HAÏTI
îîmis avions franchi la foré! au bord de laquelle le combat s'était livré; la journée, calme et sans accident, renaît de voir sa dernière heure ; le camp s'établit bientôt dans une vaste plaine du milieu de laquelle, comme d'immenses Fumufi, se dressaient de vastes dunes d'un sable éblouissant- Voua comprenez pourquoi les caravanes ii ment mieux ces halles au milieu du désert, loin de toute Végétation, qu'au | is touffus, demeure lia lu Lue Ile
des serpents, des tigres et des lions.
Le lendemain malin, la journée s'annonça terrible cl
menaçante.
Pas une brise a l'air, pas un nuage â l'horizon* foui sentions, sur notre corps endolori, des pïcolemeçls aigus. tandis que de notre front, même exposés a 1 ombré, mi - ■ selait une sueur abondante.
La -bas, là -bas, à l'horizon, un point noir, impcrccplible. se dessine, il mon te , il grandit, il Étend ses bras, il monte encore, devient dominateur, il s empare de L'espaça, et un jour terne et blafard éclaire la scène. Vous diriez les rayons opales de la lune sur des ruines silencieuses.
Le du tel le plus Léger tombera it sans oscillation, tant Ta l m os p hé ri' est I ou rue et muette, et, de temps a autre, ce»'- masse compacte qui nous enserre, qui nous étouffe, est sillonnée par de ranidés éclairs uui.paiLaut du zénith, se perdent en jets de feu ri Phoritoû. C'est un çrain, un Orage tropical i c'est un de ces effrayants déluges instantanés qui pèsent sur les navires inquiets et menacés.
Le voici pli se dechaim eu larges gouttes d'une eau brûlante, arrivant prompt* comme h pieiTe du Baléare,
! et faisant résonner le sol sous leurs incessantes votées
Uieuioi hur dtanetre diminue, mais leur nombre aug* mente : elles sont serrées, elles arrivent verticales et rudes, elles font de vives entailles au gravier qui cric, aux teni qui se décliirenl, au dos des dromadaires oui s'agitent et se révoltent ainsi que sou s le fouet noueux un conducteur, C'est le prélude du clioc, c'est le premier avertissement
du -I'-- irdre. Tout ttp le ciel s'ouvre, ta foudre grox l'atmosphère le H sembrasej le feu et l'eau se disputent la c piété de monda; et, tandis que h> ligtegdes
éclairs vous ébloui! pour voua jeter plus tard dans de profondes ténèbres. des mont; liquides, descendait! du haut des airs, cherchenl â éteindre l'incendie q^uî se développe et s'accroît par la résistance* Vous diriex que l'Océan, après avoir un instant quitté son domaine, rctombe avec toute ére pour ressaisir la place que le
iiverain maître lui i donne*.
Les (Lu' l.i m ,i,> de l'orale n'ont point pénétré le sol, la surface seule est ntfeinte; nussi la mer de table est devenue nue mer liquide cl terreuse qui ctnirt, s élancer hondtl, entraine et ravage.
Lu caravane l'est dispersée d'abord; niais l'instinct de sa uservaiîoD lui a dit 'pie sur 1rs dunes élevées seules • •lie trouverait un tmrt assure contre les flots envahisseurs* Nous unis y réunîmes presque, tous, et do fie triste belve* dére m us pûmes admirer leFlraynnl spectacle qui se déroulait a nos yeux.
"Ii ] jamais plus Imposant panorama ne s'est offert au .:ii <• pioraléur! jamais plus redoutables menai ii ont relent! lulmirdi 1 lui: jn mais In mur I ne s est pfrnmei sur s;i tcic et I les pieds avec un triomphe plus certnin* ÏÏgorex-Yous une mer Immense arec Ion lluxei son reflux, des lames nombreuses se cabrant, ne heu i (nul les unes sur tes autres, faisant i.nllir ses flots d'écume, retombant en cascades» et se perdant parmi les sinuosités nu elles s"cn-
w firent avec nn borrible fracas, des cadavres de serpents, > uutinuant innris les ondulations de leur vie. dis tigres aux abois, luttant de toule i ueui dfl leurs, musdes contre Les étreintes serrées des lames vagabondes» et pour navires à cei océnn d'un jour, de quelque* heures, les eiiiHs arrondies et bai lues de monreaus ife snhte, divers -mi ni .riu'loniiés. qui .seront bienlôl dévorèl â leur tour.**.
Mais c'est quand le grain épuisé est allé porter pins loin son impuissante ra^e qu'il f h n I voir Celle i m m en si ê brumeuse se revêtir de formes nouvelles el bouleverser tous 1rs calculs, toutes les prévisions de l'Intelligence* Les eaux partent, elles glissent, elles descendent* elles se refoulent, elles s'échappent comme des ennemis vaincus,, de telle sorte que vous diriez alors que e'csl le sable . i In végétation [ii inventent et veulent de nouveau usurper le sol.
Trois heures de teH ; ois heures ;nufrVattCBl|
d'angoisses el d'esti la fois**. Nos provisions furent
avariées, nos tentes déchirées; unis mm* ne perdîmes ce 1 codant ui hommes ni quadrupèdes, el je nu réjouis forj de la visite du phénomène météorologique qui me permil de comparer un grain dans le dé se ri ii un grain sur l'Océan.
Ils ont l'un el l'antre une imposante majesté; mais, tou> ioIïhs w péril esi moins grand là-ba - pleine mer, qu'ÎCÎ dans ces solitudes immenses, lu milieu di
en ne] du désert ipii crée une religion.
Lfl l rompe retentit; mie seconde, une troisième, une quatrième» répondent ;î ce signal si connu ; les Mies de somme font halte, et, quelques minutes après* vous voyez,
ii dément dressées -nr leurs pieui eu fer, les blanche*
iiufi-N de la caravane au repus.
Le premier repi i l'.it le matin, peu après le lever du soleil; le second â son courber, et, comme le crépuscule île m rie tarée dans les pays équatorïaux, comme
la unit succède presque instantanément mij .m-, un s'étend après le touper, â moins que la lune uèdairc la marche ih- la caravane. Entre les deux repas, il fa pourtant chaque jour une balle pour boire, el il n'est pas rare que cet arrêt kg prolonge jusque la uni'. îlots surtout que le soleil, il.-. de* images, fait crier le sol, crevasse la peau el lue l énergie, Un chef *M désigné pour chaque lente ; c'est ordinairement le plus Agé ou le plus expérimente desvoya* sçeurs< On place avec le plus grand sein une outre nu milieu des convives accroupis sur des naUes, car le sable ks|
brûlants pnîs, â l'aide d'un ressort eu fer, on ouvre une soupnpe priiiiipirr n l'un descoins de l'oulre, el l'eau liêde tombé par portions égales dans uu mco coupé en deui. C'est le chef nni boit le dernier, et qui met dans In dis-
'riilinn du liquide vivilfaut une probité qui va presque jusqu'au ridicule* Par exemple, quand il juge <bns sa sa*
&equ*un vase contient quel pu-, imnLuYde trop, il ,ulèh- li:.< gorgées du buveur par un petit ciuip de baguette,
el il y aurait chftii ut tevére pour celui qui n*onéîraii
pas n çel ordre dicte par une religieuse équité, Miis la suiT dévorante remporte souveni sur In discipline; <"t il n est pan rare de vuir un buveur avaler toute la ration, au risque d'être prive de îa ration suivante. La disiribution
s vivres a lieu avec une moins grande sévérité; Le chef juge de Pnppëtir .l.- ses hommes sans consulter, et les c.npieuseB portions de rhamenup de fhi'v.il . rie bceuf et de mouimi cuits et anh" 1 ^ sont placées sur les fragments des I- tiiltes de bananiers, qui servent dr isilile. Toujours le matin, la rnlion d'eau-de-vie rsl disivilnii'-v, jamais le soir. La prudence a ordonné cet usage. Car les tôles sont chauilis, ipiniul nn soleil presque à nie a pesé dessus; el bien souvent une folle* Une folle fatale, ».'* n dans le cer-
veau du pèlerin peu habitué au* courses écrasantes du grind désert africain*
Il y avili huit jours que nous avions quitté la région des grands végéta US, un souflle hrûlrint, pareil aux exltn lai* sons d'une foilfrUlSB* nous avait escortés sans nous latsseï un moment de reUeho; un do. nos coursiers Je plus richement rliarfîê. sonilainemeut frnpm' 1 de vertige, s'était enfui IVOO d'horribles henîû^ements; les balles l'avaîenl nhiiitu. et, 1ursi|ne nous elle mes â lui pour reprendre les provisions et les trésors, nous letrouvftmea plein de vie encore; mais les yeux roulnril dau« dur orbite, les naseaux en [eu, le poil héflsSé, les musées eoiivulsiveniriil agités et màcbanl avec race le sable sur lequel M se tordait* Cinq minutes après, il étali immobile, et le lendemain sans doute il M-nait de pAtnre aux VftUtftM égarés dans l'espace.
Mrtift COI épisode n'est pas le seul dont nous devions elle témoins dans Cette Journée hîale pendant laquelle le ihermnmétre fténumur marqua aoixanh>ilj es an soleil et tfente-sept i\ l'ombre.
Le ciel nous réservait nn spectnelc plus palpitant plus chaud, plus terrible* nue de ces scènes de deuil et de désolation dont le souvenir ne s'attiédit jamais, el qui vous poursuit longtemps d ma vus doulonreuses nuits d'insomnie. Nous avions achevé nnlre secoml repas, et - us la tente
vi usine retentit un brutt éclatant de vois confuses,.*. .1'. >■ irs : Arahes et noln rttiltni sortis: une femme jeune
encore, son mari et deux esrhves cherchaient a ivteuir dnus leurs éln inies nue lille de quin/.e ans au plus, biïs mi broyant, mordant lout ce qui tombait sotfâ sa main, ii kiie ce qui tombait soussadenl. tin mère, son péro» étaient surtout 1rs oh. je) s privilégiés de sa fureur. Qtiand elle ne pouvait les atteindre, elle leur lançait é la face îes bideui caillots Je sa bave verdiitre, vides que, par un effort -snrn.iiurel, sou bras devenait libre, elle déchirait desestm^les le sein qui 'Pavatl nourrie, la létedu p> r. • i <i i priait et d»-mandaii grâce. La furîeuso, ressaisie de nouveau, vomi sait imprécations el blasphèmes contre ceux epri renchâl-
naient. T p el dans un moment de calme el de
torpeur, pendant lequel ta lutteurs essaient de reprendre leurs forces épuisées, la jeune |}|le pousse un hoqnet frênétiqne, se prend à rire, bondit, voltige A dnûV uie, tourne sur ses triions, et part avec la rapelïi-' 1 « la biche aux abois.
Touftj m m s nous remettons a sa poursuile, imis nous l'appelons à l'aide dis paroles les plus affectueuses; la mère au désespoir nous précède ;ei comme nos pieds sont mutilés, comme rinfortunéf ne s'arrête ni aux cris ni aux supplications. s;i mère si m pare du fu>il d'un de s s voisins et njusieln fugîtife qui tomba frappée d'une lydle aux reins. Housaccouràmte*** Pauvre enfant f... elle riait, elle rend.iil le dernier soupir, l*écume ;i In bouche, les ye étincefanls et r , les doigts crispés, te rAle 6 la . el le sourire sur ses lèvres violacées; sou dernier regard
OEUVRES DE JACQUES AB'Atit).
lu conseil lut Un in.
f n t u n éclair! son derme r ba t( entent d 'a rté ces un e coinmoi ion, son dernier cri mi grognement sépulcral***
S h mère lui btsJI fuit une lente Bffonie.
Une li ru me épaisse, lourde, fétide, avait pendant
quarante-huit heures sur nos i oit fines oppressées; 1rs divers (nuirons de In caravane, pour ne point se pe û voyaient forcés de s'interroger par des signaux, et comme Ses Arabes voyageurs oui plus de foi en leur expérience, presque toujours en défaut, comme, par mépris, ils avaient brisé In seule petite boussole donl je m'étais nm ni ,i mon départ du Sénégal, il sYnsnUii >[iie In roule fui perdue, qui, 'la us le silence des étoiles, 1rs guides et les chameaux eux-mêmes erraient ça el la", louvoyaïenl sans bni el s'ë-
Îmisiiieiii vainement â interroger leur instinct trompé | ;i nuit profond « (pii nous enveloppait,,. On conseil lut tenu; 1rs principaux chefs, ceux qui avaient déjà traversé le désert, se tronvérenl divisés d'opinion,.. Les uns voulaient courir à droite, tes entres à gauche; les uns allaient jusque soutenir que rétrogi ïder celait avano r, et le ré-
sultai de la délibéra Lion fut que nous étions perdus dan» ces éternelles solitudes.
Ce quil y avait de mieux à faire, selon les plu* prudents, c'était d'attendre le retour du soleil et des étoiles, on, mieux enc ire, d'interroger la soif des chameaux tru'oi voulait faire souffrir de la disette* C'était s'exposer i un long retard, c'était courir te risque de voir les provisions d'eau épuisées, et la majorité arrêta une marche n (ont hasard.
Je d 'acceptai point de gaieté de c unir cette honteuse résolution quïra me lit connaître, et, pendant que les moins décidés combattaient encore, j'aimantai, à l'aide d'un fer
heval aimante Ini-métne, une grande lîguîl le ; |e la plaçai sur nu h. m petit morceau de papier surnageant dans u e i ci ico â d em i plei n , ci I a p oi n te de Ta ig u i i le co nran \ toujours an nord, je fis comprendre que tétait vers ce point que Jï"iis devions nous diriger. Ce qui est au-dessiide l'intelligence vulgaire passe pour fabuleux; eue* <.■
HUN ï'fïLK A L'AUTRE.
*jï
Tu as vold la boisson Ju Les rr&re$ t lu moue wft ( P*gC S*»]
. invaincus de charlatanisme, cl la caiwttne camp en attendant une nouvelle décision*
tains pcupl i science c'est l'oeuvre des esprits raalfaU miiIs ijuil foui s^ Irâter «le Ini- i plus il semblât démontre ii ceai-là que j'avais raison* pins n-ns-ri s'obsliuaicnf dans leur opinion opposée-** Galilée, <!'<'■ lu bs mi tort d*aecuser ton siècle seul !..* Les préjugés sont de toutes les époques, citoyens de tous les p*iy$,*hôte$ dangereux de toutes les cites Lis pivjujjés voyaient btccIcs ouragans, a ver la pensée plus rapide qu'enk; It's préjugés sont le fléau le plu- envahisseur de la terre, et le désert n'en est pas plus affranchi que la capitale civilisée, ou les
arts, les sciences el le c morce ont établi l«-ur empire,
Je voulus y sayer la justification de h conduite de mon aiguille aimantée, ce qui, entre nous, m'eut élé impossible, car cela est, parce que cel.-i **<\ Mais un des chef* les plus intelligents ci les plus vigoureux, quittant brusquement In natte sur laquMU! il était i demi couché, s 1 Cepcndanl , la brutalité de l'Arabe n* plul iioinl â tous lança sur moi, s'empara d'une main téméraire de l'app imar quelques-uns Rrenl entendre des récrimireil scientifi pie. elle Iniicn au loin. Sun argument fui tai nations, des menaces; ils Hun hérenl iî se donner des parréplique, ta science nul tort; raiguilteel le pôle se virent iwans, discuu-renL avec enil siasme
LE TOftSB.
Lk démonstration
- rif. t J jj j > «,*v ,J> L ' L ■ ww Ll KHttfUf, J.
dont ils avaient été témoins ; ils s'indignèrent du repos anquel on voulait tes condamner; ils résolurent d'en Unir ;ivdc ce-iLr faïaïi' inaction ■ ^ n i leur enlevait le reste des provisions d'eau prèle a se corrompre an sein d'une atmosphère si épaisse, et ils s'ar rent pour résister ala décision deHaharah et de ses parti» us.
J'avais mis, sans le vouloir, le feu .î la poudre.
[•il cri sinistre, bien connu de la caravane, relent il le Ihiieî île In ltijiir attentive el haletante; nu allait, on allait sans savoir où; on s'interrogeait uvec effroi, on sequilLait
19 ivoîr rien appris, el ce Ht fui que trois heures après, dès >|ue les ténèbres de In nuit ajoutèrent une nouvelle horreur aux lénnue- du jour, que les deux camps opposée se trouvèrent en présence.
Un coup de fusil roteniil , ou ndît la détonation
sans voir la Lumière; mais le signal de l'attaque une fois donné, un devail en venir aux mains, Une mêlée était unpraticable, car l'ami nur.iii souvent frappé l'ami, le frère aurai I tué le frère, et le sang eût coule sans qu'il eut été possible de s'assurer de quel coté penchait la victoire. Unsi, les ténèbres qui devaient nous perdre nous sauvèrent d'uni 1 lins cible catastrophe. On se battit de loin, on tirailla 1 1 mj î . .iirs ù distance, cl quoique la fusillade fut assez me, on faisait peu de mal. Hommes et femmes ne < battaient que couches, tes battes passaient sur les «êtes ou labouraient le sa h le avec de sinistres si fil e monts; celait une lutte les yeux fermés, un délire de furieux, d'isseni une bataille stupide que les deux farouches partis étaient au désespoir d'avoir coin fi et qu'ils brûlaient de voir
finir. Mais si la fusillade, jointe un cri-, était effrayante, le silence qui lui succédait l'était cent fois plus encore.
L'oreille était ouverte au bruit lo plu^ Léger, chacun craiguaii que son ennemi ne voulût en finir a 1 1 pique, au v.iltrv, ii lu ii.i]>iuiM -ïti-. L'œil fouillai) «lans tes ténèbres, la main cherchait un corps â saisir, h cette crainte, cette at- Lcute, cette iuoi rlitude avaienl quelque chose de solennel bien plus redoutable que U illleinent des balles et l'horreur du chaos au milieu duquel nous nous agitions»
Mais un éclaira lui â l'horizon, et il est arrivé jusqu'à nous, comme un signe de salut...; les ombres épais montent, deviennent moins intenses; elles chcrniiif-ni elles formenl des rubans, des zones verticales qui se croi-
scni. qui se mêlent, se déchirent, se dispersent; et. petit à petit, les objets se dessinent» douteux d abord comme d< s fantômes, puis punnent leurs formes naturelles* On se voit, ou se loiu'he, nu se cherche, on se reconnail, on s'embrasse et Ton rend des actions rares au prophète.
Avec le jour naquit la ntuliani;e T avec la confiance, I 1 initié, si nécessaire aux longues ci difficiles pérégrinations.
On cherche les blessés- ils cl-nenl on tn s- petit nombre j on leur prodigue les soins les plus généreux, tes consolations les plus efficaces ; on tes couche sur les nattes les l il n s moelleuses, et chacun parut se repentir du mal qu'il ^vait fait ;i son frère.
Plus la crise s'était dressée douloureuse et menaça nie, plus le besoin da la paix et de l'union se fit sentir. Ceux d'entre les chefs qui avaient excité h lutte se mnuhvïenf plus empressés a la faire oublier, el H harah surtout accnsjiil sa violence el demandait qu'on lui iolHgca'l un ciifltirm-ul qui put lui apprendre a être plus circonspect â IV
venir. Il vantait ma ha nie science ; il disul iine c était moi seul dorénavant qu'il fallait cnnsuSter pour la rouie i suivre; et, an lever du soleil, il démontra que mou aiguille indicatrice avait rai sou.
Une prière générale fut ordnnnée ; hommes et femmes, agenouillés ri tournés vers l'orient, ttrent entendre leurs chants de reconnaissance, el vous auriez dit la cessation d'un Qéau dévora leur, la fui d'une agonie, la résurrection d'une m ère an cercueil
Bêlas t hélas i le ciel a des décrets impénétrables, m h moment ou l'on croi» - 1 • i ■ Vneu nous tend une main pro* teclrî< > est celui où nous avons le plus à redouter de sa rigueur.
Le repas servi, ou se jeU sur les mei^ avec d'autant
plus de voracité que les longues heures qui venaient de s'écouler avaient Été périlleuses et bien remplies; Les émo* lions de la tète C" du cœur fatiguent encore plus que les agitations du corps» el les viandes salées, servies sur les nattes, disparaissaient sous la dent vorac«' "h s '"uvives
affamés.
Puis vint la distribution d'eau.. t il y eul ici un sentiment de terreur inexprimable. Dès que les pi cm lèves jouîtes échappées do Foutre eurent «té recueillies dans le une odeur fétide se répandit sous ta lente, et l'Arabe qui voulut approcher leau de ses lèvres avides tomba suffoqué en poussant île I ugubres hoquets . Lui erronée une seco mîefois, fou ire rendit le même arrêt, et Ton dut se bâter de la jeter au loin, sous le vent des convives presque asphyxies. Nous pensâmes d'abord qu'un cadavre putréfié «l^- quelque peti quadrupède avait été involontairement enfermé dans le réservoir de peau; on l in r i s'en assurer sans péril, on poussa l'outre loin du camp» et une balle L'ayant percée, le liquide s'en échappa, lui ;ï L'instant par le sable altéré.
Pointde cadavre, et, tandis ijue nous chen-liions la cause du malheur qui venait ùV u nsfrappei . nous vîmes accourir ci el la les chefs des aunes escouades s'interrogea ût effrayés el tremblants. Nul dnuie, toute notre provision d'eau était perdue, penlue sans ance! Ou ne Uni mit con-
seil, on se regardait ivec des veux égarés, on s* 1 serrait convulsivement la main, on interrogeait dune un] mil r vitriOée le large disoue du soleil qui t'épanouissait sur l'espace, un fouillait à l'horizon, comme pour y puiser un secours miraculeux î el les bras tombaient, et w corps, épuisé par h'S horribles prév isiou s d'un avenir cor rosir se Laissa il aller sur le sable bru lait L el ceux-là mêmes qui ne ressentaient pa> encore les atteintes de la soif accusa ient In ciel d'une rigueur sans exemple.».. La mère pressai! tristement le (\h dans ses bras, le fils buvait les larmes brillantes de sa mère, et le vieillard bénissait le prophète de lui avoir fait espérer une lente agonie,
Jamais la peste, au premier jour de son invasion dans nue cité populeuse, n'a répandu plus de terreur el de deuil; jamais la famine, se ruant sur une ville assi n'a poussé ,î un plus affreux désespoir. (l'est qu'ici la mort
oe en souveraine el que nulle prière ne peut L attendrir; c'est que Le désert, quand il a dit si parole falale, ne la rétracte jamais; il se rit de vos larmes, de vos vœux, de supplications, de votre agonie.
Uni, sans doute, la soif est toujours une torture, un horrible châtiment du èielj mémo alors oue vous voyex làbas, U-bas dans le lointain la snurcv ili[ti-ile à toucher qui doit éteindre le feu qui vous dévore; mai^ la soil dans le désert, la soi! m mifieu de l'immense ilésert du Sahara, la soif sous les rayons cakinaieuis du flambeau du monde, la soif a coté île celui qui, comme *ous. s lUffre di if. qui s'étend -ur le sable rougi, qui Le mord et le broit, uni veut du vent, de L'eau, et ne trouve que du feu; la ROif, quand les heures qui suivent vont ajouter une ilnulmir â la douleur déjà si corrosive de la soif! c'est-à-dire un bra- • m i qui étouEle, un enfer qui tourbillonne et vous enlace dans ses mille langues flamboyantes, un fer rougi qui se promène sur vos membres disloqués, "h ■■■ us ne savez pis ce que c'est nue la snif. vous qui n'avexpas affix>nté cette sauvage, celle mortelle Afrique dont les profondenrs seront peut-être toujours un mysleie ., Oh! ne i'ajipirnez jamais, car vous aurez maudit votre mère , car vous aurez blasphémé voire luVu.
La soif, c'esl le plus lerrïbte onaihéme de l'Eternel.
La journée fut un solennel silence. Le soir, aommes cl
femmes pallient Comme de* fantômes, et les quadrup '.!■ I. cou lendn , W* naseaux ouverts à la luise muelt«, demandaient un soupir à l'air, dans leur impuissance d'obtenir une goutte «I eau he cirque sans bornes au milieu
duquel nous nous 'agitions • i ut un hôpital dont pas malade ne devail soitiravec la guérison^ -i moins ijue le rout-Putssant ne daignât avoir iMLié de tant de misère; mais loutvii.'.iii ne devait pas venir, mais la foudre ne pou* vail pas Initier sur un ciel d fe axur, mais aucun nuage â rhuriïou ou au zénith ne nous promettait une Lraicheon-
D'UN POLE k L'AUTRE,
dée..« la limpidité du ciel et do r«ir ^isaii notre molheui
pi us grand, el ce 411e nous aurions désiré alors, ce que
nous appelions de tous nos weux, c'était la lempêli El
s, le simoun et set désastres, le mirage ei ses mm-
. le rugissement du lion el la dent du tigre., *«
Itten I encore rien 1...
Comment lutter cornu ce qui n'est pas! Comment vaincre ce qui n'oppose aucune résistance] La mort la plus affreuse eue qui s'accomplit sans lutte, cl nous étions par l'absence même de tout ennemi visible.
Je ne vous dirai pas les horribles sacrifices <|ui souillcrem cette nuîl de tortures.** Quelques cadavres dnnl les reines étaient ouvertes furent enterrés le lendemain, el L'on vil, sans les <■■■ bl-om-r. sans arrêter leors bras, des Ara! es el des noirs, égaux celte fois, abattre des chameau! encore debout, ci foui! er dans le réservoir que Dieu a donné a ces navires du -l fserl pour j chercher une boisson que leur estomac débile rejetait ifuelques instants pins lard. L'm 1 seule goutte d'eau Limpide eût armé la caravane, ri des Ilots de Bnng auraient coulé pour sa conquête, On aurait f.iii dieu celui qui sérail venu von s annoncer te fi lourdes avalanches auxquelles nous ne nous félicitions plus d'avoir échappé*
Cependant l 'i iisti itrl . ri début delà raison» dont nous avions perdu L'usage, nous dit du» nous remettre en route;
on si! ïfv:i comme | r mourir debout, ou chemina vers
Je nord, on aurait pris La roule oppose *i les pas du premier dromadaire se fassent dirig ers Le sud; el îa faim, que l'on n'osai t apaiser dans la crainte de rendre la soif plus ardente encore, laisi i di rri sre nous quelques hommes que nous ne cherchâmes pas même i relever.
La ouït suivante, le ciel se voila d'un légi r réseau blanc et diaphane; une douce rosée rafraîchit le sol et nous jmi mil de respirer plus i L'aise..,
Il fallait nous voir agenouillés, le front à terre, promenant une langue avide sur h surface du sable doucement imprégné.*. Le brume semblait s'épaissir* Un urajje nous était promis, nous interrogions avec angoisse les esprit des masses onduleuses qui glissaient sur nos tètes. Le soleil si' Une. ton h 1 vapeur Ve| Irnif espoîf s'évanouît, tout courage est abattu, el le silence de l'ai m sphère prophétise notre dernière h eure. Las d'un combat inutile, rnms nous accroupîmes de nouveau, la lace tournée vers le soleil, i:l iurns attendions nuire dernier râle dans le < h nce du désespoir, lorsque lécha su uni ouvrait la marthe
Ïions sa une aorte de bêlement dont les chef* arabes furent îrappés, Ils se levérenl comme sous une secousse voilai ue, et, sans s'être consultés, ils allèrent droit au qua-
ru[n-«lf.
L'un d'eux le prît par Les guides et le tourna vers un poini de I horizon . Le chameau se n'volla et lit face au c6té '[ii 'on l'avait fou v d'abandonner*
La même rosneauvre fm répétée, la résistance de la bête fit sourira ii ■-. Arabes; le signal était donné, c'était
vois lv | .i lititiii 'tiqué par l'instinct du dromadaire que i s
devions diriger nos pas.
Rien de nouveau pendant les deux journées qui suivirenl ; mais, an ni: ici ter iln soleil de la i{iiatriéme nalte, un cri de jok reientii lont I»; Long de l.i caravane, et je ne l'interprétai que Lorsque je vis Les chameaux reprendre! presque malgré leurs guides, la rouie île l'est. Une fraîche oa*i- leur était promise; nous nous laissâmes guider par
leur instinct si t 'veilleur, et deux heures iprés nous
aperçâmes a L'horizon les -.m- ■ variés d'une véftélalion : 1 1 r +-. auprès de -<i quelle nous pourrions iiiimm u i >pirer plus â L aise el ressaisir nos forces abattues,
Une terre fraîche el \crte, une source limpide pour I '.i liment* r, dis palmiers avec leurs fruits, leur cmduleuse chevelure leurs branches robustes, leurs feuilles vertes *-\ tremblotantes * l.i brise, un dême impénétrable ans rayons d'un soleil éiincetant, une consolation, une joie, un souri n de Dieu s prés un éclat de sa colère,», voila 1 OSAIS dans le désert ue Sahara.
il fallut se lever et partir r la route était longue encore, et l'oasis a aussi ses heures de deuil et de désolation *
Une vallée silencieuse, véritable entonnoir ouvert aux chaleurs cor rosi ves de l'atmosphère, fut la première et rude épreuve à laquelle nous nous trouvâmes soumis, La réfraction était écrasante; une sueur acre ruisselait de tous nus membres endoloris, et mes échasses haut montres m'étaient presque d'un inutile secours,
Nous perdîmes k-i quelques hommes et trois chevaux, qu'un ne se donna pas même la peine d'ensevelir, et si ce gouffre, dans le |uel nous nous épuisions, devail se prolonger encore, ta caravane entière avait a craindre d'y trouver un tombeau.
Lé 1er m in se i i j.-mreus, la chaleur moins suffoquante, l'horizon s'élargit, cl la m ni sut vaille nous redonna du ealmc. Nous reprîmes la roule du nord, guidés par un Arabe ijui assurait se recon naître au sein de celle vaste solitude; un dormi! sur les bêles de somme, et l'on li 1 au moins mie vingtaine de lieues en neuf ou dis heures
Oh! je sais bien que vous trouverez la marche paresseuse, vous dont le pied pose sur un terrain solide; mais un avance lentement sur nu sable qui cède et ne peut vous servir d'appui | la résistance ajoute a In force, et les bras el les jambes s'épuisent -i s'agiter dan* h- vide.
Ici encore un spectacle effrayant, une de ces rigueurs cruellement salutaires, sauvegarde des caravanes aventureuses; ici "su -ancien i h ni nnàuste pour la sécurité de tous, mais un de ces poignants souvenirs qu'on se haie de jeter sur le papier pour l'arracher dp la mémoire
La nuit commençait â descendre sur nous, nuit sans
ténèbres, car la lune eu pleli is éclairait de ses rayons
■I 'l'aie..* Un cri retentit ; un gardien «l* 1 vivres l'a poussé. Les trompes résonnent, on fait halte, on accourt, on se presse... Une outre est percée avec intention : un Arabe, écrasé par la soif, a commis le crime j il a voulu éteindre le brasier 'fui le dévorait; il a troué, à l'aide d'un litd'archal. une des outres confiées â sa vigilance, on l'a vu aspirer l'eau tîéde qu'elle contenait; le malheureux sera jm puni,. . el quel châtiment, bon Dieu i
Il Le connaît, i) s'incline, il s'agenouille, maïs il ne prie point, car îl saii que nulle grâce ne peut lut éJre accorde.'. H le savait, et il s'était rendu coupable. Ah! c*es1 que la soif est un rude dominateur, "cl l'homme dévoré par la soif boirait le sang de sou ami et ouvrirait Les veines de suri Jils pour se désaltérer.
l 'Arabe allendil.
On ne u.irla point, on ne discuta point. Quatre hommes s'avancèrent d un pas tranquille ei creusèrent le sol. L'ouvragé terminé, l'un d'eux descendit dans la fosse, en prit la mesure et remonta.
Cela fait, les quatre travailleurs, sur un ces Le du chef, s'emparèrent de ri nfoiiunc, le descendirent ■tmis la tombe, a [ires lui avoir lié tes pieds et les mains, el tandis que deux seulement le tenaient debout, les autres comblaient le vide.
Ru une demi-heure, tout fut achevé, le gravier couvrit les lianes du coupable: ses épaules et sa télé seules dépas- Baient te sol nivelé.
Ces lugubres préparatifs achevés, la caravane lit volte* face el défila devant le client a pas comptés en psalmodi.iui des paroles d'an a thème. Lhaque homme, chaque femme, chaque enfuit devait lV,-i|.j.i r du pied le sable dans h jurlon svall emprisonné le malheureux toujours mroo* bile el silencieux, et les plus acharnés, je veux dire les plus
rots, lui crachaient i la face, en l'accablant d'épouvantables imprécations.
Ce sombre cortège, après être revenu sur se- pas, reprit h chemin du désert; maïs, dés |ne le chef de la caravane euiatteini In hauteur du coupable, il se fil verser,dans un n- roco, de lean mêlté â une ceriaine juantilé de il 1 1 1 m . .'. après l'avoir placé auprès du canlif, il posa jii v. nient sa main droile sur le front du réprouvé, sans
voile, ni turban, nï I nru cl lui adressa ces terrifiantes
parole^ :
« Tu as vole la boisson de tes Inhes, lu mourras par la soîf,
«Tu as violé les lois du il" se ri, tu mourras (Lins le désert dont lu n'as pris respecte La majesté solennelle»
« Que Le tigre ilonl Lu as in] UT: l'astuce et La rapine vienne te visiter «près notre départ; qu'il trempe sa lingue de sang dans le vase que je dépose auprès de toî^ et qu'après avoir joui de ta longue agonie il brise ton cr fi ne dans
■ rudes mâchoires.
* Que la hyène, â défaut du tigre et du lion généreux, se pose â tes cotés ; qu'elle étouffe ton dernier ni le et s'abreuve de Lon sang impur,
» Tu as méconnu la parole sainte de notre divin prophète; le prophète deva il l'aliandonncrel Le maudire.
v Adieu donc t lâche, infâme, impie ; expie le crime horrible doul lu t'es souillé; repens-toi, en présence du supplice i|ne Lu vas subir, et que Mahomet te prenne en pitié,,.»
Le foudroyant anathemie prononcé, l'on jeta sur lui un dernier regard et Ton poursuivit sa roule*
Je priai, non pas les hommes, mais Dieu, pour l'abandonne. Je tournai plusieurs fuis la tète pour voir la télé immobile de celle victime de La don Lu r; je lui envoyai de mes vœux Les plus fervents la lin de son agonie, et Le fan Lomé se perdit dans 1" lue.
Bien des années ont liasse sur celle scène d'horreur et de désolation ; le jour n arrive pas a mes paupières mortes; d'autres émotions, d'autres mu I heur s onl grossi la Liste de ceux sous lesquels s'est ridé notre front, et toujours» toujours je vois là, devant mes regards perçants comme au passé, ce torse seul, debout et vivant au sein d'une nature morte, ce supplice de dammé, cet enfer improvisé par les nommes, auquel un homme est condamne. La mémoire est parfois un don lien funeste.
LA ÎUHT.
Lï coûtez le silence : i! a ses modulations, ses harmonies, ses mystérieuses noies; il est une musique*
le silenee t: liez nous, quelque assoupies que soient nos cités, quelque immobile que donnent im* forêts, a toujours des phrases discordantes; un ni u lis m r imprégné, des sons inharmonieux vous arrivent comme des visiteurs importuns.
Le silence n'existe pas là on s'agitent les passions des hommes; vous diriez qu'elles se fonl jour i travers tons Les pores, et quilles envahissent l'espace qui les répercute en sinistres échos.
Chez nous, le silence n'est pas inspirateur, il n'a rien de. vague, rien de religieux, if ne fait jamais rêver, parce que vous attendes toujours la vibration qui va se réveiller*
La voix il l ! cloche appelant tes vivants au culte des morts, le mur m uni du ruisseau qui s'indigne de sa captivité, li- reniement île In cascade el "lu torrent qui m- veulent pas i|u T on ignore leur présence» le chant des oi eaux voyageurs, I.- bêlement, le hennissement des quadrupèd tout se promène chez nous avec uue intensité plus ou moins giandu, avec des modulations pin- ou moins fébri-
les, et vous ne respires pas dans une atmosphère parfaite* ti 1 1 ut silencieuse.
J'étais lieu jeune encore, je ne peu sais guère à penser, et cependant, lé-bas, là, dans une délicieuse vallée de nos poétiques l'y iv nées ou dorment aujourd'hui les restes de 1 1 plus sainte, de la plus adorée des mères» du père Le plus justement regretté, j'avais appris déjà ces choses sans me les expliquer, et il me semblait qui* y avait de L'incorrection, un bruit importun dans le silence que le cherchais sur les crêtes neigeuses qui cerclent mon leau village d'Est a gel t hàlï sur le marbre.
Là aussi pourtant le château de Kéribus s'échelonne an sommet d'un m ont sauvage et rude; là aussi pourtant un Cirque Immeti -e appelé le Désert vous isola du monde; e!i bien! il y a là» même alors que la tramontane se taîl dans les anfracluosités des rochers, même alors que la rigide marinade pousse Bon dernier soupir smis les riches vignobles de RivessUes; il y a là, uis-je, hôtes inhospitaliers, des sons imprévus qui vous arrivent el vous Laissent comme le cou tact d'un corps au milieu des ténèbres.
Je n'appelle point cela le silence,
Hien ne m'empêche de voir, d'étudier, d'admirer le ininorîima du paysage, la splendeur du site que j 'embrassais de mon regard, que je foulais du pied, que je gardais dans mes souvenirs.
Je n'étais point isolé, car sous mes pas çri ^notait linserii-, -i m glissait le reptile; car a mon oreille bourdonnait le moucheron* et sur ma tète croassait le corbeau à La recherche d'un cadavre eu putréfaction.
Rîtui de vraiment sérieux, rien de vraiment solennel dans l'univers habité par les lion 1 met ou dirait qu'ils veulent rapetisser la grande œuvre de Dieu, et qu'ils s'indignent qu'on ii il donné un champ si vaste a l'ambition qui veut tout envahir.
Suivez-moi maintenant el asseyez-vous a mes côtés sur ce mont de sable gris derrière lequel se repose l'avenlureuse caravane de ses lassitudes de la veille.
h vous délie lien de rester athée ou de le devenir a
l'aspect seul de mâgniliquc p? ^ma qui se déroulée voï
yeux: tout y est imposant, vasle, sublime : tout T même le
:ue, le douteux, l'incertain, s'y développe sévère, solennel, religieux; les extases vous arrivent par tous les sens.
Cet étemel diadème de rubis, de dt -. >l • merau les
(juL pavent relier, ces océans de salle qui le reflètent, <w silence poétique dans le piet vous nages, ces régulières ondulations d'un sol mouvant qui disent les caresses de la brise ou les colères du simoun, ces horizons sans limites que vous échelonne* dans votre admiration ; cette lune opale, flambeau des heures ténébreuses qui se Lèvent la-bas sur ce monde, qui plane, redescend comme une [«usée mourante et vous inonde de ses baisers sans chaleur ; oh! tout cela, tous ces [ liges, tous ces enchantement^ voyez, vous vous en saturez avec ivresse, avec dé* lire, et vous êtes au désespoir de ne pas voir un monde à vos côtés pour le partager de tant de séductions.
Vous diles que le I heur rend égoïste, vous meniez ;
h Loriiu ni apprend aussi la clémence et Je bienfait, il lue te hlnspliéme dans vo ire naine, il éteint la colère, il ranime les nobles passions, il vous rapproche de la Divinité.
Ce qu'il y a sur (oui de mer veillons dans les émotions du pèlerin perdu au milieu du Sarah, c'est que le silence lui est interdit, à Lui qui rêve seul au milieu du silence : je sais que ses lévn i traduisent les sentiments intimes qui L'agitent; les monosyllabes s'en échappent rapides, colores précis et tous vons écoutez parler avec bonheur, car Lout est gratitude en vous, tout est action de grâces pour le créa leur de tant de majestés.
Là, Diiîui de serpent enroulé, bavant au soleil el cher* chant une victime dans son Instinct de reptile; li, point d'insecte grignotant, point de ^rzon pour le regard, point de ruisseau jaseur, point de Heurs, point de lu- ussailh point de feuilles courant au hasard... •. et pourtant vous respires un parfum délicieux: des émanations aromatiqm 1