C 11 ME PLAT
- DEUXIEME l'AIrTIË. —
Il y a deux mois a* peine, bu cap tlovn, les Ilots Lôurbil*-
lonnanis >*■ ruaient en éclats sur le na^he, le Luiraient comme une flèche ailée vers rhomon, ['élevaient aux cieuï, et le faisaient retomber de tout s<in puirls lI.ms l'abîme entr ouvert. Cel.i < ; Niit çrnnd et l»o;ui p ci 1 1 était terrible el sok'imeL In détordre en faisait la magie; maïs je n'ai pas encore assez bien vu ( disses admiré pour vous dire re que c'est qu'une tempête, ce que c'est qu'un ouragan ; le jour
n'est pas loin prHi-i'irr 011 je vous en Apprendrai davantage
Hier, li mer était turbulente, h lignée, pcumeuse, maïs on s'apercevait que ci j n'était poml une fureur croissante : au contraire» et Ton pouvait juger, sans ravoir longtemps étudiée, que sa colère r ta il une colère épuisée, tjue ses mugissements étaient Jcraled'iuie [jrutalite amortleïles venu el la foudre avaient passé par là; l'écho de h lempete releirlissait toujours, et pourtant ce n'élaîl qu*un écfio, c'est-ê« dirciin emportement sans menaces, nue fièvre dmimirini. ou plutôt des paroles de pardon
Aujourd'hui, le calme est venu, calme profond comme !■■ désert, silencieux comme la tombe; plus de gimllemeiiis
tUftt? + — fVF. MMOS '..*.■ M i ' , 4 : à ■ a I,
OEUVRKS DE JAQUES AftàGO
ans Sots, |»lus de brise à l'air, plus de nuages ia ciel; ^eulemeiH là-bas, Là-las, a l'horizon, des masses noires et fantastiques, qu' main invisible et puissante lient suspendues, prèles à peser de nouveau sur l'Océan assoupi.
Vrkyefc, yayez maintenant.
Un" large soleil, déployant toute sa majesté de roi de l'univers, inondait l'espace de s<^ millions de feui croisés cl trônait sur l'immensité avec L'ouragan* qui avait n veillé toute h nature; les m nu si ni eu se s haleines s'étalent montrées â l'air comme pour essayer leur force >■( leur puissance ^ les bancs immenses de souffleurs, rapides et bruyants comme la leinpéte, glissaient sur les Huis, e; en quelques instants se jmri aient d'un horizon à l'autre; les brillantes bonites, les dorades, plus belles encore» avalent quille les profondeurs de l'Océan ei passaient, inquiètes, sur le dos des lames tourmentées. Le gigantesque albatros, sombre précurseur de œ§ Jours de deuil, avait envahi les airs, qu'il fouettait de IOH aile vigoureuse, Et maintenant rien, absolument rien, ne se meul, rien ne se montre sur L'Océan assoupi, C'est part oui l'immobililé el le silence; la surface des eaux est aussi polie que In glace la
pins pure; lu mouton du Qap a gagné gion •1 s pôles, les turbulent! marsouins nui émigré parles moîis silencieux i l'Océan, l'air el le ciel « semblent avoir demandé une irêve pouf se reposer de leurs laiLui ei letrois-iniit- m centre du vaste cercle qui l'emprisonne, es] cloué el Usé sur sa quille de cuivre comme .sur un rp* 1 h 1 sous-mann; «m, si un dernier soupir d'à* gonie de l'Océan, après lequel loul meurt, un de ces semoirs que l'on devine plutôt qu'n I al, des
léger dôme sur la surface 1! ux ( le Dartre, alors enclave docile de I impulsion, se penche .i tribord, puisé Mord, comme Le ferai! un berceau à la dernière oscillation don-
■ par une nourrice attentive et tremblante; el puis l'immobilité [use de tout son poids sur le pont et glace toute espérance dans le cœur. Le soleil n passé dix fois sur nus laies, ri rien n'annonce que la nature veuille se réveiller; c'est toujours cl partout In triste harmonie de h mort, la grave majesté du silence; c'est Dieu qui semble méditer une njnivelle création ci vouloir cor son œuvre im* parfaite. La constance du matelot se lasse; ses muscles s'énervent dans celle écrasante inaction, à laquelle il nevoil point de limites; sou pied i mua lient a beau frapper en mesures égales et régulières Les bord. u' -s du ponl attristé; il . beau humecter ae saianguea demi sécbée le dos delà
■ru qu'il igUe à l'air, pour chercher à deviner île quel colé soufflera la première brise, rien ne lui dil que ses eux son! prés dêtre exaucés, l i « ■ 1 1 ne lui (Lit qu'ils léseront un Jour, Pans sa rageuse Impatience, il s'empare d'E niissr. il. armé d'une rude garcette, il Fouette le
tïauvre souffre-douleur du bord, dont le cri aigu doit, seon sa croyance lilhdi naine, appeler lu I irise oubli
Le$ terribles 1 jurons, qui avaient Autrefois sccomfeagnë In voix de li tourmente, relentrfseril pins rudes m [dus éncrgiijiies; ce sonl les fris de fureur du lion pris dans des
uz de fer. L'ennemi est là, sous les pieds, sur la il ne vous l'Hiche pas, il ne voua heurte pas; il est, il vit partout, terrible el puissant, et vous ne le voyez nulle
part.
Gomment frapper l'invisible? commenl vaincre ce qui est el ce qui n'est pas?
Si, pour s'attacher encore à une dernière espérance, on Livre à elle -même La haute voiie du navire, a [in de S* assurer que, dans une zone plu <■■■. il ne règne ji
ilence, la Lourde tombe de tout sou poids»
P m sur La vergue, vainement tourmentée, ci semble un I m-i-ul mort .nai rejeté sur un cadavre.
Vous avez vu le calme du jour; celui de la nuit esi plus imposant el plus solennel eti sore, car ici un contraste de rhaipie in:>ln<il vous rappelle ipn 'es dans l'inactic
^sapus et Sirius. ces ■ 11 plus éclatants soleils de IV- II}! re austral, iiont les maires rayons nous arrivent si vifs el si limpides, se léveut pleins rie force; autour dec m, globes se montrent imir a tour, marchent el
s'effacent coiume d'humbles tributaires, ces légions imliles • j i j ï peuplent l'immensité des dieux, et, quand tout se meut la-haut, toUl est immobile iei-b
quand tout se dresse et monte, -se et se couche, vous
il, s la lî on n [lire dans le monde» vous n'avez poiuL de vie, vous êtes mort au centre d'un monde vivant
Cependant l'équipage, affaissé par La Lassitude de l'inaction . s'assied sur la drome et les porte-haubans, les regai tournés vers le point de l'espace d'où est partie la dernière brise, triste et recueilli, 1) attend, avec la résignai 1 d'un condamné, que l'heure de La délivrance arrive, fout à coup il •■> lève, trappe comme par une commotion élec- Jiique ; le cou tendu, Le* yeni d'abord ouvert ins ri. a
voir, il écoute le silence el regarde marcher l'immobilité ■ mais il i senti sur son visage un léger et imperceptible frémissement qui lui dll que ses bras von 1 être occupés et ses heurts vivilhies... lin tuas trompé, la surface de l'eau se brise, se ride; ce n'esl plus cette nappe immense d'huile doui rien n'altérait la purWf». cest une • meul el chemine; le léçer courant s'élargit dans *G marche, déjà h- navire l-mit et frétille. Les VOÎleS, déroulées, frôlent avec un doux murmure; les mâts, coquets et étan- 1 5, se courbent avec grâce; un petit sifflement aigu B chanpe de toutes les manoeuvres; h beaupré de la gabarc se lève avec majesté, el L'avenir s à te . et
•tant.
De ions les grands phénomènes que la mer oiïre â L'admirai i>m îles homme* intrépides qui osent parcourir Océans, le calme niai est, sans contredit, te plus n
nt, le pins terrible, le pins dangereux, le plus dévora* leur; La ^ïe marche avec la tempête oui mugit, elle s'éteint avec le ohm: qui se tait. L'énergie le voire ennemi vous don tic d»: l'énergie, et L'un ne se redresse qu'auprès de qui
aye A* nous eiuirtier. Itiun n'est mortel comme L T &tLenfe H le repus !
Maintenant. ave/,-\uis l'idée d'nn calme pl.il au milieu
de l'Océan
iïtTB»uéLÈiiB, — i or tu i:r: ne s m. ni..
Décidément, le ciel ius est moins marâtre que nous ne l'avions redouté; nue large tjtude est ouverte I mon ambition vagabonde, el quoique le rocher bitumineux vers Lequel pique le navire soit encore sans poésie, quoique cette île un lave aeftcipeiiH 1 de jalon aux navigateurs qui doublent le cap de Donne- Esjiêraiice, ÎL faut bien que je m reposJ rec ma lète, avec mon cdiui\ avec peu de joie 1 rame, avec l iup de larmes dans les yeux.
Sutves*moî«
N'cst-e^i pas .eus nie pardonne/ une course à tra-
vers les années qui viennent de s'effacer? Depuis quelque je me reconnais homme el je me trouve | enseur sérieux; vous me suivres d ion, car elle est
grave, solennelle, et je suis certidn ljuo vous ne demeure*
e pas liédesà me ivenîi
Le jour se lève pur el limpide ï le soleil, radieux â l'horizon, va trôner bientôt dans tonte sa majesté,,. Deux suleils rivaux, tons deux usurpateurs du monde, le premier h [liant de toul son éclat, chaud de tous ses rayons, toujours lâ-haui, à la place que la Toute-Puissance lui s mie 1 is assignée; l'autre a jamais éteint et reposant dans une
i]i- h l ive; cette île du deuil et des grands s uirs T que
nous voyons Là-bas, Id-bas, pointer el dnmlHi t les HOU:
Chapeau bas. . S iinle-Hêlene!
Nous sommes tou^ debout, pour suivre dans leurs wriri. . s lis mille Binuft c&\ ossem( fMcftin jeté f Peau api'i s une commotion volcanique. Voici la rade, tes corvettes cingle ni vers Jnmes-Tovirn. — Rnnge i carg-uerles voiles! ^— Amène el *r' r — Y la chaîne. — Momlk^ — El YAstrutabr et la l tille 1 Se