jouit, etqiielesèlrauL urtQUl y regardent le repos comme une raligue. Ici, vous ço m pli lajourji
ne lï étires d'une ri. I- le oh! in avec
sa brise de mer. le - dr ivee sa bvîsedc.3 iii-ut^ncs..
courent sur votre front avec une inerorapje vélocité; t'c^l In force, c'esl la sauté, tfesl je bonheur!
■lean-Jenn et moi, faç (l cliau les bouffées trnpi-
Ciiles, aimions à nous e>m - des i : dont
«'Iles nous avaienl si longtemps accablés, et voilà pourquoi
en rivant que |e soleil mus mopIrAl sou dis pie éclatant , la-bas, de l'anire co ■■ de l'Ail ne. imus i as
en marche, suit vers la pe iie fiju ka au roulement èïernet courant dans nue délicieuse vallé ou vers les orgues poétiques, moutagii ■ ► que le
ciel n dressées ; u fond de la i ide c iinme n ■■• ,hi\
I1"ts, on encore i' In |M p 4u
descend du Corc< le â la cité rovak: feaji dopl
• Lie a besoin dan de
If ous étions arrivés n naalju si plateau dominé par 1' splendide couvent il-- Sainte -Thérèse, Lorsque Jean- j eau I iiii' la première fois me dît que la ''mise l'avait la-
— Pour sï peu, lui dis- je d'un ton amicalement çnçue- »nard«.. Kl moi qui nie p i posais de gravir ce riche Itorco-
vnda, d'ou le panorama doit être si imj osant.
— Eh bien, mms l'escaladerons plu* tard, puisque reJa vous amuse* mais, franchement, j ai et }'ai presque envie de me faire voleur pour me désa itérer
— .le ne te comprends pa
— Cesl pourtant bien simple,
— fcpjîque-tov
— Su fil t. Nous voici sur un i\ ravissant, c'est bien
E «Ins .I ou \ qu'un hamac; é nos pieds la ville; à notre dos une laie » 1 1 ■ 1 1 - î i idiers pas plus haute que la ceinture j au delà une. plantation d'orangers â [aligner l'œil; Les fruits tombent :i terre, que c'est iinr bénédiction, quel mal ferais -je tu propriétaire d'en avaler quel |ues-uaSj ceux-là surtout •|in- les [u'iih oisiaui hecqoeLenl si voracemenl J f ai bien envie de leur en disputer plusieurs douzaines de eeu taînes.
Je n'écoutais qu'à demi lus paroles 4e Jean Jean, qui, certes, aurait reculé de van I l'acte blâmable dont il jih 1 pr- ri ri i i . dans le cas ou je lui aurais permis de revécut Je saisissais mes crayons pour traduire le magique tableau
«mie â nos yens, quand un VûJlet vint tniimer \\ nn piùds.
— Qu'< -i-ce que cela ? dit Jean-Jean plua leste q<u' moi â s'emparei ■!« la feuille de papier, on m'i'-enitâ mot, à moi m î oe sah p s lire
— f/esi |.riir-«in- à mut, mon lira
— Vous êtes bien fal ; croyei-vous: que ma rrimere blanche fasse peur a tout le mondi U i rotea blanches i sont pas sans mérite, et elles embaumeni comme les an- Irrs. <;>si à moi qu*on écrit.
— Lis donc?
— Je ifiii pas mes lunettes, lisez vous-même. Je pris le billet et je lus
a Jean- Jean, mon ami, je te permets d'entrer dans re jardin que lu admires, el de manger aujourd'hui, demain, après-demain, et toujours, les meilleures oranges <'i les plus beaux ananas qu'il renferme Je te permeis, en outre, d'en oITrir i|uelques-uns à la personne qui t r accompagne
— Ah ça! voyons, voyons, dit Jean- Jean stupéfait, il y a re* choses -la* sur ce papier?
— Elles y sont,
— C'est une princesse du pays à qui j'aurai tourné la t(^le ; mats est-re qu'elle s'imagine que cr.st vous qui ro'accompagnea, el non m .î (ui suis miIi- ihiu' La far© serait compl h .
— Dms Nuis les cas, drs-je en me levanl, elle ne j i • d h ^ire éclaircie ; franchissons celle haie,
— Que demande maître:' nous ilii une vieille iiégresî qui se dressa comme un spectre derri n les touffes de grenadie
— Voila ma princesse, s'écria Jean-Jean eu faisan I troîs P^sen arriére, je me Tétais ikm v i ] quel contraste avec mes cheveu s farine L, 1 ,
— De n'est pas loi qui a,s écril ! dis-je à la négresse.*.
— Son, maître, moi ]
— dm" pas savoir non plus, dît Jean-Jean d'une voix llûtée.
— (lui doue a trae ces lignes 'demandaî-je*
— M ise â nini, bien bonne, btan jolie j qui aime leiucfl un celle hHe poudrée :
— Laissez-lui croire que ' de lu poudre, rue dît tout bas le matelot, ça lui en jettera aux yens.
(hï est ta tuaîli
— A |a vil
— Toi ]..:ss .liir irai, fi na -K- ni-.lrau , je vois là-bas une ml"- jiii lile , ç'eal file s,hus dontei largue
piquons d( sus, m^sienr Arago, doublons la ■! amariuoTia-la !
En n n r in d T o:il nous f m> us le jardin ri nous vitesse la robe bleue fuyani toujours à troll liions, liisqu.r nous nous Irouvâmes face â homme d'une qwai ai ine ffanu^s , i la figure pl> -:u et ouv< rte^ ^èm d*nn costume rie toile .| nue luise ; ropreté ve et calme, el qui nous dit, eu dtanl son ijrand rhapeaii de .Manille :
— Soyea les bienvenus, messieurs, ri regaré s jardins comme les vôtre
— Ça me va, répondît Jean-Jean avec vivacité en cueillait) quc orange msgniftque, i portée de sa main.
— A qui sommes-nous i> les d'une si exquise i Le se? deiiion'l-iis-je a I inconnu,
*— A sir William^ Barkler, idantent irlandais, nalura* lise Brésilien depuis unedi^aine d'années.
— Ënceças, répliqua Jean-Jean, vmis i=.e potmeiiv*
n sieur />-rrV' t>u Bouclé, d'avaler une seconde oran
el je s'Hih.-t île qu'elle sait aussi douce que la première.
— À votre aise, mon ami,
— Merci, mon cher ami.
— Je ne profiterai pas plus longtemps de votre erreur, dis-je d sir Williams ; nous ne nous connaissons pas, et
j politesses sont sans doute destinées â u tire.
— pas â da s ures qu'à vous, monsieur Àrago. pas a d'auh-i s qnVi Jean-Jean, votre fidèle compagnon de voyage fit
de périls.
— Alors poursuivit le matelot, je vais < n entamer une troisième, e. wuddans la bnuclie; » -i li > 'or^icea Pouloui Souquions en avaienl comme ça, ils ne met traient pas [aql d'il mu mes â la broche-,
— Me direi-vous h* mot de celle éui-me? demaodai-je
an planteur qui m pris araiçalemenl par te bras, ei
me conduisait vers une habitation ravissante dessinée an fond de l'allé
— Vrnis lr saurez Loul ■■ l'heure.
' — &ï|ev h- pas, je voua <n prie; rim v crtihirt* a , h» *uriosllé veulent il n mouvement, h j'espère quç chez vous mon impatience sera satisfaite.
— Ma dépend du prix que j'attacherai à vos paroles Ifun sang pétillait dans nu - artères,
Calmez-vous, me dit Williams sans s'émouvoir, et Continuons notre causerie intime. Voilà bien In njï temps ■ (ne vous courei le monde? poursuivit mou impassible înterjocuteur*
— Depuis irois sus.
Ces courses et ces dangers ne vous raliniçnMta pa
— On s'habitue i toutes les douleurs.
H me aux douleurs morales?
Même . celles*ci.
— Que regrellcz-viuis de tant 'le courses? Ësl-cc M,ivaslro, Ténénffe «t son volcan, le lion d Vfri jue le tigre du itengale, les typhons, les anthropophages de Poulou-Souc, les Garnîmes, les Mari innés, ou le «s polaires ? D ï J ■ vous v r * v i /. que je tous ai suivi dans ^ck pen jrmatîons,
— le ne regrette (m' une chose au monde après ma famille el mon pays.., C'est une femme, udq femme que j'ai perdue courant dans la vie de douleur que le nïel lui avait Faite, jeune tille aucmirrno^le, d< voué, à l'Ame angélique, au regard divin, .'t la parole consolatrice , nature privilégiée, émanation c que j'aime plus qu f on aime sœur, qui m'aimait, je crois, comme on aime un frère.
- C'est Julia, médit froËdem en I sir Williams,
— Vous la eu n naissez?
— C'esi ma femme. Wons nous promenions, elle el moi, il y .1 huit jours, en face du Palais-Roy. il. prés du débarc dure; elle vous vît à coté de voire brave matelot, elle pSTîl
voulut al 1er vous serrer la main ; elle s 1 arrêta, puis, ayant donne Tordre a deux esclaves qui nous suïvau w\ de ne p vous perdre de vue. elle me parla de vous comme on le fi il d'un ami qu'on revoit avec bonheur, parce q ne le présent et l'avenir de vous deux se mettent en tonte sécurité
us la protection du passé.
J'étais comme étourdi de ce que je venais d'apprendr . >h'l imuselle Julia vivait heureuse sans doute, je !a retrouvais loin des périls qui avaient traversé sa vie de jeune hïk : el cependant une pensée, dont je n^ comprenais pas l'amen urne, pesait sur mon ccrur et semblait lui reprocher un bonheur «jui vennti ri r n li autre. Quelque chose de triste ii 'il- ragne ^ m ■ al devenu prtle. Je
ne donnais plus lr bras à sir Williams a ver cette pure joie de tout à l'heure, el je trouvais dans ses politesses un je ne sais quoi dérailleur qui me faisait cruellement souffrir, Je rui': cependant ions mes soins >i cacher ces émoi ions i mon bote, et j'essayai sur mes lèvres un sourire qu'il ne tint qu*n lui de traduire au p. El le sou amour r : - sa va* nii
— Kt maintenant que vous savez qui je suis, une décidez-vous î me detn .nda le planteur en liant dms mon regard la réponse fju'il attendait aussi de ma bouche*
— Maintenant, lui répond ndnisez-moi près de votre femme, dont h" souvenir m'est si cher, dont le bonhetir m*est si précieux.
Cinq minutes après, madame Bai kn ■ i moi nous nous pressions dans le* bras lun de L'autre comme deux amis uni 9e seraient pleures morts depuis ongtemps. Nousgar< James, tout d'abord, un prorond silence... C'était l'eian de notre cœur a qui nous demandions on compte sévère de nos émoi ion s t et nous comprimes que mon séjour dans coite habitation délicieuse pouvail avoir lien ssh le moindre danper*
L'ami lie la plus chaude el ta plus sainte élai désormais le seul lien qui unissait lame de madame Barltler a la mienne, nos regards se croisaient avec ceux de l'heureux mari, sans qu'un secret mouvement tes fri baisser, el, dés et moment, je pus regarder cette majson comme la mienne pendant mon si -jour a Rio.
— El votre mére'f dis- Julie.
— Merci y ait ! merci, i[ue ee soit la votre première peu*
•■; merci, monsieur Aiii.'K de cette nouvel |$ jnie. }h mère, mon mari, vnns 4 voîM ma vie. J'attends cette mère a il ùt* ■ e pa r u 1 1 des | nv mi'- rs ■ ■ 1 1 i r s arfï vnn l d 'Àngleteri 'ç . L\ fleure de Julia avait une expression céleste, la vivj cité de son regard 'Hait lèmpcrée pr le velouté d'une existenee liem paroje autrefois i brève, se timbrai!
d'un accent doux et métallique qu" îcou lit longtemps
après qu'il avait ressi'- de vîorer. Jnliu n'èl \\ plus Juli H cependant quel |ue c-Hose de viril eld'osrur so dessinait sur ses traits d'une si exquise régularité; ses mains, à l'abri du Rrossier matériel des navires, s'étalaient coquel lemeni, terminées par de^ ongles d'uq blanc rose, si gaules arrondies pnrinieni avec lis mpe une robe de mous* seline, a u laquelle brillait le satind'un corsage tnilié
avec goût, et von» çhercbiei des pieds dans les élégantes pantoulles brodées, .sons l^quelles pliait a peine le gazon éternel de l'admiritJr plantation di- <W Willi iio-.
• VmIi ioni esj achevé dil-il en se levnnl, al-
lons déjeuner, vous êtes ehe* i?ous, commenceï donc ;i me fa^ire les honneurs de votre propriété.
— El Jean-Jean, demanda madame Barkler, e.sl-c^nn'H ne sera pas qy^ssi des, nôtres^
— Jiçqn-Jean mange lonles vos orales, répondis-je en souriaul
— g||es sûaI manj^ées, s'écria le matelpl en entrant, à un sou la douzaine de douzaines, je vous dois six francs qtié je v.»us payerai • | un mi *. r*us voudrez. v
l'ois, je tan Mm regard sor madame Barklerquj se plaça de va ni lui :
— Mille millions de sabords! qu'çsl'Ce que je vois j'ai la b^rhm, je suis fou, je suis ivre... Lrî, devant ifi^s yeux, M, Jultn Je me trompe madame Jules, n ni. je ne me trom-
Suis p.is, r'iisi lui h i-lle. min en deux, deux «m uni'.,.
■ radote, je per bnub-. c*esi égal, je *uis heureux!
-- f]nline-ioi, mon bon camarade lui dit madame Darkler en présenta ui une petite main Foute blanche a une grosse mnin toute rugueuse.
— tjne.je me< iluo\ s'écria le matelot lM1 s ^ frappant front, i|ue je me calme quançl vous Aies lé, quand je te vois, quand je vous parie, quand tu nie répoaBs, quand vous vous lion iu-7 d'une roue de s-tî» 1 au lieq d'une vareuse ouejç me calme, quand M. Aragb vous retrouve, lui qui a tant pleuré i voire départi qie.- je me lalme, quand grand monsieur que voila me permel ■ L ■ ■ me bourrer >l "ranges, que je suis goubV' comme un tonneau!.., Allons 'Imie-Je veux sauter, danser, b mdïr, je veux rire, pleui tout à mou aise, et vous dire a tous que je vous aime, que je raffole de vous, des oran des ananas, ei qu,e les auges ne sont pas mes cousins,
i e llm de paroles de notre excelle ni ami se calma, c pendant, i\ h vue du couvçrl dre&sédans ans salle voisine, et dû madame ItaikUr le conduisit comme un fiance, Jei ■Icou ouvraîl flea yëvtx pareils à des sabords eu prçseuci -!■ richesses, étalées devant lui... (les cristaux magnimim des verres pleins d'élépnce, d*-s porcelaine^ du plu- hau.l \vrh, de? bouquets de Beurs i el de nombreux i se
ves derrière nous poqr |e besoin du servir' 1 .
Je ■ i lijnis mi instant pour I raison dé mon vieux ça-
r 1 1 rade, nui s'assit à peine - ni l«ûK^ fl '" ' n **~
I ii ■ ut profondément les noîfs,
jf suis un peu vi v il avoir avalé tant de fruits, rue
dit-il i bas; mais *'• i cgahje deviens élasti mie e; )e
ne y^is encon rien sur cette labié que je puisse rel
Deux heures après, étendu sur une natre soyeuse, Jeau- Jean rmiiliii en faux-ijourdou et rêvait peut-être d'nm mère, d'une pairie, d'une Eamïlie. Liissons-Ie dnns s..u sommai
i .■!■.. -. iipc e^isteiiee ainsi faiii\ conranl heure parlien enlreler*'po>- douces confidences if une ami it<* smLi
mirait pu User an Brésil ceint pour qui la vie est la qu lude et le mais .le.n-.U'iu et moi coTirmrenîons au-
trement noire pi- .■ ''ij ce monde, el nous nç tardâmes l -s à laisser deviner i sir Williams fiarkter que riolrc :^ i jour auprès de lui ettiédissail trop vite le sang de ims artes es -■
nnv i-ce qu*un horizon duquel pus lieues pour I homme
d'étude <■! d'iclivité? Qu'est-ce qu'un empîrfj à peu p-
ŒUVRES DE JACQUES ARAOO
désert pour celui oui veut tes étudier tous? C'était là ma pensée intime, et Jean-U m la partageait sa ils oser snns rendre compte, — N'csi-ce pris que ce pay%est beau? lui dis-je un soir que nous respirions h brise sous un riche oranger, — Trop beau, monsieur, n>< répondït-ïl ara un profond soupir* — Ces caiiï comme elles si»nt limpide — Beaucoup trop. — Le ciel p comme il est pur ï — Beaucoup trop pur. — Ces fruits, comme ils sont savoureux!
— Infiniment trop; et, puisqu'il faut vous le dire, je vous avouerai, monsieur, que toutes ces le Iles et bonnes choses me vieillissent ci me fatiguent. >h ne me sens plus de force aux poignets, rr, si vous tombiez ;i Peau, je ne sais pas trop comment je ferais pour vous en tirer* Je désapprends l'ciiennë et le dévouement*
— Tu en lis donc qu'un peu de turbulence nous est nècessaire?
— C'est-a-dire qu'elle non s est indispensable, et, si vous m'en croyez, nous allons de nouveau déraper et courir au Jorge.
— A la bonne heure* mon enfant, voilà qui s'appelle parler, voilà qui s'appelle penser
— Oh E vous, mon maître, je devine ce qu'il vous Faut ussi, gu'il n'en soit pas question entre nous, car vous ne
me diriez pas j'irai, si je vous interrogeais.
— Sur quoi veux-tu interroger ML Ârago? lui demanda madame Barkler, qui, venue à petits pas, avait entendu notre conversation.
— Pardon, madame, lui répondit Jean-Jean sans sV
mouvoir ■ Tn.M s, f votre respect, je ne vous h- dirai pas:
il esl des choses qn'f I heureux d'ignorer; el, quand on les soit dis pieds à la tête, il est rare de fermer les yeux, les oreilles et le e.rnr.
J'étais pourpre, madame Barkler était pale, Jean-Jean sauva comme s'il renaît de n oninettre une mauvaise action, et, Bans nous ulresser une parole ; madame Barkler • I moi nous nous primes par le liras pour .-il 1er rejoindre Williams, étendu sur une pelouse voisine,
— Je vous amène un oiseau bien inconstant, dit Julia ■Tnu ton assez joyeux; voilà M. AragO qui songe m son i part, et qui regrette déjà les quinze ou vingt jours qu'il s donnés n notre amitié pour lui.
— NVe3f«YOU8 Heu tenté pour le retenir? demandai le planteur d'une voix sereine.
— Bien, et je compte sur vos efforts pour vaincre sa i êsolution,
— Votre affection m'est bien chère, dis-je â mon tour; mais j'ai aussi une patrie et une famille que je veux revoir, et je sens que leur souvenir s'affaiblit pour eux sur celle terre brésilienne, généreux â l'homme jusquïi lu pmdi-
- Vous ni.*/, pourtant rien vu, me rèjdiqua sir Williams eu s'animanl par degrés; ce qu'il faut étudier ici, ee sont les solitudes où vivent des sauvages indomptés ^ ennemis de toute civilisa don; ce qu'il faut voir: ce sont
imtueioes PuïHS vierges* qui semblent avoir fatigué. h main du Créateur.. L'on oa rien vu au Brésil, quand nu n*a parcouru que sa capitale, son Corcovado el sa rade,
quelque opulente qu'elle soit.
— Lli Mon ! donc, avant de vi
vousqmiicr.je verrai ces un posantes beautés du pays découvert par Àlvarcs Cabrai, et je. m'enrichirai des tn'snrs dont voua me parleï avec i-mf
d'enthousiasme
.Madame IhrkliT ne répondit pas: Julia sourit a mes
— Où trouver ces solitudes et ces forêts? demandai -je a sir Williams.
— A deux lieues d'ici, monsieur, et . dés demain, *i vous voulez partir ce soir, vous irez chez un de mes, unis dont L'habitation deviendra votre premier point de repos,
— h. us une heure je puis me mettre en mule.
— Et moi s donner d. s ordres pour votre départ. Le diner fut triste, quoique chacun du nous fît tons
efforts puni l'égayer; on se sépara silencieux» réfléc hîs, comme si nous avions éle dominés par une sinistre pensée ; la ligure de sir Williams, seule, me semblait plus épanouir ituede coutume» alors surtout qu'il croyait sètn mis â l'abri de mes investigations* Unant â Julia. elle ni'
dit au rewff dune voix si faible, que mon cœur, plus que mon oreille, recueillît celle douce parole. Y a-l-il donc d es boj di ours qui i lèsen t p res |ue aut&nl jue des in fort u n ■ ■
Le soleil n'avait pas encore doré la cime duCorcovado qu un noir vint me dire que des mules, excellentes marcheuses et bien approvisionnées, m'attendaient à la porude l'habitat ion. — Et madame Barkler, demandai p 1 i I****clave? — Ma dn me partie pour promenade avec mari elle; tous dem pas rentrer de Ja journée, me répondit Zinga. — Tu ne n ii unne* pas?— Moi, non; mais moi tromper vous. — Pourquoi cela? — Maîtresse a moi me l'ordonne, — Il snflit, parlons.
Je compris que madame Barkler voulait nous éviter à tous deux les émotions de ces demî-ndieux qui. plus que les longues absences, blessent le crj&ur, et je me lél ici tais des ordres quVIIc avait donnés,.. Jean-Jean était debout; nous eu foui ehrlmes nos montures et prîmes le chemin de rinlérieur par une route éiroile et sinueuse, parfaitement mal entretenue. Quai i>> noirsnous servaient d'escorte; nous les t n- 1 - 1 âmes à chanter leurs airs nationaux; ils acceptèrent avec une grand* 1 joie, et je ne saurais vous dire les mille quolibets que mon matelot leur jetait ri la face dans son humeur joyeuse et caustique*
De temps i autre, JeanJean interrompait les refrains des noirs par des refrains à lui, étudiés et retenus dans 1rs vocabulaires du bord où vous savez qu'on pôle une langue à pari, qu'on fur entendre une musique qui déchire les oreilles comme le feraient do rudes lenaitti .-.
— J'ai l'air de ne pas trop les amuser, me dit-il en se rapprochant d. j m ■] mais je m'en moque comme d'un lil carré.
— Et moi je t'ordonne de te taire, car c'est une étude que je fais en ce moment, et je l'assure qu il y a toujours quelque chose â apprendre en fouillant dans la ^< de ces
noi s que nous allons si cruellement arracher a leurs
solitudes. Ainsi donc* Jean-Jean* tais-toi, sois^age* ou je te décoche dus vous plus (rros que Je bras,
— C'esl liui, me dîi n maielot, je suis aussi muet
qu'une carpe, et, «i voire exemple, je vais étudier ces
illards -|ui n 'mil pourtant pas li h on l'air de savoir grand 1 chose*
Je traduis ici !e chant de guerre des noirs d'Angole; mais s'il est une chose intraduisible, c'est la pantomime vraiment diabolique, vraiment infernale dont Jean '■ lu et
moi i> in- pouvions arracher nos regards, La palette et
la plume, !a prose et ta poésie, sont sans puissance poui de pareilles iiu, ges:
CHANT DE tiL'GlLIU .
Lui -[in- iJ un . i n! I :i ■ . ^ - i i i ■ 1 1 ■ .
ITesl un malheur» un désespoir,
Lorsque h) in n vient dlQS | vi ys noir.
il plein 1 ', le t» "i- 1 - 1 ■ père,
Eli' pleur 1 , i.i pauvre mèft .
Lorsque bhnc vient (lui> pays ihhi
Lor^|uo noir y:.i lIiîiih paya bl inc, On voit coule, b ip de saa&
Lorsque yi noir dans paya blanc*
Chaque coup de chicolte
Lui bi'ijsc une cote Quand noir s'en va dans payshlati; .
Si jamais moi suis 3c plus fort, Blanc vivjni bientôt Gara mort, Si jamais moî sois Le plus JWi.
Pour le niL:t-]i:«nL j'iii tJiiU de limiii Moi. boire \u sang -lu se veine,
A:Ji-i ■)"'■ I '"i 'I*' li t"il.éin;.
Pour le méchant j'ai lant de bai"
i » dieu Tikoub, fais-moi bien Foi i ' El di'.r.ii.n teint blanc aéra mort.
U dieu ïikouli, fais-moi bien Ibrl