‹ Œuvres illustrées de Jacques AragoChapitre 35 sur 82 · I : u i:i- 1 1 linidrc Qui met en poudra Le Liane · texte numérisé non relu

I : u i:i- 1 1 linidrc Qui met en poudra Le Liane

.1 jicui' son sai l iinanL

Femme i moî 1

i «'■Eine-loi

DTN TÛLR A L'AUTRE.

fll

A ee bhnc.

Puis il:ins son ftanc Buta [ftuL «m san-.

Dieu qu il es! bon de s'enivrer 'lit -i; Du blanc !

A moi mon -'■ le,

C'est un grand jour de fêle, Un blanc est HHIS ihu Hi.nir.

Ou ûtt'il maudisse ou bien qu'»] pleure, Vile, vile, qu'il imnnr h M un c*lumac il faim. »

I <mljola t viens m* (il le, IJi'jà son corps peiillii Sur des charbon* ir k% Aux gih i» du rivage.

Hier chacun lut :- ■ • .

D'aiguber bien ses rf<:nls.

Lorsque Mme vient dans pays noir, C'est un malheur, un désespoir,

| r (jT?-|uu li]- il te vit- est dans paya noir»

Si vous aviez vu les physionomies des chanteurs hur» I :i 1 1 1 A pleine voix ces liiili-nx n i us auriez cru

assister â une .! horribles scènes de carnage dont y jn'Viiu-, ai présenté qu'un bien pâle tableau â Poulou-Soue.

M y avail quelque dmse de sa Uni que ride fatal dans les regards de ces hommes nagu ère si calmes ei ei humbles; un mouvement fébrile, convulstf, faisait bondir leurs nerfs; m tour de leurs lèvres Livides gfobulait une salive vmlaîrc, et une sueur corvosive courait nn ridule pressp'c Mir tous leurs membres devenus terreux et puants.

Mais pourquoi le planteur qui nous k>s a va H prêtés leur

fiermeitait-il ces souvenirs de mort et de deuil? Je vouii s le savoir; et. m\idrcssant au glus grand d'entre eux :

— Est-ce que tu as du pl.iisir, lui tlis-je, à le rappeler U douleur de k>s fi

— Otiip maître, nie répondit 41 en s'agenouillanl en si gîte d'esclavage; moi chanter la mort, ; que maître ri ittni nu fnit airin-r la vie; moi chauler ciiicotte. jwree que maître A moi ne *\ï\ seri jamais; si maître â mot s'en & i va il. moi pas chanter, ou moi chanter <n dedans, puis moi

- m. < ii iv, si moi être le plus fort. — D'ou es-tu? — M'Angole. — Toi vendu bien cher? — Oh ! oui, bien cher une chemise bleue et six bouteilles d'enu-de-vic. — (Jni l'a vendu ? — Moi me vendre tout seul, parce que sœur

avant,— Tu l'aîmais donc bien?— Comme In Heur aime l'eau» comme la hyène aime le cadavre. ..; plus encore, c'était ma femme, — On esi-clle à présent '

— £ rpsicL- lout prés; sous des feuilles de ha nnnier.,. Son esprit tè-haut, par-dessus les nuages d'où H voit moi, d*oû il entend moi;... et moi lui parler comme s'il était li, tout prés, n mes entés... Tiens, le voila [.., le voila E.., le voili !

Taïari s'était jeté à terre, h je ne saur ma dire ce qu'il y avait de pieux el d'eitalimic dans l'immobile recueillement de cet hoinmr qui n avait qu'une folie â la tête, ou plutÔI an cœur» un amour saint et snerê.

Ses camarades se tenaient deboul et h- yeux baissés; ils étaient pour quelque chose dans ce drame In lime dont je venais d'être témoin ; mais les moments m'étaient comptés, je dus faire entendre ma parole de commandement, el nous nous remîmes en marche.

fous fîmes halte à midi, an milieu d'une riche plantalion de bananiers, chez un ami de M. IWkler, el, (1rs que

le soleil eut allonger bn arbres, nous nous remi-

n n- en route ii ii'.i vers une ■ ■ talion dont la splendeur rerail ilamncr la palette du putnl.ro et rimnçinaiion du poëie. Vers une heure, nous atteignîmes la déheieusehake promise par M. Barkler, mais nous aimâmes mieux coucher ;i In belle étoile ijin i de réveiller [<■> esclaves ou le maître, el j'avoue que j'eus hv<u in de me reposer de mnn extase et démon admiration avant de pouvoir retracer qm4.|iif.-.sn n e ^ des émoii ons de m t n i Ame »

Pigures-vons un ciel bleu et diaphane, scintillant â l'éclat 3e ces millions de saphirs, d'âmeraudea et de m bis que la main Loule*nutssante du Créaieur a semés dans cette in> m en si lé, un sîletier Iihviiuuilvux etpuétuiue, troublé à de longs intervalles par l'appel amoureux de* oîseaux-mouclies perchés comme tirs diamants au milieu de la cheve-

lure luxuriante des arbres, ri a parfum enivrant apporte par I a fr a tels ( * brise qu i passe, ri ! v i en l et sou pi re à | ra * * srs 1 es bouquets de lieu rs e l de bol s < |ui pèsent sur I e sol ; pa ri nu t la vie el la force, partout la jeunesse, partout l'opulent Sur vns ' . des '■oiasses séculaires, végétaux êlertn vos pieds, i1iiim;LiilK,fîpales, cournnlçà ci la, insectes nucroscopîqnes, Bambeaux consolateurs, reposant la vue lien 'I ■ la fatiguer... et le ruisseau ijni courl < k i In feuille qui tombe, et le peliHenn-nt de la corolle qui s'ouvre, au^ baisers de !a lune el d(* Canopus, Une nuit du Brésil, [

de toute ville, loin de roule demeure, au pied d ■ forêt

vierge» cela est aussi imposant qu'une tempête, cela aussi solennel .[uuri mime plat au milieu de l'océan lucïfique ; cela vous apprend nne religion.

Nous filmes reçus avec un. . rdîalité incomprise dans nos cités européennes; et, lorsque H. Manncl eut appris le motif de noire excursion:

— Vous t'tes bien léméraire, ine dïl-il, dr tenter une entreprise aussi périlleuse.

— Olez le nénï, v<ms oleï le mérite.

— Pourijuoi voules-TOus voyager dans h* chaos?

— Pour l étudier.

— Vovm, monsieur, poursuivit-ïl < i n nn'entrtînanl vrrs une croisée et en me montrant du doigl une unis verdure allant se perdre â l'horizon.., Cela s'appelle une forêt vierge, cela est impénétrable â l'homme; mi fait ifkielijiies pas dans ces massifs, puis on revient découragé, meurtri, déchiré,

— flla charpente est solide, celle de mou matelot inaccessible aux ronces, et je n'ai pas l'habitude de regarder en arriére, quand une fois je me suis mis en route.

— An revoir il une, monsieur*

— Au revoir Manœl.

A peine eùmes-uous fail quelques pas dans celte épaisse il nvihite muraille, qui 1 nous reconnûmes notre imprudence i mata je suis de ceux qui ne savent pas reculer devant une enl rejni.se comment ïv, el ,ïi-ari-,han n'était pas luirnme non [.in s a m 'engager â la retraite. Les mains gantées, le rlsBgeàdrmi couvert il'un larj Lpeau de paille noué an menton, nous nous fpayAmos ii abord nn pettl soulier a travers quelques végétaux île moyenne grandeur, il nnui niatelol, que \v juvcëdais, pouvait entendremes cris douloureux aux ntleintes de certaines lianes épineuses qui me déchiraient les jambes et les épaules.

— Ça vous va* t+il toujours? me demanda Jean-Jean d'une voix qu'il s'efforçait de rendre téméraire pour m'étre agréable.

— Ça me va loul au plus, lui ivpondis-je. Ceci me semble bien épais, mais H est impossible que toute l.i forél soil aussi compacte.

— On vous a dit le contraire-

— Lh bien ! n'ajrons-nous pas nos petites hachi

— Le moyen de frapper, quand on n'a pa> d'espace pour agiter le hras?

— Je le croyais plus intrépide !

— Oh! si ces arbres étaient des rochers* ces feuilles sèches des iames, ces passages des détroits, j'irais lâ T toutes vitiles dehors, pour peu qu'on y vil le jour, mais la nuit commence, el il e&l i peine huit heures du matin. J'enfonce quelquefois Jusqu'à mi-jfmibe dans ces débris, coin nie dans une vase compacte et gluante, et an moment où je vous parle, mes épaules eulés su ni â Tair.

— Courage, ami, m ms arriverons, ^Où?

— Le ciel lésait.

— Il n'y a pas de <ïel ici, il n'y a que dtfs feuilles des troues, des branches et des racines,.. Silence, monsieur, il y a encore -mire chose.

— Quoi donc ?

— N'en tendez- vous pas un bruissement comme une vague qui sîflle >ons In rafale?

— Si, si; c'est snns dont»' ujj boa qui se promène: grimpons .1 u là sous la main une liane qui escalade le ii n t des arbres,

— Er nnù, j*en ai cinq «m s» qui me servent de cravate, c'est pire que les manœuvres d'une corvette; on di

ÛSUVttËS DE JACQUES A H A GO.

rail d'immenses pâlies d'araignées vi et venimeuses. Urimpez-Tous?

— je frim| e.

— Sluî, je suis tu liiitii ; j'aime mieux cel étai que 1rs caresses û^ vos boas de meilleur; maR ne ma-i-on pas dit qu'ils se promenaient parfois sur les arbres ','

— Leur domaine es! ta tnie ; Je reste, c'est l'exception» — Va pur l'exception.». Mais je ne vous entends plus;

on ('h- -viiits dofiCj monsieur?

— Ici,

— Ici* ne Rapprend rien; j'ai devant moi des feuilles dont une seule couvrirai! une iuai>i.ii,

— nV*i nu kmanïer sauvage*

— Ton! est sauvage dans ce pays, cl je vous Avoue que nous sommes encore j Iqs sauvages que huit lu reste.

— Peu i*l u le repos* r !

— Oui, j'enfourche une branche solide comme um vergu

— Kl moi aussi.

— Vous devez être gentil comme ça. Oli! si Julia vous voyait! Ma veste ei mon pantalon soïii déchirés.

— Les m ivos me disent adieu.

— Oli ! si Julia nous voyait, quelle grimacé? Tenez, si je savais jurer, je ferais reii allr celle forêt comme Bavas- Lrg faisait n-ieutir In batterie,

ha voix sonore de Jean- Jean ne nr arrivait qu'indistincte, auotque nous ne fussions guère qu'i une viiigtiiiue de | de distance l'un de l'autre. Nous plantons sur k sol] el, a uns pieds, sur uns lêles, autour de nous, des brandies droites, biscornues, ■ s, glu tin eu ses. courant verlicaleiin ai comme la Décbe du bambou coquet, ou horizon tale-moni comme une poutre jetée pour le passage d'une rivière. Ici des fenil i carrées, épineuses, d'un rouge foncé; là, îles folioles allongées, l'on vert tendre et tomba ni comme les liras duo saute pleureur. En voici de point!»-*, de rondes, de dentelées: eu voilà d'autres de mille nuances, polies comme des miroirs, cendrées, rongeuses, ve- Luulées. .. À qui appartiennent-elles?*.. Vous n'en tapes rien. Toul se mêle, se presse, s'enlace, se confond, el les gigantesques lianes, courent vagabondes parmi ©es capricieux labyrinthes semblent emprisonner dans leurs iuex: tricables réseaux une nature puissante* énergique, qui

S se sur Je sol et quj brave a la fois, depuis des milliers siècles. In foudre, le soleil et les ouragans*

Ici, point d'espace pour l^ile de l'oiseau, presipiepoini de passive pour le papillon déchiqueté, pi dm d'embrasure pour le jour qui vous arrive semblable à la pâleur des ravons lunaires à travers d'une brume d'automne*

Ici, du bruit, mais un de ces roulements vagues, dono ni. prolongés, venant 1 on ne soil d'où, causé par on ne sait quoi, quelque chose d'harmonique et de tci.ndâla fois, serpentant dans ions les mus. tombant d'en haut comme une larme, montant au >o\ comme une espérance, cheminant tan lot avec lenteur, tantôt rapide comme L clair, et vous laissant croire î un ennemi pi et â vous saisir.

Ici encore une rêverie extatique mêlée a un sentiment de terreur inexplicable . Ici lie grandes pensées de recueiltendent, de la relîgi

Vous oublierez peut-être un calme niai au milieu de Tucéan, une tempête dans les glaces polaires, un boucher dil soleil sous les tropiques, un mirage au désert, un simoun dans ie Sahara, Je vous défié d'oublier jamais une foréi vierge du Brésil, quaufl votre vie serait séculaire, quand vous l'auriez promenée dans toutes les capitales, au milieu de 9 eus les archipels, sous toutes les zones.

Je pensai par tous m< m'abritai [tour binai dire

dans un recueil Lemenl profond, intime, qui ne laissait de place qu'à l'admiration; el j" interrogeai mes souvenirs de misère sur les la . «le Téneriffe, au pied des tteppei afriça lues, pour me pénétrer davantage encore de la grandeur de Dieu.

— Au secours 1 au secours ! me cria Jean- Jean d'une vçrïï étouffée ; a moi! monsieur AragOi voici un sauvage^ en voica deux. — Tu rêves* — Je suis pincé, mordu, je tape, mais ils tapenl plus dur que moi; venez donc, ou vous voua en ire/ seul.

Les pieJ>. sur une liane, les mains accrochées a une nu-

ire, je me trouvai bientôt auprès de Jean-Jean, sedéfen" rfant tant bien pie mal couire deux grands sîng< - de la rac e des jockos, qui n'osaient pas trop se mettre i portée de sa hache. Ils sautaient, gambadaient, câbrlolaienl avec di cria aigus, avec d'horribles grimaces, etJor&riu'iLs m'aper* curent, ilâ em bière ni délibérer sur ce qn ils avaient â faire-

— Voila qu'ils ont peur de vous, me dit Jean-Jean, dont Tépaule ruisselait; «j il est vrai 3e dire que vous n'êtes pas heaume suis même surpris qu'ils ne vous prennent pas pour un de leurs Irén

— Tais-loi , riioii pauvre ami , et cache-toi derrî l'arbre. — Vous allez tirer î — Oui. cciii g,

— » Alors vises la femelle, La petite, la musse, la maître; c'est elle qui m'a ehtatrié *es crocs de fer- Oli . h gredine, elle est presque aussi laide que Bavastro.

— Ci c be ■ loi , Jean - J 6fj 1 1 .

Je visai, le coup partit, le singe tomba ; son cunuide prit Sa fuite à travers les branches touffues, et le vertige noi sitâ l'instant même, mon matelot, el moi,

Mille échos répondirent a la détonation; cent mille cris de perroquets bleus, routes, verts) bariolés^ se mêlêretii •m vacarme, tandis t|ue Li - singes réveillés de leur assoupissetnenl hurlaient; gémisïnient, glapissaient el Se joignaient au sabbat; L'ouistiti, >n\ poster si pénétrant; la perruche, m\ sifllenieiil s.i incisif: le toucan, à la plainte si douloureuse; lu cigale* au ricanement si aigu, toutes ces noies disparates, toutes ces vois étrai mêlées au griguoLuinpiit des insectes ^ au c •■ ■ semi ut des crapi au fjùle tnent îles feuilles h eu nées par ces milliers d'êtres is i la vie, formèrent un concert bizarre, in fer uni. qui nous teinil frissonnants el 1er ri liés; et, lorsqu'il se tut, nous eûmes la faculté de regarder autour de uw\- t el nos pieds, nous aperçûmes le singe* abattu à moitié englouti dans la mAcluure d'un monstrueux constrictor.

— AUqna-nous poursuivre u «rre course? me demanda Jean-Jean d'un ton moqueur,

— Non, mon brave, j'en ai assez,,

— Et moi j'en ai trop, y ne diable ! (juand *ju possède un ami, on be le jette pas ainsi aux guenons du pays après l'avoir bminv d'oranges, d'ananBsel de caresses. N'avons* nous ].ns asseï d« choses > raconter?

— En voici une de plu

— Llleesi belle, elle esl propre, votre chose; nuis par on nous en aller'

— Est-ce que je n'ai pas ma boussole

— A la bonne heure! quant d nmi, j'ai perdu la mienne. Tandis que Le boa consirictor achevait ion repss de L«-

cullus, nous réprimée notre rouie aérienne a travers celte opulence - dure écrasante, presque toujours suspen-

dus à i|Uaiiiute ou cinquante pieds du Sûl, e! nous espérions ressaisir le jour et la lîUerlë sans autre incident, lorsqu'un rouleineni de loninrre, el la nu ii qui deven-ni plus profonde nous dirent qu'un ouragan grondait sur nos télés.

— Allons, voici la musique et la sauce, me dit Jean-Jean d'un iiir pileilx; ça ne oouvail p;i> nous maniiuCT; mois

inoïes bâtis pour la misère... Entendez- vous l'orage qui ru n fit- et ces goiiik- 'I '*• Mi qui tombent comme des cailloux?

— Oui, mais elles ne nous atteignent pas, nous sommes

â l'abri.

— ■ Laissez donc, dans les forêts, il pleut deux fois, peu danl el apré*. (Jore la bourrasque.

Un coup de tonnerre, pareil à cinquante batteries en activité^ retenti! dans l'espace- Après lui, le silence»*, ûi- Beauij singea, insectes^ reptiles, quadrupèdes étaient immobiles et mueis. La voix du pistolet avait réveillé Cette nature animée, ta voix île la lempèle la tenait captive, et Lmnblanle. Jean-Jean et moi nous ne nous parlions plus, et la pluie tombait avec un fracas Epouvantable.

Vous élisez dit des nappes de gi'rie laueées contre des iriaques dfi tùle ; vous eussiez cru l'Ucéan êcliappé de son lil, ol planant sur votre tête*

Toul â coups patatras! la foudre tombe, la forêt esl éclairée par une lueur blafarde* rou^câlrè, perdant ou gignani de son intensité, selon Pépaisseur du bois, selon la

■lislaucedcs cotisées ébranlé». el se jouant ça el H comme des âmes M r inu s bu milieu du chaos.

— {)\il ma foi, «lit J^rtu— Jimii accroupi, el nereg irdanl qu'au travers d> ses d dgi mdez-raoi lanl que vous voudrez, mais je vais jurer pour foire chorus avec foui ce qui hurle ici.,.. S i ré r .

Une odenr insupportable de soufre lui ferma la bouche ; et, tandis qu'ell ur nous pour remonter vers u\

régions plus •■*, unu centaine de perroquets, de iou-

;i-, de colibril Loin >érenl sur le sol près de noua, \ phvxiès et siins mouvement.

M. ata le jour se dessina bienîol ; i v , • • ^ -es chaloîctnents joyeux, il nous sembla que nus poumons se dilataient plus .1 : le souri n m i sur nos lé la joie ressaisit

m is âmes énauou tes, ci nous roulâmes i nliu une terri libre. Mon r 1 1 - l . ' . ii moi nous nous embrassâmes ilors com e li font deux aniîa qui tiennent d'échopper ri un grand d Bstre.

— Si lu m'y rattrapes encore, ■■ 3 ï t Jean-Jean avec un

regard de c 'roui et en se tournant vers la Corel qu'il

mî.ii- .- «it du poing, je veux bien que le boj m'avale, que

le joi-Lii rn entame, él que La : rcelte lie Bavas Ire

aèbre Le* reins, Vrai, comme je *ni> un honnéle m.

i lime mieux des ananas a mort, une bonne parole de J cl un si ri ementde main de mon amtÀraêo, que ce - masse de verdure ni sein de laquelle où ne voit qncdu noir» des si tj Lfi-^ el des çr ipauds.

lie reto il* ■< 1 habitation de M. Barklér, je m'aperçus

uon nous recevait avec coutiuiuli . l'amitié tic Jufia me parut gênée dans son exagération même, cl il y avait trop de paroles 'lois nos conversations du soir où dii matin pour quelles ne couvris «-n r pas le vide et L'embarras des pensées, Mon parti fut pris, de nouvelles courses Arrêtées, et [e ne doutai plus du plaisir que mon dépari ca userai I au planteur, quand mon matëloi cuira chëis moi en gambadant.

— > Sa ve*- vous bien » monsieur, me dit-il, que. les maîtres de li maison veulcnl faire de moi un colibri, une pensionnaire, une religieuse "

— Comment cela, mon brave?

— Fïguréi-vous nue ma chambre a l'air d'iiîj huî d'un magasin de confiseur, d'un réfectoire de moines; ici

des caisses de d , lé, ûngl bocaux détruits confits;

jiiirtuut des cotiser tes d'ananas, de m ùg tes, degoïavi dorantes, de citrons et de cocos; h marche dans des bonbons, je uaî;e dans des marmelades, el l'on n'a pas même oublié le madère pour assaisonne* toul rela.... liais que veulcnl -lis donc ces plan Leurs d<- moh îméî

— Hélas! mon pauvre ami , lui dÎK-je avec amertume, ils veulent que nous parlions, i!s n mi renvoient, ils nous mèlienj è la porte, ils noua • i non

lâches de rester un jour de [dus ici.

— le vous coin pi nids, monsieur, me répliqué Jea Jean d'un sir triste et réfléchi, el nous serions plus lad encore en accepta m leurs cadeaux. Nous mangerons du biscuit, nous avalerons du requin, nous mâcherons du lard, ça cndre avec nos tempéraments, el nous né nous ferons pas du tout religîi use,c coups d'ananas, Âe pastèques el d'oranges... Filons

— Dès demain, mon ami, mais suies prévenir pers

n dire, sans nous plaindre.

— C'est r-. comme de véritables gaillards que nous sommes.

— Viens, Jean-Jean, descendons a la ville, cl sachons s'il y a un navire en parlante.

— 1] doi' j m avoir, monsieur i mais ou irons-nous?

m — Qui m porte, nts n ms | mt, Le j»lus

loin possible,., Iles cœurs Licdes el ingrats!

— Ça veut dire à l'antipode, poursuivi i le matelot en secoua ni la i

— Dcujt lie ures après nous traitions po r notre passage avec le capitaine d une corvette hollandaise, qui voiïlail

re escale à Sainte-Hélène, et remonter la cote d'Afii jusqu .m Maroc, utilisant son voyage par de*, cebau rec les naturels de ces contrées à demi inconnues,

— Cela te va-t-iï? de mandai -je â mon lit! ■■!■■ .le:ui- Jenn.

— Tôul me ira, monsieur, me répondit Letn&tetol en me serrant la main ivre énergie, tout me va, pourvu qu'on

rherche plus i me noyer traîtreusement dans Les eil.ii--

njeîaiii-^ et le< sirops.

— Donc â dcm.iin, mon brave amî. i le lever du soleil.

Nous dînâmes en ville, puis nous allâmes visiter le i teau royal de ^an-thristonne, la rue dé Vailohgùe, pu -. tiennent îes hideux marchés <ie noirs t la place San la -Anna c1u;li|u<! infecte où l'on a bâti eu boîs une Immense arêm

se

■ ne

pour les courses de taureaux; el le soir, quand les étoiles commencèreiil fi paillêler le Ciel, nous rentrâmes à Tliahilation de M, Barfeler, où -| ils veii-

nt «'iicoiï.

Cépenaaui, partir sans témoigner noire gratitude pour le bon accueil qu'un m mis avail l'ail toul dSibord me wanil un manqué a égard si coupable, que je no- décî lai le Lendc.mnjn, ri me lendre â rappartçir ■ ML Darkler, cl i ù «lin- combien j'étais touché di . prou je lui annonçai t Lépayt pour le soir même, et le planteur, en ine présentait! iittcclueus I La main, ne Itl aucun * i lTor! poiir rué retenir.

{Juani à sa fiiiiihi . je me dnidni a ne pas la voir, de peur

tre vaincu dans ma résolution, et je courus auprès y\* Jcnii-Jr.ïjj pour lui ordonner de raire ses pa juets.

J'allais ouvrir la p(.irte île sa chambre, lors 1<i vols de

madame Barkler arrêta ma main déjà placée sur le lormet.

— Il est donc bien heureux 1 1* ■ imus i|nittfer? dis. ni JuJm au m.Lieloi. debout, ci les bras croi es devant elle.

— Si heureux, m id me, qull en pleure comme une Jjïche blessée, ou comme un vieux marin... Ça n'a pas de

ur, nr.-l ime e.i se ta il un ami a sa foçou • n l'ni deux, trois. .|u;jtre, ça les oublie bientôt comme mi mauvais dîner ik bord.

— Où va l-il.' demanda JuLia d'une vois attristée

— Est-ce qu'il le sait y Nous allons \A «m i'. ça non S est égal , mais ce ijui me vexe, c'est qtïè uous allons encore revoir cei e mis- e Afrique nii les lions et les tigres ^ p amusenl û déjeuner de notre chair sans la tâcllrea \è liroclti Sous y laisserons notre peau, c'esi sur.

Puisqu'il -i! dans cette prévision, pourquoi t{tilliet4l \\ Brésil^ dernâUdaJuHà, pré voyants ans doub La rejioi qui lu til faite,

— Ali! vbilA le hie!... Il dit la-dessus des chb perte de vue, el il est .sî i incuqu f il a raison. n,U(! je n'ai pas osé lui don lier m: ilètin-nii, moi 4>ii né me

pas toujours,

! iitiu, que dit* il? demanda madame Barkléravéc n impatience nia! dëghisee.

Il dit. nt.-ui me, une vous ne voulei pas de lui, s I- mettez ■< la porte, rtiiê vous le chassez, él e.i lui n fendu Le c/eur en quatre, et î taoi Jeeb : Jéatt, ci mi Ta

Coupé en deux

— Mon pauvre ami, dit tristement J u MA \ Bien, i|iii faii lé ciel ténébreux ^n pii lie ans i dans notre Ame 'h s passions saintes ou lata!< e u*esl pas n ms quj laillohs noire vie, ce^oui le^ événerriénts <jui se succédebl ce Sont les êtres • | n î nous entourent; a m souffrons par les autres ut pour lesaulres; notre spufîre d'est presrrué jamais à nous, et si l'égoïste u u - en ce monde, il n'n pas non pins de Li ïses. Pourquoi iac \u nim ne sommes-nous pas • ois te*

— L'égoisle, c*esldônc ça: il n'aime rien, ni la pLuie, ni Le beau temps, ni le calme, ni \A tempe! '. ni la bonne femme, ni le mauvais ctuur, ai sdn j ■■?

— C'est bien *' la.

— I. 1 volts voudriez êtn ^le, vous, madame; c'esl-4dire, pierre, caillou, tronc U'ârl idron, Itldtlstiqui allons Uoie ùf votre respect, vous û'aveï pas le sei commun, vous Là i dans deux cour.mts oonlri vous ries aflalée sur une cote & j>Sc, vous meniez ■■ moi, vous mentes û vous-même cl je ne suis pas étonné du rouge qui voiis couvre la Bgure.

— Bïon vieil ami ' . . .

— Tene*, voilà que je vrius y prends, vous m'appe! voire ; 1 1 i . donc vous n'êtes pas égoïste; \ous aveï -les la ur -s plaids les veux, donc vous n eles pns égoîstëî vous

OEUVRES ÛË JACQUES A II A GO

fa es venue me voir ce matin, vous me demandez de voire voix Il niée oïi vn mon maître, vous tremble/, pour moi, vihh tremblez pour lui, pour vous aussi peut-être, donc vous n p êtes pas égoïste; et si M, Arago vous entendait, il vous sauterait an cou comme je le fais et vous appliquerai! un erns baiser mu- vos deux grosses joues de pomme d'apis. Mbit. '

J'allais entrer, Jiilia sortît, d nous nous iroitvrnm -s face :i face.

— Adieu, an- dit-elle en me serrant la main, adieu, Jacques. — Adieu, madame.

Je ne me couchai point, je passai cette dernière unit brésilienne dans le jardin de M. Barkler, et des le point du jour j'allai frapper à la porte de mon matelot.

— Lève- teli Lui dis- je, nous ne séjournerons pas une heurt- île plus ici.

— Ifaitre, me voici debout, me répondit mon vieux camarade. J'ai revu ♦Tulîa hier soir après que vous m'aves eu quitté; elle est venue essayât de m'enjoler par ses mielleuses paroles, elle m'a dît ci, elle m*a dit ni; mais j'ai trouvé ses raisons si mauvaises et ses procèdes si peu ma* lelot, que je lui ai rendu ses confit' ses fruits el ses marmeWrs ■pi'r'.l^ ■• (ail enlever â l'instant même. J'aurais voulu, à vrai dire, qu'elle eût oublié le madère! mais il parait que Les grandes dames oublient tout, jusqu'à l'amitié qu'on a pour elles; aussi je pars sans le moindre i ■ gret,

— Ainsi donc, ell" • venue ici? demandai- je d'un air pensif.

— - Ouï, monsieur,

— Que t'a-l-eHi- dit?

— Ci el ça, pas davantage, c'esl déjà trop; cependant je crois qu'elle voulait me dire nuire chose, car enfin on ne se dérange pas pour ci et ça.

— Tu as raison, Jean-Jean ; mais enfla de quoi se coin* posaient ses et el ies ça*

— De mille bêtises] plus bêtes 1rs unes que les autres; pr exemple, qu'elle voudrait et qu'elle m 1 voudraïi | ■> , qu'elle est plus esclave que maîtresse, qu'elle a de La tristesse et de h joîe, qu'elle désire que je parte et que je reste... comme si c'êtnii facile; puis, ce qui m'a vexé au superlatif, c'est qu'elle ne m'a pas dit un mot de vous, et ne m'a pari** que de moi. Ur, comme je crois que j'ai eu le malheur de lui donner dans l'œil, filons noire nœud et 1 tissons notre grand foc-

El fallait ntiéir â notre destinée. Mon brave matelot et moi, précédés pai deux noirs qui portaient notre bagage, nous descend i nies jusqu'à la ville; et, après nous être jetés dajK une pirogue, nous fîmes pagayer jusqu'à la corvelte mouillée pr^s du IWi de Villagagnou, Mais quelle fut notre surprise, lorsque le capitaine, en nous accostant, nous dit qu'il avait reçu pour nous, La nuit, â notre adressé, un grand nombre de i -.lisses de curiosités du Brésil el des provisions de bouche.

— II h bien! il y a dn bon dans lOML ea s'écria .Iran - Jean; cette femme a le cœur aussi doux que ses confitures, et ses manières plus parfumées que ses ananas- aussi, ne pouvant lui renvoyer aucune de ses catesi s, je lui rends mon estime, elle en fera ce qu'elle voudra-

Dans une boite de bois de sandal, dont le capitaine me remit la clef, je trouvai deux lettres, l'unede M. bai khi, l'autre de sa femme*

— Je noies lirai pas! m'écriai -je; el, les lançaul â l'eau, j'allai m 'asseoir sur la drame.

— nui sait, me dit Jean Jean un quart d'heure anr pont ri n' que ces chiffons de papier contenaient des choses qui auraient pu me consoler; if faudrait les lire,

— Impossible, maintenant.

— Bah! est-ce que je oe nage pas comme un marsouin? Les voici s l'eau de 'mer n'a pas eu le temps de les pomper,

— Tu as en tort, Jean-Jean,

— Laissez donc, monsieur; ces Lettres, c'est comme g

confitures èl nu ni madère, on les refuse tout d'abord, mais ou rsi bien aise plus tard de les retrouver; moi. j'avalerai hoil vii par Le gosier, vous numstenr, par les veux; et je parierais beaucoup contre peu que vous ne m'en voudrez pas du bain que je viens de prendre à votre prolit.

C'étaient des adieux touchants d'une part, c'étaient des re merci ment s de l'autre; une bague de grand prix , oubliée Sans doute par madame [i art 1er, se trouva il dans ïa boîte; j'oubliai aussi de la renvoyer, peut-être un jour pourrai -je la lui rendre.

Je ne saurais vous dire avec quelle émotion je Es mes adieux ;ï rettr (erre du Brésil, sur laquelle le deï a répandu tant de bienfaits. Bu large, mes yeux avides interrogeai eut la côte qui se dessinait comme un géant couché sur le dos, dont le pain de sucre du goulot forme le pied... Petit à petit tour plongea dans les Ilots, et le navire, mollement lulancé, courut au pins prh, mais sur une mer tranquille, vers la terre s une..,

lïi'las! les vents changent plus vite encore que les passions des hommes. .1 une brise carabinée du sudouest nous i*rïi par les lianes et nous força de courir vent arriére pendant quelques jours. Sous la ligne, les calmes et les grains se jouèrent de nous avec un iuconcevanle caprice; aussi, le capitaine impatienté lit-il mettre lecap au nord-est, vers le S- 1, qui avait rranpé ma mémoire de tant de tableaux affligeants. Mon matelot lit une grimace horrible quand il apprit la résolution du commandant, et parodiant do moi :

— Sons al lu u s en voir de belles, me dil-Ll : encore du snble des lions, d . un soleil de feu, et toutes Les mis re . . . Qne ferons-nous de ces contit tires et de ces fruits qu'on nous a donnés au Hn 41 '.

— Disposes -en i ta guise, mon brave; quant à moi, j f ai

-ï projets, .i ji- ne sais pas trop si je ne unis pas lejaribi

les vents contraires comme de vrais amis,

— Allons, allons, monsieur, je vois que vous avez envie de faire quelqu'une de rrs hètises qui vous rideront le li ut avant L'âge. Kn attendant, comme la brise est faite,

'■"i e les matelots,, mes camarades, sont devenus mes

amis, je vais les régaler : les cMoyens d'Afrique ne goule»

ut pas â mes sucreries, i effet, une espèce d'orgie eut lien sur le pont, sans cri*, sans menace; une orgie de bord, entre amis, entre camarades, * i par malheu u- Jean, qui donnait Pexemple des libations copieuse >■ trouva tellement indisposé le Lendemain, que je me vis contraint, â mon grand regret de lui dire un douloureux adieu,

— Non, non, par u bon ange! me répondit le brave

matelot d'une voix souffreteuse, il est des ami; i . i deï* veut se rencontrer ça et la- que vous partiez seul, on que je vous suive, nous" nous retrouverons, monsieur Ara;, soyez >-lï sur...

Qu'est-ce (pii est plus capricieux que les hommes? les éléments.

Jamais navigation ne fut plus singulièrement n'i dentée que la notre- pendant le jour nous avancions de quelques Lieues que nous perdions pendant la nuit, el Jes matelots avaient beau se lancer à rappel en jetant n l'air le pins de voiles possible, nous faisions sou veut la route sans clu miner*

Ces heures de mer sont les plus fatigantes ;i cou a sur, ce sont Les plus écrasantes pour les hommes avides a activité:.. La vie est courte, j en conviens avec vous, mais qu'elle est lente, quelle semble éternelle, quand votre regard fouille â un horizon peu éloigné, sans que vous p inssie/ l'atteindre !

Je savais (pie mon brave matelot ne m'a val! pas quitté ; ruais, pour le punir amicalement de si désobéissance, je fei gnis d ignorer qu'il fût â bord : et le drôle, en se goudronnant la figure, s'était il a ! lé d échapper à mes investira- Lions,. ,, l/œil a moins de regard que ie cœur, etj'aim is Jean- Jean comme un Irère.

Ahî ah! voici du tnuivrm, du terrifiant,., cela me va, quelque monotone qiul dohi être, quelque meurtrier qu'il se dessine. --

Je prends ma plume, mes Crayon*- >yjfè cherche à ira*

duire.

FIS Mî LA VKEMIHIiK J 1

UlTÎt,

MABESCQ ET i--. l HITEURS.

lOKUVftES DE JACQUES 4R\GO

D'LiN POLE A LUTli

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