U UN POLE A L AUTRE
santé du corps, alm qu'il nous donne des forces pour nou* ■ ii nos femmes ri dos enfants.
— Votre religion vous permet- «1 le plusieurs femmes?
— Fïotre religion ne nous en permet qu'une seule, qui veille sur ses entants [nul qu'ils oui besoin d'appui; mais dis qu" ils nous sont livres, ils parcourent avec nous les pampas et ce s. ni bienloL des hommes,
— A quel âge cessent-ils d'être enfouis?
— À auinze tus, nos lils doivent avoir vaincu le jaguar et bravé le narnperâ.
— Inr.sque ce vent redoutable nivelle vos plaines, que lui opposez -vous?
— La ruse; et c'est le cheval qui nous L'enseigne, Dieu seul peut arrêter le pampa dans sa course^ contre le pampera, le lazo, le poignard, les boules et le cuçhilîo sont sans puissance. Il gronde, il pari, il s'élance, il est là eu même temps, il ne connaît que La ligue droite, il attaque, il renverse, il brise, il charrie tout avec Lui ; et, je Je répète, Dieu seul a le pouvoir de l'enchaîner,
— Tu ne mas pas dit coi ornent vous Lut échappiez?
— Dès qu'il paraît, le cheval hennit, il se couche, nous nous taisons un rempart de son corps et la menace de Dieu s'accomplit,
— Croyez- vous, demandai -je à Pouha-Pouhn, que Dieu is envoie le pampera comme un châtiment?
— Dieu ne châtie jamais, me répondit-il d'une vois, plus grave. Dieu créa 1 homme pour la lutte, elle pampera pour la destruction ! Uïeu créa les ilôts pour envahir et les
ijjes pour leur opposer une barrière. Puis il a laisse ma relier les siècles.
— Cependant P vous avez chez vous des mec haï ils et des bons; comment rêcom pensez-vous ceux-ci, commun pu* nisscz'vous ceux -Là ?
— Ij s derniers sont hvureui du bien qu'ils font, les autres punis par le bien qu'ils ne font pas.
Un mouvement presque imperceptible d 'impatient du Pa Lagon me Si comprendre que je ne devais pas pousser plus loin mon interrogatoire sut sa philosophie religieuse, et je changeai de sujet :
— As-i U jamais couru de grands dangers dans tes cour au sein de les déserts ! deuiandat-je à* Pouha-Pouha, certain d'avance de rc< tieillir une réponse héroïque.
— Ijï danger, me dit-il, n'existe que pour le Idche; L'homme de cœur ne le voit nulle part, ou plutôt il court au*devanl de lui. Mou fils aine n*a que dix-sept ans, |ioursuhii-îl avec un sentiment d'oifueU tout paternel, il partit un malin de sa cabane et rentra le suir porh-ur de i| belles peaux di« tigres blesses tous au cou et laces par les (Unes- Mon lils lace le poumos, l'autruche et le condor [ilanant sur s:l tète; mou fils vaut mieux que moi. qui, pourtant, vaux quelque chose.
— Tu m^B parlé ne cabane, vous eu possédez donc?
— Sans doute, mais elles appartiennent au sol ou nous Les plantons; aujourd'hui nui la plage, demain dans Les broussailles, une autrr fois sur le m un met des montagnes ou au milieu des forêts,,. Je crois te l'avoir dit. noire pays est vaste et nous tenons à prouver qui! nous appartie nu
— Mais en Ire vous u'y a-l-il pas quelquefois des luttes pour la jinssi ssion "l'un terrain ?
— Jamais. Le premier venu est le seul possesseur, l'autre se loge a cuirs aussi prés qu'il le veut, et il n'y a de rivalité entre nous que pour l'attaque du jaguar qui va pousser au ciel ses rauquemenl>.
— (Jue fai tes- vous des peaux de vos victimes?
— Sous en couvrons nos cases, elles nous servent aussi de couches, et lorsque nous en possédons une certaine quantité, nous allons Les vendre â Buenos-Ayres ou â Mon» tévidéo-
— Quel esl le prix ordinaire de chacune de ces peaux?
— Les plus belles, celles qui ne sont trouées qu'au vi -ulre, nous les donnons pour deux piastres*
— Ne les échangez-vous pas aussi contre de t'eau-devie?
— .Oui, mais celui qui te parle n'a jamais bu que de L'eau. \in revanche, il fume le jour, la nuit, ;i toute heure;
an ne c'est ma joie, ma famille c'est mon bonheur.
— Comptez-vous les années comme ig-tn quel est ion agi' '
— Nous avons trois Ages, pas plus : l'enfant, riinmmc et le vieillard : celui du milieu protège les deux a^res.
— Où allez-vous après la mort ?
— U roips sous terre, L'Ame au-dessus des nuages, par delà les à lairs et la foudre, prés, bien prés de Dieu.
— Mais les méchants .'
— Us en sont plus Loin, c'est là tout leur châtiment, pour me servir du mot que Lu as employé tout a l'heure.
J'allais poursuivre mou interrogatoire liiisqu'ini siffler aigu se fit euiendre.
— Tais- toi, me dît Pouha-Pouha en se dressa ni de toute sa hauteur, comme si déjà il était en présence d'ua ennemi redoutable.
Un second sifllet retentit, maïs avec une certaine modulation»
— C'est lui, s'écria le Patagon avec une joie indicible et les yeux brillants de flammes, c'est mon ÛU bïen-aimé : Dieu soit bénïk.<
Pouba-Pouha répondil au signal donné, s'élança hors do ranci)*, et bientôt le père et le tils se jetèrent dans Les bras l'un de L'autre*
C'était une joie intraduisible, c'était du délire» de La frénésie....* Les fronts se heurtaient, Les cœurs battaient
l'un sur l'autre, vous eussiez dit deux résurrections
J'étais en extase.
— Ton cheval n'en peut plus ! dit Pouha-Pouha.
— C'est qu'il est venu comme le pampero,
— Tu mapnortrs donc une bonne nouvelle ?
— Mauvaise, mon père ; très-mauvaise,
— Parle vile, en espagnol, mon voisin est un ami.
— Un navire anglais est venu, il y a quelques ji»«n mouiller dans la baie d'Altos; il manquait de vivres, nous lui en avons donné; il manquait d'eau, nous lui avons d urne de l'eau, ainsi que du bois dont il avait besoin pour sa mâture. Oh ! les lâches ! Gli ! U -* infâmes ! Oli ! Les maudits :,.,
— Ha te* toi, Kaléa. parle; tu vois que je souffre, que je marche sur dès charbons ardents.
— Figure-toi, mon père, que ces misérables, abusant du fa confiance de nos femme*, qui étaient allées leur apporter des provisions à bord, ont levé L'ancre pendant
la nuit, entrai nant avec eux six tilles de ta bourgad a
sœur,
— Es-tu Anglais ? me demanda Pouha-Pouha d'une vois de tonnerre d-ljout devant moi.
— ,h ne suis pas Anglais, Lui .répondisse eu lui serrant allée tu eu sèment lu main.
— Tant pis, tant pis, poursuivit-il avec un geste menaçanU car ma vengeance ne se ferait pas attendre*. r
— Nous pouvons espérer encore, interrompît Le fils, les ravisseurs courent au sud, ils ont dit qu'ils voulaient passer par le détroit; on piHirrait 1rs y attendre.
— En route, Kaléa, el que nos - éperons déchirent les flancs du cheval.
Je n'étais plus la pour !< igon ; lui et son Lils montèrent le coursier a demi vaincu, et bientôt ils disparurent à mes yeux
Six mois plus tard, Les journaux d'Europe publièrent qu'un joli irois-m.Hs de Liverpool, qui passai l par le détroit de Magellan, s'était vu attaqué par no grand nombre de farouches Pa lagons, que roui l'équipage avait été lâchement massacré, et que plusieurs femmes sauvais, recueillies en mer par les Anglais, s'étaient vues enlevées et conduites au milieu des déserts.
Rapide comme le pampero, impitoyable comme lui, Pouha-Pouha s'était sans doute élancé vers la terre de feu, et avait attendu le trois-mftls au passage*
J'ai lu quelque part que la Pa ta gonie est peuplée d'hommes inhospitaliers, en lutte permanent» avi-u |i> uviioii?. Civilisée- 1 1 ne vivant que de pillages et de massacres.
Pouha-Pouha, lu as accompli un acte de justice, tu te promèneras au-dessus des nuages, prés, bien près de ton Uieo, qui veul que le père protège sa fille et châtie le traître et le ravisseur.
Le soir même du jour où je suivis le Pat --m dans le
OEUVRA DE JACQUES àRACG;
rancbo, j« via venh i La berge, du homme petit,
tin |i u „ basané, qui, me par le hrâ>, me dem
cavalièrement le sujet de ta conversation que i'avaû i le san, habitant des hmiuas. Surpris de cette in-
discréfron, je refusai totil d'abord de réj Iret mata ta
i{ ne si tn u me fui adressée une m de fuis avec la ni île coui i , un 'il me devint impossible de garder plus Ion
le silence, et que je racontai les coniks L |ui venaient de nVêlre fi
— Est-ce bien tout ? me dil l'inconnu en plon^crtni. sa prunelle dans la mient
— Quel motif me forcerait eux réticence
— Que je? la crainte pe : m'aûïigef on de m irriter,
— Mais je ne vous commis pas.
*— Je \ iiiiiiis, moi, senor Santiago Arago, et je
ne vaudrais y ■• u v\ us i ut dit de ma famille t\ de ma ■-!■■ s choses que • <ns seriez fâché plus tard d'avoir écri i publiées.
— Vous avez un grand ai or moi, répnndîs-je ■I interlocuteur: vous qui je buis* j'Ignore a qui
j ««rie ; voua connaissez le moiif de h conversation ■ pie vous venez de provoquer, et je cherche i n vain celui de 1 i nterri ro que je consens â subir.
— Pardon, senor, vous saurez tout dans on instant, et ce n'est pas moi seul i|ui suis m voe cotés» mais bien un village, une provin ne nation.
— Pardon, â mon tenir,, scûor, mais voua allez vous • l'M [uer plus clairement sans retard, ou j le de ?oua
entendn
— i. us au fait* Ce Palagon, cet homme géant, qui ■i fort occupe votre attention, s'appelle Pouha-Pouha ?
— Oui, il me l'a dît,
— Il vous a dit vrai ; moi je me nomme I - tout ■ tri ; ma taille est *i petite qu'en me répondant le Palagon avait toujours lair d rder ses orteils : en hien !
a pied, s ii n cheval, a i boutesou le lai je suis plus grand, l>< tue up plus grand que lui. Je suis plus fort, plus redoutable au jaguar; an un mot, je suis le :• el lui le nain.
— Votre pro vocal car c'en est une, me semble un i tardive ; Pûuha~?ouha est déjà bien loin d'icL
- — Oh ! nous nous sommes vus de plus i>réa, senor, et Jep, 'pti a L'honneur de vous parler, ne dit pas une parole qui ne soit i si iië,
i I' avec, un triste sourire, craignant d'av*
faire ■ ; un Uc ces fous joyeui que les Aie mis tin S laissent en liberté dans leurs ville *; mus Jep comprit ou
Ihiiôi devina mes sentiments, et poursuivit a* ••-
lémence qui ne me laissai] pas le lenru-* de la lêllesiou.
— Pouba*Pouha est venu noua voir pour la première fois il y a six mois à , , Sa lia u te stature, sa pli omie ouverte, lei peaux de jaguar qu'il vendit au marché tirent qu'on s occupa beaucoup de lui dans la ville, et que nous.
noua parûmes dédak l , les moins în-
tréj i-' 1 ■■• les moins habiles d'entre les nôtres* nous rêsulûmes de provoquer Pouna-Pouba el de le détrôner aux jeux dé auds admirateur
— Je ne vois p; irquoî la force île Pouha-Fauha fusai I tort .i ht votre.
— Que voulez-vous ? on a sa dignité â défendre, L'honneur de son pays a pi et les Patugons, tout grande qu'ils
un. en- l .ut j- lis La tôle pour nous regarder* tool
petits que mm s si mimes, -* Soit; mais, i la provocation «ut- elle Lieu ?
— Oui. senor.
— l'ii ! -elle iicccpn
— Oui, senor, el lïnenos-Ayres, aussi bien que monté* vïd " i. i-ji savent 5e résultat
— Puisse le couna
— Oui, seii^r Sanii ar cela <(ue j'ai voulu avoir l'honneur de causer avec voti ie*
— Dites, je voti nie,
— BïercL unis -i noua tirâmes au sort pour voir i ; 1.1 i de nous irait porter un déti à l'oulia-Puuha. Le
sort me gua, moi. Et, je le dis franchement, il a pu choisir plus mal : Me-] uzales, i vingt
autres ne furent point favorises ; c'est moi qui me présen
\ Pouha-Pouha
Le Lendemain, au point du jmir. ja- . i contre jarj lui el moi, rrir> ar n îre cheval, nous nous enfoncions
dans lea pampas, après être convenus i| ne chacun de m
attaquerait lej ttruar a son \ \ Gé hit lui qui
et, je vous l'avoue» i! lut beau, vraiment beau d'adresse et de sang-froîd .
— fit vous .'
— Oh I moi, j*eus M .[y*- à nu jaguar rusé, â un gaillard qui :■■ ■ i il vu serre* 'le \ plus d'une fois, et j'en lus enchanté, car le ail la, b\ m m rue je Lui avais annoncé fjue je laeenÉs l,i bêle féroce par le jarret droit et leçon, il y allail de ma réputation a ne ne four-
il y allait ausal de celle de ul- naïades»
— Ttnti il votre parole
*» Tout Montevideo \m* l'assurera, car Loul Montévidéo L'apprit par In bouche hiômedu Patacon.
— Le duel linit-il après celle première ë
-^ Non, sti/if>r, te duel, comme vous ûîles, dura huîl jours : au lazo, aux \ \, et le P.- fui vaincu -i
chaque rencontre.. - rie gagerais qu'il ne n a pas dît
un mut.
— Vous gagneiieti
— Eh ! cela est mai, et d'autant plus mal que je ne vois aucune honte à vous avouer que son lits, cetui-là même avec lequel il est parti ce matin, a lutté, il v a ijui'lque temps, a sec un avantage égal contre Gonzalez,
notre maître â rr>u.s Ce petit Knlôa est digne d*é
Gaucho ; nous L'appelons tous notre ami.
Le* Patagons el ]<•■■ <î.uii n rivalité pernia-
i n -lit-', el mI* n'étalent pas > par des déserts, le
sage de chacune de leurs caravanes tfl une Inngue traînée de sang.
Le Patagon n'etl poïnl provocal m > si \ ms lui
eherchez querelle, il se dre> u vient abus qu'il
a des boules, un bijo, un cuchillo, un coursier cl qttll lutie avec Je pampero-
Le tableau ne serait qu'imparfait; jetons de nouv couleurs sur la loile. car l'histoire du jaguar doit ocetî] « i
quelques pages de mou livre Changeons de pays sans
changer de m mus.
i i: USB au j afin n.
Kt d'abord, quel esf ce jagnaj que noua allons pou i Ivre dan*; n traiter les pw Isolée»? Qtn fauve
quadrupède que nous i dons comme notre ennemi dans Lesd^erts dont il est le dominateur?
C'est un redoutable adversaire, je voua l'atteste . car il a ■lu cfi'ur au cœur, dea onglée ligua, des dents iranebantes et un brûlant apuétit de chair aumaïne- Vo surtout nlois quil est jeune, es : a el Luisant' m* I' 1 dos, harmonieusemenl tachetée de noir el perdant nn ] de sa coe rcre les eitrcmités de la bete féroce. Sa 1 se dessine osseus. , rim l'r i.- . presque en saillie,
étinceitml detiz prunclii lançanl nu n -u o"r !
jusqu'au but qu'elle! convoitent el iprelles veulent atti '.| ■-, Une langue rouge et raboteuse , une oueue cour presque toujours en mouvement , de* muscle* foriemeui accentués, des < u sans ix aguets el des mou-
vements l'briles disant L'Iiti ticeel la rage.,..
Voilà ! une. le jaguar libre, indépendant , jouteur
atigable, d m pi'il ne soit rep moins que BOurm, ce lion d'Ain-Hique, ne s'oppose ti ■ nérité
Le Gaucho, le Palagon Je Pauliste font In chasse an jaguar: Le Chilien mi, Lui tua ' admirablement du